‹ Histoire de la TurquieChapitre 13 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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et de menaces, que le ministre l'interrompit et le congédia. Alors il ne ménagea plus rien, et se conduisit avec un tel dédain des usages orientaux, qu'il passa pour fou et se trouva exposé à de continuelles injures. Ainsi il fit évader plusieurs esclaves chrétiens; il chargea l'épée à la main, dans les rues de Constantinople, les janissaires qui ne lui ouvraient point passage ; il envoya ses interprètes auprès du divan faire des menaces tellement extravagantes, que, si Ton en croit le rapport un peu suspect du résident autrichien (1), l'un de ces interprètes fut pendu, un autre empalé, et que le fils de l'ambassadeur fut emprisonné. Tout cela se passait sous le règne d'un prince qui terminait ainsi ses commandements : « Fais comme j'ai dit, ou je te coupe la tête. » Libre carrière fut alors donnée aux fureurs fanatiques des Ottomans contre les chrétiens ; on ferma les églises de Galata ; on désarma tous les Francs, même les ambassadeurs ; on imposa des taxes arbitraires sur les marchandises européennes. Marcheville récrimina contre toutes ces violences avec autant de hauteur que de maladresse, et se trouva en butte à la haine non-seulement des Turcs, mais de tous les chrétiens ; enfin, il mit le comble à ses extravagances en excitant une sorte d'émeute contre son prédécesseur, dont il n'avait nullement arrangé les affaires, et qui, étant revenu à Constantinople pour sa dette, fit saisir, par l'ordre du roi et avec l'agrément du sultan, les vaisseaux des marchands qu'il avait cautionnés. Le kapoudan-pacha, qui n'avait cessé de persécuter Marcheville, était devenu kaïmacan ou lieutenant du grand vizir ; il profita de ce tumulte pour lui signifier, de la part du sultan , l'ordre de quitter la ville à l'instant même. « Cet ordre, disait-il, s'adressait à la personne de Marcheville, et non à l'ambassadeur du roi de France. » Il le fit jeter dans une caïque, qui le conduisit à un bâtiment français, lequel fut remorqué jusqu'aux Dardanelles (1634). Césy, son prédécesseur, fut invité par le divan et presque

(1) La correspondance de Marcheville, qui est conservée aux archives des affaires éirangères, ne fait pas mention de ces faits.

ami: RAT IV

contraint à reprendre ses fonctions d'ambassadeur, jusqu'à ce qu'il plût au roi d'en ordonner autrement ; il fut confirmé par la cour de France, qui accepta l'explication du kaïmacan et ne demanda aucune réparation. 11 était encore à Constantinople en 1639, quand le roi nomma à l'ambassade de Turquie M. de la Haye-Van telay.

De tous les dommages faits aux Francs pendant l'ambassade de Marcheville, le plus grave fut l'usurpation par les Grecs sur les Latins de la garde du saint sépulcre. De temps immémorial, la possession des lieux saints avait été attribuée aux religieux franciscains sous la protection de la France, quand, en 1634, les Grecs profitèrent des mauvaises dispositions des Ottomans contre les Européens pour la revendiquer. L'affaire fut plaidée devant le divan avec beaucoup de solennité et en présence de tous les ambassadeurs chrétiens ; à force d'argent, les Grecs l'emportèrent , et tous les efforts que Gt la France pour faire casser ce jugement échouèrent pendant quarante ans. Cette usurpation des Grecs porta une grave atteinte à l'inûuence française en Orient ; car ce n'était pas une vaine prérogative que la possession des lieux saints par des religieux français; elle était un reste de notre domination dans le Levant, en constatait l'impérissable souvenir, et témoignait de notre puissance aux yeux des chrétiens comme aux yeux des Turcs. Ces églises, ces sanctuaires, ces lieux consacrés par la vie et la mort du Christ, n'étaient pas protégés par les rois de France uniquement par zèle religieux, mais par considération politique; à mesure que l'un d'eux était enlevé à leur garde, le nom français perdait quelque chose de son éclat en Orient, et le jour où le drapeau de la France aura disparu du dernier dôme catholique, l'influence française aura disparu dans le Levant. Nous reviendrons sur ce grave sujet.

§ V. — Déprédations des Barbaresques ; tentatives de répression

par la France.

Pendant que la France perdait la garde du saint sépulcre de Jérusalem et que son ambassadeur était insulté à Constantinople, notre commerce était abandonné aux déprédations des Barbaresques. La piraterie avait pris, dans les premières années du xvn e siècle, le plus scandaleux développement; plus de cent bâtiments corsaires jetaient perpétuellement la terreur sur toutes les côtes, où ils enlevaient richesses, bestiaux, habitants. On ne parlait que de leurs ravages et de leurs cruautés; une captivité chez les Barbaresques était devenue un accident ordinaire pour les voyageurs ; vingt mille chrétiens étaient dans les fers. La Méditerranée n'appartenait plus à la chrétienté, elle était toute au mahométisme et à la partie du mahométisme la plus barbare et la plus hideuse ; car les corsaires d'Alger, de Tunis et de Tripoli étaient le ramassis de tous les brigands et aventuriers de la Turquie, et leurs chefs étaient le plus souvent des renégats chrétiens.

Les côtes de la France avaient été respectées par les corsaires dans les premiers temps de l'alliance avec la Porte : Soliman était obéi de ses vasseaux d'Afrique, et François 1er ava it une marine. Mais, sous les successeurs de Soliman, sous les fils de Henri II, les Barbaresques se rendirent presque complètement indépendants de la Porte, et la France eut à peine quelques galères dans la Méditerranée. Alors nos côtes eurent leurt part de ravages; aucun bâtiment marchand n'osa plus se montrer en mer sans être garni de canons et de soldats; nos navires et nos matelots furent enlevés jusque dans les ports de Syrie, jusque sous le canon des Dardanelles ; la Provence et le Languedoc furent journellement insultés, et chaque port, chaque village, compta bientôt un cinquième de ses marins dans les fers. Les habitants furent réduits à fortifier

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