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A MURAT IV

leurs maisons, à inventer des signaux de jour et de nuit qui avertissaient de rapproche des barbares, à armer même les barques de pêcheurs. Des renégats, établis dans les villes d'Afrique, achetaient à vil prix les marchandises pillées et les venaient revendre en Europe et principalement dans les ports de la Toscane. Tous les écrits du temps contiennent des plaintes à ce sujet , et racontent des histoires lamentables de captivité (1).

Le gouvernement de Louis XIII, ému de ces plaintes, fit de vives représentations à la Porte Ottomane, qui ordonna aux Barbaresques de cesser leurs brigandages sur les vaisseaux français et de délivrer les esclaves de cette nation ; mais ces ordres ne reçurent aucune exécution. Alors on se décida à négocier en particulier et directement avec les pirates. Un traité fut conclu, le 21 mars 1619 , entre le roi de France et les Algériens, par l'entremise du duc de Guise, amiral du Levant, sans que la Porte s inquiétât de cet acte d'indépendance de ses sujets. Le traité ne fut pas exécuté, et, dès l'année suivante, sept galères françaises furent envoyées à la chasse des corsaires; elles firent quelques prises et continuèrent leurs courses pendant deux ans ; mais ces forces étaient insuffisantes ; notre commerce continua à souffrir, et l'assemblée des notables de 1626 supplia le roi « d'entretenir dans ses ports bon nombre de vaisseaux garde-côtes pour défendre le littoral contre les pirates qui l'infestaient. » Richelieu avait alors besoin de toute sa marine contre les protestants ; il fit intervenir l'autorité du sultan, qui donna des commandements « à ses esclaves de la milice d'Alger, pour qu'ils eussent à respecter

(1) Nous n'en citerons qu'un seul : « Mémoires portant plusieurs advertissemenls présentés au roy par le capitaine Foucques, capitaine ordinaire de Sa Majesté en la marine du Ponant, après être délivré de la captivité des Turcs, pour le soulagement des Français et autres nations ehreslienncs, marchands et matelots qui naviguent sur cette mer ; avec une description des grandes cruautés et prises des chrestiens par les pirates turcs de la ville dcTliunis, par l'intelligence qu'ils ont avec certains Français renégats. »

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les vaisseaux et sujets de sou ami l'empereur de France. » On envoya a Alger, pour négocier, un marchand de Provence, Simon Napolon, avec deux canons pris sur les barbares et les esclaves . turcs qui étaient sur nos galères, et Ton obtint des Algériens, le 19 septembre 1628, un nouveau traité par lequel ils s'engageaient seulemeut à respecter, dans l'avenir, les bâtiments français.

Ce traité fut encore violé; les barbares ne purent se faire à Tidée qu'ils dussent respecter la vie et les biens de certains infidèles ; et une inspection faite en 1633 sur les côtes de la Provence, par M. de Séguiran , d'après les ordres de Richelieu, dévoila les ravages des corsaires et l'état où était tombé notre commerce du Levant. D'après le rapport de Séguiran, Marseille, qui poussait des cris de détresse, avait alors dans son port dix-huit vaisseaux français ou étrangers , dix polacres , cent quatre tartanes et grosses barques, etc. Elle envoyait annuellement : 1° à Alexandrie, quinze vaisseaux chargés chacun d'une valeur de 60,000 livres, et qui rapportaient d'Orient des cuirs, des cires, des épiceries, des drogues, des tapis; 2° à Seïdc, huit vaisseaux de même valeur, et qui rapportaient des soies, des cotons et des raisins; 3° à Alexandrette, qui était le port d'Alep, vingt vaisseaux chargés chacun de 120,000 livres, et qui rapportaient à peu près les mêmes marchandises ; 4° à Smyrne , douze vaisseaux ayant un chargement de 30,000 livres chacun; 5° à Constantinople, dix vaisseaux ayant même valeur ; 6° en Chypre, cinq vaisseaux dont le chargement valait 48,000 livres; 7° à Tunis, Alger, etc., huit vaisseaux de même valeur. Total du commerce de Marseille dans le Levant, en 1633 : 5,064,000 livres.

Richelieu aurait bien voulu mettre un terme aux pirateries des Barbaresques ; mais il était absorbé dans la lutte qu'il préparait contre la maison d'Autriche. Cependant, il garnit de douze galères les côtes de la Méditerranée ; il envoya dans le Maroc une escadre commandée par le chevalier de Rosilly, qui fit rendre six cents esclaves aux corsaires ; il entama des négociations avec les cheva-

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liers de Malte pour faire de leur île une possession française, et projeta avec eux la destruction des Barbaresques. Enfin, en 1636, quand la flotte française , commandée par l'archevêque Sourdis, passa de l'Océan dans la Méditerranée pour reprendre les îles d'Hyères, qui venaient d'être enlevées par les Espagnols, il lui donna les instructions suivantes : « Après la prise desdites îles, l'armée ira ranger la côte de Barbarie, depuis Tunis jusqu'à Alger, et enverra demander à ceux desdites villes les esclaves français qu'ils détiennent au préjudice des traités de paix qu'ils ont faits avec le roi, en offrant de rendre les Turcs qui sont à Marseille, ou faute de quoi la guerre leur sera déclarée, tous les hommes et vaisseaux desdites villes pris ou brûlés, même on s'efforcera de brûler ceux qui sont dans le port d'Alger, sans néanmoins s'engager trop. »

La nécessité de tenir la mer contre les Espagnols empêcha Sourdis « d'aller, comme il l'écrivait lui-même, à Tunis et à Alger, pour leur faire connaître le pavillon de France par la bouche de ses canons. • Alors il reçut l'ordre d'envoyer une escadre avec un navigateur, Sanson-Lepage, « pour refaire la paix, en changeant quelques articles indignes du nom du roi ; » délivrer nos esclaves et assurer l'existence de nos établissements, qui se composaient alors du Bastion de France , de Massacarès ou la Calle, du cap de Roses et des échelles de Bone et de Collo. L'escadre fut envoyée, mais on ne put rien conclure ; les mauvais temps dispersèrent nos vaisseaux; les Algériens détruisirent le Bastion de France, où ils prirent 370 personnes ; et ils continuèrent leurs pirateries avec tant de succès, qu'en deux ans ils enlevèrent quatrevingts bâtiments portant pavillon français. En 1640, on envoya une nouvelle escadre qui eut le sort de la première. L'année suivante, on ne fut pas plus heureux, et des négociations entamées avec Tunis n'amenèrent aucun résultat.

Tel était l'état de nos relations avec l'Orient, quand Louis XVI monta sur le trône; il allait s'aggraver par des fautes qui o'nt eu

une funeste influence sur les destinées de la Turquie et de la France.

§ VI. — Ibrahim b r (1639). — Guerre contre Venise. — Intervention diplomatique et armée de la France.

Ibrahim h T avait succédé à son frère A murât IV. 11 ne fit point d'expéditions en Asie, et, à l'exemple de son frère, il ménagea la maison d'Autriche ; il enjoignit même à Rakoczy, prince de Transylvanie, de cesser la guerre contre l'empereur et de rompre avec la Suède. Il se montra plus belliqueux à l'égard des Cosaques, qui s'étaient emparés d'Azof sous le règne précédent, et il leur reprit cette place (1642), que déjà convoitaient les Moscovites. Tout l'effort de la puissance ottomane fut dirigé contre la république de Venise.

En 1644, les galères de Malte prirent un vaisseau turc qui allait à la Mecque, et sur lequel étaient une des femmes et un fils du sultan; elles les conduisirent à Candie, où le commandant vénitien eut l'imprudence de les recevoir. A cette nouvelle, Ibrahim se livra à une telle fureur, qu'il voulut exterminer d'abord tous les chrétiens de ses États ; puis, sur les représentations du mufti, les Européens seulement; puis, sur les observations de ses ministres, les prêtres catholiques. L'ordre de ces massacres fut même donné, et la révocation s'en fit avec tant de peine, que les Francs établis à Constantinople se crurent, pendant quinze jours, voués à une mort certaine. Alors le sultan fit venir les ambassadeurs chrétiens ; il leur déclara qu'il les rendait responsables de l'outrage qu'il avait reçu, et que leurs maîtres devaient eux-mêmes le venger sur les chevaliers de Malte et sur les Vénitiens; puis il les fit emprisonner dans leurs maisons, ordonna de fermer les comptoirs des marchands francs, et mit l'embargo sur tous leurs vaisseaux. Les ambassadeurs de Venise, d'Angleterre et de Hollande représentèrent au sultan que pas un de leurs compatriotes ne faisait partie de l'ordre de Malte, lequel se composait presque entièrement de Français ;

IBKAHIM l** r

et la colère d'Ibrahim allait se tourner contre la France, quand le grand vizir voulut profiter de l'événement pour tenter la conquête de Candie , la dernière possession grecque des Vénitiens. Il fit à cet effet de grands préparatifs, et, sans déclaration de guerre, une flotte de trois cent quarante-huit voiles, portant 50,000 hommes, débarqua dans cette île, dont Facquisition devait coûter aux Ottomans vingt-cinq ans de combats.

La Canée fut prise presque sans coup férir (1645). La flotte vénitienne, arrivée trop tard pour défendre cette place, se vengea en dévastant les côtes de la Morée, l'île de Ténédos et la plaine de Troie (1646). Mais plusieurs villes de Crète capitulèrent, entre autres, l'importante place de Retimo. Les Turcs échouèrent devant Candie, capitale de l'île (1647). En même temps, ils attaquaient la Dalmatie; mais ils n'y eurent pas de succès.

Venise avait demandé des secours à toutes les puissances chrétiennes. Le monde catholique s'émut des insultes des Turcs ; le zèle religieux qui passionnait alors la France se manifesta par des cris de guerre contre les infidèles , et plusieurs écrits excitèrent Louis XIV enfant « à aller planter la foy et ses lys dans les terres Idumées. » — * Nous le verrons, dit un pamphlet de la Fronde, couronné en Jérusalem, et se mettre en possession de tous les royaumes qu'ont possédés ses glorieux ancêtres. » Mazarin voyait sans chagrin les dangers des Vénitiens, avec lesquels nous étions en rivalité pour le commerce du Levant; mais il n'aurait pas voulu que les Turcs, dont l'amitié pour la France s'était si étrangement refroidie, vinssent à dominer la Méditerranée par la possession de Candie. Suivant sa politique cauteleuse, il résolut de conserver ouvertement l'alliance ottomane , pour faire profiter notre commerce de l'embarras des Vénitiens, et en même temps d'empêcher les succès des Turcs par des hostilités sourdes qui les feraient se reperttir de leurs mauvais procédés envers la France et satisferaient l'opinion catholique. Il envoya à Constantinople un ambassadeur extraordinaire, M. de Varennes, pour offrir au divan la médiation ii. >

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de la France ; la médiation fut repoussée avec hauteur. Alors il offrit aux Vénitiens le concours de la marine française ; mais il borna ce concours à trois brûlots , encore à des conditions telles, que le sénat les refusa. Ensuite, il envoya à Venise un subside de dix mille écus, mais secrètement et en son nom privé. « Il regrettait , disait sa lettre , que les soins que le roi s'était donnés pour conserver la prix n'eussent pas réussi. » L'année suivante, il donna encore neuf vaisseaux, mais sans équipages, et qui devaient combattre sous pavillon vénitien , conjointement avec neuf autres vaisseaux fournis par l'Espagne. Enfin, il permit au sénat de recruter des soldats en France, et cette permission fut si largement exploitée, que, pendant cette lutte de vingt-cinq années, et quoique la France fût elle-même engagée dans la guerre de Trente ans , plus de 50,000 Français, poussés, soit parle zèle religieux, soit par l'amour des aventures, se mirent à la solde de Venise, et périrent sous son drapeau. Ce nombre est constaté par les registres mêmes de la république.

La gloire de soumettre Candie n'était pas réservée au règne d'Ibrahim ; les vices de ce prince , plus que le courage des chrétiens , retardèrent la prise de cette ville. Usé par les excès de la débauche, il était incapable de diriger la guerre et de la pousser vigoureusement. Les sultanes favorites dévoraient les revenus do l'État ; elles disposaient à leur gré de toutes les charges. L'armée se fatigua de cette honteuse tyrannie, et l'esprit de révolte, comprimé sous le règne précédent, se réveilla d'autant plus terrible, que le pouvoir s'était plus avili. Les janissaires déposèrent Ibrahim, et les principaux dignitaires de l'empire le firent étrangler (1648). Son fils Mahomet, à peine âgé de sept ans, lui succéda.

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