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RÈGNE DE MAHOMET IV, JUSQU'EN

§ l. — Insolence des janissaires ; révoltes en Asie. — Guerre en Transylvanie, en Servie, en Moldavie.

Le règne de Mahomet IV, qui dura 40 ans, peut se diviser en (rois périodes : la première s'étend depuis la mort d'Ibrahim jusqu'à la nomination du grand vizir Kupruli-Mohammed (1 648-1 G56) ; la seconde , pendant l'administration des deux premiers Kupruli , depuis 1G56 jusqu'au traité de paix conclu avec la Pologne (1676) ; la troisième, depuis la mort d'Àhmed-Kupruli jusqu'à la déposition du sultan (1676-1687). La première période est remplie de séditions et de revers; dans la seconde, Ahmed-Kupruli rétablit les affaires de l'empire; puis les troubles recommencent, et la puissance ottomane , ébranlée au dedans et au dehors, touche à son déclin.

Après le meurtre d'Ibrahim, la Porte subit de nouveau la domination de la soldatesque. Les janissaires, d'abord satisfaits de leur œuvre, réprimèrent une insurrection des itchoglans et des sipahis ; mais ils firent chèrement payer au jeune sultan leur insolente tutelle. Plus d'une fois, pendant la guerre contre Venise, ils compromirent l'honneur du croissant par leurs révoltes , en présence même de l'ennemi. En 1649, ils refusèrent de continuer le siège de Candie, et le séraskier Hussein fut contraint de cesser les opérations. En 1651, une nouvelle sédition coûta la vie à l'aïeule de Mahomet IV. Cinq ans après, on vit encore les janissaires et les sipahis, irrités des retards apportés au payement de leur solde, se

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rassembler sur l'hippodrome , théâtre ordinaire de leurs émeutes, et réclamer à grands cris la mort des membres du divan. Le sultan obéit : les seigneurs de l'hippodrome (at-meïdani-aghalari) lui remirent une liste de proscription ; il livra aux mains du bourreau ses plus chers serviteurs, et toute l'administration fut bouleversée

(1656) . Encouragés par Fexemple de l'armée, les corps de métiers s'insurgèrent aussi et firent déposer un grand vizir. Enfin, des révoltes éclatèrent dans les provinces d'Asie : Ahmed-Pacha, gouverneur de l'Anatolie, fut vaincu , pris et tué par les rebelles (1049).

Heureusement pour les Turcs, l'Allemagne, épuisée par la guerre de Trente ans, que venaient de terminer les traités de Westphalie (1618), ne songea point à reconquérir la Hongrie; la France était troublée par la Fronde (1649-1652), et n'avait point encore signé la paix avec l'Espagne ; le sultan n'eut donc à combattre que Venise. Mais, tant que l'anarchie dura au dedans, il n'obtint au dehors aucun avantage, malgré l'isolement où les puissances chrétiennes laissèrent les défenseurs de Candie. L'amiral Mocenigo remporta même, devant le détroit des Dardanelles, une victoire complète sur la flotte turque, s'empara de Téuédos, de Samothrace et de Lemnos, et, par un blocus sévère de l'Hellespont , réussit presque à affamer Constanlinople (1656).

Telle était la situation de l'empire lorsque Kupruli-Mahomet fut élevé au poste de grand vizir. Son premier soin, dès son entrée au pouvoir, fut de rétablir l'ordre et la discipline. Une émeute de soldats ayant éclaté , il la comprima par les supplices : quatre mille cadavres furent, dit-on, jetés à la mer. Il fit pendreen même temps le patriarche grec, accusé de trahison.

La guerre contre les Vénitiens fut reprise avec vigueur. Mocenigo perdit la vie dans une bataille indécise près des Dardanelles

(1 657) ; les îles de Téuédos et de Lemnos furent reconquises ; mais ces succès furent en partie compensés par une victoire que remporta, près de Milo, l'escadre delà république (1661).

Cependant une ambassade suédoise était venue demander à la Porte une alliance offensive et défensive contre la Pologne. Rakoczy, prince de Transylvanie, joignit ses instances à celles du roi de Suède. Kupruli repoussa ces propositions , et fit emprisonner aux Sept-Tours les députés transylyaniens, parce que leur maître s'était ligué, sans l'autorisation du divan , avec les Suédois et les Cosaques. Rakoczy n'en persista pas moins à attaquer la Pologne; et , pour cela , il conclut un traité avec les voîvodes de Valachic et de Moldavie. Les Polonais le battirent ; la Porte le destitua (1657), ainsi que le voïvode de Yalacbie, Constantin 1 er . Le sultan mit à la place de celui-ci le grec Mihne, fils d'un serrurier, et Constantin alla mourir en Pologne. • Avec lui, dit un historien moldave , s'éteignit la famille des Bassaraba , d'où la Valachie a tiré presque tous ses princes pendant quatre cent dix-sept ans, depuis 1241 jusqu'en 1658. La famille des Bassaraba a donné à ce pays, outre plusieurs princes d'un talent secondaire, quatre grands voîvodes : Marcea le Grand, l'instituteur de l'armée; Rodolphe le Grand, le réformateur du clergé; Michel le Brave, le héros et le conquérant , et Matthieu 1 er , le législateur de la Valachie. »

Rakoczy, détrôné par le sultan, n'abandonna point sans combat

le gouvernement de la Transylvanie ; il battit , à Lippa , le pacha

de Pesth (1658) ; mais il fut battu à son tour par Kupruli, et

sollicita le nouveau voïvode de Valachie de s'unir à lui. En effet,

Mihne médita de tourner ses arnfes contre les Turcs ; mais il fut

dénoncé par les boyards. « Le sabre du sultan est bien plus long

que le nôtre, » disaient ces Valaques dégénérés. Mihne, pour

mériter le pardon de la Porte, suivit les Turcs en Transylvanie.

Rakoczy, vaincu, fut remplacé par Achatius Barcsay, qui reçut

l'investiture du sultan , sous la condition de payer un tribut de

quarante mille ducats (1658). Cependant le sort de la Transylvanie

était réservé à la Valachie. Mihne dissimula quelque temps ses

projets de révolte. Peu à peu il augmenta son armée et emprunta ii. i.

de l'argent aux principales maisons de banque de Gonstantinople ; enfin, il commença ouvertement les hostilités. Après un massacre de tous les boyards dévoués aux Osmanlis , il attaqua Tergowitz, la prit d'assaut et fit passer au fil de l'épée la garnison turque. De là, il marcha vers Giurgewo et Bralla, emporta ces deux places de vive force, égorgea tous les musulmans qui s'y trouvaient et s'empara de leurs biens. 11 ne se contenta pas de chasser les Turcs au delà du Danube : renouvelant son alliance avec Rakoczy, il envoya 10,000 Transylvaniens et 10,000 Valaques contre Ghika, voivode de Moldavie. Ghika fut vaincu près d'Yassi. Là s'arrêtèrent les succès de Mihne. Kupruli donna ordre aux Tarlarcs d'entrer en Moldavie , tandis que l'armée turque envahissait la Valachie. Les Valaques et les Transylvaniens perdirent une bataille sanglante sur les bords du Bagiui ; Mihne se sauva dans les montagnes, et Ghika fut donné pour maître aux Valaques (1659). « Les Valaques s'étaient accoutumés à recevoir sans murmurer les princes que le premier batelier turc, monté au rang de grand vizir, se plaisait à leur envoyer. Ils baisaient le joug qui les opprimait. Plus de réclamation , plus de résistance ! Ils recevaient des maîtres des rives du Bosphore ou du fond de l'Albanie ; ils les reconnaissaient pour leurs voïvodes , se prosternaient devant la poussière de leurs pieds et adoraient la main qui les frappait. La nation était tombée en décadence; elle avait perdu sa nationalité, et, par conséquent, son indépendance. Les Valaques, du temps de Michel le Brave, refusaient les Grecs môme comme simples employés dans leur gouvernement; les Valaques de 1650 acceptaient avec indifférence ou le rebut du Fanar et de l'Albanie, ou des serruriers, ou des marchands d'huîtres; ils souffraient et se taisaient. Aucune voix forte ne s'élevait pour rappeler à la Turquie son manque de foi, et pour exiger les droits assurés à la Valachie par les anciens traités (1). »

(1) Kogalnilchano, Histoire de la Valachie, etc., 1. 1, p. 299.

Tandis que les Tartares et les Turcs mettaient la Valachie au pillage, le comte de Souches , général des Impériaux en Hongrie, enleva aux Ottomans quelques portions de territoire, sous prétexte de protéger les frontières de l'empire contre les incursions des Tartares. Sidi-Ali, pacha de Bude, se plaignit de ces empiétements; sur la réponse évasive du commandant des troupes allemandes, il attaqua Gross-Wardein. La trahison lui ouvrit les portes de cette forteresse (1660).

La guerre continuait contre Venise ; elle commençait contre r Autriche ; elle faillit éclater entre la France et la Turquie, grâce aux imprudences de M. de la Haye, notre ambassadeur.

§ II. — Ambassade de M. de la Haye. — Rupture diplomatique avec la France. — Mort de Kupruli 1er.

« Au commencement du règne de Mahomet IV, dit le voyageur Chardin, l'État étoit gouverné par des femmes et par des eunuques, qui remplissoient les premières charges comme il leur plaisoit. Presque tous les mois, on voyoit un nouveau grand vizir, auquel, après quelques jours de ministère, on ôtoit la charge et souvent la vie. M. de la Haye, voyant ces fréquents changements, crut que, durant tout le bas âge de Sa Hautesse, les choses n'iroient point autrement, et qu'ainsi la visite et les présents qu'il faisoit à chaque nouveau grand vizir étoient visite et présents perdus. Lorsque Kupruli reçut le sceau de l'empire, l'ambassadeur crut que la fortune de celui-ci ne seroit pas meilleure que celle de ses prédécesseurs; mais il se trompa, et la chose réussit tout autrement.

» Dès que Kupruli fut entré en charge, chacun lui fit sa visite et les présents accoutumés, entre autres les ministres étrangers, excepté l'ambassadeur de France. On dit à celui-ci plusieurs fois d'en faire autant et môme on l'en pressa; mais le désir d'épargner un présent à sa nation le retint ; néanmoins, voyant que Kupruli s'établissoit à la cour sur la ruine de plusieurs grands, et que,

selon toutes les apparences, il seroit quelque temps grand vizir, il l'alla voir et lui fit son présent. Ce furent là véritablement une visite et un présent perdus; car le vizir, indigné de la négligence et du peu de considération qu'il avoit témoignés pour lui en cette importante rencontre, avoit formé le dessein de s'en venger sur lui et même sur toute la nation française. C'est là au vrai la source et l'origine de la mauvaise correspondance qu'il y a eue entre la France et la Turquie durant tout le ministère de ce vizir, et depuis môme sous le ministère de son fils, qui lui succéda. De manière que la dureté de la Porte envers les trois derniers ambassadeurs de France, et les diverses avanies qui ont été faites aux Français pendant vingt ans, se doivent rapporter originairement à un chagrin personnel, nonobstant les raisons sur quoi on les a fondées dans la suite, dont les principales et les plus justes éloient l'entreprise sur Gigeri et les secours donnés à l'empereur aux Vénitiens.

» Le vizir ne fut pas longtemps à chercher l'occasion de faire éclater son ressentiment. Il s'en présenta bientôt une telle qu'il la pouvoit souhaiter. C'étoit le temps de la guerre de Candie; la France avoit assisté secrètement les Vénitiens dès le commencement de la guerre, et l'on tient que M. de la Haye eut ordre d'avoir un commerce secret avec les Vénitiens et de leur faire savoir les desseins des Turcs. 11 leur avoit écrit de ne pas céder aux exigences du divan, leur faisant entendre qu'ils dévoient tout espérer de la protection de Louis XIV, et que son maître ne seroit pas médiateur d'une paix désavantageuse pour les chrétiens. Kupruli, ayant été averti de ce commerce par un renégat qui lui livra les dépêches chiffrées de l'ambassadeur (1659), entra dans une grande colère, étant naturellement inhumain et sanguinaire; il ordonna à de la Haye de se rendre à Andrinople, où éloit la cour. L'ambassadeur, étant malade, envoya son fils à sa place. Le vizir le reçut avec hauteur et lui commanda de déchiffrer les lettres. Celui-ci répondit que « les secrets du roi son matlre dévoient être gardés. »

Kupruli entra dans une telle fureur, qu'il cria à ses cbiaoux : « Frappez ce chien ! » Et ceux-ci, se ruant sur le jeune de la Haye, le maltraitèrent; puis on le jeta en prison dans la grosse tour d'Andrinople : « Il ne faut pas endurer, » dit le vizir, « de l'envoyé * « d'un ambassadeur, fût-il son fils, ce qu'on n'endureroit pas de « l'ambassadeur lui-même. • Les secrétaires et interprètes de l'ambassade furent menacés de tourments et même de la mort.

» De la Haye accourut à Andrinople. Le vizir lui demanda vainement le chiffre des lettres, qualifia sa conduite de trahison, et quitta la ville pour aller faire la guerre en Transylvanie, en faisant garder à vue l'ambassadeur et en laissant son fils en prison. Ce ne fut qu'à son retour de la guerre qu'il leur permit de revenir à Constantinople (1660). »

 la nouvelle de cet événement, Mazarin, voulant empêcher une rupture, envoya un gentilhomme nommé Blondel , avec une lettre du roi qui demandait des réparations et la destitution du vizir. Kupruli reçut cet envoyé avec hauteur, se plaignit de la France, qui donnait des secours aux ennemis de la Porte, et menaça de chasser de la Haye avec ignominie. Blondel ne put obtenir audience du sultan et repartit avec ses lettres. A son retour, Mazarin rappela de la Haye (1661) et confia le soin des affaires de la France à Constantinople, à un marchand nommé Roboly, qui en resta chargé jusqu'en 1665.

La rupture semblait complète; l'Angleterre, la Hollande, l'Autriche, poussaient la France à la guerre, et leurs ambassadeurs à Constantinople exagéraient à dessein les insultes que nous avions reçues. Mais Mazarin, qui venait, par le traité des Pyrénées (1659), de tracer à la France la politique qui devait lui donner la domination de l'Occident, refusa de s'engager dans une lutte impolitique contre la Turquie, lutte d'orgueil dont on ne pouvait se promettre aucun résultat, et qui ferait perdre à la France eu Orient une place que nos ennemis se hâteraient d'occuper. Il se contenta de faire craindre une rupture ouverte aux Ottomans, qui

étaient embarrassés de leur double guerre de Candie et de Hongrie ; il envoya 4,000 Français à Candie; il protégea le recrutement de nombreux volontaires pour Tannée vénitienne; enfin, il se prépara à donner des secours à l'empereur contre les Ottomans.

Mazarin et Kupruli moururent tous les deux la même année (1661), après avoir tous les deux exercé, sur les souverains dont ils étaient les ministres, une véritable tutelle et relevé la puissance des États qu'ils gouvernaient. Mazarin eut à vaincre la Fronde; Kupruli réprima les janissaires , étouffa en Asie Mineure une insurrection et pacifia la haute Egypte. Le premier, achevant l'œuvre de Richelieu, abaissa les deux branches de la maison d'Autriche, et agrandit la France à l'est et au sud ; le second prépara la chute de Candie , resserra les liens de vassalité qui attachaient à l'empire ottoman la Transylvanie et les principautés danubiennes, et commença contre l'Autriche une guerre qui devait mettre Vienne en péril. Mais, s'il peut être comparé avec Mazarin, Kupruli ressemble plus encore à Richelieu par son énergie et sa cruauté. 11 fit, dit-on, périr plus de 30,000 personnes. Avant de mourir, il conseilla au sultan de se soustraire à la domination des femmes, de ne point s'enfermer dans le sérail, de ne pas laisser amollir les troupes dans l'oisiveté et de ne jamais choisir un ministre trop riche. Mahomet lui demanda, comme un dernier service, de désigner celui qu'il croyait le plus propre à le remplacer. « Je ne connais personne, répondit le grand vizir, qui en soit plus capable que mon Gis Ahmed. » Kupruli-Ahmed hérita des fonctions et de l'autorité de son père (1661).

§ III. — Guerre en Hongrie. — Intervention de la France. — Bataille de Saint-Golhard. — Traité de Vasvar.

Le grand vizir léguait à son fils deux guerres à terminer. Venise et l'Autriehe entamèrent vainement des négociations. Kupruli- Ahmed passa le Danube à la hauteur de Gran et mit le siège dc-

vant Neuhaeusel. La prise de celle forteresse, qui était le boulevard de la Hongrie, entraîna la soumission des châteaux environnants (1663). Pendant ce temps, des hordes tartares ravageaient la Hongrie, môme la Moravie, la Silésie, et emmenaient en esclavage près de 80,000 chrétiens.

L'empereur Léopold était abandonné à ses propres forces; les États d'Allemagne, qui se trouvaient, depuis les traités de Westphalie et surtout depuis la ligue du Rhin, sous la protection de la France, ne voulaient lui donner aucun secours. Pour sauver la Hongrie, Alexandre VII, pontife dévoué à la maison d'Autriche, conçut le projet d'une coalition de tous les États chrétiens contre les Turcs. D'après l'ouverture qui lui fut faite, Louis XIV envoya à Rome un ambassadeur pour représenter au pape les raisons qui devraient détourner la France d'une telle ligue, • telles que la protection de la religion dans les États ottomans, l'intérêt des sujets français au commerce du Levant, enfin les griefs particuliers de Louis XIV contre l'empereur; néanmoins, le roi très-chrétien s'élevait au-dessus de ces raisons ; il entrerait dans la ligue et ferait auprès de ses alliés d'Allemagne les instances nécessaires pour les y faire entrer. » En effet, le roi de France et la ligue du Rhin conclurent un traité par lequel ils devaient mettre sur pied chacun 30,000 hommes pour marcher contre les Turcs. Mais l'empereur, en voyant de sijgrandes forces, s'inquiéta du triste rôle qu'il jouait en Allemagne en face du protecteur de la ligue du Rhin; et, par ses conseils, lé pape se refroidit pour la coalition. Louis XIV fut irrité de l'accueil fait à ses offres, « offres qui étaient telles, écrivait Lionne, qu'un autre pape en aurait rendu publiquement grâces au ciel; au reste, ajoutait-il, c'est plus encore l'affaire de Sa Sainteté que la nôtre ; il suffira à Sa Majesté, pour sa satisfaction et sa décharge envers Dieu, d'avoir fait toutes les avances par rapport à cette ligue qu'un roi, fils aîné de l'Église et principal défenseur de la religion, pouvait faire dans un péri* imminent pour la chrétienté. »

Les succès des Turcs continuèrent. L'empereur elle pape demandèrent de nouveau des secours à la France, mais seulement des secours d'argent. Louis XIV offrit 24,000 hommes de ses troupes et 24,000 de ses alliés d'Allemagne. L'empereur les refusa en disant ouvertement que, avec une telle armée, le roi de France serait plus maître de l'empire que lui-même. Louis XIV offrit une armée moindre de moitié. « S'il n'accepte pas, disait Lionne, on doit en tirer deux conséquences, ou qu'il n'avait nulle nécessité

d'être secouru, ou qu'il aimait mieux ne l'être pas que de l'être d'aucune force de cette couronne ou de ses amis. » Enfin, on s'accorda à envoyer en Hongrie 6,000 Français et 24,000 hommes de la ligue du Rhin, commandés par le duc de la Feuillade et le comte de Coligny. Un subside de 200,000 écus fut donné au pape pour la guerre ; mais l'on s'efforça vainement de renouer le projet de coalition. « C'est un beau dessein, écrivait notre ambassadeur à Rome, qui s'en est allé en fumée. »

Tandis que les Français et les auxiliaires de la ligue du Rhin marchaient vers la Hongrie, Hohenlohe, général des Impériaux, et Zriny, ban des Croates, s'emparèrent de Presnitz, de Babocsa, de Baris , et brûlèrent la ville de Fùnf-Kirchen avec plus de cinq cents villages. Le comte de Strozzi obtint aussi quelques succès, mais il périt dans une escarmouche sur les bords de la Muhr. Le célèbre Montecucullî lui succéda datfS le commandement, et arrêta le flot menaçant de l'invasion musulmane. Kupruli-Ahmed s'était avancé jusqu'au Raab ; trois fois il essaya de franchir le fleuve, trois fois il fut repoussé. Dans le dernier combat, livré près du village de Saint-Gothard , il perdit près de 25,000 hommes (1^ août 1664). Les 30,000 auxiliaires de France et d'Allemagne décidèrent le succès de cette bataille. On raconte que, lorsque le grand vizir vit déboucher les gentilshommes français avec leurs habits enrubanés et leurs perruques blondes, il s'écria : « Quelles sont ces jeunes filles? » Mais, en un clin d'œil, les janissaires furent enfoncés par ces jeunes filles, que les historiens ottomans

appellent des hommes d'acier; et ceux qui échappèrent à la défaite répétèrent longtemps, dans leurs exercices guerriers, les cris que les Français avaient poussés en se jetant dans la mêlée : Allons ! allons ! tue ! tue !

La bataille de Saint-Gothard-hâta la conclusion de la paix, qui fut signée à Vasvar (1664). Ce traité différa grandement de celui de Sitvatorok , dont Kupruli ne voulait pas entendre parler. La Transylvanie devait être évacuée par les Impériaux et par 1rs Turcs ; Àpafy était reconnu par l'empereur et par le sultan comme prince de ce pays, mais en restant tributaire de la Porte. Des sept comitats hongrois situés entre la Transylvanie et la Theiss, trois devaient appartenir à l'empereur; les quatre qui avaient élé enlevés à Rakoczy restaient aux Ottomans. Le sultan gardait Novigrad et Neubaeusel.

§ IV. — Hostilités de la France contre les Barbaresques. — Ambassade de M. de la Haye fils.

Les troupes envoyées par Louis XIV au secours de l'empereur revinrent en France après la ratification du traité de Vasvar; mais les escadres françaises continuèrent la guerre contre le croissant; elles couraient la Méditerranée pour détruire les pirates barbaresques. 11 serait trop long d'énumérer les combats livrés aux corsaires par Beaufort, d'Hocquincourt, Duquesne, Tourvillc, d'Estrées, les prises et les brûlements de leurs vaisseaux, les expéditions dirigées contre leurs villes ; il serait encore plus long d'énumérer les tentatives faites pour les amener à respecter le droit des gens, les négociations entamées avec eux, les traités signés et rompus par eux. On ne saurait croire ce que le gouvernement de Louis XIV fit d'avances, subit d'insultes, promit d'avantages, pour donner quelque sûreté à notre commerce et forcer les Barbaresques à prendre quelques idées de civilisation. C'était Colbert qui contraignait son maître à abaisser son orgueil

devant les nécessités du commerce ; c'était lui qui lui démontrait que, dans les négociations avec les Turcs comme avec les Barbaresques, le fond devait remporter sur la forme ; qu'avec des peuples étrangers à toutes nos idées sur le point d'honneur, on pouvait mépriser des insolences et des bravades qu'on ne supporterait pas d'une nation chrétienne. Nous ne citerons qu'un seul des traités conclus avec les Barbaresques ; c'est celui qui fut fait avec les Tunisiens en \ 665, parce qu'il reuferme les stipulations communes à tous les autres traités : liberté de commerce, reddition des esclaves, ouverture des ports aux bâtiments de guerre français, juridiction et droits des consuls, etc. Ce traité stipule, en outre, le rétablissement du commerce de la France au cap Negro; c'était un établissement situé sur les confins des régences de Tunis et d'Alger, et d'où l'on tirait annuellement vingt mille muids de blé et quarante mille charges de légumes, principalement destinés à la marine; le monopole en était cédé à la France, moyennant une somme de 35,000 piastres destinées à la solde des troupes tunisiennes qui devaient en éloigner les étrangers.

Le gouvernement de Louis XIV ne se contenta pas d'envoyer des vaisseaux contre les Barbaresques , il voulut avoir un établissement militaire sur la côte d'Afrique, comme les Espagnols en avaient un à Oran. Après avoir fait, avec l'ordre de Malle , l'alliance projetée par Richelieu et qui mit à sa disposition toute la marine des chevaliers, il fit partir, sous le commandement du duc de Beaufort, une flotte de trente bâtiments qui se dirigea sur Djigelli ou Gigeri. On s'empara de cette petite ville et l'on y bâtit un fort dont les débris existent encore. Mais alors la discorde se mit entre les troupes de terre et les troupes de mer ; les Algériens en profitèrent pour reprendre la ville et forcer les Français à la retraite. Malgré cet échec , l'entreprise sur Gigeri jeta un grand éclat « C'est un échantillon, dit un écrit du temps, de ce que les infidèles ont à craindre et les chrétiens à espérer. » — « Elle excita, dit le

chevalier d'Arvieux (1), des murmures infinis dans l'empire ottoman, dans la Syrie et dans l'Egypte... Les Turcs et les Maures crièrent à la vengeance; ils disoient hautement qu'il falloit exterminer tous les Francs qui étoient dans l'empire. Ceux qui venoient dans les ports de Syrie nous chargeoient d'injures, et menaçoient de se venger, sur nos personnes et sur nos biens, des pertes que la prise de Gigeri leur causoit. Les Anglois , Hollandois et autres Francsqui sont dans les Échelles se séparèrent de nous etaffectèrent de dire qu'ils n'étoient pas Français et qu'ils n'avoient aucune part à la prise de Gigeri. On nous avertissoit de toutes parts que nous étions dans un danger extrême et qu'il y avoit apparence que les Turcs nous feroient éprouver la fureur des Vêpres siciliennes. »

Le gouvernement de Louis XIV avait espéré que l'expédition de Gigeri, la bataille de Saint-Gothard, les secours donnés aux Vénitiens, amèneraient la Porte Ottomane à lui faire des réparations et à demander le renouvellement de l'alliance ; mais le divan dissimula ses ressentiments ; il affecta un calme insouciant et superbe ; il ne parut ni s'émouvoir du départ de l'ambassadeur français, ni s'apercevoir des hostilités de la France, ni craindre une rupture ; il se contenta de répondre aux agressions de sou ancienne alliée en gênant son commerce et en persécutant les chrétiens d'Orient. Les choses en vinrent à ce point, qu'il fallait ou rompre entièrement, ou renouer l'alliance. « On a fait la guerre en Europe, écrivait d'Arvieux à Louis XIV, pour de moindres sujets, et je ne crois pas qu'on puisse dire que nous ayons véritablement la paix avec le Grand-Seigneur, si on ne renouvelle cette alliance sur le même pied que s'il n'y avoit jamais eu rien entre Votre Majesté et lui. » Colbert, héritier des idées de Mazarin, regardait une guerre contre les Turcs comme une catastrophe qu'il fallait éviter à tout prix ; selon lui , elle devait détourner la France de ses véritables intérêts à l'Occident, ruiner une partie de son commerce, la lancer

(!) Mémoires, t. III, p. 3.

dans une voie inconnue et qui ne pouvait être la sienne ; il força encore Louis XIV à s'humilier devant cette nécessité fatale, et envoya à Constantinople deux secrétaires d'ambassade pour demander si la Porte serait disposée à renouveler les capitulations, si elle recevrait avec honneur un nouvel ambassadeur, si elle n'avait pas de répugnance à voir &î. de la Haye fils exercer ces fonctions. Kupruli, feignant d'oublier Gigeri , Saint-Golhard et Candie, répondit que l'amitié de la Porte pour la France était trop ancienne pour être altérée par la conduite peu sensée d'un ambassadeur, et il promit de bien accueillir M. de la Ifaye.

Celui-ci n'était nullement le ministre capable de réconcilier les deux puissances ; il avait contre lui, outre les antécédents de son père , un caractère plein de fiel et d'emportement qui le faisait haïr même de ses compatriotes. Il arriva à Constantinople en 1666, et « dès l'abord, dit Chardin, il se conduisit avec autant de hauteur qu'on le pouvoit attendre d'un ministre ferme qui soutient le caractère d'ambassadeur d'un roi puissant et redouté. Il ne parloit sans cesse, dans les visites qu'il faisoit aux ministres du divan, que de la grandeur du roi son maître et de la puissance de ses armes. Cela déplut fort au vizir, qui s'imagina que c'étoit une insulte qu'on lui venoit faire et au Grand-Seigneur jusque dans sa cour, et, dans cette prévention, il traita l'ambassadeur avec un inépris assez outrageant. » Dans une audience qu'il lui donna , il le reçut avec beaucoup de dédain , sans le regarder , sans se lever de sa place; quand il se tourna pour lui parler, ce fut pour lui reprocher les secours que la France avait envoyés en Hongrie et à Candie ; puis il le congédia.

De la Haye, que ses compatriotes accusaient des mauvais procédés de la Porte envers la France , supporta cet affront sans se plaindre ; mais, dès qu'il fut sorti du palais, il envoya dire air vizir qu'il voulait bien ne pas compter la rencontre qui venait de se faire entre eux comme une audience donnée par le premier ministre du Grand-Seigneur à l'ambassadeur du plus puissant monarque de la

chrélienlé; qu'il lui demandait donc une nouvelle audience, mais à condition qu'il y serait reçu avec tous les hommages dus au maître qu'il représentait. Le vizir accorda l'audience, avec la condition qui y était mise; mais, par un caprice de brutalité barbare, il reçut l'ambassadeur comme la première fois. De la Haye, plein d'indignation, lui reprocha et son insolence et son manque de foi, et il lui déclara que , s'il ne lui faisait réparation, il avait ordre de rendre les capitulations et de s'en retourner en France. Le vizir s'emporta à son tour et répondit par une injure. L'ambassadeur prit des mains de son interprète le cahier des capitulations , les jeta au vizir et se leva pour sortir. On dit alors (mais les rapports seuls de l'ambassadeur d'Autriche mentionnent ces détails) que, le vizir l'ayant traité de juif et de chien, il fit mine de tirer son épée, que leschiaoux se jetèrent sur lui, le frappèrent du tabouret qu'il venait de quitter et lui donnèrent un soufflet. Ce qui est certain, c'est que, à sa sortie, il fut arrêté et retenu trois jours dans une des chambres du palais. Pendant ce temps, le vizir délibérait avec le mufti et le kapoudan-pacha sur cet événement et la guerre qui pouvait s'ensuivre ; on en informa le Grand-Seigneur, qui ordonna à Rupruli de se réconcilier avec de la Haye. Celui-ci, qui savait la cour de France m écoutante de sa conduite, se prêta à tous les arrangements ; et il fut arrêté que les deux audiences précédentes seraient considérées comme non avenues ; que l'ambassadeur n'en rendrait aucun compte à son maître , et que, dans une troisième audience, il serait reçu par le grand vizir avec les cérémonies et honneurs accoutumés. L'audience eut lieu : Kupruli accabla de la Haye de prévenances, de politesses et de présents; mais la bonne intelligence ne fut pas rétablie entre les deux ministres, et la France et la Porte continuèrent, en gardant les dehors de l'amitié, à se nuire sourdement.

De la Haye avait ordre de demander le renouvellement des capi- • filiations et la liberté pour les Français de commercer avec les

Indes par l'Égypte et la mer Rouge. Ces demandes furent repousu. 0.

HiSTOlHE DE LA TURQUIE

sées. Les Génois, qui négociaient dans le Levant sous la bannière française, s'étaient recommandés à la France pour obtenir du Grand-Seigneur la liberté de commercer directement avec ses sujets; ils avaient été refusés. Alors ils s'adressèrent à l'Angleterre, et, par sa protection, obtinrent des capitulations analogues à celles des Anglais et des Hollandais. Louis XIV ordonna à de la Haye de demander la révocation de ces capitulations, comme étant une violation du traité par lequel la Porte s'obligeait à ne recevoir en Turquie aucune nation européenne que sous la bannière française. Le vizir lui répondit : « que la Sublime Porte était ouverte pour se retirer, de même que pour venir; que l'empereur de France n'avait pas le droit de vouloir empêcher le Grand-Seigneur de faire la paix avec de vieux ennemis et de leur accorder des capitulations, lorsqu'ils venaient les lui demander; qu'il devait suffire à Sa Majesté d'être reconnue à la Porte comme padisebah et comme premier prince de la chrétienté, sans prétendre rien lui prescrire pour les autres. » De la Haye récrimina en termes offensants contre la mauvaise foi de la cour ottomane ; et, revenant sur l'espèce de grâce que le Grand- Seigneur faisait au roi de France en le traitant de premier prince chrétien : « Ce titre, dit-il , mon maître n'en est redevable qu'à Dieu et à ses armes victorieuses. » Le traité fait avec les Génois fut maintenu.

La cour de France était irritée de toutes ces insultes; elle s'en vengea en donnant de nouveaux secours aux Vénitiens.

§ V. — La France secourt Candie. — Prise de cette ville.

La guerre de Hongrie avait fait diversion à celle de Candie. Quand le traité de Vasvar fut signé , Kupruli-Ahmed résolut de terminer par un coup décisif la lutte engagée entre l'empire ottoman et la république de Venise. Il s'embarqua dans le mois de mai 1666, traversa l'Asie Mineure et arriva, le 3 novembre, à la Canée. Sa présence ranima l'ardeur des Turcs, fatigués par une

guerre de vingt-deux ans, et la tranchée fut ouverte sous les murs de Candie le 28 mai 1G67. Los assiégés soutinrent l'attaque du grand vizir avec une incroyable opiniâtreté ; les Turcs ne montrèrent pas moins d'acharnement. Mais, à mesure qu'ils enlevaient ou détruisaient quelque portion des remparts, de nouvelles fortifications s'élevaient en arrière; on eût dit, selon l'expression d'un historien , que la ville ne faisait que resserrer son enceinte devant les assiégeants. Kupruli, dans celle campagne, perdit 8,000 hommes.

L'année suivante, une troupe de 1,200 gentilshommes français, où l'on voyait les noms les plus illustres de la monarchie française, traversa la Méditerranée sous le pavillon de Malte, et entra dans Candie sous le commandement du duc de la Feuilladc. Ces volontaires, qu'animait cette bravoure si folle et si séduisante qui a valu à la France autant de défaites que de victoires, crurent qu'il suffirait d'une sortie pour délivrer Candie, et ils la demandèrent. Le gouverneur Morosini, dont la garnison était épuisée, refusa, lis déclarèrent qu'ils sortiraient seuls. En effet, aidés seulement des chevaliers de Malte, ils sortirent, ayant à leur téle la Feuillade, qui tenait un fouet à la main , et six moines portant le crucifix ; ils jetèrent l'alarme dans le camp des Turcs et leur tuèrent 1,200 hommes; mais, enveloppés bientôt par des milliers d'ennemis , ils se retirèrent en laissant une centaine de morts et de blessés , et , découragés de ce mauvais succès, ils se rembarquèrent.

L'éclat de ce secours valut à notre ambassadeur et à nos marchands du Levant de nouvelles insultes , de nouvelles avanies. Louis XIV s'en lassa, ordonna à de la Haye de revenir en France et envoya quatre vaisseaux commandés par M. Dalmeiras pour le ramener avec tous les Français qui voudraient le suivre. L'ambassadeur informa de cette mesure le kaïmacan, lui disant qu'il n'attendait, pour partir, que l'escadre française et le congé de la Porte. Le kaïmacan demanda à l'ambassadeur s'il avait un suc-

cesseur. De la Haye répondit que le roi de France ne voulait plus tenir d'ambassade à la Porte, parce que cette dignité n'y avait pas été considérée ni respectée comme elle devait l'être; qu'il laisserait un marchand pour y résider, jusqu'à ce que réparation eût été faite des insultes portées contre la France depuis longues années. Le divan prit du temps pour donner le congé demandé , d'accord avec de la Haye , qui voulait conserver sa place. Mais le bruit courait que Louis XIV préparait un secours formidable pour délivrer Candie, et qu'il était môme décidé à une guerre ouverte contre les Turcs. Le grand vizir s'en alarma et pressa le siège de la ville avec des forces qui dépassaient 100,000 hommes.

En effet, Louis XIV, poussé à bout par les injures de la Porte, et voulant faire parade , aux yeux de la chrétienté , de son zèle religieux, préparait un secours pour Candie (janvier 1669), qui se composait de douze bataillons d'infanterie, de trois cents chevaux, d'un détachement de la maison du roi, de deux cents gentilshommes volontaires, en tout 6,000 hommes, qu'un historien turc appelle • 6,000 pourceaux ayant de mauvais desseins. » Cette petite armée , que commandait le duc de Navailles , était montée sur vingt-sept bâtiments qu'escortaient quinze vaisseaux de guerre commandés par le duc de Beaufort ; elle portait , pour garder les apparences de la neutralité, l'étendard de l'Église, et avait pour avant-garde quatorze galères pontificales. La première division, forte de 4,500 hommes, arriva en juin 1669, alors que Candie était réduite aux dernières extrémités : les mousquetaires de la maison du roi ne voulurent pas débarquer pendant la nuit, mais ils le firent en plein jour sous le feu des Turcs. Dès le lendemain , et sans attendre le reste de l'armée, on fit une sortie ; mais Navailles voulut la faire avec ses troupes seules, et il refusa les soldats que Morosini offrait de lui donner. La sortie fut vigoureuse : la première ligne des Turcs fut forcée, et la terreur se répandait dans leur armée , quand une explosion de barils de poudre, qui éclata dans les rangs des Français, jeta la confusion parmi eux et les

M AHO.MKT IV

força à la retraite. Ils laissèrent 500 hommes sur le champ de bataille, parmi lesquels était le duc de Beaufort.

La deuxième division arriva ; mais déjà le découragement était dans l'armée royale , qui avait reconnu que la ville n'était plus défendable. Cependant la flotte française se réunit à la flotte vénitienne pour attaquer le camp des Turcs ; on se canonna pendant tout un jour, sans autre résultat que la perte d'un vaisseau français, qui sauta pendant le combat. Alors Navailles, mécontent des Vénitiens, se rembarqua avec sa petite armée (21 août) et revint en France, où Louis XIV le blâma de ce retour précipité et l'exila. Le départ des Français fut le signal de la reddition de la ville. Morosini capitula et signa en même temps la paix avec les Turcs (6 septembre 1669). La république perdit l'île de Crète, à l'exception de trois ports : Carabusa, Suda et Spina-Longa.

« L'histoire, dit Hammer, ne présente pas une place forte dont la conquête ait coûté autant d'argent , d'efforts et de temps que celle de Candie. Ou avait combattu vingt-cinq ans pour sa possession, et, durant ce temps, elle avait soutenu trois sièges, dont le dernier s'était prolongé trois années entières. Les Turcs avaient

tenté cinquante- six fois l'assaut ; ils avaient poussé quarante-cinq attaques souterraines. Les assiégés mirent le feu à onze ceut soixante et douze mines; les Turcs en firent sauter trois fois autant. La perte des Vénitiens fut de 50,000 hommes ; celle des Turcs, de plus de 100,000. »

Si cher que cette victoire eût coûté à l'empire, le sultan et sa cour montrèrent la plus grande joie. Kupruli-Àhmed parlagea avec ses compagnons d'armes la gloire du succès. « Tous, leur dit-il, vous avez contribué à cette conquête de toutes vos forces et de toute votre ame. Que votre visage resplendisse dans les deux mondes! que le pain du padischah vous soit légitimement acquis ! Je représenterai sous les yeux de notre sublime maître la grandeur de vos services, et je m'occuperai de faire tomber des récompenses sur vos têtes suivant la mesure de vos grades. » Le sultan ratifia

les promesses du grand vizir, et lui prodigua les témoignages les plus éclatants de sa faveur. Ou avait cru que Candie était recueil où se briserait la puissance ottomane ; aussi Kupruli dit-il après la capitulation : « Les Français ont eu pitié de nous! »

§ VI. — Nouveau désaccord avec la France.

Cependant l'escadre de Dalmciras était arrivée , mais de la Haye n'était pas parti. Pour se maintenir dans sa place, il travailla sourdement et bassement à ramener la bonne intelligence entre la France et la Porte, et il trompa sa cour en lui écrivant qu'il était traité avec tous les respects accoutumés. Enfin, il laissa repartir l'escadre de Dalmeiras, et s'en alla à Larisse, où se tenait la cour ottomane (mars 16G9), sous prétexte de prendre congé du sultan ; il y manœuvra de telle sorte, qu'il décida le divan à envoyer en Frauce un ambassadeur avec une lettre du sultan , pour renouer l'amitié entre les deux États. Cette mission fut confiée à un mottteferrika (officier des gardes) du nom de Soliman, auquel la Porte n'accorda que 2,000 écus pour son voyage , et qui fut défrayé secrètement, dit-on, par l'argent même de de la Haye. Il s'embarqua sur un bâtiment français, arriva à Paris, fut reçu en audience solennelle à Saint-Germain, et présenta au roi (5 décembre 1669) la lettre de son maître. « Vous savez, disait le sultan , que, depuis le temps très-éloigné que les empereurs de France, vos prédécesseurs, ont contracté cette ancienne alliance avec la sûre et ferme famille des Ottomans, ils ont vécu jusqu'à ces jours bienheureux avec tant d'union, d'amitié et de sincérité, que les pays et les peuples ont toujours joui du repos et de la tranquillité. Celte bonne intelligence s'est augmentée d'une telle manière, que, n'ayant souffert aucune altération ni changement, on peut dire qu'elle a été établie pour la paix de tout le monde, pour le règlement cl l'ordre des affaires des hommes... » Et il se plaignit du rappel de l'ambassadeur, « qui a toujours été , disait-il , sous

l'ombre permanente de notre justice , avec honneur, pendant que vos sujets et marchands qui abordent dans les havres de notre empire, ont joui de toute la protection qui leur a été nécessaire, et qu'il n'est pas arrivé la moindre chose qui ait dû altérer la bonne foi, F amitié, F affection et la sincérité qui sont entre nous depuis si longtemps. »

Louis XIV ne fut satisfait ni de la lettre du sultan, ni de la qualité, ni des manières de son envoyé, homme obscur et brutalement superbe : il s'attendait à des réparations et n'obtenait que des paroles vagues et mensongères. La plupart des courtisans le poussaient à une rupture : • Les Turcs, disait-on, sont fièrement prévenus du besoin qu'on a de leur pays; ils sont imbus de cette vanité : que la Porte est l'asile et le recours de tous les princes de la terre ; leur superstition les porte à croire que toutes les nations chrétiennes doivent leur* être soumises; et ils ne feignent pas de nous dire, lorsque nous nous plaignons de leur injustice, que, si nous quittions leur pays lorqu'ils nous auraient crevé un œil, nous y retournerions le lendemain pour qu'ils nous arrachassent l'autre. »

« Il semble, écrivait d'Arvieux à Louis XIV, que, comme Votre Majesté veut être traitée d'égale avec le Grand-Seigneur, clic ne devroit pas songer à lui envoyer un ambassadeur qu'il n'en tînt un en France pour répondre du traitement que le nôtre recevroit auprès du Grand-Seigneur; les affaires en iroient bien mieux. Cela paroît pourtant impossible, si l'on considère que ce n'est pas du tout la coutume des Turcs de tenir des ambassadeurs en résidence chez leurs confédérés. Les empereurs ottomans reçoivent agréablement tous ceux que les princes chrétiens leur envoient , pourvu qu'ils aient des présents à offrir et qu'ils trouvent leur compte dans les propositions qu'ils viennent leur faire. Il se font comme cela un honneur et une grandeur singulière d'être recherchés de tous et de ne demander l'amitié de pas un. »

Louis, qui était alors dans tout l'éclat de la jeunesse et de la

puissance, penchait à suivre ces conseils, dussent-ils amener la guerre. Mais Colbert lui représenta que la supériorité qu'affectaient les sultans sur les princes chrétiens était plutôt des formes communes à tout l'Orient que des réalités ; qu'elle n'avait nulle valeur effective, comme les événements de l'alliance l'avaient prouvé, puisque les Turcs avaient plutôt été au service de la France que la France au service des Turcs ; qu'il ne fallait pas pour des mots mettre à l'aventure une alliance qui avait été une pierre d'achoppement pour la maison d'Autriche , et qui était enviée de tous nos ennemis. Louis se rendit à ces raisons ; et il fut décidé qu'un nouvel ambassadeur serait envoyé à la Porte pour remplacer de la Haye, dont les intrigues étaient connues ; qu'une compagnie du Levant serait formée avec les vingt plus notables négociants de Paris, Lyon et Marseille; qu'une école de drogmans français serait établie à Constantinople , etc. En même temps , on réglementa le commerce de ces contrées par une législation spéciale : les consuls étaient la plupart inconnus ou étrangers ; on les renouvela presque tous, et on leur donna des instructions très-sévères pour qu'ils eussent à se tenir en correspondance continuelle avec l'ambassadeur, à lui rendre compte du commerce de leur échelle, du nombre et de la qualité des marchands français et étrangers, etc. On fit une pareille réforme pour les drogmans, qui durent être Français et nommés dans chaque échelle par l'assemblée des marchands. La police des consulats et de leurs chancelleries fut réglée par une ordonnance très-minutieuse. On défendit aux ambassadeurs de lever dorénavant des deniers sur les marchands français, en vertu d'ordonnances qu'ils délivraient eux-mêmes. Enfin, des ordres trèssévères furent donnés à la marine militaire pour l'escorte et la protection des bâtiments marchands.

MAIIOMKT IV

§ VII. — Ambassade de Nointel. — Nouvelles capitulations (1673).

Le nouvel ambassadeur fut le marquis de Nointel (1670), savant magistrat et habile antiquaire, qui avait déjà voyagé en Orient et qui reçut de Colbert les instructions les plus détaillées et les plus sages. II devait demander le renouvellement des capitulations avec les changements suivants : que le droit de douane fût réduit de cinq à trois pour cent ; que le roi de France fût reconnu le protecteur unique des catholiques d'Orient ; que les marchandises françaises qui venaient des Indes eussent libre passage par la mer Rouge et à travers l'Égypte. Cette dernière demande excitait pardessus tout la sollicitude de Colbert, qui portait à la prospérité do notre commerce une attention aussi active que passionnée : il regardait l'Egypte comme la vraie route des Indes, et voulait par là ruiner le commerce des Anglais et des Hollandais en Asie : « Il faudroit tâcher, écrivait-il à Nointel, de faire un traité avec le * Grand-Seigneur, par lequel il nous fût permis d'avoir à Alexandrie ou au grand Caire des vaisseaux qui reçussent les marchandises que d'autres vaisseaux amèneroient par la mer Rouge d'Aden à Suez ; ce qui abrégeroit la navigation des Indes orientales de plus de deux cents lieues. »

Nointel arriva à Constantinople avec une escadre de guerre qui pénétra dans le port sans saluer le sérail et en ordre de combat. La populace et les matelots ottomans poussaient des cris de fureur, et une bataille allait peut-être s'engager, quand la sultanevalidé demanda au commandant de l'escadre le salut pour ellemême ; et aussitôt les quatre vaisseaux français , se couvrant de tout leur luxe de banderoles, de soieries, de dorures , aux cris de Vive le roi! saluèrent le sérail de toutes leurs pièces. Cette conduite indisposa le divan ; et, quand Nointel, après avoir fait dans la \ille une entrée pompeuse, qui excita un nouveau mécontente-

ment, eut exposé l'objet de sa mission, il fut froidement accueilli. Kupruli Ahmed traita ses demandes d'exorbitantes; il affecta de croire que l'ambassadeur outre-passait ses instructions et exigea qu'une lettre du roi exprimât formellement la nature et l'étendue des réclamations de la France. Aussi, lorsque Nointel eut son audience solennelle du sultan, il vit dans les manières et les paroles de ses ministres le désir de le braver. Quand il vanta la puissance, les richesses, les armées de son maître : « Oui, répondit le vizir, l'empereur de France est un grand monarque, mais son épée est encore neuve. » Gomme Nointel rappelait l'ancienneté de l'alliance entre les Français et les Turcs : < Oui, dit le vizir, les Français sont nos meilleurs amis, mais nous les trouvons partout avec nos ennemis. » Enfin, Nointel disant que Sa Majesté avait particulièrement à cœur le passage par la mer Rouge : « Se peut-il faire, dit Kupruli, qu'un empereur si grand que le vôtre ait si fort à cœur une affaire de marchands? » Cependant on négocia ; mais Nointel tenta vainement de mettre l'affaire sous les yeux du sultan, car l'on croyait, en France, que les ressentiments personnels du vizir étaient la cause unique de la rupture : il ne put traiter que par l'intermédiaire du Grec Panajotti, premier drogman de la Porte, tout-puissant dans le divan et ennemi de la France. On lui proposa de renouveler simplement les anciennes capitulations. Il refusa avec humeur et fit entendre quelques menaces. Le vizir lui répondit que « Sa Hautesse n'entrait pas en traité ni en commerce avec les autres potentats du monde , n'ayant aucun intérêt à démêler avec eux ; que ces sortes de capitulations étaient une grâce et une faveur que le Grand- Seigneur faisait à ses confédérés; que Sa Majesté devait s'en contenter comme on les lui donnait ; enfin, que les avantages garantis aux étrangers par la Sublime Porte n'avaient jamais été accordés à la violence, mais à la douceur, et que, s'il ne voulait pas adhérer au renouvellement des capitulations, il pouvait se retirer en France. »

A ces nouvelles, Louis XIV entra dans une grande colère, et

« on mit en délibération, dit Chardin, si Ton romproit avec la Porte ou si Ton dissimulèrent un traitement si déraisonnable. Cependant, pour ne rien entreprendre légèrement dans une affaire de cette importance, on ordonna à M. d'Oppède, premier président ' d'Aix, d'assembler à Marseille tous les négociants du Levant et les autres gens éclairés dans les affaires de Turquie, et de prendre leur sentiment sur ce que beaucoup de gens fuisoient entendre au conseil : que la France se pou voit passer du négoce du Levant, au moins durant plusieurs années, et qu'elle pouvoit aisément faire par mer tant de mal aux Turcs„que le Grand-Seigneur, pour l'arrêter , seroit contraint d'accorder au roi tout ce que Sa Majesté demandoit. L'avis de l'assemblée fut que ces propositions étoient vraies, qu'il y avoit en Provence assez de marchandises du Levant pour en fournir la France dix ans durant, et que, si le roi envoyoit seulement dix vaisseaux dans la mer de Grèce, et particulièrement aux Dardanelles, la famine seroit dans peu à Constantinoplc, et il s'y feroit un soulèvement en faveur des Français. »

Tout sembla se disposer à la guerre ; on prépara une flotte qui devait se porter à Constantinople pour obtenir, par la force, le renouvellement de l'alliance, et qui s'emparerait des principales îles de l'Archipel, pour en assurer désormais le maintien. L'esprit des croisades se ranima ; plusieurs écrits furent publiés sur l'opportunité de chasser les Turcs de l'Europe, et Boilcau ne fit qu'exprimer la pensée générale quand il disait au roi :

Je t'attends dans sii mois aux bords de PHellespont.

C'était l'opinion populaire, l'opinion catholique; mais c'était aussi la pensée des hommes de génie, même parmi les protestants. Leibnitz envoya à Louis XIV plusieurs mémoires où il démontrait que la grandeur de la France dépendait du réveil de l'esprit des croisades, et que c'était en Orient que devait se porter l'activité française. « La France, disait-il, semble réservée par la Providence

pour guider les armes chrétiennes dans le Levant, pour donner à la chrétienté des Godefroy de Bouillon, et avant tout des saiut Louis ; pour détruire les nids de pirates qui l'infestent, pour attaquer l'Egypte, un des pays les plus heureusement situés du inonde... La conquête de l'Egypte revient de droit à la France... 11 ne s'agit plus là ni de Gravelines, ni de Dunkerque, mais de la domination des mers, de l'empire d'Orient, de la ruine des Ottomans, de la suprématie universelle : tout cela est dans la conquête de l'Egypte... Là est pour le roi de France l'arbitre des destinées, la direction universelle, la domination de la chrétienté, et le moyen de recouvrer le rôle de protecteur de l'Église avec le titre de son fils aîné, ce qui lui conquerra l'amour universel. La France, unissant le courage au génie, deviendra l'école militaire de l'Europe, le marché de l'Océan et la maîtresse du commerce de l'Orient. Je ne parle pas du titre et des droits de l'empereur d'Orient, qui, plus d'une fois, furent son apanage, et qu'elle doit ainsi ressaisir. * A la suite de ces paroles, Leibnitz indiquait l'île de Malte comme offrant une station sûre à la flotte française, « cette île se trouvant unie à la France par une infinité de liens, puisque la majeure partie des chevaliers et le grand maître, de l'ordre étaient Français ; • il montrait la Syrie à conquérir pour consolider la possession de l'Egypte ; il dévoilait la décadence des Ottomans, il traçait le plan de campagne, il énumérait les forces à employer, les difficultés à vaincre, etc.

Le bruit se répandit bientôt à Constantinople que le roi de France armait cinquante vaisseaux et 30,000 hommes à Toulon : les Turcs en furent pleins de terreur ; les Français annonçaient avec bravade qu'on allait brûler Constantinople, s'emparer des îles de l'Archipel, chasser les Ottomans de l'Europe. « Aussi disait-on, rapporte Chardin, que les Turcs étoient moins barbares, lesquels n'avoient témoigné aux Français qui étoient dans le Levant, ni à l'ambassadeur de Sa Majesté, aucun ressentiment violent des grands et éclatants secours qu'on a donnés plusieurs

i or,

fois à leurs ennemis, de la guerre qiTon a portée dans les pays qui sont sous leur protection, et des insultes et des menaces qu'on a faites jusque dans leur cour. » Mais, à cette époque, Louis XIV se préparait à se venger des Hollandais, et on délibéra, dans le conseil, sur la guerre qu'on devait entreprendre. Celle de Hollande était la question de prééminence sur l'Océan ; celle de Turquie, la question de prééminence sur la Méditerranée; les injures des Ottomans étaient réelles, celles des Hollandais à peu près imaginaires; mais les premières étaient peu connues, on avait fait grand bruit des dernières : la guerre des Hollandais fut choisie. Mais on résolut de la faire de telle sorte, que le contre-coup s'en fît sentir en Orient et rendît les Ottomans plus traitâmes

Lionne écrivit à Kupruli « que l'empereur de France s'étonnoit qu'il refusât de donner créance à son ambassadeur ; que la Porte n'avoit jamais mis en doute la vérité et la fidélité des propos des ambassadeurs français; que Sa Majesté ne s'expliqueroit pas par d'autre canal que celui de M. de Nointel ; que, si le Grand-Seigneur refusoit de lui donner créance et de le traiter avec les honneurs dus à l'envoyé du premier monarque chrétien, le roi ordonnoit à son ambassadeur de s'embarquer sur le vaisseau qui portoit cette lettre à Constantinople. » Le vizir se radoucit, et l'on recommença à négocier, mais lentement, mais confusément, avec une malveillance mal déguisée. Nointel ne se rebuta pas : il avait reçu • de Colbcrt les ordres les plus précis pour maintenir la paix à tout prix. On 'finit par s'entendre sur la diminution du droit de douane, sur la restitution des lieux saints, sur la reconnaissance du roi de France comme protecteur des chrétiens d'Orient ; mais, sur la fameuse prérogative attachée à la bannière française, Kupruli déclara « qu'il avait accordé aux Anglais, Hollandais, Vénitiens, Génois et sujets de la maison d'Autriche que les étrangers qui viendraient en Turquie sous leur bannière seraient traités comme eux ; qu'il ne pouvait le leur ôter. » Les négociations furent plusieurs fois rompues ; on offrit vainement de l'argent ; tout dépen-

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