‹ Histoire de la TurquieChapitre 19 sur 69 · SOLIMAN II · texte numérisé non relu

SOLIMAN II

femme et sa sœur, leur coupèrent le nez, les mains et les pieds, et les traînèrent toutes nues par les rues ; les esclaves servirent de jouet à la brutalité de la soldatesque. Après ces horribles exploits, les révoltés se répandirent dans tous les quartiers de Constantinople, pillant et massacrant tout sur leur passage. Pour arrêter ces furieux » les ulémas plantèrent à la porte du sérail l'étendard sacré du prophète et appelèrent auprès d'eux tous les musulmans fidèles; le peuple accourut, et les soldats, vivement poursuivis, furent contraints de rentrer dans leurs casernes.

Toutes ces émeutes tournèrent au profit des Autrichiens. En Hongrie, GararTa soumit Erlau, Lippa et Munkacs, vaillamment défendue par la femme de Tekeli ; en Bosnie, Gradiska fut abandonnée par sa garnison ; Corna ro prit Knin en Dalmatie, et Morosini s'empara de Thèbes (1687). L'année suivante, les Ottomans, vaincus par Vétérani et par le margrave Louis de Bade, perdirent encore plusieurs places importantes en Hongrie, en Esclavonie et en Bosnie ; Belgrade se rendit à l'électeur de Bavière (8 septembre 1688). Mais, en Grèce, Morosini échoua devant Salonique et devant Négrepont; ce dernier siège lui coûta le tiers de son armée; la peste ravagea le camp des Vénitiens et enleva le comte de Kœnigsmark. Du côté de la Pologne , les Tartares obtinrent quelques succès; ils dévastèrent la Volhynie, ravitaillèrent Kaminiec et s'avancèrent jusqu'à Lemberg.

Ces derniers avantages étaient loin de compenser les revers éprouvés par les musulmans dans la vallée du Danube. La Porte résolut de négocier; elle accrédita auprès de l'empereur Zulfikar- Effendi et le Grec Maurocordato (1689). Dix mois se passèrent en discussions sans résultat : l'Autriche, Venise et la Pologne proposaient des conditions inadmissibles, t Pourtant , dit Cantemir, les Turcs auraient accepté la paix, même à ce prix , si le trèschrétien soleil n'eût communiqué un rayon de sa lumière au pâle croissant prêt à entrer en défaillance , et n'eût prévenu , par la diversion de ses armes, l'obscurité que les troupes des Allemands

allaient y répandre. Alors le roi de France déclara la guerre à l'empereur, et fit rappeler sur le Rhin les forces qui triomphaient sur le Danube. Cependant, ne voulant pas attirer sur lui tout le poids de la guerre, il fit entendre au sultan, par son ambassadeur le marquis de Châteauncuf , qu'il avait 400,000 hommes prêts à entrer en action, et que, l'année suivante, il pénétrerait dans le cœur de l'Allemagne. »

Les hostilités recommencèrent ; mais les affaires de l'empire étaient conduites par un vizir incapable, Moustapha de Rodosto, et les Turcs n'éprouvèrent que des défaites : ils furent battus à Kostanitza en Croatie, à Baloudjina en Servie, enfin à Nissa. Cette place fut prise avec Viddin et plusieurs autres villes. Les Impériaux insurgèrent la Servie; d'un côté, ils descendirent sur Uskioup, menaçant la Macédoine ; d'un autre côté , ils attaquèrent le défilé de Dragoman , où ils furent repoussés. « Encore une campagne, disait un Kupruli, et l'ennemi campera sous les murs de Constantinople. » Ces revers furent, il est vrai , compensés par quelques avantages contre d'autres ennemis : ainsi les Tartares battirent le général russe Galitzin; les Polonais furent repoussés de Kaminiec, et Morosini changea en blocus le siège de Malvoisie. Malgré ces succès, l'empire paraissait menacé de ruine ; un divan solennel , tenu à Andrinople, résolut d'en confier le salut à un troisième Kupruli.

Kupruli-Moustapha se montra digne de porter le nom que son père Moharamed-Kupruli et son frère Ahmed-Kupruli avaient illustré. Les Allemands étaient presque maîtres des routes de Constantinople , et les Vénitiens dominaient en Grèce. Aux chrétiens coalisés l'empire ottoman n'avait à opposer que des troupes fatiguées; l'argent manquait pour les approvisionnements et pour la solde, malgré l'accroissement des impôts; le désordre régnait partout, dans l'administration comme dans l'armée. Le grand vizir entreprit une réforme générale et l'accomplit en peu de temps sans avoir recours aux moyens terribles que son perc avait employés.

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