‹ Histoire de la TurquieChapitre 25 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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ses pertes et enlever l'Ingrie à Charles XII ; maïs , après avoir perdu, par le traité de Falksen, ses ports et ses forteresses sur les Palus Méotides , il fallut renoncer à l'empire de la mer Noire. » Aussi tous les vaisseaux qu'on commençait à y construire pourrirent sur les chantiers ; on ramena leurs débris à Saint-Pétersbourg. En vain Pierre voulut-il retarder la restitution d'Azof , il n était pas assez fort pour manquer impunément à sa parole : sa mauvaise foi ne servit qu'à faire disgracier le vizir qui lui avait accordé la paix et il fut contraint d'en remplir toutes les conditions.

Charles XII et l'ambassadeur de France s'efforcèrent vainement de faire annuler le traité de Falksen; le divan se lassa de leur insistance , et le roi de Suède , chassé de Bender après une folle résistance , fut réduit à vivre presque en prisonnier à Demotika; dans l'intérieur de l'empire. De ce séjour, il ourdit de nouvelles intrigues qui réussirent. Par un brusque revirement, la Porte déclara de nouveau la guerre à la Russie (1712) ; mais l'Angleterre et la Hollande intervinrent pour empêcher les hostilités, et un nouveau traité, plus explicite que le précédent, fut conclu à Constantinople. Le czar donna des otages pour garantir l'exécution de ses engagements; mais, comme il ne se décidait pas à retirer ses troupes de la Pologne , ces otages furent emprisonnés aux Sepl- Tours. On négocia de nouveau; et, enfin, le traité d'AndrinopIe (15 juin 1713) élargit les limites du territoire d'Azof, restitué à la Turquie, et ferma complètement auxRusses l'accès de la mer Noire. En revanche , on abolit définitivement l'ancien tribut de 40,000 ducats que les czars payaient aux khans de Crimée.

§ IV. — Guerre contre Venise et contre l'Autriche. — Traité de Passarowitz. — Nouveau traité avec la Russie,

Cependant la France avait terminé sa lutte contre l'Europe par les traités d'Utrecht et de Rastadt : le divan ne s'inquiéta point des changements que ces traités faisaient subir à la Méditerranée,

ni de l'Espagne donnée à la maison de Bourbon, ni de la moitié de l'Italie donnée à la maison d'Autriche , ni de l'Angleterre maîtresse de l'entrée de cette mer par l'usurpation de Gibraltar. Mais à peine son alliée avait-elle posé les armes, que la Turquie les prit tout à coup par une sorte de caprice, et elle s'en alla attaquer d'anciens ennemis, tombés comme elle en décadence, les Vénitiens, pour leur reprendre la Morée (1715).

Le prétexte de la guerre fut une révolte des Monténégrins. En une seule campagne, le grand vizir Damad-Ali se rendit maître de Corinthe, de Napoli de Romanie, de Modon, de Malvoisie et de la Morée entière. Les Turcs prirent ensuite les deux seules places de l'île de Candie qui appartenaient encore aux chrétiens, et ils mirent le siège devant Corfou ; là s'arrêtèrent leurs succès.

Les Vénitiens invoquèrent l'appui de l'empereur Charles VI, garant de la paix de Carlowitz. Le régent, qui gouvernait alors la France, avait abandonné la politique de Louis XIV; rassuré de ce « côté, Charles VI ne craignit point d'engager la lutte contre la Turquie. Après avoir offert sa médiation, que le divan ne voulut point accepter, il somma le sultan de poser les armes et d'indemniser la république. C'était une déclaration de guerre.

Damad-Ali se mit en marche contre Eugène de Savoie, et lui livra bataille, le 5 août 1716, sous les murs de Peterwardcin. Les Turcs perdirent dans cette journée six mille hommes, cent quatorze canons et cent cinquante drapeaux ; le grand vizir se fit tuer dans la mêlée. Le vainqueur de Zenta et de Peterwardein poursuivit sa course triomphale sur le territoire ottoman, et força Temeswar à capituler. L'année suivante, il battit le nouveau grand vizir Khalil-Pacha (16 août 1717), et, deux jours après, il entra dans Belgrade, tandis que le général Petrusch envahissait la Bosnie, et qu'en Dalmatie les Vénitiens remportaient quelques avantages sans importance. C'est alors qu'Ibrahim- Pacha reçut le sceau de l'empire. Son premier soin fut de négocier la paix.

A cette époque, le duc d'Orléans et le roi d'Angleterre Georges 1 er avaient fait alliance pour contraindre le roi d'Espagne et l'empereur à respecter les stipulations d'Utrecht, et une guerre entre la France et l'Autriche paraissait imminente. Le marquis de Bonac, ambassadeur de France à Constantinople, sollicita les Turcs de continuer les hostilités, en leur promettant l'assistance de sa cour. Mais Charles VI s'empressa de céder aux exigences du régent et du roi Georges ; et l'Angleterre ayant offert sa médiation au divan, la paix fut signée à Passarowitz (21 juillet 1718).

La France, que le régent et le cardinal Dubois traînaient alors à la remorque de l'Angleterre, ne prit aucune part aux négociations ; et la médiatrice eut ainsi tout loisir, d'abord de dépouiller les Vénitiens, qui dès lors ne comptèrent plus dans les affaires de l'Europe, ensuite d'agrandir l'Autriche et de prendre une nouvelle influence sur la Porte Ottomane. Deux traités furent signés, l'un avec l'empereur, l'autre avec la république de Venise. L'Autriche agrandit ses possessions : elle acquit Belgrade, Temeswar, la Valachie jusqu'au cours de l'Aluta, et une portion de la Servie. Venise conserva les places fortes qu'elle occupait dans l'Albanie, mais elle perdit la Morée.

A la nouvelle de la paix de Passarowitz, Pierre I<* sollicita des modifications aux traités de Falksen, d'Andrinople et de Constantinople, et il obtint, en effet, un nouveau traité qui contient deux articles remarquables, l'un relatif à la Pologne, l'autre aux lieux saints. « Le czar déclare de la manière la plus formelle qu'il ne s'appropriera rien du territoire de la Pologne, et qu'il ne se mêlera point du gouvernement de cette république; et, comme il importe aux deux empires d'empêcher que la souveraineté et la succession héréditaire ne soient attachées à la couronne de Pologne, ils s'unissent à l'effet de maintenir les droits, privilèges et constitutions de cet État ; et, au cas que quelque puissance que ce soit envoyât des troupes en Pologne, ou qu'elle cherchât à y introduire

la souveraineté ou la succession héréditaire, il sera non-seulement permis à chacune des puissances de prendre telles mesures que son propre intérêt lui dictera, mais les deux États empêcheront, par toutes les voies possibles, que la couronne de Pologne n'acquière la souveraineté et la succession héréditaire, que les droits et constitutions de la république ne soient violés, et qu'aucun démembrement de son territoire ne puisse avoir lieu.

» Art. 2. Il est libre aux marchands des deux nations de voyager et de trafiquer, en toute sûreté, d'un Etat à l'autre. Il sera permis aux Russes de faire des pèlerinages à Jérusalem et en d'autres lieux saints, sans qu'ils soient assujettis, ni à Jérusalem, ni ailleurs, à aucun tribut (kharadj), ni à des exactions pécuniaires pour leurs passe-ports. Les ecclésiastiques russes qui s'arrêteront sur le territoire de la Porte ne seront point molestés.»

« 11 y a commencement à tout, dit un historien, et, comme on le voit, le début est modeste, et n'a rien qui présage les prétentions exorbitantes qui devaient un jour exciter à un si haut degré l'attention et les craintes des puissances alliées de la Turquie (1). »

(1) César Famin, Mut. de la rivalité des Églises chrétiennes en Orient , p. 256.

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