DEPUIS LA PAIX DE BELGRADE JUSQU'A LA PAIX DE KA1NARDJI
§ I. — Traité avec la Suède, — Capitulations de 1740.
Le premier usage que fit la France de son crédit fut d'éclairer le divan sur le système politique qu'il devait suivre, en lui montrant l'existence de la Suède et de la Pologne comme intimement liée à la sienne. Aussi, ne pouvant, dans les conjonctures actuelles, l'unir à la Pologne, devenue vassale de la Russie, elle lui fit sigucr avec la Suède, d'abord un traité d'amitié et de commerce, puis un traité d'alliance offensive et défensive , en vertu duquel les deux États se prêtaient un appui mutuel en cas d'agression de la Russie. Cette alliance est réellement la première de ce genre qui ait été signée entre la Porte et une puissance chrétienne ; comme elle était contraire aux usages des Ottomans, elle témoigne du changement qui s'était opéré dans leur situation européenne et du sentiment qu'ils commençaient à prendre de leurs dangers. L'ambassadeur russe s'efforça de rompre ce traité en corrompant l'ambassadeur français et les ministres ottomans; mais les présents de la czarine ne changèrent rien à la politique de Villeneuve, qui prémunit contre les offres de la Russie le reis-effendi et l'interprète de la Porte ; et le traité fut maintenu (1740).
Villeneuve profita du crédit tout-puissant dont il jouissait auprès du divan pour demander le renouvellement des capitulations. Le sultan Mahmoud s'empressa de le satisfaire en apportant au hatti-chérif de 1673 toutes les modifications exigées par la France,
et les capitulations du 30 mai 1 740 devinrent un traité formel d'amitié et de commerce en quatre-vingt-cinq articles, qui n'a été renouvelé qu'une seule fois, en 1802, et qui régit encore aujourd'hui les relations de la France avec l'empire ottoman.
« Dans ce traité, le sultan, après avoir renouvelé les précédentes capitulations, rappelle que les ambassadeurs et consuls de France doivent avoir le pas et la préséance sur les ambassadeurs et consuls d'Espagne et des autres rois. Les nouveaux privilèges concernent en premier lieu la position et la juridiction des consuls français; ils exemptent les négociants et marchands français du droit de courtage, dit de mézeterie; ils étendent à toutes les marchandises indistinctement le droit de douane de trois pour cent, dont le bénéfice n'était accordé précédemment qu'à six articles seulement, tant à l'importation qu'à l'exportation : les cotons en laine ou filés, les maroquins, cires, cuirs et soieries. Enfin, les Français et les protégés de la France pourront aller et venir librement dans les États du sultan sans être tenus de payer le kharadj, et il leur sera permis de faire usage de vêtements orientaux (1). »
Un ambassadeur extraordinaire, Mohammed-Saïd, vint présenter ces capitulations à Louis XV, avec les remercîments de Mahmoud et de riches présents. Il fut reçu avec de grands honneurs, et revint à Constantinople avec deux bâtiments de guerre et un petit corps de canonniers français qui fut placé sous les ordres de Bonneval, et avec lequel on essaya de régénérer l'artillerie ottomane.
La France continua à éclairer la Porte sur ses intérêts, ses dangers , ses alliances, et à lui tracer la voie politique où elle pourrait non-seulement trouver son salut, mais refaire sa puissance. Cette voie était celle où Louis XV ordonnait à ses ambassadeurs de se maintenir, et il l'indiquait dans sa correspondance secrète en ces mots : « Il faut unir par une alliance perpétuelle la
(1) C. Famin, p. 277.
MAHMOUD I er