‹ Histoire de la TurquieChapitre 41 sur 69 · II. io · texte numérisé non relu

II. io

rine, et l'Angleterre brûlait de se venger, sur l'alliée de la France, de la perte de ses colonies d'Amérique. A force d'instances, le cabinet français décida les Turcs à de nouveaux sacrifices, à une nouvelle humiliation, et la Porte, se laissant arracher des mains les armes dont elle ne pouvait se servir que pour sa propre ruine, témoigna par cet acte de triste confiance, mieux qu'aux temps de prospérité oû l'alliance des deux États faisait trembler l'Europe, que la France était seule son amie intime et désintéressée. La Russie acquit donc (1784) la souveraineté de la Crimée et du Kouban, des droits nouveaux sur la mer Noire et d'autres avantages calculés pour la destruction future de l'empire ottoman.

§111. — Changement de politique de la France. — Conduite de

l'Angleterre.

Cette dernière humiliation de la Turquie amena un changement très-grave dans les idées politiques de la France à l'égard de l'Orient.

Nous avons vu que, sous la régence du duc d'Orléans, alors que la Russie commençait à peser dans la balance de l'Europe, il s'était formé une opinion favorable à l'alliance russe, et qui, considérant l'empire ottoman comme destiné à une ruine inévitable, voulait que la France se préparât à prendre part à ses dépouilles. Les défaites continuelles des Turcs, leur décadence que rien ne pouvait arrêter, l'aveuglement avec lequel ils persistaient dans leur ignorance et leur apathie, donnèrent du crédit à cette opinion ; et le sort de la Pologne vint démontrer que, si la France se laissait encore surprendre par le démembrement d'une autre de ses alliées, elle était rejetée, par la ligue du Nord, au rang des États secondaires. Nos ambassadeurs à Constantinople avertirent le gouvernement de cet état de choses, et lui conseillèrent de changer de politique. Deux ans après la paix de Kaïnardji, M. de Saint-Priest, désespérant de tirer les Turcs de leur incurable faiblesse, adressa à la

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