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sentant de la France : ce n'était plus que l'agent de Philippe II ; l'ambassadeur anglais fut pendant quelque temps le chargé d'affaires du roi de France ; il demanda de sa part du secours contre l'Espagne, mais subît un refus. Une fois affermi, Henri IV demanda le renvoi de Lancosme comme espion de l'Espagne, et le remplaça par M. de Brèves.
Les relations de la Porte avec tous les États chrétiens continuaient à être pacifiques. Malgré plusieurs infractions flagrantes aux traités, la protection de la sultane conserva la paix aux Vénitiens. Le czar de Russie, Fœdor-Ivanovitch, envoya des amhassadeurs avec de riches présents. En Pologne, Étienne Bathory étant \enu à mourir (1586), la Porte désigna aux magnats «le prince Sigismond de Suède, qui fut élu. Le nouveau roi eut, comme son prédécesseur, à subir les insultes des Tartares et les hauteurs des ministres ottomans.
Cependant la guerre de Perse, sous le commandement d'Osman- Pacha, reprit une nouvelle activité : malgré deux échecs partiels, les Ottomans entrèrent en vainqueurs à Tébriz et la pillèrent pendant trois jours et trois nuits; après quoi, on l'entoura de fortifications. Mais la mauvaise santé du vizir arrêta ses succès ; un corps d'armée, sous les ordres du renégat Cicala, fut battu près de Schembi-Ghazan par le prince persan Hamsa ; 20,000 Ottomans y perdirent la vie. Contraint d'opérer sa retraite, hors d'état déjà de diriger l'armée, Osman fut attaqué et essuya une seconde défaite; il mourut peu de jours après. Le fils de Cicala, que les Turcs appellaicnt Djighala-Zadé , acheva, cependant, la retraite sans trop de pertes, et remporta un avantage sur l'ennemi Après son départ, les Persans vinrent mettre le siège devant Tébriz; la garnison résista pendant dix mois, soutint quinze assauts et livra quarante-huit combats; elle fut enfin dégagée par l'arrivée de Ferhad-Bey, à qui on avait rendu le commandement. Ce général fit aussi lever le siège de Tiflis et pratiqua des intelligences parmi les Turcomans de l'armée per-
HISTOIRE DE LA TUKQl'IE
sanc ; quelque temps après, le prince Hamsa périt assassiné. Les dissensions qui déchiraient à cette époque la Perse décidèrent Schah-Khodabende à faire des offres de paix ; un armistice fut signé ; mais il fut presque aussitôt rompu. Ferhad livra, dans la plaine des Grues, une grande bataille qui dura trois jours, et qui se termina par la défaite de Tannée persane (1586). En môme temps, Djighala-Zadé, devenu gouverneur et séraskier de la province de Bagdad, s'emparait de la forteresse de Disfoul et de plusieurs autres châteaux, et battait les gouverneurs de Loristan et d'Hamadan.
En 1588, Ferhad, de concert avec le gouverneur de Chirvan, Djafer, eovahil le pays de Karabagh, s'empara de Ghendjé, la capitale, et en fit une place forte. Khodabende avait alors, depuis un an, cessé de régner : son fils, qui fut le grand Schah-Abbas, lui avait arraché une abdication. Pressé à Test par les Usbecks, le nouveau schah se résolut à demandera paix ; elle fut signée à Constantinople le 21 mars 1590; l'empire ottoman s'agrandit de la Géorgie, du Chirvan, du Loristan, de Tébriz, avec une partie de l'Adcrbaïdjan.
§ XIII. — Révoltes des janissaires et troubles dans les provinces. — Nouvelles guerres en Hongrie. — Mort d'Amurat III.
Quelques mois auparavant, avait éclaté à Constantinople une furieuse révolte des janissaires. L'esprit de cette milice se corrompait de plus en plus : pendant la guerre de Perse, elle avait plus d'une fois fait preuve d'indiscipline. Le defterdar et le beylerbey de Roumélie ayant voulu la payer avec une monnaie de bas aloi, elle assaillit le sérail en demandant les têtes de ces deux fonctionnaires. 11 fallut les satisfaire, et le sultan n'osa se venger qu'en destituant plusieurs grands dignitaires soupçonnés d'avoir provoqué l'émeute pour le perdre. Dans les trois années suivantes, les janissaires s'insurgèrent encore deux fois : la peine en retomba
A Vil' RAT III
sur les vizirs, qui furent déposés. En 1593, ce furent les sipahis qui se révoltèrent et qui demandèrent la tête du defterdar ; on hésitait à les satisfaire, parce que la victime était un émir, c'està-dire un membre de la famille du prophète; les janissaires intervinrent, et, moitié par force, moitié par conciliation, Tordre fut rétabli. Quelque temps après, les janissaires eurent l'audace d'établir de leur propre autorité un voïvodeen Moldavie, et leur protégé ne fut déposé que parce qu'il ne paya pas le tribut.
Dans le même temps des troubles agitaient plusieurs provinces. Dans le district de Keifé, en Asie, un aventurier qui se donnait pour Ismaïl, fils de Schah-Thamasp, essaya de se faire un parti ; vaincu et pris par le gouverneur d'Erzeroum, il subit le dernier supplice. En Egypte, les milices du pays se soulevèrent. A Bude, la garnison, à qui on devait six mois de solde, assassina le pacha : trente-cinq des coupables furent pendus. Enfin, à Tébriz, les troupes se mutinèrent parce qu'on voulait les payer avec la monnaie altérée de Constantinople ; le gouverneur, Djafer-Pacha, entra en pourparlers avec les principaux rebelles, les convoqua à un grand festin en signe de réconciliation, et les fit massacrer au nombre de dix-huit cents. Une peste terrible, qui désola la capitale en 1592, mit le comble aux calamités publiques. L'insolence des janissaires devenait intolérable : on résolut de faire la guerre pour s'en débarrasser. Sinan-Pacha, qui était redevenu grand vizir, fit décider qu'on la porterait en Hongrie
Les hostilités commencèrent aussitôt. Hassan -Pacha, gouverneur de Bosnie, prit Sissek, en Croatie, et remporta une victoire signalée sur Nadasdy, qui fut fait prisonnier; mais, l'année suivante, obligé de livrer bataille aux Impériaux, sous les murs mêmes de Sissek, il fut complètement défait et se noya avec un grand nombre des siens. La guerre fut alors déclarée à l'Autriche, et son ambassadeur emprisonné. Le grand vizir s'empara de Wesprim et de Palota ; en revanche, le pacha de Bude fut vaincu près
de Stuhlwcissembourg et neuf forteresses tombèrent au pouvoir des u. 3.
Impériaux. L'année suivante, (1594), les Autrichiens prirent Néograd, Chrastovitz, Gora, Pétrinia ctSissek; les Ottomans s'emparèrent d'iata, de Saint-Marton, de Papa, de Raab. Les succès semblaient donc se balancer, quand la Transylvanie, la Moldavie, la Valachie se révoltèrent à la fois, avec un ensemble qu'on n'avait pas vu depuis longtemps, et firent alliance avec l'empereur; les Turcs répandus dans ces trois provinces, furent massacrés. Dans l'espérance de réveiller l'ardeur des janissaires, Amurat fît partir leur aga, qui jusque-là n'entrait jamais en campagne qu'avec le sultan; il fit venir de Syrie la bannière sainte du prophète pour l'envoyer en Hongrie ; mais rien de tout cela ne put remédier à l'indiscipline et au découragement des troupes. Bientôt le bruit de la maladie du sultan acheva d'abattre les soldats. On rapporte que le faible Amurat fut singulièrement frappé d'un rêve bizarre que lui raconta un de ses favoris; il crut y voir le présage de sa fin prochaine. Alors il tomba malade, se fit porter dans un kiosque d'où l'on avait vue sur le port, et ordonna de jouer autour de lui une musique lugubre. Deux galères égyptiennes qui entraient dans la Corne d'or ayant fait le salut ordinaire, les détonations de l'artillerie brisèrent les vitres du pavillon : ce fut encore un présage pour le superstitieux sultan, i Jadis, dit-il, toute l'artillerie de la flotte ne faisait pas éclater une vitre; je vois que c'en est fait de moi! » Dans la nuit même, il expira (6 janvier 1596).