DE LA PAIX D'ANDRINOPLE JUSQU'A LA PAIX DE PARIS
§ I. — Relations de la France avec le Levant pendant la Restauration et après la Révolution de 1830.
Le gouvernement de la Restauration avait fait de louables efforts pour rendre à la France son influence dans le Levant. D'une part, il avait cherché à reprendre son protectorat sur les catholiques, resserré ses relations avec les Maronites, restauré les lieux saints et pensionné les pères du Saint-Sépulcre. D'autre part, il avait fait entendre au divan, surtout dans ses plus grandes querelles avec la Russie , des conseils désintéressés ; il avait aidé le sultan dans ses réformes, donné au pacha d'Égypte des officiers pour son armée , des professeurs pour ses écoles, des ingénieurs pour ses arsenaux et ses manufactures. La nation française avait embrassé avec une généreuse chaleur la cause des Grecs, et la glorieuse mais impolitique bataille de Navarin , ainsi que l'expédition de Morée, avaient paru des ressouvenirs des croisades. La conquête d'Alger sembla faire reprendre à la France la voie qu'elle avait suivie avec tant d'avantages sous l'ancienne monarchie : elle eut un retentissement immense dans l'Orient ; tous les chrétiens du Levant en conçurent les plus vives espérances et célébrèrent les Français comme des libérateurs futurs. La Syrie surtout n'attendait que de nous sa délivrance. « Qu'ils viennent, disaient aux voyageurs les Maronites, les Druses , les Grecs , même les musulmans, et tout le pays sera à eux sans combat. » Mais cette ré-
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surrection de notre puissance n'était qu'apparente, et quatre Étals s'étaient en réalité partagé l'influence que la France exerçait jadis dans le Levant Les Anglais étaient maîtres de tous nos anciens comptoirs, et ils avaient sur les délibérations du divan une action décisive. Quant aux Russes, • j'ai trouvé, dit M. de Forbin, leur influence établie partout et leur protection aussi recherchée, aussi désirée parles chrétiens de tous les rites, à Saint-Jean d'Acre, à Jérusalem et au Caire, qu'elle l'est à Constantinople. » Enfin, deux puissances catholiques, profitant de nos impiétés révolutionnaires, avaient presque substitué leur protectorat au nôtre : c'étaient l'Autriche et la Sardaigne; toutes deux, grâce à la possession de Venise et de Gênes, c'est-à-dire des deux dominatrices de la Méditerranée dans le moyen âge, avaient apparu ^dans cette mer et y avaient créé des comptoirs, des consulats, des églises.
Dans cet état de choses, la France ne pouvait reprendre sa position dans le Levant qu'en faisant alliance soit avec l'Angleterre, soit avec la Russie. Or , l'on sait que la politique extérieure de Loui3 XVIII et de Charles X fut toute favorable à cette dernière puissance; leur gouvernement parut donc reprendre à l'égard de l'empire ottoman les derniers errements diplomatiques du gouvernement de Louis XVI. Il y eut tendance marquée de la part de la France et de la Russie à exclure les Anglais de la Méditerranée ; ce fut réellement l'accord de ces deux États qui donna l'indépendance à la Grèce; l'opinion générale était que les flottes française et russe attaqueraient quelque jour la flotte anglaise. Aussi le gouvernement français ne mit aucun obstacle à la marche des Russes sur Constantinople ; le bruit courut même qu'il était d'accord avec celui du czar pour démembrer l'empire ottoman , et que Nicolas avait promis à Charles X, en compensation de l'occupation de Constantinople, un remaniement de l'Europe dans lequel la France reprendrait ses limites naturelles.
La Révolution de 1830 changea cette situation : le gouvernement nouveau eut pour adversaire prononcé la Russie; il rechercha
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donc l'alliance amjlaise, el l'un de ses premiers actes, l'un de ses actes les pins fâcheux, fut, dans le protocole de la conférence de Londres, qui garantit une existence nationale à la Grèce, de renoncer au droit de protectorat que la France avait sur les catholiques de la Grèce et de l'Archipel ; il stipula néanmoins que lés propriétés des églises catholiques seraient garanties, que les évoques seraient maintenus dans l'intégrité de leurs droits et privilèges, que les biens des an* ciennes missions françaises seraient reconnus et respectés.
Le gouvernement du roi Louis-Philippe ne s'en tint pas à cette faute ; l'abandon de l'alliance russe semblait replacer la France dans son ancienne voie politique à l'égard de l'empire ottoman; alors il fit solliciter le divan (19 mars 1831) par son ambassadeur, le général Guilleminot, à l'époque où une rupture avec la . Russie semblait imminente, de se tenir prêt à profiter des événements, par conséquent à venger la honte du traité d'Andrinople. Cette ouverture jeta dans une telle perplexité les ministres turcs, qu'ils en firent part aux ambassadeurs d'Autriche et d'Angleterre. Toutes les cours en furent émues; mais le gouvernement français se hâta de désavouer et de rappeler son ambassadeur. Une telle conduite ne fit qu'amoindrir le reste d'influence que la France avait encore sur les affaires de l'empire ottoman, et toute la diplomatie du roi Louis-Philippe, à l'égard de l'Orient, se ressentit de ces premières erreurs.
§ II. — Puissance de Mèhémet-Âli. — Sa rupture avec la Porte. — Batailles de Homs et de Konieh.
Cependant Mahmoud se montrait de plus en plus persévérant dans ses tentatives de réforme et dans ses imitations des mœurs de l'Europe : ainsi il continuait à transformer son armée ; il avait institué un ordre civil et militaire sous le nom de Nicham- Iftikhar ; il faisait publier un journal, le Moniteur ottoman. Mais des incendies répétés témoignaient du mécontentement de la poîi. «y.
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pulation de Constantinople : on ne vit même dans le choléra qu'une nouvelle preuve de la condamnation céleste de toutes ces innovations. Des révoltes éclatèrent à ce sujet, en Bosnie, en Albanie et à Bagdad ; elles furent facilement comprimées et ne firent qu'affermir l'autorité du sultan , qui ne rencontra bientôt plus d'adversaire que dans le pacba d'Egypte.
Méhéraet-^li achevait de consolider son pouvoir non-seulement par des conquêtes, mais aussi par une administration despotique et intelligente. La bataille de Navarin avait porté un grand coup à sa puissance ; mais il sut promptement réparer ses pertes ; et, profitant de l'affaiblissement du sultan, il se plaignit qu'on lui eût donné, en récompense de ses services , le pachalik de Candie à la place de celui de Syrie, qu'on lui avait promis. Aussi , dès que l'occasion se présenta de se jeter sur cette proie, il la saisit.
Il s'était emparé de toutes les terres de l'Egypte, soit à titre de successeur et d'héritier des mameluks , soit en indemnisant les propriétaires et les mosquées ; il s'était fait ainsi Tunique cultivateur du pays et avait triplé ses revenus en substituant presque partout la culture du coton à celle des céréales, et en se donnant le monopole de toutes les denrées. Cet accaparement monstrueux lui avait fourni l'argent nécessaire pour payer les immenses travaux qu'il avait entrepris , mais aussi il avait produit une profonde misère chez les malheureux fellahs attachés à la terre. En 1831 , quelques-uns s'enfuirent en Syrie. Cette province était gouvernée par Abdallah-Pacha, autrefois l'ami de Méhémet, mais qui avait encouru son inimitié, parce qu'il favorisait la contrebande des denrées de TÉgypte. Méhémet somma Abdallah de lui rendre ses fellahs ; celui-ci répondit que les sujets du sultan pouvaient habiter indifféremment dans l'une ou l'autre partie de son empire. A cette réponse , Méhémet fit marcher sur la Syrie son fils Ibrahim, à la tête d'une armée de 30,000 hommes.
Dès que le sultan apprit la marche d'Ibrahim, il lança un hattichérif qui ordonnait au pacha d'Égypte de renoncer à son entre-
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prise et de lui soumettre ses griefs, lui promettant, d'ailleurs, prompte et sévère justice. Méfaémet passe outre, et Mahmoud ordonne à son armée et à sa flotte de marcher contre le rebelle. Gaza, Jaffa et Kaïffa étaient tombées rapidement aux mains d'Ibrahim, qui assiégea Saint-Jean-d' Acre. Abdallah, enfermé dans cette place, s'y défendit courageusement ; mais il attendit vainement les secours promis par ^onstantinople : réduit à la dernière extrémité, il capitula (mai 1832) et fut envoyé en Égypte , où le vainqueur le traita avec générosité.
Aussitôt après cette conquête, Ibrahim marche sur Damas, bat un corps considérable qui l'attendait sous les murs de cette ville et y entre sans obstacle. A Homs, le 18 juillet, le pacha d'Alep, avec 20,000 hommes, dont 7,000 de nouvelle organisation, essaye vainement de l'arrêter : il perd ses tentes, ses vivres, vingt bouches à feu et 5,000 hommes. La correspondance du pacha avec le divan, étant tombée aux mains du vainqueur, lui fait connaître les projets conçus contre son père et l'excite à marcher en avant. De son côté, Mahmoud envoyait une nouvelle armée de 36,000 hommes sous les ordres d'Hussein-Pacha, l'exterminateur des janissaires ; Ibrahim l'attaque à Béilan , entre Antioche et Alexandrette , et, grâce à son artillerie, il remporte une victoire tellement décisive, que Hussein peut à peine rallier 10,000 hommes.
Des pourparlers ont lieu : Méhémet demande le gouvernement des quatre pachaliks de la Syrie , mais Mahmoud ne veut rien écouter, et rappelle de l'Albanie, qu'il venait de pacifier, Reschid- Méhémet-Pacha, à qui il confie le commandement de son armée d'Asie. Ibrahim avait franchi le Taurus et campait dans la Caramanie : l'armée du sultan, forte de 60,000 hommes, l'attaque près de Konieh et est mise en pleine déroute (21 décembre 1832). Reschid tombe aux mains de son adversaire, qui, suivant les mœurs orientales, le salue comme son chef et lui remet le commandement apparent de son armée.
A la suite de cette bataille, des corps entiers de Tannée turque se réunirent aux Égyptiens, et tout semblait dès lors permettre à >téhémet-Ali de marcher sur Constant inople et d'y renverser Mahmoud. C'était la pensée de son entourage européen, qui jugeait les affaires orientales avec les idées de l'Occident; mais ce notait pas celle de Mébémet, qui n'a jamais songé, comme on l'a cru en France, à détrôuer le padischah et à fonder une nouvelle dynastie. La race d'Othman est sacrée pour tous les musulmans, et jamais en Turquie une révolution dynastique n'a été ni tentée, ni projetée, ni pensée : elle n'est pas possible. Ce que voulait Mébémet, c'était un plus grand pachalik, la liberté de le gouverner à sa guise, l'indépendance moyennant tribut ; on peut ajouter que la conscience de sa supériorité lui faisait peut-être concevoir le désir de ressusciter la puissance de ces émirs qui gouvernèrent l'empire des Abassides.
§ III. — Intervention de la France et de la Russie. — Traité entre le sultan et le pacha d'Égypte. — Traité d'Unkiar- Skelessi.
La diplomatie européenne fut prise au dépourvu par la marche victorieuse d'Ibrahim, et, persuadée que c'était une dynastie nouvelle qui tentait de fonder un empire arabe sur les débris de l'empire turc, elle se jeta au milieu des deux ennemis, ne sachant pas qu'il ne s'agissait que d'une révolte de pacha. M. de Varennes, qui représentait la France, écrivit à Ibrahim pour qu'il s'arrêtât, et engagea la Porte à faire des concessions. La Russie, toujours vigilante , expédia à Constantinople le général Mouravieff pour offrir ses secours au sultan.
Sur ces entrefaites, on apprit qu'Ibrahim s'était avancé jusqu'à Brousse : il voulait aller, disait-il, jusqu'à Se u ta ri, d'où il inviterait les ulémas à juger la querelle entre son père et Mahmoud. Celui-ci s'effraye; en l'absence de toutes forces françaises ou anglaises, il
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accepte les propositions de l'envoyé russe ; puis les représentations de M. de Varennes le font revenir sur cette décision, et il expédie en Égyptc Halil-Pacha, qui y est reçu avec bienveillance. Mais les exigences du pacha ont grandi, et il veut qu'on lui cède le district d'Adana avec la Syrie. Alors arrive l'amiral Roussin (17 février), envoyé par la France comme ambassadeur, et, trois jours après, la flotte russe, qui jette l'ancre à l'entrée du Bosphore. A son aspect, Roussin menace de se rembarquer et obtient qu'elle se retirera à Sizéboli ; puis , d'accord avec l'ambassadeur d'Angleterre et le reis-effendi, il arrête les conditions suivantes : 1° Ibrahim évacuera les provinces de l'empire ottoman sur lesquelles il n'a point de prétentions ; 2° la flotte russe quittera le Bosphore ; 3° Méhémct- Ali obtiendra les districts de Saint-Jean-d'Acre, de Jérusalem et de Tripoli ; 4° il prêtera de nouveau serment au sultan.
Un aide de camp de l'amiral porte ces propositions à Méhémet, qui les rejette, malgré la menace d'une attaque des flottes combinées de France et d'Angleterre. Par une inconséquence singulière, la France , qui avait auprès de Mahmoud un ambassadeur dévoué à la cause de la Turquie , était représentée en Égypte par un consul général qui encourageait les projets du pacha ; aussi, le 8 mars, celui-ci répond-il aux propositions venues de Constantinople : « Quel droit a-t-on de m'imposer de tels sacrifices? J'ai pour moi toute la nation ; il ne dépend que de moi de soulever la Roumélie et l'Anatolie entières ; réuni à tout le peuple ottoman, je puis opérer de grands changements. Possesseur de tant de provinces, victorieux sur tous les points , je me suis contenté de la Syrie, et, plein de confiance dans cette promesse, j'ai fait arrêter la marche de mes armées , afin d'épargner à la Turquie une plus grande effusion de sang humain. Pour récompenser ma modération, on me demande actuellement l'abandon du pays que j'occupe; n'est-ce pas prononcer contre moi , par cette décision, une sentence de mort politique? » Enivré de ses faciles succès, profitant de l'embarras où il jetait la diplomatie européenne, croyant même
que les populations de l'empire voyaient en lui un restaurateur de la puissance ottomane, Méhémet avait alors, dit-on, conçu le projet de faire déposer Mahmoud par les ulémas , de lui donner son fils Ahdul-Medjid pour successeur et de gouverner l'empire comme grand vizir. Il fit , en ce sens, des ouvertures à la Russie et à la France, qui les rejetèrent (1).
Cependant il avait donné à Ibrahim Tordre de marcher et de ne s'arrêter que devant l'acceptation complète des conditions qu'il avait précédemment indiquées. Celui-ci marche aussitôt vers Scutari, et Mahmoud appelle à son aide les Russes, qui débarquent dans cette ville 15,000 hommes et font compléter les fortifications du Bosphore par leurs ingénieurs. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre démontrent au sultan les dangers de cette intervention ; ils le déterminent à accéder à une partie des demandes de Méhémct-Ali et à lui accorder les pachaliks d'Alep et de Damas. M. de Varennes porte cette nouvelle à Ibrahim, qui fait connaître les ordres qu'il a reçus de son père et consent seulement à rester immobile dans sa position actuelle. Le 5 mai, le sultan consent à la cession d'Adana et accorde une amnistie
(1) Voici une conversation qui démontre le projet de Méhémet, et en même temps qu'il désirait, par-dessus loul, l'agrandissement de ses pachaliks.
« Qu'est-ce que le sultan fait de son paehalik de Bagdad? disait-il à un voyageur français en 1836 ; il n'en lire pas un para, et souvent il est forcé d'envoyer des troupes pour soutenir ses pachas, ce qui n'empêche pas que ceux-ci ne soient de temps en temps, les uns assiégés, les autres déposés, quelques-uns étranglés. S'il me donnait ce paehalik, je lui payerais un fort tribut, et cependant j'y gagnerais encore ; car, eu assurant la tranquillité du désert, la commerce de l'Inde reprendrait son cours de ce côté. C'est là une des routes de l'Inde, comme l'Égyplc. Ce parti serait assurément le meilleur pour tout le monde ; pour l'Europe, pour la Porte et pour moi, mais l'Angleterre ne voudra pas que je lui serve de préfet de police sur l'Euphrate ; c'est a peine si elle me veut à ce titre sur le Nil, pas plus que la Russie ne m'a voulu pour vizir à Constant inople en 1852, et elle a eu raison ; mais ce qui m'a toujours étonné, c'est que, vous autres Français, vous ne m'ayez pas voulu non plus à Constantinople ; vous y avez beaucoup perdu. »
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générale à tous ceux qui s'étaient compromis pendant l'expédition d'Ibrahim.
Ce traité malencontreux inspiré par l'espèce de vertige que causaient à l'Occident les Russes campés à Constantinople, ne pouvait avoir que de fâcheux résultats : il agrandissait démesurément un pacha dont on s'exagérait la puissance et le talent; il affaiblissait l'autorité que la France avait intérêt à fortifier; enfin» il faisait ennemis irréconciliables le sultan qui cédait ses provinces et le pacha qui les lui arrachait. La Russie seule pouvait s'applaudir d'un tel résultat; cependant il ne lui suffit point, et l'on apprit bientôt qu'elle avait obtenu de Mahmoud, le 8 juin 1833, un traité d'alliance offensive et défensive signé à Unkiar-Skelessi, dans le camp même des Russes, traité qui fermait les Dardanelles et donnait au czar le droit d'intervenir contre les ennemis intérieurs et extérieurs de la Porte.
La France et l'Angleterre protestèrent vainement contre le traité qui mettait Constantinople et l'empire ottoman à la merci de Nicolas. L'armée russe se rembarqua et celle d'Ibrahim repassa le Taurus.
§ IV. — Réformes de Mahmoud. — Nouvelle rupture avec le
pacha d'Egypte. — Bataille de Nezib. — Mort de Mahmoud.
Cependant le sultan chercha à profiter de ses relations amicales avec le czar pour se débarrasser des étreintes du traité d'Andrinople. Une convention, signée à Saint-Pétersbourg le 29 janvier 1834, stipula l'évacuation par les Russes de la Valachie et de la Moldavie; en compensation d'un tiers de l'indemnité due par la Turquie, la Russie obtint en Asie le district et la ville d'Akhaltzik; enfin, les Russes n'occupèrent plus que Silistrie, comme garantie • du reste de l'indemnité.
En même temps, Mahmoud continuait ses réformes : il envoyait les officiers de son armée prendre de l'instruction dans les armées
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européennes : il créait une sorte de milice nationale, qui devait principalement servir à la police; il construisait des routes; il établissait des quarantaines ; il protégeait en toutes circonstances les râlas chrétiens et prononçait à leur sujet ces belles paroles : • Nos intentions sont que les musulmans ne soient considérés comme tels que dans les mosquées ; que, sous le même point de vue, les chrétiens ne soient chrétiens que dans leurs églises , et que les israélites ne soient Israélites que dans leurs synagogues. Je veux que, hors de ces lieux où tous rendent également hommage à la Divinité, ils jouissent uniformément des mêmes droits politiques et de ma protection paternelle. ■
Mais toutes ces innovations ne se firent pas sans résistance et sans murmure : celle de la milice nationale amena des insurrections en Bosnie et en Albanie. Les vieux musulmans regardaient toutes ces réformes comme des sacrilèges et Mahmoud comme le destructeur de l'islamisme; les derviches surtout, dans leur sauvage fanatisme, ne cachaient pas la haine qu'ils lui portaient, et l'un d'eux, un jour qu'il traversait le pont de Galata, osa l'arrêter avec ces paroles : « Giaour padischah, n'es-tu pas rassasié d'abominations* Tu répondras devant Allah de tes impiétés ; tu détruis les institutions de tes pères, tu ruines la religion et tu attires la vengeance du prophète sur toi et sur nous. • Le sultan ordonna de l'écarter, en disant : « C'est un fou! — Fou ! reprit le derviche; c'est toi et tes indignes conseillers qui avez perdu la raison ! Accourez, musulmans ; l'esprit de Dieu qui m'anime et auquel il faut que j'obéisse m'a ordonné de dire la vérité, et m'a promis la récompense des saints (i). » Le fanatique fut arrêté et mis à mort; mais ses frères lui élevèrent un tombeau qui fut visité pieusement par la foule, et où l'on prétendit qu'il se faisait de nombreux miracles.
Cependant la querelle entre le sultan elle pacha d'Égypte n'était
(I) (Jl)iciui, Lettre* surin Turr/nie.
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qu'ajournée. Au commencement de 4834, des mouvements insurrectionnels se manifestèrent en Syrie contre l'administration despotique d'Ibrahim ; les montagnards de Naplouse, de Jérusalem et d'Hébron ne pouvaient consentir à se laisser désarmer et à subir la conscription ; une vaste conspiration menaça d'exterminer tout ce qui appartenait à l'administration égyptienne ; dans le même temps, l'Hedjaz et l'Yémen se soulevaient. Mahmoud crut le moment opportun pour attaquer son vassal, et un corps d'armée, formé à Sivas, sous les ordres de Reschid-Méhémet-Pacha, s'avança vers la Syrie. Ibrahim, qui venait de vaincre la rébellion des montagnards, occupa les districts de Raka sur l'Euphrate et d'Orfa au delà de ce fleuve. Les deux armées restèrent en observation l'une devant l'autre. Méhéraet accusa la Russie de pousser le sultan à la guerre et proposa à la France et à l'Angleterre de former avec lui contre le czar une coalition dont il serait l'avantgardc et qui sauverait l'empire ottoman d'une conquête inévitable. Cette proposition fut rejetée ; mais la diplomatie européenne s'efforça d'accorder les deux rivaux. Méhémet demandait à transmettre héréditairement à sa famille sa puissance et ses pachaliks. « J'abandonnerai toute inquiétude, disait-il, quand j'aurai assuré ma position personnelle et celle de mes descendants; je n'aurai plus alors qu'à mettre à la disposition de la Sublime Porte toutes mes forces de terre et de mer, et je deviendrai pour le sultan, mon maître, un soutien puissant et utile. » Mahmoud consentait à lui accorder l'hérédité pour l'Égypte et même pour Acre et Tripoli ; mais il demandait la restitution (TAdana et du reste de la Syrie. Méhémet persista, cessa de payer le tribut et fit des levées qu'il concentra en Syrie. La Russie demanda à l'Angleterre et à la France de s'unir à elle pour bloquer les ports de l'Egypte et de la Syrie, en leur disant même qu'elle était décidée à agir seule. L'Angleterre et la France essayèrent encore les voies de la négo ciation, déclarant qu'elles se mettraient contre celui des deux ennemis qui serait l'agresseur; mais le sultan, poussé par la