II
Russie, ordonna à son armée de franchir l'Euphrate : Hafiz-Pacha, qui la commandait, obéit (21 avril 1839). Méhémet écrivit aux consuls généraux que, « si les grandes puissances consentaient à lui garantir la paix et à lui obtenir l'hérédité pour sa famille, il retirerait une partie de ses troupes de la Syrie et serait prêt à s'entendre sur un arrangement définitif. » Et, comme la Russie s'apprêtait à renouveler sou expédition de 1832, l'Angleterre proposa à la France de forcer les Dardanelles si les Russes apparaissaient dans le Bosphore ; la France refusa.
Pendant que la diplomatie se débattait en efforts impuissants pour résoudre une question si mal engagée, le sultan, dans un divan tenu le 7 juin, proclama Méhémet et son fils fermante. Méhémet, de son côté, écrivit à son fils « qu'une plus longue patience devenait nuisible aux intérêts de l'Egypte, et qu'il était nécessaire de marcher sur les Ottomans et de les écraser. Comme l'agression vient de leur part, les grandes puissances de l'Europe nous excuseront et nous donneront raison. Chassez de notre territoire les troupes ennemies et marchez sur leur grande armée, à laquelle vous livrerez bataille. Si la victoire se décide pour nous, vous n'entrerez pas dans l'Asie Mineure, mais vous marcherez sur Malatia, Karpous, ûrfa et Diarbékir. » Une bataille s'engagea à Nezib, elles Turcs furent mis en pleine déroute : Hafiz-Pacha se retira sur Marash, laissant 20,000 fusils et 160 pièces de canon. Ibrahim marchait sur Aïntab, lorsqu'un aide de camp du maréchal Soult se présen ta à lui avec une lettre de Méhémet-Ali (29 juin 1 839) . « C'est trop tard, dit le général égyptien ; il m'est impossible d'obéir en ce moment aux ordres de mon père ; il ne me les aurait pas donnés s'il avait connu l'agression des Turcs et la victoire éclatante que nous venons de remporter. Je me suis reproché de m'être arrêté à Kutaieh en 1833 ; je dois réparer cette ifaute. » Cependant, sur les instances et les représentations de l'envoyé français, Ibrahim consentit à ne pas occuper Konieh, capitale de la Caramanie, et il se contenta de Marash et d'Orfa.
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Au moment où l'empire des Osmanlis semblait menacé, sinon de ruine, au moins d'un nouveau démembrement, Mahmoud II mourut, le 1er juillet 1839.
§ V. — Avènement d'A bdul-Medjid. — Traité du 1 5 juillet 1 840. — Conclusion du différend entre le sultan et le pacha d'Êgypte.
Une agitation assez vive se manifesta à la mort de Mahmoud ; mais Khosrew-Pacha la comprima rapidement, et le premier acte du jeune prince qui ceignait le sabre d'Osman dans des circonstances si périlleuses, fut de concentrer l'autorité entre ses mains, en nommant Khosrew grand vizir. Il fut décidé aussitôt que les hostilités cesseraient, et qu'on chercherait à régler pacifiquement le différend. Le kapoudan-pacha Achmet reçut l'ordre de rentrer à Constantinople. Mais, comme Khosrew était son ennemi, il crut qu'où le rappelait pour se défaire de lui, et il résolut de s'unir à Méhémet-Ali , et de lui livrer sa flotte. « Khosrew, disait-il à l'amiral Lalande, qui était chargé d'empêcher une collision navale entre les Turcs et les Égyptiens, Khosrew s'est emparé par un crime de la dignité de vizir ; il est vendu à la Russie et veut faire périr les amis du sultan Mahmoud, recommencer la guerre contre le vice-roi d'Êgypte, et fournir ainsi aux Russes des motifs pour pénétrer et s'établir dans l'empire ottoman. J'ai donc résolu de me concerter avec Hafiz-Pacha et avec Méhémet-Ali, pour faire cesser la guerre actuelle et former entre nous une confédération qui mettra un terme à l'ambition des Russes, et fera tomber les intrigants qui viennent de s'emparer du pouvoir^ » En effet, la flotte turque, malgré les représentations de l'amiral français, fut conduite à Alexandrie. Méhémet fut surpris de cette défection; mais il résolut d'en tirer parti, et, les consuls européens lui conseillant de renvoyer la flotte à Constantinople, il leur répondit « qu'il ne la rendrait que lorsqu'il aurait obtenu l'hérédité de ses gouvernements et la destitution de Khosrew-Pacha. »
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HISTOIRE DE LA TUHQl'IE
Dans cette situation, le divan résolut (27 juillet 1838) de donner à Méhémet la possession héréditaire de Y Egypte et de la Syrie, moins le district d'Adana, en conservant à la Porte Y administration des villes saintes; mais, au moment où cette résolution allait être mise à exécution, les cinq grandes puissances déclarèrent, dans une note collective, qu'elles étaient d'accord sur le règlement de la question orientale, et elles invitèrent le sultan à ne rien décider sans leur concours (28 juillet). La Porte déclara qu'elle attendait son salut de l'Europe, et remercia les alliés de leur intervention.
Mais les cinq puissances n'étaient rien moins que d'accord ; elles avaient toutes des intérêts différents, et entendaient résoudre la question par des voies divergentes. Ainsi, l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse demandèrent qu'on rendît la Syrie au sultan : la France s'y opposa; l'Autriche émit l'idée d'un congrès : la Russie la repoussa ; la France et l'Angleterre demandèrent de faire entrer leurs flottes dans les Dardanelles : l'Autriche et la Russie menacèrent de se retirer; l'Angleterre proposa de bloquer les ports du vice-roi : la France refusa de coopérer à cet acte de rigueur ; l'Angleterre proposa de couvrir Coustantinople par une armée composée des contingents des cinq puissances : la France s'y refusa encore. Ce qui ressortait de tout ce désaccord, c'est que l'alliance de la France et de l'Angleterre, qui avait maintenu la paix en Europe depuis 1830, commençait à se rompre, à la grande joie des trois cours du Nord. Il faut ajouter que cette question de la défense et du maintien de l'empire ottoman, traditionnelle pour la France et familière, ainsi que nous en avons vu vingt exemples, à la diplomatie de l'ancienne monarchie, était mal comprise par le gouvernement de Louis-Philippe. En effet, aux yeux de ce gouvernement, le plus grand ennemi qu'eût la Porte Ottomane, était la Russie : ne pouvant donner à la Turquie, contre cet ennemi, la force qu'elle n'avait plus, il fallait lui constituer une arrière-garde puissante dans le pacha d'Egypte; et l'existence simultanée du
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sultan et du pacha était ce que noire diplomatie appelait le maintien de l'empire ottoman. C'était là une politique très-confuse et très-compliquée, car l'arrière-garde et le corps de bataille étaient ennemis, et, quel que fût l'arrangement qu'on fît entre eux, ils devaient rester ennemis. De plus, cette politique pouvait paraître double, car tout le monde croyait que nous ne voulions grandir le pacha que pour augmenter l'influence que nous avions dans ses États. Enfin, notre diplomatie se trompait, et sur la force de l'établissement égyptien, et sur l'intérêt réel que nous avions dans cet établissement. La politique de l'Angleterre était plus simple et plus nette : elle voulait substituer au protectorat exclusif de la Russie sur l'empire ottoman, le protectorat de toute l'Europe, et, pour donner de la force à cet empire, lui rendre les provinces que lui avait enlevées un pacha rebelle ; elle voulait, d'ailleurs, détruire l'influence que la France avait prise en Égypte; enfin elle haïssait le vice -roi d' Égypte, qui faisait concurrence à son commerce par ses cotons et ses denrées, et qui refusait de lui ouvrir, par la mer Rouge ou par l'Euphrate, une route vers les Indes. Quant aux trois puissances du Nord, elles ne voyaient réellement, dans la question qui se débattait, que l'alliance anglo-française à rompre, et, pour cela, la Russie sacrifiait momentanément ses projets ambitieux r sur l'empire ottoman.
Dans cette situation, des négociations secrètes s'entamèrent entre l'Angleterre et la Russie pour résoudre la question sans la France et même contre la France : la Russie y poussait de tous ses efforts, en montrant celle-ci disposée à reprendre sa marche révolutionnaire et les errements de l'empire. A la fin, les quatre puissances, après avoir sollicité le gouvernement de Louis-Philippe d'abandonner sa politique isolée, mais en secret satisfaites de lui faire un affront et de rappeler à la France les mauvais jours de 1815, s'entendirent pour régler le différend seules et en dehors d'elle.
En conséquence, à l'insu de notre diplomatie, sans lui faire ni II. *o.
offre ni avertissement, elles signèrent avec la Porte un traité (15 juillet 1840) par lequel le sultan accordait à Méhémet la possession héréditaire de l'Egypte et la possession viagère du pachalik de Saint-Jean-d'Acre, à condition que, dans les dix jours de la notification, il accepterait cet arrangement et retirerait immédiatement ses troupes de l'Arabie, de la Syrie, de Candie, etc. ; s'il mettait vingt jours à accepter l'arrangement, il perdrait le pachalik de Saint-Jean-d'Acre ; enfin, s'il le refusait entièrement, il serait rois en état de déchéance et poursuivi à outrance par les forces combinées des quatre puissances et de la Turquie.
La France, conduite par un gouvernement bien intentionné mais qui avait mal engagé la question, fit d'immenses préparatifs que les puissances coalisées imitèrent, et elle se trouva menacée d'une guerre générale pour une question de délimitation du territoire d'un pachalik. Cependant l'Angleterre ne s'alarma point de ces armements : elle somma Méhémet d'évacuer la Syrie, et, sur son refus , Beyrout fut attaqué par la flotte anglaise unie à quelques bâtiments autrichiens et turcs. Puis un corps de 9,000 hommes fut débarqué et se mit en communication avec les Dru ses et les Maronites, que, depuis longtemps , des émissaires anglais poussaient à un soulèvement contre les Égyptiens, en leur promettant un allégement d'impôts. Soliman-Pacha, qui commandait dans Beyrout, vit bientôt ses communications coupées avec Ibrahim, et l'émir Beschir, devenu suspect à ses compatriotes, fut obligé de se rendre aux Anglais, qui le transportèrent à Malte. Le 8 octobre, Soliman-Pacha évacue Beyrout et va rejoindre Ibrahim, qui voit alors la désertion se mettre dans son armée. Latakié, Tortose, Tripoli , Seyd et Tyr sont occupées par les alliés, qui, le 3 novembre, mettent le siège devant Saint-Jean-d'Acre. Après un bombardement de quelques heures, l'arsenal fait explosion ; la moitié de la garnison est anéantie, et la ville, à demi détruite, se rend. C'était la ruine des espérances de Méhémet, qui avait entassé dans cette place d'immenses ressources.
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L'amiral Napier se présenta devant Alexandrie, traça au pacha le triste tableau de sa situation et lui arracha un traité qui, dépassant les conditions de pacification indiquées avant la guerre, le réduisait à la possession de l'Égypte(27 novembre 1840). Méhémet se hâta de l'exécuter, évacua la Syrie, l'Arabie, Candie, #t rendit la flotte ottomane. Cette brusque évacuation fut pour la Syrie une calamité : elle tomba immédiatement dans l'anarchie, ce qui prouva que l'autorité si décriée du vice-roi n'était pas trop pesante pour cette contrée. Quant au divan, victorieux par les armes de ses alliés, il aurait voulu pousser son triomphe jusqu'au bout; un successeur avait même été désigné au pacha ; mais l'Angleterre le força d'accepter (2 juin 1841) le traité signé par l'amiral Napier.
Enfin, le 13 juillet 1841, un traité fut conclu entre les quatre puissances et la France, qui rentra ainsi dans le concert européen : il garantissait la fermeture des détroits des Dardanelles et du Bosphore aux bâtiments de guerre de toutes les nations.
Telle fut la fin de la querelle de la Porte Ottomane avec le pacha Méhémet-Ali, querelle qui sembla pendant quelque temps prendre l'aspect d'une révolution par laquelle l'empire aurait été tansformé, querelle dont les événements postérieurs ont démontré la médiocre influence et le peu de portée, et dans laquelle laFrancejoua un rôle si peu digne de ses traditions et de ses intérêts. Nous allons maintenant reprendre le règne d'Abdul-Medjid ; mais, comme les événements de ce règne ne sont pas encore du domaine de l'histoire, nous en tracerons simplement le sommaire jusqu'au traité de Paris de 1856.
§ VI. — Sommaire des événements du règne d'Abdul-Medjid.
3 novembre 1839. — Abdul-Medjid avait, dès son avènement, démontré, par un acte éclatant, que la voie tracée par son père ne serait point abandonnée par lui. En effet, en présence de tous les grands dignitaires de l'empire, des représentants de toutes les communautés religieuses et des ambassadeurs étrangers, son mi-
nistre, Reschid-Pacha, lut le fameux hatti-chérif de Gulkhaué, qu'on jieut regarder comme le programme des réformes que se proposait de faire le nouveau sultan. Cet acte, qui a pour objet de faire entrer l'empire ottoman dans les voies européennes, 1° garantit à tous les sujets de l'empire, sans distinction, leur vie, leur honneur et leur fortune ; 2° rétablit un mode uniforme et régulier d'asseoir et de prélever les impôts ; 3° régularise, par des dispotions légales, la levée des soldats et la durée du service militaire ; 4° supprime les monopoles ; 5° ordonne que les impôts seront prélevés en raison de la fortune de chacun ; 6° .promet des lois pour Cxer les dépenses des armées de terre et de mer avec le contingent de chaque localité; 7° ordonne que toute cause devra être jugée publiquement suivant les lois civiles et religieuses; 8° que tout sujet possédera ses biens en toute propriété et pourra les vendre; enfin, 9° que les héritiers d'un criminel ne seront point privés de leurs droits à sa succession.
Novembre 1839. — Le jeune Michel, fils de l'ancien knès de Servie, vient à Gonstantinople pour recevoir l'investiture de cette principauté. Quelques mots sont nécessaires pour expliquer cet événement ; depuis 1830, la Servie avait obtenu un hatti-chérif qui la déclarait indépendante avec une administration particulière, et Milosch Obrenowitch pour prince. Celui-ci s'était efforcé de détruire la féodalité en vigueur depuis la conquête, et, profitant des troubles que suscitaient en Turquie les réformes de Mahmoud, il s'était fait céder les districts de la Kraina, de la Tzerna Rieka, les deux cercles de Krouchevatz, les pays de la Drina, etc. ; mais Milosch était d'une grande cupidité : il accapara le produit des douanes, éleva les droils, prit les biens communaux, etc. Des soulèvements éclatèrent en 1835, et le forcèrent à accorder une charte de garanties. Enfin, en 1838, il se vit imposer par le sultan une nouvelle constitution qui limitait son pouvoir. 11 invoqua vainement l'appui de la Russie et de l'Angleterre, tenta vainement un mouvement militaire el fut forcé d'abdiquer le 13 juin 1839. Il
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fut remplacé par son fils aîné Milan, qui mourut bientôt; son second fils Michel fut alors élu par les Serbes, et nous avons dit qu'il était venu demander au sultan l'investiture de sa dignité. Abdul- Medjid l'accueillit avec faveur et le renvoya chargé de présents.
1841 . — Les populations chrétiennes, opprimées en Syrie depuis le départ de l'émir Deschir, se soulèvent; l'Europe intervient, et Orner-Pacha, dont la conduite a paru odieuse, est remplacé : les Druses et les Maronites reçoivent des chefs distincts. L'Angleterre et la Prusse installent à Jérusalem un évéque protestant.
1842. — Le prince Michel, gouverné par sa mère, s'aliène les Turcs et les Serbes : deux fois battu, il s'enfuit à Semlin ; un gouvernement provisoire proclame Alexandre Petrowitch, petit-fils de Czerni-Gcorges, dont l'élection est sanctionnée par la Porte. La Russie proteste contre cette révolution, qui donne le pouvoir à un parti qui lui est opposé.
En Valachie, le voïvode Alexandre Ghika est déposé (24 octobre), et remplacé par Bibesco, dont l'élection est approuvée par la Porte. Le nouveau prince introduit de nombreuses réformes dans la principauté.
1844. — Le recrutement, établi par le hatti-chérif de Gulkhané, amène le soulèvement des populations guerrières de l'Albanie, qui massacrent les chrétiens et ne sont soumises que par Reschid-Pacha.
1845. — Dans le Liban, les Druses surprennent et massacrent les Maronites, auxquels on défend de prendre les armes. Les ambassadeurs européens, la France ayant perdu son action personnelle sur ces contrées, demandent justice de ces barbaries.
— Organisation de l'instruction publique : l'université ottomane est déclarée institution de l'État, et est dirigée par un conseil supérieur; l'instruction est divisée en enseignement primaire, qui * existait en partie ; enseignement secondaire, qui est tout à créer, et enseignement supérieur.
1846. — Publication d'un code administratif, tolimâti o' mournich, qui règle les devoirs et les obligations des fonctionnaires.
Avril. — Institution de tribunaux mixtes de commerce, dont le premier essai est fait à Constantinople : les légations nomment parmi leurs nationaux dix notables commerçants qui remplissent à tour de rôle l'office de juges. La Porte nomme, de son côté, dix notables musulmans.
1847. — En Valachie, le prince Bibesco, d'accord avec rassemblée nationale, affranchit quatorze mille familles esclaves. Un traité d'union douanière est contracté avec la Moldavie.
1848. — Le prince Bibesco s'est aliéné les paysans en leur imposant, en faveur des propriétaires, six jours par an de travail à la tûche, et toute la population en faisant suspendre par un firman l'assemblée nationale.
Aussi, à la nouvelle de la révolution de Vienne, un soulèvement éclate ; le prince, après avoir forcément accepté une constitution (23 juin), s'enfuit,etun gouvernement provisoire est établi (27 juin). Le mouvement se propage en Moldavie, et les jeunes Valaques, que les révolutions de France et d'Allemagne ont éblouis, appellent les populations de la Bukowine, de la Transylvanie, de la Bessarabie à former un Etat, un empire roumain. La Porte envoie dans la principauté un commissaire avec des troupes commandées par Omer-Pacha. Mais, en même temps (28 juin), 12,000 Russes pénètrent en Moldavie : la Porte proteste, et un corps de troupes turques occupe Braïla (2 août). Le gouvernement provisoire s'enfuit. 60,000 Russes occupent aussitôt la Valachie.
— Mort d'Ibrahim, fils de Méhémet-Ali (10 novembre), et qui gouvernait depuis trois ans à la place de son père, devenu trèsinfirme. Il est remplacé par Abbas-Pacha, son neveu.
1849. — Convention de Balta-Liman, passée entre la Porte et la Russie : les hospodars de Valachie et de Moldavie seront nommés pour sept ans par le sultan ; le règlement organique de 1831 est remis en vigueur, sauf quelques modifications; 25,000 à 35,000 hommes de chacune des deux puissances occuperont pour lo moment les deux provinces ; après le rétablissement de la tranquillité,
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il restera 10,000 hommes de chaque nation, jusqu'à l'achèvement des travaux d'amélioration ; la milice indigène sera réorganisée; un commissaire russe et un commissaire turc surveilleront la marche des affaires et nommeront les membres des comités de révision ; le présent arrangement est fait pour sept ans. Stirbey est nommé hospodar de Valachie, et Ghika hospodar de Moldavie. 1er août. — Mort de Méhémet-Ali.
17 septembre. — La Porte refuse de livrer à la Russie et à l'Autriche les Hongrois et les Polonais qui se sont réfugiés sur son territoire, et, après une lutte diplomatique, où elle est soutenue par l'Angleterre et la France, elle parvient à faire accepter l'internement de ces réfugiés dans l'Asie Mineure; un an après, elle les met en liberté.
1850. — Une ordonnance du mois de juin porte que, « à l'avenir, l'impôt personnel sera perçu dans chaque province par les primats (kodja-bachis) des quatre nations; ils procéderont d'après l'état et la fortune de chaque sujet du gouvernement impérial, et consigneront ledit impôt au patriarcat ou entre les mains du kkakam-hachi, d'où il sera versé au trésor impérial. »
1851. — La Porte, tout en continuant ses réformes, cherche à rattacher étroitement à l'empire les provinces qui ont essayé de se rendre indépendantes. Elle s'efforce surtout de reprendre ses droits de souveraineté sur l'Égyple. Abbas-Pacha ayant concédé à une compagnie anglaise la faculté d'établir une voie de fer du Nil à la mer Rouge, le divan s'oppose à cette concession, qu'il regarde comme une usurpation sur le droit du sultan; un tel marché, dit-il , pouvant amener des différends entre l'Égypte et l'Angleterre, rendrait la Porte responsable ou autoriserait l'Angleterre à se faire justice elle-même. Abbas-Pacha se soumet et obtient l'autorisation du sultan.
Le tanzimat ou l'ensemble des lois sorties du hatti-chérif de Gulkhané, était appliqué successivement et avec mesure aux différentes parties de l'empire, suivant qu'elles étaient plus ou moins
aptes, par leurs usages, leur population, leur soumission, à les recevoir. En 1851 , Abbas-Pacha est sommé de l'appliquer immédiatement : c'était déclarer que l'autorité législative n'appartenait qu'au sultan et faire rentrer ainsi l'Egypte dans son obéissance immédiate. Le pacha ne refuse pas de recevoir le tanzimat; mais il dispute sur les détails, et surtout sur le droit qui lui est enlevé de prononcer des sentences de mort ; il essaye môme d'intéresser les grandes puissances à sa cause. Mais, après quelques mois de discussion, ce prince faible, cruel, débauché est obligé d'appliquer le tanzimat, môme dans l'article qui lui enlève le droit de vie et de mort.
L'année 1851 est encore marquée par deux innovations : des commissaires extraordinaires sont chargés de visiter les différentes provinces de l'empire, de recueillir les réclamations des autorités et des habitants, et de les transmettre au sultan ; une académie des sciences et lettres est établie à Constantinople.
Enfin, cette année voit commencer les discussions relatives aux lieux saiuts, qui doivent amener la guerre de 1854. — Nous avons exposé précédemment (livre IV, chap. III, § V) les droits que possédait la France sur les monuments qu'on appelle les lieux saints, quelles luttes elle avait eues à soutenir à ce sujet avec les chrétiens grecs, comment elle avait été, par des usurpations successives, dépossédée de la plus grande partie de ces droits. Depuis l'année 1757, ces usurpations avaient continué, surtout depuis la révolution française, surtout depuis 1808, où, l'église du Saint-Sépulcre ayant été dévastée par un incendie, les Grecs y avaient effectué des réparations à la suite desquelles ils s'étaient emparés de tous les lieux saints. Cette protection exercée par la France sur le saint sépulcre et d'autres édifices vénérés était le reste glorieux de notre grandeur des croisades ; c'était le symbole de notre antique puissance dans l'Orient ; c'était une de ces reliques de famille qu'on ne saurait abandonner sans déshonneur. Tous Jcs gouvernements qui s'étaient succédé en France depuis soixante
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ans n'avaient pas failli à revendiquer ce patriotisme glorieux, mais sans succès, tant les chrétiens grecs étaient devenus puissants depuis qu'ils sentaient le protectorat de la Russie. Au mois de mai 1851, le gouvernement de Louis-Napoléon, après avoir invoqué les capitulations de 1740, demande et obtient du divan la formation d'une commission mixte chargée d'examiner les divers titres et documents qui assuraient aux Latins la possession des lieux saints. La commission commença ses travaux le 15 juillet. La France réclama : 1° le monument du saint sépulcre, dans l'église du même nom , à Jérusalem ; 2° la grande coupole bâtie au-dessus du saint sépulcre ; 3° la pierre de l'Onction (possession mixte) ; 4° l'emplacement des tombeaux des rois francs dans la chapelle d'Adam, sous le Calvaire : 5° les sept arceaux de la Vierge ; 6° l'église de Gethsémani et le tombeau de la Vierge ; 7° l'église supérieure de Bethléem, avec les jardins et les cimetières qui en dépendent ; 8° la possession mixte de l'autel du Calvaire où Jésus-Christ fut élevé sur la croix. Elle déclare, d'ailleurs, que les Latins consentent à faire aux autres communions des concessions particulières, mais renouvelées tous les ans.
L'empereur de Russie s'émeut des réclamations de la France et s'efforce d'empêcher qu'on y fasse droit. Après plusieurs mois de discussion, la commission des lieux saints reconnaît les droits de la France , mais propose le statu quo, hormis l'admission des Latins dans le sanctuaire de la Vierge, et le droit pour les Grecs d'entrer dans le sanctuaire de l'Ascension. Un firman rendu public confirme ces décisions. La France accepte cette atteinte à ses vieux privilèges par condescendance et désir de conserver la paix ; mais des exigences nouvelles de la Russie se font jour et amènent la fameuse mission du prince Mentschikoff.
Nous avons vu quels liens secrets, intimes, constants rattachaient les chrétiens soumis à l'empire turc aux souverains de la Russie ; c'étaient leurs libérateurs futurs, et l'on assignait l'année 1853 comme celle où la croix, après quatre siècles d'esclavage, serait