‹ Histoire de la TurquieChapitre 55 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

rétablie sur le dôme de Sainte-Sophie. Depuis que la Turquie avait été dépouillée en quelques années de la Grèce, de la Servie, des provinces danubiennes, de la suzeraineté d'Alger et même en partie de rÉgypte , la Russie regardait cet empire comme un malade à l'agonie et dont il fallait s'assurer l'héritage. L'état de l'Europe semblait favorable à une telle ambition, la commotion produite par les événements de 1848 étant à peine apaisée, et la France, cette protectrice séculaire de la Turquie, semblant, à cause de ses révolutions, incapable de tout mouvement.

Trompé par ces apparences, aveuglé par les succès continuels de son règne de vingt-six ans, l'empereur Nicolas prit prétexte de la discussion sur les lieux saints pour envoyer à Constantinople (5 mai 1853) le prince Mentschikoff avec l'ordre de demander, en vertu du traité de Kaïnardji (1) le redressement de nombreux griefs éprouvés par les pèlerins russes dans les États du sultan, « avec des garanties solides et invariables dans l'intérêt de l'Église orthodoxe, » garanties qui auraient en réalité donné à la Russie le protectorat de tous les sujets ottomans professant la religion grecque. L'ambassadeur demanda une réponse dans cinq jours; « une plus long délai, dit-il, serait considéré comme un manque de procédés envers son gouvernement, ce qui lui imposerait les plus pénibles obligations. »

Le 10 mai, la Porte répondit avec modération qu'elle était prête à satisfaire aux demandes relatives aux sujets, pèlerins et églises russes. « Quant aux immunités de l'Église grecque, elle prouvait, par sa sollicitude constante envers ses sujets chrétiens, son intention de ne jamais porter atteinte à ces privilèges ; prendre l'engagement réclamé par la Russie serait annuler et détruire les bases de son indépendance. »

Le 18 mai, Mentschikoff, après avoir renouvelé ses demandes comminatoires, déclare sa mission terminée : « Le refus d'une

(I) Voir la nolcd** la page 226.

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garantie pour le culte orthodoxe, dit-il, devra désormais imposer au gouvernement impérial la nécessité de la chercher dans sa propre puissance. » Il part avec tout le personnel de l'ambassade .

Le 21 mai, une note de M. de Nesselrode, ministre du czar, déclare que les armées russes vont entrer dans les principautés danubiennes pour les occuper jusqu'au jour où la Porte donnera son adhésion aux demandes posées par le prince Mentschikoff. « Le droit réclamé par la Russie, dit-il, est semblable à celui que la France a exercé sur les catholiques de l'empire ottoman pendant des siècles; il ne confère aucun droit d'ingérence perpétuelle dans les affaires intérieures de cet empire. »

25 juin. — En présence de ces éventualités de guerre, la France et l'Angleterre envoient leurs flottes à Tenedos, dans la baie de Besika, en autorisant leurs ambassadeurs à appeler ces flottes à Constantinople pour la défense du sultan.

2 juillet. — Les Russes passent le Pruth et entrent à la fois en Valachie et en Moldavie, Le général en chef Gortschakoff fait une proclamation où il proteste contre toute intention de conquête de la part de la Russie. Le même jour, une circulaire de M. de Nesselrode déclare : « Nous occupons les principautés, non pour faire à la Porte une guerre offensive, mais parce que la Porte, en nous refusant la garantie morale que nous avions droit d'attendre, nous oblige à y substituer provisoirement une garantie matérielle ; parce que la position qu'ont prise l'Angleterre et la France, dans les ports et eaux de son empire, nous donne une raison de rétablir l'équilibre des situations réciproques. L'occupation des principautés sera toute temporaire ; elle nous servira uniquement de gage jusqu'à ce que de meilleurs conseils aient prévalu dans l'esprit des ministres du sultan et que vienne à cesser la pression qu'exerce sur eux l'attitude des deux puissances...

8 septembre. — Les menaces de la Russie réveillent le fanatisme religieux des Ottomans. La communauté des ulémas somme

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le sultan de déclarer la guerre à la Russie ou d'abdiquer dans un délai de quatre jours.

44 septembre. — A la demande des ambassadeurs de France et d'Angletere et du consentement du sultan, quatre frégates françaises et anglaises entrent dans les Dardanelles et jettent l'ancre devant Constantinople.

25 septembre. — Un grand conseil national, composé des notabilités religieuses et laïques, est assemblé au palais du sultan et délibère sur les demandes renouvelées de la Russie, avec les modifications qu'y ont introduites les quatre grandes puissances de l'Europe. L'avis unanime de l'assemblée est que les demandes de la Russie doivent être rejetées, que les négociations sont épuisées et que le sultan doit prendre les dernières mesures de défense.

4 octobre. — Manifeste de la Porte qui déclare la guerre à la Russie et ordonne à son général Omer-Pacha de faire évacuer les principautés.

23 octobre. — Première affaire sanglante entre les Russes et les Turcs. Une partie de la flottille russe du Danube, se rendant à Galatz, est canonnée par la forteresse d'Isakcha.

27 octobre. — Les hostilités commencent en Asie. Les Turcs s'emparent du fort Saint-Nicolas, près de la mer Noire.

28 octobre. — L'armée russe se concentre principalement dans la petite Valachie. Son plan est de s'emparer de Viddin, de gagner, au moyen de cette ville, la grande route de Nissa à Constantinople, et de tourner ainsi les Balkans (1). Elle pourra ainsi insurger la Servie, la Thrace, donner la main aux Grecs de la Macédoine, de la Thessalie , du petit royaume de Grèce , bouleverser ainsi l'empire ottoman et arriver sans grand obstacle sur Constantinople. Omer-Pacha devine le plan : il s'empare des îles voisines de Viddin, passe le Danube, occupe Kalafat et le fortifie.

(I) Voir la dcsciiplion des Balkans, 1. 1, ch. I er , § V.

ABDUL-MEDJID

28 octobre. — Le prince de Servie, sommé par le sultan de s'expliquer sur ses intentions, déclare qu'il veut garder la neutralité et interdire à tout corps d'armée, quel qu'il soit, de traverser son territoire. Cette déclaration est favorable à la Russie, puisque le prince empêche ainsi la marche des troupes que le sultan peut tirer de la Bosnie.

2 novembre. — Entrée de la flotte anglo-française dans le Bosphore.

Orner-Pacha, pour détourner les Russes de Viddin, traverse le Danube, près de Turtukaï, et se fortifie à Oltenizza, en menaçant Bukharest. Les Russes, trompés par cette démonstration, détournent leurs principales forces de Viddin et attaquent, durant trois jours, les retranchements d' Oltenizza. Pendant ce temps, les fortifications élevées à Kalafat, en face de Viddin, sont devenues inexpugnables. Alors Orner-Pacha évacue Oltenizza et se retire sur la droite du Danube.

8 novembre. — Les hospodars de Valachie et de Moldavie ayant renoncé à leur dignité, l'administration des provinces est confiée par le czar à un général russe.

14 novembre. — Une partie de l'armée turque s'étant avancée de Kars dans l'Arménie russe, est battue à Orbelian et repoussée, au delà de l'Arpatschaï.

Une autre partie de l'armée turque est battue quelques jours après à Akhalzik.

30 novembre. — Une escadre russe commandée par l'amiral Nachimof, surprend une division de la flotte turque composée de 13 bateaux qui étaient à l'ancre devant Sinope. Elle la détruit. 4,000 Ottomans périssent ; l'amiral turc est fait prisonnier ; une partie de la ville est incendiée.

Le divan, dans l'impossibilité de défendre suffisamment les côtes de la mer Noire contre les attaques des Russes, invoque le secours des puissances alliées qui ont leurs flottes dans le Bosphore.

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