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13 décembre. — Le gouvernement français, à la nouvelle du désastre de Sinope, déclare que le coup hardi et heureux que la Russie vient de frapper, n'atteint pas seulement la Turquie. Il ordonne à sa flotte de ravitailler, soit en hommes, soit en vivres, l'armée d'Anatolie et les places du littoral.
18 décembre. — Les puissances alliées de la Porte n'ont pas cessé de négocier pour amener une pacification ; leurs propositions conci liatrices sont transmises au grand conseil national de la Sublime Porte et acceptées. D'après cela, autorisation est donnée aux ministres du sultan de renouer directement avec la Russie, et sous la protection des quatre puissances, les négociations de paix, en prenant pour base l'évacuation des principautés ainsi que l'intégrité et l'indépendance de la Turquie. Cette déclaration cause une grande irritation dans le corps des ulémas , qui tente d'exciter une insurrection.
24. — L'Angleterre et la France ordonnent à leurs flottes d'entrer dans la mer Noire pour y protéger le territoire et le pavillon de la Turquie et faire rentrer les vaisseaux russes qui sortiraient de Sébastopol.
27. — Un hatti-chérif du sultan déclare que le protectorat de la Russie sur la Servie, la Valachie et la Moldavie est aboli. Les droits et privilèges de ces trois provinces sont confirmés.
Le prince de Servie proteste contre ce hatti-chérif : 6 au 11 janvier. — Bataille de Litate. Les Turcs, commandés par Sélim-Pacha, sortent de leurs retranchements de Kalafat, et attaquent les Russes pendant quatre jours. Ceux-ci sont forcés de se retirer sur Radovan. Mais , le 28 , ils reprennent l'offensive et trois corps d'armée, sous le commandement de Gortschakof, opèrent l'investissement de Kalafat. Orner-Pacha essaye une diversion en traversant le Danube près de Routschouk et en attaquant Giurgewo (5 février).
6 février. — Les ambassadeurs de Russie auprès des cours de
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France et d'Angleterre quittent Paris et Londres. Les ambassadeurs, de France et d'Angleterre à Saint-Pétersbourg reçoivent leurs lettres de rappel.
L'Épire, l'Étolie et l'Acarnanie se soulèvent contre les Turcs ; les insurgés s'emparent de la ville de Larta et attaquent la citadelle. La Thessalia se soulève à sou tour.
Le royaume de Grèce est dans la plus grande fermentation. 11 en sort des bandes de volontaires commandées par des officiers grecs qui propagent partout l'insurrection. Le gouvernement grec les appuie et fait des préparatifs de guerre.
Le divan demande des explications à la cour d'Athènes. On lui répond que le mouvement qui se manifeste est le résultat des sentiments patriotiques et religieux de la population grecque , que chaque gouvernement doit ménager et respecter ces sentiments.
16 février. — L'Angleterre et la France déclarent que, dans le cas où le gouvernement grec favoriserait l'insurrection , elles mettraient le royaume de Grèce en état de blocus.
21 février. — Manifeste de l'empereur de Russie à ses sujets : contre la ftussie combattant pour la foi orthodoxe , se placent à côté des ennemis de la chrétienté, l'Angleterre et la France ; mais la Russie est prête à faire tête à tous ses ennemis. « Nous sommes encore, dit-il, le peuple russe de 1812. »
22. — Une premier division de troupes anglaises s'embarque pourTOrient.
27 février. — La France et l'Angleterre adressent à la Russie l'injonction d'évacuer les principautés dans un temps donné, et lui notifient que son refus ou son silence sera considéré comme une déclaration de guerre.
4 mars. — Les Turcs passent le Danube au-dessus de Silistrie, et attaquent les retranchements russes à Kalarach ; ils sont repoussés.
9 mars. — La Turquie demande aussi de la Grèce la punition
des officiers grecs qui sont allés insurger les sujets ottomans, la stricte surveillance des frontières, le désaveu des hétairistes, etc. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre appuient cette demande. Aucune réponse satisfaisante n'ayant été faite, le chargé d'affaires de la Porte demande ses passe-ports.
12 mars. — Traité entre la France, la Grande-Bretagne et la Turquie : 1° La France et la Grande-Bretagne s'engagent à défendre la Turquie par les armes jusqu'à la conclusion d'une paix garantissant l'indépendance de l'empire ottoman et les droits du sultan. — 2° La Porte s'engage à modifier les institutions de l'empire de telle sorte, qu'il y ait : égalité devant la loi et admissibilité à tous les emplois de tous les sujets ottomans sans distinction de religion ; droit de témoignage devant les tribunaux accordé aux chrétiens ; établissement de tribunaux mixtes dans tout l'empire ; règlement pour la levée des impôts ; abolition dukaratch.
14 mars. — Agitation dans toute la Grèce en faveur des insurgés ; un officier grec, Tzavellas, est proclamé, à Larta, généralissime des Hellènes. La Russie déclare qu'elle n'a aucune part à ce mouvement, mais qu'elle ne consentira jamais à ce que les populations insurgées soient rejetées sous le joug ottoman.
19 mars. — L'armée française d'Orient, commandée par le maréchal Saint-Arnaud, quitte Marseille et arrive à Gallipoli le 31 . Après avoir fortifié cette ville , elle se met en marche pour Constantinople et delà sur Varna.
23 mars. — Les Russes passent le Danube à Galatz, à Braïla et à Ismaïl; ils s'emparent des villes de Toultcha, Matschin, Isakcha, Hirsova, et occupent tout le nord de la Dobroutcha.
24 mars. — Les Turcs , qui avaient passé sur la rive gauche du Danube, sont, après une lutte acharnée, obligés de se retirer à Turtukaï.
1er avril. Les insurgés de l'Acarnanie, commandés par Tzavellas , sont défaits non loin de Pi ta , au nord de Larta, et ceux de la Thessalie, que commande Grivaz, sont défaits à Mezzovo.
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14 avril. — Les Russes commencent le siège de Silistrie. D'un autre côté, ils abandonnent l'investissement de Kalafat et se retirent sur l'Alouta.
21 avril. — Une flotte anglo-française paraît devant Odessa et bombarde la ville pendant 10 heures.
22 avril. — L'Angleterre et la France déclarent au gouvernement grec qu'elles emploieront tous les moyens pour faire respecter la résolution qu'elles ont prise de maintenir l'intégrité de l'empire ottoman. Si, pour réaliser cette résolution, le trône de la Grèce devait être brisé, la responsabilité en retomberait sur ceux qui ont changé en inimitié les rapports bienveillants de l'Angleterre et de la France.
5 mai. — La France envoie un corps d'armée pour occuper Athènes et le Pirée. La Grèce est déclarée en état de blocus. Le roi s'engage à garder la neutralité.
19 mai. — Les Russes achèvent d'investir Silistrie et donueut jusqu'à la fin du mois six assauts aux ouvrages avancés.
30 mai. — Les Turcs battent les Russes à Karakal et les poursuivent jusqu'à l'Alouta.
3 juin. — Sommation de l'Autriche à la Russie d'évacuer les provinces danubiennes. 11 est convenu avec la Porte que, jusqu'à la conclusion de la paix , ces provinces seront occupées par les troupes autrichiennes.
26 juin. — Levée du siège de Silistrie par les Russes.
2 au 8 juillet. — Combat entre les Russes et les Turcs auprès de Giurgewo ; les premiers sont définitivement battus ; les seconds occupent Giurgewo et Oltenizza.
14 juillet. — Mort d'Abbas-Pacha. Saïd-Pacha, quatrième fils de Méhémet-Ali, lui succède.
31 juillet au 20 septembre. — Les Russes évacuent la Valachie et la Moldavie, qui sont occupées par les troupes autrichiennes.
14 septembre. — Les troupes françaises, anglaises et turques,
parties de Varna et de Baltschik sur 250 vaisseaux, débarquent sur la côte occidentale de la Crimée, près du vieux fort, à 8 lieues au nord de Sébastopol. Les alliés (25,000 Français, 25,000 Anglais, 8,000 Turcs) occupent la ville d'Eupatoria.
20 septembre. — Bataille de l'Aima. L'armée anglo-française emporte le camp des Russes, retrancbéssur les hauteurs de l'Aima et qui comptent 50,000 hommes, commandés par le prince Mentschikoff. Les alliés perdent 2,700 hommes et les Russes 5,000 à 6,000.
1854. — 23 septembre. — Les Russes coulent bas une partie de leur flotte pour fermer l'entrée du port de Sébastopol. L'armée alliée passe la Katscha le 23, le Selbek le 24 ; elle tourne Sébastopol le 25, et s'empare, le 26, du port de Balaklava.
29 septembre. — Mort du maréchal Saind-Arnaud. Le général Canrobert lui succède.
9 octobre. — Les troupes alliées ouvrent la tranchée devant Sébastopol, et, huit jours après, commencent le premier bombardement par 200 bouches à feu appuyées par 26 vaisseaux.
25 octobre. — Les Russes marchent contre Balaklava et s'emparent de quatre redoutes occupées par les Turcs ; ils sont arrêtés par les troupes anglaises, dont la cavalerie fait de grandes pertes.
5 novembre. — Bataille d'Inkerman. Les Russes, commandés par le général Dannenberg, attaquent l'aile droite de l'armée assiégeante et composée des troupes anglaises. Ces troupes surprises, malgré une résistance opiniâtre, sont sur le point d'être écrasées, quand les Français accourent et repoussent les Russes , qui font une perte de 10,000 hommes. En même temps, la garnison fait une sortie et attaque l'aile gauche des assiégeants ; mais elle est également repoussée. Les alliés perdent 4,000 hommes.
2 décembre. — Traité d'alliance entre la France, l'Autriche et la Grande-Bretagne : 1° Les trois puissances s'engagent mutuellement à n'entrer dans aucun arrangement avec la cour de Russie avant d'en avoir délibéré en commun ; 2° l'Autriche s'engage à
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défendre la frontière des principautés occupées par elle contre tout retour des forces russes et à ne porter aucun préjudice au libre mouvement des armées alliées sur le même territoire ; 3° les hostilités venant à éclater entre l'Autriche et la Russie, l'Autriche contracte avec les puissances occidentales une alliance offensive et défensive.
1855. — 15 janvier. — Les ports russes de la mer Noire et de la mer d'Azof sont mis en état de blocus par les flottes française et anglaise.
26 janvier. — Traité d'alliance offensive et défensive entre les puissances occidentales et le roi de Sardaigne. Ce prince envoie en Crimée un corps auxiliaire de 15,000 hommes.
17 février. — 25,000 Russes attaquent Eupatoria et sont repoussés par les Turcs, que commande Orner-Pacha.
2 mars. — Mort de l'empereur de Russie, Nicolas I or . Alexandre II, son fils, lui succède, et ses premières paroles ne semblent pas favorables à la paix : <t Le but de nos efforts sera celui vers lequel ont tendu Pierre 1er, l'impératrice Catherine, Alexandre et notre père de glorieuse mémoire. » Cependant, quelques jours après, des négociations sont ouvertes à Vienne, entre toutes les puissances belligérantes et sur les bases suivantes ; 1° les principautés danubiennes et la Servie sont affranchies du protectorat russe et placées sous le protectorat collectif desgrandes puissances ; 2° la navigation du Danube sera libre ; 3° la puissance russe sera restreinte dans la mer Noire ; 1° les chrétiens, sujets de la Porte, seront placés sur le pied complet d'égalité avec les musulmans. Les conférences durent jusqu'au 26 avril et sans résultat.
1 er mai. — Les Français emportent les contre-approches russes en avant du bastion central de Sébastopol.
9 mai. — Proclamation du sultan : tous les sujets musulmans sont tenus au service militaire ; le gouvernement fixera les contingents des sujets non musulmans, et ceux qui n'en feront pas partie payeront un impôt d'exemption.
16 mai. — Le général Canrobert quitte le commandement de l'armée française en Crimée ; le général Pélissier le remplace.
34 mai. — Les troupes alliées débarquent sur le détroit situé entre la mer Noire et la mer d'Azof ; ils occupent Kertch et Iénikalé que les Russes avaient abandonnés, en brûlant leurs magasins et en détruisant leurs fortifications. On bombarde ensuite Genitschi, vis-à-vis de la flèche d'Arabat, et on détruit tous les bâtiments de commerce dans la mer d'Azof. Enfin, on bombarde Taganrog.
28 mai. — Les Russes évacuent leurs postes fortifiés sur la côte caucasienne de la mer Noire et même la forteresse d'Anapa.
6 juin. — Les alliés ouvrent un nouveau bombardement contre Sébastopol et s'emparent des ouvrages dits du Carénage et du Mamelon-Vert.
18 juin. — Les alliés tentent un assaut sur le grand Redan et la tour de Malakof ; ils sont repoussés avec perte de 4,000 hommes.
28 juin. — Mort de lord Raglan, général en chef de l'armée anglaise devant Sébastopol.
16 août. — Bataille de Traktir. 60,000 Russes, commandés par Gortschakof et Liprandi, attaquent la ligne des alliés sur la Tchernaïa ; mais ils sont repoussés par les Français et les Piémontais avec perte de 6,000 hommes.
8 septembre. — Après avoir bombardé Sébastopol pendant trois jours, les alliés font une attaque générale sur les retranchements russes. L'attaque des Anglais sur le grand Redan et celle des Français, sur le bastion central échouent ; mais la tour de Malakof, position capitale des Russes, est emportée d'assaut par les Français après une lutte terrible. Les alliés perdent près de 10,000 hommes et les Russes 12,000. Ceux-ci évacuent la partie sud de la ville, après l'avoir brûlée ou fait sauter, et ils se retirent au moyen d'un pont de bateaux dans la partie nord.
29 septembre. — Les Russes attaquent Kars, et, après une
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lutte de sept heures, sont repoussés par les Turcs avec une perte de 7,000 hommes.
17 octobre. — Les alliés attaquent la forteresse de Kinbourn et s'en emparent après un bombardement de plusieurs heures.
6 novembre. — Les Turcs, commandés par Omer-Pacha, forcent le passage de l'Ingur, dans la Mingrélie, et enlèvent les retranchements des Russes.
28 novembre. — La ville de Kars, défendue par les Turcs et le général anglais Williams, capitule.
1856. 16 janvier. — Les négociations pour la paix ont continué entre la Russie et l'Autriche. Celle-ci envoie aux cours des puissances occidentales un ultimatum qui contient les conditions suivantes : Abolition du protectorat russe dans les provinces danubiennes et rectification de leur frontière au détriment de la Russie, qui abandonnerait les bouches du Danube; neutralisation de la mer Noire, dont les eaux seraient interdites aux marines militaires; consécration des immunités des populations chrétiennes sujettes de la Porte, etc. Après quelques discussions, la Russie déclare qu'elle accepte purement et simplement lesdites propositions.
1 er février. — Les plénipotentiaires de l'Autriche, de la France et de la Grande-Bretagne, de la Russie et de la Turquie se réunissent à Vienne et signent les préliminaires de la paix.
18 février. — Le hatti-chérif suivant est publié à Constantinople : 1° Les garanties promises par l'acte de Gulkhané et par lois du tanzimat sont confirmées; 2° tous les privilèges et immunités accordés ab antiquo à toutes les communautés chrétiennes sont maintenus ; 3° les patriarcats et les synodes sont déchargés de tout pouvoir judiciaire et civil ; les communautés chrétiennes gardent leur administration particulière ; le clergé jouit d'un traitement fixe et régulier ; 4° il y a égalité de droits pour tous les cultes et toutes les nationalités, et les chrétiens sont déclarés admissibles à tous les emplois ; 5° il ne sera plus