ANGLETERRE
La corporation des imprimeurs-libraires, 5totioner's company, fondée en 1403, existe encore à Londres, où elle occupe une maison magnifique, connue sous le] nom de Statio* ner*s Hall. Cest là que sont enregistrés tous les livres imprimés à Londres (1).
C'était dans les rues avoisinant celles de jPater noster row qu'étaient groupés les station' narH ou scribes, en anglais stationers, qui écrivaient et vmdaient les alphabets ainsi que les Pater noster ^ les Credo, les Ave-Maria, et autres livres d'église qui ont fait donner à ces rues les noms de Pater Noster, à^Ave-Maria,
(0 En iMt M. Coller a publié à Londres ponr laShakspeare Society l'extrait des registres de la Stati4h ner^s Company, contenant la liste de tous les ouvrages enregistrés de iMf7 à ivro. Le droit pour obtenir la licence garantissant la propriété est ordinairement de 4 pences (a sous). On y voit figurer des amendes pour InfiracUons soit d'avoir imprimé avant d'avoir obtenu la licence . soit pour avoir vendu des livres dans la rue.
Le droit pour Tinscrlptlon d'un apprenUf imprimeur est de a pences (le sous). L'Angleterre a eu la sagesse de maintenir l'apprentissage rigoureux de sept années ponr tout ouvrier compositeur ou imprimeur, d'où résulte une plus grande habileté et un plus grand attachement
de Credo^ de Grâce, d'Amen, etc. Ou y vendait aussi des chapelets.
Le premier livre fut^il in^>rimé à Oxford ?
Quel en fut l'imprimeur.' La date est-elle fausse? Caxton est-il le premier qui ait imprimé en Angleterre? Enfin les premiers livres qui ont été imprimés par lui l'ont-ils été à Cologne ou en Angleterre?
Toutes ces questions longuement controversées ne peuvent être résolues péremptoirement. L'origine de l'imprimerie en Angleterre est restée un myst^e impénétrable. Il faut donc ici recourir encore aux probabilités et discuter les documents contradictoires.
Caxton.
lï parait que l'Anglais Guillaume Caxton, après s'être occupé du commerce de la mercerie et avoir voyagé comme représentant ce commerce en Hollande en Flandre et en Allemagne, commença par imprimer à Cologne quelques ouvrages non datés. De retour en Angleterre , le premier livre sorti de ses presses porte la date de 1474 (l) ; car on croit avec raison qu'un cbiftre X Ait oublié à la date de VBxpositiQ in symbolum Apostolorum , impressa OxonU et finita anno DonUni MOcocLXTui (1468, au lieu de 1478). Autrement, ce serait à Oxford que l'imprimerie aurait été introduite, et par un autre imprimeur que CaxtSn , puisqu'il était alors sur le continent (2).
Un récit fabuieux d'Atldns, dans son livre de l'Origine de la Typographie, publié à
(I) ThêCam» «ftk» C*«if; Westminster, 1474, in-f.
(a) Subterfuge ou erreur qui se rencontre dans un assez grand nombre d'ouvrages. Ce livre est d'an caractère semi-gothiqne qui se rapproche des formes de Faust et de Schœffer, tandis que les formes des caractères employés par Caxton. par Thierry Rood à Oxford, par Wynkin de Word et Pynson, ae rapprochent de l'ancienne écrltore anglaise. L'impreaalon est supérieure à celle de Caxton, et porte des signatures au bas de chaque page , ce qui n'existe à aucune des impressions de Caxton, qui aurait auivi cet exemple si ce liVre eût précédé les siens. Comment expliquer que cette imprimerie, après avoir publié ce volume , soit restée onze ans oisive ? En 1479 seulement on voit deux ouvrages imprimés à Oxford, snivla d'antres les années suivantes, où figurent les noms deTMerry Rood, de Cologne, et de rAngiais Thomas HnnL Dans nne pièce de vers placée i la fin de l'un d'eux, imprimé en 148» à runiversité d'Oxford, Thierry Rood , en nous apprenant qu'il fut envoyé de Cologne en Angleterre , où 11 imprima cet ouvrage , dit que TAngleterre apprit l'art de rimprimerie d'un naturel de eepetif s. Or, Rood, venu de Cologne probar blement sur rinvltaUon de l'Anglais Caxton, avait ùi l'y connaître pendant son séjour, et de plus devait savoir à Oxford quel était celui qui avait introduit le premier l'Imprimerie en Angleterre. Jean Leland, bibliothécaire de Henri VIII. écrivain exact et trèsversé dans les anUguitéi de son pays, et qui, après avoir fait ses études à Cambridge , séjourna quelque temps à Oxford, dit que Caxton fut le premier qui imprima eu Angleterre, et cite les ouvrages sortis de ses presses. Ces preuves me semblent; suffisantes ponr reconnaître en Caxton le fondateur de llmprlmerie en Angleterre.
Oxford en 1664, voudrait faire croire que l'évêqae de Caolorbéry avait conseillé au roi Henri YI de chercher les moyens d'introduire l'art de Timprimerie dans son royaume, et que le roi, ne pouvant parvenir à corrompre quelques ouvriers à Harlem, où Jean GU' tenberg venait de découvrir cet art qu'il y exerçait, confia ce soin à Robert Turnour,qui s^associa à cet efTet Caxton ; qu'enfin ils parvinrent à gagner l'un des employés de Gutenberg, Frédéric Corsellis, qui s'embarqua et vint à Oxfordy etc. Ce récit inadmissible a été appuyé par Meerman, qui crut y découvrir un argument en faveur de Harlem.
Caxton, dans sa continuation du PolychrO' nicon de Higden, où il traite du règne entier de Henri VI , ne fait nulle mention de ce fait qui intéresse l'imprimerie, fait qu'il eût certai* nement mentionné s'il eût été vrai , puisque dans le même livre il parfe de l'invention de l'imprimerie, qu'il attribue à Mayence (1).
On pourrait faire remonter l'origine de l'imprimerie en Angleterre à une date encore plus reculée si on admettait aveuglément ce curieux passage de Shakspeare, qui, dans sa tragédie intitulée : Secondpart 0/ Henri VI, taitadresser par le rebelle Jean Cade ce reproche an lord trésorier Say : « C'est toi qui as si traîtreusement corrompu la jeunesse da royaume en créant des écoles; et tandis que nos aïeux n'avalent d'autres livres que la taille et le cran, tu as introduit l'usage de l'imprimerie, et contrairement au roi, à sa couronne, à sa dignité, tu as fait construire un moulin à papier. » Mais . c'est évidemment un anachronisme commis par Shakspeare, puisque lord Say fut décapité en 1449.
Caxton ayant été envoyé en 1442 dans les Pays-Bas pour une mission commerciale, Marguerite d'York , femme de Charles le Téméraire et sœur du roi Edouard, l'engagea à traduire du français un ouvrage dontil existe une très-ancienne édition en caractères gothiques, sans nom de lieu ni d'imprimeur, mais datée de 1463 et portant cette indication : Recueil des histoyres de Troyes, composé par le vénérable homme Raoul le Fèvre, prêtre chapelain de monseigneur le due de Bourgqgne en Van de grâce 1464. Il a été tra^ duit du françois en anglois par William Caxton, mercier de la ville de Londres, diaprés le commandement de très-haute, etc. , . , Marguerite, duchesse de Bourgogne. Cette traduction a été commencée à Bruges en Flandres, dans la vieille cité de Cologne, le i"jour de mars 1 463 et terminée le 19 septembre 1471.
Les caractères qui ont servi à ce livre sont les mêmes que ceux que Caxton a employés
(0 Aboutthfs time(t4s»), the crafte of eroprynting «ras first fouQd in Mogounce, fn AlroaRnc. etc.
pour l'impression de la traduction anglaise (1), laquelle, dit notre savant bibliophile M. Brunet, doit avoir paru , soit dans les Pays-Bas , soit à Cologne, vers 1471, quelques années avant que ce célèbre imprimeur retournât en Angleterre, où il porta le premier l'art typographique. Caxton nous apprend que lorsqu'il présenta à la duchesse de Bourgogne son livre des Historiens de Troyes, elle l'accueillit favorablement et l'en récompensa avec générosité.
Encouragé par cet essai , il acheta une fonte* de caractères; ses presses furent établies à l'abbaye de Westminster, et en 1 474, il y fit pa* rattre le premier livre imprimé en Angleterre : The game of the chesse , portant la date de 1474 , traduit du français et imprimé par William Canton. En le dédiant au duc de Clarence, frère du roi Edouard fV, il fait des vœux pour que Dieu accorde au roi et à son frère de longs jours et un règne fortuné !
Caxton réimprima cet ouvrage avec des gravures en bois , mais sans date ni aucune indication.
Jusqu'en 1491, époque de sa mort, Caxton s'occupa sans relâclie de traductions, qui presque toutes sont la reproduction de nos romans de chevalerie. Tous les ouvrages qu'il a imprimés, et dont on trouve le détail dans la 7>pographie de Johnson, sont accompagnés et suivies de préface où Caxton montre sa passion pour la chevalerie, qu'il regrette de voir déchoir de ses sentiments de religion, d'honneur et d'amour pour sa patrie. Ses éditions sont fort iniérieures à celles des imprimeurs du continent ses contemporains. Ses types, gothiques, sont grossiers, ainsi que les gravures en bois, qui attestent l'enfance de l'art , ce qui ne les empêche pas d'être très-recherchées en Angleterre, où elles se vendent à des prix excessifs. En 1823, lord Spencec acheta au prix de 205 livres sterling et 16 schellings un exemplaire incomplet (2) de la traduction de Caxton des histoires de Troye de Raoul le Fèvre (3},
(1) Cette traduction Recuffell of the historiés of Troye, in-f», gothique, porte : Triche translacion was begonne in Brugis thejirst day of marche i4«s and ended and fynysshid in the holy eyte of Colen the 19 day of septembre U7i. Mais Je crob qu'il s'agit plutôt de la rédaction du texte que de Timpression. Cependant ce livre est celai que Caxton dans le prologue de sa Golden Legend, Imprimé en i483, designe comme le premier dans l'ordre de ses travaux.
(8) Récemment Wbittaker a recomplété des excm* pialres défectueux au moyen d'une imitation parfaite des types, de l'encre et de la couleur du papier. C'est aussi ce que mon père avait fait pour quelques eiemplalres des incunables de sa belle bibliothèque auxquels 11 manquait quelques feuilles. A cet effet, 11 avait gravé et fondu avec une parfaite identité les caractères de la Bible de Mayence, ceux de Jenaon et de Vendelin de Spire.
(s) Une édition Imprimée en iitos par Wynkyn de Worde est peut-être encore plus rare.
Le livre intitulé : The lyf and acts of the king y#rthur ; of his noble knyghtes of the Rond Table, etc., reduced to the englysshe, by $yr Thomas Malory
TYPOGRAPHIK
et 00 n^estime pas à moins de 300,000 f'r. la Yaleur des soixante ouvrages de Caxton que lord Spencer a pu réunir.
Dans Jes avis très-élendus que Caxton a joints d ses ouvrages il nous apprend quMl fut encouragé à traduire en anglais un grand nombre de livres de chevalerie et d'histoire par le désir des dames, des lords et gentilsboinmes ; que le livre des histoires de Troyes précéda Je livre des Échecs et celui de Jason; que pour l'engager à traduire et imprimer la Légende dorée, le comte d'Arundel s'engagea à loi en acheter un nombre suffisant d'exemplaires, et lui envoya un gentil-homme pour l'assarer qu'il prendrait soin de loi toute sa vie, eofoi de quoi il lui enverrait tous les ans uo cerf en été et un daim en hiver.
11 o'y eut jamais , dit John Bagford , d'imprimeur dont la main ait autant traduit et imprimé d'ouvrages. Les poèmes de Chaiicer sont presque les seuls livres qu'il ait imprimés qui ne soient point écrits par lui. Le bibliographe Dibdin, qui s'est livré à de grandes études sur Caxton, croit que l'histoire de Jason (1) est le premier livre imprimé en Angleterre par Caxton, qu'il nomme partout le premier imprimeur en Angleterre, bien que par une contradiction manifeste il ne rejette pas la date de 1468 de YExpositio, etc., imprimé à Oxford.
Le premier livre imprimé par Caxton avec la date Westminster 1477 est the Dictes and iaynges of Philosophers and of Socrates^ Iradoit du français en anglais par le comte Rivers et revu par Caxton sur le désir du comte. 11 parait certain qu'il imprima à Cologne la première édition de Barlholomaeus, De ProprietaUbus Xerunif en latin, puisque ce fait est affirmé par les vers qu'on lit à la seconde édition eo anglais, imprimée à Londres par Wyn- ^JB de Worde. sans date, mais que Ton croit être de 1490 ^2). La marque de Caxton est à la fin.
Cependant on ne connaît d'édition imprimée à Cologne que celle de Jean KœlhofT, de 1 470 (3).
and bf/tnê, devyded into XXI bookes, chapytred» and enprytUed and fynysthed in thabbey f^estmet tre the last day o/ july the yere ^ our lord MCCCC LXXXr, Caxtim me Jlert jussit , dont on ne coDoaU que deux exemplaires; Tan chez lord Jer- >ey, l'autre Incomplet de liait feolUets, fut acheté eo isia par lord Spencer à la vente Lloyd sait livres <PlQs de s,ooo fr.}. L*édltlon semblable, Imprimée eo UM. par Wynkyn de Worde, est tout aussi rare. (I) 11 est sans date; on le croit de in*.
<«) And alaoof yo«r charyte bear to remembrance
Th« tonle of William Caxton, firtt prioter of tliis boke, a Uten toagae at Coleyn , himself to avance , Thaï every wcli dispocyd man may tbereon loke. And John Tata tbe yonger, Joye mota be broke {ne WhVche late bath in Enf loode doo make tbis paper tbyn- Th.t DOW in onr EaglUb tbU boke ï$ prynted inné. riV. M ^l\^occaBlonje ferai remarquer que les er-
ÏÏII ?,/"!"!*"" '*"* dates des anciens Uvres sont »M« fréquentes. Ce même Kœlhoff date un de ses 11-
A cette époque Caxton était à Cologne; contribua-t-il seulement à Timpression comme correcteur et compositeur? Est-ce encore une fraude pieuse de Félève et de l'ami de Caxton pour faire remonter plus près de l'origine de 1 imprimerie son prédécesseur Caxton P Jusqu'à présent ce problème est resté insoluble.
Des livres que Jean Letton et Guillaume de Machlinia (Malines) imprimèrent à Londres en 1480, il reste lort peu de chose, et presque rien du School-Master, ou l'Instituteur de l'abbaye de Saint-Alban.
Wynkyn de Worde, On croit qu'il aida Caxton dans ses essais d'imprimerie à Bruges ou à Cologne, et il parait certain qu'il le secondait dans les travaux de l'imprimerie.
En effet, aussitôt la mort de Caxton, on le voit continuer son imprimerie à Westminster; de 1500 à 1502 il la transporta à Fleet-Street, h l'enseigne du Soleil. Marguerite de Beaufort, mère de Henri Vil, fut sa protectrice. On connaît jusqu'à quatre cent huit ouvrages imprimés par lui. Il améliora un peu la forme des caractères, dont il varia les grandeurs; il mourut en 1534. 11 était né dans le duché de Lorraine.
On croit qu'il grava et fondit lui-même ses caractères ; ses impressions ne sont guère supérieures à celles de Caxton ; son édition de Polychronicon est ce qu'il a fait de mieux.
Richard Pynson, ué en Normandie, fut probablement employé dans l'imprimerie de Caxton. Le premier livre qu'il imprima , en 1493, indique que sou imprimerie était à Temple-Bar de Londres; En 1508 Henri VU lui donna le titre d'imprimeur du roi, et Henri Y III lui accorda une pension annuelle ; alors il prit sur ses livres le titre d*Esquire. Parmi les ouvrages qu'il a publiés on recherche l'édition de TérencCf de 1497. Cest le premier classique latin qui ait été imprimé en Angleterre sans version anglaise.
Pynson commença l'impression d'un livre rare et très-curieux pour l'étude de notre langue, il est intitulé : L* Esclaircissement de la Langue Françoyse, composé par maistre Jehan Palsgrave, Angloys, natif de Londres et gradué à Paris. Ce livre, que M. Génin
vres ainsi : MCCCC en omettant un C. li en date un antre de AfCCCCLVllI, cette fols peut-être avec Intention. Une bible à Augsboarg, par une transposition des deux derniers cbiffres, porte la date de i449 au lieu de 1494. Cbevlllier signale aussi trois Bibles, l'une de Paris portant la date de I44s, une de Lyon i448, et la troisième de Bftle i4W.«'Comme entachées de semblables erreurs. Oriandl signale aussi trois livres l(uprimés à Mayence avec de fausses dates. Enfin il paraît certain qu'à la date du Décor Puellarum, Imprimé par Nicolas Jenson à Venise, MCCCCLXI. il manque un X, puisque tous lès autres ouvrages imprimes à Venise par Jenson sont de i470 è i480, et que Vendelin de Spire, dans son édition des Êpltres de Cicëron, daté de i469» qui est le plus ancien ouvrage qu'il ait imprimé, alllrme que c'est lui qui le premier Introduisit l'Imprimerie à Venise.
réimprime en ce moment à Paris, fut achevé en 1530 par Timprimeur Jean Haukins. C'est un énorme volume in-4°; et, comme toutes es impressions anglaises de cette époque, i'une assez laide exécution.
Julien Notary (Le Notaire),que l'on croit être un Français, imprima en société avec un autre Français, Jean Barbier, d'abord à Westminster, et ensuite près de Temple-Bar. Son premier livre est daté de 1498 ; et ses derniers de 1520.
Guillaume Faques nous apprend qu'il était Normand, et qu'il apprit Timprimericà Rouen, chez Jean Lebourgeois. Ses types étaient supérieurs à C0UX dont on avait fait usage en Angleterre jusque alors, et il parait queWynkyn de Worde s'en servit après la mort de Faques, survenue vers 1611.
Parmi les typographes de cette époque plusieurs méritent d^tre mentionnés; tels sont : Richard Grafton , à qui l'on doit la Bible de CranmeTy de 1540, in-fol.; Reynold Wolfe, savant d'origine suisse qu'Henri VIII attira à sa cour; JohnDay, qui perfectionna les types grecs et publia plusieurs cartes et figures mathématiques; Richard Jugge, imprimeur de la reine Elisabeth ; il se distingua par ses belles éditions de la Bible, 1550; Thomas Vautrollier^ qui publia l'ouvrage, maintenant si rare, de Giordano Bruno, Enfin William Carter, pendu, puis écartelé pour avoir publié un pamphlet en faveur de Marie Stuart.
En 1531 plusieurs personnes furent brûlées à Londres pour avoir propagé ou pour avoir eu en leur possession quelques traductions des saintes Écritures faites par Tyndall.
1536, 2 septembre. Tyndall, le premier traducteur de la Bible en anglais, est étranglé puis brûlé. Son frère est condamné à faire pénitence. Son protecteur, lord Monmouth, est emprisonné à la tour et ruiné.
Le 4 mai 1556 une charte fut accordée à la communauté des libraires de Londres par Philippe et^Marie , laquelle fut confirmée en 1588 par Elisabeth , en 1684 par Charles II, et enfin par Guillaume et Marie en 1690, qui accorde aux syndics et adjoints de cette profession (1), le droit l® de surveillance sur tout écrit littéraire; 2° de rechercher dans les mai* sons tout livre réputé nuisible à l'État ou h l'intérêt de leur profession ; 3° d'entrer aus»i souvent qu'ils le veulent dans les maisons, et en tout lieu dépendant d'un imprimeur, relieur ou vendeur de livres de quelque mauière que ce soit; 4° de saisir, enlever , brûler, ou con* vertir à leur usage ce qu'ils soupçonnent d'être imprimé contrairement aux statuts, actes ou proclamations faites ou à faire.
L'acte est signé des 94 libraires, du principal
(i) The iiiaster and keepers, or wardcns and commonality o( thc mysiery or ar* of the statloners of Ihc cUy of London.
et des deux gouverneurs. Parmi leurs noms Je D'en vois aucun figurer parmi les familles exerçant actuellement cette profession.
Ces droits exorbitants forent mis souvent à exécution , excepté toutefoia dans ce siècle.
En 1588 , lorsque rAngleterre était menacée par l'invasion espagnole , Elisabeth, craignant le mauvais effet des faux bruits à rapproche de Tinvicible Armada, crut qu'il était d'une sage politique d'informer le public de l'état des choses au moyen d'un journal. D'accord avec son prudent ministre Burleigh, on vit paraître à de courts intervalles une feuille publique intitulée the english mercdrie, publié par Vautorité pour prévenir les faux rapports. Le premier article, 23 juillet 1588, contient l'annonce faite par sir Francis Walslngham de l'arrivée de la flotte espagnole à l'embouchure du canal, par un vent favorable; puis il donne des nouvelles de la Hotte anglaise, composée de quatre-vingts vaisseaux , etc. Pour enflamnqer les esprits , un des numéros contient une lettre de Madrid annonçant que la reine d'Angleterre serait mise à mort, et que les instruments de la torture sont à bord de la flotte. Dans ces numéros sont annoncés quelques livres nouveaux, portant :
imprimés par Christ Barher, imprimeur de sa majesté (1).
En 1588 la reine Elisabeth accorde à son joaillier JoAn5pi/nuzn, l'autorisation de construire près de Dartfort un moulin à papier.
On croit que c'est le premier qui ait existé en Angleterre (2); auparavant on le tirait de l'étranger, et principalement de la France.
L'art de la gravure en taille douce sur cuivre s'introduisit très -lard en Angleterre. En 1591 Jean Harrington, dans sa traduction d'Arioste, nous apprend quMl n'avait encore vu de gravures sur cuivre que dans un seul livre autre que le sien.
Au commencement du seizième siècle les livres étaient fort chers. Un des livres de droit, VAbridgement de Fitzherbert, coûtait 40 schellings, somme équivalant à trois bœufs de forte taille. Le chiffre habituel du tirage était de deux cents exemplaires.
Un décret de la chambre Étoilée, du 1 1 juillet 1637, à la requête de l'archevêque Laud, réduit à vingt le nombre des imprimeurs.
Sous le règne de Charles l^' et pendant la république les querelles politiques et reli-
(i) L'authenticité de ces Journaux n'avait jamais été mise en doute; mais le savant bibliographe M. Thomas Watts, a récemment démontré qu'elles étaient fausses , et avaient été fabriquées par lord Hardwicke, i'auteur ûes Lettres Mhéniennes , qui sont également supposées.
(B) M sparke of friendship vHth a poem
conceming tfte commodity of sundry aciences ; es' pecially conceming paper and a mill lately set up neer Dartfort, by a high German, calledM. Spit' mant i*i^eller to the queen maiesty ,• ittss, in-A'>,
rs^
giéuses produisirent ane foule d'ouvrages et de pamphlets. Le British Muséum en possède un recueil de deux mille volumes publiés de 1640 à 1660. On peut estimer à trente mille le nombre de ces écrits éphémères.
Après la restauration de Charles II un acte du parlement fixe de nouveau à vingt le nombre des imprimeurs pouvant exercer leur profession dans le royaume.
La révolution de 1688 amena un élément nouveau y le journalisme, en 1709. Londres comptait dix -sept journaux en i724, dont trois journaux quotidiens, six hebdomadaires et dix paraissant trois fois par semaine. En 1731 parut le Gentleman Magasine, qui se continue avec succès depuis cent vingt ans.
La première annonce que Ton rencontre dans un journal anglais, VImpartial Intelli»
gencer^ remonte à 1 649 ; elle concerne des chevaux volés.
A présent le nombre des journaux Imprimés s'élève chaque année à plus de soixante millions d'exemplaires. Les annoncesà 6 schelliogs insérées au journal le Times s'élevaient en 1842 à deux cent trois mille faisant ensemble plus de douze cent mille francs.
En 1657 parut à Londres la Polyglotte en 6 volumes in-^, imprimée par Roycroft, et publiée par le docteur Wallon. Ce fut le premier livre publié par souscription. Chaque souscripteur pour 10 livres sterling recevait on exemplaire , et six pour 50 livres sterl. En deux mois les souscriptions s'élevèrent à plus de 200,000 fr. Ce savant ouvrage reçut l'approbation des souverains en exil et celle du Protecteur. Cromwell permit l'importation du papier avec ^emption de droit , et fit souscrire le gouvernement pour 25,000 fr. Celte Bible en neuf langues, l'hébreu, le chaldéen, le samaritain, le grec, le syriaque, Tarabe, l'éthiopien , le persan et le latin , est accompagnée de commentaires. Quand Charles II fut remonté sur son trône, le docteur Wallon lui présenta l'ouvrage, mais avec suppression des deux derniers feuillets de la préface, où il remerciait le Protecteur de sa générosité; ils furent remplacés par trois feuillets appropriés à la circonstance. Quelques exemplaires ayant les premiers feuillets sont connus sous le nom de républicains, et les autres sous le nom de loyalistes.
Le docteur Castell fit imprimer en 1669, chez T. Roycroff , en 2 vol. in-P, le Lexicon Aepto^lo55on, chef-d'œuvre d'érudition, où il consuma sa vie et sa fortune. Il y dépensa trois cent mille francs, et mourut endetté.
En 1663, John Twyn, imprimeur, Thomas Brewster, libraire, Simon Dover, imprimeur, et Nathan Brooks, relieur, sont jugés, le 20 lévrier, à la session d'Old Bayley, à Londres, et condamnés pour avoir, les uns imprimé un
Traité sur l*e3^cution de la justice, qui est un devoir pour lemagistrat et pour le peu»
plCf les autres pour avoir coopéré à cette publication : John Twyn à dtre suspendu par le cou à une corde, que Ton coupera lui encore vivant, afin que ses membres soient coupés, ses entrailles arrachées, et brûlées lui vivant et sous ses yeux ; sa tête sera ensuite tranchée et son corps divisé en quatre quartiers, pour qu'il en soit disposé au gré de sa Majesté, laquelle fait grâce aux autres , mais qui seront retenus en prison aussi longtemps qu'il plaira à sa Majesté, et après avoir été deux fois mis au pilori avec écriteau. Thomas Brewster est en outre condamné à payer cent marcs , Simon Dover et Nathan Brooks quarante marcs, et ils sont condamnés en outre à d'autres fortes amendes.
En 1666 des musiciens, ayant chanté quelques chansons satiriques contre le duc de Buckingham, furent mis en cause. Pour éviter le mauvais effet qu'aurait produit dans l'auditoire la lecture de ces chansons, Taccusateur public s'avisa de ce moyen : il fit distribuer à chaque juge un exemplaire, et ne lisait que le premier motet le dernier de chaque passage incriminé ; il les communiquait ensuite aux accusés,en leur demandant s'ils les reconnaissaient. Ils furent condamnés à 500 livres sterling d'amende, à être fouettés et mis au pilori.
Le grand incendie de 1666 consuma le quartier de la Libraire à Londres, et détruisit un nombre immense de livres.
En 1668 la loterie de M. Ogilby, imprimeur de roi Charles II , est la première qui ait été faite en Angleterre pour la vente des livres. Les billets étaient de 6 francs ; la valeur des livres d'environ 350,000 fr. Il y avait 3,368 lots ; le gros lot était de 1 ,500 fr. en livres, le second de 1,450 fr., et ainsi de suite.
Au dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième , en Angleterre comme dans les autres pays, la typographie éprouva un moment d'arrêt. 11 faut mentionner toutefois la superbe édition de V Histoire de Jacques de Thou, imprimée parBuckley en 1733, 7 vol.
in-r*. C'est la meilleure et la plus complète.
Avec la seconde nooitié du dix-huitième siècle commence en Angleterre une nouvelle ère pour la typographie.
Baskerville,
Peu satisfait du mauvais goût des caractères d'alors, /oÂii Baskerville résolut d'en graver de nouveaux , et il y réussit à force de patience et d'habileté. Ses caractères forent admirés, quoiqu'ils soient un peu maigres.
Soutenu dans ses essais par l'université de Cambridge, il publia, en 1757, son Virgile, petit in-4°, qui excita l'enthousiasme général, et qui fut regardé comme son chefd'œuvre; il donna ensuite plusieurs auteurs
latins, entre autres Borace^ en 1762 ; pois une édition à^Milton, une Bible anglaise, et enfin VOrlando furioso de TArioste , 4 vol. grand in-8**,aTec quarante-sept planches gravées.
Les caractères de Basker ville sont élégants* On ne trouve dans ses éditions aucun des ornements empbyés alors , tels que vignettes , initiales ornées, etc. ; mais elles se distinguent par ramélioration qu'il apporta dans la fabrication et l'apprêt du papier et dans la confection de Pencre.
A sa mort, qui eut lieu en 1775, une société française, à la tête de laquelle se trouvait le célèbre Beaumarchais, acheta tous ses caractères, avec lesquels furent publiées les diverses éditions de Voltaire imprimées dans le fort de Khell (1).
C^est en 1741 que Sarmiel Richardson, l'immortel romancier de l'Angleterre, commença à imprimer pour son propre compte Pamela, le premier de ses romans. Jusque-là Richardson n'avait guère imprimé que des feuilles publiques. On lit son nom sur le titre de vingt-six volumes du journal de la Chambre des Communes. Il fut d'abord ouvrier imprimeur, comme Franklin, et tous deux ont honoré l'imprimerie par leur talent et leur caractère ; mais ils n*ont pas cherché à signaler les ouvrages qu'ils imprimaient par la perfection typographique.
En 1755 Smith publia son ouvrage sur rimprimerie, intitulé Printers* Grammar, D'autres ouvrages, volumineux, sur cet art ont paru en Angleterre, tels que Luckombe, History and Art of Printing , 1770 (il offre un résumé du précédent pour la partie technique . du Typographical Antiquities, d'Ames, pour la partie historique , et des Me^ chanical Exercises ^ de Moxon, pour ce qui concerne les presses) ; — Stower's Printer*s Grammar, 1808; Palmer's History ofPrinting ; Johnson's Typographia, or the Prinier*s Instructor, 1824; Hansard, Typographia, iS2b; Watson, History ^ of Printing, Enfin, Timperley a.donné en 1842 VEncyclopasdia o/Lilerary and Typographical Anecdotes.
Luke Hansard fut imprimeur de la Chambre des Communes, de 1799 à 18^. Son imprimerie, très-considérable, occupait un vaste local. Son fils est l'auteur d'un ouvrage fort diffus sur l'imprimerie. M. Spottiswood, Tnn des plus habiles imprimeurs de Londres , est aujourd'hui chargé des nombreuses impressions du Parlement.
William Strahan , né à Edimbourg , en 1715, nommé membre du parlement en 1775,
(1) Par une singularité senoblable, M. Alexandre de ia Borde fit imprimer chez mon oncle P. Didot avec des caractères qu'il avait achetés de Bodonl son royatje pittoresque de l'Espagne { isoc-ia-iO/, 2 vol. iDfol.
fut l'ami de Charles-James Fox ainsi que de Benjamin Franklin. Son fils Andrew lui succéda comme imprimeur, et fut , comme soa père, membre distingué du Parlement. 11 moarut en 1831, laissant une fortune de plus d^un million de livres sterling provenant de son privilège sur l'impression de la Bible.
En 1728 Voltaire fit paraître à Londres sa Uenriade, format grand in-4*', avec gravures. La dédicace, écrite en anglais par Voltaire, est adiessée à la reine d'Angleterre. Ce poêoie panit par souscription au prix d'une guioée par exemplaire. On a prétendu que cette souscription avait produit 150,000 fr. à l'auteur ; mais on a calculé sur le placement de toute rédilipn, ce qui est une erreur. Voltaire, dans sa Correspondance , dit qu'en déduisant les frais de gravure, d'impression et les nonvaleurs, il n'en avait guère retiré que des ennuis.
Thomas Bensley fut avec Bulmer le plus célèbre typographe anglais de notre époque.
Fils d'un imprimeur de Londres, il commença à se faire connaître par l'impression d'une traduction de Lavater, Londres, 1789, 5 vol.
in-i"". Ses plus belles publications sont l'édition de luxe de la traduction anglaise de la Bible entreprise par Macklin , 1800, 7 vol. infol. ; Hume*s History of England, 1806, 10 vol. in-fol. supérieurement exécutés. Les peintres et artistes Reynold , West , Opie , Northcote , Hamilton travaillèrent à sa Poefs Gailery. On voit par son ouvrage de Thomson's SeasonSf 1797 , grand in-fol., qu'il n'épai^na rien pour élever un beau monument typographique dans son pays. Parmi les éditions d'un moindre format on recherche l'édition de Shakspeare en 7 vol. C'est lui qui le premier osa mettre à exécution la presse^ mécanique inventée par les deux Allemands de Leipsick MM. Kœnig et Bauer (1).
Bensley eut le malheur de voir deux fois tout le matériel de son imprimerie détruit par l'incendie. Mais cette infortune n'abattit point son courage ; et il continua ses travaux typographiques jusqu'à sa mort, en 1835.
(i)Eq 1814, aussitôt qbe la paix fut «ignée. J'allai à Londres Juger des progrès que la typographie y avait faits. J'y admirai, entre autres, l'immense machinr, bien simplifiée depuis, qui commençait alors âimpri. mer le Times, Je félicitai M. Bensley du courage qiril avait eu de ne point reculer devant une telle-dépense ( plus de iQO.ooo francs ) et MM. Bauer et Kœnig de leur merveilleuse invention. Dans un dtner chez Bensley avec ces ingénieurs mécaniciens des toasts furent portés aux progrès de la typographie. Ils sont telsen effet, qu'il ne reste plus rien aujourd'hui de cette ad< mirai)le et monstrueuse machine , remplacée successivement par d'autres macidnes , encore plus expéditives. Au commencement de cette année , J'ai vu imprimer 9iir des presses à cylindrc;s verticaux. Invention de l'Ingénieur Jpplegath, ie Times, cet immense Journal, à raison de dix mi'llc exemplaires par heure,
1 et avec une admirable perfection, ^id mortaiious
' arduum est!
William Bulmer, né à Newcastle, se distingua tellement par son édiUon miniature des poètes anglais , et de Perse, 1790 , que le roi George III ie chargea de la publication des œuvres de Shakspeare, 9 volumes infolio, 1791-1804.
Ce chef-d'œuvre fit donner à ^imprimerie de William Bulmer le nom de Shakspeare Press; il publia ensuite les Poèmes de Goldsmith eiPamell, 3 vol. in-fol.; le Paradis perdu f de Milton, en 3 vol. in-fol., 1794; le Muséum Worsleyanum , qui ne coûta pas moins de 27,000 livres sterling; les Portraits of the Sovereigns o/the Turkish Empire, publiés aux frais du sultan Sélim ; enfin les Aniiquities of the Arabs in Spain : ouvrages qui ont rendu célèbre le nom de cet imprimeur. Il mourut en 1830.
L'Angleterre a raison d'être fière de la magnifique édition de Shakspeare imprimée par Bulmer. Les belles gravures dont elle est ornée ont été exécutées par les plus habiles artistes nationaux; peut-être cependant a-t-on un peu trop vanté ce- monument typographique. Il excita le zèle de mon oncle Pierre Didot, qui voulut aussi élever à Racine un monument encore supérieur à celui des Anglais. Son frère Firmin Didot, animé du même désir, grava les caractères et surveilla avec un soin extrême tous les détails de la fonte; Girodet, Gérard , Prudhon , Chaudet exécutèrent les dessins, qui sont des chefs-d'œuvre, et les plus habiles graveurs y consacrèrent un grand talent.
Whittingam. La perfection de ses impressions, et surtout sa grande habileté à tirer les gravures sur bois à une époque où générale- ' ment elles étaient mal imprimées ( 1 ), ont rendu célèbres les éditions sorties de ses presses, établies aux environs de Londres, à Chiswick. C'est sous ce nom que ses charmantes éditions sont connues. Parmi les plus remarquables qui parurent alors , je citerai la petite édition de Shakspeare, de 1818.
William Clowes possède une imprimerie considérable sur la rive gauche de la Tamise. Deux machines à vapeur mettent en mouvement 28 presses mécaniques , qui en une semaine impriment jusqu^à 2,000 rames de papier. En 1851, lors de la grande Exposition de Londres, elles travaillaient jour et nuit. L'étendue qu'occupent les resserres pour les planches clichées des divers ouvrages qui s'y impriment étonne l'imagination. Tout enfin
(I) Son neveu, qui en ce moment est Juré avec moi pour i'Eiposttion des produits de toutes les nations à Londres, soutient ta réputation de son oncie, auquel il a succédé. Les ouvrages qu'il imprime actuellement pour M. Pickering, renommé par le goût qui préside à ses charmantes éditions , sont imprimés avec des caractères dont la forme se rapproche de celles des types de Jenson et de tiaramond.
dans celte imprimerie est monté sur une proportion gigantesque.
Il résulte d'un rapport officiel adressé au Parlement le 9 juin 1851 que pendant les trois dernières années il a été imprimé à Londres 1 million 157,000 Bibles et 750,000 Nouveaux Testaments ; à Ox ford 920,7 50 Bibles et 750,000 Nouveaux Testaments; à Cambridge 107,500 Bibles et 240,000 Nouveaux Testaments ; ce qui forme un total de 3 millions 927,750 exemplaires des saintes Écritures.
Sur le papier employé à ces impressions l'État a perçu en droits la sonmie de 17,653 liv., soit 441,450 francs.
Oxford, — Longtemps on a cru que le premier livre imprimé en Angleterre avait été publié dans cette ville; mais il a été démontré que VExpositio sancti leronimi in symbo' lum Apostolorum, attribué par Meerman à Corsellis, fut imprimé, non pas en 1468, mais en 1478.
Plusieurs ouvrages sans nom d'imprimeur parurent à Oxford en 1478 et 1479; un d'eux, les Lettres de Phalaris, traduites en latin par Fr. Arétin , imprimé par Thierry Rood en 1485, porte à la fin ces vers :
Hoc Tbeodoricus Rood, quem Colionia misit,
Sanguine Germa nos noblie, pressit opus, Atque sibi Socins Thomas fuit Anglicus Hunte.
Dii dent ut Venetos exsaperare queant.
Quem Jenson Veoetos docait vir Galllcus artem ,
ingenlo didicit terra Britaona suo.
Celatos Venett nobls transmittere libros
Cedite, nos allia vendlmos. O Veneti!
Quae fuerat vobis ars primum notii, Latini,
Est eadem nobis Ipsa reperta premens.
Qaamvfs sejunctos toto canit orbe Britannos
Vbrgilius, placet his lingua Latina tamen.
En vantant les produits de l'imprimerie de l'Angleterre, Thierry Rood s'adresse aux Vénitiens, et leur dit qu'ils peuvent maintenant cesser d'envoyer leurs beaux livres en Angleterre , puisqu'elle aussi peut en vendre aux autres pays, ce qui indiquerait, si ce livre n'était pas daté, qu'il est {)ostérieur à l'année 1483 , où, par un acte de Richard III, défense fut faite aux Vénitiens d'importer et de vendre en détail en Angleterre aucune marchandise, excepté toutefois les livres imprimés et les manuscrits.
En 1 585 il sortit d'une presse établie à Oxford, aux frais de lord Leicester, l'ouvrage intitulé : Johannis Casi Spéculum moralium Quâssîionum in Aristotelis Ethtcam, in-4°.
En 1713 lord Clarendon fonda à Oxford, avec les bénéfices considérables r^ultant de la vente de son Histoire de la Rébellion, une célèbre imprimerie d'où sortit une foule d'excellentes éditions d'auteurs grecs et latins, qui parurent à la Clarendoman- Press.
En 1830 une nouvelle imprimerie importante s'établit à Oxford, sous le nom d' Univer^ sity- Press. Les éditions grecques et latines qui s'y impriment sont aussi remarquables par
leur mérite littéraire que par leur belle exécution.
£ton. —John Norton introduisit l'imprime rie au collège d'Éton, près Windsor; il était alderman de Londres , et grand mattre de la communauté des libraires , à laquelle il fit des dons considérables. Élisabetb le nomma son imprimeur pour Thébreu , le grec et le latin. En 1615 il imprima la belle et savante édition de Saint Jean'Chrysost&me, publiée aux frais et par les soins de Saville, qui eu revit le texte grec sur les manuscrits. C'est un véritable chef-d'œuvre d'impression grecque» et les travaux critiques de Saville ne sauraient être trop appréciés.
Lorsque Paul Estienne, fils de Henri II, vint à Londres» vers 1594, il eut des rapports d'amitié avec lesbommes les plus distingués, et se lia particulièrement avec John Norton , auquel il permit de se servir de la marque distinctive de la famille des Estienne. Ce fut en 1605 que Norton en fil usage.
Cambridge, — Le premier livre imprimé à Cambridge est daté de 1521 ; c'est une traduction latine, faite par Lmacre, d'un traité de Galien. Le nom de l'imprimeur est Jean Sibercb, qu'on croit né à Lyon.
ÉCOSSB.
Edimbourg, — Sous la protection de Jacques IV l'imprimerie y fut introduite en 1508 par Walter Chapman et Andrew MrHar. A cette ville appartient l'honneur des premiers essais de stéréotypie. En 1736 William Gedd imprima un Salluste in-12, avec ce nouveau procédé, encore informe, et qui fut aussitôt abandonné. Edimbourg rivalise pour ses productions typographiques avec Oxford, Londres et Cambridge. Thomas Rudiman fut un de ses imprimeurs les plus instruits.
Glasgow. — L'imprimerie s'y établit en 1638. De 1743 à 1774 deux frères Robert et Andréas Foulis publièrent une série d'éditions classiques, qui méritent d'être mises à côté de celles des Coustellier, des Barbou et des fiodoni. Les principaux ouvrages sont : Cicérone 1749, 20 vol. in-12; le Nouveau Testament , en grec, 1750; Homère ^ 1756, 4 vol. in-f»; Thucydide f avec la traduction latine, 1759; Hérodote, i7ei,eiXénophon, 1762. L'Horace de 1 775 est entièrement exempt de fautes. Mais toutes ces publications ruinèrent les deux frères. Un de leurs descendants imprima, en 1 806, de bonnes éditions classiques , parmi lesquelles on remarque le Virgile en 2 vol., de 1778, et V Eschyle in-f», de 1795.