‹ Histoire de la typographieChapitre 14 sur 40 · HOLLANDE · texte numérisé non relu

HOLLANDE

Les prétentions de Harlem ont été exposées et discutées précédemment. Les premières

(I) Les presses dont la platine en bois était attachée avec des nerls de bœuf étalent encore en usage au temps de mon grand père François Ambroise Didot. C'est lui qui remplaça les platines en bois par des platines en fonte , et en fit augmenter la dimension , afin de ponvoir imprimer d'un seul coup une feuille de papier carré, Imprimée Jusque alors en deux coups, puisque la platine ne couvrait que U moitié de la forme. Lors de la suppression? des imprimeries conformément an décret de l'empereur du a février isioj'ai vu encore une ou deux presses à nerfs , qui furent détruites. Longtemps dans l'imprimerie de mon père on conserva des presses à deux coups ; et quelques-unes même avalent des platines en bois.

impressions qui y soient connues sont : une à la date de 1483 et deux ou trois autres, par Jean Andriesson,de 1486; une autre, par Jacob Bellaert, porte la date de 1485.

Utrecht — C'est par Nicolas Ketziaer et Ger.

de Leempt que fut imprimé Pétri CtOhestoris Uistoria Scholastica utriusque Testamenti, impressa 1473, in-fol.,é» Trqjectoir^feriore. Tous deux imprimèrent en 1474 VHistoria EcclesiasticaEicsebii, £n 1481 JeanBeldener publia le Fasciculus Temporum, C'est le premier livre où se trouvent des vignettes.

Gouda. — Gérard de Leew imprima en 1473 Jagobi de VoRAGiNB dc GuldcH Légende in Duytsch vertaalt. Ter Goude, by Ger. de Leew in 'l yaer 1473. Meerman et Mercier regardent cette édition comme apocryphe. Gérard Leew, ami d'Ërasme, imprima peu d'ouvrages à Gouda ; il y cx)nserva seulement quelques presses lorsqu'il transporta son imprima» rie à Anvers en 1484.

Amsterdam. — L'imprimerie s'introduisit tard à Amsterdam , et on ne commença à y imprimer qu'en 1523.

Les Elzeviers (i).

. Les Aide, les Estienue, les Morel, les Turnèbe, les Froben,lesAmerbach, ces imprimeurs passionnés pour leur art, qui triomphaient des difficultés matérielles et dévouaient leur profond savoir, leur fortune et leur vie à une grande et noble idée, n'existaient plus quand parurent les Elzeviers d'abord à Leyde, ensuite à Amsterdam (2).

Sans prétendre diminuer en rien le mérite de ces célèbres imprimeurs hollandais , qui, en hommes habiles, profitèrent des progrès que la typographie avait faits en Europe pour porter l'art à sa perfection, et qui surent, en négociants intelligents, mieux administrer la partie commerciale que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs , on doit cependant reconnaître qu'ils n'ont rien inventé sous le rapport de l'art, et qu'ils ne sauraient soutenir la comparaison quant au savoir littéraire avec leurs

(I) Le président de notre section à la grande Exposition de Londres, M. Van de Weyer, aussi distingué par son esprit que par ses connaissances bibliographiques et ses talents diplomatiques, me communiqua à Londres, le i«' juin isbi , la première livraison des Annales de l'ImprimerieElzevirlenne, que vient de publier à Gand M. Charles Pieters. où, contrairement à l'opinion qu'il avait émise en lau dans son Analyse des matériaux pour de futures annales des Elzeviers, il offre une nouvelle généalogie, différente en quelques points i«> de celle qui, en I8«9,aété relevée en Hollande sur les registres, 8° de l'arbre généalogique communiqué à M. Adry par M. Jean Jacob Elzévier, ancien bourgmestre de Rotterdam. J*ai cru devoir me conformer aux documents généralement adoptés.

(a) Par une sorte de Jeu de mots bizarre, mais dans le goût du temps, Us placèrent sur quelques ouvrages, tels que ta Sagesse de dharron et les Mémpires de Camminges, un emblème représentant un petiCbûcher enflammé i le mot else signifiant orme , et par extcnols et vu«r, feu, dans la langue hollandaise.

illustres prédécesseurs. Ce n'était point sur d'anciens manuscrits que les Elzeviers établissaient les textes de leurs éditions; elles ne sont en générai que des réimpressions et souTent dea contre-façons. Leurs plus beaux livres ont été imprimés avec des caractères gravés et fondas par Garamond et par Sanlecque ; le papier, si fin el si beau, qu'ils employaient, était tirê des fabriques d'Angouléme. A ces titres , nous pourrions les revendiquer comme étant des imprimeurs français.

Cest par des associations de famille que les Elzeviers ont produit ce grand nombre d'ouvrages qui en général ne portent d'autre indication que de Vimprimerie Elzevirienne; ou Ex ofOctna Elzeviriana; en sorte qu'il est difficile et souvent même impossible de déterminer auquel des douze à quatorze membres de cette famille, dont les uns n'étaient que libraires ou associés pour certaines publications , on doit attribuer tel ou tel ouvrage.

Louis EIzevier, P' du nom, était originaire de Louvain. D'abord relieur, il vint s'établir à Leyde en 1580, et se livra au commerce de la librairie. Par un acte du 15 septembre 1582, il reconnaît devoir à Christophe Plantin 1270 florins pour des livres qu'il lai avait achetés. Sa librairie prit une grande extension, ainsi que le prouve le nom des villes sur les ouvrages qu'il y faisait imprimer, et qui indiquent les dépôts qu'il y avait établis (1). Son fiU, nommé Matthys ou Mathieu (2), eut quatre fils, qui furent tous quatre imprimeurs-libraires, Isaac, Jacob, Booaventure (3) et Abraham. Ces deux derniers s'associèrent; ce fut isaac qui imprima le premier, en 1616, trois ouvrages, qui portent sur le titre le nom de Louis EIzevier, son grand-père, et à la fin le sien, typis Isaaci Eh zevirii. Les livres des Elzeviers portent ordinairement pour emblème un olivier, différent de celui des Estienne , qui avait ce proverbe grec Ne extra oleas (4) ; souvent c'était un orme, else, autour duquel s'enroule une vigne^ avec ces mots, non solus. Ce symbole d'amitié faisait allusion aux sentiments fraternels qui unissaient cette famille (5).

(1) La devise qu'il mettait ordinairement sur ses livres était: Concordia resparva ereseurUi elle entoure un aigle tenant dans sa griffe un faisceau de sept flèches.

(s) On trouve son nom sur deux ouvrages de Stevin, la Fortification et la Castramétation. Il j est indiqué comme associé de son fils Bonaventure. Cest le seul indice que l'on trouve de sa parUcipation aux affaires de llbralrfe de la famille.

(S) Selon M. Charles Pieters, Bonaventure ne serait ploi le petit-fils de Louis l", mais son fils.

(4) Parce que des oliviers plantés à l'une des extrémités du stade indiquaient les bornes qu'il ne fallait pas dépasser.

(if) Quant i la $phére, ils ne la mettaient qu'aux ouvrages qu'Us imprimaient suivant la copie, et qui étaient de véritables contre-façons, auxquelles ils ne voulaient mettre ni leur nom ni leur marque ; on bien à des livres politiques, qui eussent pu les com-

I Eusèbe Meisnerus, versé dans les langues

I de l'Orient et correcteur de l'imprimerie orien-

, taie créé par Erpenius à Leyde, conserva cet

emploi chez Isaac EIzevier, qui réunit â son

imprimerie celte d'Erpenius.

Le dernier ouvrage imprimé par Isaac est de 1628, Hymnus Tabaccif par Thorius, iD-4°.

Le seul ouvrage imprimé par Jacob, que Ton sache, est la Table des Sintts , dont il donna deux éditions, Tune en 1626, l'autre en 1629. Bonaventure et Abraham restèrent associés pendant vingt-huit ans. Ils acquirent l'imprimerie d'Isaac, et reçurent de l'Université de Leyde un traitement de 300 florins pour la charge résultant de TentreUen du correcteur en langues orientales, Eusèbe Meisnerus, et de Pobh'gation de mettre an senrioe de l'université l'imprimerie orientale d'Erpenius. Ils eurent pour leurs éditions françaises un correcteur français, Simon Moinetf parisien, qui imprima pour son compte quelques ouvrages, lorsqu'en 1663 Daniel voulut se retirer des affaires (1). En 1628 ils obtinrent le privilège des États de Hollande pour les Petites Républiques (2). Leurs éditions, remarquables par la beauté d'exécution, eurent un grand succès commercial et , ce qui ne vaut pas moins» un véritable succès d'estime, bien que la correction typographique n'en soit pas toujours aussi exacte qu'elle devrait être. Cependant il.est juste de dire qu'elle n'est point inférieure à celles des éditions de la même époque (3).

Reconnaissant eux-mêmes qu'ils n'avaient ni le mérite des Estienne ni celui des Maoace, ils s'adressaient, afin de suppléer à ce qui lear manquait , à des savants distingués pour soigner quelques-unes de leurs éditions. Meursius, Baudius, Daniel et Nicolas Hensius furent d'un grand secours à Daniel EIzevier et à ses fils. En 1658 Nicolas Hensias Ait Chargé par Jean EIzevier d'engager Gronovius à se fixer à Leyde et de lui proposer une pension de 100 philippus pour donner ses soins aux éditions des auteurs anciens.

promettre en Hollande et nuire à leurs intérêts en pays étrangers. Ils les signaient d'un lien et d'un nom supposés. Cette marque, dont d'autres imprimeurs ont abusé, n'est point un indice sûr pour reconnaître ttn £<Mv<er.

(i) On a de ce Simon Molnet quelques ouvrages où, à l'exemple des TalUemont, le Bail, Bamus» Jacques Pelletier, Loys Maigret. ll«né Milleran, elCi U voulut établir la nouvelle ortliographd française : rnn est intitulé la Masarinade en vers burlesques par le sieur Scaron, correcte an Us bone ortografs. A Amsterdcan, aus ' dépans é de Vimprimerie de Simon Moinet, etc.

(i) Sortes de statistiques de différents pays , bien moins recherchées aujourd'hui qu'autrefois, quoiqu'elles contiennent des détails exacts et précieux.

(5) Dans la première édiUon de Virgile êtéréotjvée par Didoc, et publiée en iras, on a fait au rirçil^ d'Blzevler, publié en less, le reproche fondé de contenir beaucoup de fautes; maU on doit ajouter que l'édition postérieure de I676 n'a pas le même défaut

Quoique plasienrs fois » notamment en télé du César de 1635, ils déclarent qu'en publiant des éditions correctes des meilleurs auteurs de < l'antiquité, ils ne cherchent qu'à bien mériter de la république des lettres, cependant les deux frères associés Bonaventure et Abraham n'ont pas été à l'abri du reproche de manquer de ce désintéressement qu'on admirait chez les imprimeurs primitifo.

Malgré la liberté dont jouissaient les Elze- Tîers sous la protection du gouvernement républicain de la Hollande , cependant, soit par des motifs religieux ou politiques , soit par des motifs de conyenance et de commerce, ils jugèrent prudent de ne point mettre leurs noms à plusieurs ouvrages sortis de leurs presses, tels que VUiopie de Thomas Morus, la Pietra del Paragone; la Secretaria di ApolU) di Boccalini, et surtout le Blessebois, les Raggionamenti et la Puttana errante.

Ces deux frères, non moins habiles dans l'art de la typographie que dans le commerce de la librairie, faisaient de fréquents voyages pour le placement de leurs livres , qu'ils faisaient imprimer quelquefois ailleurs que dans leurs ateliers, établis à Leyde, à Amsterdam, à La Haye et à Utrecht. Les derniers ouvrages imprimés par eux portent la date de 1652, année de la mort d'Abraham. Bonaventure ne lui survécut que de bien peu, puisqu'en novembre 1651, une lettre adressée à Hensius porte :

* Vous avez sans doute appris la mort des deux EIzeviers. »

Par leurs longs travaux, leur concorde fraternelle , le grand nombre et la perfection des ouvrages sortis de leurs presses, ils ont acquis de justes droits à U reconnaissance des lettres et de la postérité.

C*est à eux que Balzac , dont ils avaient imprimé les œuvres diverses en une charmante édition in*l2, en 1651, adressa cette lettre curieuse , en réponse à celle qu'ils lui avaient écrite. Elle est imprimée en tête du volume.

A NM. Uê BlzevUrSy marchandé libraires et imprimewrs à Leyde»

Messieurs,

Je vous suis obligé, et peut-être plus que vous ne pensez. Le droit de bourgeoisie romaine était quelque chose de moins que la faveur .que TOUS m'avez faite ; car que croyez-vous que ce soit d'être mis au nombre de vos auteurs? Cest aTOir rang parmi les consuls et les sénateurs de Rome; c'est être mêlé parmi les Cioéron et les Salluste; quelle gloire de pouvoir dire : Je fais partie de cette république immortelle; J'ai été reçu dans cette société de deroi-dieax ! En effet, nous habitons tous à Leyde sous un même toit* De votre grâce. Je sols tantôt vis-à-vis de Pline, tantôt à côté de Sénèque , quelquefois au-dessus de Tacite ou de Tite-Uve; et quoique J'y tienne peu de place, aussi bien qu'eux, Je ne laisse

pas que d'y être fort à mon aise et de m'y plaire en si bonne compagnie. Pour le moins. J'y suis tout entier, encore que J'y sois à l'étroit Homère, notre patriarche, a bien été plus pressé que moi , et celui qui le logea dans une coque de noix était encore meilleur ménager de la matière dont il bâtissait. L'art s'étend et se resserre avec une égale louange de l'artisan. Il y a eu des ouvriers que les pyramides et les colosses ont mis en réputation; il y en a eu qui se sont rendus célèbres par des bagues et des cachets. L'histoire ne parle-t-elle pas avec estime d'un chariot à quatre chevaux qu'une mouche couvrait de ses ailes? Puisque cela est, et que la perfection des ouvrages se trouve plutôt dans le bon usage de l'étoffe que dans sa profusion , Je n'ai garde de me plaindre que vous m'avez mis en petit volume ; et pour n'être pas in-f61io , Je n'en suis pas moins.

Messieurs , Votre trës-humble et obligé serviteur,

BÀLZA&

Jean, fils d'Abraham, et Daniel, fils de Bonaventure , furent d'abord associés en 1652 , et imprimèrent plusieurs beaux ouvrages, particulièrement V Imitation, qui est l'un des plus parfaits, des plus rares et des plus chers ; mais en 1655 Daniel se sépara de Jean, et alla se joindre à son cousin Louis (1), fils d'Isaac, qui à la mort de son père s'était établi à Amsterdam. Ils imprimèrent un grand nombre d'ouvrages , jusqu'en 1662, époque de la mort de Louis. Leur devise était l'olivier avec Biinerve tenant d'une main un bouclier et de l'autre la devise ne extra oleas ; une chouette au-dessous de la devise indique que la vigilance est le devoir et la vertu de l'imprimeur, même durant la nuit. Leur correcteur était Zetterus, savant fort recommandable.

Les livres que Daniel imprima, soit seul, soit successivement avec ses parents, sont fort bien exécutés. Son Corpus Juris civilis, 2 vol. infolio, typis Ludovici ei Danielis Elzeviriorum 1663 ; apud JohannemBlaeuw, Ludwieum et Danielem Elzevirios, Lugd, Batavorum, est un de leurs plus beaux chefs-d'œuvre. Ce livre est imprimé à deux et quelquefois à quatre colonnes, avec notes en petits caractères aux deux marges et au bas des pages. La lameuse Bible traduite par Samuel Desmarest, 2 vol. in-f*, 1669, Amsterdam, chez Louis et Daniel EIzeviers, est un autre chef-d'œuvre typographique.

Quoique des divers pays de l'Europe on s'adressât à Daniel, comme à l'imprimeur minjO' rum gentium, ainsi que l'appelait Muncker, cependant les guerres désastreuses pour la Hollande portèrent un grand préjudice à son com> merce; en sorte que, malgré toute son intelligence et son activité, il laissa une succession fort

(I) U avait été capitaine de valaseao avant de preiir drc llioprimerle de son père.

embarrassée. Des fièvres contagieuses causèrent une grande mortalité à Amsterdam , et le 12 octobre 1680 GrsBvius écrivait à Hensius : <c Daniel Elzevier est malade de la fièvre avec cinq personnes de sa maison » ; peu de jours après le même savant annonçait à Hensius :

M Nous venons de recevoir aujourd'hui la triste nouvelle de la mort de notre ami commun , Daniel EIzevier. La république des lettres fait une grande perte, mais sa famille, dont une grande partie est malade , en fait une bien plus grande. »

Quelques successeurs des Elzevfers imprimèrent plusieurs ouvrages peu remarquables sous le rapport de l'art ; un grand nombre portent leur adresse qui leur sont même étrangers. Ainsi se réalisa ce que Grsevius écrivait en 1681 à Hensius : « Je crains bien que Daniel (1) n^emporte avec lui toute la gloire des Elzeviers, qu'on a vu fleurir pendant tant d'années par un si grand nombre de belles éditions qu'ils ont données. »

L'année qui précéda la mort de Daniel, Wetsteinje père, imprimeur distingué d'Amsterdam, mourait également de la fièvre contagieuse, qui enleva une partie de la population.

La famille des Blaeuw (en latin Caîsius) se distingua aussi par ses belles et nombreuses impressions, comparables souvent à celles des Elzeviers. La superbe édition du Corpus Juris civiliSf 1664, 2 vol., in•8^ qui porte sur le titre apud Johannem Blœuw, Lud. et Dan.

ElzeviroSy a été imprimée chez BlaDuw, puisqu'on lit à la fin du second volume Ex typographia Joannis Blœuw.ll paraît que les Bibles imprimées à Cologne qui parurent sous les noms de Gualterius, Balthazar Egmond, etc., ont été imprimées par BIseuw. La belle Bible de 1682 et la Concordance de 1684, qu'où a attribuée à tort à Daniel EIzevier, qui alors était mort, paraissent aussi être sorties des presses de Blaeuw.

Guillaume Blaeuw, père de Jean et de Cornélius Blaeuw, était disciple et ami de Tycho- Brahé. A la fois imprimeur et éditeur, il est l'auteur de cartes géographiques remarquables par leur exactitude et leur belle exécution.

Son Atlas géographique, ou Theatrum Mundi, 1663-67, en 14 vol. in-f^, est un beau monument de chalcographie.

Dans ces derniers temps, le roi Guillaume I*' des Pays-Bas, qui avait prodigué les encouragements aux imprimeurs et libraires de Belgique pour reproduire les livres français dès leur apparition en France, au grand préjudice des auteurs et libraires français, voulant assurer à cette industrie un avenir fondé sur la perfection des moyens d'exécution, acquit de M. Jules Didot sa typographie pour la somme

(0 Daniel HensluK fut son parrain . et femme de Meorsius sa marralnei

de 400,000 fr. Mais la révolution qui survint en Belgique fit mettre cette typographie sous le séquestre. A la conclusion de la paix, elle fut rendue au roi Guillaume , qui voulut relever en Hollande la typographie et rappeler les beaux temps des Elzeviers et des Plantins. De superbes ateliers furent c^struits à La Haye, et on appela des Français habiles pour organiser les diverses branches qui constituent la typographie. Quand tout fut prêt, sur la demande du directeur de cet établissement, le roi donna ordre aux divers ministres d'y faire exécuter leurs impressions pour donner la vie à ces beaux ateliers.

Mais les imprimeurs d'Amsterdam représentèrent au roi que cet établissement leur ferait une concurrence ruineuse, et leur enlèverait des travaux qui faisaient la prospérité de leurs imprimeries. « Avec quoi, lui direntils, payerons-nous les impôts si TËtat nous ruine en nous privant des travaux inhérents k notre industrie? Laissez-nous, sire, nous efforcer de remplir honorablement nos devoirs de citoyens et de pères de famille , et contentez-vous d'être le roi de sujets heureux et riches. »

« Le roi Guillaume , contrarié, mais vivement frappé de leurs observations , trop bon commerçant pour n'en pas apprécier la justesse, prit bientôt son parti, et, leur souhaitant de continuer à demeurer de bons et utiles citoyens, dont la gloire lui était chère, déclara se contenter du métier de roi et renoncer au métier d'Imprimeur. Le lendemain le matériel était rentré dans les caves, où il est encore, et l'Imprimerie royale cessa d'exister.

« Heureux pays, ajoute M. Cli. Laboulayp, que celui dont les chefs ne font pas consister la gloire dans la splendeur de l'administration et dans la nation officielle , mais dans la prospé rite de tous les citoyens (1) I »

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