T. XXVI
et peut-être le plus réel, le besoin d'argent, qui l'aurait contraint de vendre sa gloire à Faust et à SchœfTer ? Dans ce cas, ses associés auraient honteusement abusé du malheur de leur débiteur pour exiger de lui ce silence.
C'est dans les documents contemporains ou postérieurs, et surtout dans les actes judiciaires et civils qui nous sont conservés, qu'il faut essayer de découvrir la vérité.
Quoique Ulrich Zell, ainsi que beaucoup d'antres écrivains contemporains ou postérieurs ( 1 ), fassent naître Gutenberg à Strasbourg, cependant les témoignages en faveur de Mayence sont encore plus nombreux ; et il me semble que toute indécision doit cesser devant ces deux preuves : 1^ Le prononcé du jugement dans le procès de Strasbourg entre Gutenberg et ses associés, où il est dit : « Nous Cuoe Cope, « maître et conseiller de Strasbourg , faisons « connaître, etc., que Georges Dritzehein . . . • a a cité Hans (2) Genszefleich, de Mayence, « nommé Gutenberg. «
2° Le livre Salique de l'église de Saint-Thomas à Strasbourg, où il est dit, n** B. P 293 a : « Devant nous , juges de la cour de justice de «Strasbourg, etc.. ont comparu Luthol- « de, etc... et Jean dit Gensfleich, autrement «dit Gutenberg, de Mayence, demeurant « tous deux à Strasbourg l'an 1441. »
Dans un autre acte, passé également à Strasbourg, en 1442 (même livre Salique, f» 302 b) , par lequel Gutenberg transfère au chapitre de Saint-Thomas de Strasbourg une rente de quatre livres qu'il possédait sur la ville de Mayence, il est également désigné : Jean dit Gensfleich, autrement Gutenberg, de Mayence.
Les actes officiels des magistrats de Strasbourg ont donc tranche cette question, sans qu'il soit besoin d'autres preuves.
Wurdtwein a donné sur Gutenberg et sa famille des détails très-drconslanciés, d'où il résulte, selon lui, que son véritable nom est Jean Gutenberg de Sorgeloch, dlt»Gensfleich (3), et que c*est à tort que de ces trois noms on a quelquefois fait trois personnes différentes, soit Gutenberg, soit Gensfleich, soit Sorgeloob, d'où résulte une grande confusion dans l'histoire de la typographie. Mais selon l'acte de 1459, découvert parBodman, son véritable nom est Henn (Jean) Gensfleisch de Sulgeloch, ditGudinberg; et en effet Gutenberg doit être
(i) Jean Phiî.de Lignamine, dans sa Chronique, Imprimée à Rome en 1474. — Bapt. Fnlgose vers i4m : Facta memorititiUa, imprimée à Milan en laos. — La chronique de Cologne, imprimée en 149e. -^ Jajoqaes Wlmpheling, qui écrivait à Strasbourg en iwa l'Epitome rer, Cerman., ch. lxt. — Arnold de Bargelianos dans son poëme sur linvenUon de llmprlmerla composé à Mayence en iMi, etc.
(a) Hans en allemand est le même que Jean.
(S) Wurdtwein, Bibliotheca Moguntina, p. sa. C'est ainsi que Gutenberg est désigné dans l'acte dressé par le notaire impérial Ulricii Uelmasperser en i4va.
le surnom» et GeiiBÛeisch le nom de famille, puisque dans ce même acte fait au nom dea deu i frères l'autre est nommé Friele Gensfleisch.
Ii'interYention d'un autre Gensfleicb, frère alnédeGutenberg, quelayieillesseaurait rendu aveugle, et dont il n'est nullement question ni dans le premier procès de Gutenberg avec ses associés, ni dans son procès avec Faust, ni dans les plus anciens témoignages, tels que ceux d'Ulrich Zell , Trithème, Jean Scbœifer, fils de Pierre, etc., n'a été imaginée après coup que pour favoriser les prétentions de Harlem à Finvention de l'imprimerie.
Ce qui a donné quelque apparence de probabilité à cette opinion, ce sont les deux inscriptions fonéraires, où il est parlé, dans Tune (à ftay ence,église des Récollets) de Jean Qenszfleich, inventeur de Fimprimerie, et dans l'autre (à la maison de Bonmont, d'où Gutenberg tirait son nom ) de Jean Gutenberg deMaffencey premier inventeur des caraoter es fondue {i).
Mais il pliait certain que l'un des deux noms n'est qu'un surnom, ce qui a causé l'erreur, involontaire chez les uns, et intéressée chez ceux qui avaient besoin de l'intervention de ce nouveau personqage pour favoriser les prétentions de Harlem et de Strasbourg à l'inveution de ^imprimerie.
On croit que ce fut lors de la révolte occasionnée àMayence par l'entrée solennelle de l'empereur dans cette ville que Gutenberg la quitta et vint très-jeune à Strasbourg (2). Le premier acte qui y constate son séjour est de 1434. En 1436 il figure sur les livres d'impositions de la Tille au nombre des constabies. Sa famille appartenait à la noblesse (3).
Sur une plainte portée en 1437 par une demoiselle noble, Anna à la Porte de fer (4), réclamant l'exécution d'une promesse de mariage , il parait qu'il l'épousa.
(0 Le monumeot élevé par Adam QelUi dani l'église des BécoUcts, avec cette tascripUon , existait encore en I4I* :
Jobanni UasUflcicb , artU iBprasMrie rapcrtori,
De Mnnl natlone et iingna optine merito,
lu aoMialSMilnwiiiorlain ImmorlalciD Adam GelUiiu posait.
Owa ejna in eocle«ia Fraocisei Moguntina féliciter cubant.
Voici Pantre :
Jo. GutenbargMUl Mogvntlno,
Qui primas omniam litteras are
Imprimmidas InTenit, hae arte
De orbe toto bene merenti,
Ivo VlTltigisis boc sasom pro monimento
Posnlt MDVU.
(9) f oy. SdMepStai, in Doemm, jMft. riiMe. tt/pogr,^ p. s. Ce qui JosUfle ceux qui persistent à croire Gatenberf né à Strasbourg, c'est la découverte faite par Bodman dea lettres éeritea en i4m par Henné (Jean) Qensllelcli dit Sugelocb, à sa sœur, religlenae an couvent de Sainte- Claire à Mayence.
(a) Le père de Gutenberg portait le surnom de Vrtele. 11 épousa Bise de Gntenbcf g , dont Gutenberg prit le nom.
(4) Anna zu der Ittren Tuure. Fou. Schœpilin, f^itidic. cbap. II, I e.
Association avec André Dritzèhen.
Gutenberg, entraîné par son esprit inventif et dérogeant à sa noblesse, s*occupa avec un nommé André Dritzehen , bourgeois de Strasbourg, descendant également d'une faosille noble, mais déchue (1) , à Uiller des pierres précieuses, à polir des miroirs et à poursuivre des secrets qui excitent la curiosité de tous.
Son procès.
En 1419 un procès, dont toutes les pièces sont oonservéM à Strasbourg, ainsi que les interrogatoires de diX'Sept témoins, s'eDgag€ entre Gutenberg et André Dritzehen. C'est ce procès qui porte quelque lumière, bieo qu« faible et obscurcie à desseûi , sur les pro* cédés secrets d'une association qui avait double intérêt à ne les pas dévoiler : celui de faire croire que les livres imprimés étaient des manuscrits, et surtout d'éviter d'être accusés de sorcellerie (2).
Voici les faits intéressants de ce procès.
Vers 1436-37 Gutenberg fit une association avec Jean Riffe pour l'exploitation d'un secret dont les résultats, destinés à la grande foire, lors du pèlerinage à Aix-la-Chapelle en 1440, deyaient être avantageux. 'André Dritzehen, déjà lié d'intérêt avec Gutenberg, demanda à faire partie de Tassodation , lui et son frère André Heilman. Les conditions ayant été fixées par un traité écrit, RifTe eut une part, une autre part fut partagée entre André Heilman et André Dritzehen, Gutenberg s*en réserva deux , plus un prélèvement sur ses deux premiers associés de 160 florins, dont moitié comptant. Cet arrangement prouve que l'invenlion appartenait toute à Gutenberg. Quelle était-elle? On l'ignore. Pendant que les associés de Gutenberg s'occupent de son exécution, ils apprennent que Gutenberg s'est réservé d'autres secrets et qu'il travaille pour son compte à de nouyelles inventions André Dritzehen, sur ses instances, obtient d'y participer pendant cinq ans, ainsi que son ritre André Heilman, mais à la condition de payer tous deux une nouvelle somme de 250 florins dont 100 comptant (3), et alors Gutenberg s'engagea à ne leur cacher aucun des secrets qu'il connaissait.
D'après les propres paroles de l'orfèvre
(I) Senatorla gens pridem exatlncta. (Scboepilin, p. la.)
{» Cest ce qui résulte de la déposition de run des principaux témoins dans ce procès. Antoine Uelfman déclare que Gutenberg, pressé par lui d'associer son frère André à ces procédés sécréta , reçut cette réponse : « qu'il craignait que les amis d'André ne préten- « dissent que c'était de la sotcellerie, ce qu'il ne vou4 « drait pas » : do spreehe er »u im, erenwutte, André» fronde vMchten mom spreekên et were gôckel werk und toere im nit wol su wiUen.
(s) Déposition de Mydehart Stocker.
TYPOGRAPfflE
Diàoo, qai figure parmi les témoins au proeèset « qui déclare avoir gagné de Gutenberg, depuis « trois ans en?iroo, près de 100 florins pour « les dioses qui appartiennent à Timpriiib- « RIE, » on doit reporter à Tan 1436 les débuts de cet art.
La déposition du premier témoin qui figure au procès nous montre la foi des associés de Gutenberg dans les espérances dont il les avait flattés et la confiance qu'ils avaient de pouvoir en un an obtenir de magnifiques résultats. Cette déposition est intéressante dans sa naïveté.
c Barbel de Zabera , la mercière , a déposé qu'elle avait pendant une nuit causé avec An* dré Dritzehen, et qu'entre autres choses elle lui avait dit : « Ne voulez-vous pas à la fin aller dormir? » Mais il lui avait répondu : • Il faut avant que Je termine ceci. » Alors le témoin parla ainsi : « Mais, Dieu me soil en aide, quelle grosse somme d'argent dépensez-vous donc? Cela a tout au moins coûté lo florins. » Il lui répondit : « Tu es une folle de croire que cela ne m'a coûté que 10 florins? Sache que si tu avais ce que cela m'a coûté en sus de 800 florins, tu en aurais assez pour toute ta vie; cela m'a coûté au moins 600 florins, et ce ne serait rien si cela ne devait pas me coûter encore, c'est pourquoi j'ai engagé mon avoir et mon héritage;»
I Mais, dit le témoin, saintes douleurs ! si cela vous réussit mal, que ferez-vous alors? • Il lui répondit : « Gela ne peut pas nous mal réussir; avant on an révolu nous aurons recouvré notre oapital , et serons tous bien heureux, à moins que Dieu ne veuille nous accabler ».
Reimbold de Ehenheim a déposé que :
«c Andrës qu'il interrogeait sur le parti qu'il comptait tirer des choses dont il s'occupait, lui ^t que cela lui avait coûté plus de 500 florins, et cependant qu'il espérait, lorsque ce serait terminé^ qu'ils réaliseraient une bonne sommed'argent, en compensation de tant de maux, etc.; qu'Andrés vint on Jour chez lui avec une bague qu'il estimait 30 florins , et qu'il l^ogagea chez les Jaib pour 5 florins; qu'en outre en automne il avait mis dans deux tonneaux deux demimesures de vin cuit, dont il donna une à Gutenberg, plus une certaine quantité de bière. »
La femme de Hans Schultheis, marchand de bois, a déposé que :
«cL. Beildeck vint chez son cousin Clans Dritzehen, et lui dit : « Cher Dritzehen , feu Andrès Dritzehen avait quatre pièces coucfiées dans une presse, et Gutenberg a prié que vous les retiriez de la presse et que vous les sépariez les unes des autres (I), afin que l'on ne poisse comprendre ce que c'est; car il n'aime pas qu'on voie cela. »
Conrad Sabspacb a déposé que :
« Andrès Heilman lui avait dit : « Cher Conrad, puisque Andrès Dritzehen est mort, comme c'est toi qui as fait les presses et que tu connais
(I) ZerUge sic voneinander. Le root zerlegen est celai qa'emplofent encore aujourd'hui les typographes aUeiMnds; Il répond an mot français désassembler.
la chose, vas-y donc, et retire les pièces de la presse et sépare-les les unes des autres , désassemble-les, et ainsi personne ne pourra savoir ce que c'est. »
Mais comme ce témoin , voulant exécuter cela , cherchait les presses , tout étaU disparu.
Laurent Beldeck a déposé que :
« Jean Gutenberg l'envoya une fois cnez Clans Dritzehen , après la mort d'Andrès , pour lui dire qu'il ne devait montrer à personne la presse qu'il avait sous sa garde; il lui dit aussi d'aller à la presse et de l'ouvrir au moyen de deux vis , qu'alors les pièces se détacheraient les unes des autres , et qu'il devait placer ces pièces dans la presse ou sur la presse, afin que, cela fait, personne n'y pût rien voir ni comprendre.
Antoine Heilman a déposé que :
« Il savait bien que Gutenberg, peu de temps avant Noél, avait envoyé son valet aux deux Andrès pour chercher les formes , afin qu'il put s'assurer qu'elles avaient été séparées, et que même plusieurs formes lui avaient donné du regret... Qu'à la mort d'Andrès , le témoin sachant bien que des gens auraient eu grand désir d'examiner la presse, il fit dire à Gutenl)erg d'envoyer à la presse pour défendre qu'on la vit. »
En effet, il envoya son valet pour la mettre en désordre.
D'après les dépositions fort étendues d'un grand nombre de témoins , il semltlerait qu'im aurait pu tirer plus de lumières sur la nature des procédés et sur l'ouvrage ou les ouvrages qu'on s'occupait d'imprimer. Mais dans ce procès la cnrioûté ordinaire des juges fait tellement défaut, que Je croirais presque à une sorte de connivence de leur part. Us auront pensé sans doute qu'il était de leur devoir et de l'intérêt des parties de ne rien révéler des secrets de cet art naissant.
Il résulte toutefois de ces dépositions : 1° que des /ormes serrées par des vis devaient être composées en caractères mobiles ; car des planches gravées, placées dans la presse ou sur la presse auraient au premier coup d'œil indiqué ce qu'on voulait cacher; 2** que ces formes placées sous la presse étaient au nombre soit de quatre pages , soit plutôt de deux pages ayant deux colonnes chaque, ce qui faisait quatre colonnes en tout, désignées probablement sous le nom de quatre formes ; 3** qu'une fois ces formes désassemblées, on ne pouvait plus savoir à quoi ou du moins à quel ouvrage elles avaient servi.
Les efforts pour être prêts à la grande réunion des pèlerins lors de la foire d'Aix-la-Chapelle ; le concours de quatre personnes intéressées à cette affoire; les dépenses, les peines et les tourments éprouvés par les associés, enfin la déclaration de Gutenberg « qu'il y n avait maintenant tant d'ustensiles prêts et « tant d'autres en exécution qu*il (allait assurer « certains avantages aux associés », indiquent suffisamment qu*il ne s'agissait pas de simples
réimpressions de petits oayrages tels que les Donat, connus déjà de Gutenberg, ainsi que nous rapprend Ulrich Zell, mais probablement de la Bible ou du Catholicony qu'on espérait pouToir terminer en un an.
Emploi duplomb. — Quoique les renseignements sur la nature des caractères soient tellement vagues qu'on doive se borner à de simples eonjectures, cependant llntervention d'un orfèvre (et à cette époque les orfèvres étaient à la fois fondeurs, graveurs et mécaniciens) fait présumer que les caractères employés à 'impression étaient plutôt en plomb qu'en bois.
Ceux qui ont émis l'opinion que le plomb avait pu servir à fabriquer des interlignes auraient reconnu leur erreur s'ils avaient examiné attentivement les premiers monuments typographiques ; en effet la Bible de Mayence , de quarante-deux lignes, n'est point interlignée, non plus que le Catholicon ni le Psautier.
Il est f&cheux que la sentence du tribunal ne soit pas plus explicite quant à l'emploi de ce plomb wkessaire à ce métier (1)» et dont André Dritzehen s'était rendu garant. Toutefois, la déposition de l'orfèvre Dûnn , qui déclare avoir gagné de Gutenberg depuis trois ans environ 100 florins pour les choses qui appartiennent à Vimprimerie (2) me paraissent une preuve évidente que ce plomb était destiné à fondre des lettres, et non à d'autres usages, tels que la fabrication des miroirs ou autres secrets étrangers à l'imprimerie.
Mais il sera toujours bien difficile de savoir quels furent les procédés employés par Gutenberg pour obtenir les caractères qui ont servi à l'impression du Catholicon de Jean de Janua et de la Bible de trente-six lignes.
Opinion de Fournier jeune.
Fournier jeune et d'autres se refusent à reconnaître, d'après les indications données par les témoins, l'emploi de caractères mobiles. Ils soutiennent qu'il ne s'agit que de quatre pièces de bois gravées et contenant chacune une colonne de la Bible, ce qui formait les deux pages imprimées à la fois par la presse. Fournier prétend que des caractères mobiles, bouleversés
(I) Voici ce pauage de la leotence : « Noos, Cune « Nope, maître et conseiller de Strasbourg, faisons sa- « voir» etc. : Que fen Andrès DrlUeben avait hérité de « aon père an bien considérable, qu'il l'avait engagé et « en avait réalisé une bonne somme d'argent ; qu'il <c était entré avec Bans Gutenberg et d'autres dans <c une société et avait formé une association, et quil « avait remis cet argent dans cette association à Guet tenberg, et que pendant un certain temps ils avalent « fait et exercé leur industrie, dont Ils tiraient un bon « profit; mab que par suite des entreprises de l'asso- « ciation, Andrès Dritzehen se serait fait garant de « côté et d'autre ponr du plomb et autres choses « qu'il aurait achetées et qui étalent nécetsaires à ce M métier, et qu*ll aurait aussi garanti et payé, etc. »
(9) « Das er vor dryen Joren oder doby Gutenberg hv den bundert guldln abe verdlenet habe allein das va dem truclien gchOret. » Meerman, t |i, p. 77.)
ainsi à la h&te, ce'qui d'ailleurs était une perte, auraient indiqué , mieux encore que des planches de bois placées au-dessus de la presse 011 dans la presse , le genre de travail auquel on se livrait ; que de plus si ces caractères eussent été mobiles on aurait trouvé dans l'atelier des casses ou appareils plus ou moins garnis de caractères, dont il n'est pas fait mention, et qui auraient dévoilé le secret.
Quoique lé mot zerlegen semble mieux s'ap* pliquer à l'idée de séparer , distribîter les caractères, signification que le mot conserve encore, cependant j'avoue que l'une et l'autre opinion peuvent être également soutenues , et que les quatre pièces dont il s'agit peuvent être aussi bien solides que mobiles. Fournier fortifie son opinion de l'assertion de Trithème, qui dit que lorsque Gutenberg, associé à Faust, imprima à Mayence le Vocabulaire ou Ca^ tholicon, il ne put se servir des formes pour imprimer d'autres livres, puisque les caractères ne pouvaient se détacher des planches.
U y a cependant un fait important concernant les essais faits à Strasbourg , c'est l'intervention d'un orfèvre. C'est son travail de trois ans aux choses qui concernent l'im* primerie; enfin, c'est l'emploi du plomb.
Le procès donne le nom de l'ouvrier qui a construit la presse.
Qu'a donc fait l'orfèvre Dunn ?
Si l'on ne veut pas admettre encore la découverte de caractères mobiles fondus dans des matrices isolées, on peut croire que, par analogie avec les procédés employés par les orfèvres, Gutenberg, en s'aidant de l'expérience de l'orfèvre Dûnn , chercha à estamper des caractères, et qu'au moyen de contrepoinçons en fer enfoncés sur des tiges en plomb, il obtint des reliefs plus ou moins réguliers, qu'il suffisait seulement de retoucher après cette première opération. C'est ce qui expliquerait les difTèrences de détail que l'on remarque dans les lettres de plusieurs des premiers livres imprimés, tels que le Psautier de Mayence, bien que l'ensemble de ces lettres ait un même air de famille.
C'était probablement à la gravure ou retouche de ces types que travaillait jour et nuit Dritzehen (1), avec plus de courage que de succès, puisque rien ne parait avoir été terminé pendant cette association.
Il se peut encore qu'à l'imitation de ce que faisaient les orfèvres et surtout les fondeurs de cloches, qui obtenaient en relief sur les cloches , au moyen de la fonte, des légendes entières, dont le modèle , il est vrai, était gravé d'une seule pièce, Gutenberg et Dunn eurent l'idée de composer en caractères mobiles une page qu'ils auraient cherché à mouler dans une matière quelconque , pour obtenir ensuite on
(1) Déposition de Ia mercière Barbe! de Zabcrn.
MB
relief sor lequel ils auraient imprimé. Les oiâmes lettrtt auraient servi ensuite à composer d'antres pages. Ce serait, il est vrai, le stéréotypage, mais il était naturel qu'on cherchât, par l'emploi d'un moyen analogue à celui des fondeurs de cloche, à simplifier le long travail de graver pièce à pièce chaque lettré.
Pourquoi ce procédé , moins compliqué que celui de Schœffer, nVt-il pas réussi ? Le temps qui s'est écoulé entre les premiers essais de l'Écossais Ged et notre époque actuelle , où l'emploi du stéréotypage est devenu général, peut donner raison des difficultés très-grandes que devaient rencontrer Gotenberg et Dnnn pour la composition des moules, alors que les arts industriels étaient si peu avancés.
Ainsi se trouverait expliquée naturellement l'intervention d'un orfèvre, ses longs essais, ses travaux, enfin l'emploi du plomb néces»
saire à ce métier.
Opinion de M. Duverger.
Dans son histoire en forme de roman épistolaire sur l'inTentionde l'imprimerie, M. Eugène Duverger traite avec les connaissances typographiques qu'il possède si bien la question de l'invention de IMmprimerie par Gutenberg, auquel il attribue dès son séjour à Strasbourg la création du moule ainsi que des procâés de la gravure et de la fonte des caractères (i). Mais je crois que les impressions des petits ouvrages que Gutenberg a pu exécuter à Strasbourg durent être ou xylographiques ou en lettres de bois mobiles semblables à ces Donat de la Hollande qui lui donnèrent la première idée de la typographie , et que pendant son séjour à Strasbourg il se borna anx essais de la gravure des caractères sur métal et de leur moulage. C'est seulement à Mayence, où Ton voyait encore au siècle dernier des caractères en bois, restes de l'imprimerie de Gutenberg, que, secondé par Faust et ensuite par Schœffer, il réussit à fondre les caractères avec lesquels sont imprimées les Lettres d'Indulgence datées de 1454 et 1455 ; car il faut se garder de supposer, en voyant les procédés actuels, résultats du temps et de l'expérience (erreur où sont tombés la plupart de ceux qui ont écrit sur ce sujet), que Gutenberg ait du premier coup songé :
1** A former un contre»poinçon gravé à droite, sur une tige d'acier non trempé, en ménageant aux talus des lettres une dépouille plus considérable pour les déliés que pour les pleins (2) ;
<i) Album typographique exécuté à rœeanon du JuàiU Européen de Vinventian de ^imprimerie, Paris , isso, petit In-fo, avec gravure et fac-similé des premiers monoroents typographiques. Ils sont eiéeutés avec une grande perfecUon.
<«} C'est par ce procédé da contre-poinçon que les plus beaux tjses ont été gravés; )'al conservé Jus-
V A tremper ce contre-poinçon, afin de pou* voir l'enfoncer, ainsi durci, dans une tige d'acier non trempé, et obtenir à gauche l'oeil de la lettre;
3** A façonner le contour de cette pièce d'à* cier pour achever la gravure du poinçon;
4** A tremper ce poinçon en lui donnant le degré convenable de dureté (1), afin qu'il puisse s'enfoncer dans une pièce ou matrice (2) de cuivre sans se déformer s'il est trop mou, ou se briser s'il est trop dur;
5° A justifier cette matrice de manière à lui donner l'aplomb, la ligne, enfin les conditions nécessaires pour s'adapter à un moule, qui lui-même est nue pièce très-compliquée, n'ayant aucune analogie avec ce qui existait alors en industrie ( 3) ;
6** A fondre les lettres dans ce moule avec un métal suffisamment durci par un alliage convenable de plomb et de régule d'antimoine ,
qu'à ces derniers temps cenx que mon père avait gravés et fondus pour le superbe caractère qui a servi k l'impression du AoefiM, s vol. In-f», édition dite da Louvre, fanprlmée par mon oncle Pierre Oldot.
On peut lire dans le ManuelTypographiqu9 de Four- ■1er, 1. 1, p. 9, la théorie et la pratique qn'il donne du eontrc'polnçon. Jusqu'aux premières années de ce siècle on ne connaissait pas d'autre manière de graver, surtout les caractères romains , et Je persiste à la croire encore la meUleure , parce que le talus Intérieur des lettres étant pliis égal , la fonte en devient plus facile et d'un dépouillement plus régulier que lorsqu'on creuse l'Intérieur des lettres an burin et sur pièce; mais comme 11 faut consacrer beaocoup de temps et de soin à ce procédé du contre-poinçon, il est maintenant tombé en désuétude. Je l'abandonnai moi-même, surtout pour la gravure des caractères d'écriture , quoique mon père persistât à s'en servir. M. Henri Didot . son cousin germain, fort habile graveur en caractères, comme on en peut Juger par ceux qu'on a appelés microscopiques, et qui ont servi à Sédition du petit Horace (ism) , fut le premier qui renonça aux contre-poinçons ; il m'engagea à l'Imiter, et Je suivis son exemple.
0) C'est-à-dire en faisant revenir ou bleu le poinçon après l'avoir trempé, afin d'éviter qu'il se brise en l'enfonçant à coups de marteau dans la matrice en cuivre ou même en argent.
(9) Les poinçons du Racine ont été frappés dans des matrices en argent enchâssé dans une pièce d'acier. Comme l'argent est plus tendre que le cuivre, les déliés si délicats de ces poinçons risquaient moins de se briser en s'y enfonçant. Les matrices de la plu» part des poinçons des caractères d'écriture gravés par mon père et par mol ont été aussi frappés dans des matrices d'argent , particulièrement l'anglaise de seize points et l'anglaise de quatre-vingt-quatre points. Mais les lettres fondues étalent d'un alliage de plomb et de régule d'antimoine, alliage auquel mon père ajoutait un peu d'étaln et un pour cent de. enivre :l'étaln pour rendre Talliage plus fusible, le enivre pour donner plus de solidité.
Par un abus de mots on a prétendu que quelques anciens Imprimeurs ont employé des caractères d'argent, erreur provenant sans doute d'une métaphore semblable à celle qui fait qu'en Angleterre on donne le nom de silver types aux caractères entièrement neufs , parce qu'en sortant de la fonte 1^ brlfleot comme de l'argent, éclat bientôt perdu dès qu'ils ont été noircis par l'encre d'imprimerie et lavés à la potasse.
(3} Le mécanisme en est même encore aujourd'hui d'une exécnUon difltellc.
métal à peinii ooiuid alors des alchimistes (1) ;
7** A rendre ce moale léger à la main , afin qu'étant fermé» et la matrice appliqoéeconTenablemenit à Fun des orifices» ToaTrier paisse yerser de la main droite dans ce moule le métal en fusion» an moyen d'one cuiller de forme particulière» et que ce métal» précipité vivement par un mouvement saccadé du bras gauche de l'ouTrier armé du moule , puisse s'introduire dans les parties déliées de la matrice ;
Enfin à aviser au moyen d'enlever le jet en laissant aux tiges une hauteur parfaitement régulière ; puis , après diverses opérations » à composer les pages avec ces lettres dont l'œil à gauche doit enfin revenir à droite sur le papier (2).
Dissolution de la société de Gutenberg avec Dritzehen,
On doit croire que Gutenberg et ses associés» jugeant leurs essais trop inférieurs à l'exécution des manuscrits pour pouvoir produire une illusion complète et profitable, renoncèrent à les mettre au jour, et cherchèrent d*au* très moyens moins imparfaits. Ce fut alors que survint la mort de Dritzehen; pais le procès» et la dissolution de la société, par suite du jugement prononcé le 12 décembre 14S9.
Gutenberg reparait à Mayence en 1450.
Avant son retour à Mayence Gutenberg continna-t'il seul ou avec l'un de ses anciens associés les essais pour perfectionner l'invention de rimprimerie, ou bien son génie aventureux s'appliqua-t-il à d'autres recherches? Cest ce qu'on ignore.
Divers actes de rachat et constitution de rentes, des rôles d'impositions (3), datés de 1441» 1442, 1443, 1444, prouvent la continuation de son séjour à Strasbourg» qu'il ne peut avoir quitté au plus tôt qu'en 1445 ; il y resta probablement jusqu'en 1450, époque . oà nous le voyons à Mayence, s'adressent au banquier Jean Faust (4) afin d'en obtenir les
(1) Le plomb sans alliage offre beaucoup moins de résistance que le bots.
(t) Il est donc présumable qu'il chercha d'abord à perfectionner la confection des caractères mobiles en bols au moyen de procédés mécaniques pour obtenir la régularité de hauteur et de force de corps des tiges, de l'alignement et de l'approche de l'œil des lettres; pals, après avoir plus ou moins heureusement vaincu ces difficultés et consacré bien du temps h la gravure de ces pièces Isolées, il dut se décourager en voyant s'altérer et se détruire le résultat de tant de peines. En effet, ces petites pièces de bois en se déjetant par l'action de l'air, de l'humidité et surtout du lessivage nécessaire pour détacher l'encre après l'impression, ne devaient conserver ni leur hauteur régulière ni leur alignement
(s) Sur l'un des rôles d'impositions payés à Strasbourg en '1444 on voit figurer le nom de sa femme Anne Gutenberg. r, Schœpflin , Findic. Typogr.^ p. 40.
(4) La plupart des contemporains écrivent Faust ; d'antres , en petit nombre , Fust on même Fuest. Cependant, sor le Psautier de Mayence la souscription
ressources pécuniaires pour perfectionner les essais entravés par son manque de fortune.
étentions de Harlem.
Profitant de l'incertitude où l'on est du lieu où Gutenberg a passé les années 1445 à 1450»
ceux qui» dans un intérêt national, ont voulu créer à leur oatrie ou à leur ville des droits à rinvention de l'imprimerie emploient ce temps à le faire voyager en divers pays (1). Ces prétentions sont réfutées en partie par Meerman» dans son grand ouvrage (2), où tous les documents concernant les origines de l'imprimerie sont réunis, travail considérable, entrepris par un sentiment d'amour national. Acceptant le ré^'Wpoéiique de Junius à la fois historien, mé* decin et poète, Meerman s'est efforcé d'attribuer à Laurent Coster la découverte de l'impression au moyen de types mobiles. Mais l'existence de cet imprimeur» si tardivement dévoilée par Junius, me paraît plus qu'incertaine ; je n'y vois qu'une de ces fraudes pieuses semblable à tant d'autres qu'ont fait naître soit amour national, soit orgueil personnel.
Lorsqu'on voit M. le professeur Bodman , ar« chiviste de Mayence , imiter cet exemple en 1800, pourquoi n'excuserait-on pas le poète historien Junius d'une invention qui servit ensuite à R. Atkynsen 1664 à une autre fiction favorable à l'Angleterre. Meerman lui-même avait reconnu qu'il fallait renoncer b un espoir qui flattait sa patrie, et descendre Laurent Coster du piédestal qu'il chercha plus tard à relever.
Voici ce que Meerman écrivait en 1757 à M. Wagenaar, historiographe hollandais, qui l'avait consulté sor les prétentions de Harlem à l'invention de l'imprimerie :
« L'opinion de la découverte de l'impri*
porte Johannes Fust et Petrus Scholffer. L'orthographe de Faust a prévalu, même à une époque reculée, à en Juger par les vers de Arnold de Bergel , dans son Éloge de F Imprimerie, Mayence, iMi.
Imparlbua numerU eelestU numina gaadént.
Hoc opus ezegit aie quoqne aancta TriM.
Illo primas erat tune Gutenbergaa in AIbo,
Aller ent Faostiu, tertiiu OpHio...
Paofltof , Germanis mnnera fausta ferens.
.Son frère Jacques Faust était orfèvre , et flgurc en l'année i4ea parmi les consuls de Mayence.
(OMalttaire l'attire i Harlem, afin d'amener directement l'invention de l'imprimerie i Oxford, par l'entremise d'un ouvrier de Gutenberg nommé Corsellis, que le roi Henri VI et l'archevêque de Cantorbéry auraient séduit. A cet effet , tous deux auraient envoyé avec de fortes sommes d'argent, dont un chroniqueur fixe le chiffre, Robert Tnrnonr et Cazton S Harlem, où Tumonr s'introduisit masqué ; mais Caxton , qui faisait un grand commerce avec les Hollandais, ne fut point obligé de prendre cette précaution. Corsellis, séduit par eux, s'étant déguisé, s'embarqua avec ces deuxembaucheurs pour fonder à Oxford rimprimerie. Maittalre, jinnalet Tffpogr., 1. 1, p. m. — Ricb. Atklns , Dissert, the Original and growth of Printing ; London , imm.
(9) Origines Tifpogrt^Meœ ,% vol. ln*4« ; La Haye.
H merie par Laurent Cosler perd chaque Jonr « de plus en plus son crédit. Tout ce que ■ nous en raconte Seitz et tout ce qu'on a re- « cherché dans l'histoire oatfonaie en fayeur u de Laurent ne sont que des suppositions gra* < tuites. Ck)minent croire que Faust, instruit « par Gutenberg dans i'art de l'imprimerie, « aurait eu l'impudence d'annoncer dans ses
I éditions de 1457 que la typographie avait « été inventée en Allemagne, si le fait eût été « faui ? Ne se serait-il pas trouvé quelque R imprimeur ou chroniqueur hollandais pour a réclamer en faveur de Harlem ce qu'on « attribuait à Mayence? Nul n'a revendiqué K cet honneur, et même la chronique connue a sous le nom de Divisie Chronyhf dès la pre* « mière édition, en mentionnant l'invention • de l'imprimerie , la place à l'article des in- K ventions dues aux étrangers... Si l'on peut R donc attribuer quelque chose à Cosler,cese- « rait seulement l'exécution des images gra- « véesdu Spéculum human« salvationis, £n « se montrant même libéral à l'égard de Cos- « ter, toute son invention se tiomera à avoir « su sculpter ces lettres sur bois ou autre ma- « tière , invention qui diffère du tout au tout « de la typographie , laquelle consiste dans la
II mobilisation des caractères. Pas le moindre « document, pas même un iota ne nous per- « met de supposer que Coster ait imprimé en I lettres mobiles^ etc. (1). »
Il (aut donc désormais reléguer au vaste amas d'erreurs et même de mensonges que Tinvention de l'imprimerie a suscités de toutes parts le récit fabuleux de Junius , qui , sans autre preuve que les on-dit de quelques vieillards et du relieur Cornélius, fait de Faust (2) un domestique de Coster, lequel Faust, après avoir surpris à son maître le secret de fondre les caractères et d'imprimer, loi vole dans la nuit des fêtes de Noël toute son imprimerie, et la transporte, d'abord à Amsterdam,
(I) Les preuTCs les plus certaines qui constatent en faveur de la Hollande l'anlériorUé de l'impresstoa aa moyen de planches xylographiques sont : i» le témoignage d'Ulrich Zell , rapporté plus haut ; >• ce que dit Ange Rocca dans rAppendice de sa BibUotheea vaticana» Rome, ii»t, p. 410. où il dit avoir va sur la première page d'une grammaire de Donat cette note écrite de la main de Marie-Ange Accarse : « Aide le ieunc, homme émdlt et très-yersé dans l'étude de l'antiquité, m'a montré un Donat Imprimé sur vélin à la première page duquel on Usait cette note manuscrite.
«Jean Faust, de Majenee, aïeul maternel de Jean Sehœffer, imagina le premier rart d'imprimer avec des types en cuivre, et ensuite trouva le moyen de les remplacer par des types en ploiLb. Son fils Pierre Scbœfrer apporta beaucoup d'amélioration à cet art. Ce Donat et le livre intitulé Con/essiona/ia sont les premiers qui aient été Imprimés. Ils sont de i4iM>. L'Idée en avait été suggérée par les Donat imprimés précédemment en Hollande smplanehet sculptées. »
Au bas était écrit hœc scripsit Mari-jingelus Ac^ curnus.
(s) Faustus faerlt ominoso cognomine, hero suu in. ÛAmttinfaitttut,
puis à Cologne, puis à Mayence, od , à l'abri des poursuites, il se met à imprimer k DoctrineUêcTÀlexander GaUu8(t). P. Scriverius, en 1638 , répète ce conte ridicule dans sa CùU' tonne de laurier pour Coster, et l'embellit d'autres fictions : ainsi Coster se promenant dans une forêt s'amuse à tailler des lettres dans des morceaux de bois qu'il ramasse, et les enveloppe dans du papier; la pluie survient, et à son réveil il s'aperçoit que la sève du bois mouillé avait laissé l'empreinte de ees lettres sur le papier, ce qui loi fit découvrir l'imprimerie. Mais dans son récit le voleur n'est plus Faust; c'est Gutenberg , opinion adoptée en partie par Meerman (2), qui suppose l'existence d'un frère de Gutenberg, dit Geusfleiscli le vieux , lequel selon lui serait l'auteur de ce méfait ; ailleurs il est dit que ce Gutenberg le vieux était aveugle.
D'autres attribuent ce vol à Jean Meldenbach , d'autres à Jean Petersheim.
Déjà en 1630 Gabriel Naudé avait signalé et réfuté ces contradictions.
En résumé Laurent Coster, né en 1370, avait' soixante-neuf ans en 1439, époque la plus éloignée qu'on puisse attribuer à la découverte de l'imprimerie, et cette année 1439 est celle où Junius nous dit que mourut Laurent Coster.
Le vol de l'imprimerie de Coster n'a été ni constaté judiciairement, ni le voleur poursuivi. Avant 1 567, époque la plus reculée que l'on puisse donner au récit de Junius, qui mourut en 1575 sans avoir achevé la révision de son ouvrage, il n'est fait aucune mention de la découverte prétendue de Laurent Coster. C*est seulement après cent vingt-huit ans qu'apparaît ce récit fabuleux.
André Cornélius répète cette fable dans sa Chronique de Frise (3), en 1597 ; mais comment Érasme, né à Rotterdam, lié d'amitié avec Thierry Martens, qui imprimait à Alost dès 1473, et avec les imprimeurs de Bàle Frobenet Amerbach, aurait-il oublié de parler d'un fait aussi glorieux pour sa patrie.' Ce savant, au contraire , né à quelques lieues de Harlem, ne fait mention que de Jean Faust comme inventeur de l'imprimerie à Mayence (4).
Ni Jules César Scaliger, ni Joseph Juste Scaliger, son fils, ni Juste Lipse, à Leyde , ni les docteurs de Louvain ne parlent de cette
(1) Notez que cette imprimerie de Laurent Coster devait être considérable, puisqu'il avait été obligé d'augmenter le nombre de ses ouvriers attendu que de toutes parts on venait lui acheter des livres, et que la nouveauté de cette marchandise produisait d'énormes bénéfices, ^of . Meerman, 1. 1, p. si.
(3) Sur bien des points on doit la lire avee beaucoup de méfiance, f^off. la Biographie universelle -
(4) Hulc urbl (Moguntis) omncs bonarnm artium studiosl non parum debent, ob egreglum lilud ac pêne divinum inventum stannels typis exeudendi libros quod illic nalum arOrmant. Ex annotât, ad S. Hieronymiepistolas, ediU iMQd. ti/pis Gryphianis, a. iv».
découverte de Gosier; leur sileDee est uuanime.
Enfin le savant bibliographe Ant. Aug.
Renouard a prouvé queiesopt»cti/ef du car' dinal Turrecremaia . et les opuscules du pape Pie II Eneas Sylvius, 1 vol. in-fol., en caractères gothiques sans date , ouvrages que Ton prétendait imprimés par Coster en 1442 , ne sauraient être antérieursà 1466 ou 1470 (1).
Laissons donc à Harlem, et si Ton veut à Laurent Coster, Timpression xylographique du Spéculum human» salvation%s^f\w^ lui accorde Meerraann et le Donat dont Zell at-p tiibue les premières impressions à la Hollande (2).
Prétentions en faveur de Mentelin,
Si Ton en croit quelques témoignages , et particulièrement le chroniqueur anonyme d'une histoire remontant à 1514 (3), Gutenberg aurait eu d'autres aides, entre autres un nommé Jean Meydenbach, dont le nom est aussi cité par Munster dans sa Cosmographie, Voidce que dit ce chroniqueur : « Après « avoir célébré la gloire de Mayence , où « fut inventé ce que ni la pénétrante sagacité « de l'Italie , ni la science si célèbre de la a Grèce, ni le savoir si divers de la France , « ni le génie si perspicace des barbares , n'ait vait su découvrir, et qui le Tut par un noble « citoyen de Mayence, Jean Gutenberg, le- « quel ayant prodigué tout ce qu'il possédait « pour vaincre les difficultés de cet art, réus- « sit enfin avec Taide de Jean Faust et de * Jean Meydenbach, etc. (4). »
D'autres associent Mentelin aux travaux de Gutenberg, pendant son séjour à Strasbourg.
Leibnitz partage cet avis (5).
Il se peut en efTet que Mentelin, qui imprima à Strasbourg dès 1458 (6); eut connaissance des premiers procédés de Gutenberg à Strasbourg, et même le suivit à Mayence, d'où il rapporta
(1) Cat. de la Bibl. d'un Amateur, t. Il, p. itta.
(9) Dans son Dictionnaire bibliographique choisi du quinzième iiécle, la Serna Santander réfute Meerman et adopte Toplnion de Heinecken, qnl dans son livre intitulé : Idée générale d'une collection eomplette d'estampes, Lelpsic. 1771, attribue à l'Ailemagne les éditions du Spéculum humanœ salvationis
(fi) De Rébus Moguntiac, Ilb. 1, c. xxxviir, cité par Serarius, lii. V, p. sss.
(4) Munster., liv. Ill, p. 488, éd. BasU., ism, dit : Joannes Gutenbergius , eqttestri vir dignitate,- et ailleurs... Johannes Gutenbergius , qui zum Juogen dicebatur, isque cives alios duos Moguntinos adjutores habuit, Johannem Faustum et Johannem MedinU>achium , qui artem hanc in seereto tenuerunt famutisque deea non propalanda Jurejurando constrictis.
Melcbior Adam etScriverius en parlent. Voy. aussi la note de Meerman, t. II, p. «s.
(8) Dans un manuscrit inédit intitulé r.rfn«pfa^iaire. f oy. Schœpnm, nnd. Typ., p. t et js.
(6) Chronique de Phll. Lignamine, imprimée par luiktéme à Rome en 1474.
les derniers résultats dans sa ville natale.
Meerman suppose que Mentelin ayant connu Gutenberg à Strasbourg, fut appelé par loi en 1450 pour venir l'aider comme Galligraphe(l), à Mayence, d'où il revint à Strasbourg établir son imprimerie en 1455. Mais il n'apporté aucune preuve de cette assertion, et l'on voit par des actes que Mentelin était à Strasbourg de 1447 à 1450 ; or, c'est en 1450 que Pierre Schœfler entra dans l'association de Gutenberg et de Faust (2).
Les premiers livres imprimés à Strasbourg par Mentelin ne portent point de date. Il ne commença à la mettre qn'en 1469 , et le petit nombre d^ouvrages auxquels il ajouta son nom d'imprimeur ne portent que cette indication per Johannem Mentelin » quelquefois avec l'addition de venerabilem.
Plus audacieux encore que Pierre et que Jean Scbœffer, qui ont voulu frustrer Guten* bergde la gloire qui lui est due, le petit-fils de Mentelin, Schott, imprimeur h Strasbourg, osa proclamer Mentelin l'inventeur de l'imprimerie (3).
Pour soutenir cette opinion, Strasbourg ne le cède en rien à Harlem en suppositions fabuleuses. L'un des deux chroniqueurs de Tbistoire de Strasbourg, écrit au milieu du seizième siècle (4) : « L'art de l'imprimerie fut
(I) Au rôle des contributions de Strasbourg U est inscrit avec le Utre de goltscriber, écrivain en or
(a) Gabriel Nandé f) imagine que Faust revenant de Paris s'arrêta à Strasbourg, où il montra l'art de l'imprimerie à Mentelin. Le seul indice d'un séjour de Faust à Strasbourg se trouve dans un passage relatif à l'Imprimerie extrait par Jean Walchins (••) de la Chronique Belge d'Henri Schoros, où II est dit aoe ce Faust, après avoir eu des désagréments à Paris parce qu'il avait vendu fort cher comme manuscrits des Bibles Imprimées, retourna à Mayence, et enfln A Strasboorg. Mais Mentelin Imprimait déj& en i4if8 nous dit Ph. Lignamine. '
(5) Le Lexicon /ur»«, imprimé par Scbott, imi , dit au mot Librariis « On appelle maintenant LibrarU ceux qui Impriment les livres. Cet art, dont notre Alsace a été gratifiée avant toutes les autres nations, fut inventé à Strasbourg par Jean Mentelin, prototypographe et aleuI des Schott, en l'année I44s, bien que sa mise au jour ait été assez ingénieusement at« tribuée à Mayence. »
Fov.leaScàolies à VAustriadeAt Richard Barthohnl, cité par Jacques Splegel, liv. IX, p. mi, Strasbourg , imprime par Jean Schott, i mi. roy. aussi Jérôme Gebwiler, exPanegyriCarolina,it. 19, strasb itfsi ; - Jacq. Wimpheling , Epitome Rerum Germanicarum écrit en ikos et imprimé à Strasbourg en 180». ch. lxv. - Docwnentmet Testtmonia Tvoographxca de Meerman.
(4) Anonymus auctor in ehronico Argentorensi dont Adam Schragius donne un extrait dans son discours sur la découverte de l'imprimerie, chap vi Voyez aussi Jean Schilter, dans les notes'de la Chronique alsacienne de Jacques Konigshow. p. 44« • ^t Meerman, t. II, p. soo. » ** ». «
Jacques Mentelin , De rera Typographiœ Origine Parœnesis, cite aussi le passage de cette chronique qui fait remonter à l'année i440 la découverte de l'imprimerie par Jean Mentelin.
(*) Ch. vu, addition à V Histoire de Louis XI, p. 131. (•*) Dans la Décade des Fables; Strasb., i609, p. tso.
déooayert pour la première fois et mis au jour à Strasbourg, par Jean Mentelin, qui confia à ion domestique Jean Gensfleisch, deMayence, sa nouvelle invention; car il lui savait un esprit ingénieux , et il espérait en son aide pour perfectionner son invention. Mais il fut indignement trompé par ce Gensfleisch , lequel s'entendit avec Jean Gutenberg, qui était très, riche et qui avait eu vent de ce que faisait Mentelin ; Gensneisch dévoila donc tons les secrets de cet art à Guteoberg, dans l'espoir d'une grande récompense ; toutefois, ils n'osèrent pas le mettre en pratique à Strasbourg en présence de Mentelin, et résolurent de le transporter à Mayence. Mais Dieu ne souffrit pas que cette perfidie fût impunie, et rendit aveugle Gensfleisch. »
Yoici dans le panégyrique de Charles-Quint en 152( (1)9 ce que dit Jérdme Gebwiler, recteur des écoles de Strasbourg et savant littérateur :
« Parmi les personnes dont le nom fait K l'honneur de l'Alsace, Jean Mentelin tient un « rang distingué pour l'art de la chalcogra' « phie, c'est-à-dire l'art d'imprimer les livres «Tfivec des types d'étain (2), dont parmi les « mortels il fut le premier inventeur, bien « que les Mayençais veulent en attribuer «l'honneur à leur concitoyen Faust. Nous a avons vu nous-mêmes un contrat passé en* « tre Jean Mentelin et Henri Ëckstein , tous « deux de Strasbourg, portant engagement ré- « ciproque d'exercer en secret cet art de Tim- « primerie, qui, par l'effet du temps et des K nouvelles inventions, s'est perfectionné. Nous ft avons vu ici un caliier (3) de Jean Mente- « lin contenant un grand nombre de figures R d'instruments nécessaires à cet art avec des a instructions très-exactes sur la manière de « faire l'encre d'imprimerie , monument que « Jean Scbott de Strasbourg , célèbre en cette ^ science et art, petit-fils dudit Mentelin par sa « fille, a conservé dans son intégrité, etc. (4). »
Mais le témoignage de Jacques Wimphe- Ung me parait le plus conforme à la vérité (5).
« En l'année 1440, sous le règne de Frédé- « rie III, empereur des Romains , un bienfait « presque divin fut accordé à l'univers par
(I) Ex Panegyri CaroUna: Strasbourg , ii»i,p. 19. Dans son épltre à WimpheliDg, Érasme dit : Salutabis Hieronfmum GebwiUerum, vnum omnium, quoi adkue viderim, ^manitiimum.
{%) Seu stanoeis calamis excadendt llbros artem.
(s) Libellam manuscrlptum.
(4) roy. aussi Hédlon, dans les Paralipomènes à la Chronique de Conrad de Liechtenaw, p. 4S6, Slrasb., 1837. 11 ditqoe» Guteoberg s'occupa d'abord de l'impri- M meri« à Strasbourg, et l'acheva ensuite à Mayence. « Que sur ces entrefaites Jean Mcntelio, qui s'étaitli- « vré au mêmegenre de travaux, imprima à Strasbourg M bien et correctement beaucoup d'ouvrages, ce qui « Penrichit considérablement en peu de temps. »
<k) Epitome Rerum Germanicarum» scripta anno itsos, ft imprimé à Strasbourg en iwa, chap. lxv.
« Jean Gutenberg, inventeur d'un nouveau « mode d'écrire. 11 fut le premier qui décou- « vrit l'art d'imprimer, dans la ville de Stras- « bourg. Étant ensuite allé à Mayence, il y <c apporta le dernier complément. Pendant ce «temps Jean Mentelin, ayant entrepris ce n genre d'industrie , imprima très-correcte- « meut beaucoup d'ouvrages, et devint bientôt « très-riche. Adolphe Rusch lui succéda, puis « Martin Flach, tous deux de Strasbourg, qui « exercèrent cette profession dans leur ville « natale avec honneur et gloire, etc. »
Ce passage est cité aussi par Jacques Mentelin, docteuren médecine à Paris, dans son livre adressé à Malinkrol (1), oà il s'efforce d'attribuer à son ancêtre au cinquième degré Tlnvention de l'imprimerie, s'appuyant surtout du titre, non de noblesse, puisqu'il prétend que sa famille était de noblesse ancienne, mais du titre d'honneur et des armoiries conférées par l'empereur Frédéric III à Jean Mentelin , premier inventeur de Vart typographique concédées à lui et aux siens Van du Christ 1466 , avec cette devise Yirtdtbm mente co- RONÀT. Pacmi les livres imprimés par Scbott, petit-fils de Mentelin du côté maternel , qui sont décorés de ces armes avec la devise, est la géographie de Ptolémée, de I020 (2).
C'est ainsi , dit Jacques Mentelin , que les prétentions aussi vaines qu'audacieuses de Jean Schœffer furent combattues et ridiculi* sées (3). Mais ce descendant de Menteli poussa l'audace encore plus loin, et jusqu'à commettre un faux en falsifiant les vers qu'Erhard Windsberg a placés à la fin des Epistolx Phalaridis (4) pour célébrer Tinvention de l'imprimerie en Allemagne; ce mot Alleman NIA, il le remplace par celui de Strasbourg, Argentina. Voici ces vers, tels qu'il ose les imprimer pag. 15 de sa Parssnesis :
Plura licet summ» dederis tu Argshtina , laudi l
Ac reor hoc magis te genuisse nihii, Quod prope divlnam clara ex Industria fingis
Scribendi banc Artem, mnltlpUcans studia.
Felices igitor Micbael Martineque semper
Vivite et Ulrice, hoc queis opus Imprlmilur, Erhardum et vestro non dedigneminl amore,
Cni fldo semper pectore clausi erltls.
(1) Jaeobi Menteli, patricii, Castro-Theodorensis, De Fera Typographiœ Origine Paranesis ad sapientissimum virum D. B. Malinkrot; ex o/flcina Roberti Ballard , architypographi rei lUusices Régis , ad signum.Pamassi montis, in vico S, Joannis Bellovacentis, tem. Petit in-4<* bien Imprimé. Le titre, en roûge et noir/ porte un fleuron représentant le mont Parnasse , Apollon, les Muses et Pégase.
(9) C'est 'le premier qui porte ces légendes. Elles entourent de trois côtés .les armes oà figure un lion couronné de plumes; en haut on lit ces mots : Iasi<
GNE SCHOTTORUM PAMILIiE.
{S) P. 103. On n'a pu découvrir ni le titre ni la date de cet acte, qu'on peut supposer fabriqué par les descendants de Mentelin pour l'opposer à celui que Jean Schœffer avait obtenu de Tcmpercur MaxlmlUen I . en iHie, par considération pour Pierre Schœffer, gen* dre de Faust et associé de Gutenberg.
(4) ÉdiUon de Paris, in-4». sans date.
Association avec Faust.
Les essais tentés à ^rasbonif avaient échoué; mais pendant les cinq années qui s'écoulèrent entre la mort de Dritiehen et Tapparîtion de Gotenberg chez Faust, il est probable que les réflexions et les tentatives auxquelles dut se livrer Gutenberg pr^uisirent de nouveaux résultats. Je crois donc que pour engager Faust à lui confier des sommes importantes, Gutenberg lui montra des procédés autres que ceux de la gravure des lettres mobiles sur bois, ou même sur tiges de plomb ou de cuivre, et qu'il lui proposa de fondre les lettres au moyen de matrices, soit^en plomb, soit même en cuivre, ce que semble indiquer le vers d'Arnold de Bergel , où il dit que Gutenberg obtint (Tun cuivre dur tous les signes de la parole :
Atqae notas Tocam flnxlt de daro orichaleo.
Mais jusqu'à Tarrivée de Pierre SchœfTer tout se borna, soit au clichage des lettres, si les matrices étaient en plomb, puis an coulage du métal qui formait le corps de la lettre à l'aide d'une sorte de mandrin appliqué sur la matrice ; soit au coulage du métal sur les matrices frappées plusieurs à côté les unes des antres sur une seule plaque, afin d'obtenir des reliefs qu'on séparait ensuite.
Ce qui prouve que Gutenberg avait recours à la fonte des lettres, c*est ce que dit Tritbème, que SchœfTer trouva une manière plus aiséb de fondre les caractères. Je crois même que c'est à cette découverte , aussi heureuse que soudaine, faite par ce jeune homme que Gutenberg a fait allusion dans la phrase de la souscription du Catholicon où il dit que Dieu cache souvent aux savants ce quHl fait trouver aux enfants»
Cependant il se peut que même à Mayence Gutenberg fit usage de ses anciens caractères de bois, puisque Paulns Pater et Daniel Specklin disent avoir vu à Mayence des types en bois faits en racine de buis (plusieurs contenaient des syllabes ou même des mots) perforés au milieu afin de les pouvoir enfiler en les composant , et que c'était des débris de rimprimerie de Faust (1).
Par Tacte souscrit entre eux à la fin d'août 1450, Fausl prêta à Gutenberg 800 florins, garantis par le matériel (2). Puis il s'engagea à lui fournir 300 florins par an pour frais d'employés et de loyers, pour le parohemin , le pa-
(I) Paulns Pater, de Germaniœ Mtraeulo. DUsertatio de tjfpit Uterarum ; Wolf. Monum, Typ,, t. Il , p. 719, où il dit ct^fus tnodi Ugneot tifpos ex buxi frutieBtperforatot in medio, utuma colUgariunaJun'çique commode possiiU^ exFauiti afficina reliquos, 3Êoguntini3\iqiàanAo meeotupexissememini. —Voyez aussi Daniel Specklin, in Chronieo ArgtntoraUnsii U était né en iwe, et m. en tins, f^oy . M ecrman, 1. 1, p. ut.
(9) On doit croire que c'est celui que Gutenberg avait rapporté de Strasbourg.
pier, l'enera,etc. (1). Il parattque Faust n'aida pas seulement Gotenberg de ses capitanx , Dsais aussi de set conseils (2).
Au mois de décembre 1452, ces fonds étant absorbés, Faust prêta de nouveau 800 florins.
Association de Pierre Schœffer,
Ce fut quelque temps après que Pierre Soliœffer, habile calligrapbe, qui parait s'être employé à Paris en 1449 à la transcription des livres (3) , vint à Mayence travailler dans les bureaux de Faust, et fut admis aux secrets de rimprimerie. Son admission fut la condition du second prêt que fit Faust eo 1462.
D'un esprit ingénieux et pratique, il perfectionna les procédés imparfaits et lents de la fonte des caractères, et probablement inventa le moule mobile eiàla main (4), à peu près semblable à celui qui est encore en usage aujourd'hui.
« Cet bommei d'un esprit pénétrant, dit Ara noid de Bergel, inventa des moules auxquels « la postérité donna le nom de matrices. Il fut « le premier qui fondit dans l'airain (ou cui« « vre) ces signes de la parole, les lettres, que « l'on pouvait réunir en combinaisons indé- « finies (5). »
Ce grand perfectionnement, qui équivalait à une invention, devint peut-être la cause de dis-
(1) Vers is6« le peintre Van Byck, de Bruges, avait Inventé la manière de broyer les couleurs avec de l'huile plus ou moins culte. C'était un achenlnemrat à la fabrication de l'encre d'imprimerie, qui te com« pose de noir de fumée et d'huile réduite en vernia par la cuisson.
(ft) Pierre Apianus , P. Grassari, Erasme et Chrétien Massacus donnent même à Faust le titre de premier inventeur de rimprimerie. Voy. Meerman, t. II, p. 157, laa, 163, I7B. Tritbème dit « que les trois Inventeurs de « l'imprimerie, Gutenberg , Jean Faust et Scbœfer , «son gendre, habitaient a Mayence la même analson. n jénnal. Hirsaug.t t. 11, p. «ai.
(a) Docum. apud Schœpfiin Find. Typogr. Doc, n« Vil. Go y voit le fac-similé du beau manuscrit copié de la main de Schceffer. Les scribes étaient désignés sons le nom de clercs, titre que Pierre Schœffcr ajoute quelquefois à son nom.
(4) Faciliorem modumJUndendi ekaraeteres excoffitavit. J. Arnold de Bergel , correcteur d'épreuves et connaissant la typographie, publia en imi a Mayence un petit poème où, après avoir fait l'éloge de Gutenberg et de Faust, et de leur habileté à tailler sur bois les caractères mobiles, il ajoute que Schœffcr leur vint en aide, et que personne ne gravait plus prompment que lui les types :
Et Icvl iifoo sealpaat M gnoNMta prlnui.
Qodi poterat vartis qaisque referre aiodU..
Il lis Miccarrit Patnu oagnomlne SclMtefTer,
Qtto viz calando promptiur alter «rat....
(s) nie sagas animi praeiara torcamata Onxit, Qiua sanxit matrls Domine pwteritas * Et primiu vociim fuiMlebat in aère Ognras , Innumerlfl cogl qum potoere modis.
Toreuma, toreumatis, est tomatura vei toruatum vas, vel guidquid cœlatur et tomatur. C'est la dêfiniUon que donne Jean de Janua (de Géocs) dans le Catholicon., c'est-à-dire vase tourné , ou tout objet creusé et tourné , trës-pr'^bablcment un moule.
cosskios qof hâtèrent là diatolutioD de la société le 6 Dovembre 1455.
Procès intenté par Faust,
Faust, reconoaissaDten Schœffer les qualités pratiques qui paraissent ayoir manqué à Guteubergy ne crut pas prudent de continuer à lui payer 300 florins d'appointements par année pour les frais de l'entreprise. 11 éleva donc des difficultés sur les sommes avancées déjà et sur les intérêts formant un total de 2,020 florins.
Faust prêta serment devant le tribunal, et Gulenberg fut condamné à payer les intérêts et la partie du capital qu'il avait employée à son profit personnel (1). Il résulte de ce compte d'intérêt que le prêt remonte à cinq ans deux mois et demi; par conséquent que l'acte de société date de 1450.
Gutenberg, probablement hors d'état de rembourser la somme dont il était déclaré redevable, dut transiger, et par un partage opéré à l'amiable , deux imprimeries rivales s'élevèrent à Mayence, l'une dirigée par Faust et Schœffer, l'autre par Gutenberg; ce fut jaéces* sairement le capitaliste qui dieta la loi , d'où il dut résulter que l'imprimerie de Faust et de
(I) Foaraier et Mercier ont confondu cet acte avec celui du procôa de Slraabourg en i4n.
Foici la plainte de Faust, 11 a remis à Gutenberg poiur acheTcr son œuvre soo florins d'or à e pour loo d'intérêt par an;!U lui a remis ensuite soo autres florins.
Gutenberg ne lui a pas payé l'intérêt, qui pour les Mw premiers florins seulement s'élèye à sso florins.
Ces 1,800 florins de capital accrus des intérêts s'élèvent à a,OBo florins environ, que Faust réclame de Gutenberg. Faust affirme que^JUnt pour les i, soo florins ci-dessus désignés que pour l'intérêt que Gutenberg n'a pas payé, Faust, qui a empmnté cette somme, se trouve par le compte des intérêts en perte de s« florins.
ji Paction de Fautt, Gutenberg répond i qu'il a reçu de Faust les soo premiers florins pour créer le mstérlel typographique, lequel a été donné en garantie à Faust, qui chaque année était tenu de fournir soo florins pour payer les employés, le loyer de l'établissement, le parchemin, le papier, Pencre,etc.; que du moment où Gutenberg aurait rendu les soo florins i Faust, le gage sur lelnatériel cessait, et que loi Gu< tenberg ne pouvait être obligé à affecter ces mêmes 800 florins aux autres frais relatifs à l'Impression des livres; qu'U STsit garanti A Faust 6 pour loo d'intérêt, mais que Faust avait promis de ne pas les prélever si cette somme de soo florins n'était remise à Gutenberg que par fractions et intervalles, et non tout à la fois ; que quant aux derniers soo florins, il était prêt à les rembourser.
Lêtjuçei, aprêt la eauMêWtendue, ont prononcé : s'il résulte des débats que Gutenberg a reçu de Faust OBtre les soo florins, d'autres sommes .qu'il n'a pas appliquées k l'entreprise commune, U devra les restituer à Faust, et si Faust affirme par serment ou par un témoignage sufOsant qu'il a fourni la somme en question non de ses propres fonds, mais d'argent emprunté à cet effet pour obliger Gutenberg, celui-ci devait être tenu de payer les intérêts convenus. Faust prêta ce serment le • novem.bre isits, en foi de quoi le notaire impérial Helmasperg a dressé cet acte.
Pierre Schœffer signa comme témoin Pacte du serment sous le nom de Pimre Gtrnf/keim, clerc de l'évêché de Hayenoe.
Schœfrer< fut la mieux pourvue en matériel.
En effet, Scbœffer dut faire valoir ses droits sur les beaux caractères de la Bible de quarante-deux lignes, exécutée visiblement d'aprèi son procédé, c'est-à-dire au moyen du poinçon en acier, de la matrice frappée en cuivre , et du moule à la main , reprodbisant indéfiniment et prompteroent des lettres identiques au poinçon. Tairîlis qu'à Gutenberg revenaient naturellement ceux qui étaient exécutés d'après les anciens procédés, et par conséquent bien moins parfaits : tels sont en effet les types du CatholUbon et ceux de la Bible de treifteslx lignes. Ceux-ci avaient de plus Tinconvé* nient d'être plus gros; ce qui rendait l'im* pression plus coûteuse et l'ouvrage moins portatif. On conçoit que Faust et Schœffer , possesseurs d'un meilleur procédé, auront volontiers cédé à Gutenberg, avec le vieux fonds, les entreprises commencées, telles que le (?atholicon et la Bible de trente^six lignes , mais avec f obligation de n'y point mettre son nom , puisque chaque associé avait des droits à ces ouvrages (1).
11 résulte de ce procès que Faust est le capitaliste , et que c'est Gutenberg qui dirigeait l'atelier typographique dont il était le chef.
Quels furent les ouvrages imprimés pendant leur association? On l'ignore. Il est présumahle, comme il arrive presque toujours dans les inventions, que les premiers travaux furent anéantis par l'effet même des perfectionnements successifs ; et que les trois qua* ternions d'une Bible, commencée peutpêtre à Strasbourg et qui avaient coûté 4,000 florins, près de 20,000 francs, ne virent jamais le jour.
Lorsqu'on voit qu'aucun exemplaire du Do^ nai imprimé en 1665 à Subiaco par Sweynheim et Pannartz n'est parvenu Jusqu'à nous, et qu'on en ignorerait complètement l'existence si l'évêque d'Aleria ne nous eût appris qu'il en avait été tiré trois cents exemplaires , on doit croire à l'existence de quelques ouvrages imprimés à très-petit nombre par Gutenberg, soit à Strasbourg, soit à Mayence, et dont aucun exemplaire ne se sera conservé (2). L'acte par lequel Gutenberg lègue au couvent de sa sœur les livres qu'il a déjà imprimés à cette heure et ceux qu'il pourrait imprimer à l'avenir ne laisserait aucun doute à cet égard , si cet acte était authentique.
(I) « u est fort difficile de deviner pourquoi Gutenberg s'est abstenu de mettre son nom aux ouvrages qu'il a imprimés, » dit M. Dauuou dans son jinalffse det opinions diverses sur ^origine de l'imprimerie.
(s) Ce nombre de trois cents exemplaires était même trop eonsidérabie, puisque nous voyons les imprimeurs de Rome, encombrés de marchandise, obligés de recourir au pape pour en obtenir des secours. Vendeiin de Spire ne ttrait plusieurs ouvrages qu'à cent exemplaires. Il est donc probable que les premiers livres que Gutenberg et Faust, imprimèrent n'e«cédaient pas ce nombre.
TTPOGRAPHIB
J)eux imprimeries à Mayence, Vune de Faust et Schœffer, Pautrede Gutenberg seul.
Faust et Schœffer en àbandooDant à Guten»
berg le matériel imparfait et les caractères peu Domlireox créés avec tant de temps et de peine sayaient qu*il ne pourrait achever prompte»
ment les deux grandes entreprises commencées depuis longtemps en société. En effet le CO' tfMicon pe parut qu'en 1460, et tout indique que la Bible sans date de trente-six lignes ne rât pas terminée avant cette époque » tandis qu'au moyen de leurs procédés , plus sûrs et bien plus expéditifs, Faust et ScbœfTer firent paraître la leur bien plus promptement. Il se peut même que lorsqu'ils cédèrent à Gutenberg l'ancien matériel et ce qui était déjà exécuté de la Bible de trente-six lignes » ils n'ayaient pas encore commencé leur édition, assurés qu'ils étaient de pouvoir devancer Gutenberg par leur activité et au moyen de leur nouveau procédé pour fondre les caractères. Ils savaient d'ailleurs que leur édition l'emporterait sur celle de Guteqberg , puisqu'elle serait plus belle, et qu'ils pourraient même la vendre moins cher; attendu que , formant moins de feuilles, elle consommerait moins dé papier et de vélin, dépense alors considérable (1).
C'est ce qui expliquerait naturellement l'ap-
(1) Dans. quelques exemplaires de la Bible dite de quarante-deux lignes les buit premières pages ont seulement quarante lignes, les neuvième et dixième pages en ont quarante et une. Dans les deux exemplaires que possède le British Muséum, ]'al yériflé que toutes les premières pages ont qnarante-denx lignes, mais Texen* plaire de notre Blbilotbèque Nationale a seulement quarante lignes aux buit premières pages, contenant le prologue; la page 9, qui commence la Genèse, en a également quaranle»et le verso quarante et nne.Tontcs les pages suivantes ont quarante-deux lignes. Le premier volume a 8M feuillets, lesecond volume en a sir. ' Voici l'indication écrite au bas de l'exemplaire de cette Bible ( dite de Mayence ) que possède la Bibltotbèque Nationale.
« Ainsi finit la première partie de la Bible ou kn- « (;len-Te8tament, illuminée on colorée en rouge et reliée (iUuminaia seu rubrieata et legata) par K Henri Albch , autrement dit Cremer, Tan du Seigneur 14S6, a la fête de l'apôtre Bartbélemj. »
Et à la fin du tome II : « Ce livre a été illuminé, reUè et acbevé par P. Henri Cremer* vicaire de l'église collégiale de Salnt>Étienne de Mayence, l'an du Seigneur 1406, à la fête de rAssomption de la vierge Marie. »
Ces souscriptions, écrites à l'encre rouge en caractères du temps, offrent tous les caractères delà vérité. La main est la même que celle qui a écrit les som> maires des cbapitrcs.
Pour aider à distinguer cette édition des autres, également sans date, voici les premières lignes :
Incipit eplatola saneti IhéroDimi ad Paalinum presbytemm de omnibut Divine biftorle libiis. Capitulum primum.
rpi-i rater Arobrosius
l-*^ J taa michi munas-
cala perferens, detulit
On ne peut donc assigner à cette Bible de date postérieure à celle de i4K8. Par conséquent elle serait d'une année au moins antérieure au Psautier de Mayence de I4tf7, premier livre imprimé avec date.
parition presque simultanée des deux BiblM imprimées à Mayence.
Si l'on en croit le récit du chroniqueur J, P. Lignamine, imprimeur à Rome en 1458 , l'activité de rimprimerie de Gutenberg n'aurait pas été moins grande que celle de Schœffer:
L'un et l'autre établissement imprimait chaque Jour trois cents feuilles (2).
Cependant il ne paraît pas que Gutenberg ait imprimé d'autre ouvrage important que cette Bible et le Catholicon.
Wurdtwein (3) nous fait connaître une pièce qu'il avait communiquée à Meerman ; c'est une circulaire {openen brief) publiée par Dietrich d'Isenburg pour protester contre Adolphe de Nassau, qui Tavait destitué. Un manuscrit du temps dit qu'elle fut imprimée à un grand nombre d'exemplaires , par le premier imprimeur de Mayence, Jean Gutenberg, en 1462,1e mardi avant le dimanche Lxtare,
L'acte du 20 juillet 1459 découvert ou plutôt fabriqué par le professeur Bodman archiviste de Mayence et publié en 1800 prouverait que Gutenberg avait imprimé plusieurs ouvrages antérieurement à cette époque, mais M. Schaab a démontré la fausseté de cette pièce.
« Nous (Heiine) Jean Gensfleisch deSugeloch « et nous Friele Gensfleisch, tous deux frères, « faisons abandon au cou ven l de Sainte^laire, à « Mayence , de tous les biens qui par le fait de « notre sœur Hebele ont passé à ce couvent , « soit parle fait de notre père Henné Gensfleisch^ « soit par toute autre concession. Et quant aux « livres que moi Benne susdit ai donnés à « la bibliothèque du couvent, ils doivent y r. rester toujours et à perpétuité ; et je me « propose, moi Henné susdit, de donner aussi « de bonne foi à l'avenir audit couvent pour « sa bibliothèque, à l'usage des religieuses pré- « sentes et futures, pour leur reZi^tonetcu^/e « soit pour la lecture ou le chant, les livres que « moi Benne ai néjA mpRiMés a cette heure
« ou QUE JE POURRAI IMPRIMER AL* AVENIR (1)- »
Fischer attribue à rimprimerie de Gutenberg, outre le Catholicon, ces autres livres :
P Maihœi de Cracovia Tractaius racUmis et consciencie de sumpcione pabuli, etc. ; 22 feuiU lets petit in-i**, sans indication de date ni de lieu, et imprimé, dit Fischer, avee le caractère du Catholicon.
2* Summade arOenlis fidei et Eccle$ia, édita
(1) Fiscber, Essai sur les Monuments TffpofrapMques de Gutenberg, p. 46.
(a) Jacobos , cognomento Gutenbergo , patria Afr gentinus,et quidam alter, cul nomen Faustas, im» primendanim literarum in membranis cum metalllcls formls perltl , trecentas carias qutsque corum per diem facere Innotescunt apud Moguntlam Germani» Civitalero. Johannes quoqne , Mentelinus nuncupaUis, apud Argentlnam ejusdem provlnciœ civitatem, ac in codem artlficio perltas, totidem cartas per diem im* primere agnoscitur. Chronicon Summorum FonH/lciim, Imperatorum,etc,, a un ad ann, ims.
(») Page so.
ITPOGRAPHIE
a firairê Thoma de Jqmno; 14 feaillets, sans indicatiOD de date ni de lien, mais également tmprimée avec le même caractère que le Catholicon,
21* Hermanni de Saldis Spéculum clarum nobile et preciosum ipsorum sacerdotum; 16 feuillets petit in-4<», sans date, ni lien.
4» Tractatue de CeUhratione Missarum; 30 feuillets in-4*, sans date, ni lieu.
•Quant à ces deux derniers, Fischer élè?e des doutes, attendu que les caractères ressemblent à celui que SchœfTer a employé dans le Scru»
iinium Scripturarum,
C'est, je le répète, par une comparaison attentîTe des divers monuments primitifs delMmprimerie, surtout lorsqu'ils sont sans date, et sans nom d'imprimeur ni de lieu, qu'on pourra reconnaître ce qui appartient à chaque atelier.
Ainsi, par l'examen que j'ai fait de plusieurs éditions sans date , sans nom d'imprimeur ni de lieu, qui existent à la Bibliothèque Nationale et qu'on croit imprimés à Mayence, Je puis affirmer que Fischer s'est trompé quant au second des deux articles, la Somme de saint Tho»
mas 9 à moins qu'il n'ait eu sous les yeux une autre édition que celle que j'ai examinée à la Bibliothèque Nationale (1). Les caractères de ce livre sont les mêmes que ceux d'une série d'ouvrages qui ont été imprimés par Schœffer et qui existent à notre Bibliothèque Nationale; ils sont identiques à ceux dont je donnerai la note plus loin. Quant au Spéculum clarum nobile et preciosum ipsorum sacerdotum de Hermann de Saldis , Fischer a raison d'élever des doutes. Le caractère n'est pas celui du Catholi" conni celui des autres impressions de SchœfTer. La Bibliothèque Nationale ne possédant pas le Tractatus de Celehratùme Missarum, je n'en puis rien dire.
Au mois d'octobre 1462 la ville de Mayence, prise par Adolphe de Nassau, fut livrée à Tincendie, au pillage et aux assassinats (2). Aussi ne vit-on paraître aucun livre, ni dans l'imprimerie de Gutenberg ni dans celle de Faust et SchœfTer, pendant les années 1463 et 1464.
Gutenberg néglige l'imprimerie.
Ce qui semblerait indiquer que Gutenberg, fatigué de la lutte dllBcile à soutenir contre Faust et SchœfTer, se découragea , c'est que tandis que ses rivaux multiplient leurs publications , on ne voit rien sortir de Tatelier de Gutenberg (3), et l'acte du 17 janvier 1465 le nomme courtisan pensionné de l'archevêque Adolphe (4). M. Née de la Rochelle pense que
(0 Fischer ne compte, il est vrai, que douze feuillets ; l'édition que J*al tu & la Bibliothèque NaUonale en a quatorze.
(S) Trithème, Cestis Friderid palat. victorioti, ap. Scheilhorn. Amanitates Htt., t. VII, p. m7.
(s) Kœhler, p. loo.
(4) Cependant il paraîtrait que par l'impression de la clrcolalre de Thierry d'Issemberg Gutenberg aurait prit paru pour le rival d'Adolphe de Nassau.
cette faveur fut accordée à Gutenberg par l'archevêque Adolphe en récompense des ser.
vices qu'il avait rendus comme imprimeur.
Serait-ce donc pour ne pas perdre les droits attachés à son titre de noblesse, et pouvoir, obtenir cette pension de courtisan, qu'il n'au* rait pas voulu accoler son nom à celui de ses associés dans les œuvres mdustrielles?
Gutenberg étant mort sans héritier^ son im* primerie» qui était fort inférieure à celle de Faust et Schœfler, ne tarda pas à disparaître, et personne ne fut intéressé à prendre la défense du premier inventeur de cet art. C'est ce qui explique le peu qui est dit de Gutenberg par ses contemporains» et la petite part qui lui fut faite alors.
Ainsi Érasme, dans la préface de son édition de nte'LiveiMvyence, 1518), ne dit rien de Gutenberg; c'est Faust seul qu'il désigne comme le créateur de Pimprimerie.
« Si jadis, dit-il, ceux qui vinrent en aide à « Origène et Jérême en mettant à leur dis- « position des scribes et des peaux de velin « ont mérité de grands éloges , combien n'en « doit-on pas aux ateliers- des imprimeries « d'où sortent chaque jour des essaims d'ex- « cellents ouvrages, et à des prix aussi hast « Si PtoléméeJ^hiladelphe s'est acquis un re- « nom immortel dans la postérité pour la force mation de la bibliothèque d'Alexandrie, dont « la richesse égalait la renommée, mais qui «c fut uniqujB, quelles récompenses ne doil- « on pas à ceux qui chaque jour nous don- (( nent tant de bibliothèques , et des livres en « tous genres et en toutes langues, aussi « nombreux que les étoiles de la voûte cé- « leste I La plus grande part de cette gloire « revient aux inventeurs de cette industrie « que j'oserai nommer divine, dont l'illustre « chef fut, dit-on, Jean IFaust, aïeul de celui « à qui nous sommes redevables de ce Tite" « Live (i). £n sorte que le mérite de cette « édition, que j'ai revue et corrigée en mille ente droits d'après un très-ancien manuscrit, est (c aussi bien dû à Jean Schœffer, par ses droits
(1) u Si landem haad quaquam .vulgarem memerunt olimquiOrlgeni et Uieronymo notarlos ac menabranas snppedltawint, quantum vero bndls debetnr typographornm ofhninis , qnx nobls qnoUdie boaoram voluminum effundont examina , idque mlnimo pretio ? Si Ptolomxus iUe Phlladelphas memoriam apud posteros sibi pa ravit immortalem ob bibliothecam Alexandrise comparatam, insignem qaidem Ulam ac locupletem. sedtaroen unam ; quid prsmU debetur lis qui nobis quotidie totas blbUothecas, totosque, ut Ita dixerim, librorum mundos In omni génère liogua» rum ac iitterarum subministrant? Atque hiijus quidem laudis prtecipua portio debetur hujus , ptene divin! dixerim, opiflcii repertoribus, quorum princeps fuisse fertnr totius avi memoria celebrandus , Johannes Faust, avus ejus cui Lividm hune, tnm auetum duobus Toluminibus, tam innnmeris locis ex co* dice vetustissimo castigatum debemus , nt hoc egregium decus partim ad Johannem Schœffer. velnt here> dltario Jure . devolvatur, partim ad Moguntlacae clvltatls gloriam pertineat »
eos
TYPOGRAPERE
« héréditaires à rUivenlioB de llmprimerie « qu'à la Tille de Mâyence. »
Il (aut mdme que son titre d*inTenteur de i 'impression en types mobiles soit bien réel, pour que, par une sorte de sentiment de justice rétroactive transmis d'âge en âge, sa mémoire ait surmonté cette sorte de conspiration du silence à laquelle il semble lui-même avoir pris part.
LETTRES d'indulgence.
Notre Bibliothèque Nationale possède un document du plus haut intérêt. Il u*y existait pas lorsque M. Van Praet a fait le catalogue et la description. des vélins, c'est-à-dire de tous les premiers ounages imprimés sur vélin au commencement de l'imprimerie.
A la date du 12 août 1451 , le pape Nicolas V accorda des indulgences plénières à ceux qui depuis le 1" mai 1452 jusqu'au même jour 1455 aideraient' de leur bourse la cause du roi de Chypre, menacé par les Turcs (appelés r^ticrojdans cette lettre d^indulgence ). L'am* bassadeur et procureur général du roi de Chypre , P. Cbappe, Tint à Mayence y choisir des délégués pour recevoir en divers pays les aumênes contre délivrance d'un acte sur parchemin indiquant le nom du donateur, le montant de l'offrande, la date, et la signature des préposés à la vente des indulgences.
Munis d'un nombre suffisant de ces lettres d'indulgence, ils n'avaient plus sur leur route qu'à insérer dans les endroits laissés en blanc le nom du donateur , le chiffre et la date de la concession.
Ces lettres, dont un petit nombre s'est conservé par la piété des fidèles, devaient imiter parfaitement celles quijusquealors avaient été écrites avec soin daus les chancelleries.
La pièce que possède notre Bibliothèque Nationale est d'une parfaite exécution.
Elle se compose de trente et une longues lignes d'environ cent dix lettres chacune; les caractères imitent l'écriture cursive, dont la forme .gothique est arrondie. La grosseur d'oeil répond à noire philosophie (dix points typographiques). Deux lignes en caractères gothiques, d'une forme carrée oblongue et d'une grosseur double du caractère cursif , équivalent à nos caractères dits de vingt points, ou grosparaU" gon. Les lignes qui contiennent des mots de ce gros caractère avec lequel ils s'alignent sont par conséquent parangonnées.
On doit savoir gré à M. Léon de la Borde de s'être livré à une étude spéciale de ces lettres d'indulgence, et de nous avoir donné la description des dix-huit exemplaires disséminés en France, en Allemagne, en Belgique et en Danemark, où il lésa examinés avec soin.
Les quatre fac-similés (1) qu'il nous en donne
(I) DébuU de Hmprimmie à Mayence et à Bam'
nous permettent d'affirmer qu'il a existé trois
éditions diverses de ces lettres :
Une édition de trente et une lignes:
Elle a eu deux tirages, l'un avec la date de
1454, l'autre de 1455.
• Une édition de trente lignes :
Elle a eu aussi deux tii âge», Ion avec la date de 1454, l'autre de 1455.
Une édition de trente^deux lignes : *
On n'en connaît qu'un tirage , avec date de
Ces pièces sont-elles xylographiques ou imprinoées en caractères mobiles ?
Il résulte de l'exposé fait par M. Léon de la Borde des opinions diverses émises à ce sujet que les avis sont partagés. Breitkopf reste dans ledoute ; Lambinet est convaincu qu'elles sont xylographiqoes; Panzer et Van Praet les ci;oient typographiques. M. Léon de la Borde est aussi de cette opinion. Elle semblait préTaloir ; mais M. Wetter ( 1 ), dans son Histoire de P Imprimerie, et M. Sotzmann (2), déclarent « que tous les bibliographes s'étaient trompés, «et que ces lettres étaient imprimées sur « planches de bois , et par conséquent xylo- « graphiques. »
D'âpre les deux fac-similés que nous donne M. Léon delà Borde, ti\K Lettre d^ Indulgence de trente et une lignes, dont l'un existe à notre Bibliothèque Nationale, tirage de 1454, l'autre, incomplet, à Leipsick, tirage de 1455, je puis affirmerque la lettre d^dulgence dont j'ai examiné l'original à notre Bibliothèque est imprimée en caractères mobiles : les lettres sont identiques, et de plus le gros caractère de vingt points est absolument le même que celui qui a servi à imprimer le calendrier in-f* dont la page portant la date de 1457 est à notre Bibliothèque Nationale, et ise caractère est identique à celui qui a servi à imprimer la Bible de trente-six lignes attribuée à tort à Pfister.
Me fiant à l'exactitude du fac-similé de l'exemplaire de Leipsick portant la date de
1455, je crois pouvoir affirmer que la môme composition a servi à son impression et à celle de l'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale. Les quatre llll de la date MCCCCL1III ont seulement été remplacés par un Y; or, ce V est parfaitement identique à ceux qui se trouvent dans le texte (3).
berg, ou Description det Lettres d'Indulgence du pape Nicolas Fpro regno Cypri, Imprimées en I4»4 ; Paris Techner, i840. Il n'a été tiré qu'à petit nombre, les planches ont été détruites : il réunit donc le mcrite de la rareté au mérite des obserrations U'ès-intéressantés qu'il contient.
(1) Wetter, Hist, de Vlmprimerie, «.laycnce, itM, ln-8».
(8) JahrbUch., décembre isse.
(s) Afin de pouvoir mieux m'en assurer J'ai fait des propositions à ia bibliothèque de Leipsick pour qu'elle me cédAt cei exemplaire ; n'ayant pu l'obtenir, j'ai fait des démarches pour qu'on me l'envoyât en coni • itunicaUon. Mais tl faudrait recourir aux voles dl-
La Bibliothèqae du Masée Bmannique possède DiaiDteDaDt l'exemplaire qui appartenait à M. Heyvood de Bristol. C'est rédition de trente lignes datée de 1455. D'après le fac-similé qa'en a donné M. de la Boide, je croyais cette pièeeexécstéexylognpiiiqiienMitt; ayant pa examiner attentiTement reBempbiÉe original , j*ai acquis la certitude qu'elle est imprimée comme la précédente» avec des caractères gravés et fondus (1).
Eu comparant ce monument typographique , daté de fin avril 1455» avec ceux qui parurent les premiers à Mayence, j'ai acquis la certitude que le gros caractère n'est pas le même que celui de l'exemplaire de notre BibliothèqueNatlonale : il est plus petit et identique à celui par lequel est imprimée la Bible de quarantedeux lignes (2). Ainsi voici deux monuments datés de 1454 et de 1455 où apparaissent les deux caractères des deux Bibles deMayence; celle de trente-six lignes et celle de quarantedeux lignes. Celte découverte prouVe que les caractères des deux Bibles existaient antérieurement à la dissolution de la sodétéa qui n^eut lieu que le 6 novembre 1455.
Quant à la Lettre d'indulgence de trentedeux lignes, dont deux exemplaires, portant la même date • existent à Brunsvrick dans la bibliothèque du gouverneur, comme M. Léon de la Borde ne nons en a pas donné de lac-si* ailé , nous nous abstiendrons d'en parler.
Outre la description de ces dix-huit lettres d'indulgence, il nous donne en appendice celle de quatorze autres, portant des dates diverses. M. Weigelt assigne à la première, dont le texte, en hollandais, est placé au-dessous d'une représentation grossière de la Passion deNotre- Seigneur, une époque qu'il recule jusqu'à 1410; mais les conjectures sur lesquelles il fonde son opinion ne sont que spécieuses, et sont combattues par M. Léon de la Borde. Les autres lettres d'indulgence sont une de 1463; une de 1480,pro tiuuto Rhado; une de 1481 ; une de 1487; quatre à la date de 1488; une de 1450 ; une de 1452, pro hello contra Turc/m»; une de 1509; une de 1512; une de 1517.
La première lettre d'indulgence dont M. de la Borde donne le fac-similé est évidemment xylographique. Quant aux autres, nous ne pouvons émettre d'opinion qu'à Fégard des deux seules pièces, celle de 1487 (3) et celle de
ploouiUqoes, qui peat être ne rénuiraient pas mieux, et en tout eaa exigeraient de longs délais.
(i) Je dois à l'extrême obligeance de M. PantuI, dlreetear des livres Imprimés de la bibttuthèque da Musée BriUnnlque, et de M. Watt, assistant, dont la science bibliographique égale l'extrême bienveillance, l'examen de cette pièce. M. Barris a bien voulu en exécuter pour moi un fac-similé tellement exact qu'a me permettra d'éclairelr quelques points encore obscurs des origines de la typographie.
(a) H. E. Duverger avait fait la même remarque, d^iprèa les fhc-simUés donnés par M. de la Borde.
(a) Je crois qa'au lien de : Johannes AtUhoiUut hu-
1489, qoi sont représentées ment; toutes deux nous ont paru xylographiques. Mais l'examen des originaux est indispensable pour décider cette question;
NéeessUé tPexaminer les monummis.
Les origiBea de rimprimerie se sont éclairdés sur quelquca poinlB à Palde de ces Isesimilés ; mais quelque exacts qu'on puiaae ek même qu'on doive les supposer, ils ne sao* raient rendre le même service que l'examen des originaux, ainsi que j'en ai acquis la certitude, tant par l'étude des monuments primitifs que possédait mon père (1) que par ceux qui existent en si grand nombre à notre Bibliothèque Nationale , au British Muséum , à la Bibliothèque Royale de Vienne, etc.
11 est un moyen certain , sinon de résoudre toutes les difficultés qui entourent le berceau de l'imprimerie, du moins d'en éclairer beaucoup les ténèbres. Ce serait au prochain jubilé typographique de foire un appel aux conserva* leurs des bibliothèques publiques et aux particuliers tels que lord Spencer en Angleterre , M. Meerman à Leyde, MM. Yemenis et Coste à Lyon; M. Labédoyère à Paris; M. Sylvain Van de Weyer à Bruxelles; M. F. Yergauwen à Gand ; M. le prince de Lichtenstein en Autriche , etc., qui ont encore conservé le
miU» ahboi mwMuUHi Sancîi Gemini Marin, Il fant nre Sumeti GmUtU NàmU (I) Dans sa belle blbttothéqae ae troavaU :
La Bible de Mayence, de quarante-deux lignes ; — le GathoUcon de imo ; — le Tewrdanncths de iai7, et presque toutes les éditions pHiuHfMS des auteurs grées et laUna, telles que : Ptolémée,sa coamograpl^e, Domi' nique de Lapis , Bologne, ims, date qu'on croit inexacte ; — Saint-Augustin (in monasterio Sublaeenci ), 1467 ; — Clemeotls papse ConsUtaUones, Pierre Sehctfferde Gemsxhey m, Mtyenee, u«7; — Tacite, f^endelin de Spire, Rome, circa i4G8: — Pline TAnden, Joannet de Spire, Venise, I4t»; ~ Virgile, f^endelin de Spire , Venise , uro ; — Horace , ZarotUu, Milan, elrca i47o; — Térence, jtf«fi(e/in, Strasbourg, circa 1470; — Tite-Live, F^endelin de Spire, Venise, I470;
— Salluste. Fendelin de Spire, Venise , I470; — Justin, Jficolat Janson, Venise, 1 470 ; Qaintlllen, Campani, Rome, uro; — les Épitres. de Saint-Jérôme, Pierre Sehaiffer de Gemszkeym, Mayence, 1470; — Flavius Josèphe, Jean Scheussler, Augustae, i47o; — Pline le Jeune,!.. Carbo, I47i;— Silins Italiens, Swenheym et Pannartz, 1471; — Valère-Maxlroe, Pierre Schœ/fer de Genuzheym, iiri ; — Plante, /ran de Cologne et Fendelin de Spire, 147a; — Polybe, Swenkeym et Pannartz, Rome, 1478; — Hérodote, Jaçi9îut Rubeut ( le Ronx ), Venise, 1474 ; — Sénéqne le Philosophe, JI/oram»,Naples, 147a;— Opplen, Gallut Bonus, I4fs; — Eucltde, Rctdolt, Venise, I4B9; — Sénéqne le Fragiqne, Andréas GtUlieus , Ferrare, I4B4 :
— Homère, Nerlius, Florence, I4sa : — Isocrate, Henri Çermani, Milan, 1 498 ; — Théocrite, Aide, 149a ; — Anthologie grecque De Alopa, Florence, i486; — Aristophane, Aide, 1498 ; — Thucydide, Aide, tw»; — Sophocle, Aide, ISO8; — Démostbène, Aide, imm; — Platon, Aide, lais; — CIcéron, les Juntes, laaa; — Diodore de Sicile, OpoHn, Bâie, lasa; — "Denjs d'Hàlicarnasse, Robert Bstienne, i846 ; —Dion Cassliis, Robert Bstienne , iMt', — Applen, Charles Estienne, laai; — plusieurs impressions xylographiqnes; — les premières éditions des livres de tbéurgie ; — enfin d'admirables manuscrits.
ooMégoM des fifres, ais deréonirde tous les poinU de rEurope, loit à Paris, soit à Strasboorg oa à Mayenee (I), les diTera moiiomeDls typograpfaiqoes de Torigiiie de rimprioierie, même les mofioiiieots zylographiques Cest en ayant soas les yeux les types diP férents qoi ùùt servi à chaque impression quli sera possible de les reconnattre, d'en soiTre remploi, et de découvrir par la comparaison , soitdn texte, soit des titres on lettres capitales , soit des cbiffres , des notes , de la ponctuation, enfin des divers signes et indications qui n'échapperont pas à l'œil exercé du graveur ou du fondeur en lettres, les diverses familles auxquelles ils appartiennent. Souvent même on pourra décider si telle impression est postérieure à telle autre, selon que les caractères sont plus ou moins usés. Tel est le vœu que je forme : tant qu'il ne sera pas exaucé, il faudra se borner à des conjectures plus ou moins plausibles , mais qui manqueront par la base, qui est la comparaison des monuments entre eux.
Psautier de Mayenee,
L'examen- attentif que j'ai fait des exemplaires du Psautier de 1457, appartenant l'un à la Bibliothèque Nationale (2) , l'autre au Britlsli Muséum, me donne tout lieu de croire que l'exécution de ce premier livre imprimé avec date est due au procédé que j'ai indiqué pré' cédemment, comme ayant été inventé par Gutenberg après son association avec Dritzelien, et dont j'ai fait souvent usage. Il consiste à en* foncer des caractères gravés en bois (3) dans
(1/ Koch proclamait devant llnaUtat de Strasbourg que cette ville était le berceau de l'imprlinerie;Sctaaab l'Interrompit en lui disant : « Oui, mais c'est un ber- « ceau sans enCant » Cette vive réponse résume la question. iMém.t t. IV, p. sm. )
(S) Il a été acquis à la vente do comte Maccarthy, en 1817, au prix de 19,000 fr. L*exemplaire de la Bibliothèque de Vienne, le plus complet qui existe, a cent solxantc*quinze feuilleta. Celui qne nous possédons n'a que cent soixante-neuf feuillets.
(s) Telles sont toutes les lettres capitales et les ornements gravés sur bols qui ont servi à l'impression de l'édition que nous avons faite en caractères go* tbtques de vJHiUorial du Jongleur, In-so, isaa. des contes du Gay Sçavoir et du petit Jehan de Saintré. Les matrices en plomb existent encore dans notre .mprlmerle ; mais elles sont en partie hors de service, étant déjà oxydées pour la plupart. C'est ce qui explique comment les caractères qui ont servi aux premiers livres Imprimés ont dû promptement disparaître.
Fournier le Jeune se trompe encore lorsque dans ion ouvrage sur l'origine et let progrèt de l'imprime^ rie, p. 90, Il affirme que « jamais on n'a fondu de matrices; on les a toujours frappées avec un poinçon d'acier. M Pour faciliter la frappe de poinçons très-délloats, tels qne les capitales du grand caractère dé gothique ornée gravées avec un talent remarquable par M. Cornouaillcs pour notre fonderie de caractères, J'ai fait fondre des matrices en cuivre d'après des matrices en plomb dont Tœll avait été frappé avec les poinçons d'acier; elles servirent de modèles au fondeur en cuivre. Après avoir été dérochées et é vidées avec soin, pour parer à l'inconvénient do retrait opéré HT l'effet du refroidiaaeroent, J'enfonçais de nouveau
f dopiombaomoiiieatoèfliqiiélléparladialenr, il ôt prêt à se ûget. Ces matrices en plomb ainsi obtenues sont régularisées ensoite pour PaHgnement et la bantenr comme les matrices ordinaires; pu an moyen du dichage à la main on retire de la matrice une empreinte eo métal, laquelle, après avoir été dégagée des bavures, est replacée dans la matrice en plomb que l'on adapte à un moule. Le métal en fusion versé ensoite dans ce moule, tout eo formant le corps de la lettre, se soude au cliché qui en forme l'œil. On retire ainsi de la matrice en plomb une lettre aussi parfaite que celle qne nous obtenons par le procédé ordinaire.
Biais ces matrices en plomb ne peu?eot produire qu'un nombre limité de clichés, t'est ce qui explique pourquoi dans le Psautier de Mayenee les capitales, par exemple, sont toujours parfaitement identiques, attendu que, leur emploi n^étant pas fréquent, la même matrice pouvait sans s'altérer en produire te nombre nécessaire. En ayant soin de laisser refroidir de temps en temps une matrice eo plomb, on peut obtenir aisément soixante à quatre-vingt lettres sans être obligé de ren* foncer le poinçon en bois dans la matrice, ou de faire une nouvelle matrice avec l6 même poinçon de bois. Mais pour les voyelles et les lettres qui reviennent fréquemment (1), il fallait nécessairement multiplier les matrices. Or, chaque fois qu'on était forcé de renfoncer les poinçons en bois dans les matrices ou d'en faire de nouvelles, la forme du poinçon s'altérait par l'elfet de la pression et de la chaleur, souvent même il était brûlé, pour peu qu'on l'enfonçât dans le métal trop chaud. 11 fallait donc regraver souvent de nouveaux poinçons en bois : de là ces différences que l'on remarque dans les lettres dont l'usage est plus fréquent (2).
Les mêmes observations s'appliquent au caractère de moindre grosseur du Psautier,
La page 141 nous prouve que les ornements qui accompagnent les grandes lettres , et qui sont évidemment gravés en bois, ont été aussi fondus dans une seule et même matrice et multipliés par le dichage et la foute, ainsi que je viens de le dire. Dans cette page se trouvent deux ornés et deux D également ornés. Or,
les poinçons d'acier dans ces matriées en cuivre ainsi fondues.
(I) L'expérience a prouvé que pour exécuter une fonte composée de cent mille lettres (poHce française ) la lettre e entre dans ce calcul pour 10^00, tandis quMl ne faut que boo j, et qu'U faut tf,ooo a et autant d'n, tandis qne soo y et ioo suffisent. Pour la langue latine les proportions changent : H '>**' beaucoup plus d'm et d'n.
(3) Je me bornerai à une seule, au feuillet so recto, le mot te se reproduit trois fois, ligne 7. s, et a.
A la ligne 7 Ve monte.
A là ligne a la barre du t est d'aplomb avec le pleW du haut de Ve.
A la ligne 9 la barre du t monte beaucoup mv 1'^*
on remarque dans l'ornement de l'un des O quelques cassures et écrasements qui n'existent pas dans l'autre ; preuve évidente que ce ne peut être le même ornement qui, ayant d'abord servi pour l'impression en rouge, aurait ensuite été repris pour servir à Timpresalon en bleu ; d'ailleurs dans cette m6me page l'un des est imprimé en rouge et l'ornement en bleu; tandis que dans l'autre, l'O est imprimé en bleu et l'ornement en rouge. Il en est de même pour la lettre D.
Ces rentrées des deux couleurs sont faites avec une régularité qui surprend, surtout lorsqu'on songe que l'impression se faisait sur parchemin, qui doit être très-humecté avant de pouvoir être mis sous presse. Or, le degré d'humiditiS variant nécessairement pendant le cours des trois tirages successifs, noir, rouge et bleu, devait produire un retrait dans le parchemin et accroître les difficultés , auxquelles s'ajoutaient nécessairement les imperfections de la presse.
J'exprimais cet étonnement à M. de la Rue, avec qui j'examinais au British Muséum , le 3 juin 1851,.le bel exemplaire du Psautier qui s'y trouve , et j'admirais comment cette reti* ration , déjà si parfaite dans l'exemplaire de noire Bibliothèque Nationale, ne l'était pas moins dans cet autre exemplaire ; alors il m'apprit comment une régularité aussi merveilleuse occasionna la découverte du procédé d'impression à plusieurs couleurs qui porte le nom de Congrève, et qui aurait dû porter celui de Schœffer.
Le célèbre imprimeur de Londres M. Bensley montrait un jour à M. Congrève comme QD phénomène typographique la grande lettre B qui est la première du Psautier, et dont l«s ornements en bleu et en rouge rentrent si parfaitement les uns dans les autres. L'examen attentif qu'en fit M. Congrève lui fit découvrir qu'une pareille régularité ne pouvait être obtenue par des impressions successives , et que le tout avait dû être imprimé d'un seul coup de presse au moyen de deux parties gravées séparément, et s'adaptant l'une dans l'autre, après avoir été couvertes séparément l'une d'encre bleue, l'autre d'encre rouge.
Ainsi ce procédé, inventé depuis près de quatre siècles par Schœffer, ne fut deviné que de nos jours et devint l'objet d'un brevet d'invention , dont l'importance fut jugée telle par le gouvernement anglais qu'il confia à M. Congrève des impressions en nombre considérable et qui exigeaient une garantie contre la contrefaçon , qu'on crut pouvoir, éviter par la perfection de ce procédé.
M. Brunet dit qu'on ne connaît que sept ou huit exemplaires du P^ati^i^r de I4ô7,et qu'aucun exemplaire n'est conforme aux autres, floit pour le contenu , soit pour le nombre des
ENGYGL. MOD. — T. XXVI.
feuillets et la distribution des ligne-s , soit enfin pour l'orthographe des mots ou pour la souscription.
Si l'on parvient à réunir et à comparer à im fois ces sept ou huit exemplaires , quelquetuns des mystères de l'imprimerie pourront être éclaircis. Ces changements sur chaque exemplaire ont-ils été opérés sous presse , ou a-t-on retiré les formes une à une pour y faire les changements sur le plomb? Quelles sont les lettres qui diffèrent , quelle altération ont-elles éprouvée.' etc. Toutes ces questions ne peuvent être résolues par correspondance ou par des fac-similés plus ou moins exacts.
Mais dans quel but ces variations pénibles et coûteuses existent-elles dans un livre où la souscription placée à la fin dévoile le mystère de l'imprimerie ?
Pierre Schctf/er et Faust cherchent à faire oublier Gutenberg,
C'est en vain que le gendre et le petit-fils de Faust ont voulu ravir à Gutenberg ses droits d'inventeur pour les transférer à Faust. Il suffit que ces droits aient été proclamés une fois par l'aveu même de Jean Schœffer, fils de Pierre Schœffer et petit-fils de Faust, pour annuler tout ce que Pierre et Jean Schœffer n'ont cessé de répéter à leur seule louange dans tous les livres qu'ils ont imprimés;
Dans sa dédicace à l'empereur Maximilien, en tête du TitemLive traduit en allemand et im< primé par Jean Schœffer, il déclare « que c'est « à Mayence que l'art admirable de la typo- « graphie a été inventé par l'ingénieux Jean « Gutenberg, l'an 1450, et postérieurement « améliorée et propagée pour la postérité par « les capitaux et les- travaux de Jean Faust et <( de Pierre Schœffer. »
Voilà la vérité! et certes aucun témoignage ne saurait être plus authentique et plus solennel; sa date est (26 1505, époque tellement rapprochée que les témoins étaient encore vivants. Il est écrit ea^illeùiand, et par conséquent destiné à être lu de tous (1). Cependant nous voyons en 1509, en 1515 et 151€ ce même Jean Schœffer imprimer audacieusement, en latin il est vrai, tout le contraire. Désormais , excepté ce Tite-Live, aucun livre
(1) Solich wergk das in der loblichen Stadt Mentz, gefertigt und getrucfcekt ist, woU Ewr. Ko. M. goedlgUch uEnemen, in welcher Stadt aueh an/engkllcli die wunderbahre Runst der Truckerey, and im ersten van dem kunstrelcben Johan Gutenberg, do mann zalt nacb ChrisU unsers Herrn Geburt, tausend yierbundert und funffiig lare, erfunden, und darnacli mit Tieiss, kost und arbeyt Jobannen Fausten nnd Peter Schœffers zu Mentz gebessertb und bestendig gemacht Ist worden. darum dieselbe Stadt nieht ailein bey Teutscber nation, sunder auch bey aller Welt in ewige Zeit (ais \rohlverdynetb) gepreysst und gclobt soUe werden , und dye Burger und Ëlnwohner doselbst des biUlg geoyssen.
Uedicatio T. Livii germanice versi, Mayence isos.
imprimé par Pierre Schœffer et par son fils Jean De parie plus de Guteoberg; ce sont Faust et Schœfrer qui sont les inventeurs.
Dans la souscription imprimée par Jean Schœffer à la fin d'un bréviaire, il déclare dès 1 509 (1) « qu'il a été imprimé à Ma^ence aux « frais et par le labeur de l'honnête et vigilant « Schœffer, citoyen de Mayence, dont Païeul « inventa le premier l'art de rimprimerie et le « mit à exécution. »
Six ans plus tard, en 1515, à la fin d'un ouvrage de l'abbé Trithême Breviarium Historié Francorum , cette même imposture est réitérée avec plus de détail (2). On y lit :
Imprestum et completum est prœsens CAnmtcorum opus armo Domini MDXF in vigilia Margaretœ virginU , in nobiUfamotaque urbe MoguntiiMf hufus arfti impreuorie inventrice prima per Johannem SefUiffer, nepotem quondam honestiviri Johannit Futth, eivis Moguntini, memorute artis primarii auetoriS{ qui tandem imprimendi artem proprio ingenio excogitare specularique eœpit anno dominicœ nativitatit MCCCCL indietione XIIJ, régnante illustrissimo Rom. Ini' peratore Frederieo II I, preesidente tanctœ Moguntinm sedi reverendissimo in Christo pâtre, domino Theodorieo, pincema de Erpach, principe electore. Anno autem MCCCCLII per/ecit deduxitque eam ( divina fawente gratia ) in opus imprimendij opéra tamen ac muUis necessariis adinven^- UonUfus Pétri Schô/fer de Gemsheim, ministrisuique MU adoptivi, cui etiam filiam suam Christinam Fusthin pro digna kUforum multarum adinventionum remuneratione nuptui dédit. Retinuerunt autem M duo jam presnominati Johannes Fusth et Petrus Schôf/er Jumc artem in secreto (omnibus ministris ac familiaribus earum, ne iliam quoquo modo manifestarentJurt(furando adstrictis ). Çua tandem de anno domini MCCCCLXIl per eosdem familiares in diversas terrarum provincias diViUgata haud parvum sumsit incremmitum.
« Cet ouvrage a été imprimé Tan de Notre- « Seigneur 1 51 5, à Mayeuce, où l'imprimerie fut « ioventée pour la première fois par Jean Schœf- « fer, petit-fils de feu l'honorable Jean Fusth, < de Mayence, le premier auteur dt cet art mé- <c morable. Ce fut lui qui, par ses propres idées, «commença à imaginer et à porter toute son
(i) Souscription du Breviarimn secundum ritum Eeclesiœ Moguntinœ, iww. « Impressura Mogantis « tmpeDsls et opéra honesti et providi viri Johannis
■ Schœffer, clvls mogunUnl, cujus avuaprimus artis
■ impressoris fuit inventor et auator, anno saluti- « ferie incarnaUonls iiMW.in vigilia Nativltatis Mariie.» Les épitbètes que se donne Schœffer sont curieuses : Bonestusetprovidust Passe pour prévoyant, puisqu'il espérait transporter à sa famille l'honneur dû à Gutenberg ; mais certes le procédé n'est pas honorable.
(s) Bile se trouve également répétée et disposée en li^es décroissantes et croissantes ayant la forme d*X dans une seconde édition du même Breviaritan Uistoriœ Fremcorum de Trithême , réimprimé cum priviUgio cesareœ majestatisjussu et impensis honesti viri JoANMis Haselperg ex Aia majore Constamtiensi» diocœsis. Cette même souscrlpUon a été répétée par J. Schœffer en ibis, au bas du Breviarium *CLlesiœ Mindensis.
« attention à l'art de l'imprimerie l'andeNolte^ «Seigneur 1450, la treizième de riudictioii.
« Dans l'année 1452 , il perfectionna cet art, et « avec la grftce divine il le porta au point de « pouvoir imprimer à l'aide du concours et « des nombreuses et nécessaires inventions de « Pierre Schœffer de Gernsheim, son ouvrier « et son fils adoptif , auquel il donna en mate riage sa fille Christine Fusthin, comme digne « récompense de ses travaux et de ses nom- « breuses inventions. Mais les surnommés « Jean Fusth et Pierre Schœffer gardèrent se- ■ cret cet art ( tous les ouvriers et domestiques « s'étant liés par un serment de ne le découvrir « en aucune manière). Enfin en 1462 cet art, « divulgué en divers pays par ces mêmes em- « ployés, prit un grand accroissement. »
En 1518 on lit dans le privilège accordé à J. Schœfler par l'empereur Maximilien pour l'impression de Tite-Live en latin. « Maxioai* « lien, etc., à notre honorable, cher et fidèle « Jean Schœffer, chalcographe mayençais, « accordons notre grâce impériale, et étant in- « formé et instruit, sur la fui de dignes témoins, « que l'ingénieuse invention de la chalcogra- « phie dont son aïeul est l'auteur (1), par « d'heureux développements , s'est étendue « dans tout lemonde,etc.;voulantdoncàcause « de son aïeul , si digne de la faveur et de la « recommandation universelle , attendu cette « divine invention , protéger, etc., faisons défi fense à tout chalcographe, etc. (2).
Ulrich Hutten,Nicolas Carbacbiuset Érasme, dans des préfaces et lettres qui accompagnent cette édition de Tite-Live, confirment ces faits. Aucun d'eux ne parle de Gutenberg.
Il est toutefois singulier qu'en accordant à Schœffer ce brevet sur la foi de dignes témoins, la chancellerie impériale se soit mise en contradiction :
1° Avec la déclaration de Jean Schœffer luimême , qui dans sa dédicace au même empereur, treize ans auparavant, proclame Gutenberg l'inventeur de l'imprimerie;
2** Avec la concession faite en 1466 à Jean Mentelin, imprimeur à Strasbourg, par l'empereur Frédéric III, d'armes portant cette devise : Virtutem mente coronat, et avec cette indication : Primo typographie inventori ac suis concessum (3).
C'est ce même Frédéric 111 qui dès 1470 avait autorisé les typographes à porter des robes brodées d'or et d'argent, et leur avait ac*
(0 P^Oy. col. 894.
(s) Si toutefois ee privilège a Jamais existé.
(s) Le succès de la ruse du petit-flls de Faust, Jean Schœffer, aura. Je pense , encouragé le petlt«fils de Mentelin à chercher, à son exemple, à annihiler Gutenberg, dans l'idée que Strasbourg, rivale de Mayence, fermerait les yeux sur cette fnade pieuse, qui tendait à restituer à Strasbourg toute la gloire dont Mayence Tavalt frustrée.
TYPOCxRAtHlE
cordé des armes^e noblesse (1); en sorte, dit Meermao, que la typographie, au quinzième siècle, était exercée par des personnes de l'ordre de la chevalerie et de l'Église.
En 1Ô24, à la suite de l'édition de Saint- Prosper, onhlcei avis de Jean Schœffer :
« Cher lecteur, on a remarqué que les enfants ressemblent à leurs parents au physique et au moral ; ce qui n'est pas un motif pour ne pas savoir gré à celui qui suit les traces de ses ancêtres, lorsqu'ils les ont précédés dans la bonne voie. C'est ainsi que, pour ne point dégénérer de moft ueul maternel, Jean Faust, et de moo très-cher père , Pierre Schœffer, tous deux citoyens de Mayence, qui les premiers de tous inventèrent et mirent en œuvre la chalcographie dans cette ville, bien moins en vue de leurs intérêts quej de l'utilité publique, je me suis efforcé, autant que je l'ai pu, de faire avancer cet art et de découvrir dans la poussière des bibliothèques les plus anciens manuscrits dont j'ai communiqué les exemplaires à qui les voulait lire hors de mon imprimerie. Voilà quel fut mon but en publiant cet Opuscule de Saint- Prosper, copié sur un texte très-ancien. Si les lecteurs m'en savent gré, ce sera un puissant motif pour faire d'autres recherches de textes plus importants et plus rares, ceux surtout que je croirai profi* tables à la religion chrétienne. »
Prétentions de Bamberg.
Il estprobable que le démembrement d'one partie de l'imprimerie de Gutenberg précéda sa mort. C'est ce qui expliquerait comment le caractère qui lui avait servi pour l'impression de la Bible de trente-six lignes aurait paru subitement à Bamberg, si Ton adoptait Topi- Dion émise pour la première fois en 1794 dans un article anonyme inséré au Meusel Magazi' ne (2), où on attribue à Pfister l'impression de ia Bible exécutée avec ces mêmes caractères usés de la Bible de Gutenberg.
M. Léon de la Borde, qui adopte .et sou* tient cette opinion, l'appuie du renseignement extrait du manuscrit de la Bibliothèque de Cracovie daté de 1459 (Z) , où le chroniqueur anonyme dit avoir vu à Bamberg un graveur en lettres qui sculptait une Bible entière sur des planches ( lamellas), et qu'en quatre semaines il en imprima la gravure sur parchemin.
M. de la Borde , frappé de cette apparition subite à Bamberg, et dè^ 1459, d'une typogra-
(1) Il donna pour armes ans compositeurs an aigle etaax typographes on griffon dans les serres devraigle, et dans celles dn griffon est un tampon d'imprimerie , avec le casque ouvert, surmonté d'une couronne. Fugçer OEHerreiehUcheh Ehrenspiegel, I. v, c. II, p. ras, Nuremberg, leea, in-f». Et surtout les notes dn professeur Trotz sur H. Hugo , De Prima Scribendi Origine, p. sas-».
(9) Meusel Magasin, VII Stuck, p. n.
js) Voy. col. Ml.
phie en état d'exécuter aussi rapidement une impression d'une telle importance (ce qui suppose toutes les opérations préalables, telles que la gravure des poii^çons, la ifappe des matrices et la fonte des caractères), crut pouvoir l'expliquer en adoptant l'idée que Pfister, employé peut-être comme ouvrier chez Gutenberg, avait pu lui acheter ses caractères usés et les transporter à Nuremberg. « Ce « qui, dit-il, explique d'une manière aussi évi- « deute que naturelle la présence instantanée « en 1459 à Bamberg d'une imprimerie sans « précurseur, et sa disparition non moins su- « bite , sans continuateur, comme sans tradi- « tion (1). »
Mais Lichtenberger (2) me semble avoir démontré qu'on ne pouvait admettre qu'un ouvrage aussi considérable qu'une Bible en trois volumes in-foUo, et qui n'a pas moins de quatre cent trente-cinq feuillets, ait pu être imprimée en 1459 à Bamberg, dans l'espace de vingt-trois jours , selon le récit de Paul de Prague. £n effet, puisque d'après ce que nous apprend Philippe de Lignamiue (qui était luimême imprimeur), Gutenberg et Faust à Mayence , Mentelin à Strasbourg , et postérieurement Sweynheim et Pannartz à Rome, ainsi qu'Ulrich Gallus, imprimaient par jour trois cents exemplaires d'une feuille , il aurait fallu que Pfister consacrât pour l'impression de la Bible au même nombre de trois cents exemplaires quatre cent trente-cinq jours. On doit donc ne tenir aucun compte de cette opinion récente, appuyée sur ce récit du chroniqueur, et n'attribuer à Pfister que des impressions d'ouvrages à gravures accompagnées de texte, tels que 1 ® Recueil de quatre-vingt-dnq Fables en allemand, avec cent un sujets gravés en bois et accompagnés d'un teicte probablement xylographique, formant en tout vingt-huit feuillets, imprimé à Bamberg, en 1461, comme la souscription l'indique; 2** les Quatre Histoires de Joseph , Daniel , Judith et Ësther, en allemand (3), portant le nom de Pfister et la date
(I) Détnttt de l'imprimerie à Mayence et à iVuremberg, pages m et w.
(s) Initia Typogra^hica, p. si.
(3) Au soixantième feoiUet recto se trouvent treize lignes rlmées, dont voici la traducUon : « Chaque homme désire de cœur être savant et bien instruit; sans maître et sans livre cela ne saurait être ; d'ailleurs, nous ne savons pas tons le latin. Ces réflexions m'ont occupé quelque temps. J'ai réuni et rédigé les quatre histoires de Joseph, Daniel, Judith et Rester^ à bon escient. Diea accorda sa protection à ces quatre personnages , comme 11 le fait toujours aux bons. Ce livret, dont l'objet est de nous apprendre à améliorer notre vie, a été mis à fin à Bamberg. Dans cette ville Albrbcet Pfister l'a imprimé l'an où l'on compte mil et quatre cent deux et soixante .- telle est la vérité ; peu de temps après, le Jour de Saint- Walpurge^ qui peut nous obtenir grâce abondante, paix et ta vie éternelle. Amen. »
Voyez Camus, Notice d'un livre imprimé à Bamberg en i46a ( Paris, 1799 ).
6lô
de 1462 y ayant cinquante -huit feuillets et soixante et une figures, gravées sur bois, au bas desquelles est un texte de dix-sept lignes.
On doit aussi lui attribuer : 1° un Recueil de plaintes contre la Mort, avec les réponses de la Mort , formant vingt-quatre feuillets , avec cinq grandes gravures en bois ; 2® une Bible des Pauvres, formant dix -sept feuillets, avec un grand nombre oe gravures en bois. Ces deux ouvrages, qui ne portent point de date, sont annexés au Livre des Quatre Histoires, dans le précieux exemplaire que possède notre Bibliothèque Nationale. Les caractères sont identiques à ceux qui ont servi à ce Livre des Quatre Histoires.
Le récit du chroniqueur sur lequel M. de la Borde appuie son opinion s'applique parfaitement à celte Bible des Pauvres , c'est-à-dire à un abrégé de la Bible avec images en bois et explications, soit xylographiques, soit en caractères mobiles, et non à une œuvre typographique telle qu'une Bible' en deux gros volumes in-folio. Il est évident que les ouvrages de Pfister sont moins ceux d'un typographe que ceux d*un graveur en bois exécutant des images avec légendes, comme le faisait ce Libripa^ gus, c'est-à-dire ce graveur en relief, que Paul de Prague dit avoir vu taillant dans des planches en bois les figures de cette Bible des Pauvres (de dix-huit feuillets) (1) et l'imprimant tout entière en quatre semaines. Les légendes, gravées d'abord xylographiquement, ex solido ligno , auront été remplacées plus tard par un texte composé avec les caractères ayant servi à Gutenberg pour imprimer la Bible de trente-six lignes. Un fait nouveau, et qui me semble décisif, vient à Tappui de mon opinion. C'est l'identité des caractères de la Bible de trente-six lignes avec ceux du gros caractère employé dans les Lettres d'Indulgence, dont la date remonte à 1454, en sorte que si Ton attribue à Pfister Timpression de la Bible de trente-six lignes, parce que les caractères se reproduisent dans le Livre des Quatre Histoires , il faudrait par la même raison lui faire imprimer aussi ces Lettres d'Indulgence.
Il est notoire que Gutenberg possédait une imprimerie considérable, d'abord avec Faust et Schœffer, ensuite à lui seul; or, comment expliquer son oisiveté? M'est-il pas plus sim> pie d'admettre que Gutenberg avait prêté ou vendu des caractères à Pfister pour composer le peu de texte qui accompagne ses livres ornés de gravures.
Quant au Recueil des Fables dont l'exemplaire unique est dans la Bibliothèque de WoU fenbuttel, si le fac-similé qu'en donne Falken-
(0 Celle que décrit Camus, et qui existe à la Bibliothèque Nationale, a dix-huit feuillets, dont dix-sept im-
(MilI>CS.
stein est exact, non-seulement les caractères ne seraient point les mêmes que ceux de la Bible de trente-six lignes, mais par les différences notables que l'on remarque dans tes lettres, il doit être regardé comme xylographique.
ilfor^ de Gutenberg.
Gutenberg mourut un peu avant le 25 février i4od. L'acte suivant peut faire croire qu'il eut pour associé ou pour bailleur de fonds le docteur Homery.
« Moi le docteur Conrad Homery, je reconnais par les présentes que le très-haut prince mon cher maître (Tarchevéque Adolphe ) m'a fait remettre toutes les formes, les caractères, les outils et instruments faisant partie du métier laissés par Jean Gutenberg après sa mort, instruments qui m'appartiennent, et sont encore aujourd'hui en ma possession , et par contre Je m'engage à n'imprimer avec ces formes et caractères qu'à Mayènce seulement, et nulle part ailleurs. Quant à la vente des ouvrages , tout bourgeois de Mayenceaura la préférence, à égalité de prix sur un étranger, et sera servi avant tout autre.
« En foi de quoi j'appose mon sceau à cet écrit, fait le 25 février 1468 (i). »
Cette clause imposée par le prince archevêque Adolphe au détenteur de l'imprimerie de Gutenberg, de n'imprio^er qu'à Mayence, prouve l'importance qu'il attachait à la conservation de cette imprimerie comme monument d'une invention si honorable pour Mayence. Peu de temps après , elle fut transférée à EU vil, bourg attenant à Mayence, où le prince Adolphe avait fixé sa résidence. C'est là que Nicolas Bechtermuntze imprima en 1467 et réimprima en 1469 un dictionnaire (2), avec le même caractère que celui du Catholicon (3).
PIERRE SCHOEFFER.
Pierre Schœffer, qui survécut longtemps à Gutenberg, continua ses publications de plus en plus renommées, qui toutes portent son nom, ou quelquefois seulement son double écusson, imprimé ordinairement en rouge.
Schœffer a toujours soin de mentionner dans sa souscription que c'est lui Pierre Schœffer et Jean Faust qui sont les inventeurs de la gravure et de la fonte des caractères. Son fils Jean Schœffer reproduit perpéluellemeni cette mention, si flatteuse pour sa famille; et comme tous ceux de ses contemporains qui
(1) ff^urdtwein btblioth. Moguntina ; Aus^boiirgf
(2) Connu sous le nom de Ex quo. Z'es\. ^ ^{fet par ces mots que commence ce vocabulaire latin->aUemand.
(9) Ces deux éditions portent pour épigraphe : « Prœsens hoc opusculum non styli aut pennœ suffritgio, sed nova arti/lciosaque invencione quculam, ad eusebiam Dei, industrie per Nicolaum Bechtermuntze et H^igandum Spyesz de Orthenberg , in Mtavillaest co7isummatum, sub anno Dominifetc. Hine tibi, sancte pater...
écrivirent sur Torigine' de nmpriroerie s'adressèrent naturellement à Tun d'eux pour en obtenir des renseignements, les informations qn'ils en recevaient tournaient tontes au désavantage de Gutenberg.
Est-ce un sentiment de remords ou de sincérité, réveillé en Schœffer par la mort toute récente de Gutenberg, qui lui fit placer à la fln de son édition des Institutes de Justinien, imprimées par lui en 1468 , ces vers (t)où, sans que le nom de Gutenberg soit prononcé, deux Jean sont signalés comme premiers inventeurs de la graTure des caractères d'imprimerie, ce qui semblerait désigner Jean Gutenberg et Jean Faust, tous deux de Mayence ? Dans cette même pièce de vers il est dit que Pierre (Schœffer) vint s'adjoindre à eux; mais que bien qu'il fût venu le dernier, il dépassa ses deux devanciers; ce qui semble être une allusion au passage de l'Évangile de saint Jean, ch. xx , ▼. 3-8, où il est dit que saint Pierre , bien que saint Jean l'eût précédé, entra cependant Ce premier dans le sépulcre du Christ. Voici le passage; il suffit pour juger du style :
■os dédit (9) eilmlos scnlpendl in arte maRistros.
Col placet çn mactos (s) arte saglre (4) vtros, Oqob gennit ambos orbs Moguntina Joanaes
Ubrorum insignes protocliaragmattcos (s).
Cam qnibos optatam Petrus Tenit ad polyandrum (s),
Cursu posterlor, introeando prior; Quippe quibas prsstat scolpendi lege sagitos :
A solo dante lamen et Ingeniuin Natio qaxque snnm poterit reperlre caragma (r)
Secom : nempe stilo preminet omnigeno.
Ce qui veut dire probablement que Pierre Schœffer pénétra au fond le plus caché de la typographie par son habileté à graver les caractères, et surtout à les fondre.
Ses impressions avec Jean Fadst.
Nous indiquerons sommairement les principaux ouvrages sortis de l'imprimerie de Jean Faust et de Pierre Schœffer.
(i) A nemine intelUeta hactenus verba poetastri, dit Meerman. Tant il semble que chacun ait pris à tiche d'obscnrclr cette question ténébreuse.
Ces vers, qui font partie d'une sorte de poëme, donnent ane triste Idée du goât et de la latinité du correctear d'épreavea de Schœffer, maître Franciscas, qui en est l'autenr ou le collaborateur, autant que son latin barbare e*. presque inintelligible permet de le supposer.
(a) DeuÊ tous-entendu,
(3) Maeio» pour maçis auctos. Foy. Festns. Mactire eil empûtué par Plaute dont le ««fu'd'angere.
(4) Sagire et sagiios^ pour saginare. taginatos. «'<} De x^tpotYtJiAt mot grec employé quelquefois
poureAara^«r.
(u; Ducange, au mot polyandrum , nous apprend qu'an moyen Age ce mot était sonvent employé dans le sens de tepulchrum, monumentum. C'est une allusion à l'hymne OJllii et/Uiœ.
SmI Johagnes apostolos Cucarrft Petro citius , Ad moaitnientuin venit prias , Alléluia.
17) Ainsi tonte natton ponrn imprimer avec le cars'si^re d'écriture de sa langne, l'hébreu, le grec, etc.
Le premier et le plus remarquable est le ce' \khre Psautier de Mayence, dont nous avons déjà parié. Il semble que Schœffer, voyant que le mystérieux silence gardé jusque alors pour la publication de la Bible et de quelques autres ouvrages ne pouvait plus se prolonger, voulut<que le premier livre avoué publiquement par l'imprimerie démontrât la supériorité de la typographie sur la calligraphie. Dans ce but il multipHa le jeu des couleurs imprimées et des rentrées en rouge , en bleu et en noir, et surmonta des diffîcultéi qui sont encore un sujet d'étonnement.
Fier de ce chef-d'œuvre, il semble que dans la souscription imprimée en encre rouge au dernier feuillet , l'imprimeur porte défi à récriture en proclamant la beauté des lettres initiales, le luxe des dessins en couleur et l'art ingénieux d'imprimer au moyen de caractères sans recourir au moindre trait de plumé; enfin , c'est en rendant gloire à Dieu d'une aussi merveilleuse industrie , qu'il annonce l'achèvement de cette œuvre par les soins de Jean Faust de Mayence et de Pierre Schœffer de Gemszeim, la veille de l'Assomption de l'année 1457 (1).
Mais en proclamant ainsi ses titres réels à la reconnaissance de la postérité, Schœffer, par l'oubli affecté du nom de Gutenberg , les entache d'ingratitude; il eût été plus glorieux pour lui de rendre hautement justice à son prédécesseur.
En voyant dans cette souscription le mot spalmorum au lieu de psalmorum, tout imprimeur devra se consoler lorsque dans le grand nombre d'impressions exécutées de nos jours avec tant de célérité il découvrira quelqu'une de ces erreurs et transpositions de lettres qui blessent encore plus l'œil typographique qu'une note fausse blesse une oreille musicale. Ajoutons aussi pour notre consolation qu'on rencontre une pareille erreur dans la très-courte préface que Robert Estienne a placée en tète de sa belle édition du NoU' veau Testament grec, 1549, in-18, où le mot pulres au lieu de plures est la marque qui distingue la bonne édition (2).
En 1459 parut une nouvelle édition du Psautier de Mayence, imprimée avec les
(i) Presens Spalmorum Codex, vennstate capltallum decoratus rubricaUonibnsque snfflcienter disUnctus adinventione artiflciosa iroprimendi ac cliaracteri • zandl . absque calami nlla exaratione sic efflglatas, et ad eusebiam Del, indostrle est consommatns, pet Johannem Faust, civem mognnUnnm, et Petrnm Schœffer de Gernszeym , anno Doroini millesimo CCCCLVII, in TlgiUa AssumpUonis.
(s) Ce qoi rappelle cette épigramme piquante de Pons de Verdun :
C'est elle! Uien que je suis aise!
Oui , c'cat la bonne édition.
Les voilà . pages neuf «t aelie , Les deux fautes d'impreasioo Qui ne sont pas dans la mauvaise.
mêmes caractères ; mais la composition est oouvelle , les pages ont plus de lignes et elles sont plas longues. Aussi cette édition forme' cent soixante - quinze feuillets, tandis que Tautre édition n'en a que cent soixantetrois (1).
La faute spalmorum au lieu de psalniorum y est corrigée , et le titre de clerc ( clericus ) est ajouté au nom de Pierre de Gerns-
zeim (2).
La même année parut le Durandi RationaÎBt bel in-P de cent soixante-deux feuillets; on y Toit cinq lettres initiales ùrnées qui ont servi au Psautier ^ et qui sont également imprimées en rouge et en bleu. Dans quelques exemplaires ces capitales ne sont point imprimées ; elles ont été laissées en blanc pour être ensuite peintes à la main. (3). Les caractères sont petits^et de forme demi-gothique. Les titres des livres et chapitres sont imprimés en rouge , ainsi que la souscription , qui est la même que celle du Psautier de Mayence.
C'est le premier livre avec date qui soit imprimé en caractères fondus régulièrement (4).
En 1460, tandis que Timprimene de 6utenberg faisait paraître le Catholicon et la Bible de trente-six lignes (5), celle de Faust et Schœffer publiait les Constitutiones Cle-
(0 Pierre Schœffer en a donné encore deux autres éditions, en 14M et en iima. Dés la troisième édition les caractères sont trèt-fatigaés ; ce qui prouTC qu'ils étaient en plomb , en étain , et que la matière n'avait pas obtenu la résistance nécessaire qu'elle acquit plus tard en alUant divers métaux. Slis avalent été en bois, ils n'auraient pas été aussi vite usés.
(s) Ville sur les bords du Rhin.
(S) Ces différences existent sur deux exemplaires 4e notre Bibliothèque Nationale, qui en possède un troisième, Imprimé sans la souscription. Sur 4a éditl<His de cet ouvrage que Bain a décrites dans son Manuel dix ne portent aucun nom de ▼ille ni d'imprimeur et sont sans date.
(4) Au dernier feuillet de l'exemplaire sur vélin de la Bibliothèque NaUonale est cette note manuscrite : eonsistU ducatis decemoeto, emptus anno i46i.
(5) C'est à celte année I460 que l'on assigne l'apparition de la Bible sans date . que dans ces derniers temps quelques bibliographies ont cru pouvoir attribuer à Pflster.
Cette Bible commence ainsi :
rin-i rater Am-
L'- 1 brosîus mi-
cbi tua munoscala perforao» de-
£lle est imprimée à deux colonnes, contenant trentesix lignes chaque ; l'ensemble forme huit cent quatre-vingt-un feuillets (44» pour le 1. 1 et azh pour le t. II ). C'est la Bible attribuée Jusqu'à ces derniers temps à Gutenberg.
Oo a prétendu qu'il y avait eu deux éditions de cette Bible, et que la seconde fut imprimée ligne ponr ligne, et avec les mêmes caractères, mais plus usés. Je n'en crois rien ; mais J'espère pouvoir un Jour consacrer le temps nécessaire à ces questions ; toutefois. Je le répète , elles ne peuvent être résolues qu'en ayant les monuments mêmes sous les yeux et en les comparant simultanément.
Une autre Bible , également sans date , commence
ainsi :
rater Ambrosius tua
I F I michi monusculu perfc-
*■ ■'rëi, etc.
Elle est en caractères goUiiques, que l'on croit être
mentis V papœ. Les caractères des gloses sont les mêmes que ceux du Eationale Durandi , mais ceux du texte sont plus grands et sont identiques à ceux de la Bible de 1462, imprimée par P. Schœffer, en caractères semigothiques. La souscription des Constitutiones est semblable à celle du Psautier et du DU' randi RatUmale , moins les mots venustaie capitalium decoratus ; en effet les capitales ornées qui figurent dans le Psautier et le Durandi Rationaleue reparaissent plus dans les autres impressions de SchœfTer. Peut-être le métal des matrices et des lettres clichées s*était-il oxydé , ainsi que cela nous est arrivé pour les matrices en plomb de lettres fleuronnées, gravées en bois (1).
En 1462 parut la Bible Latine en deux yol.
in-f*, avec la même souscription que celle des Constitutiones démentis V, excepté que le nom de Pierre Schœffer figure seul (2) . Quoique tous les exemplaires portent la date de 1462, on remarque des différences dans la souscription. Quelques exemplaires n'ont point la phrase : Ariificiosa adinventione imprimendi seu caracterizandi , absque ccUami exaratione, sic effigiatus. On signale encore les mots Diotesis et Virgims pour Diocesis et Virginis que portent d'autres exemplaires. Ailleurs le mot opusculum est remplacé par opti5 (3). Pourquoi «es différences PMaittaire, Annales Typ., 1. 1, p. 272, le père Lelong, Bibliothèque Histé, p. 575 , Panzer, Annal.
Typ.f t. II, p. 114, et beaucoup d'autres ont signalé ces variations sans pouvoir en deviner le motif. Le seul, à mon avis, qu'on puisse admettre, c'est que déjà s'était développé chez les bibliophiles du temps le goût des curiosités et raretés, et que l'imprimeur aura touIu,
ceux de Mentelln. Elle a quarante-neuf lignes par colonne dans les pages entières, et forme quatre cent vingt-sept feuillets.
11 serait Inutile de s'étendre davantage sur ce su- Jet. Il existe encore cinq autres éditions de la Bible in P, sans date, à la Bibliothèque Nationale.
(1) M. Née de la Rochelle, dans son Éloge historique de Gutenberg, rapporte l'opinion de Mauroboni, qui pense qne l'abandon des lettres fleuronnées. des capitales en couleur , et même des rubriques exécutées par l'impression, fut motivé par les plaintes des anciens clercs et écrivains publics, enlumineurs , rubricateurs et décorateurs de manuscrits, qui se trouvaient privés de tout travail par ces inventions nouvelles.
(8) Le tome f a deux cent quarante-deux feuillets, le tome II deux cent trente-neuf, en tout quatre cent quatre-vingt-un; les colonnes ont quarantehuit lignes. Les caractères, demi-gothiques, sont trèsbien gravés et fondus. Les titres et sommaires sont Imprimés en rouge. Les lettres initiales des livres et chapitres ne sont pas imprimées, afin de pouyolr être peintes à la main.
(s) Sur quatre exemplaires que possède la bibliothèque du British Miueum J'ai vérifié qne trois portent la
phrase opusculum artificiota.,,.; mogtÊntina
mais que le troisième porte artifleôsa et ntaguntina. et qu'au quatrième exemplaire la phrase ectière ar tifteiota...^ efjlgiatum manque. Le mot virg^ est remplacé par virgims.
pour dure d'autant plus rechercher ses éditions par les amateurs, pouvoir affirmer à chacun d^eox qu'il posséderait un exemplaire différent de celai d'un autre amateur. Ces changements ont dû entraîner une grande perte de temps; mais il ne faut pas croire qu'à cette époque on mettait autant de prix au temps qu'on le fait aujourd'hui.
Pendant les années 1463 et 1464 aucun ouvrage ne sortit des presses de Faust et Schœffer. Alors eut lieu l'émigration en Italie de Conrad Swey nheim, d'Arnold Pannartz et d'Ulrich Hatk,dit GalluSy qui quittèrent Tiraprimerie de Faust et de Schœffer pour aller s'établir , les deux premiers au couvent de Subiaco et l'autre à Rome. C'est vers la même époque qu'apparaît le Français Nicolas Jenson, habile graveur , envoyé par Louis XI pour s'instruire dans l'art de Pimprimerie (1).
En 1465 parut Pin-fol. intitulé Sbxtus Dr- CRETALiUM LiBER. Quoîqu'il n'y ait eu qu'une seule édition, la souscription diffère dans quelques exemplaires. Les uns portent le texte ordinaire : Presens opus non atramento, plumait canna, etc., industrie est consum^ matumper Johannem Fust, dvern Mogunti num, et Petrum Schœffer de Gernszheim, A d'autres on a ajouté cette phrase, prise du Catholicon de 1460 : Aima in urbe Moguntina, inclyte nacionis germanice, quam Dei clementia tant aliiingenii lumine donoque gratuito ceteris terrarum nacionibus pre* ferre illustrareqtie dignatus est. Phrase que Schoêffer n'a jamais reproduite.
Faust seul.
Cette même année, sous le nom seul de Faust, ainsi que l'indique la souscription , parut la première édition des Offices de Cicéron , format in-quarto , avec le même caractère que celui du Rationale, Voici cette souscription : Presens Marci Tullii clarissimum opus Johannes Pust, Moguntinus civis, non atra^ mento, plumali canna neque aerea, sed arte quadam perpulcra. Pétri manu, pueri met, féliciter effeci,Jinitum, anno 1466.
De tous les écrivains de l'antiquité païenne Cicéron est le premier qui eut les honneurs de l'impression, et le débit du Traité de Officiis
(I) Sar un ancien manuscrit des Monnaies de France depuis Philippe-Auguste fusqt^à Louis XI Où lit cette note marginale à côté de l'empreinte des premières monnaies de ce roi : « Ayant su qu'il y « avoit ù Mayence gens adroits à la taille des poin- « cens et caractères au moyen desquels se pou voient « multiplier par l'impression les plus rares manus- « crits, le roi, curieux de toutes telles choses et au- « très, manda aux généraux de ses monnoies y dé- « pescher personnes entendues à la dite taille , pour « s'informer secrètement de l'art et enlever subtilece ment l'Invention ; et y fut envoyé Nicolas Jenson, « garçon tage, et l'un des bons graveurs de la mun- « noie de Paris. » Foy. De Boze , Mém. de PAcad, des Insc. et Belles- Lettres, t. XIV, p. «se.
fut si rapide, que ie 4 février de l'année suivante Faust le réimprima (1).
Un précieux exemplaire de cette édition de 1466 existe à Genève, avec cette note ma* nuscrite, dont voici la traduction : « Ce livre a m'appartient à moi Louis de la Vemade, of- « ficier et chancelier de monseigneur le duc « de Bourbon et d'Auvergne, président du par- Ci lement de Languedoc; il m'a été donné par (c Jean Faust susdit, à Paris, au mois de juillet « 1 466y lorsque je m'y trouvai pour la réformà- « tion générale du royaume de France (2). »
On a remarqué des différences dans quelques exemplaires ; aux uns les écussons sont en rouge, d'autres n'en ont point. Les caractères grecs qui y paraissent pour la première fois sont grossièrement exécutés.
Son procès en sorcellerie.
On ne saurait admettre l'existence de ce procès intenté, dit-on, à Faust et dont le parlement de Paris Taurait déchargé. Maittaire, Chevillier, le père Lelong et beaucoup d'autres ont rejeté cette assertion, fondée sur ce que tous les exemplaires de la Bible que Faust avait apportés étaient tellement conformes entre eux, qu'ils semblaient produits par des moyens surnaturels.
Gabriel Naudé n'admet pas non plus cette opinioÀ. Seulement, et d'accord en cela avec Besoldus, dans sa dissertation de Typogra* phia , avec Hoffman, dans son Lexicon Hi»toricum, avec Struve, André Rivinus, La Caille, Patér et avec l'abbé Mercier, il dit qu'une action en survente hit intentée à Faust^ comme ayant vendu à des prix trop élevés, et pour manuscrits, des livres qui étaient le résultat d'une impression (3).
Le plus ancien document qui paraisse indiquer que Faust ait éprouvé des contrariétés en pays étrangers se trouve dans VOratio Germanias ad Deum 0. M. et principes pro Libertate Germanise , qui porte la date de 1519 (4). C'est un/ac^um contre la France, où
(I) Panzer donne le titre de près de trois cents éditions d'ouvrages de Cicéron imprimés en Europe Jusqu'à la fin du siècle de l'InvenUon de l'imprimerie, c'est-à-dire en quirrante années ; tant le nom et le talent de Cicéron conservaient encore de pouvoir!
(a) tt Hic liber pertinet micbi Ludovlco de la Vemade^ miiiti , canceUario domini mel duels Borbonil et AI' vernie y ac prœsldenti pariamenti lingue Oecitanie, queni dédit michi Jo. Fust snpradlctus Parislis, in mense Julii , anno Domlnl MCOOCLXn. Me tonc existente Parisiis pro général! reformatlone totins Francorum regnUf^i'ndiciœ Typographe p. ei, Strasb. 1760. — M. Bernard, qui s'occupe d'un grand et consciencieux travail sur les premiers monuments typographiques, m'a dit avoir vu cet exemplaire à Genève.
(8) roy. pour plus de détails Htst. de l'imp., par P. Marchand, et le supplément par l'abb* Mercier. roy. aussi les Monumenta Typographie*^ de Wolf.
(4) Elle se trouve dans la Collection des écrits publiés au décès de l'empereur Maxlmilien I. Ex offieina Sigism, Grisn, Medici, et Marci fFirsung, an. iki». 1 in-i».
se trouve ce passage : « Car ils ent agi tyranniquement à l'égard de mon premier typographe» qui était allé Tendre des livres dans leur pays, où on lui retint de force ce qui lui était dû (1). »
Voici le récit de Walkius (2) :
« J'ai entendu dire à Henri Schore, Belge, prévôt de Suburge, qu'avant même que la typographie , cet art nouveau dont je viens de vous parler, n'eût transpiré au dehors , et qu'on en faisait encore un mystère, un certain Faust, qui à Mayence travaillait assidûment à cette nouvelle découverte, possédant quelques volumes de la Bible imprimée par lui, se rendit à Paris avec ses exemplaires, afin de chercher à tirer profit de ce nouveau produit. Et tandis que précédemment le prix d'un seul exemplaire de la Bible, tout en parchemin, qn'un scribe laborieux et diligent ne pouvait parvenir à copier qu'après un long espace de temps, s'élevait jusqu'à quatre ou cinq cents couronnes , Faust vendît ses exemplaires an prix, bien inférieur, de soixante couronnes (3).
« Ce fut d'abord pour les acheteurs un grand sujet d'étonnement que la parfaite ressemblance des exemplaires entre eux , ressemblance qui était telle que dans un nombre si immense de lettres , dans une suite si étendue de textes, enfin dans la distribution même des mots, il ne se trouvait pas un seul i, pas même un seul trait, qui ne fussent exactement pareils à ceux des autres exemplaires. Toutes les pages, au contraire , tous les passages concordaient entre eux avec la plus parfaite régularité. Personne ne pouvait comprendre la cause d'une si étonnante ressemblance. Or, comme les acheteurs hésitaient, et que la vente traînait en longueur, Faust céda quelques-uns de ses exemplaires au prix de cinquante couronnes ;... enfin il en baissa le prix jusqu'à qua* raiite couronnes et même moins. Mais plus tard ceux qui avaient acheté cette Bible les premiers, ayant appris que d'autres après eux avaient obtenu de Faust le même ouvrage pour un prix bien inférieur et même presque pour rien , informés en outre de la découverte d'un nouveau et admirable procédé pour reproduire à IMnfini les caractères écrits jusque alors, accusèrent Faust de les avoir trompés. Ils lui reportèrent donc l'ouvrage et réclamèrent leur argent, prétendant qu'il leur avait fait payer deux fois , trois fois et même quatre fois la valeur véritable de son livre. Pour ravoir
(1) Nam lo primnro mearo cbalcographum , qui IIbros m eorum terris vendidit, pretio apad se vi détente, tyrannidem eiercaerunt.WoK ajoute ces mots: hœc verba ad Jo. Faustum, Parisils Uiblia latina vendeiitem, spectant.
(a) Dans la Decad. Pabul. Gêner. Hum., fab. /X, p. 181, Strasbourg, I609, 1d-4<*.
(s) IM Journalistes de Trévoux, octob. iria, p. I7SI, évalaent les couronnes de ce temps-là à 7 fr. » sous de France.
leur argent ils employèrent tons les moyens, et ne laissèrent ni trêve ni repos au malheureux artisan. Revenu de Paris à Mayence, Faust n'y fut même pas à l'abri de leurs réclamations, et se vit contraint pour leur échapper de quitter Mayence et de se sauver à Strasbourg (1). «
Strasbourg ni Mayence ne fournissent aucun renseignement sur ce retour de Faust. Un acte de la paroisse de Faust ( Saint-Quintin près de Mayence) de Tannée 14671e déclare décédé (seligen), et pourvoit à son remplacement comme juré (2). A dater de 1467 le nom de Faust ne parait plus sur aucune des éditions que publie P. Schœfîfer.
C'est en 1466 que la peste fit périr à Paris quarante mille personnes. On croit que Faust fut du nombre des victimes.
Au Nécrologe de l'abbaye de Saint' Victor, à la date du 3 novembre 1471, on lisait: « Anniversaire des honorables Pierre SchœfTer, Con< rad Henlif et Jean Fost, citoyens de Mayence, imprimeurs en livres , et de leurs épouses , fils , parents , amis et bienfaiteurs. Lesquels Pierre et Conrad nous ont donné les Épitres de saint Jér&me, imprimés sur parchemin pour la somme de douze écus d'or, que lesdits imprimeurs ont reçus des mains de dom Jean/tibbé de cette église. »
Il parait résulter de cette note qu'à la mort de Faust, Conrad Henlit devint associé de Pierre Schœffer, mais sans que son nom figurât aux impressions , puisqu'elles ne portent que celui seul de Pierre Schœffer. .
(t) Un fragment d'une lettre de Charles Elyslus adressée ft Edw. Tyson, qui se trouve dans les Transactions Anglaises, année i7os, mois de Juillet, n**i86. p. Hie, répète à peu près les mêmes faits. Elyslus a)onte qu'à cette époque bien des llTres imprimés ont été vendus pour manuscrits, et qu'en effet il a m des livres sans date qui lui ont semblé j)ien plus anciens que ceux qu*il a vus datés.
Dans la dissertation ^r les premiers Inventeurs de l'art typographique on trouve ces autres détails : n Faust ayant apporté à Paris des exemplaires de ces Bibles, dont plusieurs, imprimés sur vélin étalent ornés de lettres et vignettes, les Tendit comme manuscrits à un prix excessif. Mais les acheteurs, frappés du grand nombre et de la similitude des exemplaires, l'accusèrent de magie. Traduit pour ce fait en Justice, U dut s'enfuir à Mayence. Sur ce, le parlement de Paris rendit un arrêt qui débouta Jean Faust de toute accusation et acUon intentées contre lui sur le fait de la vente des Bibles, attendu qu'ils étalent le produit d'une nouvelle Invention, inconnue encore à Paris »
J'espère beaucoup du zèle de MM. les élèves de l'école des Chartes pour nous découvrir quelque document sur le séjour de Faust à Paris et sur l'action en fturvente qui lui fut intentée. Nous leur devons tout récemment la connaissance d'une quittance de la main de Pierre Schœffer. signée par lui à Paris, à la date du 90 Juillet \%m, pour un exemplaire de son édition de la Seeunda Secundœ de saint Thomas d'Acquin, imprimée à Mayence le a mars |467, et vendue par lui au prix énorme de quinze écus d'or aux pensionnaires du collège fondé à Paris en 1370 par le cardinal Bertrand, évêque d'Autun. {Bibliothèque de l'Éc^e des Chartes , 1. 1 , s* série , p< m. )
(s) ff^urdtM;ein,JBiblioih. Moquntîna, t7«7, p. sjs
Pierre ScnoEFPEH seul.
Lefl principaux ouvrages imprimés par Pierre Schœf fer seul sont :
En 1 467, la Secunda Secundae de saint Thomas, in-folio. On croit que la Prima Pars S. Thomœsuis date, à deux'colonnes, est plus ancienne. Cette même année il imprima une nouvelle édition des Constitutions du pape Clément F, in-folio.
En 1468, les Institutions de Justinien, dont nous avons parlé plus haut.
En 1469, le Quatriscriptum de saint ThomaSf et les Épitres de saint Jérôme; deux volumes in-folio, édilion postérieure à celle de Rome de 1468.
En 1470, un dictionnaire des termes de la Bible, portant le nom àtMammotractus, c'està-dire le lait extrait des mamelles , et la se* coode édition do Sextus Decretalium,
En 1471, Va2ér6-itfaa;tm6. La troisième édition des Constitutions du pape Clément F.
La Prima Secundœ de saint Thomas,
En 1472, la Bible en deux volumes ;. grand in-folio, réimpression, page pour page , ligne ponr ligne et avec les mêmes caractères employés dans rédition de 1462. On y a corrigé la faute qui existait aux précédentes éditions et mis narihitsM lieu deaurtbus, Isaîb, XXXYII, 29 (1). -- Une nouvelle édition do Catholicon et des Institutions de Justinien, — Le Decretum Gratiani , grand in-folio.
Nous bornerons ici la liste des éditions don* nées par Pierre Schœffer.
En 1475 une ordonnance do 21 avril, signée de Louis XI , autorise la restitution à Conrad Hennequis et Pierre Schœffer, marchands bourgeois de Mayence, de la somme de 2,425 écos et 3 sols tournois provenant do la saisie faite par droit d'aubaine sur les livres trouvés en la possession de Herman de Statteren ou SCathoen de Munster, mort à Paris. Dans celte ordonnance il est exposé :
« Qu'ils ont occupé grant partie de leur temps. « à PlDdustrie, artetusaige derimpression d'es- « criture, de laquelle, par leur cure et diligence, « ilz ont fait faire plusieurs baulx livres singa* t liera et exquiz «tant ^d'histoires que de diverses « sciences dont ilz ont envoyé en plusieurs et « divers lieux, et mesmement en nostre ville et « dté de Paris , tant à cause de la notable uni- I versité qui y est, que aussi pource que c'est « la ville capitale de notre royaume, et ont com- «« mis plusieurs gens pour iceux livres vendre
• et distribuer, et entre autres à un nommé n Herman de Statboen (2), etc., et esticelui
% « Statboen allé de vie à trépas en nostre dite « ville de Paris. Et pource que , par la loi gé- ■ nerale de nostre royaume, toutes fois que aul-
• cun estraogier et non natif d'icelui notre
(f ) Ponam ergo ctrculnm in naribus tais.
iA) On ironve ailleurs écrit Hermann de Stratten.
« royaume, va de vie à trépassement , sans « lettre de naturalité et habilitation et puissance c de Nous de tester , tous les biens qu'il a en <i notre dit royaume, à Teure de son trépas-, a nous compétent et apparUennent par droit n d'aubainage, et que le dit Statboen estoit da « la qualité des susdits et n'avoit aulcune lettre R de naturalité ne puissance de tester, nostre (c procureur ou aultres nos officiers ou commis- K saires furent prendre, saisir et arrêter tous li- « vres et aultres biens qu'il avoit en ce lieu, et «'•depuis et avant que personne se soit venu « comparoir pour les demander, iceux livres « et biens là plupart ont été vendus et adene- V rez , et les deniers qui en sont venus distri- « buez , etc. ; attendu que Conrad Hannequlf et « Pierre Schœffer ont fait remonstrer que, com- « bien que les ditz livres fussent en possession Ci du dit Statboen à l'eure de son dît trespas , « toutesfois Une luy appartenoientpas, mais vé- « ritablement compectoient et appartenoient « aus ditz exposans , etc. , pourquoy nous , les « choses des sus ditz considérées, et mesmement « pour considération de ce que le très haut et « très puissant prince nostre très chier et très I amé frère , cousin et allié le roi des Romains R nous a escript de cette matière, aussi que les ditz « Hannequis et Scheffer sont scdïjects et des pays R de nostre très chier et très amé cousin l'ar- « cevesque de Mayence , qui est nostre parens , R amy confédéré et allié, qui pareillement sur ce t nous a escrit et requis , etc. , ayant aussi con- R sidération à la peine et labeur que les ditz ex- R posans ont prins pour le dit art et industrie R de impression, et au proulit et utilité qui en Cl vient et peut en venir à toute la chose pua blique, tant pour Taugmentation de la science < qn'aultrement , etc., nous sonunes libérale- R ment condescendu de faire restituer aus ditz « Conrad Hennequis et Pierre Scheffer la dite I somme de 2,425 escus et 3 sols tournois. »
Cet acte de libéralité de la part de Louis XI est d'autant plus remarquable que le procès intenté contre Faust pour avoir vendu des Bibles imprimées comme étant des manuscrits était encore en instance en 1470.
Pierre SchœfTer mourut en 1502. Son fils Jean lui succéda de 1503 à 1533.
Jean Schocffer.
Un des premiers livres qu'il publia fut la traduction allemande deTite-Live; Mayence, 1 505. C'est là que se trouve la dédicace à l'empereur Maximilien où Jean Schœffer mentionne Gutenberg comme l'inventeur de Vlmprimerie.
Les Tivres qu'il imprima furent pour la plupart destinés à la religion. Cependant il donna aussi une édition latine de Tite-Live; la collection des Inscriptions romaines dont Conrad Peutinger est l'éditeur ; la traduction latine d'Appien, 1529, où il déclare dans hi souscription, ainsiqu'il Tavaitfait dès 1521 dans l'édition de saint Prosper, que c^est son aïeul qui inventa le premier la chalcographie à Mayence.
L'IUPRIHERIE a STRASBOURG.
Quoique ce soit à Mayence que la première Bible et les premiers liyres datés ont para et que ridée de reproduire an moyen de Timprimerie de grands ouvrages fût le bnt que Gu« tenberg s'était proposé à Strasbourg dans son association avec Dritzehein^ il me parait trèsprobable que, tout en cherehaot à atteindre un plus important résultat, Gutenberg associé avec le laborieux Dritzehein (1), et assisté de rorfè?re DOnn et de Heiiman, dut exécuter quelque impression peu importante et anonyme à Strasbourg , soit quelque Donat, quelque vocabulaire, ne fût-ce enfin qu'une édition de la Bible des Pauvres on Spéculum Bumanœ SalvaUonis,
Nous savons par Zell que les Dona^mprimés en Hollande donnèrent à Gutenberg Tidée de la typographie; or, il est certain qu'une presse fut exécutée à Strasbourg, et nous savons même le nom de son constructeur.
11 est également certain que les formes, soit en caractères mobiles, soit xylographiques, étaient placées sur cette presse, où on les y imprimait.
On ne peut disconvenir qu'il existe un grand nombre d'éditions toutes sans date, sans nom d'imprimeur, ni de lieu , et l'on sait même que plusieurs ont totalement disparu.
Pourquoi donc ne pas admettre que quelquesunes d'elles ont pu être exécutées là où nous savons qu'il y avait une imprimerie en acti' vite.
Dans quelques ouvrages les planches en bois, que l'on croit avoir été gravées à Harlem , se retrouvent les mêmes, mais accompagnées de textes dont les caractères diffèrent Ne se peutil pas que Gutenberg ait imprimé quelqu'une de ces éditions en faisant venir les planches de Harlem?
Par là s'expliquerait ce qui peut être admissible dans le récit de Junius et d'Atkinset dans les prétentions de Harlem. On concevrait alors qu'un vieux relieur qui avait vu imprimer chez son maître les images qu'il vit reproduites par Gutenberg ait voulu revendiquer l'honneur de ia priorité pour sa ville natale, lorsqu'il connut l'importance qu'on commençait à attacher à Pinvention de l'imprimerie.
Nous avons déjà parlé des prétentions erronées de ceux qui , regrettant de voir une partie de la gloire de Gutenberg transportée de Strasbourg à Mayence, voulurent créer en Mentelin un nouvel inventeur de l'imprimerie ; mais les droits des deux villes sont tellement égaux, qu'à chaque jubilé les fêtes de la Conception et celles de la Nativité de Fimpri-
(i) Dans le procès de Strasbourg on le voit occupé lour et nuit aux travaux relatifs à riroprluierie.
HERiB doivent être célébrées de siècle en siècle, l'uue à Strasbourg , et l'autre à Mayence.
L'importance que chaque ville attachait à cette découverte, qui complétait le don de la parole et l'art de l'écriture, ne doit point nous étonner; l'homme se seiftait par elle encore plus supérieur au reste de la création.
Mentelin.
Sans être l'inventeur de l'imprimerie, Mentelin, dont Tattention fut peut-être éveillée par le procès de Gutenberg à l^rasbourg, et qui longtemps ne mit ni la date, ni son nom, m celui de sa ville aux nombreuses impressions que Panzer (1), Maittaire et ceux qui ont traité de l'origine de l'imprimerie lui attribuent généralement, a pu s'occuper en silence des divers procédés de l'imprimerie concurremment avec ce que faisaient à Mayence Gutenberg, Faust et Schœffer. Il est vrai que le premier livre qui porte son nom ne date que de 1469 (2); mais les caractères en sont petits, ce qui indique des progrès dans Part de graver et de fondre, et suppose des essais antérieurs.
Philippe de Ligoamine, dans la Chronique qu'il imprima à Rome en 1474, dit, en rendant compte des faits qui se rapportent à l'année 1458 :
« Il est'de notoriété que Gutenberg de Stras- « bourg et un autre nommé Faust , habiles « imprimeurs sur peaux , impriment chacun « avecde8caractère8fondns,troiscentsfeuilles « de papier par jour à Mayence ; et l'on sait « que Jean Mentelin , habile aussi dans cette « même industrie, imprime également à Stras- « bourg, ville de la même province, autant de « feuilles chaque jour. »
L'un des premiers et des principaux livres imprimés sans date attribués à Mentelin est la Bible en allemand^ que l'on croit antérieure à 1466, d'après la souscription écrite sur un exemplaire à Stuttgard par le rubricateur, qui dit avoir fini en 1466 d'enluminer ce livre imprimé par le vénérable J. Mentel de Strasbourg (3). Panzer fait observer que les caractères sont les mêmes que ceux de Vàrt de Prêcher p&r saint Augustin, dont l'impression, regardée comme plus ancienne , est aussi attribuée à MenteUn.
Une autre Bible latine, imprimée avec de grands caractères, ayant quarante-neuf lignes à la colonne, parait antérieure à la précédente.
(I) jinncOêS Tvp.f 1 1, p. «7-76.
(s) jistexetntis De casibus Conscientiœ. Voici laioni^ cription ; Explicit summa fratris Aitexani arte impretsoria formata per veneraffilem virum ioh, è Mentel anno Domini MGGCCLXIX, I4W. Cette date est à la fois en chiffres romains et en chiffres araJbes.
(3) Un autre exemplaire, à Munich, porte : « Achetée le 97 Juin iMe, non reliée, ponr doue florins. » D*antres semblables annotaUons snr d'autres exempUlres sont datées de 14«7. ^oy. pour pitis de ûétafls, Lichtenberger, Initia TypograpMea^ p. m.
Sur un des exemplaires on voit écrite par le rabricateur la date de 1466.
Le plus important de tous les ouvrages imprimés par Mentelin est jcelui en dix volumes ia-r intitulé Spéculum Vincentii liellovads, morale^ naturale^ doctrinale et historiale.
Les trois premiers volumes n'indiquent ni date, ni lien, ni nom d'imprimeur. Ensuite Mentelin ajoaU son nom. Puis sur un volume postérieur on voit paraître la date de 1473.
D'antres ouvrages sont encore attribués à Mentelin par Panzer; tous sont imprimés avec des caractères fondus.
Un acte mortuaire de la cathédrale de Strasbourg porte simplement : « Jean Mentelin , imprimeur, mort le samedi d'après la Conception de la Vierge Marie l'an 1478, et le service fut sonné à la grande cloche. »
Eggesteïn.
Il parait que l'association entre J. Mentelin et Henri Eckstein ou Eggestein, maître ès-arts en philosophie, dontGebwilerditavoir lu l'acte,
n'eut pas de suite.
En 1471 l'imprimerie d'Eggestein donna en 2 volumes, grand in-f», le Decretum Gratiani avec la glose. On y lit cette inscription :
... artificiosa adinvencione imprimendi, absque ulla calami exaratione^ siceffigia-' tum et ad laudem omnipotentis Dei est consummatum per venerabilem virum Heinr.
Eggestein^ artium liberalium magistrum civem inclite dvitatis Argent. 1471.
Les caractères sont en gothique gras, imitant l'écriture. La glose est en plus petit caractère; elle entoure le texte de toutes parts avec un véritable mérite typographique.
La même année il publia, en un autre caractère et in-P», la Constitution de Clément V avec la glose. Eggestein y déclare avoir déjà imprimé ôHnnmnbrables volumes de droit humain et divin.
Parmi ce grand nombre de livres qu'il aurait imprimés avant 1471 on compte deux éditions de la Bible latine in-f**, sans date, ni lieu ni nom d'imprimeur. Il parait même qu'il en aurait publié encore une autre plus ancienne, portant de la main du rabricateur l'indication de Benri Eggestein et l'année 1468 (1).
En 1619 Lazare Zetner introduisit la distinction de Y\J et du J dans les lettres capitales, et en fit fondre les caractères.
L'imprimerie de Strasbourg à soutenu en tout temps sa réputation, et la soutient encore de nos jours par les efforts que fait de père en fils la famille Silbermann pour maintenir son art au niveau des progrès hicessants de la typo-
(0 Pour plus dé détaUs sor l' Imprimerie d'Eggestein et «or les Imprimeurs de Strasbourg, on doit recourir h Panier et i Uohtenbergcr.
graphie et de la polychromie, cette nouvelle application de la presse de Guteiiberg.
IMPRIBIEBIE EN ITALIE.
Au couvent de Subiaco,
Nous avons dit qu'à la suite des troables survenus à Mayence en 1462 et 1463 il y eut une émigration d'imprimeurs portant leur art dans les villes les plus civilisées de l'Europe. Rome, alors le centre de la civilisation, devait y voir s'élever la première imprimerie; mais avant de l'y établir Conrad Sweynheim et Arnold Pannartz s'arrêtèrent au couvent de Subiaco, près de Rome, où ils imprimèrent le Laetance, en 1465, et un Donat destiné à l'éducation des enfants.
L'édition de Laetance est fort belle; le caractère, dont la forme est encore un peu gothique, se rapproche cependant du type romain ; il est bien gravé et bien fondu ; le papier est beau et bien collé; les marges grandes et l'encre fort noire. Les passages grecs sont laissés en blancs pour être remplis à la plume, excepté vers la fin où ils sont imprimés en caractères grecs, dont la forme est ronde et non penchée. 11 n'y a ni accents, ni esprits, ni lettres capitales.
En 1468 ils imprimèrent la Cité de Dieu de saint Augustin (1) etlesépltres de saint- Jérôme, 2 volumes in-f*.
l'imprimerie a ROME.
Une noble famille offrit à ces imprimeurs allemands un palais à Rome pour y transporter leur imprimerie. Les Épttres de Cieéron furent le premier livre qu'ils y imprimèrent ; on y lit à la fin ces vers :
Hoc Conradus opus Sweynheym ordlne mlro
Arnoldiisquc slmul et Pannartz ona œde colcndl Génie teulonlca RomîB expedlere sodales.
In domo Petrl de Maxime mcccci.xvii.
On peut juger de l'activité qu'ils déployèrent par le nombre et la rapidité de leurs pubUcations : elles sont indiquées dans la lettre écrite en leur nom au pape Sixte IV par lévôque d'Aléria, J. André, secrétaire de la bibliothèque du Vatican , qui se dévoua tout entier aux soins de cette imprimene (2).
. Les serviteurs de votre sainteté, et ^os im- • primeurs , Conrad Sweynheim et Arnold Pan- . bartz, qui sont les premiers q"\e»«cenl en « Italie cet art créateur le plus utile de tous, . vous implorent pour que vous daigniez les « secourir dans leur misère. La voix de ces im-
(I) La dimension du caractère qu'ils y employèrent ronUrve encore de nos Jours le nom de saint-avr S7 et îcl^qul a servi aux mômes Imprimeurs SoS-Teur édition des épttres de Clcéron garde encore aujourd'hui dans tintes les Imprimeries le nom latin dn nrinee des orateurs.
W A la fin du tome V. Ui-fol. du grand ouvrage de Nicolas de Lyra, Glom sur toute la ITW^.
« piterars, écnséi smi le piMi et ttali de | « picn, sen bientôt la loii des ticynKs;
« votre f^nèrasUé ne kar vieiA cb t ii ^ |||,^j| ^
• Aeooorai lei pwlfrn posr iiiportn 4e U • Geimanie à voire Gorie wiiiip, avee de , « ^^ « larindespeiûesetdépf nws. fft art «pwiitaMe; « c>st |ttr aos «îk qqTottt été Iwpiiiiés (i) :
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TYPOGIUPHIE
Imprimit ille die 4uancuin rlx scribitnr aono. iDgenio haad noceas, oninla vinclt homo.
En 1469 George Laver, de Wurtzbourg, appelé à Rome par le cardinal Caraffa, établit ses presses dans le monastère de Saint-£u- 6èbe ; il eut poar correcteur Pomponius Lœtus, Platina et autres gens de lettres.
En 1470 Philippe de Lignamine imprima à Rome les premières éditions de Quintilien et de Suétone, qui parurent sans date; les caractères en sont plus élégants que eeux de Sweynbeim et que ceux d'Ulrich Gallns. 11 imprimait encore à Rome en 1476.
En tête de TouTrage de Laurent de Valla, De Elegantia Latinx LinguxLibrisex; Romx, 1471, in Piniaregione, sont des vers à la louange de l'imprimeur sous le nom supposé de Lucidus Aristopliilus Surroneus. La souscription indique que l'édition a été faite in domo Philippi de Lignamine.
C'est en 1474 qu*il imprima à Rome sa Chronique, qui y fut réimprimée en 1476 par maître Jean Scburener de Bopardia. Dans l'ane et dans l'autre se trouve le passage qui concerne l'origine de l'imprimerie.
Philippe de Lignamine était aussi savant que modeste; quoiqu'il fût noble (1), il ne crut pas déroger en se faisant imprimeur.
Plusieurs imprimeurs allemands vinrent aussi s'établir à Rome : Adam Rot , clerc du diocèse de Metz; ËuchariusSilber, en 1495 (2); Stephanus Planck, en 1485. L'impression de la cosmographie de Ptolémée, commencée par Conrad Sweynbeim, avec, vingt-sept cartes gravées en taille douce sur cuivre» fut terminée à Rome par Arnold Buckinck en 1478 (3).
Un riche négociant qui a laissé un nom célèbre, Aug. Chigi, fonda à Rome dans sou palais une imprimerie, dont il confia le soin au savant grec;Zacbarias Galliergi, de Crète, qui quitta Venise vers 1512, sur l'invitation de Léon X, pour venir publier à Rome deux ouvrages grecs, Théocrite (1516) et Pindare (1515), éditions remarquables par la beauté de Timpression et le savoir de Timprimeur, qui donnait pour la première fois les scolies de ces deux auteurs (4).
Ce fut en 1515, à la dixième séance du concile de Latran, que le pape Léon X défendit
(0 h était de Messine en Sicile.
(S) Eq examinaDt, à la bibliothèque du British Muséum, l'édition des Lettres â^ttieus de CicéroD, imprimée à Rome en U90 par âUber ( en latin Argenteus ). J'ai été frappé de la ressemblance de ses caractères, dont la grosseur correspond, à notre saintaugtutin, avec ceux de la belle édition des Epitres de Cicéron imprimée à Venise en U7» par Nicolas Jenson. La forme des lettres et leur gravure sont presque aussi parfaites.
{%) La première édition avec des figures en bols avait été Imprimée à Vicence en 147b , par Herman Ltctitensteln.
(4) Le pape Léon X accorda un privilège de dix ans à Calllergi poar les deux ouvrages. '
SOUS peine d'excommunication d'imprimer aucun ouvrage avant qu'il eût été approuvé par le vicaire de S. S. à Rome ou par l'évèque de chaque diocèse. Déjà, dès 1486, l'archevéfque de Mayence Berlhold, archichancelier de l'Aile magne et prince électoral du Saint-£mpire , avait défendu, par une ordonnance, d'impi imer aucun livre sans approbation préalable des docteurs. Voici Vèxposé des motifs :
• Bien que Tart divin de Timprimerie facilite et rende accessible l'usage des livres de toute science utile à Tinstruction des hommes, nous avons reconnu cependant que , par avidité d'une vaine gloire ou d'argent, plusieurs ont abusé de cet art; en sorte que ce qui fut donné pour éclairer rhumanilé tend à la pervertir. Ainsi , pour avilir la religion , nous avons vu dans les mains du peuple des écrits religieux (i) traduits do latin en allemand. Que dirons-nous des lois sacrées et des canons , qui , bien que rédigés avec l'attention la plus soutenue par des hommes dont l'éloquence égalait le savoir, offrent cependant, par la profondeur des sciences qu'ils traitent, de telles difficultés, que la durée de la vie humaine suffit à peine aux plus hautes intelligences pour les posséder? Cependant des personnes ignorant ces matières ont osé en faire dans la langue vulgaire des traductions que les docteurs déclarent inintelligibles par l'abus et l'impropriété des mots. Que dironsnous des autres sciences, défigurées par les erreurs qu'on introduit dans ces livres, et qui paraissent souvent sous des titres mensongers, afin de tromper les acheteurs, en attribuant à des auteurs connus par leur mérite des livres coinposés par des auteurs qui en sont dépourvus.
« Ces traducteurs , qu'ils soient ou non de bonne foi, pourraient-ils sans offenser la vérité dire que la langue allemande est capable d'exprimer ce que les^excellents auteurs grecs et latins ont écrit avec l'exactitude d'expressions appropriées aux sublimes spéculations de la religion chrétienne , et avec la connaissance, intime des choses ? Ils seront forcés d'avouer que la pauvreté de notre idiome rend leurs efforts insuffisants, et qu'ils sont forcés de recoo rir à l'invention des termes nouveaux; car s'ils ne veulent employer que les anciens , Je crains fort qu'ils n'altèrent le sens de la vérité, d'où résulte un immense danger pour les saintes Écritures. Qui voudrait laisser aux hommes peu ou point instruits et aux femmes à chercher d'en pénétrer les vérités dans de pareilles traductions? Laissez, par exemple, examiner le texte de l'Évangile ou des Épiires de saint Paul , et tout homme instruit sera convaincu que bien des choses ont besoin d*étre suppléées par d'autres écrits.
« Mais, puisque cet art dont l'origine divine (et ce titre lui est dû) appartient à notre ville fortunée de Mayence, où il fait de continuels progrès, c'est avec toute Justice que nous en défendons la gloire , et nous remplissons notre devoir en préservant de toute souillure la pureté des divines Écritures. En conséquence, dans le
(1) Llbros de dlvinis ofAciis et apicibus rrligioplf nostrsB.
bat- de prévenir et de réfréner les erreurs que nous ayons signalées et les entreprises téjaéraires des effrontés et des pervers , autant que Dieu , dont nous prenons la défense, nous en a donné le pouvoir,
« Nous ordonnons que, par une stricte ol)servanct des présentes, tout ecclésiastique ou laïque soumis à notre Juridiction, ou se trouvant sur notre territoire , quels que soient son rang, dignité, profession ou condition, de s'abstenir de traduire en allemand vulgaire aucun ouvrage de science, art, ou sijet quelconque, soit du grec, soit du latin, soit de toute autre langue , et de donner ou acheter aucune traduction publiquement ou en secret, directement ou indirectement, si la vente n*en a été préalablement autorisée par un permis délivré par les très-nobles et très-honorables, nos amis , docteurs et maîtres de l'université de notre ville de Mayence, Jean Bertran de Nuremberg pour la théologie, Alexandre Dietrich pour la Jurisprudence , Thierry de Moschède pour la médecine, et Alexandre Eler pour les arts; à Erfurt par les docteurs et maîtres institués à cet effet. A Francfort les livres mis en vente devront avoir été vus et approuvés par un honorable maître en théologie de cette ville, et par un ou deux docteurs et licenciés rétribués à cet effet par le gouverneur.
« Qu'on sache donc que quiconque, au mépris de cette instruction , prêterait conseil ou assistance, directement ou indirectement en opposition à notre mandement, sera par ce ùâi frappé d'excommunication; ses livres mis en vente seront confisqués , et il payera à notre trésorerie une amende de loo florins d'or.
c Donné en notre chancellerie à Mayence et revêtu de notre sceau, le éjanvier i486 (i). »
De 1542 à 15Ô0 Antoine Bladus publia à Rome la première édition des Commentaires d*£ustathe sur Homère , 4 volumes petit infolio, imprimés avec les caractères de Jean Ho* norius Manliensis de Salente, fondateur de la Bibliothèque palatine.
Cette imprimerie, appelée d'abord vaticane, puis apostolique et ensuite camérale, et qui est connue maintenant sous Je nom de la Propagande, fut encouragée par Sixte Y (2) dans le but d'y publier les saintes Écritures. Dans la dédicace des Œuvres de saint Grégoire le Grand qui parut en lôS8, il est fait grand éloge de ce pontife pour avoir conçu et réalisé cette grande idée (3). Léon X y avait
(ijSaivent les instractlons du censeur, par lesquelles toat livre ou ouvrage que l'on voudrait traduire, Imprimer on vendre doit être préalablement communiqué; le censeur doit examiner attentivement et peser les matières qui y sont traitées, afin qu'elles ne puissent engendrer d'erreur et offenser ou blesser la morale et la modestie. Tout livre jugé digne d'être approuvé doit être signé par deux censeurs au moins. L'approbation et signature doit être en lieu bien apparent. £n agissant ainsi les censeurs feront œuvre agréable à Dieu et utùe k l'État
(S) Dominique Basa en fut le directeur, et 11 y dépensa 40,000 écus en caractères grecs et orientaux, en très-bons papiers, et en honoraires des savants.
(3) .... Quare divino consillo factum est ut Bomae , in Ipsa liuiulimm luce, cuusilio auctorltateque tua,
TYPOGRAPHIE 63G
fait transporter les caractères gravés à Florence, et Pie IV en confia la direction â Paul Manuce, qu'il fit venir de Venise. Les belles éditions de la version des Septante, de la Bible latine de Sixte V, puis celle de Clément Vlil, et plusieurs autres, y furent successivement imprimées. Le pape Grégoire XIII en confia la direction à J. B. Raimondi, savant orientaliste, et la fit servir à la propagation de la foi en Orient an moyen des livres qu'il y fit imprimer. Clément Vni, Paul V et Grégoire XV s'y intéressèrent, et elle fut mise à la disposition de la congrégation de Propagandafide,
Aujourd'hui cette imprimerie, qui possède une riche collection de types orientaux, et qui a commencé en I82ô les deux importantes collections d'ouvrages inédits grecs et latins, sacrés et profanes , découverts par le docte cardinal Angelo Mai, ancien préfet de la Vaticane, est presque entièrement inoccupée. Avant les événements de 1848 elle s'était complètement renouvelée en caractères français.
l'imprimerie a VENISE.
Jean de Spire vint établir son imprimerie
à Venise, où il débuta, comme avaient fait à
Rome S>veynheim et Pannartz, par une édition
des Épitresde Cicéron ad familiares^ 1469.
On y lit ces vers à la fin :
Primas In Adrlaca formis impresslt aenis Urbe libros Spira genitus de stirpe Johanves. In RELiQuis slt quanta vides spes, lector. habenda Qnum LABOR hic frimus calami superaverit artem. MCCCCLXVIUI.
On croit que la première édition de Tacite, sans date , mais qu'un distique latin placé à la fin déclare imprimée par Jean de Spire, est antérieure à l'édition des Épltres de Cicéron. En 1469 Jean de Spire publia YBistoire Naturelle de Pline (\), Les citations grecques sont écrites en lettres latines. Les ÉpUres de Cicéron furent bientôt réimprimées au nombre dé 300 exemplaires, indiqué par ces vers :
Hesperlœ quondam Germanus quisque Ubeiios
Abstulit : en plura ipse daturus adest ; Namque vir ingenlo mlrandus et arte Johannes
Exscribt docult clarius sere ilbros.
Spira favet Venetis : quarto nam mensc peregit
Hoc ter centenum bis Ciceronis opus.
En 1469 Jean de Spire obtint du sénat de Venise un privilège exclusif pour l'exercice
emendatissimis mandentur typis egregia Sanclornm Patrum inslgnionimqne Scholastlcorum scrlptn , partim li^nria temporum, partim hominum vitio, ignoranter depravata Cuni typographia in Ipso Vaticane Palatio divlnitus erecta.tanquamarx munitissima slt veritatis orthodoxe , non solum tuendac , vcrum ellam propagande ; ex eaque prodltura slnt emendatlssima Patrum scrlpta, quas auxllli ornamentiqac pluriraum afferrent christianae pietatl.
(ij Hardoulnne connut pas cette édition : en plusieurs endroits elle 'confirme ses conjectures ; roaU elle donne pour d'autres de meilleures leçons.
de Tart de IMmprimerie à Venise, attenda, dit ce privilège, que FintrodactioD lui en est due, et qu'à la prière de tous il a imprimé déjà les Épitres de Cicéron et le noble ouvrage de Pline, à un grand nombre d^ exemplair es, *n caractères d^une forme admirable, etc.
Mais Jean de Spire mourut peu après TobtentioD de ce privilège, dont il ne put jouir, car on lit en marge : nullitis est vigoris , quia obiit magister et auctor.
En présence d*un acte aussi authentique on ne saurait prétendre que Nicolas Jenson ait précédé Jean de Spire à Venise. La date de MCGCCLXI qui se trouve au Décor Puellarum, imprimé par Jenson , doit donc être réputée fausse; le chiffre X aura été oublié , soit par mégarde , soit à dessein.
Jean de Spire a?ait commencé Timpression
de la Cité de Dieu de saint Augustin ; son
frère l'acheva en 1470 , et mit à la fin :
Qui docttit Venctos e&seribi posse JoHAim es Meose fere trloo centena Tolamina Pliai Et totidem magni Ciceronis Spira llbellos Cœperat Aarelt : aublta sed morte peremptiis MoQ potalt cœptum Venetls flaire volumen.
Van>ELiin78 adest ejasdem frater, et arte Non minor. Adrlacaqae morabitur urbe. MCCCCLXX.
D n'est point fait mention dans ces vers de
la seconde édition des Épitres de Cicéron ni
même de Tacite, sans date il est vrai, mais
qui porte cette indication :
; . . . bistorlae pater est :
iDslgol qaem laade feret gens postera : pressit Sfoul premena i artis Gloru, prima sus (i).
Yindelin imprima en 1470 Salluste, in- fol.
à quatre cents exemplaires, et le réimprima l'année suivante. La même année 1470 il fit paraître Tite-lÀve et Virgile, tous deux d'après Tédilion qu'en avait donnée à Rome rimprimerie de Sweynheim et Pannartz. A la fin du Virgile on lit ces vers :
Progenitus Spira formla monamenta Maronis
Hsec Ylndelinas scripslt apad Venetos.
Laudent ergo alil Polycletos Parrbasiosve
£C quotvis alios id genus artifices, logenoas qalsqnts musaram dlllglt artes
In primls ipsam laudlbus aiflciet.
Nec vero tantom quia multa TOlnmiDa, quantom
Qaod perpalcbra slmul opUmaqne exhibeat.
li publia en outre cette même année les Offices de Cicéron ; une nouvelle édition de Épitres de Cicéron ad familiares ; Priscien, De Arte Grammatica, où les passages grecs sont laissés en blanc; Martial, édition princeps; Quinte- Curce, et le Commentaire de Donat sur Térence, Chaque année 11 publia une suite nombreuse d'auteurs latins.
Cette même année 1470 le Français Nicolas Jenson , q\»e Louis XI avait envoyé dès 1462 à Mayence pour y surprendre les secrets de Part, vint s'établir à Venise. D'après le récit
(0 Aa baa du verso de cbaqae page le root entier de la page snlvante est placé en réclame.
de Laire (1), lorsque Jenson revint en France, il trouva son pays en proie aux troubles sus> cités par la ligue des mécontents appelée ligue du bien public, en sorte que le roi dut renoncer au projet qu'il avait formé.
Un autre manuscrit rapporte le même fait, mais sous le règne de Charles VU, en 1458.
Jenson y est qualifié de maître de la monnaie deTonrs ; ce manuscrit dit qu'à son retour de Mayence en France ayant trouvé Charles VII mort, il alla s'établir ailleurs. Au surplus, ajoute M. Daunou, M. Sardini a fait en trois volumes in-f° une histoire assurément trèscomplète de cet imprimeur (2).
Jenson a donné dans son édition de la Rhétorique de Cicéron a(2 Herennium, 1470, le type du beau caractère romain, que Garamond a suivi, et dont on ne saurait s'écarter sans tomber dans la bizarrerie ou le mauvais goût. Cependant en 1475 Jenson grava un caractère semi-gothique, avec lequel il imprima la Cité de'Dieu de saint Augustin. En 1476 il imprima une Bible en gothique. Enfin le Bréviaire in-f° qu'il donna en 1478 offre des formes encore plus gothiques (3). « Dans ce dernier ouvrage Jenson est appelé le prince des imprimeurs de son temps , comme si la perfection de l'art eût consisté dans les difficiles bizarreries qui en altéraient la pureté. »
Le premier livre que Jenson imprima fut la Préparation Évangélique d'Eusèbe que ces vers terminent :
Artis hic et fidei splendet roirabile namen : Quod fama aulores, aiiget honore deos.
Hoc Jenson Veneta Nlcolaus in nrbe yolnmen Prompsit : eut felix GaUia terra parens, etc...
La même année il imprima Justin, la RhétO' rique, et autres écrits de Cicéron ; et les années suivantes il continua le cours de ses éditions, aussi remarquables par la pureté de la forme des lettres que par la beauté de l'impression. Gabriel Naudé a fait avec raison un grand éloge de ses nombreuses et belles éditions, dont il dit avoir vu « plus de trente qui ne le cèdent « en rien aux meilleurs et aux plus beaux li- « vres que nous ayons à présent ».
A Rome les imprimeurs allemands avaient introduit les formes demi-gothiques; mais les imprimeurs de Venise préférèrent avec raison les belles formes des manuscrits romains qui se sont conservées jusqu'à nos jours avec d* légères modifications, effet de la mode, mais
(1) Typographia Ramana, p. 4S.
WEsame sui pHncipii délia Fancese 9t Italiana Tipografia, owero storia critica di Nicolao /enson^ da Gtac. Sardini; Lucca, Bonsignori, 1796-87-88.
(5) Il porte cette souscription : Hujus operis corrêctor exititit Georgius de Spatharils, presbyterorum minimus : impressor vero Nie. Jenson, Gailim au : hoc nostra tempestate impressorum prtnceps. Daunou fait remarquer qu'autant la souscription de la Rhétorique avait été simple et modeste, autant celle du Bréviaire de i478 fut emphatique et faH. tueuse.
iuconstantes comme elle (1). La favear qo'obtiorent les éditions de Venise , surtoat celles qu'imprimaient Jean et Vendefin de Spire, Nicolas Jenson, Jean de Cologne et Jean Manthen fut telle , que les libraires des autres villes avaient soin d'avertir que leurs éditions étaient faites avec des caractères de Venise.
Nicolas Jenson reçut du pape Sixte IV le titre honorifique de Cornes Palatlnus (2). Plusieurs ouvrages du quinzième siècle portent qu'ils ont été imprimés inclytis instrumentés Jenson, ou inclytis famosisque caracteribus optimi quondam in hac arte magisiri N, Jenson, etc.
En 1471 Christophe Waldarfer imprima les Lettres de Pline, le Commentaire de Servius sur Virgile , le Décaméron de Boccace et les Discours de Cicëron, auxquels il ajouta ce quatrain :
Aspice quam mira Ubros impreaterlt arte, Qiiam subito veterum tôt monamenta dcdit
Nonuine Christophorus Valdarfer, gentls alumous RatUponensIs Valdarfer, gloria magna soli.
En 1474 Jean de Cologne et Jean Manthen de Gherretzem imprimèrent à Venise un grand et bel in-folio, intitulé Baldi Lectura super Codicem, etc. Jusqu'à la moitié ce livre est imprimé sans signatures; elles y sont ensuite introduites, et continuent jusqu'à la fin. C'est la première fois qu'on en voit paraître l'usage.
Un autre Français, Jacques des Rouges , en italien de Rossiyen latin de Rubeis, vint aussi imprimer à Venise. Ses éditions sont justement célèbres. On cite entre autres une histoire de Florence de Léonard d'Arezio, 1476, et une autre du Pogge» même année, un Ovide de 1474 , un Virgile de 1475.
Clément Patavinus, Adam de Ambergau et Erhard Ratdolt vinrent aussi s'établir à Venise, où ils imprimèrent un grand nombre d'ouvrages.