LES ALDE
C'est vers 1490 qu'Aldus Plus Romanus, chef de l'illustre famille des Aides, qui a été pour l'I* talie ce que la famille des Estienne fut pour la France, fonda à Venise sa célèbre imprimerie. Toutes deux sont également signalées à la reconnaissance universelle par le savoir et le dévouement aux lettres de leurs illustres chefs, qui luttèrent avec un égal courage contre les difficultés politiques de leur époque.
^près avoir terminé ses études latines à Rome , Aide vint suivre à Ferrare les leçons du célèbre professeur de grec Guarini. En 1482, à l'approche de l'armée vénitienne, Aide se retira à la Mirandole, chez l'illustre Jean Pic, quodamaret literatos viros et faveret in' geniis, ainsi que récrit Aide en 1485 à Ange
(0 En effet beaucoup de livres s'impriment depuis quelques années en Angleterre avec des caractères qui se rapprochent beaucoup de ceux de Jenson.
W Sardini, t. II, p. es.
Politien. Aide et Pic de la Mirandole (1) se rendirent ensuite à Carpi, auprès du prince Alberto Pio; e'est là probablement que fut conçu le projet de l'établissement de la belle imprimerie dont le chef prit le surnom de Pio.
Indépendamment des soms donnés à ses nombreuses éditions grecques et latines publiées sur des manuscrits difficiles à réunir, difficiles à déchiffrer, et qu'Aide prenait soin de collationner et d'accompagner de préfaces, de dissertations écrites en très -bon latin, quelquefois même en grec, il a laissé un grand nombre d'ouvrages, qui seuls lui mériteraient la renommée littéraire dont il jouit. Frappé dès l'enfance du vice des grammaires et de leur absencede toute méthode (2), il s'empressa de publier, en 1501, sa Grammaire Latine, la meilleure et la plus utile qui eût paru jusqu'alors; il y joignit une introduction à la langue hébraïque.
Sa Grammaire Grecque devait paraître même avant la grammaire latine, mais elle ne fut publiée qu'en 1513, après sa mort, par les soiusdeMarcMusurus, son ami, qui l'accompagna d'une préface. 11 y déplore la perte de son bienfaiteur, et signale ses grandes qualités, sa générosité, et ses efforts ainsi que ceux du sénat de Venise pour transporter et faire revivre en Italie la langue et les écrits des Grecs, anéantis par les Turcs (3). On peut voir dans les Annales de V Imprimerie des Aides la série des ouvrages et des traductions dont on est redevable à Aide l'ancien (4).
Les premiers livres qu'il imprima portent la date de 1494. Ou regarde cependant comme antérieure l'édition du poëme dé Musée, grec et latin, sans date.
Le dernier jour de février 1494 (5) Aide
(I) Dans une des préfaces de son édition d*Arl8tot«, Aide nous apprend qup Pic de la Mirandole était onci» du prince de Carpi Alberto Pio.
(9) Aide eut le malbeur de tomber dans les mains d'un pédagogue ignorant, qui, au lieu de développcir avec habileté les dispositions de son élève , le isti* guait inutilement en lui faisant apprendre les éléments de la grammaire dans le Doctrinale Alexandri de FiUa Dei, ouvrage Ineple autant qu'ob^ur, éorit en vers b^bares. À. A. Renouard, p. s74.
(s) Nlhil unquam mihl fuit optabilius quam ut graecaelingu» propaginem, quae Turcarum crudelibus lacertis excisa radicitus, solo in patrio misère Jacebat, apud Italos redivivo germine puUuiare viderem. Id totum non solum lllustrissiroo Senatui Veneto, qui bonarum Ittterarum cuitores ampllssimis prsmiis semperfovit, ac liberallter evexit , verùm eUam Aldo Manutio, qui Ubros studioss jnventuti suppedltavit, a me referri débet acceptum. Cum enim admirandus Ule vir publicas rationes privatis anteponeret, nulli sumptul parcens, nullum prorsus laborem detrectans, propris tam pecunis profusus quam vits prodigus exstltit, ut communi stndiorum utiiitati prospiceret. Quapropter sspenumero calamum arripuerami ut hac exararem , sed calamus arreptus doloris ob amissum Aldum conoepti Tulnus, quod nondum cica* tricem obduxerat, refricabal.
(6) Aide Manuce l'ancien naquit, dit M. A. A. Re^ noiurd, de 1447 à i448 , dans la petite Tille de Ba*-
Msnuce Taocien fit paraître la grammaire de Lascaris, suivie de quelques traités iD-4**, avec cette souscription ilmpressum summo studio, literis et impensis Aldi Manucii Romani.
Le caractère qui y est employé comme essai ae reparut plus dans son imprimerie. Dans deux préfaces Âlde nous apprend que c'est sur des instances réitérées, et pour Yenir en aide aux études de la jeunesse, qu'il se décide à publier cet ouvrage dans des temps aassi malhôureux, où la guerre qui envahit toute ntalie menace le monde d'une commotion générale. « Mais j'ai fait vœu, dit-il, de coDsamer ma vie à l'utilité publique; et Dieu ffl*est témoin que tel est mon pins ardent désir. A une vie paisible j'ai préféré une TJe laborieuse et agitée : l'homme n'est pas Dé pour des plaisirs indignes d'une Ame généreuse, mais pour des travaux honorables. Laissons aux vils troupeaux une telle existence. Caton nous l'a dit, la vie de l'homme est comparable an fer : faites-en un emploi constant, il brille; si vous n'en usez point, il se rouille. »
Tels sont les sentiments qui animaient ces iiommes de fer, les Aide et les Etienne! Us a?aieDt le droit de parler ainsi, puisque leurs œuvres ont égalé leurs engagements.
En 1495 parut le premier volume de la première édition grecque à!Ari$tote. « Pour se faire une idée des difficultés et de la hardiesse d'ané pareille entreprise, dit avec raison M. A. A. Reoouard , qu'on se représente les nombreux traités formant les cinq volumes in-r° des œuvres d'Aristote , alors tous inédits, et dont les divers manuscrits étaient ou
siaoo, près de Yelletri. Le nom de Pio qa'il «JouU à sonnomitait celai .du prince de Carpi, qui TautoriuH k te porter par reconnaissance de l'éducation littéraire qo'Alde avait donnée au prince de cette mai- MO Alberto Plo. Cette généreuse famUle fournit à Aide tes moyens de monter son Imprimerie, et lui ▼lot soQTent en aide. Les lettres que le Jeune prince Lconello écrivait à Aide au nom du prince Alberto , MB frère aîné , le solâcitent de la manière la phu pressante et la plus aimable de venir s'établir avec son imprimerie dans leur cbâteau à Novl, où ces princes loi offrent de partager en deux tes chambres même qu'ils habitent... « Perché non è homo , che desldlra plù de me, que Ms Aldo fusse et stantiasse À Novi, intendo e vogUo. essendo qui Ms Aldo. che Bla patrone e signore, etallora ge farô taie demostratiODe, cbel cognoscerà , chlo l'amo , et forsl più chel Don si crcde. » Lettre du ta septembre U98...
Douze ans plus tard une autre lettre du même prince, i9 mars isio, datée également de Novl, réitère cette proposition. « Me displazeria bene, et atristaria, se altro loco che questo vi elegessi per habitare, recercaremo tutto il Castelio , nel quale aciô siati accommodato, sel sara blsogno , io dividerô per metA le camere ne le quelle stanze nvl ne sarete patron, ma Intérim non dovesti restare de inviare 11 instmmenti , el altre vostre robe necessarie , et cosi ml conforto et prego a fare , ne il parère dl vostro socero falla in questo, sicbè salUfaU, et a lui, et a nul altri che vl amamo. »
Voyez aussi l'intéressante préface d'Aide en tète dn ▼olume des œuvres d'Aristote ; il y signale la générosité des sentiments du prince Carpi à son égard.
ElffCYCL. MOD. — T. XXV»
presque illisibles , ou défigurés par l'ignorance des copistes, souvent mutilés ou oblitérés et présentant des leçons différentes. Aucune pubUcation antérieure ne pouvait aider l'éditeur, à tout moment arrêté par des doutes, qu'il lui fallait résoudre par sa sagacité et sa critique. Si l'on songe que ce ne fut pas seulement pour la volumineuse et difficile édition d'Aristote, mais pour une multitude innom« brable d'éditions grecques, qu'il dut accomplir presque toujours une pareille tâche, on sentira combien il serait injuste de reprocher à Aide quelques erreurs typographiques ou quelques leçons qui depuis furent rectifiées, soit à l'aide de meilleurs manuscrits, soit par les ingénieuses conjectures d'autres savants, venus après liai, et dont quelques-uns ont consumé leur vie entière à la révision d'un seul ouvrage m.
Dans la préfoce, Aide annonce qu'il a ét6 secondé dans ces grands travaux par plusieurs savants, et particulièrement par Alexandre Boudinu^, dont une préface en grec vient à la suite de celle d'Aide.
De même qu'à Rome les premiers imprimeurs avaient reproduit les chefs-d'œuvre de la langue latine, de même Aide Cancien se hâta de reproduire tous les chefs-d'œuvre de la littérature grecque. Cette même année il donna Théocrite et Hésiode en un vol. in-i^* C'est dans ces deux ouvrages qu'on vit enfin un caractère grec parfaitement régulier et satisfaisant de tout point; car celui de l'Homère imprimé à Florence par Nerlius est plutôt curieux et bizarre que beau. En 1496 parut le Thésaurus Cornucopix, recueil de grammairiens grecs tous inédits (1) :
Charles VIII venait d'envahir l'Italie', lorsqu'Alde dans Tune de ses préfaces écrivait :
à C'est une rude tâche que d'imprimer correctement les livres latins, et plus dure encore les livres grecs, et rien n'est plus pénible que d'apporter tous les soins qu'ils exigent dans des temps aussi durs, où les armes sont bien plus maniées que les livres. Depuis que je me suis imposé ce devoir, voici sept ans que je puis affirmer sous la foi du serment de n'avoir pas joui pendant tant d'années même une heure d'un paisible repos. »
£n 1497 parurent les 2^, 3* et 4" volumes d*Aristote, Dans sa préface au Prince de Carpi, Aide rend compte de ses efforts pour réunir les meilleurs textes manuscrits d'Aristote; il annonce qu'il va donner bientôt Platon , Hip-
(I) La plupart n'ont été réimprimés que récemment dans le Recueil des grammairiens grecs publiés par
M. Gufll. Dlndorf. , ^
M. A. A. Renouard Indique à cet ouvrage la date de 1496 , quoique sur l'original la date est ainsi imprimée M. III. D; et cependant; M. Renouard range sous la date de iw les autres ouvrages d Aide qm portent cette môme indication M. III. jO-
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{)ocrate, Galien et les autres médecins , puis les mathématiciens; « enfin , ajoute-t-il , qne vous dirai-je, si ce n'est que, si Dieu me prête vie, je m'efforcerai de ne jamais vous laisser manquer de bons livres de littérature et de science. »
A la fin du volume commençant par la vie d'Àristote et de Théophraste se trouvent plusieurs indications en grec et en latin , entre autres celle du Registre des cahiers dont se compose ce volume. Pour donner en grec cette indication» il fallait q[ue des Grecs fussent employés chez Aide même pour Tassemblage et la reliure (1).
, Aide y prend le titre de Philhellèney et dit que ce volume a été (^excriptum (sic) Yenetiis, manu stamnea (sic), in domo Aldi Manutii Romani et grsecornm studiosi, mense februario M. III. D. R. »
Cet avis est répété en grec, et l'expression singulière imprimé avec une m>ain d'étain est traduite par xaTTtxepCv^ X^^P^*
La même année il donna Jamblique, Proclus, Porphyre, Synesios, etc. Dans un dictionnaire grec. Aide recommande au lecteur de commencer par numéroter les pages. Il eut tnieux valu lui épargner cette peine en les imprimant avec le texte, ce qn*Alde fit ensuite.
£n 1498 parut le dernier volume à* Artstote, une édition d'Aristophane avec les scolies, etc.;
En 1499, les Epistolographes grecs, les Asfro7iomi9tfe5,ilra^tt5;lescommentateurs,elc.;
£n 1500, Lucrèce, in-é®, les anciens Poètes chrétiens, 2 vol. in-4*»; PhUostrate, in-f*.
C'est cette année qu'Aide introduisit l'usage du caractère penché, appelé italique ou aldino, dont le modèle lui fut donné, dit-on , par l'écriture même de Pétrarque ; il en commanda l'exécution à fhabile graveur Jean de Bologne, qui avait dessiné et gravé les autres caractères de son imprimerie.
Doni et quelques autres prétendent que ce fut Aide qui dessina et fondit le caractère italique qui porte son nom . Aide a consacré les talents et le nom du graveur par ces vers, pla^ ces sur le titre même du Virgile où ce caractère parut pour la première fois,
m GRAMMATOGLTFTiB I.AI7DEM.
Qai Gratis dedU Aldus, en latlnis Dat nunc grammata scalpta dsedaleis Francise! manibas Bononiensis.
Ce petit Virgile in -8° commence la série
(1) L'expression de broché à la grecque, connae dans ous les ateliers de brochure , se rattache probablement à ce mode d'opérer, venu de Constantinople.
M. A. A. Renonard, dont Je ne saurais trop louer l'exactitude scrupuleuse et si bien soutenue dans le cours de ses longs travaux sur les Aide et les Bstienne, ne parle point de ces indications placées par Aide à la page ses du volume , non plus que d'un antre avis au relieur, également en grec, qui se trouve entre les pages 18 et is des Rhetores AtUct, imis, s vol. in-f».
des chefs-d'œuvre littéraires publiés par Aide en ce format. Le public accueillit avec empressement et reconnaissance un format portatif et économique, réunissant presque autant de matière qu'un in-4** ou un in-P. Ces charmants volumes, que l'on pouvait emporter dans sa poche, à la promenade et en voyage, ne coûtaient que deux francs et demi valeur actuelle, et remplaçaient avantageusement les in-folio, qui coûtaient dix fois plus et qu'on ne pouvait lire que sur un pupitre.
Un privilège de dix ans fut accordé à Aide, le 13 novembre 1502, par le sénat de Venise pour lui en garantir l'emploi exclusif; privilège renouvelé le 17 décembre même année par le pape Alexandre VI, maintenu pour quinze ans par Jules II en' 1513, et confirmé l'année suivante par Léon X (1).
La même année parut dans le format in-8" i'^oroce;-^ le Cose Volgari di Petrarca; — Juvenal et Perse, in-S*"; -* Martial in-8'' et deux volumes grand in-f°, très-bien imprimés, d'une sorte d'encyclopédie, publiée sous le nom de George Valla,
Aide donna dans le format in-f^ les ouvrages grecs suivants : En 1502, Julius Pollux, Thucydide, Hérodote, Stephanus de Urbibus; et dans le format in-8°, faisant suite aux ouvrages déjà publiés : Lucain, Cicéron, les Épttres familières, Dante, et Sophocle.
Brunck fait l'éloge de cette édition, publiée avec grand soin et d'après de bons manuscrits, et Ta suivie en grande partie pour son texte. Dans une préface adressée à Musurus, Aide le remercie des secours qu'il vent bien lui prêter ; «car, dit-il, non est morisnostri fraudare quemquam sua laude. » Stace, Valère-Maxime , les Métamorphoses d^ Ovide, les Héroïdes, Élégies, et les Fastes, Catulle, Tibulle et Properce, etc., parurent aussi en 1502.
En 1503, dans le format in-r°, il imprima en grec : Lucien, Philostrate, etc., 1 vol., les
(0 Les privilèges accordés à Aide pour les livres qu'il imprimait n'empêchaient pas qu'ils ne fussent contrefaits à Pano , par Sonclno , et A Florence par les Juntes. Les Lyonnais contrefaisaient aussi, mais dans un caractère plus lourd, iesin-so d'Aide dés qu'ils paraissaient Tout, Jusqu'à ses préfaces, y était copié, sanf la date et la marque d'Aide. « Les premiers volumes surtout étaient d'une Incorrection révoltante , ce qu'il eut soin de signaler dans un avb en forme de pU< card, daté du lamars ikos. U exprime le chagrin que lui causent ces édiUons frauduleuses , puisqu'on cherche k les faire passer pour aldines, et qui, trés-mal exécutées et remplies de fautes, peuvent nuire à sa réputation, ontre qu'elles nuisent k ses intérêts. Il Indique le moyen de les reconnaître , surtout par les fautes typographiques qn'il signale : mais ce qui est piquant, c'est que les contrefacteurs, alertes k veiller à leurs intérêts, tournèrent à leur profit cet avis destiné à nuire au débit de leurs éditions. Ainsi lorsqu'Alde indique telle et telle faute dans le Juvénal ou tel antre ouvrage, aussitôt ils réimpriment des feuillets de cartons où ta faute est corrigée, et ils trompent de nouveau l'acheteur, en lui prouvant ainsi que leur édition n'est pas celle qu'Aide avait signalée. »
commentaires d'Ulfien, Xé^ophony Aristotef de Animalilnu, et Origèneen latin. Dans le format in-S** il ne parut en grec que le Florilegium diversorum Epigrammatum, et Euripide, 2 vol. ; Horace en lalin.
£o 1504 1(88 livres gMcs format in-f° sont :
Commentaires sur Aristoteàeie%n le Grammairien 9 divers traités A^Aristote , ThéO' pfiraste, etc., Démosthène; dans le format io-S» : HomèrCy 2 vol., et les lettres de Pline, Sallusie et les fiime di Petrarcha,
En 1505, en livres grecs format in-f^ : Ésope et autres écrits, l vol. ; quelques exemplaires on! la traduction latine intercalée dans le texte, à d'autres elle manque, ce qui a fait croire à deux éditions; dans le format in-8°, nne-nou* velle édition de Virgile.
Cette année les travaux de rimprimerie d'Aide furent interrompus en partie, et entièrement l'année suivante, par la guerre qui désolait une partie de T Europe, et surtout l'Italie. Âlde, dépouillé de ses biens en terre ferme, dut perdre son temps en voyages et en démarches pour les recouvrer. En revenant de Milan il fut arrêté par une troupe armée du duc de Manloue, qui le conduisit à Caueto, où il fut jeté dans une horrible prison. Réclamé par ses amis, il put regagner ses pénates, mais plus pauyre et plus obéré que quand il les avait quittés un an auparavant.
Des amis lui vinrent en aide, entre autres le père Sanctus, petit-fils de Marc Barbarigo, qui fut doge, et André Torregiano d'Asola , dont Aide avait épousé la lille, en 1500, et qui était riciie. Turrisan avait acquis en 1479 Pimprimerie de Nicolas Jenson de Venise, et avait publié des éditions fort estimées.
En 1507 il ne parut qu'un petit volume iu-8°, des tragédies d'Euripide, Hécube et Iphigénie en Aulide, Waduiles en latin par Érasme, avec une ode à l'honneur de Henri YIII.
En 1508 parut la seconde édition de la Grammaire Latine d'Aide et les Adages d'Érasme. Déjà ceux-ci avaient été imprimés à Paris, en lôOO, chez Jean Philippi et ensuite par Josse Badê. Les Aide les réimprimèrent en 1520. Mais c'est en Allemagne qu'ils eurent un prodigieux succès. Mathieu Schurer les réimprima onze fois de 1509 à 1520 ; et Froben en donna dix éditions de 1513 à 1539, sans compter sept à huit éditions publiées ailleurs.
C'est dans l'édition de 1508, à l'article Festina lente, qu'Érasme , dans une dissertation sur l'ancre et \e dauphin, marque emblématique de l'imprimerie d'Aide (i), pari? des
(0 U dit que cet emblème, le dauphin s'cnroulant autour d'un ancre, se trouvait sur des médailles impériale. On la voit en effet sur le revers d'une mé* uallle d'argent, de Vespasten, et aussi de Domlllen. Kerobo Ht présent d'une de ces médailles de Vespasien a Aide, qui, se rappelant l'adage laUn Festina Imte, adopté par Auguste, crut que le dauphin désl-
immenses travaux littéraires et typographiques de ce savant imprimeur, et de la gloire qu'acquit Ptolémée à former une vaste bibliothèque, mais bornée par des murailles, tandis qu'Aide fondait une bibliothèque qui n'aurait d'autres bornes que celles de l'univers.
Aide donna aussi cette année une édition de Pline le jeune en format in-8**, et les Rhetores Grxci, 2 vol. in-P, très-bien imprimés.
En 1509 Aide ne publia dans le format in-f" que les opuscules de Plutarque in-t^ ; c'est la première édition. Dans le format in-8<* il donna une seconde édition d'Horace, plus correcte que la première, accompagnée d'un excellent traité De Metris Horatianis, composé par loi avec tant de méthode qu'il fut souvent réimprimé.
La ligue de plusieurs rois de l'Europe contre Venise et les désastres qui en furent la suite forcèrent Aide à suspendre de nouveau les travaux de son imprimerie pendant les années 1510 et 1511. Elle fut enfinrouverte en 151^2, année de la naissance de Paul Manuce.
Cette année parut la troisième édition de la Grammaire Grecque de Lascaris , format in-4°, et dans le format in-s** les Erotemata de Chrysoloras, les Épttfes familières de Cicéron, Valère-Maxime et Martial.
En 1513, dans le format in-8®, les Commentaires de César, Ciceronis Epistolœ, etPindare. Cette édition, belle et rare, est imprimée en caractères grecs plus gros que ceux de ses autres ouvrages. Jusqu'à la nouvelle récension des manuscrits faite par Bœckh , elle servit de base à toutes les éditions. Dans la préface adressée par Aide à André Navagero, il lui dit :
« Voici déjà quatre ans, cher Navager, que j'ai dû suspendre mes travaux , quand j'ai.vu l'Italie tout entière en proie au cruel lléau d'une guerre acharnée. Je fus forcé de quitter Venise pour tâcher d'obtenir la restitution de mes champs et jardins perdus , non par ma faute, mais par celle de ces temps désastreux. Démarches inutiles ! etc. »
Cette même année parut dans le format infolio :
x^Rhetorum GrcecorumOrationes,en trois parties. On y trouve plusieurs discours dé-
gnant la vitesse, à cause de la rapidité avec laquelle il fend les ondes, et l'ancre étant une marque de solidité et de constance , ces deux emblèmes exprimeraient avec Justesse que pour travailler solidemcn* Il faut travailler sans relâche, mais cependant avec une lente réflexion. A ce sujet on voit dés i49b Aide écrire au prince de Carp{« à la fin du recueil des anciens Astronome» : « Sum Ipse mitai opUmus testls iLt semper habere comités, ut oportere aiunt, delphinum et anchoram.Nam et dedimusmnlta cunctando. et damus assidue. »
En 1871 l'empereur Maximilien II, par un diplôme ( <• noblesse du as avril litri , accorda ù Paul Manuce iv droit d'ajouter à ses armes l'aigle impériale. Malfla mort de Paul Manuce. survenue peu après, ne lui permit pas d'Imprimer ces armes sur aucun de ses livrer. Elles ne parurent que sur ceux d'Aide le Jeune, son fils.