ËNCYGL. MOD. -^ T. XX VI
eu la question ordinaire et extraordinaire pour avoir révélation des auteurs, imprimeurs, relieurs. Tendeurs et débitants des libelles infâmes contre le roi, qui est, dit-on, son mariage secret avec madame de Maintenon , et YOmbre de M. Scarron, qui étoit son mari, avec une planche gravée de la statue de la place des Victoires ; mais, au lieu des quatre figures qui sont aux angles du piédestal,c'étoientquatrfr femmes qui tenoieut le roi enchaîné , et les noms gravés: madame de 2a Vallière, madame (f^jFbntanges, madame de Montespan, et madame de Maintenon; le graveur est en fuite. J'estime, ajoute l'avocat, qu'on ne peut assez punir ces insolences contre le souverain, puisque, par les ordonnances, le moindre particulier estven droit de demander réparation des libelles diffamatoires qui seroient faites contre lui. On a trouvé des paquets de ce libelle jetés la nuit dans la rivière , entre le pont Notre- Dame et le pont au Change. «- Décembre, le lundi 20, le nommé Chavance, garçon libraire, natif de Lyon , fut condamné, par sentence de M. de la Reynie, à être pendu et à la question , pour l'affaire des livres mentionnés en novembre ; il eut la question, et jasa, accusant les moines. La potence fut plantée à la Grève, et la eharrette menée au ChÂtelet. Survint un ordre de surseoir à l'exécution et au jugement de La Rocque, autre accusé, fils d'un ministre de Vitré et de Rouen , qui a fait la préface de ces impudents livres. On dit que Chavance est parent ou allié du P. la Chaise , confesseur du roi, qui a obtenu la surséance. La veuve Cailloué, imprimeur de Rouen, est morte dans la Bastille, où elle était pour cette affaire. La veuve Charmot et son fils ont été criés à ban à leur porte, rue de la Vieille^Bouclerie, pour raison de ces impressions. »
On connaît un de ces ouvrages intitulé :
Scarron apparu à madame de Maintenon, et les reproches guHl lui fait sur ses amours, Cologne, Jean le Blanc (Hollande), 1694,in-12 de 36 pages y compris la figure.
1695. Collombat (Jacques) est reçu libraire. Il deyient imprimeur du cabinet du roi. Sa veuve et son fils lui succèdent.
1698. Marchand {Prosper), critique, journaliste, bibliographe, éditeur et auteur d'une Histoire de l'Imprimerie , est reçu libraire.
1698. Didot ( Marie^Anne, fille de Denys Didot), femme de Nyon (Jean Luc I*'), est li* braire à Paris, et meurt en 1747, place* Conti.
1698. Valleyre ( Guillaume- Amable /«<') est reçu libraire et imprimeuren 1710; il était maître es arts, professeur en l'Université de Paris, et licencié en droit.
1700. Martin {Gabriel) est reçu libraire,'ef nommé syndic en 1732. Ses catalogues de vente de livres sont très-recherchés, par leur méthode, leur exactitude et leur table.
1702. Saugrain (CL'Marin) ^i reçulibraiie. 11 deyient successivement adjoint, consul, juge et syndic en 1739. Il est l'auteur du Code de la Librairie.
1700. Delespine (Jean^Baptitte AlexaU' dre) est reçu libraire; est nommé imprimeur ordinaire du roi en 1733 ; puis consul et jugeconsul en 1739.
1701. Jean Anisson est nommé directeur de l'Imprimerie Royale.
1702. L'Imprimerie Royale fait paraître le premier corps des typesgravéssous Louis XIV; c'est le saint^ugustin employé dans le bel ouvrage intitulé : Médailles sur les principaux événements du siècle de Louis XIV, in-f*. Cette typographie, qui fut terminée en 1745, comprend vingt et un corps de caractères gravés par Grandjean , par Alexandre et par Louis Luce. C'est sur l'ordre même du roi que furent ajoutés à celte série de caractères les signes dont une partie distingue encore aujourd'hui les carac^res de l'Imprimerie Mationaie de ceux dfi autres imprimeries, auxquelles il est mterditdeles imiter (1).
Ces marques consistent dans le doublement du délié supérieur des lettres b^d, h, i, j, k, 1. Au milieu de cette dernière lettre est ajouté un trait latéral , conservé encore aujourd'hui.
1704. Barbou (Joseph) Tient s'établir à Paris, où il est reçu libraire.
1704. Vinsent {Jacques )» venu du Mans à Paris , où il fut reçu imprimeur-libraire en 1704, est nommé syndic en 1744, et doit être compté au nombre des bons imprimeurs de Paris. Parmi les principaux ouvrages qu'il a imprimés dans sa longue carrière (il mourut à quâtre-vingt*neuf ans, en 1760) on peut citer les Œuvres de saint Cyrille, grec-latin, infoL , 1720 ; V Histoire du Languedoc, par Dom Vaissette, commencée en 1780 , 5 vol. in-fol. (Tincent était imprimeur des états du Languedoc); les Œuvres d^ùrigène, grec et latin, 4 vol. in•^, etc.Son portrait en pied a été gravé par de Poilly, son gendre.
1706. I>esprez louillaume) est reçu imprimeur en 1703; il est nommé imprimeur du roi en 1740.
1707. /ion(2e^(Xa«ren^//) est reçu imprimeur-libraire. Lorsque le recteur de l'Université, en vertu de l'arrêt du conseil du 10 déceml][re 1725, se rendit à la chambre syndicale des libraires-imprimeurs, te 8 mars 1726, pour y recevoir le serment de tous les imprimeurs, Laurent Rondet, alors syndic adjoint, lui adressa une harangue remarquable.
1711. Prault (Pierre) est reçu libraire et imprimeur en 1758, puis imprimeur du roi.
(I) Ordonnance royale du as décembre I814. Voy. le PréeU historique de PlmpritMrie WatUmaiê, par M. F« A. Daprat,is48.
Cette famille d'imprimeurs-libraires eierçail encore en 1738.
1712. Coustellier (Antoine Urbain r'^eêt reçu libraire.
1713. Coignard (Jean-Baptiste III) est reçu libraire. En 1717 il est nommé imprimeur ordinaire du roi et imprimeur -libraire de l'Académie Française, puis syndic; il mourut en 1768, bienfaiteur des ouvriers imprimeurs de Paris. Il a publié un grand nombre d'excellentes éditions, telles que le Vitruve de Perrault, avec de très-belles gravures.
1713. JDidb^ (Fra$içois)f fils de Denys Didot, marchand de Paris, est reçu libraire.
Il avait été apprenti d'André Pralard. Nommé adjoint-syndic en 1735 et syndic en 1753, il est reçu imprimeur en 1754. Ami intime de l'abbé Prévost (1), il publia tous ses ouvrages , enireàuire&V Histoire générale des Voyages, 1746, 20 volumes in-4^, accompagnés de cartes et de gravures. Toutes ses éditions sont bien exécutées. L'abbé de Bernis sortant du séminaire fut quelque temps employé cbex lui comme correcteur, et y avait son logement.
Son enseigne était à la Bible d'Or, quai des Augustins.
1713. Déclaration du 23 octobre, portant obligation aux maîtres imprimeurs d'avoir au moins quatre presses, et huit sortes de caractères romains, avec leurs italiques, à peine d'être déchus pour toujours de hi maîtrise.
1714. Mariette (Pierre-Jean) ^ Gki de Mariette, libraire, et neveu de Denis«BIariette , est reçu libraire en 1714, imprimeur en 1722, et syndic en 1726. A la fois habile et savant antiquaire , il est l'auteur du traité des Pierres
(I) Je cdnalgneid quelques souvenirs de famUle, que Je Uens de mon oncle Pierre Didot et de mon cousin Henri Didot, tous deux encore vivants et presque nonagénaires ; je les ai souvent entendus raconter à mon père et h mes autres parents : ils pourront servir à la bibliographie de cet homme, aussi célèbre par son mérite littéraire que par sa vie Inquiète.
Dès l'âge de trente ans Tabbé Prévost avait renonce au vin. Cette résolnUon, dans laquelle U persista tcute sa vie, fut le résultat du malheur qnlleut de renverser son père dans un moment d'égarement causé par 1*1vresse ; c'était à la suite d'un souper où, surpris avec sa maîtresse par son père, celui-ci toaoba dans l'escalier et fallut se tuer.
Souvent il disparaissait pendant plusieurs années; puis 11 revenait tantôt de Hollande, tantôt de quelque couvent, et rapportait des manuscrits qu'il donnait à Imprimer à mon bisaleuL La feuille d'Impression lui était payée un louis, somme considérable alors. Nous possédons des traités signés au cabaret, au coin de la rue delà Huehette, selon IHisage du temps.
U avait la naïveté et l'Incurie d'un enfant pour tout ce qui concernait sa personne ; aussi, afin d'ezeinjD(er la fin de sa carrière de tout souci, ma bisalenie'Pavatt recueilli dans sa maison de campagne de Saint- Flrmln, près Chantilly. Pour lui éviter l'ennui des comptes et les embarras résultant de son* défaut d'ordre et de sa prodigalité, un crédit lui était ouvert chez le boulanger et le boucher. C'est dans la maison de ma bisaïeule à Saint-Flrmin qu'il fnt transporte après l'atfrenx accident qui termina si fatalement m longue carrière.
gravées, 2 vol. 2n-4^. Il devint secrétaire du roi, contrôleur général de la grande chancellerie , et membre associé de rAcadémie de Peinture et de Sculpture.
1715-85. L'ouvrage en 13 vol. intitulé 6a/lia Chrisiiana, par deSainte^^Martlieetautres religieui de Tordre de Saint-Benoit, est esécuté à rimprimerie Royale ; Tachèvement de ce grand ouvrage nécessiterait environ quatre volumes.
1718. Parait l'édition des Amours pastorales de Daphnis et Chloé (trad. d'Amyot), imprimée aux frais du régent, avec vingt-huit gravures d'après les dessins qui portent le nom de ce prince, et qui ont été gravés par Baudran. La vingt- neuvième gravure, intitulée Conclusion (ftfroman> et connue sous le nom des Petits pieds, n'ayant été exécutée que postérieurement, manque à beaucoup d'exemplaires, ce qui rend très- précieux ceux où elle se trouve.
1718. Guérin {Hippolyte-Louis), fils aîné de Louis Guérin et gendre d^Osmont, est reçu librairey et imprimeur en 1752. Son nom est attaché à de nombreuses et belles éditions, entre autres au Cicéron d'Olivet, avec commentaires, 9 volumes in- 4°, imprimé par la Tour et par Jean-Baptiste Coignard. Une note autographe de l'imprimeur nous apprend que Tabbé d^Olivet, qui cultivait les lettres avec un entier désintéressement, voulant élever un monument à Torateur romain , ne demanda aucune rétribution pour le long et pénible travail que lui coûta cette édition. Cette entreprise dispendieuse, qui honore la librairie française, n^eut pas le succès commercial qu'elle méritait. Elle n'était pas épuisée au bout de trente- sept ans. Les exemplaires en grand papier sont très-recherchés (1).
1718. Louis XV imprime lui-même à Paris l'ouvrage suivant : « Cours des principaux fleuves et rivières de V Europe, composé et imprimé par Louis XV» roy de France et de Navarre, en 1718; Paris, dans l'imprimerie du Cabinet de sa majesté, dirigée par J. Colombat,1718, in-8''. »
1718-38. Les Œuvres complètes de saint Jean-Chrysostâme, en grec et en latin, sont publiées par B. de Montfaucon, 13 vol. in-f.
' 1720. Desaint (Jean) est reçu libraire juré. Un de ses neveux, Charles Desaint, est reçu libraire en 1776, et imprimeur eu 1779.
1720. Osmont (/6an-^ap^if/6), bibliographe, est reçu libraire.
1723. Prault ( Pierre) est reçu imprimeur.
1723. Barbou (Jean- Joseph), frère de Jogeph-Gérard Barbon, est reçu libraire en 1717, et imprimeur en 1723.
1723. Anisson ( Laurent), fils de Jean,
(t) L'exemplaire de la bibliothèque de mon père fut vi^Ddu i,»s» rr.
est nommé directeur de l'Imprimerie /loyale.
1723. Parait le règlement pour la librairie et rimprimerie de Paris, arrêté en conseil du roi, le 28 février 1723.
Cet important règlement, qui contient cent vingt-trois articles, fut rédigé avec un soin tout particulier par le chancelier D'Aguesseau :
Les imprimeurs libres sont séparés des arts mécaniques, et leurs anciens privilèges sont maintenus, comme faisant partie du corps de rUniversité.
Exemption de tous droits, même ceux d'entrée et de sottie aux frontières sur les livres venant de l'étranger ou sortant de France.
Aucune vente de livre ne peut être faite que par les libraires.
Défense aux colporteurs de vendre des livres autres que des A B C et almanachs.
Défense aux libraires d'acheter aucun livre des enfants, serviteurs, écoliers ou personnes inconnues, non plus que parchemins écrits, etc.
Les livres devront être imprimés en beaux caractères, sur bon papier, avec le nom du libraire et de l'imprime^, et leur demeure.
Les libraires et imprimeurs devront avoir leur domicile dans les quartiers de TUniversité, et non ailleurs.
lis peuvent avoir des dépôts dans les collèges et maisons religieuses, pourvu qu'elles soient dans Tenceinte de TUniversitéet que déclaration préalable de ces dépôts soit faite au sjmdicat.
Les libraires et imprimeurs ne peuvent avohr qu'un seul magasin, lequel sera fermé le dimanche.
Aucun ouvrage ne peut être proposé par souscription sans en avoir obtenu permission ; des garanties sont exigées du libraire ou imprimeur.
Les conditions pour Tadmission à la profession d'imprimeur sont les mêmes que précédemment, ainsi que celles pour la durée de l'apprentissage ; c'est-à-dire quatre ans d'apprentissage et trois ans de compagnonnage. Des conditions particulières de capacité' sont exigées des iils de maîtres.
Les libraires et imprimeurs n'auront qu'un apprenti à la fois.
Les ouvriers ne pourront laisser les ouvrages par eux commence à peine de cinquante livres d'amende.
Les ouvriers devront prévenir les maîtres qu'ils veulent quitter deux mois à l'avance, et ceux-ci un mois d'avance.
Les copies manuscrites devront être conservées.
Quatre exemplaires ou copies seront retenus par l'imprimeur pour lui et les divers coopérateurs à l'impression.
Aucune communauté, confrérie, assemblée, ci|bale ni bourse commune ne pourront être faites par les ouvriers ou compagnons, sous peine de prison, de punition corporelle et de 300 livres d'amende*
Tout imprimeur devra avoir quatre presses au moins et neuf sories de caractères romains.
Les imprimeurs qui ne pourraient vaquer à la correction de leurs ouvrages devront avoir des correcteurs capables ; les feuilles mal corrigées nar eux seraient réimprimées à leurs frais.
Les syndics et adjoints feront tous les trois mois visite des imprimeries, et quand ils le Jugeront nécessaire. SMls trouvent de mauvais caractère et du papier de mauvaise qualité, ils sont tenus de les saisir et de les faire transporter à la chambre syndicale.
Les fondeurs en caractères Jouissent des mêmes prérogatives que les imprimeurs et libraires, et sont tenus d'avoir leur résidence dans le ' quartier de l'Université. Us remettront à la chambre syndicale des spécimens de leurs caractères et des m m fondues pour qu'on paisse vérifier si toutes les fontes sont parfaitement conformes à ces modèles et les lettres bien justes de hauteur (dix lignes et demie ) et de force de corps, sous peine, si les fondeurs s'en écartent, de 50 livres d'amende et de confiscation des fontes, vignettes, etc., qui ne seraient pas conformes. La matière des caractères devra être dure et cassante, et les vieilles matières rendues an fondeur par rimprimeur devront être renfotcées.
[Suivent des détails pour que le cran soit bien apparent , que trois t forment Juste l'épaisseur d'une m, etc. , etc. ]
Toute fonte envoyée hors dé Paris doit être déclarée; et les fondeurs ne peuvent en vendre qu'aux imprimeurs. Les fontes venant du pays étranger devront être portées à la chambre syndicale, et renvoyées ou détruites si la hauteur n'est pas exactement de dix lignes et demie.
Les fondeurs ne peuvent céder leur fonds qu'à ceux de leur métier ou à des imprimeurs et libraires. Ils ne peuvent, sous peine de confiscation , amende et même plus grande peine, vendre leurs poinçons, frappes ou matrices pour les pays étrangers.
Aucun ne pourra faire le métier de colporteur s'il ne sait lire et écrire, et qu'après présentation par les syndics et adjoints libraires et imprimeurs au lieutenant général de police et acceptation par lui sur les conclusions du procureur de S. M. au Chàtelet. Les maîtres imprimeurs, libraires , fondeurs en caractères ou relieurs, leurs fils, compagnons et apprentifs, qui par pauvreté, maladie, infirmité d'âge ne pourraient exercer leur profession seront préférés à tous autres pour être colporteurs.
Tout colporteur doit faire enregistrer son nom et demeure dans le livre de la communauté, indiquer les lieux et maisons où il ira coucher, et faire pareille déclaration au commissaire de police de son quartier.
Le nombre des colporteurs est fixé à cent vingt. Ils sont tenus à porter une marque ou écusson de cuivre où sera écrit le mot colporteur.
Aucun livre ne pourra être vendu aux foires de Saint-Germain ni de Saint-Laurent.
Chaque année il sera procédé au choix des syndic et adjoint. Le syndic ne peut être réélu plus de deux fois de suite. Dans les cinq membres composant le bureau il y aura toujours deux imprimeurs ou libraires exerçant l'imprimerie. Les élections sont faites à la pluralité des voix, en présence du lieutenant général de police et du procureur de S. M. au Chàtelet.
Les deniers de la communauté seront administrés par les deux acUoints derniers en charge; il leur sera payé par chaque maitre et veuve trente sois à la fête de la Saint-Jean-Porte-Latine, et
24 livres une fois payées par chaque malti« qui sera reçu.
Cinquante livres d'amende, et punition exemplaire s'il y a lieu , seront infligées à celui qui manquerait de respect aiï syndic et a(]Uoiuts, auxquels ils sont tenus de porter honneur.
Les syndics et adjoints visiteront les tapissiers, dominotiers et Imagers pour veiller à ce qu'iU ne vendent aucune image dissolue ^ et qu'ils n'aient que des presses uniquement propres à leurs états. Les explications qu'ils voudraient ajouter au-dessous des images ne pourront excéder le nombre de six lignes, et sans pouvoir Jamais passer Jusqu'au revers desdites images. Elles ne pourront être imprimées que par les imprimeurs titulaires.
Aucun ouvrage ne peut être imprimé avant que le libraire ou imprimeur n'ait obtenu permission du lieutenant de police, approbation des censeurs, et obtention de lettres du grand sceau sous peine de confiscation, amende, clôture de boutique et plus grandes punitions, s'il y échet.
Cinq exemplaires de chaque ouvrage seront remis ; savoir : deux pour la bibliothèque de S. M., un pour le cabinet du Louvre, un pour M. le garde des sceaux , et un pour le censeur qui a lu l'ouvrage. Trois autres exemplaires seront remis aux syndics pour être employés aux affaires et l)esoins de ladite communauté. Sous peine de nullité du privilège, confiscation des exemplaires et 1500 livres d'amende.
Les contrefacteurs seront punis corporellement, et déchus de la maîtrise, sans pouvoir s'entremettre désormais directement ou indirectement du fait d'imprimerie ou commerce de livres.
Défend S. M. atix huissiers-priseurs de s'immiscer dans la vente ou description de livres. Elles seront faites par deux libraires choisis par les héritiers, légataires ou personnes intéressées, et l'inventaire ainsi fait par lesdits libraires sera annexé par les notaires à l'inventaire des autres meubles, dont il sera fait mention par nu seul article.
Ne pourront les ventes volontaires de biblio thèques ou cabinets de livres, sous quelque prétexte que ce soit, être faites par aucun particulier, publiquement, par affiches et en détail.
Les ventes de livres après décès ne pourront être faites qu'après que les syndics et acUoîQts auront visité les livres, mis à part et fait catalogue des livres défendus ou imprimés sans permission, et remis le tout au lieutenant de police pour être envoyé à M. le garde des sceaux. Dé fense est faite à tout libraire de faire achat desdites bibliothèques avant que ces formalités aient été remplies.
Les libraires qui auront acheté en compagnie une bibliothèque ou cabinet de livres devront en opérer le partage dans la chambre de la communauté, en présence des syndics et ac^oints.
Les ventes d'imprimeries ou de librairies ne pourront être faites sans la permission du lieutenant de police.
Avenant le décès d'un imprimeur sans veuve ou sans enfants ayant qualité pour exercer l'imprimerie , les vis des presses seront portées à I la chambre de la communauté pour y rester déposées Jusqu'à la vente de l'imprimerie.
1724. Saugrain ( Guillaume- Claude) est reçu libraire. En 1759 il est nommé syndic.
Son portrait est gravé par Piquet. Cette fait ille, Tune des plus anciennes de la librairie, exerçait encore en 1788.
1724. Délibération, du 12 juillet, qui interdit la faculté de faire des apprentis pendant six ans. Cette défense est levée par arrêt du conseil en 1730.
1725. Arrêt du conseil d'État privé du roi qui prescrit aux syndics et adjoints de présenter au recteur de TUniversilé, à la fête de la Purification de la sainte Vierge, un cierge de cire blanche du poids d'une livre.
1725. La fonte des caractères royaux était confiée aux graveurs du roi, détenteurs des poinçons et matrices , déposés en partie à la Chambre des Comptes ou à la Bibliothèque du Roi. Par l'arrêt du 16 janvier 1725, inventaire fut fait des poinçons et matrices qui étaient alors entre les mains de la veuve Grandjean, place de l'Esplanade, chargée de la fonte des caractères royaux, et cette fonderie fut réunie à l'Imprimerie Royale.
1726. Hérissant {Jean-Thomas), descendant d'une ancienne famille d'imprimeurs dont le chef fut reçu libraire en 1654, est admis comme libraire, puis comme imprimeur en 1763. Il fut ensuite nommé seul imprimeur du cabinet, maison et bâtiments du roi, puis adjoint consul et syndic de la communauté. Jusqu'en 1800 cette famille est restée dans la librairie.
1726. Desprez ( Charles- Jean-Baptiste ) , fils de Jean-Baptiste-Alexandre et gendre de Guillaume II , est reçu libraire et imprimeur. En 1741 il alla en Pologne offrir à Frédéric-Auguste m VHistoire générale d'Allemagne eu 1 1 volumes in-4", par Joseph Barre, chancelier de l'Université de Paris, dont ce roi avait agréé la dédicace. En 1749 il se démit de l'imprimerie pour être attaché à la cour.
1728. Déclaration du 10 mai :
Art. 7. A la porte de toute imprimerie doit être apposée une enseigne publique et bien visible. Ordonnons que, conformément aux anciens usages, la porte de l'imprimerie ne sera fermée pendant tout le temps do travail qu'au simple loquet, et il ne devra y avoir dans Timprimerie aucune porte de derrière par où on puisse faire sortir clandestinement aucun imprimé, sous peine d'interdiction pendant six mois et de 500 livres d'amende.
Art. 8. Défendons à tout imprimeur de se servir pour leur imprimerie de rouleaux (i), à peine d'interdiction pendant six mois et de 500 livres d'amende; môme de la déchéance dd'Ia maîtrise, et une plus grande punition en cas de récidive.
(1) On ne prévoyait pas, lorsqu'on frappait d'interdIcUon les rouleaux, au moyen desquels on pouvait imprimer sans bruit, que l'usage en deviendrait uni* ▼crsel k notre évoque.
1731. Avertissement, du 19 juin : « Les libraires et imprimeurs qui voudront être euxmêmes les correcteurs de leurs éditions le pourront , à condition qu'ils répondront des fautes trop considérables qui se ren(;ontreront dans leurs livres, lesquels seront ou réformés à leurs dépens par des cartons ou déchirés s*ils sont défectueux. »
1733. Parait le 1" vol. de VHistoire Littéraire de la France, par les religieux bénédictins de la congrégation de Sainl-Maur (D. j Rivet, D. Tallandier et D. Clément). Elle s'arrêta lors de la révolution, au douzième vol. in-4°; l'Institut de France en publie la suite, formant déjà 8 vol.
1734. Barrois {Ma:rie'Jacques)f maître es arts , et bibliographe distingué , est reçu libraire. Il avait épousé une fille de François Didot.
1734. Fondation delà compagnie pour les nouveaux Usages de Paris. Elle dure encore.
Parmi- les fondateurs figurent les Coignard, Hérissant, Desaint, Boudot, Nyon, Didot, Lottin, Barrois, etc...
1735. Méquignon (Charles), e&i reçu libraire. Cette famille compte encore des libraires à Paris.
1735. Thiboust (Claude-Charles), traducteur, critique, succède à son père comme libraire, et est reçu imprimeur en 1737. Comme son père et ses aïeux, il fut imprimeur de l'Université et de plus imprimeur du roi, en 1756. Il traduisit en français le poëmedeson père sur la Typographie, et donna, en 1748, la liste des quatre-cent- neuf libraires et imprimeurs de Paris depuis 1689 jusqu'en 1748.
Il s'occupait d'une traduction d'Horace lorsqu'il mourut, d'une chute, en 1757.
1735. Valleyre( Gabriel ), reçu libraire en 1713 et imprimeur 1725, fait paraître en 1735 un calendrier imprimé sur un relief en cuivre qu'il avait obtenu d'un moule en plâtre ou en sable, dans lequel il avait enfoncé les pages de caractères mobiles. Ces planches, qui se sont conservées jusque dans ces derniers temps , démontrent que ce procédé, non plus que celui, à peu près semblable , de l'Écossais Ged n'avaient pu donner encore de bons résultats. Le Salluste imprimé par Ged, en 1744, sur des planches en cuivre, non iypis mobilibus, ut vulgo fieri solet, sed tabellis seu laminis fusis, ainsi qu'il le dit à la fin de cette édition, en y joignant ces mots, ad perpétuant rei memoriam , n'offre que des caractères dont l'œil manque de la netteté obtenue plus tard par les procédés de Firmin Didot, de Heran et par celui (tu comte Stanhope.
1736. Jombert ( Charles-Antoine ) est nommé libraire. « C'était, dit Peignot, l'un des plus habiles libraires et imprimeurs de Paris, et à la fois mathématicien . amateur des art<t.
de la peinture , da dessin, de la gravure , de l'architecture. II a publié sur ces arts beaucoup d'ouvrages qui enrichissent son savant Catalogue, dans lequel sont plusieurs autres grands ouvrages sur l'art militaire. Il fut ad* joint et syndic en 1754. 11 était imprimeurlibraire du roi pour l'art militaire, le génie, Tartillerie et la marine; il eut pour fils Claude- Antoine Jombert et I40uis-Alexandre Jombert, qui est devenu gendre de François Ambroise 'Didot. »
1738. Simon ( Claude- François ) est reçu libraire et imprimeur la môme année. Il avait étudié la typographie sous son père, Claude Simon, imprimeur estimable. Il aimait passionnément son art, dont il a laissé une histoire manuscrite. 11 a rédigé les Mémoires de Du* guatf'Trouin, pour lesquels il reçut une médaille d'or du roi en 1740, lorsqu'il lui en remit un exemplaire. Parmi les ouvrages qu'il a imprimés on dislingue la Bible hébraïque du père Houbigant, 4 vol. in*f°.
1738. Parait le premier volume du Recueil des Historiens des Gaules et de la France, par dôm Bouquet, 41 vol. in-fol., imprimés à l'Imprimerie Royale.
1739. Arrêt du Conseil d'État du roi, du 27 janvier, relatif à la fabrication du papier.
Ce règlement , en soixante et un articles, entre dans les détails les plus minutieux sur la fabrication , sur le poids et la dimension des papiers, leurs marques, etc.
L'art. I*' défend de faire usage d'aucune machine tranchante pour e&locher les chiffons.
L'art. 2 veut que les pourrissoirs soient couverts et dos, à peine de 3,000 livres d'amende pour le propriétahre et de l,ooo pour le fabricant.
Art. 3. Les fabricants sont tenus de faire purifier les eaux, de les filtrer et passer par des réservoirs dont le dernier sera sablé.
Art. 4. Des couloirs ponr filtrer Tean devront être placés aux robinets des piles.
Art. 5. Défend Sa Majesté de mêler aux chiffons ou aux pâtes destinées à faire du papier, même des papiers gris, trasses ou cartons, aucune sorte de chaux ou autres ingrédients corrosifs, à peine de confiscation des pâtes et papiers ainsi fabriqués et de 300 livres d'amende.
Art. 6. Tous les papiers doivent être collés, même ceux pour estampes , à peine de loo livres d'amende.
Art. 32. Les gardes devront faire au moins quatre visites par an dans Tes fabriques de papier, les moulins et magasins de papier, dans les villes, campagnes, et à Paris.
Art. 35. Le temps d'apprenliss&ge sera de quatre années consécutives, et les quatre années d'apprentissage expirées, Tapprenti sera tenu de servir pendant quatre autres années chez les maflres en qualité de compagnon.
Art. 38. liCS fils de maitre qai auront demeuré Jusqu'à seize ans accomplis chez leur père ou chez un fabricant de papier serçnt tenus de servir
quatre années en qualité de compagnon chez leur père ou chez d'autres maîtres.
Art. 39. L'aspirant à la maîtrise, son temps d'apprentissage ou de compagnonnage achevé, sera interrogé par les gardes en charge; et s'il est trouvé capable , sera admis en leur présence à faire son chif-d* œuvre ^ qui consiste dans les diverses opérations de la fabrication du papier.
Art. 44. Ordonne Sa Mt^esté que les maîtres papetiers, leurs fils, travaillant dans la fabrique, les colleurs, ou sallerons, enfin les ouvriers coucheurs et leveurs de feuilles et ceux qui travaillent à la confection des pâtes, soient personnellement exempts des tailles, milice et logement des gens de guerre.
1739. Arrêt du Conseil, du 31 mars :
Art. 6. Veut Sa Majesté que l'aspirant à l'imprimerie qui se trouvera , par l'examen , avoir toutes les qualités requises soit tenu d'avoir une imprimerie composée de quatre presses aa moins et de neuf sortes de caractères romains avec les italiques, etc.
1740. Le troisième jubilé de l'imprimerie est célébré solennellement en Allemagne. C'est à l'occasion de ce jubilé que Prosper Marchand publie son Histoire de l'Origine et des pre^ miers progrès de l'Imprimerie, La Haye, 1740,in-4°. D'autres traités et dissertations sur l'origine de l'imprimerie furent également publiés pour cette solennité.
1741. Arrêt du Conseil du 6 juin, portant :
Une longue expérience prouve que les libraires et imprimeurs ne sauraient se soutenir dans leur profession et la faire avec honneur qu'autant que le nombre n*en serait pas trop multiplié. Le roi en son Conseil , de l'avis de M. le chancelier, ayant égard à la requête, homologue la délibération de la communauté des imprimeurs libraires de la ville de Paris du 26 février 174 1 , et fait défense à tous et chacun les maîtres de ladite communauté de faire aucun ap* prenti pendant le temps et espace de dix années.
1741. Coustelier (Ant, -Urbain II, fils de Urbain P') , secrétaire de La Fillon, romancier, éditeur, etc. , très-connu par^'ses jolies éditions des auteurs latins et de quelques anciens romans, qu'il fit imprimer à Paris, est reçu libraire. Il mourut en 1763.
1741. Saillant ( Charles ), célèbre libraire, adjoint, consul , et syndic en 1744. Sa fille avait épousé M. Nyon l'atné.
1741. Leclerc ( Charles- Guillaume) est reçu libraire. Devient syndic en 1780.
1742. Quillau (François-Augustin) , Hbraire en 1761, établit le premier cabinet littéraire où se réunissent les lecteurs.
1743. Desprez ( GuilL-Nicolas) succède à son père. Il est nommé imprimeur ordinaire du roi, et imprimeur du clergé en 1747:
1744. Tilliard (Nicolas-Martin), beau* frère de M. Debure et, comme lui, bibliogra* phe , est reçu libraire.
1747. Pouze membres du corps de rimprl*
TYPOGRAPfflE
merie el de la librairie sont tenus d'assister à la distribution des prix de l'Université.
1749. Le Prieur ( P, Alex, ) , imprimeur du roi , devint en 1785 secrétaire du roi.
1750. Joseph Gérard Barbou, neveu de Joseph, est reçu imprimeur. C'est en 1754 que parait le premier volume de la charmante collection des auteurs latins, format in>12, ornée de vignettes, dessins, fleurons, etc., dessinés et gravés parCocbin, Eisen, Longueil, etc.
Ce volume reùferme Catulle ^ Tibulle, Prth perce^ etc., et continue les belles et correctes éditions latines commencées par Coustelier, et qui sont encore estimées aujourd'hui. L'origine de la maison des Barboo remonte vers le milieu du sôzième siècle. Jean Barbou, imprimeur à Lyon, s'était fait remarquer par ses éditions, surtout par celle des Œuvres de Marot, 1 539, petit in-S®, Hugues Barbou, frère de Jean, s'établit à Limoges, où il imprima en beaux caractères italiques les Épitres de Cicëron,
1750-65. Le Nouveau Traité de mploma- Uque, par deux religieux bénédictins de la con> giégation de Saint-Maur (Fr. Toustain et D. Tassin), 6 vol. in-4**, et gravures en grand nombre, parait à Paris chez Guillaume Desprez, imprimeur du roi et do clergé de France.
1751. Paraît le premier volume de VEncy* clopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers, imprimé et mis en ordre par Diderot et par d'Âlembert, 28 vol. in-P,dont 11 de planches; le dernier volume est de 1772.
C'est l'entreprise littéraire la plus vaste qu'ait produite le dix-huitième siècle.
1753. FrançoiS'Ambroise Didot, fils de François DIdot, syndic en charge, est reçu im* primeur, et en 1788 est nommé Imprimeur du clergé. Ses belles éditions jouissent d'une juste célébrité. La collection du comte d'Artois, dont il était t'iniprimeur en titre, et te collection des Classiques français , imprimée par ordre de Louis XVI, pour l'éducation du dauphin, dans les formats in-8** et in-4°, sont encore recherchées. C'est dans ces deux formats qu'est imprimée la Bible latine, très -estimée par sa correction et sa belle exécution. Il fit venir de Hollande un ouvrier ( L'Écrevisse ) pour fabriquer les cylindres à broyer les chiffons. Par ses conseils la papeterie de Johannot d'Ânnonay exécuta en 1780 la première le papier vélin à IMmitatipo de celui que Baskerville avait employé pour sa belle édition du Virgile in-4*. Il fit graver et fondre chez lui* par Waflard, dont il forma le goût, les premiers types de son imprimerie ; son fils Firmin surpassa bientôt V^aflard, et grava la plupart des caractères de l'imprimerie de son père. F.-AmbroiseDidot inventa la presse à un seul coup , ainsi que la division de la force de corps des lettres d'après le système des points typographiques, en divisant la
ligne de pied de roi en six points, système qui fut généralement adopté, et qui mit un terme à la confusion, devenue telle qu'aucun corps de caractère dans aucune imprimerie n'était en rapport l'un avec l'autre.
« La ligne de pied de roi divisée en six « mètres ou mesures égales servit à graduer et « à dénommer les différents caractères. Le « plus petit , qui a les six mètres complets , « ou la ligne de pied de roi , se nomme le six; « celui qui le suit immédiatement est le sept, « composé d'une ligne et d'un mètre de plus.
« Le huit, le neuf, le dix, le onze, le douze « augmentent également de grosseur et par « des mesures aussi précises.
« Le douze a donc deux lignes de pied de « roi, ete. Ainsi Tunité des proportions typo- « graphiques est le point typographique, qui « équivaut à deux points du pied de roi, et les « caracteres procèdent de point en point (1). »
M. Pierre Didot, après avoir donné cette
définition si exacte dece système, ne s'exprime
pas moins heureusement en vers lorsque dans
son Épitre sur les Progrès de Vlmprimerie,
adressée à son père (2), il dit :
Tous sei grotesques mots, gaillarde, iriimégUte , Groi têxU, gros canon, fasttdleiue liste Des vains noms qu'ont portés tant de types. diTers, Et dont le seol récit attristerait mes vers; Noms qui de leur grosseur et de leur différence N'ont pu donner encore aucune connaissance; Il sot les transformer en d'autres plus beureux , Qui marquent clairement tant de rapports entre eux Son nouveau typomètre offre une régie sûre :
Chaque type s^accrolt par égale mesure ; Et la gradation qu'avec art il suivit Est aussi Juste & l'œil qu'elle est claire à l'esprit.
En 1790 Benjamin Franklin vint visiter son imprimerie, et lui confia son petit-fils , auquel Firmin Didot enseigna la gravure et la fonte d^s caractères.
17ô3. Pierre-François Didot, second fils de François Didot, syndic en charge et gendre de Moutard, est reçu libraire. En 1765 il est nommé imprimeur de Monsieur ( depuis Louis XVIII ). Il est le créateur de la papeterie d'Essonne. Une de ses filles épouse Bernardin de Saint- Pierre. Un de ses fils, Henri Didot, habile graveur et fondeur en caractères , in-
(0 Plus tard ou a fondu des caractères sur des <femi-points ; en sorte qu'an lien de passer du e an 7 il existe maintenant dans beaucoup d'imprimeries des caractères intermédiaires , du six et demi , du sept et demi, etc. InnovaUon fflcheuse, à laquelle ont été entraînés les imprimeun et fondenrs par les exigences delà mode et le caprice du Jour. La différence entre la force de corps des caractères, qui était suffisamment sensible pour pouvoir les faire distinguer aisément les uns des antres ft l'œil et au touciier lorsqu'ils procédatent par points typographiques , ne l'est plus assez pour que l'ouvrier compositeur ne soit pas exposé à les confondre les uns avec les autres. Or, dans tant de millions de lettres qui existent dans la moindre imprimerie, il en résulte de graves inconvénients.
(a) ÉpUre sur les Progrés de Vlmprimerie, par Didot fils aîné. A Paris, imprimé chez Didot l'alné avec les Italiques de Firmin, son second fils ; i784.
▼ente le moale polyamatype. On doit à un autre de ses flis Texécution de la machine à papier sans fin, dont l'idée première appartient à Robert, mais qui ne put être exécutée qu'en Angleterre , par la |)ersévérance de Didot et les énormes dépenses que MM. Foudriner y consacrèrent pendant dix ans d'essais infructueux. Un troisième tils , Didot jeune , fut un imprimeur estimé d'une belle édition du Voyage du Jeune Anacharsis, 7 vol. in-4°. Un de ses parents nommé Léger, acquéreur de sa fonderie , fut un habile graveur et fondeur en caractères.
I7ô3. Debure ( Guillaume- trançois ) est reçu libraire. Il est auteur de la Bibliographie instructive , ou Traité des livres rares et singuliers, 7 vol. in-S"*, 1768, ouvrage qui lui fit beaucoup de réputation, et qui est encore uUle. Il publia plus tard le Catalogue des livres de De Gaignat, 2 volumes, qui en est la suite ; et la première partie du Catalogue de la Vallière, 2 vol. in-S"*. le libraire bibliograplie Nyon, son parent, en rédigea une partie. La vente de celte bibliothèqae produisit 464,677 fr. En 1755 il publia son Mu%eum Typographicum, in- 12, tiré à douze exemplaires seulement; il mourut en 1782; sa veuve, née Saugrain , lui succéda.
1756. Samson est reçu libraire. II était gendre de François Didot.
1756. Lacurne de Sainte-Palaye fait paraître le prq/e^ de son Glossaire- Français, immense travail, qui repose en manuscrit à la Bibliothèque Nationale, en 61 volume in-4'' et un grand nombre de volumes in-f*. Avant la révolution Timpression en avait été commencée. Le premier volume, presque entièrement achevé, s'arrête au mot Asseureté. Le malheur des temps fit anéantir l'ouvrage, qui s'arrête à la page 735 du tome I''. Quelques rares exemplaires ont survécu à la destruction générale.
1757. Didot (Marguerite), veuve de François Didot, est reçue libraire. Sa fille, veuve de Barrois (Marie-Jacques), l'est aussi, en 1 788.
1758. Michel Lambert est reçu imprimeur.
1758. Pierre ( Ph. Denys ) est nommé
imprimeur ordinaire du roi.
1758. Sous la direction de Delespine parait un livre exécuté à Versailles, dans l'imprimerie de la dauphine , mère de Louis XVI , intitulé : Élévation de ccBur à Jésus-Christ , etc.; imprimé de la main de madame la Dauphine, in- 16.
1759. Debure (Guillaume II), cousin de Guillaume-François et gendre de Marie-Jacques Barrois, est reçu libraire. 11 était libraire de la Bibliothèque du Roi et de l'Académie royale des Sciences.
1760. La Rodogune de Corneille, précédée d'une estampe gravée par madame de Pompadour, d'après Boucher, est imprimée par '
elle, dans rimprimerie qu'elle avait établie dans son appartement, au Nord; in-4<*. La miane année le livre intitulé : Prières à Vusage des Errants de France sortit de l'imprimerie du duc de Bourgogne, dirigée par Vincent; in-12, à Versailles.
1762. Panckoucke (Charles^ Joseph)^ fils d'un libraire de Lille instruit , et auteur de quelques écrits, vient s'établir à Paris, où il est reçu libraire , puis imprimeur en 1774, après avoir fait son apprentissage chez A. Le Breton.
1763. Despilly (Jean- Baptiste) , reçu libraire en 1743 , publia le premier journal de la librairie, sous le titre de Catalogue des livres nouveaux^ etc.... et permis,
1764. Delalain (Nicolas-Augustin) est reçu libraire.
1 765. CaUleau (André- Charles), poète dramatique, lyrique, bouffon, historien, éditeur, est nommé libraire, puis imprimeur en 1772.
1766. Fournier jeune, habile graveur en caractères, publie son Manuel Typographique, 2 vol. in- 12, imprimés chez Barbou. C'est le seul ouvrage qui contienne des instructions détaillées sur la gravure et la frappe des caractères et leur fonte. Sous ce rapport c'est plutôt le manuel du fondeur en caractères que celui de l'imprimeur. Le second volume offre les spécimens des divers caractères, tant français qu'étrangers, de viguettes, de musique, etc., gravés par Fournier, et formant son fonds de fonderie, alors considérable et justement renommée (1). C'est surtout en examinant les vignettes et les caractères d'écriture qu'on peut juger des progrès qui ont été faits depuis en ce genre. Quoique la gravure de Fournier laisse à désirer sous le rapport de la* netteté, cependant on doit reconnaître que ses caractères romains sont très-lisibles. Fournier jeune avait établi une table des proportions que les caractères devaient avoir entre eux , mais sans partir d'une base fixe. Fournier a publié une série de traités historiques et critiques sur l'origine et les progrès de l'imprimerie. Ils contiennent des faits instructifs et observés avec soin. Dans le premier, qui traite de l'origine et des progrès de l'art de graver, en bois, il nous apprend que Marie de Médicis, femme de Henri IV , doit être comptée parmi les graveurs en bois. « Une estampe gravée en
(0 « J'ai commencé, dlMI, ma fonderie en irso, et ù «peine se trouve -t-cUe finie en la présente année «1766, c'est-à-dire qu'après un travail assidu et « presque continuel , 11 m'a fallu vingt-neuf années « pour la mettre en l'état où cUb est. Je puis dire « qu'elle est enUèremenl l'ouvrage de mes mains, « ayant moi-même gravé les poinçons, frappé et jus- « tiflé les matrices et fabriqué une partie des moules. « Il n'y a pas d'exemples depuis l'origine de l'impri- « merie qu'une fonderie complète ait été faite par un « seul artiste. » — M. Firmin Didot a consacré à la gravure des poinçons et A la frap pe des matrices autant de temps que Fournier )eune, et l'art lui doit de plus grands progrès.
bois/de huit pouces de haut, représentant un buste de jeune fille, coiffée à la romaine, porte ces mots gravés au bas de la planche :
MARIA HEDICI F.
MD.LXXXXYII.
A la marge de cette figure est écrit, eu caractères assez mal formés : Gravé par le Rayne Maiee en bouest. Cette reine fit présent d'un des eiemplaires au peintre Philippe de Champagne, qui écrivit dessus : Ce vendredi 22 février 1629 la reine Marie de Médicis m'a trouvé digne de ce rare présent, fait de sa propre main, Champagne. »
1766. Augustin Martin Lottin, imprimeur, enseigne au dauphin Louis XYI, à Versailles, les principes de la typographie; et cette année les Maximes morales et politiques, tirées du Télém^que, sont imprimées par Louis- Auguste, dauphm. De Tlmprimerie de Monseigneur le Dauphin, à Yecsailles, 1766, in-12. Cette ancienne famille d'imprimeurs n'a cessé d'exister que depuis peu d'années.
1768. Un établissement typographique était élevé dans l'hôtel de la guerre pour l'impression de ce monistère, de celui des affaires étrangères et de la marine. Un jour que Louis XY le visitait, une magnifique paire de lunettes placée sur une presse , frappa son attention. Pour les essayer, il prit un petit papier; c'était son éloge, qui y était imprimé ; mais dès la première ligne , il s'arrêta, et, retirant les lunettes, il dit : Elles sont trop fortes , et grossissent trop les objets,
1768. Un privilège pour vingt années est accordé à Buffon pour ses œuvres. En 1779 il est étendu à quarante années.
n^^.JomherH^Claude» Antoine), libraire, était, comme son père, libraire du roi pour la guerre et l'artillerie. Son fils ( Louis- Alexandre), gendre de François-Ambroise Didot, est reçu libraire en 1772. Firmin Didot, son beau-fière, lui succéda comme libraire.
1773-73. Parait la nouvelle édition de l'histoire littéraire intitulée : Bibliothèque française de Lacroix du Maine et d'A. Du Yerdier, augmentée des remarques de B. de la Monnoye, du P. Bouhier, et de Falconet , par Rigoley de Juvigny, 6 vol. in-4°. L'ouvrage de Lacroix du Maine avait d'abord paru en 1 584 ; et celui de Du Yerdier, à Lyon, en 1585, in-f°.
177rY. M. de Saint-Paul proposa d'abréger le travail de la composition dans les imprimeries en faimnt graver et fondre d'une seule pièce certains groupes de lettres qui se reproduisent souvent. Celte tentative, spécieuse, fut bien des fois reprise, mais toujours abandonnée, les avantages n'égalant pas les inconvénients.
1775. L'Imprimerie Royale du Louvre est réunie à celle qui avait été établie en 1768
à l'hôtel de la guerre à Versailles pour le service de ce ministère, de celui de la marineet des affaires étrangères.
1777. Arrêt du conseil du 31 mars, por« tant :
Article I*'. Nul ne pourra tenir imprimerie ou boutique de librairie , ni prendre la qualité de libraire ou d'imprimeur» l* s'il n*a été reçu maître par une chambre syndicale; laquelle maîtrise ne peut être obtenue qu'après un apprentissage de quatre années consécutives , et avoir servi les maîtres en qualité de compagnon ' au moins trois années après le terme de son apprentissage achevé; 2* s'il n'a vingt ans accomplis; 3* s'il n'est congru en langue latine et sachant au moins lire le grec, ce qui sera constaté par un oertUicat du recteur de l'Université. ( Les fils de maître sont exemptés de l'apprentissage et compagnonnage. )
Art. 2. Comme il importe que ceux qui exercent ces deux professions soient pourvus d'une capacité et d'une expérience suffisantes , fes fils de maîtres et les apprentifs qui anfaient fait leur apprentissage et servi les maîtres, seront tenus, avant que d'être admis à la maîtrise, après avoir obtenu le certificat du recteur de l'Université, de subir, savoir : ceux qui aspirent à être reçus libraires , un examen sur le fait de la libraire; et ceux qui aspirent à être reçus imprimeurs, après examen sur le fait de la librairie, un examen sur le fait de l'imprimerie et choses en dépendantes, ce qu'ils seront tenus de faire par-devant les syndics et adjoints, accompagnés de quatre anciens officiers de la communauté, dont deux imprimeurs et deux libraires et de quatre autres libraires ayant au moins dix années de réception.
Art 4. Chacun des examens durera au moim deux heures, et l'aspirant ne pourra être reçu s'il n'a les deux tiers des voix en sa faveur.
Art 8. Les syndics et adjoints dresseront procès-verbal de chaque examen.
Art. 9. La réception se fera en la chambre syndicale, en présence des anciens syndics et adjoints.
Art. 10. Les nouveaux maîtres prêteront serment par-devant le lieutenant général de police, en présence des syndics et adjoints qui en feront mention sur les lettres de maîtrise.
1777. Arrêt du Conseil d'État du 30 août qui règle les formalités à observer à la réception des libraires et imprimeurs.
Idem. Portant suppression et création de différentes chambres syndicales dans le royaume. Elles sont fixées à vingt.
Idem, Portant règlement sur la durée des privilèges en librairie :
Le privilège assurant le droit de propriété littéraire est limité à la vie de V auteur, et ne pourra être moindre de dix années.
Idem. Concernant la contrefaçon des livres :
La peine est de 6,000 fr. pour la première fois, et de pareille amende et de déchéance d'état en cas de récidive. Les livres contrefaits seront mis au pilon.
TYPOGRAPfflB
Idem. Concernant les Tentes pabliques de librairie :
Deux fois par an deux Tentes seront faites à la chambre syndicale , Fane à la date da 30 noYembre , Tantre da I5 au 31 mai, an plos offrant et dernier enchérissear, des fonds de librairie, des parties de fonds , et det privilèges ou portions d*iceux, dont les libraires et imprimeurs, soit de Paris , soit des proYinces, Tondraient se défaire.
Idem. Portant règlement de discipline pour les compagnons imprimeurs :
Rappel des anciens règlements. Chaque onYrier imprunenr doit aToir un cartonobe ou livret hiscrit à la chambre sjmdicale, et sont tenus de < porter ce cartouche pour le représenter toutes les fois qu'ils en seront requis. Les maîtres sont tenus de déclarer exactement à la chambre syndicale chaque changement de personne survenue dans leur imprimerie. Quand ils auront besoin d'un ouvrier, ils s'adresseront à la chambre syndicale. Chaque chambre syndicale enverra tous les ans aux autres chambres syndicales l'état des inscriptions avec les notes relatives, afin que tous les imprimeurs puissent connaître la capacité et la conduite des sujets qui leur viennent des diverses provinces du royaume Les fonds en caisse à la chambre syndicale sont repartis entre les anciens ouvriers infirmes, les malades et ceux qui seraient au moins depuis trente ans dans la même imprimerie et dont les maîtres certifieront TexacUtude et la probité.
1780 k 1784. Collection d'ouvrages français, en Ters et en prose, imprimée par ordre de M. le comte d'Artois (depuis Charles X). Paris, de l'Imprimerie de Didot l'alné ( Âmbroise Didot),64voLin-18.
« ÀTant que Louis XVI eût confié aux presses de Didot rainé l'impression d'un choix d'auteurs français pour l'éducation du dauphin, et que Monsieur (depuis Louis XTIII) eut chargé le même imprimeur de donner une belle édition de \di.Gerusalemme liherapi, leur Jeune frère M. le comte d'Artois, avait déjà signalé son goût pour les lettres en faisant exécuter à ses frais la collection dont nous venons de donner le titre, et qui porte son nom. ^ans aucun doute, le choix des ouvrages qu'on fit entrer dans cette collection aurait pu être plus sévère; mais il était difficile que la typographie produisit rien de plus Joli que ces soixante^iuatre petits volumes, que l'on placera toujours parmi les chefs-d'œuvre de Didot II n'en a été tiré que soixante pour le comte dlA.rtois, tous en papier fin, et portant les armes de ce prince sur le frontispice. Didot en a tiré aussi pour son propre compte un petit nombre d'exemplaires en papier ordinaire; mais le tout n'excède pas le nombre de cent (i). m (Brunet, Manuel du Libraire, 1. 1, p. 724w)
178 1 . Prault ( Louis-Françùis ) est nommé imprimeur du roi en 1788.
1781. Paraît le premier volume de YEnqfclopédie Méthodique,formaiiin-A^f publiée par
(0 A la vente d'AnUson-Doperron la coIiectioB d'Artois, «4 Tol. in-ia, a été vendae S8ii,ooo fr.; mais c'était en assignats et en Janvier 1796. Dans les ventes son prix est ordinairement de mille francs.
Panckoucke,fonnaDt cent soixant^six Tolumet et demi de texte et cinquante et «ne parties , renfermant six mille quatre cent Irente-nenf planches. Cette immense et célèbre entreprise a duré un demi-siècle. C'est sans contredit l'ouTrage le pins considérable qn'ait exécuté la librairie française et même celle d'aucun autre pays. Malheurensement ce genre d'entreprise doit être rapidement exécuté; autrement, les premières parties ont déjà Tîeilli aTant qu'on sdt arriTé à la fin , et bien peu de souscripteurs peuTent se flatter de Toir la fin d'une entreprise qui dure un demi-siècle! nsi.Le Petit Code de la Raison /Mcmoine, par M. B. D. B. (Barbeu du Bourg, médecin de Paris), sort de l'imprimerie de Benjamin Franklin, à Passy , in-24 de 118 pages , dédié à Benjamin Franklin.
1 783. Et.-Alex. Jacques , connu sons le nom d'Ânisson-Duperron ,fils de Laurent Anisson , est nommé directeur de l'Imprimerie Royale , puis de l'imprimerie exécotîTe nationale.
1784. /. Roch Lottin de Saint- Germain est reçu imprimeur en 1789; il publie le Catalogue chronologique des libraires et impri^ meurs de Paris de 1470 à 1789, ouTrage d'autant plus précieux que la plupart des documents qu'il a consultés n'existent plus. Il contient malheureusement des inexactitudes.
1784. Le premier Tolume de l'édition complète des Œuvres de Voltaire est publié à Kehl par Beaumarchais, qui, pour élcTer un monument digne de la gloire de l'auteur, acheta de Panckoucke les manuscrits que Voltaire en mourant lui avait légués (l), et se procura d'Angleterre les caractères de iteskerTille, qui étaient alors les plus estimés, il k>ua pour dix-huit mois le fort de Kehl , sur ie Rhin , afin d'y réunir les ouTriers qu'il fit Tenir en partie de Suisse et d'Allemagne, et y être plus en sûreté contra les persécutions. Voulant que le papier répondit à la beauté des caractères, ,il envoya en Hollande étudier les procédés qui assuraient alors à ce pays une Téritable supériorité, et fit reconstruire dans les Vosges d'anciennes papeteries, qui riTalisèrent bientôt aTcc celles de Hollande, et qni con-
( 1) Panckooeke avait conçn le projet de dédier à llm pératrice de Rossie l'édition complète des œurrcs de Toltaire,qa'il voulait publier; Il lui écf1v4t donc pour la prier d'en agréer l'hommage. Sept mois s'écoulèrent sans recevoir de réponse. Il crut que l'impératrice ne voulait point accepter sa proposiUon ; et pour répondre à l'impatience avec laquelle le publie attendait cette édition, il traita avec Beaumarcliaiss et loi remit tons les manuscrits de Toltaire. Le lendemain de la signature du traité, il reçut une lettre de 11mpéra triée, qui acceptait sa proposition , se chargeait de tona les frais de l'édition, à oondltton que tons les mannacrits lut seraient envoyés anssitèt llmpreaslon achevée ; sa réponse était accompagnée d'une lettre de change de iM,ooo livres. Panckoucke se repentit d'avoir traité si promptement; mais l'affatre était consommée. ( Note de M. Peignot, Dict. raisonné de Bir bliologie^ 1. 1, p. 44. /
servent encore leur célébrité; plus de trois millions furent consacrés à cette entreprise, la pins faste et la plus cbAteose peut-être qui ait été jamais faite en librairie, surtout en un si court espace de temps. Les soixante-dix volumes furent imprimés en six ans (1784-89), et il en fut imprimé vingt-huit mille exemplaires sur deux éditions différentes, l'une en soixante-dix volumes in-S®» l'autre en quatre* vingt-douze volumes in-12. Afin de rendre les Œuvres de Voltaire accessibles à toutes les fortunes , on tira sur chacun de ces formats cinq papiers diflérents (1). Malheureusement la correction typographique laisse beaucoup à désirer. Condoreet fut le principal éditeur, et rédigea les notes; il fut secondé par M. Decroix et par M. Letellier pour la partie typographique.
1786. /. 6. Clousier, imprimeur ordinaire du roi, est nommé directeur de l'imprimerie créée pour les enfants aveugles.
1786. Hoffmann prodoit ses essais de polytypage, d'après un procédé qui consistait à prendre l'empreinte d'une page de caractère dans une pAte composée de plAtre et d'une colle gélatineuse , formée de gomme et de fécule de pomme de terre. Dans le moule il enfonçait un alliage métallique très-fusible ( bismuth, etc.), au moment où cet alliage étaitsur le point de se figer ; et il obtenait ainsi des reliefs, sur lesquels ont été imprimées les Recherches historiques sur les Maures de Chenier, 3 vol. in-S"*. Mais la pratique démontra bientôt rimperfection de ce procédé, qui fut abandonné ainsi que celui que M. Garez de Toul avait inventé en 1785.
1786. La papeterie de Buges, près Montargis, fabrique du papier avec diverses substances végétales , et cette année les œuvres de M. de Villette furent imprimées avec du papier fait avec de l'écorce de tilleul.
1786. Sur le rapport de Camus, l'Académie des Sciences approuve une nouvelle presse inventée par M. Pierre, imprimeur à Versailles. Louis XYI, auquel M. Pierre la présenta , voulut en faire Tessai , et il imprima même plusieurs feuilles, qui seraient une précieuse curiosité typographique si on les aVait conservées.
nsi.Nyon ( Marie- Jean- Luc ) est reçu libraire. Savant bibliographe , il a donné la seconde partie du catalogue de U bibliothèque la Yallière, 6 vol. in-8*, et entre autres catalo'
(i) Ponr le format in-s» : i« papier bSs, « fr. le volame broché ; ><> papier ordinaire, dit à la Croix, s fr. le volume; s« grand papier, à 4 flr. levolame (les signatures portent une * ); 4» grand papier fin, à e fr. le volume ; af* trés--grand papier vélin, à 9 fr. le volume.
A la vente de la bibliothèque de mon père , en tsii, son exemplaire en três-grand papier, avec gravures de Morean avant la lettre, relié magnifiquement en maroquin, fut vendu s^ooo fr.
gues , celui de la bibliothèque de l'infortuné Lamoignon de Malesherbes, 1797, 1 vol. in-8*.
1788. État des dépenses de l'Imprimerie Royale , d'après le compte rendu au roi en mars 1788 , et publié par ses ordres :
Appointements du directeur i,4oo fr.
An correcteur d'épreuves soo Impression ponr le département de la
finance^envlron 6o,ooo Pour le département de la maison du
roi s4,oou
Frais de gravure 9,ooo ) ^ ,^
Frais de reliure a,ioo | '"
TotaL 90,000
Les départements de la guerre et de la marine payaient leurs impressions. La Loterie royale et l'École militaire avaient aussi leur imprimerie.
1789. L'article 16 de la Déclaration du 23 juin consacre la liberté de la presse.
1789. Le premier volume de la collection Conciliorum Galliœ, tam ediiorum quam ineditorum, Collectio, opéra et studio monachorum congr. Sancti Mauri ( le père Labat) parait, imprimé par Ambroise Didot.
La moitié du second volume fut aussi imprimée. La suppression des ordres monastiques en France interrompit cette publication.
1789. Pierre Didot, fils atné d' Ambroise, est nommé imprimeur, et succède à son père. Il avait été reçu libraire en 1785. En 1798 il présente à l'Exposition des produits de l'industrie sa grande édition de Virgile, dont les caractères avaient été gravés et fondus par son frère Firmin Didot; tous deux se trouvent au nombre des douze exposants qui reçoivent la médaille d'or. Ponr honorer l'imprimerie en sa personne, le gouvernement fait placer ses presses au Louvre, où elles restent sous le consulat et jusqu'au commencement de l'empire. C'est là que furent imprimées les magnifiques éditions dites du Louvre,
Dans sa collection des Auteurs français , dédiée aux amateurs de l'art typographique, M. Pierre Didot a introduit une heureuse innovation pour Taccentuation de certains mots. Ayant remarqué que dans les dictionnaires les mots tels que sacrilége,frère, etc., étaient écrits chez les uns avec l'accent grave, et chez d'autres avec l'accent aigu ; qu'ainsi dans le Dictionnaire de Trévoux le moi sacri' lège portait l'accent grave, et dans le Dictionnaire de V Académie l'accent aigu, M. P. Didot mit sur ces mots un accent perpendiculaire qu'il nomma accent droit ; et c'est ainsi qu'ils sont imprimés dans la collection des classiques français dédiée aux amis de la Typographie. M. Pierre Didot, auteur de plusieurs ouvrages en vers remarquables, fut nommé imprimeur du roi.
1789. Le directeur de l'imprimerie dite du Cabinet, à Versailles, cède son privilège à l'Im*
primerie Royale, qni n'occupait alors que dix presses, destinées au perfectionnement de l*art typographique y et particulièrement aux impressions en caractères orientaux. L'Assemblée Nationale conHa Timpression de ses procès- verbaux à l'imprimeur Baudouin, qui prit pour son établissement le titre à* imprimeur Natich nal. Une autre imprimerie fut créée pour les administrations nationales ; enfin une imprimerie fut affectée à l'impression du Bulletin des Lois,
1789. Firmin Didot, fils d'Ambroise et frère de Pierre , succède à son père pour la fonderie, qu'il avait enrichie de ses types élégants. Habile graveur, il s'est distingué comme fondeur en caractères, comme imprimeur-libraire, comme fabricant de papier et comme auteur de plusieurs ouvrages littéraires estimés. En 1795 il invente un procédé de steréotypage qu'il applique aux tables de logarithmes de Callet. A l'exposition de 1798 il présente ses éditions stéréotypes exécutées par son nouveau procédé. 11 est nommé imprimeur de l'Académie Française et de l'Institut le 16 octobre 1811, et imprimeur du roi le 1" avril 1814; il obtient seul et ensuite avec ses fils six fois la médaille d'or auxËxpositions de l'industrie; il fait paraître à l'Exposition de 1806 ses caractères imitant l'écriture , gravés par lui d'après un procédé dont il est inventeur. Il exécute en 1818 des cartes géographiques qui obtiennent Passentiment de l'Académie des Sciences. En 1814 l'empereur Alexandre vint visiter sa typographie, et lui confia deux jeunes Russes pour quMl les instruisit dans cet art. Il fut réélu plusieurs fois membre de la chambre des députés sous Louis XyiII,sous Charles X, et sous Louis-Philippe. Il mourut en 1836, à sa papeterie du Mesnil, près de Dreux.
1789. Crapelet ( Charles) ^ successeur de Stoupe, est reçu imprimeur. Ses éditions sont estimées pour leur correction.
1789. Gillé fils succède à son père comme fondeur, et apporte quelques modifications aux caractères d'écriture. II fait exécuter un grand nombre de fleurons et ornements typographiques.
La fonderie de Gando est aussi en grande activité.
1791. La Constitution du 14 septembre proclame la liberté de la presse en ces termes :
Art. 3 du titre l«'. La constitution garantit à tout homme la lit)erté d*écrire, d'imprimer et publier ses pensées, sans que ses écrits puissent être soumis à aucune censure ni inspection avant leur publication.
1791. Suppression des brevets et lettres de maîtrise (décret du 17 mars).
1791. La création des assignats donne une grande impulsion à la typographie, par les essais
faits alors en tont genre pour obtenir la perfection, la célérité, et surtout l'impossibilité on du moins la difficulté de la contrefaçon. Les principaux artistes qui y furent employés sont MM. Anfry , inspecteur des essais à la Monnaie ; Auge et Droz , mécaniciens; Didot ( Firmin et Henri ), graveurs en lettres et fondeurs ; Dupeyrat, graveur; Gatteaux, graveur; Gingembre et Grassal, mécaniciens; Héran, mé*
canicien; Tardieu, graveur; Bertholet, chimiste , etc.
1792. Momoro (Ant, François)^ gendre et successeur de J. F. Fournier le jeune, fondeur et graveur, publie un. Traité élémjentaire d^ Imprimerie, Sa femme, promenée triomphalement dans Paris sur un char, fut placée snr le maître autel de l'église Notre-Dame, où elle figura la déesse de la Raison, Momoro mourut sur l'échafaud avec Hébert, en 1794.
1792. Le 23 août M. Anisson-Duperron, directeur de l'Imprimerie Nationale, porta plainte à l'Assemblée Nationale de l'enlèvement fait par Marat, au nom de lacommune de Paris, de quatre presses avec les accessoires nécessaires pour l'impression de ses pamphlets révolutionnaires (1).
Malgré la réclamation d'Anisson, les presses restèrent en la possession de Marat, qui écrivit en réponse au ministre de Tlntérieur dans le style du temps, en le menaçant de %ii plaindre au peuple sur les machinations des ennemis de la patrie. Ce fut probablement la cause qui fit monter Anisson sur l'échafaud.
1793. Décret relatif aux droits de propriété des auteurs d'écrits en tout genre, des compositeurs de musique, des peintres et des dessinateurs :
Art. I*'. Le droit de propriété est réservé aux auteurs leur vie entière, et ils ont le droit de céder la propriété de leurs oeuvres.
Art. 2. Leurs héritiers ou cessionnalres Jouiront du même droit dix ans après la mort des auteurs (2).
Art 6. Le contrefacteur est tenu de payer au propriétaire une somme équivalant à trois mille exemplaires; le débitant,à cinq cents exemplaires.
Art 6. Il sera déposé deux exemplaires à la Bibliothèque Nationale.
1793. L'Imprimerie Royale sons Louis XVI, et jusqu'à cette année, était une propriété mixte : les poinçons et matrices , à l'exception de la typographie dite du Cabinet durai, consistant en caractères d'écriture, appartenaient à l'État, ainsi que dix presses et environ dix milliers pesants de caractères, interlignes, cadrats, etc. Le surplus
(0 Ce ne fut pas, dit M. Auguste Bernard , l'un des contrastes les moins bizarres de cette époque que de voir les types de Louis A/f^scrvir à rimprcssion des brochures les plus démagogiques. {.Notice histoHqne sur l'Imprimerie Nationale, is48, p. ce.)
(s) Foy, pour les modifications au droit éc propriété , le décret du h février laio.
des machines, ustensiles el caractères, le magasin des papiers blancs, celui des lois, ordonnances et règlements imprimés appartenaient au directeur M. £. A. J. Anisson, qui rexploitait pour son propre compte.
Cette année M. Anisson proposa au comité du salut public de vendre à la nation la portion dont il était le propriétaire et une autre imprimerie, qui lui servait de succursale. Le tout fut estimé par experts-arbitres à 499,036 livres 17 sous, le 10 janvier 1794, et le 5 floréal ( 25 avril suivant ) , l'infortuné Anisson , sous prétexte d'avoir imprimé un arrêt inconstitutionnel du département de la Somme, fut traduit au tribunal révolutionnaire ; vainement il produisit Tordre qui lui avait été donné par le secrétaire général du ministère de Tintérieur, il périt sur Téchafaud, et ses biens furent confisqués. Dès lors l'Imprimerie Nationale exécuta les impressions pour le compte du gouvernement.
179Ô. Un décret du 8 pluviAse an III (23 janvier) réunit à l'imprimerie du Bulletin des Lois tout ce qui appartenait à l'État dans l'ancienne Imprimerie Royale. Un autre décret, du 18 avril suivant, lui donne le nom d7mprimerie Nationale; par un décret«du 29 mars ( 18 germinal an III ), elle reçoit le nom d^ Imprimerie de la République, Ce, décret lui confie les impressions administratives. -.
1795. MM. Pierre et Firmin Didot obtiennent la récompense de première distinction (l).
1796. Firmin Didot, qui avait appliqué aux tables de Callet un procédé de stéréotypage pour éviter les chances de fautes que les réimpressions occasionnent, invente un autre procédé, qui consiste à fondre en métal très-dur, composé d*un alliage de plomb, de cuivre et d'étain, des lettres moins hautes de tige que celles ordinairement en usage, puis à enfoncer au balancier les pages composées avec ces caractères , dans une plaque de plomb , d'où Ton retirait un cliché de cette page entière sur lequel on imprimait. Dans le procédé que M. Héran invente la même année on ne composait pas les lettres , mais c'était avec des matrices en cuivre parfaitement justifiées et mises d'approche que la page se trouvait composée par la réunion de ces matrices ou lettres en creux, d'où on retirait, au moyen du clichage, une page entière sur laquelle on imprimait. Le principal inconvénient de ce procédé dispendieux , qui exigeait un matériel considérable en matrices justifiées, c'est que, malgré le soin apporté à la justification de ces matrices, Tinterstice, à leur point de jonction, laissait pénétrer la matière en fusion lors du clichage,
(i) « Dcpats la première ExpoHition de I78e la médaille d'or n'est pas sortie de leur maison. » Voy. Rapport au Jurg de l'Exposilion de in* et de iss».
d'où des Sorbes, qu'il fallait enlever ensuite entre les lettres.
1797 (26 août). La loi du 9 fructidor an V met des entraves à la liberté de la presse. Par Tarticle 35 « les journaux et feuilles périodiques, et les presses qui les impriment, sont mis pendant un an sous l'inspection de la police, qui pourra les prohiber. » Cette prohibition fut prorogée après l'expiration de l'année.
1798. L'apparition du ytr^t/ein-f^, imprimé au Louvre par Pierre Didot, avec les caractères gravés et fondus par Firmin Didot, et orné de vingt-trois gravures exécutées par les plus habiles graveurs français d'après les admirables dessins de Gérard et de Girodet, fut un événement pour les amis des lettres et de la typographie. » Ce chef-d'œuvre de la typoce graphie française l'emportait dans toutes « ses parties sur le Virgile que Bodoni avait « donné dans le même format en 1793, et prince cipalement pour la correction la plus pure. « Malgré les plus actives recherches , on ne « trouva à reprendre qu'un J dont le point « s'était détaché à la pression , tandis qu'au « Ftr^iZe de Bodoni trente-sept fautes avaient « été signalées , sans celles de la ponctuation , « qui est très-irréguUère (1). »
L'édition de Virgile fut imprimée à deux cent cinquante exemplaires, plus un sur vélin.
1799. Parait l'Horace in-f, imprimé dans le même format par Pierre Didot. « Ce sont des « livres qui n'ont jamais été surpassés. L'Ho- « race avec les vignettes délicieuses de Percier « est pour mon goût le volume de prédilec- (i tion.... M. Didot a recueilli dans notre con- « trée même les témoignages d'une admiration « générale lorsque par la vente de certains ou- « vrages sur vélin exécutés par lui il a été K prouvé qu'il l'emportait décidément sur Bon doni dans l'impression des vélins (2). »
1799. Le premier volume de la collection stéréotype, in- 18, d'après le procédé de Firmin Didot, le Virgile (3)> parut à la première Exposition des produits de l'industrie française. Cette belle institution fut fondée sous le Directoire, à l'instigation de François de Neufchateau , ministre alors de l'intérieur, grand ami et protecteur des lettres, qu'il cultivait lui-même avec succès et passion.
(0 Le Pelletier, La Typographie, polime, p. iio, ouvrage très-bien imprimé par L. Vignier, Genève, issa.
(a) Dibdfn, Foyage bibliographique, archéoL, etc. en France, lettre 5i« ; Parts, tsai, trad. de M. Crapelet.
(s) Les premiers tirages sont fort recbercliés. Avant ;de stéréotyper les formes , quelques exemplaires furent tirés en papier vélin ; on les reconnaît |o à la faute qui existe, mais dans quelques exemplaires seulement, à la page i78 , où on lit irs te noster amor, au lieu de nec te noster amor : la lettre c ayant été enlevée pendant le cours du tirage ; a» à la variante, idylle X, illum etiam lauri, etiam /levere myricœ, leçon préférable à illum etiam lauri. illum etiam , etc., qui a été rejeté? par tons les s«« vanls éditeurs.
On sait que la grande correction était un des mérites principaux de ces éditions stéréotypes , qui par leur bas prix furent profitables aux études, mais préjudiciables aux intérêts de la librairie à l'époque où elles parurent.
Ce beau volume, orné d'une carte géographique, fut mis en vente au prix de 75 cent.
Le poids d'une feuille stéréotypée est de 9 kil., tandis que la même feuille en caractères mobiles pèse 60 kil.
1799. Mort de Charles- Joseph Panckoucke fondateur du Moniteur et de V Encyclopédie, homme instruit, intelligent, auteur de quelques ouvrages et lié avec les littérateurs les plus distingués de son époque. Voltaire, Rousseau, Dalembert, Diderot, etc. Quoique le succès commercial de TEncyclopédie ait été immense (un seul libraire de Madrid, Sancha^ avait réuni pour un million et demi de souscriptions), cependant la succession de C.-J.
Panckoucke fut très-embarrassée et sa fortune très -compromise (1).
1799. Bertrand Qum^tie^, imprimeur, publie ÏArt de V Imprimeur , ouvrage médiocre et suranné.
1800 ( 17 février). Arrêté des consuls, du 8 pluviôse an YIII, qui leur permet de supprimer ceux des journaux qui se permettraient d'insérer des articles contraires au pacte social, à la souveraineté du peuple, à la gloire des armes et aux nations amies et alliées.
1801-5 (an IX). Pierre Didot publie la magnifique édition du Racine in-f*, imprimée au Louvre, 3 vol. in-fo, enrichie de cinquantesept grawires d'après les dessins de Gérard, Girodet, Chaudet, Prudhon, etc. A TExposilion des produits de l'industrie française de l'an VI cet ouvrage a été proclamé le ch^-d^ceuvre de la typographie de tous les temps et de tous les âges. Il en existe seulement deux cent cinquante exemplaires, et un exemplaire imprimé sur vélin, que possède la Bibliothèque Nationale et dont M. Firmin Didot avait refusé la somme de trente-deux mille francs offerte par Junot, duc d'Abrantès.
Les poinçons dont les frappes avaient servi à l'édition du Virgile eideV Horace furent encore améliorés par Firmin Didot, et ont été jugés le nec plus ultra de la perfection par lesmembres du Jury de Londres qui, en 1851, lors de l'Exposition universelle, se rendirent au British Muséum pour y comparer les impressions dUbarra, de Bodoni , de Bulmer et de Bensley avec celle du Racine.
1802-4. Le bibliographe Ga^r.Pei^no^ publie son Dictionnaire deBibliologie, ouvrage qui renferme des détails instructifs, quoique souvent incomplets et surannés. 11 forme
(i) CaUpeatt U Rocbe, Réflexion tur la Ubrairie; FonUineblean,- itor, lo-t*.
3 volumes, y compris le supplément C'est par cet ouvrage que M. Peignot, bibliographe, écrivain facile et d'une érudition variée, a commencé une série de publications conteoaiit des renseignements prédeux pour les bibliographes.
1803 ( 27 septembre ). Arrêté des consuls décidant que, pour assurer la liberté de la presse, aucun libraire ne pourra vendre un ouvrage avant de Tavoir présentée une commission ,âe révision, laquelle le rendra , s'il n'y a pas lieu à la censure.
1803-11. Le Musée Français, publié par Robiliard Pérou ville, fut exécuté dans le cours de huit années. Ce magnifique ouvrage, ren.
fermant trois cent quarante-quatre planches, gravées par les plus habiles artistes du temps, a coûté des sommes énormes; il forme 4 volumes grand in-f*. Pour le compléter il faut y Joindre le Musée^ publié par Laurent^ 2 vol.
in-f', 1816-22 , dont les gravures sont exécu • tées avec non moins de soin.
1804. L'Imprimerie de la République prend le titre di' Imprimerie Impériale. Elle est transférée de l'hôtel Pentbîèvre, où est aujourd'hui la Banque, à l'hôtel de Rolian-Soubise, rue Vieille du Temple.
1804. M. Lièvre est reçu libraire. Les amis des lettres lui sont redevables d'excellentes publications de nos principaux auteurs français, dont il a pris soin de collationner les textes sur les meilleures et les premières éditions. Nous signalerons, entre autres, la collection des classiques français, 73 vol. in-8°, avec notes Variorum', le Cicéron traduit par M. Victor Leclerc, 31 vol. in-8°; la collection des poètes grecs format in-16, publiée par M. Boissonade ; i'édit. de Voltaire donnée par M. Beuchot ; etc.
1805. Le pape Pie VII vient visiter l'Imprimerie Impériale, où cent cinquante presses offrentà S. S. V Oraison dominicale, imprimée en autant de langues diflérentes. Bodoni, célèbre imprimeur à Parme, à Texemple de Timprimerie française, qu'il voulut surpasser, fit hommage àPie VII, en 1806,de VOraison dominicale en cent cinquante-cinq langues ou dialectes, imprimés par lui et avec des caractères qu'il avait gravés lui-même.
1805. Décret impérial du 22 mars (l*' germinal an XIII), qui accorde à Péditeur d'œuvres posthumes les mêmes droits que s'il e i était l'auteur, mais à la condition de les imprimer séparément (l).
1805. Décret impérial du 80 mars (7 germinal anXIll ), défendant l'impression des livres d'église, d'heures et de prières , s'ils ne sont autorisés par les évoques diocésains. Cette permission doit être textuellement rapportée et imprimée en tête de chaque exemplaire.
(I) Cette dUpotlUon eat encore en Tlgueor.
1806. Vinçard, imprimeur, publie VArt du Typographe^ ouvrage non moins médiocre que ceux de Bertrand Quinquet et de Momoro, et non moins suranné maintenant.
1806. M. Marcel, directeur de l'Imprimerie Impériale, expose un spécimen d'impression en cent cinquante langues différentes.
1806. M. Henri Didot expose son moule à refouloir, qui , appliqué ensuite an procédé de fonderie polyamatype de son invention »
hii permit d'obtenir cent soixante lettres à la fois.
1 806. La médaille d'or est accordée à Bodoni, de Parme. « Il est à remarquer à Thonneur de M. Bodonif qu'il a exécuté tous ses travaux dans on pays où il était seul, abandonné à ses propres moyens, et où la typographie était avant lui plus négligée que dans aucun pays de TEurope. » Rapport du Jury, par M. Gostaz.
1806. La médaille d'or est accordée à Pierre et à Firmin Didot à cette Exposition. Les caractères d'écriture gravés et fondus par Firmin Didot d'après le procédé de son invention paraissent poar la première fois dans la préface de sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile ^fX de plusieurs Idylles de Théocrite suivie de notes critiques et philologiques.
Cette préface, adressée à Pierre Didot, son frère, est suivie d'une note bibliographique et typographique concernant Henri Esllenne(l).
K Cela s'appelle, disent les membres du Jury « de l'Exposition de 1806, avoir fait compléte- « ment un livre, et encore plus complètement ■ que ne faisait Robert EsHenne, qui ne gra- « vait pas lui-même (2). »
1 806. A. A. Barbier, savant bibliothécaire de l'empereur, fait paraître son Dictionnaire des
(I) Cette note fat le au)et d'une diseussioo assez ▼l?e entre M. Firmin Didot et M. A. A. Renonard, qal, dans les jinnales de l'imprimerie de$ Jldes, atait dit au sujet d'Aide Manuce qu'à tous égardt il occupe et occupera longtemps , et sans aucune exception, le premier rang parmi les imprimeurs anciens et modernes, M. Firmin Oidot revendiqua en fareur de Robert et de Henri BsUenne ce premier rang, en a'appuyant de preuves qu'il serait trop long d'énumérer ici. « Je ne veux , dit-il, être ni injuste ni ingrat envers Aide. Non, Aide mérite de la république des lettres une reconnaissance éternelle pour avoir publié avec une grande activité un grand nombre d'auteurs classiques dans un temps où l'on n'imprimait guère que des ouvrages de disputes théologiqae^ mais Je dirai avec la même firancblse qu'il ne mérfte pas la place à laquelle des amls^ zélés, mais Indiscrets, venlent l'élever. Je dirai avec la même francbise que si son Théocrite, par exemple, renferme deux mille fautes, on ne peut , avec quelque Justice , en attribuer que quinze cenU aux manuscrits. Je dirai que J'ai lu dans l'intention d'y trouver des fantes plus des trois quarts de la colleetlon Intitulée : Poetœ Grad principes, s vol. In-fol. de douze cents pages, Imprimée par Henri BsUenne; que Je l'ai lue, dis-je, avec des yeux exercés à ce genre de travail, et J'affirme que Je n'ai trouvé dans cette coUectton ni autant de fautes ni surtout des fiiutes aussi graves qnll y en a danstleux on trois pages du TAtfœriU d'Aide » Pag. aso.
(s) Bapport do Jury, p. sm.
ouvrages anonymes et pseudonymes; 4 vol.
in-8°. Une seconde édition, revue et considérablement augmentée, parut en 1822. Après la mort de Barbier, M. de Manne, ancien conservateur de la Bibliothèque du Roi , a publié un nouveau recueil d'ouvrages anonymes et pseudonymes.
1809. 6. A. Crapelet succède à son père, imprimeur estimé. Ses éditions sont appr^iées des connaisseurs par leur correction et leur bonne exécution typographique. Imprimeur instruit, il a publié plusieurs ouvrages de la langue française au nooyen ftge , étude à laquelle il s'était particulièrement adonné , et il a fait plusieurs traductions de l'anglais. Ses écrits sur l'art typographique sont à la fois intéressants et instructifs ; il obtint la médaille d'argent en 1827 et en 1834. M. G. A. Crapelet, qui s'est distingué par un amour éclairé de l'art typographique, tenta avec plus de courage que de succès de conserver les anciennes traditions de Pimprimerie française.
Il est mort à Nice, en 1842 (1).
1809. L'empereur Napoléon, apprenant que les ouvrages qu'il demandait n'avaient pu être placés dans sa bibliothèque de campagne, à cause de la grandeur du format, dicta à Schœnbrunn à M. de Méneval , son secrétaire intime, le 12 Juin cette note pour la faire parvenir à Barbier, son bibliothécaire :
I L'empereur seot tous les Jours le besoin d'avoir une bibliothèque de voyage, composée d'ouvrages d'histoire. S. M. désirerait porter le nombre des volumes de cette bibliothèque à trois mille, tous du format in- 18, comme les ouvrages de la collection in-l8 du Dauphin, ayant de quatre à cinq cents pages , et imprimés en beaux caractères de Didot, sur papier vélin mince. Le format in-i2 tient trop.de place, et d'ailleurs les ouvrages imprimés dans ce format sont presque tous de mauvaises éditions.
« Les trois mille volumes seraient placés dans trente caisses, ayant trois rangs, chaque rang contenant trente-trois volumes.
« Cette collection aurait un titre général, et on numéro général , indépendamment du titre de l'ouvrage et du numéro des volumes de l'ouvrage. Elle pourrait se diviser en cinq ou six parties :
1° Chbonologie et Histoire universelle.
s** Histoire ancienne, par les originaux, et Histoire ancienne parles modernes.
3° Histoire oo Bas-EhpirÊ par les originaux, et Histoire du Bas-Empirb par les modernes.
4» Histoire générale et particulière, comme VEssai de Voltaire.
(1) a l'exemple des anciens typographes, II mit une marque à quelques-uns des ouvrages qu'il imprima. Celle qu'il adopta d'abord, et que Ton voit en tête de sa traduction du Forage bibliographique de Olbdin, 4 vol. in-8, issH, est une couronne de fleurs et de fruits, traversée de nombreuses plumes avec cette devise : Typograpkia crescunt. Il la remplaça quelques années après par une autre marque, plus beurense ; ce sont trois fleurs ( des pensées) avec cette devise : Elles n$ peuvent plus mourir.
5° Histoire Moderne des Ëtats db l'Europe, DE France, d'Italie, etc.
« Il faudrait faire entrer dans cette collection Siraban, les Cartes de d'Anville , la Bihle^ quelque Histoire de l'Église.
« Voilà le canevas de cinq ou six divisiuus, qu'il faudrait étudier et remplir avec soin.
« Il faudrait qu'un certain nombre d'hommes de lettres, gens de goût , fussent chargés de revohr les éditions, de les corriger, d'en supprimer tout ce qui est inutile, comme notes d'éditeurs, etc., tout texte grec ou latin , ne conserver que la traduction française , excepté quelques ouvrages en italien.
« L'empereur prie M. Barbier de tracer le plan de cette bibliothèque, et de lui faire connaître le moyen le plus avantageux et le plus économique de faire ces trois mille volumes.
« Lorsque les trois mille volumes (^histoire seraient achevés, on les ferait suivre par trois mille autres d'histoire naturelle, ùe voyages, de littérature, etc. »
L'année précédente, en 1808, l'empereur avait donné du château de Marrac près Bayonne des instructions pour faire imprimer pour son usage particulier une bibliothèque (i d'ouvrages sans marge pour ne point perdre de place , à dos brisé et détaché, et avec des couvertures le plus minces possible (1). » Déjà en 1798, lorsqu'il fut nommé chef de l'armée d'Orient , Bonaparte avait indiqué par écrit les ouvrages qui devaient composer une bibliothèqiie de camp.
M. Barbier envoya en novembre 1809 un rapport sur la formation de la bibliothèque historique composée de trois mille volumes in-lS d'environ cinq cents pages chacun. A ce rapport était joint l'aperçu de la dépense.
« Dans le cas où on imprimerait à cinquante exemplaires, la dépense pour l'impression et la reliure en veau serait de 4,080,000 fr., y compris le papier et les honoraires des hommes de lettres chargés de la révision des ouvrages et de la correction des épreuves. Pour les frais de reliure en maroquin (2), 355,000 francs; total 4,435,000 francs.
(t) Dans les instructions dictées par l'empereur il est dU, à i'arUcle tragédies : « Me mettre de Corneille que ce qui est resté ; ôtez de Racine les Frères ennemis, V Alexandre et les Plaideurs; ne mettre de Crébilion que Rhadamiste, Atrée et Thyeste; de Voltaire que ce qui est resté. » — Dans une note :« Il ne faut mettre de Rousseau ni VÉmile ni une foule de lettrest mémoires, discours, dissertations inutiles ; » même observation pour Voltaire.
(«) Dans une lettre de M. de Méneval du sm février isos on lit : « L'empereur demande instamment des livres pour la bibliothèque de son cabinet, etc. Sa Majesté m'a aussi chargé de faire connaître à M. Barbier l'importance qu'il attache à avoir pour sa bibliothèque de voyage de belles éditions et de belles reliures. H est assez riche pour cela. Ce sont ses expressions. »
Dans une autre lettre de M. Méneval à M. Barbier on lit : « Les romans que vous nous faites parvenir sont la plupart détestables, et ne font qu'un saut de la valise du courrier dans la cheminée, il ne faut plus nous
envoyer de ces ordures-là Envoyez le moins de
vers que vous pourrez, à moins que ce ne soit de nos grands polîtes; c^est vous dire de n'en pas envoyer
« En imprimant à cent exemplaires la dépense totale, y compris la reliure, s*éleverait à 5,475,000 fr.
« Il faudrait i^outer à l'une ou à l'autre de ces sommes un million pour la confection ées cartes géographiques.
■ Les trente caisses en bois d'acajou pour contenir les 3,000 volumes coûteront 10,000 fr. environ.
En prenant : l* cent vingt compositeurs d'imprimerie; 2<^ vingt-cinq hommes de lettres pour les travaux littéraires, les retranchements à faire, la correction des épreuves ; S** un chef trèsversé dans la pratique de l'imprimerie, on aurait un volume et demi par Jour, ou cinq cents volumes par an ; il faudrait donc six ans pour l'exécution des 8,000 volumes.
I Si au lieu de cent exemplaires on en tirait trois cents, pour mettre deux cents dans le commerce, les deux cents exemplaires , vendus à cinq francs le volume, rapporteraient trois millions. »
Des essais furent faits; mais Napoléon n'eut pas le temps de donner suite à cette entreprise. En 181 1 , le comte Daru, comme intendant de la liste civile , avait proposé , à l'occasion de la naissance du roi de Rome, de faire imprimer, format in-8°y une collection des meilleurs auteurs sur le modèle des ad usum Delphini. La commission qui fut formée se composait de MM. Cuvier, Daru, Delambre, Barbier, Sylvestre de Sacy, Dacier et Nougarède; le résultat d'un grand nombre de réunions fut la rédaction d'un catalogue.
1810. Le nombre des imprimeurs est réduit à soixante (décret du 5 février). E^r un autre décret, du 1 1 février 1811 , ce nombre est porté à quatre-vingts (1). Le même décret rétablit
souvent. Je ne peux vous cacher que l'empereur n'est pas content de sa bibliothèque de voyage , et J'at beaucoup de peine à persuader Sa Majesté de toutes les difficultés qu'offre la réunion des livres q'n'ellc déshre y voir, d'une belle impression et d'une reliure élégante et uniforme »
Barbier objecte les difficoltée que présente la formation d'une bibliothèque élégante, composée en ouvrages peUt format de livres choisis d'histoire et de littérature,. « Je puis, dit-il, vous citer un exemple frappant à l'appui de mes assertions. M. Maigeon a passé la plus grande partie de sa vie à former une riche collection de livres. Je l'ai examinée souvent. 11 n'existe rten en ce genre de plus riche, soit pour la beauté du papier, soit pour la magnificence des reliures; se Voyant malade et gêné dans ses derniers temps, 11 a vendu son cabinet à M. Firmin Didot pour une somme de so,ooo fr. Le cabinet de H. Firmin Oidot est done un des plus beaux de Paris , puisqu'il possédait déjà des livres très-précieux ; Je-crois cependant que l'on n'en tirerait pas cent volumes pour la petite bibliothèque de Sa Majesté. Quant à ces cent volumes, on au* rait peine à croire le temps qu'a exigé leur réonlon. Ce sont des exemplahres qui ne paraissent dans les ventes qu'à de longs intervalles ; Je sais que M. Naigeon en a attendu quelques-uns pendant dix et douze ans. »
On lira avec intérêt les détails sur le goât de l'empereur en fait de littérature, et sur la composition de sa bibliothèque, etc., dans les Souvenirs sur la Bibliothèque de l'Empereur, par Louis Barbier.
(I) Dans une séance du conseil d'État Napoléon s'exprimait ainsi : «L'imprimerie est nnétâtqnl intéresse la politique ; dès lors la poliUqoe doit en être loge. »
fonnellemeot et expressément la censure. Un autre décret, du 14 décembre, donne aux censeurs de rimprimerie le titre de censeurs impériaux.
Le droit de propriété littéraire est réglé par cette disposition , encore aujourd'hui en vigueur :
« La reuYe de l'auteur conserve la propriété des œuvres de son mari pendant sa vie, lorsque les conventùmè matrimoniales lui en donnent le droit; autrement, elle ne Jouit que des droits de successeur ordinaire, c'est-à-dire dix ans.
« Les enfants, c'est-à-dire tous les descendants en ligne directe de l'auteur, ont la propriété pendant vingt ans, soit après la mort de l'auteur, soit après celle de la veuve, selon les circonstances.
« Tous les autres héritiers ne conservent la propriété que dix ans après la mort de l'Auteur.
« Le donataire et le légataire sont de véritables successeurs , dont le droit dure seulement pendant dix ans. Après ce délai le droit revient à la veuve et aux enfants.
1810. Défense est faite aux individus non brevetés d'avoir en leur possession des presses, caractères et autres ustensiles d'imprimerie. (Décret du 18 novembre. )
1811. Les imprimeurs supprimés sont indenmisés par les brevetés, qui doivent en outre acheter leur matériel. ( Décret du 2 février. )
1812. A la vente de la superbe bibliothèque du duc deRoxburg, à Londres, la première édition du Décaméron de Boccace, in-f°, imprimée à Venise, en 147 1 , par Valdarfer, fut adjugée au marquis de Blanford, duc de Marleborough, pour 2,260 livres sterling (plus de 56,000 fr.). Son concurrent était lord Spencer, qui racheta plus tard ce même exemplaire bien moins cher, seulement 23,000 fr. G*est en mémoire de celte vente , où le prix des livres fut excessif, que le Roxburg Club fut fondé, et chaque année, le 17 janvier, dans un banquet, Tanniversaire de l'achat du Dé' caméron de Valdarfer est célébré. Les toasls suivants y sont portés : 1® à la cause de la bibliomanie dans le monde entier ; 2° à l'immortelle mémoire de Christ. Valdarfer; 8° à Will. Caxtoo, premier imprimeur en Angleterre ; 4° à Wynkyn de Worde; 5* à Rich.
Pinson; 6'' à Julien Notary; 7° à William Faques ; 8° à la famille des Manuces ; 9** à celle des Estiennes; 10° à John duc de Roxburge.
L'association ne peut compter plus de trente membres. Chacun d'eux tour à tour doit fournir, réimprimé au nombre fixe de trente exemplaires, et pour les seuls membres du club, un ancien livret qui serait devenu très-rare. Imitant cet exemple, la Société des Bibliophiles Français s'est constituée à Paris, en 1820, au nombre de trente membres.
1813. Le Dictionnaire Chinois- Français * Latin, rédigé par l'orientaliste de Guignes,
ËNGYGL. MOD, — T. XXYI.
paratt à l'Imprimerie Impériale. L'impression en avait été ordonnée par un décret impérial de 1808.
1814. Panckouckeflls, imprimeur instruit et libraire habile, entreprit de grandes publications, telles que le Dictionnaire des Sciences médUuUes , et la Bibliothèque Latine' Française^ à kiquelle il coopéra comme traducteur ( Tacite est traduit par lui ). Les Victoires et Conquêtes des Français eurent un succès prodigieux à leur apparition. 11 acheva l'impression de l'Encyclopédie Méthodique, commencée par son père. A l'Expo* sition de 1827 il obtint une médaille de bronze, et en 1834 une médaille d'argent. Sa sœur, madame Agasse , imprima le Moniteur, créé par son père. M. Ernest, fils de M. Panckoucke, a succédé à madame Agasse
1814. Loi du 21 octobre
Art I. Tout écrit de plus de vingt feuilles d'impression pourra être publié librement et sans examen ou censure préalable.
Art. 3. Quant aux écrits de vingt feuilles et audessous, le directeur général de la librairie à Paris et les préfets dans les dépariemenls pourront ordonner, selon les circonstances, qu'ils soient communiqués avant l'impression, pour être examinés par les censeurs choisis entre ceux que le roi aura nommés.
Art. 5. Si deux censeurs au moins Jugent l'écrit diffamatoire ou attentatoire à la tranquillité publique, à la Charte constitutionnelle ou aux bonnes mœurs , il sera sursis à l'impression, et il en sera référé à une commission composée de trois pairs, trois députés et trois commissaires du roi, qui statuera.
Ari. 9. Les Journaux et écrits périodiques ne pourront paraître qu'avec l'autorisation du roi.
1814. Ordonnance du 28 décembre (1).
Elle détermine le genre d'impressions qui doivent être réservées à l'Imprimerie Royale. L'article 14 porte : « Sera loisible à nos ministres de traiter, soit avec le directeur de l'Imprimerie Royale, soit avec tout autre imprimeur du commerce pour les impressions nécessaires au service de leurs bureaux. »
1815. M. Plassan (François-Rémond) , d'une ancienne famille d'imprimeurs et neveu de M. Henri Didot par sa mère (Saugrain) , est nommé imprimeur. Il est auteur d'une traduction de Don Quichotte très-estimée, publiée sans son nom chez Delonchamps. Son père avait imprimé une belle édition de Montes quieu en 4 vol. in-4°.
1815. Dès que la paix fut conclue, M. Ambroise Firmin Didot s'empressa de se rendre à Londres, pour juger des progrès que la typograplue avait pu faire. Il fut frappé de voir que dans toutes les imprimeries la presse inven-
(0 M.Royer-ColIard étaU alors directeur de l'imprimerie et de la librairie au ministère de l'Instruction publique. Cette ordonnance resta en vigueur Jusqu'en octobre isu.
tée par lord Staabopd (1) avait entièrement remplacé les anciennes presses en bois, et que le stéréotypage en plâtre, dont l'invention était également due à cet ami des arts , et particulièrement de la typographie, luttait en perfection pour la netteté de TobîI avec le procédé de Firmin Didot , et remportait en simpliciléet en économie. C'est alors qu'il vit chez Bensley la merveilleuse presse à cylindres inventéÎB par les mécaniciens Koanig et Bauer, et qui commençait à imprimer l'immense journal le Jimss avec cette prodigieuse célérité qui fit une révolution dans Timprimerie (2).
Il n'admira pas moins la machine à fabriquer ie papier, connue en Angleterre et en Firance sous ie nom de nmchbie Didot, qu'elle mérite en effet, puisque si l'idée première en est due à M. Robert, ouvrier de François Didot , dans sa papeterie d'Essonne, c'est à la volonté énergique de Didot Saint-Léger, secondée par les talents de l'ingénieur Donkin et le courage des frères Foudriner, fabricants de papier, que ce succès est dû. Elle fut presque aussitôt introduite en France , d'abord à Sorel, près Anet, chez MM. Berte et Grewentch, ensuite chez M. Canson , puis chez MM. Firmin Didot frères, à leur papeterie du Mesnil, où, pour la première fois en France, fut monté l'appareil ie& cylindres qui sèchent le papier à mesure qu'il se fabrique.
1815. Loi du 21 octobre sur la liberté de la resse.
1815. L'Imprimerie ci-devant Impériale est mise en régie. M. Ânisson-Duperron, fils de celui qui avait péri sur l'échafaud pendant la
(i) Charles Stanhope, membre de la chambre des Pairs, fttt an parUsan dévoué des idées libérales, et ne e^ssa^de combattre les prétenUons du parti aristocraUque. En iras, dans la discussion sur l'affaire de la régence à l'occaston de la maladie du roi, il soutint qu'en cas de vacance du trône les deux chambres avaient le droit et le pouvoir d'y suppléer d'après ce principe , qne ^ toute autorité juste et légitime ne peut dériver querdu peuple. Il se montra grand partisan de la révolution française, et lutta contre la partialité vénale d'Edmond Burke. v
En i7«a il défendit le fameux bili de la liberté de la presse, li s'opposa continueilement à la guerre contre la France. Dégoûté des affaires publiques , il s'adonna à ramélioration de ragricuiture . aux travaux et inventions mécaniques Jusqu'au ts septembre 1819, Jonr de sa mort. Sa fille, lady Esther Stan* hope , a hérité de son père une ^véritable affection pour les Français , qu'elle accueillait avec une bienveillance toute particulière dans sa retraite du mont Uban, tandis qu'elle refusait de voir ses compatriotes. C'est à titre de Français et de typographe qu'elle voulut bien m'y accorder l'hospitalité en isir. Je me félicite d'avoir siégé à l'Exposition de Londres, comme membre du Jury pour la typographie, avec son neveu lord Mahon, petit-fils de lord Stanhope. Il m'offrit obligeamment de me communiquer les nombreux papiers conoernant la typographie laissés par son aïeul.
(a) Dans un banqnet donné chez Bensley pour l'inanguration de cette Invention, M. A. F. Didot félicita les deux inventears , dignes compatriotes de Gutenberg.
révolution, est nommé régisseur pour son propre compte.
1817. Parait la LuHads (as Lusiadas de Louis de Camoëns) , nova ediçdo correcta e dada a luz par don Joze Maria de Souza Bothelo, imprimée par Firmin Didot, grand in-4°. « Edition magnifique, exécutée aux fraia de M. de Souza , et enrichie de dix gravures , exécutées par les premiers artistes de Paris , et d'un beau portrait de Camoëns (l). »
Tous les dessins ont été faits par Gérard, ami de i'éditeor et de l'imprimeur. Firmin Didot avait retouché les poinçons, qu'il avait précédemment gravés, et donné des soins tout particuliers à la fonte et à l'impression. Toutes les épreuves furent relues par lui avec M. de Sonsa, son intime ami ; l'ouvrage n'a été tiré qu'à trois cents exemplaires; aucun d'eux n*a été mis dans le commerce. La même année Firmin Didot publia la Henriade , format in-4®, avec un commentaire de M. Daunou. Cette superbe édition , enrichie de dessins d'après Gérard , fut imprimée avec un soin extrême, sur du papier que MM. Montgolfier d'Annona]!, d'après l'invitation de M. Didot, fabriquèrent avec des cotons neufs, tels qu'ils arrivent d'Amérique.
1818. Introduction à Paris, dans l'imprimerie de MM. Didot, de la presse en fonte, dite Stanhope, qui remplace avec avantage les anciennes presses avec jumelles en bois.
1818. Introduction en France du procédé de stéréotypage au moyen du moulage en pifttre inventé par lord Stanhope. Ce procédé, qui n*a rien de supérieur pour la nettet^4es empreintes à ceux de Firmin Didot et d'Héran , est moins dispendieux et d'un usage plus facile, ce qui le fit généralement adopter. Plus tard , vers 1846, on a tenté de substituer au pifttre des moules composés de deux feuilles de papier entre lesquelles est étendue une couche de blanc d'Espagne; ces moules ou flancs s'enfoncent sur l'œil des lettres d'une page au moyen d'un frappage avec une brosse.
Lorsque ces flancs ont été séchés sur la page même dont ils ont pris Tempreinte, ils sont placés dans une boite que Pon plonge ensuite dans une chaudière où le métal est en fusion; mais le cliché qu'on en retire est moins parfait que par le moulage en plâtre.
1818. MM. Debure frères , libraires et savants bibliographes, publient le Catalogue de la Bibliothèque Macearthp, si célèbre pour les incunables qu'elle possédait , et où se trouvait le Psautier de Mayenoeûe I4&7,
(t) B&UHBT Manuel du lÀbraére.
tt Lors même que Firmin Didot n'aurait Jamais exécuté d'autre livre que la LusUtde de Camoëns , son nom serait digne d'aller à la postérité avec celui de son frère. Le nombre des livres imprimés par les Didot est presque incroyable! » Dibdin, TrentiéWM UUre tur VimprimeHe • Crapelet iiii.
maintenant à notre Bibliothèque Nationale.
M. Van Praet, son célèbre conservatenr, en fit l'acquisition au prix de 12,000 fn
1819. Lois des 17-26 mai et ,9 juin sur la répression des crimes et délits commis par la presse. La première contient les dispositions pénales , la seconde règle le mode de procédure, la troisième est relative aux journaux e| écrits périodiques, qui sont affranchis de toute censure préalable, mais obKgés de fournir un cautionnement de 10,000 francs de rente pour les journaux quotidiens et de 5,000 francs pour les journaux périodiques. Le cautionnement dans les provinces est de 2,500 francs pour les villes de cinquante mille âmes, et de 1,500 francs pour les Tilles au-dessous. La moitié de ces rentes est exigée pour le cautionnement des écrits périodiques paraissant à des termes plus rapprochés.
i819.M.ifo/é, fondeur, présentée l'Exposition une série considérable de caractères gravés par lui, parmi lesquels était un caractère arabe exécuté sous la direction de M. Langlès, orientaliste.
1819. Ambroise'Firmin Didot et Hyacinthe-Firmin Didot, qui secondaient leur père Firmin Didot depuis longtemps ( 1 ), deviennent ses associés pour la gravure et la fonderie en caractères, Timprimerie, la librairie et la papeterie. Ils obtiennent des médailles d*or aux expositions de 1819, 1823, 1827, 1834 et 1839.
L'alné des deux frères ayant été nommé membre du jury de l'Exposition, leur établissement se trouva hors de concours en 1844 et en 1849.
1819. M. E, Lemaire commence la publication de la Bibliothèque Latine avec notes variorum et des index très-complets. Cette grande collection, à laquelle plusieurs savants distingués ont coopéré, forme 142 volumes.
Elle a été imprimée par MM. Pierre et Firmin Didot et par M. Dondey-Dupré. Déjà en 1810 M. Firmin Didot avait commencé une semblable publication, interrompue par les événe« ments politiques. Juvénal et Perse sont les seuls ouvrages qui aient paru alors.
1819. Introduction dans les ateliers de MM. Didot de la presse dite ColumMan, inventée à Philadelphie par George Clymer (2).
(I) Les premiers poinçons gravés par M. Ambrolse- Firmin Didot datent de laoe. M. Hyacinthe* Firmin Didot, qui plus tard fat nommé Utnlalre de Timprimerie du Mesnil, près de Dreux, s'occupait de la librairie, et secondait son père pour ses impressions soignées, et parUonUërement pour ses cartes géographiques. Le plus Jeune des trois frères, M; Frédérlc-Firmln Didot , fut associé avec ses frères pour la papeterie, et en laar il fonda à l'Isola di Sora, dans le royaume de Naples, la première fabrique de papier conUnu , pour laqueUe un brevet lut pris à Mapies an nom de MM. Firmin Didot et Lefèvre; la mort le frappa à l'Age de trente-huit ans, en isse. A l'Exposition de i sm Il avait reçu , conjointement avec ses frères , la médaiUe d'or.
(•) \oy, Jfiftieê dêieripHve de ta »rm$e dite Co-
Dans cette preise le système de la vis est remplacé par une combinaison de leviers ajoutés au barreau.
1819. Invention du moule polyamatype de M. Henri Didot, qui obtient la médaille d'or.
1819. L'invention des rouleaux dits gélatineux est due à M. GanntU (1). Cett àlasoUicitation de M. Chegaray, correcteur de M. Smith, imprimeur à Paris, qu'il composa des rouleaux élastiques, formés d'une combinaison de sucre et de gélatine, qui remplacèrent aussitôt avec avantage pour l'impression les rouleaux en peau de veau. L'usage en devint général en France, en Angleterre et dans les autres pays.
1820. M. Thompson, habile graveur sur bois, exécute avec un talent remarquable des vignettes supérieures à ce qui avait été fait jusqu'alors en France. Parmi les nombreux artistes français qui se sont formés à son école, M. Godard, d'Alençon, s'est distingué l'un des premiers.
1820. Le baron Taylor fait paraître le premier volume d'un immense monument national, dont il a déjà paru vingt volumes in-f, ornés d'un nombre infini de planches lithographiées, représentant .tous les monuments de la France. Ce vaste recueil, intitulé :
Voyage pittoresque et romanûque dans l'ancienne France, par MM. Nodier, Tay^ loret CailleuXf imprimé par Didot atné, Jules Didot et Firmin Didot , formera au moins 40 volumes.
1820. La Société des Bibliophiles Français commence à imprimer chez Firmin Didot son recueil des petites pièces que chaque bibliophile doit faire exécuter à tour de rôle. Les six volumes dont il se compose ont été terminés en 1829.
1 822. M. Pinard, qui s'était distingué à Bordeaux comme imprimeur, graveur et fondeur en caractères, et qui s'était formé à l'école de M. Firmin Didot, transporte son établissement à Paris. L'édition du Temple de Gnide, in-f*, commencée par lui à Bordeaux , peut se placer à côté des chefs-d'œuvre de la typographie française.
1823. La première presse mécanique, construite en Angleterre par MM. Applegath et Cowper, est importée d'Angleterre pour imprimer en France le Magasin Pittoresque.
1823. M. Jules Didot, fils de Pierre Didot, présente à l'Exposition une édition in-P* des Fablés de Phèdre, imprimée sur satin, et autres ouvrages parfaitement exécutés avec de nouveaux caractères gravés sous ses yeux et fondus chez luL Toutes ses éditions sont remar-
LUMBiAir, inventée par George CI0ner,* Paris, Firmin Didot, tsi», ln-40.
(1) M. Cannai s'était occupé depuis longtemps de la fahrication de la eolle ft bouche, qui consiste en un mélange de sucre et de ooUe forte ou gélatine.
quables par la beauté de leur exécution. La médaille d'or lui est accordée.
i%23. MM, Paul Dupontt Gautier- Laguyonie et Middendorp présentent à rExposition une presse mécanique à un seul cylindre pon- ▼ant tirer environ deux mille feuilles à Theure.
1823. Par une ordonnance du 23 juillet l'Imprimerie Royale est remise en r^ie pour le compte du gouvernement.
1824. M. Jules Renouard succède à son père, dont il continue les belles publications. il est Donmié juge au tribunal de commerce.
Son frère Paul Renouard avait été nommé imprimeur en 1823.
1825. M. Brun^ compositeur chez M. Firmin Didot, et ancien imprimeur à Nantes, publie un petit chef-d'œuvre typographique intitulé Manuel pratique de la Typographie française. On a remarqué qu'aucun mot n'a été divisé à la fin des lignes dans tout le cours de l'ouvrage.
1826. Bf . Henri Foumier^ élève et prote chez MBf. Firmin Didot, puis imprimeur à Paris, publie uu Traité de Typographie qui contient de bonnes instructions pratiques. Mais cet art fait tant de progrès, qu'une partie des préceptes qu'il donne est déjà tombée en désuétude. L'impression qu'il a faite des fables de La Fontaine illustrées par Grandvilie est remarquable.
1825. M. Marcellin Legrand est choisi pour graver les nouveaux types de l'Imprimerie Nationale. Successeur et élève de M. Henri Didot , son oncle, il dirige nvec succès la Fonderie Polyamatype.
1826. M. Firmin Didot, député d'Eure-et- Loir, dans la séance du 16 avril s'exprime ainsi, au sujet de la pétition du sieur Cordier^ Imprimeur à Paris, qui demandait à la chambre législative le rétablissement du jury pour le jugement des délits de la presse :
« Dans des temps voisins de la barbarie, les H imprimeurs Jouissaient de droits extraordi- « naires, de prérogatives, de privilèges; ils K étaient exempts du logement des gens de « guerre, de la garde de la ville, à moins d'un « péril imminent; enfin leur profession était sé- « parée des arts mécaniques. Aqjourd'hui, dans R on siècle de 'lumières, les successeurs de ces « anciens typographes, qui voyaient à demeure « dans leurs établissements les savants de pre- « noier ordre, Je dirai même de la plus haute « naissance, Casauboo, Ërasme, Mélanchton, (c Lascaris, les successeurs des Aide, des Estienne, « desRichardson, des Franklin, des Gessner,de- <c mandent à être mis au niveau de tous les ar- « tisans.
« Messieurs, ce sont les -lois qui font les hom- (c mes. Que les lois cessent enfin de traiter en < ennemis , d'entourer de pièges , de terreurs , « de châtiments les typographes, dont l'état « n*est pas sans quelque dignité; leurs presses • repousseront non point sans doute l'écrit
« courageux qui dénonce les abus, mais tout ce « qui serait hostile envers un gouvernement « protecteur, qui conserve les droits de tous. On « obtient très-peu des Français par la menace ; « on en obtient tout par une noble confiance. »
1826. M. Hachette {L,'T,-C, ), ancien élève de l'École Normale, est nommé libraire; en 1837 il a été nommé imprimeur et peu après libraire de l'Université.
1827. Les caractères appelés mtcro^copiques, gravés et fondus par Bf . Henri Didot, à Tâge de soixante-six ans, paraissent pour la première fois dans l'édition des Maximes de La Rochefoucauld, petit in-64 , imprimé par Didot jeune, frère de Henri Didot.
Jamais dans aucun pays rien de semblable n'avait été exécuté, à beaucoup près. C'est un chef-d'œuvre de gravure, et la perfection de la fonte de ce caractère, qui n'a que deux points et demi, est due au moule polyamatype de l'invention de M. Henri Didot.
1827-42. L'ouvrage de M. J. M. Quérard intitulé : La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants , historiens et gens de lettres qui ont écrit en français , plus particulièrement pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles , 10 volumes in-8°, est publié par MM. Firmin Didot frères, qui jugèrent qu'un ouvrage aussi complet serait utile aux bibliographes, aux bibliophiles et aux libraires. Il en existait de semblables en Angleterre et en Allemagne ; il était désirable que la France publiât un travail aussi exact et aussi utile.
1828. Loi du 18 juillet. Elle veut que le gérant d'un journal présente une véritable responsabilité : à cet effet le gérant devra avoir la signature sociale et posséder en son propre nom un quart du cautionnement (1).
1828. Ordonnance qui limite à deux le nombre d'exemplaires que les imprimeurs soni tenus de déposer.
1829. M. Duverger expose ses premiers essais du polytypage appliqué à l'exécution de la musique.
; 1829 ( 29 décembre). M. Ambroise-Firmin Didot est nommé imprimeur du roi ; c'est le dernier brevet accordé.
1829-34. Le libraire Techner fait paraître un recueil précieux, imprimé seulement à soixante-seize exemplaires, intitulé /oyetisetez, facéties , et folastres imaginations de Caresme-prenant , Gauthier Garguille , Guillaume Gorju , Roger Bontemps , Turlupin j Tabarin, Arlequin y Moulinet^ reproduisant en 16 vol. in- 16 des ouvrages devenus très-rares. Le Manuel de M. Brunet , p. 738 , t. Il, décrit chaque volume.
1830. M. Duverger prend la direction de l'Imprimerie Royale, le 29 juillet 1830.
(1) Cette dlspoiltloD est eocore en vigueur*
1830 (30jaillel). Quelques ouvriers pressicrs et quelques ouvriers mécaniciens employés à la construction des mécaniques, les uns par égarement ou enivrement, les autres par un calcul plus personnel et plus coupable, s'introduisirent violemment dans les imprimeries de MM. Lachevardière, Tillard, Huzard, ele., et à l'Imprimerie Royale, où, par un abus odieux de la force brutale, ils brisèrent les machines à imprimer. On ne saurait trop déplorer qu'éh France, dans un siècle de lumières, un pareil acte de barbarie ait été commis et soit resté impuni , et on devait croire quMI ne se reproduirait plus ; mais malheureusement le 26 février 1848il8*est renouvelé dans des circonstances entièrement analogues. Il n'est pas moins regrettable que le parti conservateur, autrement dit de l'ordre , se laissant emporter par la passion du moment, ait commis en juin 1849 des excès, moins graves dans le fait, mais non moins condamnables en principe, lorsque, pénétrant en vertu d*un mandat dans les imprimeries de MM. Boulé et Proux, les casses remplies de caractères furent bouleversées ainsi que les formes qui avaient servi à composer des journaux de ropj[H>sition la plus avancée : tant la passion peut aveugler même des hommes éclairés et les porter à des excès aussi irréfléchis contre des caractères, qui ne sauraient être responsables des opinions des hommes, puisque dans les mêmes lieux ils servaient à Timpression d'écrits conformes à celles des assaillants.
Espérons que cette persécution contre les presses et les caractères, objets* matériels par lesquels les idées s'expriment, ne se reproduiront jamais en France. Â des époques d'ignorance et de fanatisme on pendait et on brûlait les auteurs, les imprimeurs et les libraires; dans la première moitié de ce siècle on a brisé les presses , puis détruit les caractères ; la seconde moitié doit se borner à combattre les idées par les idées, Terreur par la vérité; mais, hélas!
L'bomme est de glace aox vérités , Il est de feo pour le mensonge.
1830 (3t juillet). Les ouvriers de diverses
imprimeries de Paris placardèrent cet avis,
qui les honore :
PROTESTATION DE3 OUVRIKRS DE PARIS CONTRE LES FOMENTATEURS DE TROUBLES.
. ft Nous, soussignés, ouvriers des divers ateliers et manufactures de Paris,
« Reconnaissant que la destruction des machines et des mécaniques entraînerait infailliblement la ruine du commerce, source de notre gloire nationale; qu'il n'y a que des traîtres à la patrie capables de nous insinuer de si perfides
conseils :
c Déclarons protester hautement contre toute action dont le but serait d'attenter à la propriété de qui que ce soit, voulant conserver intact
rhonneur que nous avons acquis en repoussant par la force Todieux despotisme, etc. > Suivent les signaturet.
Quelques jours après de nouvelles agitations parmi les ouvriers imprimeurs ayant troublé Paris et inspiré des inquiétudes, ainsi que le constate le Moniteur, M. Firmin Didot publia l'avis suivant :
FiRMiN DmoT, ancien typographe ^ aux an^ ciens compagnons de ses travaux,
«c Mes amis,
« Vous m'avez vu, chez mon père, faire l'ap* prentissage dans toutes les parties de la typographie , soit comme graveur et fondeur en' caractères, soit comme compositeur et pressier, soit comme libraire. Ouvrier ou chef d'établissement, Je vous ai estimés'; et Je puis dire que Yous-mémes estimez et aimez mes fils , qui ont suivi mon exemple. J'ai donc le droit de vous parler librement en cette circonstance.
« Quelques ouvriers ont, dans des Jours de gloire pour leurs camarades, brisé ou détérioré des presses mécaniques, soit dans rétablissement de nmprimerie Royale, soit dans des maisons particulières. Us n'ont eu, sans doute, d'autre intention que de s'assurer du travail. Nous allons voir s'ils ont bien calculé, et s'ils calculent bien en vous détournant vous-mêmes de vos travaux et en vous faisant participer à des rassemblements qui ne sont pas coupables, mais qui troublent le repos public :
tt fo Vos rassemblements excitent de l'inquiétude parmi les citoyens. Les libraires, dont le commerce a sartont besoin de calme, d'ordre et de confiance, suspendent les travaux dont ils avaient chargé les Imprimeurs.
a 90 SI la France n'avait pas de presses mécaniques, tandis que les peuples voisins et la Belgique conserveraient les leurs, nos voisins et la Belgique s'empareraient de presque tout le commerce de la librairie française, et leurs ouvriers seuls travatlleralent.
« s<> Ce ne serait pas seulement à eux-mêmes que les ouvriers pressiers auraient fait du tort , ils auraient ruiné les ouvriers compositeurs, les graveurs et les fondeurs en caractères, les assembleurs, les brocheurs et les relieurs. Ils auraient ruiné dans toute la France les fabricants de papier.
« 4<> En empêchant les Journaux de paraître, vous Jetez l'alarme dans les départements. Les Journaux ne doivent s'imprimer que tard dans la nuit , et se distribuer à la pointe du Jour ; par conséquent les presses mécaniques sont indispensables à ceux qui sont tirés en grand nombre. Je sais tout ce que vous pouvez dire sur les triples et quadruples compositions de ces Journaux ; mais généralement les presses mécaniques ont plutôt accru que diminué les travaux des ouvriers compositeurs.; Ce n'est que par elles seules que nos journaux vont atteindre bientôt l'énorme dimension des Journaux de l'Angleterre.
« s*> Les ouvriers pressiers, dont te nombre d'ailleurs est triple de celui qui existait dans ma jeunesse, et le double de ce qu'il était du temps de Napoléon ( si toutefois quelques-uns d'entre eux ont contribué à la destrucUon des presses mécaniques ), ont commis, J'Ose le dire," une mauvaise action; ite n'ont
pas réfléchi qu'en détruisant les presses mécaniques ils détruisaient les instruments qui doivent servir à propager, pour un prix très-modique, l'instruction du peuple français.
a Restez donc, mes amis, dans vos ateliers :
c'est le seul moyen défaire renaître la confiance
' si nécessaire aux entreprises de la librairie et
aax travaux de llmprimerie; songez que si chacan est libre de travailler quand bon lai semble, nul n*a le droit d*flmpécher les autres de travailler.
« Au reste, confiez-vous à la sagesse du roi, et & ton amour pour le peuple français.
« FiRMiN DiDOT, député tPBurê'Ct'Loir»
« 4 septembre 1830. »
1830 (14 août). La Charte constitutionnelle porte, art. 7 : « Les Français ont le droit de publier et de faire imprimer leurs opinions en se conformant aux lois. La censure ne pourra jamais dtre rétablie. »
1830. La place de directeur de rimprimerie Royale ayant été proposée à M. Firmin Didot père, membre de la chambre des députés, par M. Dupont de l'Eure, alors ministre de la justice, M. Firmin Didot répondit à cette offre par la lettre suivante :
«( Mon honorable collègue,
« J'accepterai la place de directeur de l*Impri. merie Royale aux conditions suivantes :
« I* Qu'il sera rendu par degrés, et le plus tôt possible, aux imprimeurs de Paris.et des départements toutes les impressions qui, sans nuire à la sécurité du gouvernement, doivent appartenir au commerce, et lui ont appartenu;
« 2* Que je puisse m*adjoindre quatre commissaires de mon choix pour cette opération , qui doit être faite avec Justice sous tous les rapports;
« 3« Qu'il sera livré à un prix modéré, à tous les imprimeurs de France qui en feront la demande, des fontes de caractères orientaux et étrangers;
«t 4* Que Je ne recevrai point de traitement
fi Je vous salue avec la plus haute estime et la considération que vous méritez.
<c FmMiN Didot, député d*Bure-et-Loir,
• 9 août 1830. B
1833. Une commission est nommée au ministère de rintérieur pour aviser aux moyens de supprimer les succursales d'imprimerie , nuisibles à Tordre public aussi bien qn'à la propriété privée.
1834. Paratt le premier volume du Trésor de NumisTnatique et de Glyptique, ou Hecueil général des médailles, monnaies, pierres gravées et bas-relie/Sf etc., gravé d'après le procédé de M. Ach, Collas, Par ce procédé, qui est un perfectionnement du tour àguillocheroa tour à portrait, les objets sont reproduits identiquement par des lignes plus ou moins profondément accidentées gravées sur une plaque en cuivre par la pointe du burin , qui s'y enfonce plus ou moins d'après la saillie plus ou moins grande qu'offre les objets avec lesquels elle est mise en rapport ; d'où résulte des effets d'ombre tellement identiques à l'objet même, qu'à une certaine distance on croit le voir lui-môme reproduit sur le papier par l'impression.
1834. M. Marceliin Legrand expose ses
prenoiers essais d'un oaraetère obfaMis, dont il a le courage d'entrependre la gravure à lui seul. « Et d'abord, afin d'éviter la gravure de 30,000 caractères chinois il s'inspire du système proposé par Bfàrsham, et décompose les 30,000 caractères cliinois, qui forment le Dictionnaire Impérial, pour ne trouver que 9,000 poinçons nécessaires. Ensuite, poui faciliter aux compositeurs la recherche de ces 9,000 caractères, il introduit dans le moule de la lettre, et sur la tige de la letère, au aïoment de sa fonte, un numérotage qui permet de composer du chinois avec des chiffres, sans même connaître les lettres de cette lan* gue. » Rapport du Jury,
1834. M. Antoine-Augustin Renouard, libraire instruit, éditeur habile et bibliographe non moins consciencieux que persévérant, donne la troisième édition de ses Annales de rimprimerie des Aides , ou Histoire des trois Manuces et de leurs éditions (i), 1 vol. grand in-8^ , dont M. Paul Renouard , son deuxième fils, est l'imprimeur, et M. Jules Renouard, son fils aîné, est le libraire.
Pour exécuter un pareil ouvrage, il fallait le concours de conditions qui se sont heureusement rencontrées en M. Antoine Renouard. La date des éditions prouve que trente et un ans se sont écoulés entre la première et la dernière. Or la première édition était le résultat d'un long travail exécuté par M. Renouard sur les éditions mêmes des Aides, qu'il possédait toutes dans sa riche bibliothèque , avantage aussi rare qu'indispensable pour obtenir l'exactitude rigoureuse qui rend cet ouvrage un livre aussi précieux qu'exceptionnel. 11 fallait à sa passion pour les Aides unir la passion de la bibliographie et cette longue persévérance durant une carrière non moins longue qu'honorable (2).
Cette édition a été tirée seulement à trois cent cinquante exemplaires.
1834. M. Du verger, imprimeur à Paris, expose les résultats de son nouveau système pour exécuter typographiquement la musique. Le procédé consiste à mouler dans le^ plâtre les pages composées en caractères mobiles qui ne contiennent que les notes et les portées. Le tracé des lignes est fait ensuite dans ce moule en plâtre par un procédé mécanique , en sorte que le cliché que l'on retire du moule ainsi complété donne à la fois réunies les notes, les portées et les lignes exemptes de la brisure qui se fait toujours remarquer dans la musique exécutée par les anciens procédés.
(I) La première édition parut en itos, s vol. in-ss et un volume supplémentaire fut publié en isis.
La seconde édition parut en tsw, en s vol. in-8«, avec portraits et fac-similés.
(8) M. A. A. Renouard, né en 1766, retiré à Abbevillc, où il a transporté sa belle et nombreuse bibliotliëque , a maintenant atteint sa quatre-vlngt-sixiéfflc année.
1884: M. Émaif «ïot 8Vàtt succédé à son père, imprimenr iostrait, présente à TExpositioB de beanx ouvrages, où les gravures en bois sont tirées avec un soin remarquable.
Panlet nrginie, qu'il Imprima pour M. Curmer, est le premier livre qui ouvjre avec édat la nouvelle industrie des livres dite illustrée,
1834-39. MM. Gaume frères, libraires à Paris , font paraître une édition des Œuvres complues de saint Jean Chnfsostéme, îormûi grand in-8', à deux colonnes, grec et laUn.
MM. Dubner,Fix et Sinner ont donné des soins à cette belle et correcte édition» dont les premiers volumes ont été détruits dans l'incendie des vastes magasins de la rue du Pot-de-Fer, oh fut consumée une masse énorme de livres imprimés, que plusieurs libraires y avaient
mis en dépôt. 1835. Loi du 9 septembre. Pourlarépteasion
des crimes, délits et contraventions de la presse :
Art. I. Toute provocation tendant à compromettre la sûreté de l'État sera punie de la détention et d'une amende de 10,000 à 60,000 francs.
Art. 2. L'offense au roi est punissable des mêmes peines. Dans l'un et l'autre cas les coupables pourront être déférés à la chambre des
pairs.
Art. 13. Le cautionnement d'un Journal quotidien sera de 100,000 francs, de 76,000 s'il ne parait que deux fois la semaine, et de 60,000 francs s'il ne paraît qu'une fois la semaine.
Art. 15. Chaque gérant responsable d'un ioomal ou écrit périodique devra posséder en son propre et privé nom le tiers du cauUonne-
Art 18. Tout gérant sera tenu d'insérer en télé du journal les documents officiels, renseignements et rectifications qui lui seront adressés partout dépositaire de l'autorité publique, sous la seule condition du payement des frais d'insertion.
1835. M. rcr8tioto( F.- Patt«n), imprimeur instruit et passionné pour son art, est inventeur d'une presse mécanique à platine d'un système ingénieux, pour lequel il est breveté, ainsi que pour un moule mécanique fondant vingt-cinq lettres à la fois. Sa pressée Uroir, fonctionnant avec un seul ouvrier, est en activité depuis neuf ans.
1836 ( 514 avril ). Mort de M. Firmin Didot, à la papeterie du Mesnil. M. Hyacinthe- Firmin Didot, son second fils, est nommé titulaire de l'intéressante imprimerie du Mesnil ,oii de jeunes filles composent les ouvrages grecs et latins de la librairie de MM. Firmin Didot frères (1).
(0 En 1S3I M. RIgnoux, l'un de nos plu» habiles Imprimeurs de Parla, avait tenté d'établir à Monlbar une Imprimerie composée déjeunes fllles; mais, malgré le talent et le zèle de M. ThéoUsle Lefèvre, à qui la direction de cet établissement fut conflée, il ne put réussir. Par sa persévérance et ses connaissances pratiques M. Ufèvre parvint à surmonter plus tard dans
1836. M« 5rA;<èf«, habile graveur sur bote, est chargé par l'Imprimerie Nationatedeniiustration de V Histoire des Mongols et d'autres ouvrages , dont les planches sont fort bien exécutées.
1836. M. Delalain (Jules) succédée son père comme imprimeur-libraire. En 1850 il réimprime le traité de Henri Estienne intitulé : De la Précellence du Langage Français, publié par M. Léon Fougère, avec des notes et une étude sur Henri Estienne.
1838 (25 juin). Rapport de la commission nommée par l'assemblée des imprimeurs pour l'établissement d'une chambre des imprimeurs (1).
1 838. M. Alkan aîné, zélé typographe et proie chez M. Vinchon, commence la publication de ses Annales de la Typographie, recueil contenantdes renseignements utiles. Cette publication fut interrompue en 1840, malgré le courage de Tauteur. « Pour Tempécher de succomber, dit-il, je m'étois proposé de me mettre à une casse et de le composer moi-même. » Il est regrettable que M. Alkan n'ait pu trouver les encouragements que méritait cette entreprise.
1839. M. Silbermann, à Strasbourg, présente à l'Exposition des impressions polychromes exécutées typographiquement , et avec succès. Les effortsdeM. Sllbermann furent récompensés à TEx position de 1849, oh la médaille d'or loi fut décernée.
1839. MM. Lacrampeei compagnie s'établissent en association, composée de dix-neuf ouvriers. Ces imprimeurs habiles, laborieux et probes, mirent en commun leurs économies, et élurent Ton d'eux pour chef. Les travaux furent considérables , et ils les exécutèrent parfaitement. Mais, malgré tous les efforts, même désintéressés des associés, le rtsultat commercial fut désastreux.
Vers la môme époque une autre société d'ouvriers typographes, sous la raison sociale François et compagnie, se forma pour exploiter une imprimerie alors connue sous le nom des Dix» Au bout de trois ans ils furent obligés de vendre leur matériel et de liquider.
1839. Mayence élève un monument à 6utenberg. La statue, chef-d'œuvre du sculpteur Thorwaldsen, auquel Mayence accorda le droit de bourgeoisie, fut coulée à Paris, chez Crozatier. Un des bas-reliefs représente le moment de l'invention : Gutenberg est assis devant une table couverte de types et de caractères ;
l'étobliasement de MM. Didot des dilflcultés qui auraient découragé le ïèle de tout autre. M. Crété dans son imprimerie à Corbeli a obtenu quelque succès de remploi des femmes pour la composition. Voyei Études pratiguetsur la Typographie, par Crapelet,
(1) Sont nommés : Ambrolse-Firmin Didot président ; G. A. Crapelet vice-présidefiU ; H. Fournicr »«• crétaire»
Scbceffer, son collaborateur, reçoit de ses mains une matrice, emblème de Tart d'imprimer a?ec des lettres mobiles.
Une inscription porte cet mois :
« En Vannée 1837 les habitants de Mayence ont érigé ce monument à /. G.
GutenberÇf leur compatriote, avec Vargent recueilli dans toute l'Europe.
Une autre inscription porte :
« Cet art , inconnu aux Grecs et aux Romains , Vesprit inventif d^un Allemand Va trouvé. Maintenant^ grdce à lui, les travaux du génie des anciens et des mo^ dernes sont devenus Phéritage de tous les peuples.»
De nombreuses députations envoyées des diverses villes de l'Europe assistèrent à cette fête, animée par les chants et les fanfares.
1 840. M. Ë. Du verger fait paraître son Album typographique, ou Histoire de l'Imprimerie par les monuments, exécuté à l'occasion du jubilé européen de l'invention de l'imprimerie. Cet ouvrage contient les fac-similés de premières éditions, des gravures, camaïeux et un aperçu donnant des idées nouvelles sur l'origine de l'imprimerie.
1840. Publication d'une note (1) pour une imprimerie composée de quatre presses et dPune mécanique, dont la conclusion porte :
« Un imprimeur qui travaille à 60 pour lOO et à terme, est sûr d'une ruine inévitable; elle sera plus ou moins prompte, en raison des capltaux qu'il peut avoir à perdre ou des faillites qn*il aura à essuyer. »
Cette note fut réimprimée en 1841 par M. Paul Renouard. Deux commissions nommées pour examiner les calculs sur lesquels cette assertion est fondée ne purent ni Tune ni l'autre en contester l'exactitude (2).
(1) Par M. Ambrolse-Flmiin Dldot, président de ta chambre des Imprimeurs.
(S) Jusqu'à la chute de l'empire l'imprimerie avait maintenu l'usage, fondé sur une longue eipérience, de prendre pour base du prix d'impression la somme payée aux ouvriers compositeurs et pressiers par lepo' tron, on maître imprimeur, en ajoutant: i*> une somme égale à la moitié de ce prix (soit «o pour loo) comme l'équivalent des déboursés , coBsistant en usure de caractères, encre, lectures d'épreuves, trayail d'ouvriers dits en conscience , chargés de maintenir en ordre les nombreux caractères d'une Imprimerie, révision des tierces, loyer, etc., etc., enfin cette multitude de faux frais, parmi lesquels figurent la sole, le parchemin et les blanchets en drap, dont l'ensemble est désigné en imprimerie par le nom d'étoffes ; s» une somme égale au quart du prix payé aux ouvriers compositeurs et pressiers (soit as pour lOo) à titre de bénéfice.
C'était sur celte somme dite bénéfice que le maître imprimeur prélevait l'eseorapte des règlements à long terme que lui faisaient les libraires pour les étoffes seulement; car aucune somme n'était alors déboursée par le maître imprimeur pour la paye des ouvriers, puisque chaque samedi c'était le libraire qui fournissait à l'Imprimeur les fonds nécessaires pour solder le travail hebdomadaire.
1840. Le quatrième anniversaire séculaire de l'invention de l'imprimerie est célébré à Strasbourg avec grande solennité. La statue de Gutenberg y est inaugurée. 11 est représenté debout, auprès d'une presse et tenant dans ses n)ains la première épreuve qu'il vient de tirer; on y lit ces mots : Et la lumière fut.
1840. Bf. Silbermann publie à Toccasion de l'inauguration de la statue de Gutenberg un Album typographique présentant l'ensemble des progrès de l'art depuis quatre cents ans.
1842. M. J. Charles Brunet donne la quatrième édition du Manuel du Libraire et de l'Amateur de Livres. Le mérite de cette nouvelle édition , considérablement accrue, est attesté par l'estime dont les éditions précédentes ont joui. Le dernier volume contient une table considérable , présentant dans on or* dre méthodique le titre des trente-deux mille ouvrages décrits pour la plupart dans le dietiohnaire. L'exactitude scrupuleuse de M. Bru* net, l'ordre qu'il a adopté pour sa Table méthodique, ses notes descriptives et findication du prix des livres recommandent cet ouvrage, dont l'impression, exécutée chez MM. Maulde et Renou, est belle et correcte. .
1843 (28 août). Convention entre la France et la Sardaigne pour la reconnaissance réciproque du droit de propriété littéraire :
« La reproduction ou la contrefaçon, dans l'un
En s'écartant de ces sages principes les mtocs ont succédé rapidement aux raines , et l'Imprimerie a vu disparaître saccesalyement les anciennes familles qui tenaient autrefois à honneur de transmettre de père en fils l'exercice de leur profession. Sans vouloir Inscrire ici le nombreux martyrologe des Imprimeurs victimes de l'abandon d'un usage séculaire, U me sot* fira de citerce passage du rapport du Jury de l'Exposition de 1S49 :
« Sur quatre-vingts Imprimeurs , il n'en existe plus au]ourd'hul.que huit qui aient succédé à leur père, la pétition adressée en Janvier 1847 à M. le ministre de l'Intérieur, par la chambre des Imprimeurs , signale cet autre fait, non moins remarquable: — «De laio à 1880 une seule faillite d'Imprimeur ; de 1830 a la fin de 1843 quarante- sept fallUtesi, avec un passif de sept millions, figurent au greffe du tribunal de cammercti un nombre au moins égal d'autres établissements d'imprimerie ont liquidé sans l'IntervenUon de la Justice consulaire et d'une façon plus ou moins honorable, plus ou moins funeste & leurs Intérêts cl à ceux de leurs créanciers. »
Lorsqu'on volt les brevets de diverses Industries qui ne se rattachent en rien aux spéculations Intellectuelles , tels que ceux des facteurs de la halle aux grains ou à la volaille , ceux du marché aux poissons, au beurre et aux œufs, s'approcher, les uns du prix de cent mille francs , et les autres le dépasser du double, et que les charges de notaire et d'agent de change ont quelquefois atteint un demi-mUlion, on s'étonne que les brevets d'imprimeur, dont la valeur était encore en laao de vingt A trente mille francs, soient maintenant tombée à huit et à dix mille francs , ce qui est l'équivalent de l'Indemnité payée aux Imprimeurs supprimés par le décret du lo février 1810 ( 4,000 fr. en espèces , et une perte au moins égale sur U valeur du matériel acquis forcément ).
dP8 deax Ëtato, d'oaTiages publiés dans Taatre Etat, est assimilée à celle des ouvrages qui auraient été originairement publiés dans l'État même.
« Quant à la traduction, l'auteur devra notifier au public qu'il entend le traduire lui-même.
Cette traduction devra être publiée dans le délai d'un an, à partir de la publication du texte originflk
« Les traductions d'ouyrages publiés bors du territoire des deux Ëtats sont assimilées aux productions originales, excepté si ces traductions sont faites dans une langue qui ne serait pas celle de Tun des deux Ëtats.
« Les contrefaçons seront punies conformément à la législation en vigueur dans chaque Ëtat
a La présente convention est faite pour six ans, et restera en vigueur d'année en année après ce terme, si l'une ou l'autre des purties ne lésa pas simultanément dénoncées. »
La convention supplémentaire du 22 avril
1846 porte :
« Le droit de propriété littéraire est fixé respectivement pour les auteurs à leur vie entière, et pour les héritiers à vingt années à dater du décès des auteurs. Le droit de propriété est constaté par la date du dépôt ofiicieL
■ Les articles extraits des Journaux pourront être réciproquement reproduits, pourvu que l'origine en soit indiquée, excepté toutefois les articles dont les auteurs auront déclaré qu'ils en interdisent la reproduction. »
1844. MM. Young et Delcambre présentent à PExposition un clavier mécanique destiné à remplacer le travail manuel de l'ouvrier compositeur. Cette ingénieuse machine offre de telles difficultés dans l'application, qu'elle n'a eu jusqu'à ce jour aucun résultat pratique. La médaille d'argent est accordée aux inventeurs.
1844. MM. Andrew, Best et Leioir, graveurs sur bois, reçoivent la médaille d'or comme récompense de leurs nombreux travaux et des progrès dont cet art leur est redevable.
1844. M. Tissier expose des gravures exécutées sur pierre au moyen d'un procédé qui a beaucoup d'analogie avec celui que Sénéfelder avait indiqué et que MM. Duplat et Girardet avaient mis à exécution avant M. lissier. Il consiste à obtenir sur pierre en relief les tailles que la gravure en taille-douce donne en creitx. En sorte que ce sont les parties qui dans la taille-douce étaient préservées par le vernis, qui sont au contraire dépourvues de vernis, afin qu'étant mordues par les acides , le trait fait au vernis soit préservé contre leur action. Le relief devient d'autant plus saillant qu'on a fait mordre la pierre plus profondément par Pacide.
1844. M. Marcellin Legrand obtient la médaille d'or à l'Exposition, comme récompense du grand travail exécuté à lui seul et par son procédé , au moyen duquel sont imprimés ,
même à Macao età Ning-Po, des livres chinois avec les caractères qu'il a gravés.
1844. M. E. Duverger obtient la médaille d'or à l'Exposition : 1<* pour la réussite de ses procédés d'impression de la musique par la typographie; 2° pour de nouvelles cartes géo> graphiques d'après un procédé de son invention , qui consiste à incruster dans une table de plomb des filets très-minces en cuivre, avec lesquels il dessine les contours des rivages et des fleuves , puis il applique là où il. convient de petites pièces cKchées et découpées portant le nom des villes et des pays ; ces mots, qu'on peut ployer, ne tiennent pas plus de place qu'ils n'en occuperaient sur les planches en taille-douce. On les soude ensuite sur ces tables de plomb , qui peuvent s'imprimer à la presse mécanique.
1845. L'Imprimerie Royale publie son Spécimen Typographique^ véritable chef-d'œuvre, où brille sa richesse en types orientaux. Il offre cent dix] caractères en langues diverses.
1847. M. Paul Dupont reproduit par son procédé de la litho-typographie un volume inf° de 966 pages, qui est le fac-similé exact et identique du tome 13 de la collection Rerum Gallicarum et Franciscarum Scriptores, publiée par les bénédictins et continuée par l'Institut. Ce treizième volume, détruit pendant la révolution» rendait incomplet un grand nombre d'exemplaires de cette collection, aussi rare que précieuse. M. Dupont a appliqué son procédé à beaucoup d'ouvrages qu'il a ainsi complétés.
1847. Fondation de la Société fraternelle des Proies des imprimeries typographiques de Paris, autorisée par une décision de M. le ministre de l'intérieur en date du 17 mai 1847.
1848 (1" mars). M. Pagnerre, libraire, est nommé secrétaire général du gouvernement provisoire.
1848 (6 mars). Abrogation de la loi du 9 septembre 1835, relative aux crimes et délits commis par la voie de la presse, et décret de l'Assemblée Nationale qui fixe le cautionnement des journaux politiques quotidiens à 24,000 fr. (1).
1848. A la suite des événements politiques de février 1848, l'émission d'un grand nombre de billets de cent francs fut jugée indispensable. La Banque en confia l'exécution à MM. Firmin Didot frères, qui durent les exécuter en toute h&te, jour et nuit , en y affectant toutes leurs presses. Ils appliquèrent avec succès la galvanoplastie pour reproduire promptement en cuivre certaines parties des anciens billets dont la gravure aurait exigé plusieurs mois.
M. Hulot, habile artiste, à la fois mécanicien
(I) Cette disposition est encore en Tigueur.
et chimiste, attaché à VMM des momiaies de Paris, parWnt, après deux mois detraTail, à obtenir fiar la gaivanotypie la reprodaction de diverses parties des andens billets de banque et à en reconstituer plusieurs exemplaires en métal plus dur que le cuivre. C'est sur ces plancheS'^qae sont imprimés aujourd'hui à la Banque de France les billets de cektfrancs.
Ce procédé , déjà mis en pratique en Angleterre, en Allemagne et en France pour la reproduction des matrices des caractères , a été perfectionné par M. Hulot. A l'Exposition de 1849 cet habile artiste a montré reproduites sur une seule planche en métal , beaucoup plus dur que le cuivre, trois cents figures offrant la répétition d'une tête gravée originairement en acier ; en sorte que d'un seul coup la presse typographique imprime ces trois cents figures servant de timbre-poste.
Ce qui distingue particulièrement le procédé de M. Hulot, c'est qu'il reproduit et mui* tiplie identiquement le poinçon même sans qu'il en résulte aucun retrait , aucune altération. Ce poinçon peut être en acier, en cui^ vre , plomb ou matière quelconque. Ainsi se trouve remplacé avantageusement le procédé inventé par Perkins » qui obtenait sur une plaque de cuivre , au moyen d'une molette en acier trempée, la reproduction de l'objet gravé sur cette molette, mais Pimpression ne pouvait être exécuta qu'en tailledouce.
1848. Par farrété du pouvoir exécutif du 26 juin,
a Les jouroaux la vraie République, V Organisation du Travail t la Révolution ^ la Presse (I) , V Assemblée Nationale, le Napoléon ré' publicaiu , le journal de la Canaille, le père Duckesne, le Pilori, le Lampion et la Liberté cesseront immédiatement de paraître. Les scellés seront apposés sur les presses servant à imprimer les Journaux sus-désignés.
R Le chef du pouvoir exécutif,
« Le général EucàNE Cavaignac. »
1849. Une médaille d'argent est décernée à M. Bailleul, président de la Société des Protes. Parmi les ouvriers qui secondent les chefs d'établissement , il en est peu qui méritent une distinction toute particulière autant que les contre -maîtres d'imprimerie nommés protes, d'un mot grec qui signifie premier, parce qu'ils sont en effet les premiers au travail, comme ils le sont aussi par leur intelligence; en effet, c'est toujours parmi les plus habiles ouvriers et les plus instruits, les plus probes et les plus dévoués, que le patron choisit son prote pour en faire son atter ego, « Le jury honore en M. Bailleul
(1) M. Emile de Girardlo, gérant de la Presse, fat alors emprisonné.
les protêt de rimprinerie française, dont il peut être considéré comme le représentant, puisque le suffrage de ses confrères l'a élu leur président. » Rapport du Jury,
Une médaille d'argent est également accordée à M. Laine, prote de MM. Firmin Didot frères (1).
1849. Parmi les objets présentés par M. Oupont à l'Exposition, on a remarqué un volume in-f', très-bien imprimé, intitulé : Essais pratiques, précédés d'une Notice historique sur l'imprimerie. Ce volume ofTre le spécimen des caractères divers de sa typographie et de sa lithographie. Dans son atelier lithographique la partie la plus matérielle de l'art, la distribution de l'encre par les rouleaux , est exé* cutée au moyen d'un mécanisme mû par la vapeur; mais la partie plus intellectuelle , celle de l'encrage des pierres, est confiée à l'habileté de l'ouvrier. Les divers genres de mérite réunis dans l'imprimerie de M. Dupont sont récompensés par la médaille d'or.
A Cette Exposition M. Pion obtient la même récompense , pour les beaux et nombreux ouvrages sortis de son imprimerie, et M. Claye reçoit la médaille d'argent pour la belle exécution des vignettes , i;ravéessur bois avec un grand talent par les artistes français MM. Dujardin, Pannemaker, Lavieille, Pisan, Piaud, Carbonneau,qui ont fait de l'ouvrage intitulé Histoire des Peintres de toutes les Ecoles un véritable monument typographique. Jamais un ouvrage aussi remarquable par le grand nombre et le mérite des vignettes gravées sur bois et par la beauté de l'impression n'avait été exécuté.
1849. MM. Laurent et De Berny exposent une charmante édition, dite miniature, des Fables de La Fontaine, fort bien imprimée par M. Pion. Le caractère , fondu sur deux points et demi , comme celui de M.Henri Didot, est un peu plus gros d'oeil ; la gravure en est trèsnette. La fonte et la composition des formes ont été exécutées chez MM. Laurent et De Berny.
1849. M. Derriey, graveur habile, exposedes vignettes aussi remarquables par leur perfection que par les procédés ingénieux de moules à noyaux adaptés à la matrice, ce qui permet d'insérer des textes dans ces vignettes , en suivant les courbures et les inclinaisons des traits de plume, qu'elles représentent avec une grande perfection.
1849. M. Petyt expose une machine remarquable , destinée à fabriquer des caractères d'imprimerie en cuivre , étirés et estampés à froid, au lieu d'être coulés. Cette machine pourrait façonner trente-six mille lettres par jour et remplacer le travail de dix ouvriers,
(I) Voir Je Rapport fait au nom du Jury central par M. Léon de la Borde sur le mérite , aussi réel que modeste, de M. Laine, tom III, p. tt».
TYPOGRAPOIE
oUO
en sorte qne les caractères dits apyroiffpet coûteraient moins de main-d'œiiTre que ceux qui sont fondas à la main (1).
1850. Par la loi du 16 juillet,
Titre I*'. Tout article de discussion politique, philosophique ou religieuse, inséré dans on journal doit être signé par son auteur, sous pefne de cinq cents francs pour la première contravention et de mille francs en cas de récidive. La fausse signature estponied'une amende de mille francs et d'un emprisonnement de six mois , tant contre l'auteur de la fausse signature que contre l'auteur de l'article et l'éditeur responsable du journal.
Titre If. Les journaux ou écrits périodiques politiques sont frappés d'un timbre de cinq centimes par feuille de 72 centimètres carrés pour Paris et le département de la Seine, et de deux centimes pour les journaux semblables publiés aillenrs.
Tout roman-feuilleton publié dans un journal ou dans son supplément est soumis à un timbre de un centime par numéro.
1851 (27 août). Convention entre la France et le Portugal pour la reconnaissance réciproque des droits de propriété littéraire pour les ouvrages originaux et les traductions. Les bases sont les mêmes que celles delà convention du 28 août 1843 conclue entre la France et la Sardaigne; mais la convention avec le Portugal contient de plus ces sages dispositions :
Art. 2. Le dépôt réciproque destiné à constater d'une manière précise le Jour de la publication des ouvrages devra être fait : pour les ouvrages français à la Bibliothèque publique de Lisbonne, et pour les ouvrage» portugais au bureau de la librairie du ministère de l'intérieur à Paris^ sans autre taxe que celle du timbre.
Art. 3. Pour les ouvrages publiés par livraisou, la déclaration devra être faite sur la première livraison , et le droit ne commencera à courir qne de la dernière livraison, pourvu que la publication totale ne dure pas plus de trois ans. Ari. 13. Pour prévenir toute difficulté ou complication Judiciaire quant au passé, à raison de la possession par les libraires-éditeurs ou imprimeurs respectifs de contre-façons d'ouvrages français ou portugais reproduits ou importés par eux, il est stipulé et convenu que les détenteurs actuels de ces contre-façons ne pourront les vendre en gros on en détail, ni les réexporter en pays étranger ou pour un port quelconque dépendant de la métropole, ni se soustra.re aux poursuites judiciaires de la part des auteurs desdits ouvrages on de leurs ayant-cause, qu'après avoir fait revêtir chaque exemplaire de ces contre-façons par les autorités compétentes du pays d'un timbre spécial, dont le coût ne pourra dépasser, en France 25 centimes , et en Portugal quatre reis.
Un délai de trois mois est respectivement accordé pour Taccom plissement de cette formalité, sans que cependant on puisse, sous aucun pré- Ci) F^oif.le Rapport du Jury, tome III, p. 4»h,
teite, intiodnifo de rétrançer ne nouveaux exemplaires contrefiiits ou puolier dans ce pays de nouvelles contre-façons.
1851. Procédés nouveaux dont les résultats ont paru à l'Exposition de Londres.
La GalvanopUuUe^doai l'invention est due à M. Jaoobi, de Saint-Pétersbourg, a montré à l'Exposition de 1851 des poissons antédiluviens qui se sont reproduits eux-mêmes sur le papier.
Au moyen découches successives de guttapercha appliquées sur la pierre où le poisson est pétrifié, on obtient un moule qui, après avoir été enduit d'une teinte légère de minium, est placé dans une cuve contenant une dissolution de cuivre, où le moule est soumis à l'action de la pile galvanique. Le cuivre en dissolution forme en se précipitant une planche où tous les traits du poisson , reproduits en relief et imprimés ensuite à la presse typographique ou en taille-douce , donnent sur le papier un résultat identique à l'objet même.
C'est par ce même procédé que des tableaux typographiques ayant chacun cinq cent quarante pouces carrés ont reproduit en cuivre, avec une grande perfection, la série des types orientaux de l'Imprimerie Impériale d'Autriche. La durée de ces planches, qui peuvent imprimer plusieurs millions d'exemplaires, ne saurait être surpassée que par les planches stéréotypes admirablement fondues en fer par la fonderie ducale de Rubeland en Thuringe, où le phosphate de fer est d'nne telle pureté qu'il permet d'obtenir en fonte de fer la reproduction des déliés des lettres, ainsi que le prouvent les pages et l'exemplaire de la huitième édition de la Bible imprimée à Nordhausen en 1848 par MM. MuUer.
La Galvanoglyphie consiste dans une opération très-simple. Lorsque le graveur a fait mordre à l'eau forte son trait sur une planche en zinc, au lieu d'enlever le vernis dont il avait d'abord couvert cette planche , c'est sur ce vernis même qu'il étend successivement avec un rouleau de légères couches d'encre siccative, qui sans entrer dans les tailles ne se déposent que sur le vernis primitif. Au moyen de ces couches superposées , les creux de la gravure acquièrent une profondeur de plus en plus grande. Alors la plaque ainsi préparée est descendue dans une pile galvanique, où se forme une autre planche, en contre-épreuve, dont le relief est égal au creux que l'on avait obtenu par l'effet des couches superposées.
La Galvanographie diffère encore de ces procédés ; mais ses résultats ne peuvent être imprimés qu'à la presse en taille-douce. Sur une planche de zinc un peintre exécute un dessin au moyen d'une peinture monochrome composée d'un oxyde de fer ou de terre de Sienne brûlée. Selon l'intensité don-
TYPOGRAPHIB
née aux coaches de cette peinture pour obtenir les ombres et les clairs, ces couches successives acquièrent une épaisseur plus ou moins grande. Lorsque ie dessin est aclie?é on soumet la planche à l'action de la pile galvanique , d*où résulte une autre planche en cuivre, où les divers plans de la peinture superposée se trouvent reproduits en creux ; c'est donc une véritable gravure de tailledouce imitant Vaqua tinta qui est obtenue sans l'aide d'aucun graveur.
La Chimitypte. Après avoir gravé à l'eau forte un dessin sur une plaque de zinc, on en enlève le vernis , puis on fait fondre sur cette plaque du métal fusible ( alliage d'étain et de bismuth réduit en poudre). Quand il est refroidi on le rabote jusqu'au niveau de la plaque de zinc, de manière à ce qu'il ne reste de ce métal fusible adhérant à la planche que ce qui est entré dans le creux de la gravure. Alors cette plaque de zinc ainsi alliée au métal fusible est soumise à l'action d'un acide ; et comme de ces deux métaux, dont l'un esc négatif et l'autre positif, le zinc seul est mangé par radde , il en résulte que le métal fusible entré dans les creux de la gravure reste en relief, lequel peut être ensuite imprimé par la presse typographique.
Panéiconographiè. Par cette invention M. Gillot, de Paris , reproduit toute gravure lithographique, autographique, typographique, tout dessin au crayon ou à l'estompe, toute gravure exécutée soit à l'eau forte , soit au burin.
Lorsque sur une plaque de zinc un report à l'encre lithographique d'une gravure ou dessin est opéré, on encre avec un rouleau ce report, puis au moyen d'un tampon en ouate, on le saupoudre de colophane réduite en poudre impalpable. Elle adhère aux parties grasses et les solidifie.
On place ensuite la plaque au fond d'une caisse remplie d'eau acidulée de cinq jusqu'à douze degrés , et après une demi-heure d'un mouvement lent de bascule danné à la boite le relief est obtenu, si c'est un des > q au crayon.
Si le dessin offre un travail en tailles plus espacées, on retire la plaque de temps en temps pour l'encrer fortement à l'encre lithographique; et après avoir de nouveaux enduit de colophane cet encrage, on leitère Topération dans la botte remplie d'eau acidulée. Cette opération est répétée jusqu'à ce qu'on ait obtenu le creux nécessaire. Les grandes parties blanches sont enlevées à la scie à repercer.
Quoique ces diverses inventions ne se rattachent qu'indirectement à la typographie, elles lui font néanmoins entrevoir un nouvel horizon. Par ce motif j'ai cru devoir les consigner ici, ainsi que dans le Rapport du Jury de
la grande Exposition de Londres, pour constater l'état actuel de la sdencc et de l'industrie , et pour servir de point de comparaison lorsque la France, qui depuis si longtemps a donné l'exemple des Expositions publiques, réunira aussi chez elle , ainsi que l'a fait l'Angleterre, les produits de l'industrie de tous les peuples de la terre.
C'est à l'imprimerie qu'on doit ce grand progrès de la civilisation ; sans elle les peuples n'auraient jamais pu se communiquer leurs pensées et leurs sentiments et vivre en quelque sorte d'une vie commune ; livrés à l'ignorance et aux préjugés qui entretiennent les guerres nationales, ils n'auraient jamais offert l'admirable spectacle d'une concorde universelle et en même temps d'une généreuse émulation
Lyon (1).
L'imprimerie eut de tout temps une grande importance à Lyon, où elle fut établie presqu'en même temps qu'à Paris. Le premier livre imprimé porte la date de 1473 :
Lugduni , per magistrum Guillermum Re» gis , ht^ftis artis impressoriœ expertum. Ce sont ensuite des noms d'imprimeurs allemands qui figurent à Lyon, tels que : Beusen , Reinhart, Husz, Siber, Cleyn (2) , Glogkengierser, Ungarus, Jean Battensebne, Jean Allemanus de Mayence, Jean de Vingle, Nicolas WolfT, Jean Trechsel , etc.
Prosper Marchand fait remonter à 1474 l'origine de l'imprimerie à Lyon, et cite le roman de Baudoin, comte de Flandres; mais cet ouvrage, mentionné dans le catalogue des livres de la princesse de Condé, ne se trouve plus ; on ne peut donc vérifier si la date de la souscription est véritable.
Tout annonce qu'il y a erreur, et qu^on a mis 1474 pour 1478, année où ce roman fut publié par les soins de Buyer. La Bibliogra' phie de Debure, les Catalogues de la Yallière et de l'abbé Perrichon de Lyon citent cette dernière édition.
Lyon ne fut pas moins célèbre par la science
(I) Le temps et l'espace ne me permettant pas de donner une histoire complète de rtmprimerle dans ics provinceij'al dû me borner i signaler les (aits les plus Importants et les dates principales. C'est en 1470 qae l'imprimerie fut introduite ft Paris ; en I47s elle le fut àLyon; en 1482, à Rouen ; à Angers en 1477, à Chablis en 1478, à Poitiers et à Toulouse en 1479, à Caen en 1480, à Vienne en Dauphlné en I48i, à Troyes en 1481 , à Rennes en im4, à Abbevillc en use, à Dijon en 1491, à Nantes et à Angoulëme en 1493, à Tours et ù Provins en 1496, etc. Il a été parlô précédemment de Strasbourg.
(s) Quelques liTres imprimés à Lyon par Jean Cleyn portent: imprasum in famatissimo LugdU' nensi Emporeo. D'autres innprimés par loi et par Jacques Saccon, Indiquent qu'ils le furent aux frais et pour le compte d'Antoine Koburgcr de Nuremberg. Panzer cite neuf Bibles in-f» qu'il leur fit Imprimer.
9Siè
de ses saTanU imprimeurs^ tels que Dolet et Gryphe» que par la beauté et Télégance des éditions dues à Jean de Tournes» à Guillaume RoYille» etc.; maintenant encore elle a en M. Perrin et autres typographes des amis zélés de leur arl.
Barthélémy Buyer, d'une famille riche et considérée, fit venir rimprimeor Guillaume Régis ou Le Roi, et l'étabUt dans sa maison , où fut publiée la légende de Jacques de Voragineje 18 avril 1476.
Plusieurs bibliographes, entre autres M. de la Serna, ont fait de Ruyer un imprimeur; mais il parait que ce bienfaiteur des lettres établit seulement Régis dans sa maison , pour favoriser ses travaux, à l'imitation de Pierre et de François de Maximis , qui appelèrent à Rome les imprimeurs allemands Sweynbeim et Pannartz, et les établirent dans leur palais.
Les Pandectes de Médecine de Mathieu Siivaticus ne parurent qu'en 1478.
Trechsel (Giupard) imprima en 1487 le tome l^' des Œuvres de saint Augustin, Cet imprimeur instruit avait eu pour correcteur dans son imprimerie Josse Bade, auquel il donna en mariage sa fille, nommée Thalie (1).
C'est chez Trechsel que Michel Servet , ce célèbre et infortuné hérésiarque, après avoir été quelque temps correcteur à Lyon , fit imprimer en 1542, aux frais de Hugues de la Porte (2) , une nouvelle édition de là version de Sanctès Pagnin, où il glissa un grand nombre de corrections entachées des erreurs de Paul de Samosate et de Nestorius , qu'il prétendit avoir trouvées dans les manuscrits de Sanctès Pagnin après sa mort.
Michel Servet fit aussi imprimer à Lyon son livre de Trinitatis Erroribus lÂbri septem , où il eut l'impiété de traiter la Trinité de Géryon fabuleux et de Cerbère à trois têtes. Mis en prison par les magistrats de Lyon , il parvint à s'évader, et se réfugia à Vienne en Dauphiné , où il publia sans nom d'auteur, de ville, ni d'imprimeur, et même sans date, son livre duRétablissementdu Christianisme, ChristiO' nismi Resiiiutio, qui fut brûlé à Vienne avec l'effigie de l'auteur, lequel , plus tard , s'étant
(i) Ce fut pour inspirer de bonne heure le goût des lettres à sa fille que Trecbsel lui donna le nom d'une des neuf muses. Les deux ÛÛes qu'eut .losse Bade de ce mariage épousèrent l'une Robert Estienne, l'autre MictielVasGosan, dont la fille fut mariée à Frédéric Morel, père du célèbre Frédéric Morel, professeur roval, aussi connu par son grand «^savoir que par ses belles éditions.
(9) Sur le titre de cet ouvrage est une grande gravure en bois , représentant Saroson emportant les portes de Gaza, sur lesquelles sont inscrits ces mots : Libertatem meam mecum porto,
A la fin de la préface il est dit : Quidquid verohinc, lector, retuleris, primum Deo Opt. Max. ; deinde HuGOifi A Porta, Lugdunensi civi, gratia» agito, c^îu opéra et impensis hœc in lucemprodeunt.
réfugié à Genève, y fut brûlé lui-même en 1553 par le fanatique Jean Calvin.
Vers 1496, Pierre Maréchal imprima à Lyon, en petit in-4°, un livre très-rare, intitulé : S'en suit le livre des quatre choses.
Sur le premier feuillet est une gravure représentant un philosophe , sur le second feuillet on lit: Quatre choses sont nécessaires à se bien gouverner en ce monde :
Penser au temps passé ; Disposer an temps présent ; Pourvoir au temps k venir ; Déclarer la chose douteuse.
C'est à Lyon que fut publiée la première édition de la Vie du terrible Robert le Dia* ble, imprimée par Pierre Maréchal et Bernabé Chaussard.
En 1532 parut le premier essai du Gargantua de Rabelais, sous ce titre : « Les grandes et inestimableschronicques du grant et énorme géant Gargantua : contenant la généalogie , la grandeur et force de son corps ; aussi les merveilleux faicts d'armes qu'il fit pour le roi Ârthus, comme verrez cy aprèz.
Imprimé nouvellement. » Â la fin on lit : « Cy finissent les Chronicques.... nouvellement imprimées à Lyon ; 1532 » petit in-4°.
Le succès de ce conte facétieux, qu'on doit attribuer à Rabelais, donna probablement naissance au livre si bizarre et si remarquable qui parut successivement par parties séparées et qui est intitulé :
« Le premier livre de Gargantua AFAOHi TïXHi, la Vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel Jadis composée par Vabstracteur de QuintescencCy livre plein dv pantagruelisme ; 1535. On le vend à Lyon, chez François Juste , format iu-16 allongé, et en caractères gothiques. »
C'est la plus ancienne édition connue du premier livre de Rabelais ; elle fut plusieurs fois réimprimée. En 1542 Etienne Dolet en publia une édition plus complète, 2 vol. in-16.
Dolet.
Ce savant et infortuné typographe, dont la vie a été racontée précédemment, imprima en 1538, 1542-43 les œuvres de Clément Marot de Cahors : A Lyon, au logis de M. Dolet, Elles contiennent une lettre où Marot écrit à Etienne Dolet : « Vous advisant que de tous les livres que par cy-devant ont esté imprimez sous mon nom, J'advoue ceux-ci pour les meilleurs , les plus amples et mieux ordonnez , et désavoue les aultres , comme bastards et enfants gastez. »
Le premier ouvrage de Dolet, imprimé probablement par Sébastien Gryphe, mais sans date , est Stephani Doleti OratUmes duss in Tholosam, suivi d'épltres à ses amis et de poésies latines; in*8*^. On le croit de 1533* 11
fut saiTi de dialoeyes : De imiMUme Ciee»
ronkma, advenus Srasmum; Lyoo, Séb.
Gryphe, 1535, in-4<*.
Viorent eoNiifte ses Commentaires sur la Langue Latine , 2 f ol. io-F, imprimés par Séb. Gryphe, 1536*38, en caractères italiques. Les titres de ces deoK beaux Tolumes sont décorés d'un cadre , fort bien gravé en bois, représentant les images des philosophes et sarants illustres de l'antiquité. £n tète du premier volume est une pièce de vers de Dolet, commençant et finissant par :
Prima mes monimenU artis, monimcata juTenUe Prima me», tandem aosplclis exlte aecuMlls.
A la fin est un errata de huit fautes seulement , que Gryphe s'excuse d'avoir laissé échapper, bieu qu'il eAt apporté le plus grand soin dans la lecture de cet ouvrage , si compact et d'une étendue si considérable.
Dolet a dédié ces Comnoentaires à François 1^' et à Guillaume Budé. Il avait promis un troisième volume , pour lequel il gardait toute son érudition et ses jugements en fait d'éloquence : il y devait traiter des diverses parties de la rhétorique et de l'art admirable de composer les vers , etc.; mais il ne put exécuter ce projet (1).
Le premier livre que Dolet ait imprimé est le Cato Christianus , suivi d'antres écrits religieux de sa composition et de ses Odes à la louange de la Vierge Marie; Lyon, 1538.
En 1539 il imprima eu latin et en français un poème pour célébrer la naissance de son fils : void le titre de l'édition française in-4<* :
«L'avant*naIssancedeCtou(if6/)o/ef, fiizde EsUenne Dolet : premièrement composée en latin par le père , et maintenant par ung sien amy traduicte en langue françoyse. Œuvre très-ulile et nécessaire à la vie commune :
contenant comme l'homme se doibt gouverner en ce monde. »
Parmi les ouvrages de Dolet je citerai son traité Sur lamanière de bien traduire d^une langue en aultre; De la Punctuation Françoyse; Des Accents d'icelle, 1540, in-4°; les Épistres familières de Marc Tulle CicerOf père de Véloquence latine, nouvellement traduictes de latin en françoys par Estienne Dollet, natif d'Orléans, avec leurs sommaires et arguments, pour la plus grande intelligence d'ycelles; 1542,in-8^.— En 1544 parutà Paris, chez Ruelle, la traduction des Tuseulanes, nouvellement traduites en français par Etienne Dolet.
Les deux dialogues de Platon, l'un intitulé : « Axiochiu, qui est des misères de la vie humaine , de l'immortalité de l'Ame , et par conséquent de la mort » ;et l'autre : « Hippar'
(1) Ses Formula Latinarum Loculionum et ses observations sur Térence peuvent être considérées comme des Irtgments de cet oufrage.
chus , qui est de la convoitise de l'homme touchant la lucrative; traduits par Estienne Dolet , » parurent en 1544, in-16.
On sait que lamanière dont Dolet traduisit l'un des passages de l'Axiochus fut la principale cause de sa mort.
La même année parut le second Bftfer de Etienne Dolet, în*t6.
Enfin son dernier ouvrage est le Cantique d* Estienne Dolet, prisonnier en la Conciergerie de Paris, Van 1546, sur sa Désolation et sur sa Consolation : petit poème en vers.
Jean de Tournes,
Né à Lyon , en 1 504, d'une famille originaire de Picardie, il fit son apprentissage dam l'imprimerie de Sébastien Gryphe, et s'établit à Lyon en 1540. Il joignait à ses éditions des préfaces ou épltres^édlcatoires écrites en latin.
Ses éditions , décorées d'ornements en bois , gravés avec goût, sont d'une exécution trèsremarquable. On distingue, entre autres, son Vitruve in-8<*, avec les Commentaires de GuiU, Philander; sa Chronique de Froissardj 1559-1561, 4 vol. in-P, et un grand nombre de charmantes éditions.
Le petit in-8** des Proposrustiques de Noël dtiJ^oi^, que Jean de Tournes imprima en 1547, porte pour emblème une main tenant une équerre, avec ces devises : Quod uhifieri non vis, alteri ne ficeris; et l'autre : Virum de mille unum reperi (Eggles. vu).
Il mourut de la peste, à Lyon, en 156^.
Son fils , Jean de Tournes, exerça son art jusqu'en 1585 , à Lyon, qu'il dut quitter pour fait de religion , afin de se soustraire aux persécutions. Son frère s'était établi à Genève après la mort de son père.
En 1749 Chrétien Wolf dédia ses Monuments Typographiques aux deux frères Jacques de Tournes, imprimeurs, l'un à Lyon, l'autre à Genève, « comme ayant bien nnérilé de la typographie, puisque depuis deux siècles entiers la famille des de Tournes y occupe une grande place et mérite d*étre comparée aux Manuce, aux Estienne, aux Planlin, aux Wechel, et d'être mise au-dessus de tant d'autres typographes.
« Toujours , ajoute-t-il, le nom des Jean de Tournes, aussi renommé par leurs talents typographiques que par leur probité, se perpétuera dans le monde savant. Dès 1540 tout ce qui est sorti à Lyon de cette imprimerie se recommande par sa perfection. On ne saurait donc s'étonner que le roi de France Henri IV ait souvent adressé des lettres à Jacques de Tournes, qu'il avait nonuné son imprimeur, pour lui témoigner sa bienveillance et sa faveur, et qu'Antoine du Verdier, Adrien Baillet, Michel Maittaire, et Dominique de Cologne, aient fait son éloge. »
11 les félicite et se félicite de voir que leurs eDfantssedisposeDtà marcher sur leurs traces, et qu'ils ont déjà donné des gages de leur mérite et de leur vertu. Il ajoute que larépubli* fuedes lettres fonde sur eux uu grand espoir. »
Cette famille continua la librairie et l'imprimerie à Genève jusqu'en 1780, où elle abandonna une profession qu'elle avait honorablement exercée pendant deux cent quarante ans.
GuUlaume Roville.
Il s'est distingué par ses éditions latines, italiennes et françaises, ornées pour la plupart de gravures, pour lesquelles il n'épargnait ni soins ni dépenses. Il fit paraître en 1549 le bel ouvrage avec gravures en bois intitulé : « La Magnificence de la superbe et triomphante entrée de la noble et antique cité de Lyon , faite au roy très-chrétien et k la royne Catherine son épouse le 23 septembre 1648. »
Il ne fut pas seulement un imprimeur-libraire célèbre et fort instruit , il fut aussi un excellent citoyen. Son mérite le fit placer trois fois en dix ans parmi les conseillers échevins de Lyon.
Les Gryphes.
De tous les imprimeurs de Lyon les Gryphes sont ceux qui ont fait le plus d'hoimeur à cette ville, par le grand nombre des excellentes éditions qu'ils y ont publiées et aussi par leur histruction.
SébcuUen Graphe avait pour insigne un griffon placé sur un cube , et lié par une chaîne à un globe allé, avec cette devise : Virtute duce, comité fortuna (l), qu'il remplaçait quelquefois par ces vers de Juvénal :
Nullum namen abest, st ait Prudentia ; sed te Nos facimus, Fortuna, deam, cœloqae locamus.
César Scaliger lui dédia son ouvrage des Causes de la Langue Latine, et le mit sous sa protection. Conrad Gesner en lui dédiant le XII* livre de ses Pandectes le complimente en sigualaot en lui les quatre conditions qui constituent le mérite d'un imprimeur : 1^ le bon choix des livres qu'il imprime; 2® le grand nombre d'éditions qu'il met au jour (2); 3** la beauté des caractères quMl emploie; 4® la correction rigoureuse de ses éditions. C'est Sébastien qui imprima, en I5S6, les Comment taria Lingu» Latinx, de Dolet, 2 vol. infol. Le Trésor de la Langue Sainte, ou grand dictionnaire hébreu et latin, de Sanctès Pagninus, qui parut en 1529, est remarquable à tous égards.
François Qryphe^ firère de Sébastien, avait aussi pour marque un griffon, avec ces mots
(1) Cette belle sentence de Ctcéron te troaye dans ane de ees lettres à MomUos PUncns, londttenr de Lyon.
(s) De luas à tM7 il Imprima trois cents ouvrages dUfércDls, dit unitaire.
Vires et ingenntm; ses impressions sont beUes et correctes.
Antoine Gryphe, fils de Sébastien, sucoéda à son père. Il réimprima en 1580 le Trésor de la Langue Sainte de Sanctès Pagninus.
FrelUm.
Jean et Fi^nfois FreUon se distinguèrent par leurs belles et correctes éditions.
Parmi les habiles correcteurs de leur impri* merie était Louis Saurius, qui en remplissait les fonctions en 1&&9 et 1560, époque où parut l'édition de Saint Ambroise, L'édition des Icônes historiarum Veteris Testamenti ad vioum expressœ, in-8°, 1547, est ornée de figures de Holbein , ainsi que l'indique ce distique :
Cemere tIs, hospea, simolachra simiUima viTls, Hoc opns Holbinc nobile cerne manus.
Dans leur édition du Nouveau Testament, 1553 , in- 12, le diable représentant J.-C. est représenté en habit de moine, avec des pieds fourchus.
L'édition in-t* de Pline F Ancien, 1561, est le dernier ouvrage qui porte leur nom.
Junte.
Jacques et François Junte firent un trèscourt séjour à Lyon. Les Lettres de Léon X, écrites par Bembo , et la version latine de la Bible par Sanctès Pagninus, Lyon, 1528 (1), sont les deux principaux ouvrages qu'ils y publièrent. •
Cardon^
Horace Cardon, gentil-homme originaire de Lucques, s'établit imprimeur à Lyon, où il fut échevin en 1610. Il acquit une immense fortune, et Lyon est redevable à sa générosité d'un grand nombre de ses établissements publics, où l'on voyait, dit le P. Colonia, son insigne, qui était un chardon. Henri IV lui accorda des lettres patentes pour le courage qu'il déploya dans la défense de Lyon contre les Hgaeors.
Les Anissons,
La grande publication de la Bibliothèque des Bjtres, 27 vol. in-r*, imprimée à Lyon en 1677 par Laurent Anisson^ suffirait pour illustrer le nom de cette honorable famille d'imprimeurs. Laurent, qui était fort instruit, fut échevin de Lyon en 1670.
Jean ^inUson imprima, au refus des libraires de Paris, le Qlossarium mediss et infimœ Grxcitatis, de Du Cange; 2 vol. in-i'*, 1688. Le célèbre voyageur Spon et le P. Colonia donnèrent leurs soins à la correction de cet
(I) On lit à la fin : « Veteris ac Novi Instramentl nova translatio, per révérend, s. tbeologlae Doctorem Sanctam Pagninnm, Lncensem, neper édita explldt Impressa autem est Logdunl, per Antoniom dn Ry, calcographum dlilgentissimam ; Impensis Francise! Tarchi et Oominici Berti, dviom tnœnsinm, et Jacobl de Gluntis, blbUopol», olvis Fiorentlnl, aono Domlni iinr.
ouvrage. Jean Anisaon (ùt nommé directeur de rimprimerie Royale à Paris en 1701 ; ses frères et neveu lui succédèrent sans interruption dans cet emploi jusqu'en 1794, où Anissou Duperron, traduit devant le tribunal révolutionnaire, périt sur l'échafaud, le 25 avril de celte année.
En tète du Glossaire Orée de Du Gange est Fancienne fleur de Lys de Florence, que les Juntes apportèrent à Lyon, et qui fut transmise par eux à Cardon, et de Cardon aux Aoissons; le père Ménestrier y ajouta la devise Ànni son' che ftorisce,
TROYBS.
Dès le treizième siècle des moulins à eau fabriquaient le papier aux environs de Troyes; et les papetiers de cette ville formatent une corporation nombreuse et riche.
Le premier livre imprimé à Troyes est un Bréviaire portant la date de 1483, mais sans nom d'imprimeur. Plus tard cette ville fut renommée par les almanachs, dont elle approvisionnait la France. Aussi la disait-on habitée par plusieurs bons marchands et par un bon nombre d'astrologues.
EOUElf.
La délibération des notables de la ville de Rouen du 16 juillet 1494 prouve que l'imprimerie fut mtroduite à Rouen par une noble fajpille allemande, nommée Lallemaud, qui y résidait depuis longtemps. Voulant faire jouir sa patrie adoptive des bienfaits de cette invention, Lallemant prit sous sa protection Martin Morin , homme loyal et inventif en la recherche dudit ouvre, quHlacueilU es pays tT Allemagne, et l'envoya à Paris et en Allemagne pour s'instruire des divers procédés de cet art. Il loi fournit le matériel nécessaire, en presses, caractères, etc.
Rouen a produit deux hommes qui ont de très-bonne heure exercé l'art de l'imprimerie hors de leur patrie. L'un, Pierre Maufer, à qui on prétend que Lallemant avait fait aussi apprendre l'imprimerie, a imprimé à Padoue, de 1474 à 1477, à Vérone en 1480, à Venise en 1483, et à Modèneen 1491. L'autre, Guillaume Signere (1), imprima à Milan en 1496 Franchini GaffuriiPraticaMusicœ, ln-f<>., ft en 1498 Cœlius Àpicius de Re Coquinaria, in-4°. 11 imprima aussi à Saluées en 1603.
En 1483 les libraires présentèrent une supplique au collège de la cathédrale , pour obtenir l'expulsion de quelques vendeurs de livres imprimés, qui venaient étaler des livres devant le portail de l'église et autres lieux ; mais leur demande fut rejetée. Cette même année parut le Livre cousiumier du pays et duché de Normandie, avec ^exposition ffice»
{%*, Saxlufl loi a consacré un article curteni dans MB Hittoria IM I. Tupogr» MêdioLs P* svi.
luy, etc., suivi de deux autres traités en latin.
En 1487 Guillaunie le TaUfour y imprima les Cronicques de Normandie,
1488. Le Roman des Faits et Gestes de plusieurs nobles et vaillants Chevaliers qui furent au temps durai Arthus, compagnon de la TabU-Ronde.,,, 5 tomes en 2 vol. in-f<*, gothique à deux colonnes, porte cette indication : Ce présent et premier volume est imprimé à Rouen, en F hôtel de Gaillard le Bourgeois, l'an de grdce mil CCCC IllI XX et huit, le 2Ajour de novembre, pour Jehan le Bourgeois,
Les caractères du second volume, imprimé à Paris chez Jean du Pré, sont les mêmes que ceux du premier volume, imprimé à Rouen.
Ce même Jean le Bourgeois imprima à Rouen, en 1489, la première édition de Tristan, noble et excellent chevalier.
En 1494 la municipalité de Rouen exempta pendant vingt ans Martin Morin et Pierre Maufer du service du guet et des aydes.
Les éditions de Martin Morin sont fort bien exécutées. Son Missel de 1499, à Tusage de l'Église de Rouen , peut être comparé aux plus beaux livres exécutés à cette époque.
La ville de Rouen possède encore aujourd'hui d'habiles imprimeurs.