C-IS
couverts an monl Alhos par Lasurit, pendant la misiioa que Laurent de M£dicis lui iTsit donnée pour recueillir des niaanscrite en Grèce. ' En sorte, dit Aide daog u préface dédicatoire à Francisco Faseolo , que ai ces discoura noua Boni conserréa, c'est autanl i Laurent de Hédicia qu'ï Lasearis , cet homme unique en savoir ei en qualités de tant fienre, qu'on en est redeTable. » Dans cette prérace il signalelesbieofaitadn pontifical de LÂinX(l)'
3° Platon. Cette iMlleéditioa, auaal rareqae précieuse, publiée par les isoins réunia d'Aide et de Hasurus, est dédiée au pape Léon X, ^ont Aide reçut de nonveaui privjléRes. Aide écrit dans la préface qu'il voudrait racheter d'uu écu d'or toute faute qui pourrai! a'; ren' contrer (î).
3° Alexander aphradisiemii. Dans sa préface au princedeCarpi, Aide lui rKonle qu'un grand travail entrepris sur les Commentaire* et sur d'autres auteurs et médecins grecs par F. V, Bergomas hit brOlé , ainsi que la bïbliollièqueai précieuse de ce aaTant, et qu'au nioœeot où il imprime cet ouvrage • manm raptU laler k leglbui urbu.
Touterins,ajante-(-il, je ne cesserai pas de remplir mes promesses et de rouler le roclier Jusqu'au sommet de la montagne. »
4° Cornucopix, ou recueil de grammaires et commentaires latins, tels que Terentixa Varro, Feslus. etc.
5° Un recueil d'ouvrages à'Arislote, de Théophraile, sur l'hisbHre naturelle, etc.
En 1514, Aide publia: dans le format in-falio le dictionniire à'Sesyehius, promitre édition; Athénie et Suidas; — dans le format in-4°, tes traités de Rhétorique de Cicéron, \e» Agronomes , Caton , Varroti , Columetle, etc. ; Quintilien, et une nouvelle éditûm de la Grammaire Latine i — dans le format in-8'. Il Petrarcha, VArcodia di Sannazar, une réimpression de Virgile, Valère- Maxime.
En iai5,anuée de lamortd'Alde, parut dans le format in-8* CafuIJe, etc.; Lactance, Civin<E Inttitutiones, où se trouve une espèce d'étage funèbre d'Aide, par J.-B. Egnatius de Venise. H y éaumère les grandes qualités qui «IHoc enlai, PooleBce. tôt raplaa, toiCBdci, toi
' rendent le nom d'Aide célèbre dans toute l'Europe , et il y déplore sa mort , occaBionoée par l'eicès d'un travail de jour et de nuit.
Ltieain,\h Folie d'Eratme, le Dante.
Lucrèce, parurentaprès ta mort d'Aide Manuce, ainsi que «a Grammaire Grecque, publiée par MarC'Musnrus,
Aide l'ancien monrnl leelCvrier la 16. Par ses ordres, son corps fut porté â Carpl. chez le princedont 11 avait été le précepteur; il voulnt aussi que sa venve et sci fils aHassent demeurer dans cette principauté, ob ces princes leur firent don de quelques possessions. Aide fut enseveli dans l'église de Sainl-Patrinian.ivec des livres dont on l'entoura. Son oraison funèbre fut prononce après le service par Raphaël Regius , professeur de cette ville.
Outre son mérite personnel, Aide fiit doué des plus rares qualités morales, et suls'attirer l'amitié et la conSauce des savants et des hommes tes plus distingués de son époque. Il fut lié avec Henri Eslienne, premier du nom ; avecArnoIddeBergel, i'aulêurd'unpoëmesur l'origine de l'imprimerie, et avec Théodore de Bèze, Joacb. Camérarius, les princes et lc« nobles les plus distingués de l'Italie. Il eut pour collaborateurs : Démélrlus Chalcondyle, MarcMiisurus,Gir. Aléàn<der,Ëraime([), etc.
C'est Aide qui eut l'heure nse idée de former une véritable académie, composée d'tnmmea distingués par leur savoir, qui se réunisMient à un jour liié chez lui pour traiter de questions littéraires et s'occuper do choii des ouvrages les plus utiles à imprimer, des meilleurs manuscrits et des meilleures leçons i adopter, La constitution de celte académie fut rédigée en grec. Pour en assurer la durée. Aide sollicita de l'empereur Maximilicn 1*^ son autorisation par on di plume impérial ; mais cette académie, (ondée eu 1500, se trouva dissoute par la mort ou la dispersion accidentelle des membres qui ts composaient et qui n'étaient pas remplacés. Voici la liste des membres de cette instilutioD, appelée Aldi Keacademia :
KMt, pritidenti PinrcBemba îdepuiicanfinui) ,- Daniel Binieri.itnateBrujBiiMiirtjitBcuralfur de Sainl-ftarc , Irit-iaeant tn grie, eu latin et m hëbrru; Marioo Saando , itnaleurfl hiilorifndt Denise ; Nicolas GuWeco, Ctnitien ; Sciplon Fortiguerra, dit Carleromaco, de Piitoit, et uinflin ou idb parenl Michel Fortlguerra; ValérlenBolzanlo.rfeSef/ufu, religieux; Didier Êrasine, de Rolterdam; <iirolanio Avanilo, de Firone; BenedetloBambertl, de Fenise ; Plttre AIcïoneOp^fBideii.J, B.Egnaiio./'^BiJten.pr»
teneur d'éloquence à reniiez j. B, Ramuslo, de FeniK, fils de Paolo ti auteur du célèbre recueil de foyages; kliac. BaaAtno , de fenii/ , dif Agalbéméron; Marc Musurus, de GiNdi'e, [f<pviA anhevigae de atoBembatia tMarc-Autviio CoCCiO Sabplllco, de Fkai/aro prh de Rntne ;
J. Gregoropulo , de Candie ; Beoedetto Tyrreno; Paal Canale , noble vénitien; Jean Giocoudo, de Vérone; François Roselto, médecin de Vérone; Girolamo Aleandro, depuis cardinal; Girolamo Menoccbio, de Lucques; Jean (le Lacca, médecin; Giastino Decadeo, de Corfou; Aristobalo Apostolio, de Candie; Arsenio, depuis archevêque de Atonembasie; Thomas Uoacre, Anglais, grammairien et philosophe; Gabrîel Braccio ; Jean Lascaris, Rhfndacentu grec ; Démétrias Dacas, de Candie; Angiolo Gabrielli, Fénitien ; Alberto Pio, prince de Carpi ; Andréa Torresano, imprimeur, beau-père d'Aide ; et les deux fils Torresani.
Secondé par quelques-ans des membres de celle Académie , chaque mois Aide faisait paraître ua volume (1).
A son arrivée à Venise, Aide s'était chargé de lire et d'expliquer publiquement les meilleurs écrivains grecs et latins ; il continua plusieurs années ce cours, qu'il faisait a une nombreuse réunion de jeunes gens.
C'est par un travail assidu , une constance énergique et une vie frugale qu'Aide put suffire à ces immenses travaux, accrus par la célébrité même attachée à son nom, qui le forçait de répondre aux lettres dont il était accablé, d'écouter les lectures qu'on lui venait faire, et cfe recevoir les curieux qui le questionnaient sur ses entreprises littéraires. C'é- Uit souvent en vers latins qu'on le consultait el qu'on lui conseillait d'imprimer tels ou tels ouvrages. Bien plus, des libraires, tels que Bologni de Trévise, lui écrivaient en vers latins pour lui demander des livres à crédit. Puis c'étaient des visiteurs de distinction, qui sollicitaient de lui la faveur de visiter son imprimerie; des curieux qui, n'ayant rien à faire, se disaient : « Allons chez Aide; » en sorte qu'il dot chercher à les éloigner par une inscription qu'il plaça sur sa porte (2).
it/ « Mille et aroplius alicujas boni aotorts voluoiioa singuio quoque oiensc emilUnius ex acaitemia flMlra >i, dit-U dans sa préface de V Euripide, litos.
(s) Mihl dao sont, prseter sexcenta, alla quibas studia nostra asBidaa inlerpellatlone impedluntur : crei)rx scUicet iitera virorum doctorum qaas undique ad me mlttantur, quibus si respondendum slt, dies totos ac noctes coosumam scribendls epistoUs : et U qui ad DOS venlunt partlm salatandt gratta , parttm perscrutaturi al quld Qovi agatur, parttm, qiue looge 'oajor est turba , oegotU inopia. Tuac enim , eaïuus, aiaol, ad Alduin. Venlunt igitur fréquentes, et sedent oscllabandJ,
Non mUsura «utem nisi plena rruoris binido.
SUllo qui ^enkunt recitalurt, aiil carmen, alli prosa oralione allqald . quod etiam excuauio typU nostris publlcari captant, tdque rude et incastigatum pie* rumque
A quibus me cœpl tandem permolesUs interpellatûribus Ytndicare. Ifam lis qui ad me scrlbunt, vel oUtli respondeo , cum quod scrlbitar non luagoi tnterstt; Tel, si interstt, laconicc. Quam quidem rem, quoniam nuUa td a me fit superbia, nuUo contemptu , sed nt quidqutd est otii, consumam edendis bonis 11bris. Rogo ne qutsgrarius ferat, neve aliorsum atque ego factO) accipiat. Eos autem qui vel aaiutandl, aut quacuuique alla causa ad nos venlunt^ ^ northac
Aide l'ancien , après vingt-cinq ans de pénibles travaux et d'une vie économe et même parcimonieuse, si Ton eu croit Érasme (1), laissa ses enfants presque sans fortune , et mourut à peu près pauvre.
Henri Estienne a composé en son honneur deux pièces, Tune en vers grecs, l'autre eu vers latins.
André d'Asola ( Turrisanus).
Beau-père d'Aide , André d'Asola (Torregiano), qui s'était chargé de la tutelle des quatre enfants laissés par Aide , acheva les travaux commencés. Secondé par ses deux fils» François et Frédéric, il publia un grand nombre d'éditions grecques et latines fort estimées, qui portent cette indication : in j£dibus Al(& et Andrex Asvlani soceri. La première édition du texte grec de la Bible des Septante in-f" parut en 1518, deux ans après la mort d'Aide. U avait consulté plusieurs manuscrits pour en établir le texte. Wallon le préfère à celui de la Polyglotte de Ximenès ; Morin en fait grand cas, quoiqu'il ne le trouve pas exempt d'ex« traits de Théodotion.
En 1Ô29 André d'Asola mourut. Des discussions de famille firent fermer rimprimerie jusqu'en 1Ô33, année où Paul Manuce, qui avait fait de fortes études, rouvrit l'imprimerie pa« ternelle ; elle fut régie par lui au nom et au profit des héritiers réunis d'Aide et d'André : in jEdibus heredum Aldi et Andréas Asutant soceri. Cette association produisit peu de publications importantes. En 1540 la société se rompit , pour recommencer au nom des seuls fils d'Aide: Aldiftln-
Paul Manuce.
Paul Manuce devint à vingt-huit ai^s, et en quelque sorte malgré lui (2) , le chef de l'imprimerie paternelle , à laquelle il rendit tout
molesti esse pergaot, neve tmportunl interpellant labores ac IneobraUones nostras , coraTimos admonendos eplgrammate, quod quasi aliquod edictam vtderc licet supra Januas cubicull nostri, hts verbls :
QlTISQUIS K9 , ROGAT T£ ALDUS STIAM ATQI7K ETIAM : UT SI QUXD KST QUOD A 8E YEIJS. PER- FACCIS AGA8, DEOfDE ACTUTUM AREAS i IfISI TAN- QUAM HERCULES) DEFESSO ATLANTE, VEITERIS 8UFFOSITURU8 HUMEROS : 8SMPER ENIM ERXT , QUOD ET TU AGAS, ET QUOTQUOT HUC ATTULERUf T PEDES.
Préface à André Mavager , en tête du Ciceronit Libri Oratorii, 18I4, in-40.
I>ans l'avis placé en tête de la Grammaire Grecque de Lascaris on lit ce passage curieux , on pourrait même dire par trop naïf: « ....Vix credas quam sim oc cupalus : non habeo certe tempus non modo corrigendis, ut cuperem, dUlgentios. qui cxcusl emtttnntur iibris cura nostra, summisqae die noctuquc iaborlbua, sed ne perlegendis quidem cursim; td quod si t1deres , mlserescet te Aldi tul.... Cum s«pe non vacet vel clbum sumere , vel alvum levare. O provinclam quamdurissimam ! etc.
(1) f^off. dans ses Colloguia celui qui a pour titr« Opulentia sordida.
(S) Penittu répugnante natura.
soD \aitit. S'entouraot de ui«Dtt distù^uéi, >lvoiilQliDèine,àl'eiemple de son père, prendre le soin d'instruire douze jeunet gens noble», réunion que daiw nue de ms lettrée il nomme sa Jeune Acadteiie; mais tnii».aii»apfi», par suite de DOUTelles dtacuggioas de famille, il alla M renfermer à Cesène, dans la bibliotbique des Franciscains ; deux cli aires d'éloquence lui turent oiïertea, l'une à Teuise, l'autre à Padoue. Sa laible santé et les liaïaui de son impriment, qu'il reprit atec actiïilé, lui firent refuser ces propositions ainsi que celles que lui Glégaiement l'Espagne. Son pèrearait publié presque tous les auteurs grecs; il s'atlacbade préÎFérence aui latins, surtout à Ck^- 'ron, l'objet de ses aneclîoDS particulières. Le corootentalre qu'il a laissé sur presque tontes les parties des «nvres de Cicéron (!}, la réTision qu'il a faite du texte, sa traduction des PAi- Hppiquet de Bémotthène , eu excellent latin, ■e» quatre traités sur les antiquilés rooiaines (2); ses HunbreDses préfaces et notes ajoutées ï ses édiliona prouvent que Paul Manuce, dont la réputatioD d'eicellent latiniste est universellouent reconnue, était aussi un habile archéologue.
Henri Estienne , pendant son t/^ai k Venise, se lia d'amitié avec Paul Hanuce, et fit imprimer chei lui sa traduction en Ters latins de plusieurs idylles de Moschus, de Bion et de Tbéocrite, suiTie de trois poèmes de Henri Estienne en rbooneur de la rie ii»m' pètre, et d'une Iraductiop en veia grecs d'une élégie de Properce. YenetiU Aldut,
\AA princes de Ftirare renouTelaienl les ioetances qu'ils lui aTairat faites seize ans an* parafant, et le pressaient de transporter son établissement dans leur ville à des conditions aTautageuses; Bok^c lui faisait aussi des propoàlions pours'j fixer ainsi que sa lamille. En lâ&6 il hésilait encore entre Rome, où il avait fait pluueara voyages, Ferrare et Bologne, lorsque Badoaro, l'un des sénateurs les plus distingués je Venise, conçut et exécuta le projet de fonder dans son propre palais une académie composée de cent personnes les plus habiles en littérature et dans les sciences. Cette Académie, qui fut nommée Accademia Venestana et aussi délia Famé (3), détail s'occuper de toutes les bruncbcs des connaissances liuDiaioes à iwii pré- sur li- ii.-'iiir |.lâu que DAtre Inslilal de Fnncr l'.ilf- h
qui permettait ï Paul Manuce de publier de belles et savantes éditions et les ouvrages nouveanx que d'après les staluti chaque académicien devait composer sur les sojels intéressant le* lettres et les sdatces, le dédda à rester ï Venise et tise charger de la direction de l'imprimerie, indépendamment d'une chaire d'éloquence. 11 Gt fondre en France par Garamond le caractère de moyenne grandeur (l) qui lui servit pour les impressions de l'Académie et pour celles qu'il Gt pour son compte.
Dans les années I6as et t&59 l'Académie publia une vingtaine d'éditions peu volumineuses, mais qui n*élaieiit que le prélude d'ouvrages plus importants. Par malheur la fortune du laudateur Badoaro croula, et enlrailM la ruine de l'Académie en 15el.
Compromis par ses associés dans uoe fourniture pour le gouvernement, PaulHanuce dut quitter Venise et rester deux ans i Padoue.
Bienlât ton innocence fut reconnue , et il revint à Venise. Des lettres du cardinal Serîpandi lui témoignaient le vif désir qu'avait le pape Pie IV de lui confier à Rome llmpression des Pères de l'Église d'après les beaux maonscrils de la hibliotlièque Palatine. Le saint Père donnait à Paul Uanuce cinq cents ducats d'or par an, trois cents pour ses frais de déplacement, et la promesse d'un bénéfice pour son fils. Le pape se chargeait de toute la dépense des impressions, sauf à s'ai récupérer par la vente des livres, qu'il voulait établir au plus bas prix. Paul Hannce accepta ces propositions, et arriva le T juin liGI t Rome, précédé d'unegrande réputation. Il y fui bien accueilli ; une belle et agréaUe maison loi fut donnée, et le pape veilla à ce qu'il eût en aide d'habiles correcteurs. En plein consistoire, il dit à trois cardinaai amis d'Aide : • Ayez soin que rien ne manque à Manuce et à l'impiimerie , parce que noire volonté est d'en faire lu) très • honorable établisse-
Panl Manuce fit venir de PrâtKC un assortiment de matrices ou frappes de beaux earactÈres. 11 aurait voulu emplojer lecaiactère ilaliquedestHi père tes fa fl'iïrfo ; mais il ne put obtenir des Tunisan ni les frappes ni les poinçops, qui leur appartenaient par suite de partages de famille. Il confia la direction de l'imprimeriede Venise à son Tils Aide.
Il parait que l'imprimerie fondée i Rome par le pape fut mise à la charge pour mulié del PopoUt, c'est-à dire de la municipalité de Rome. C'est cequi explique pourquoi les éditions de Paul Manuce eiéculécs à Room poctenirindication : in xdilnuPoputi Romani.
Le premier livre «ju'ii y imprima fut le Saint Cyprien, en 1563; puis un grand nombre d'ouvrages, tels que les Lettres de saint Jérôme^ Salvien, elc. Mais à la mort de Pie lY les magistrats del Popolo, qui n'avaient pas partagé raffec|ion du saint père , demandèrent à Paul Manuce, au commencement de janvier 1566, de leur remettre les clefs, c'est-à-dire de fermer l'imprimerie et de la transporter ailleurs. Paul les leur remit le dimanche 6 janvier, et le lundi 7 le pape Pie Y fut élu. Il était bien disposé en faveur d'Aide ; aussi quand les municipaux vinrent se prosterner devant lui, il les reçut durement (i).
La défense du pape de rien imprimer à Rome qui ne fût exclusivement destiné à la religion ne permettait à Aide d'imprimer ni ses Commentaires , ni les œuvres de Cicéron , son occupation favorite , ni ses ouvrages sur l'antiquité (2) ; c'était à Yenise , chez son fils, qu'il les faisait exécuter. Le besoin de surveiller lui-même ses impressions , sa faible santé et les fatigues auxquelles il succombait , l'engagèrent enfin à renoncer à la direction de l'imprimerie à Rome , confiée à ses soins depuis neuf ans. Après un voyage à Yérone et à Milan , il revint encore à Rome , où ses anciens amis Paccueillirent avec joie. Le pape Grégoire XIII, qui prenait intérêt à ses travaux, l'encouragea à tes poursuivre ; en sorte que Paul Manuce reprit la direction de l'imprimerie tout en travaillante son Commentaire sur Cicéron huit heures par jour. 11 se préparait à retourner à Yenise pour l'imprimer, lorsque à l'âge de soixante-dix ans il mourut, à Rome, et fût enterré à l'église de Sainte-Marie à la Minerve.
Aide le jeune.
Une jeunesse orageuse, un caractère inconstant empêchèrent Aide le jeune de remplir complètement sa carrière d'imprimeur, que lui avaient si honorablement tracée son père et son aïeul. Dès sa plus tendre enfance (3) son éducation fut l'objet des soins constants et affectueux de son père. La nature secondait les vœux paternels, et on espéra voir en lui un aussi bon grammairien que son aïeul, un érudit aussi profond que son père.
Cest ainsi qu'en avait jugé Muret dans une visite qu'Aide, encore enfant, lui fit à Padoue (4).
(I) « Andate via, aodatc via, rtmcttete in casa subito messer Paolo Maoutio ; et poi tomate ; se ne parera di farvi délie gratic, vêle faremo. »
(a) A Rome , dit M. Daunou, l'Imprimerie avait eu une grande activité jusqu'en i478; mais après cette époque, sons les pontificats d'Innocent Vlll et d'A- Ici^andre VI on n'a presque plus imprimé dans celle ville que des harangues, des bulles, etc.
(a) 11 était né le is février aur.
(4) Nihil Ulo pacro festlvius, nihil Ingeniosins, nihll amabilius. nihil ardentius in studio virtntis ac lltterarum : quanta in sermone suavitas , quanta indoies ^
Aide fit paraître en 1556, à l'âge de dix ans, la première édition d'un recueil accru depuis et souvent réimprimé : Eleganze délia Lingua Toscana e Latina, scelle da Aldo Manutio. En 1559 il donna une nouvelle édition de fa traduction italienne des épttres de Cicéron, revue et corrigée en une multitude d^ endroits, par Aide Manuce. En 1561, il fit paraître à l'Age de quatorze ans son OrthogrO' phiâB Ratio, où il donne un système rationnel et fondé sur les monuments, tels que les inscriptions, médailles et manuscrits, pour orthographier d^une manière régulière la langue latine. En 1562, appelé à Rome par son père, il fit sous un maître aussi habile une étude approfondie des monuments, en sorte qu'il perfectionna son traité, dont il donna en 1566 une nouvelle édition, augmentée des inscriptions recueillies par lui-même et d'un opuscule sur les abréviations qu'elles offrent. Il y ajouta l'ancien calendrier romain, que son père avait publié pour la première fois dans les Fasti Romani , d'après un ancien marbre.
Pendant son séjour à Rome, où il resta jusqu'en 1565, il donna dans l'imprimerie de son père une édition de Salluste, avec les fragments qu'il avait recueillis et des notes. De retour à Yenise en 1565, il continua le cours de ses publications, et en 1571 il imprima Vel^ leius Paterculus. En 1572 il épousa Francesca Lucrezia, fille de Bernard Junte, célèbre imprimeur de Florence, qui par une sage et habile administration avait su acquérir une honorable fortune. Quelques combinaisons d'association typographique et commerciale furent liées avec cette famille. En 1574 il publia en quatre volumes in-8** Nuova
Scielta di Lettere fatta da tutti i tibri
sin hora stampati, ouvrage dont la rareté est attribuée à la suppression de plusieurs lettres entachées d'hérésie, au sujet desquelles on voit dans la correspondance d'Aide Manuce avec son fils , qu'il lui témoignait ses inquiétudes. Son commentaire sur Tart poétique d'Horace, accompagné d'une dissertation où il traite de trente questions d'antiquités, parut en 1576. Yers ce temps il fut nomme professeur de belles lettres et lecteur dans les écoles de la chancellerie, où s'instruisaient les jeunes gens qui se destinaient aux fonctions de la secrétairerie de la république. Il avait conçu le projet d'une description complète de l'Italie, et s'était mis en rapport avec les municipalités, qui offrirent de le seconder ; mais de ce vaste projet il n'est resté que la seule vie de Castruccio Castracano, ce célèbre tyran de Luc-
in ipso vultu, ac motn corporia, ut in summa Ingenlt celerilate parem modestiam facile agnoscaa. Itaque feras hoc sequo animo : spero eura aUquando et pâtre et avo majorem et celebrlorem fiituram : ne vi- Tsm, si non ex anime loquor
qiies , et une histoire de la maison Pio de Carpi, encore manuscrite.
£n 1583 parut Tédition complète de Ctc^ron, 10 vol. in-r^. C'est TouYrage le plus important qu'Aide le jeune ait publié.
A la marque de IMmprimerifi paternelle, l'ancre et le dauphin, Aide le jeune ajouta les armes que l'empereur Maximilien avait accordées à Paul Manuce.
Sa réputation littéraire , fort grande en Italie , l'était surtout à Bologne, où il accepta la chaire d'éloquence. Ayant fait imprimer en cette ville une vie de Cosme I, le grand duc François de Médicis , fils de Cosme , en fut si charmé, qu'il fit à Aide des offres pour la chaire de belles lettres à l'université de^Pise. Les conditions étaient tellement avantageuses qu'Aide dut les accepter, lorsque de Rome survint une autre invitation non moins honorable; c'était sa nomination à la chaire qu'avail occupée avec tant de distinction le célèbre Muret , ami de son père. Aide, lié par ses engagements envers le graud-duc, ne put venir à Rome qu'en 1588 , où le pape Clément VIII lui confia en 1 590 la direction de l'imprimerie du Vatican. Occupé de ces deux honorables emplois, Aide le jeune mourut à Rome, le 28 octobre 159?, à l'âge de cinquante et un ans. « Il ne fut pas, dit Bailiet ( Jug, des Sav., t. Vl, p. 90), aussi curieux du grec que Henri Estienne, et se contenta d'exceller dans le latin, qui était le fort de son père Paul. Tout occupés qu'étaient Aide Manuce et Henri Estienne à travailler sur les langues mortes et étrangères, tous deux montrèrent une passion extraordinaire pour cultiver, polir et orner leur langue maternelle. Ils ne se sont pas contentés de composer divers ouvrages en langue vulgaire de leur fonds, ou de traduire, l'un des livres latins en italien , l'autre des livres grecs en français , mais ils ont encore écrit chacun des traités sur les origines , les progrès et les propriétés de leur langue, pour en faire voir les beautés. »
En lui finit cette illustre famille de typographes, à qui nous devons la conservation de tant de précieux monuments littéraires de l'antiquité grecque et latine.
Voici les vers qu'Angelo Rocca a composés sur les trois Aide Manuce :
Aldus Manueius senior morltnra Latioa Grxcaque restitult mortua ferme typis.
Faaias restituit calamo roonumenta Qulrltum, Utque aller Cicero scrlpla diserta dédit.
Aldus dum Juveuis miratur avumque patremqae, Filius atque ncpos , est avus atque patcr.
Zacharias C allier gi.
C'est à ce savant Cretois que nous sommes redevables de quatre belles éditions qu'il a 'imprimées à Venise aussi parfaitement que l'auraient pu faire les Aide. Elles sont enrichies d'ornements dans le style byzantin imprimés en très -belle encre rouge. Les caractères sont beaux ainsi que l'encre et le papier.
Son savant compatriote Musurus et le Cretois Gregoropulo surveillèrent la partie Httéraire de ses éditions.
Dans la superbe édition de VEtymologicon Magnum qu'il imprima à Venise en 1499, format in-fol., un avis en grec (1) nous apprend que les frais en ont été faits par le Cretois Nicolas Blastos, sur le désir que lui en a témoigné l'illustre et savante princesse Anne, fille de l'ancien grand-duc de Constantinople Lucas Notaras , et qu'elle fut exécutée par le labeur et l'habileté de Zacharias Calliergi de Crète , pour être agréable aux savants et à ceux qui s'intéressent aux lettres grecques (2).
Les vers un peu emphatiques de Musurus placés en tète nous confirment que tout fut exécuté par la main de cet habile Cretois, et j'ai même découvert qu'ils décrivent le procédé nouveau qu'il imagina pour frapper les accents ajustés sur le poinçon, afin que chaque voyelle portât son accent et ne formât pas deux pièces séparées comme auparavant.
Kpi^C yàç à Topvevoaç, Ta Sft.xaXxéa Kçe^ç à ffuveC- Kp^C à xaô' $v OTiÇac, Kpi^c à (j.oXu68oxur)Qç [pocc Kpi^ç BdKac^cf. vixy)c à çepuvuiioç' aOràç à xXeîuv Kprjc ToSe, Kp$i<nv à Kpfic J)nioc alytoxo;.
Dans sa préface Musurus s'adresse aux étudiants de Padoue, où il avait été professeur de grec avant de l'être à Venise (3), et les engage à l'étude de la langue grecque ; il y parie des difficultés qu'il lui fallut vaincre pour exécuter ce livre, de la jalousie qu*il excita, et de la nécessité où fut l'imprimeur de se pourvoir d'autres caractères, attendu l'impossibilité, à moins de s'exposer à un procès, d'employer ceux auparavant en usage (4).
La même année il imprima le traité de Simplicius sur les Catégories cTAristote, L'édition est du même format que celle é*Àristote donnée par Aide, dont elle peut être regardée comme un supplément. En 1500 il imprima jimmonius sur les cinq voix-, également aux frais de Blastos ; le nom de Calliergi n'y paraît pas, mais les caractères sont les mêmes.
La première édition du livre XIV de Galien suivi d'un autre petit traité de Galien parut la même année, et aux frais de Blastos. C'est le dernier livre qu'on puisse attribuer avec certitude à Calliergi.
Bombergue. Aide Manuce avait eu quelques caractères hébreux pour le service de son imprimerie. Un flamand d'Anvers, nommé Bombergue.vint s'établir à Venise,où il imprima une Bible hébraïque in-4*», en 1511 ; la troisième édition qu'il en fit, en 1525, est en deux volu-
(i) Au revers de la page portant la signature AAv.
(8) Sic clegantisslma haec Etymologici editio con- JancUs utriusque sexus subsidils peracta est : rarum sane et laudablle lUteraturae lllo teropore florenUs argumentum. Maittaire.
(3) Frequenti sempe»et gravi audltorlo. Fabrictus.
(A) Le sénat de Venise avait accordé plusieurs privilèges à Aide pour ses caractères.
mes, et il en réimprima plasieurs autres dans le format in-S"^ et in-4'^. Il a? ait appris Yhébreu de l'Italien Félix Pratensis, qui lui fit entreprendre une Bible Rabbinique, c'est-à-dire avec les commentaires des rabbins ; elle parut en 1517, in-fol.; Bombergue la dédia au pape Léon X. Elle fat réimprimée en 4 vol. in-fol. en 1526, pois en 1548. Il commença l'impression du Talmud en 1520, et l'acheva en quelques années. C'est le plus considérable ouvrage en hébreu qui existe; il forme onze volumes in-fol. L'imprimeur de Venise Antonio Justiniani l'a réimprimé (1). Les livres hébreux qu'imprima Bombergue pendant quarante ans sont fort bien exécutés et sur très-beau^ papier; Scaliger en parle avec éloge. « Bombergue, dit* il, a très-bien im- « primé les livres hébreux. Les juifs corri- « geaient et présidaient à l'imprimerie (2). 11 « a imprimé des livres pour plus de quatre H millions d'or. <>
Au siècle précédent Venise devint un centre de contrefaçons, où furent reproduites les plus grandes publications de France et de la Hollande ; telles que la Collection byzantine du Louvre, le Corpus Antiquitatum Grœviiet Gronovii ; la collection des Bollandistes, etc. Aujourd'hui rimprimerie y est complètement déchue.
JBamberg.
Les prétentions de la ville de Bamberg ont été examinées et discutées plus haut. Les Fables (3) allemandes , ou Liber Similitudi" nis, in-f*, orné de 101 vignettes, y furent imprimées en 1461, ainsi que l'indique un sixain en allemand placé à la fin du recueil ; en voici la traduction :
A Bam|)erG: le livret fut flal,
Après la Nativité de N.-S. Jésus-Chrlat,
Quand on comptait mille quatre cents ans *
Ht soixante et un, cela est vrai.
Au Jour de Salnt-ValenUn
Dieu nous garde de ses peines, jimen.
On pourrait alléguer que par fini en 1461 l'auteur a pu dire qu'il avait terminé la composition littéraire de l'ouvrage. Cependant il est plus probable que le moi fini signifie ici imprimé. Le livre ne porte point de nom d'imprimeur. On ne trouve celui de Pfister qu'au
(I) U parait qa'tl en existe sept éditions. La plus célèbre est celle de Hanau, en ta volumes In-fo. Celle de BAIe, Imprimée chez Ambroise Froben * est peu esUraée des Juifs, attendu que les commentaires ont été abrégés.
(s) M. Simon, dans son Histoire critique du Vieux Teitament , prétend que les Bibles Hébraïques doi- Tent être Imprimées par les Juifs , attendu quil y a tant de minuties & observer, soit pour les points voyelles, soit pour les accents, qu'il est difficile que les chrétiens puissent réussir dans ces sortes d'ouvrages. Joseph Scaliger a dit aussi au sujet des livres MbrevLXi Debent corrigi a Judœis, alioquin semper erunt înenda.
(3) Voy. Saubert, Historia ttibUoth. reipubl. Noribergensis, 1643; NorlberB»
Livre des Quatre Histoires , imprimées eu 1462 avec les mômes caractères.
Augsbourg.
Bamler çst le premier qui introduisit rimprimerie à Augsbourg, où il fit paraître deux Bibles in-folio, sans date, l'une eu latin, l'autre en allemand. Gassarus, écrivain contemporain, Martin Crusius , et Melchior Adam sont d'accord pour fixer à la Bible latine la date de ^466; Maittaire donne à la Bible en allemand celle de 1467 (1).
Guntherus Zainer, de Reutlingen, frère probablement de Jean Zainer , qui fonda l'imprimerie à Ulm , imprima à Augsboui^ le premier livre qui soit dalé : ce sont lesBonaventuras Meditationes , 1468. L'année suivante il imprima une édition du Catholicon de Jean de Janua in-fol., 1469. U employa d'abord les caractères semi-gothiques; mais en 1472 il préféra le beau caractère romain pareil à celui de Venise. Parmi les autres imprimeurs établis à Augsbourg se distingue Jean Schœnsperger l'atné, à qui l'on doit de 1482 à 1524 plusieurs ouvrages remarquables par leur élégance, parmi lesquels figure le célèbre Tewrdannckh, dont il imprima à Augsbourg la seconde édition dans le cours de l'année 1519. La première édition de ce chef-d'œuvre typographique fut imprimée par lui à Nuremberg, en 1517 , mais déjà en 1514 il avait imprimé à Augsbourg un livre de prières, petit iu-4®, en caractères plus gros, dont l'exécution est supérieure encore à celle du Tewrdannckh (2).
Erhard Ratdolt ayant quitté Venise pour revenir exercer l'imprimerie dans sa patrie, imprima en 1488 , à Augsbourg, VAlmanach de Jean de Kœnigsberg (Hegiomontani), dont il avait déjà donné une édition à Venise en 1476, enrichie de lettres ornées ou lleuronnées.
Nuremberg.
Antoine Koburger eut à Nuremberg vingtquatre presses constamment occupées, et fit imprimer pour son compte en diverses impri* meries, à Bàle, à Lyon, etc. C'est à lui que JosseBade, savant imprimeur de Paris, dédia le recueil d'Épitres des hommes illustres composé par Politlen (3).
Parmi les nombreuses éditions qu'il donna, à partir de 1463 jusqu'en 1513 , année de sa mort, figurent douze éditions de la Bible en
(0 Voy. G. Zapr, ^nnaleg Tppographiœ jiugustœ. Augustas Vindellc, i778, ln-4<>.
(8) L'exemplaire suryélin que possède la bibliothèque du British Muséum est d'une admirable perfection; on croit que c'est l'exemplaire même de l'empereur Maximilien.
(s) II lui dit : « Cum sis librariorum facile prin" ceps , et Inter fidèles atqoe honestos mercatorcs non tnferiori loco positus. Utteratos omnes et colis et foves; pervIgUemque curam ad bonos codlces verse, teree, ac sine mendls Imprimendos adhtbes. »
[Atin , et aue superbe édition de la Bible traduite en allemand. Il employa pour ses éditions un caractère semi-gotbiqoe, assezélégant.
Un livre imprimé à Nuremberg en 1470 porte une souscription conforme en grande partie à celle du Catholicon de Mayence{i)\ ce qui ferait supposer que l'imprimeur pouvait être quelque ouvrier de fatelier de Gutenberg. Un autre ouvrage, également sans nom d'imprimeur, parut Tannée suivante, et porte aussi la souscription du Catholicon. On en attribue l'exécution à on certain Sensenschmid de Egra , qui, entre autres ouvrages , publia une très-belle Bible latine in-fol., datée de
Jean MûUer de Monteregio (Kœnigsberg) imprima en 1474 ses Calendriers pour les années 1475 à 1506, puis il donna, mais sans date, la Nouvelle Théorie des planètes^ par Georges Purbach, avec des figures mathématiques, gravées sur bois, et V Astronomie de Manilius avec cette indication : In officina Jo. de Regiomonte, habiiantis in Nurembergia : ces deux ouvrages sont fort bien imprimés et en caractères romains dont Ratdolt imita les formes à Venise et à Augsbourg. Les initiales de Vun et de l'autre sont décorées d'ornements et fleuronnées. Jean Mûller de Kœoigsberg , l'un des hommes les plus instruits de son temps, revint se fixer, vers 1473, à Nuremberg, où il imprima quarante-huit ouvrages dont il donne la liste, à la fin de laquelle il ajoute : « Que si, à Dieu ne plaise I l'imprimeur, après avoir publié ces ouvrages, vient à trépasser, la mort ne lui sera pas acerbe, puisqu'il laisse de tels présents à la postérité, qui ne saurait désormais souffrir de la pénurie des livres. »
Mais le pape Sixte IV , Toulant réformer le calendrier^ fit des offres magnifiques à Jean de MulIer. Elles le décidèrent à se rendre à Rome, et l'année suivante il y mourut, empoisonné, dit-on.
Au nombre des imprimeurs de Nuremberg figure le célèbre peintre Albert Durer de Nuremberg : on connaît de lui quatre ouvrages ornés d'un grand nombre de gravures en bois ; quelques-uns sont accompagnés de texte. Le premier porte la date de 1498 , les autres celle de 1511. Ils se terminent ainsi : /mpressum Nurenberge, per Alb. Durer, etc.
C'est en 15 17 que l'imprimeur Sghoens- PERGER, dont le nom est trop peu connu, vint d' Augsbourg, par ordre de l'empereur Maximilien, exécuter à Nuremberg la première édition des Aventures du chevalier de Tewrdannckhy dont le poème fut composé par Melchior Pfinzing de Nuremberg , à l'occasion du mariage de Maximilien I*^ avec Marie de Bourgogne. On prétend que l'empereur lui-
(^) .... patronarum formarumqae coiicordta et propurtione iropressus.
même contribua à îa composition de ce poème, où il est représenté sous l'emblème du cheyalier. Parmi les plus belles œuvres typographiques, cet ouvrage est l'un des plus remarquables sous tous les rapports; il contient cent dix-huit figures allégoriques, imprimées avec le texte. Les livres à gravures exécutées à Nuremberg quelques années auparavant par Albert Durer durent faire préférer cette ville à toute autre, puisque, indépendamment de ce célèbre artiste, à la fois peintre, graveur et imprimeur, d'autres artistes distingués en tout genre s'y trouvaient réunis, parmi lesquels s'est conservé le nom de Yincez Rockener, dessinateur des ornements qui acoon^pagnent les lettres initiales du |)oême de Pfinzing.
C'est par le concours de leurs talents que fut créé ce chef-d'œuvre, dont l'exécution est tellement étonnante, que, trompés par l'art avec lequel les traits de la plume sont imités, Joh. Vogt (1), F. Y. Krantz (2), et J. S. Schœpflin (3) en Allemagne; et en France le graveur et fondeur en caractères Fournier (4) , et le graveur sur bois Papillon (5), déclarèrent ce livre un monument xylograpbique. Tant il est vrai qu'on est enclin à juger des choses sous l'influence de l'habitude, sans prévoir que tout change selon les temps et les progrès des arts. Cependant les preuves les plus convaincantes démontrent que l'ouvrage fut imprimé en caractères mobiles fondus avec art ; c'est ce qu'attestent évidemment : l<* des lettres retournées en plusieurs endroits,; 2® les espaces marquant sur le papier dans l'intervalle qui sépare les mots , effet causé par l'ébranlement qu'éprouvent les caractères pendant la touche; enfin d'autres indices qu'il serait trop long de détailler ici. Mais il est certain que tous les ornements, toutes les initiales, enfin toutes les lettres avec traits imitant les jeux de la plume, sont gravés sur bois ou sur
(i)Catalog., Hist crit. Libror. Bar., Hambourf?. 1738, p. »77, où 11 dit s textum buxo nitidissime insculptum.
(S) Cesch, der aster r. gelehrun, i7fiif , p. los. Le caractère, dit -il, n'est pas fondu, comme on le fall de DOS jours, et composé, mais chaque page est taiUce dans le bols d'après la plus ancienne méthode.
(3) Vindic. Typogr., p. o. Xylographicœ artis prœstantUsimtu liber , dit Uibdin , dans son f^oyctge M* bliographique en France, t. IV, p. la; il indlqnc aux figures is, 30, 48, <» et 7a le monogramme du célèbre graveur H ans Schceflein dit le JUaitre à la pelle [Sehôf/et en allemand signifie pelle ).
Dans la seconde édition, dont Je possède deui exemplaires. le monogramme ne se trouve pas à It planche is ; mais il existe dans l'édition dcNurembcjg, dont Je possède un exemplaire imprimé sur vélin.
(4) Attendu, ditFournIer : i» que les lettres passent les unes snr le corpa des autres: &« que les lettres sont variées sans nécessité.
(tt) Papillon dit : « Ayant considéré ce livre tout a loisir et fort attentivement, Je peux affirmer que toutes les lettres ont été gravées sur chaque planche on pa^'c du livre; étant visible qu'il n'y en a pas deux qui aient été fondues, quoique excellemment gravées. • Hist. de la Gravure en Bois, p. ios-h?.