LES CLICHÉS, LES LOGOTYPES, ETC
Le travail de la presse détériore promptement les caractères d'imprimerie ; le mélange de plomb et d'antimoine qui les compose ne résisté guère au frottement; il s'écrase, se pulvérise, et finit par donner au tirage ce qu'on appelle des têtes de clous. Il faut donc renouveler partiellement le matériel tout le long de Tannée. On a dû longtemps chercher le moyen de compenser ou d'atténuer une perte si énorme. Ce but esten partie atteint par le stéréotypage, art par lequel on immobilise les types et Ton conserve les pages composées, passées à l'état de plaques métalliques.
Cette nouvelle branche de l'industrie typographique fut créée vers 1730 par un orfèvre d'Edimbourg, appelé William Ged, qui donna en 1744 une édition stéréotype de Salluste (Edimbourg, 1744,
in-12 de 150 pages). Ses procédés, tjue nous décrirons plus bas, furent considérés comme imparfaits, et il mourut dans la misère, le 19 octobre 1749. Citons encore, parmi ceux qui ont fait des tentatives de ce genre, Michel Funickter, André Foulis de Glasgow et Daniel Saltzmann.
En 1786, Hoffmann avait imaginé de prendre rempreinte des caractères avec une pâte composée de plâtre, de gomme et de fécule. Un alliage très fusible de bismuth était versé dan§ le moule ainsi obtenu, et reproduisait les pages en relief. On exécuta par ce procédé un ouvrage en trois volumes in-octavo, les Recherches historiques sur les Maures, de Chénier, le père des deux poètes André et Marie-Joseph.
A la même époque Joseph Garez, imprimeur à Toul, inventa le clichage, qui n'est autre chose qu'un procédé pour stéréotyper. Garez avait remarqué que son ami M. Thouvenin, antiquaire distingué, obtenait des empreintes de médailles au moyen d'un coup de marteau vivement appliqué sur une bille d'étain. L'imprimeur imagina de stéréotyper de la même manière ; il frappait un coup vif, au moyen d'un bloc de bois suspendu à une bascule ; ce bloc tombait sur le métal destiné à recevoir l'empreinte de la forme quand il était au point de fusion convenable. Il exécuta ainsi im livre d'église avec le plain-chant noté (2 vol. in-S", Toul, 1786), et une Bible complète en un volume in-octavo. Get inventeur, qui mourut en 1801 sous-
inue donn^^t les joumaui tout plies.
préfet de Toul, appelait cela les homotypes. Son procédé, d'une exécution difficile, ne fut pas adopté.
Firmin Didot imagina, en 1796, de durcir le métal des caractères et de les imprimer par pages, d'un coup de balancier, dans une plaque de plomb vierge, puis de fondre en relief dans le creux ainsi obtenu.
Ensuite vint Herhan, un ancien associé de Firmin Didot, qui imagina de comp.oser les pages avec des matrices de cuivre en creux, et de couler directement le plomb sur la page ; cette méthode eut un certain succès. Il existe une collection d'ouvrages classiques, stéréotypés d'après le procédé d' Herhan, Elje porte pour marque les portraits de Gutenberg, Fust et Schœffer, de profil dans un médaillon. Les frais immenses qu'eût entraînés l'adoption générale des idées d'Herlian y firent complètement renoncer, et l'on revint purement et simplement à l'invention de William Ged , perfectionnée par lord Stanhope vers 1818. On moulait la page avec de la poudre d'albâtre , du plâtre ou du sable fin de rivière ; on faisait cuire ce moule au four ; on y coulait du métal en fusion, et l'on plongeait le tout dans une cuve d'eau froide. On obtient par ce procédé une plaque de métal, haute de trois lignes environ , qui peut se conserver indéfiniment sans entraver la circulation et le libre emploi du caractère mobile, auquel on épargne ainsi la fatigue et l'usure des longs tirages qui le détruisent si promptement. Quand les clichés sont trop fatigués,
on les met à la fonte ; mais on ne perd qu^une partie de cette mince superficie de métal; c^est donc une économie considérable sur la matière première.
Tel est le procédé de clichage longtemps réservé pour les livres, auxquels on peut assurer de cette façon une très longue durée, sans avoir d'autres frais à faire que ceux du papier et du tirage pour chaque édition nouvelle.
Toutefois aujourd'hui on est parvenu à appliquer à la reproduction des livres aussi bien que des journaux des procédés plus nouveaux encore et moins coûteux. De 1848 à 1870, MM. Petin, Alexandre Ourmer et Delamàrre, l'ancien banquier, devenu propriétaire du journal la Patrie, imaginèrent de clicher les pages par un procédé tout à fait primitif, celui du clichage des médailles. On prenait l'empreinte de chaque forme sur des feuilles de carton au nxoyen d'un estampage à coups de brosse dure. Le moule en creux ainsi obtenu était assez résistant pour recevoir la coulée du plomb en fusion, qui reproduisait en relief et d'un seul morceau la page primitivement composée en caractères mobiles.
On a beaucoup perfectionné l'idée depuis M. Delamàrre; par exemple, on place la forme d'imprimerie sur une plaque chauffée, et l'on y coule une pâte liquide de papier et de blanc d'Espagne que la chaleur sèche presque instantanément. On obtient ainsi en quelques minutes, à la façon des gaufres, un moule appelé
empreinte plus résistant que le moule de carton , qui était sujet à se charbonner et à se percer au contact du plomb en fusion.
Aujourd'hui on confectionne des clichés demicylindriques, à l'usage des presses rapides dont nous avons sommairement décrit le mécanisme.