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MACHINES A COMPOSER

Pierre Leroux, le célèbre fondateur du Globe et Tauteur du livre de VEiimanité^ fut ouvrier compositeur, comme Franklin, Béranger, Hégésippe Moreau. Il inventa vers 1820 ce qu'il appelait pompeusement une nouvelle typographie ; son projet consistait à fondre les lettres non plus une par une comme autrefois, mais par rayons entiers de cinquante, cent ou même cinq cents lettres, n'ayant que sept millimètres de hauteur; et à les faire ensuite composer par une machine, conséquence nécessaire, le caractère devenant trop petit pour être saisi par les doigts du compositeur. Pierre Leroux raconte lui-même, dans un mémoire spécial, qu il réalisa autrefois un modèle de sa machine; mais des obstacles sans nombre, sa pauvreté surtout, s'opposèrent à ce qu'il réussit à

l'appliquer en grand. Rien n'est plus touchant que le récit de ses luttes, de ses travaux incessants. Aidé seulement par son jeune frère, il se fit menuisier, serrurier, forgeron. A la mort de son père, il vendit son petit héritage pour continuer l'étude de son problème ; enfin il lui fallut renoncer, du moins pour un temps, à son œuvre, ou plutôt, comme il dit, l'arracher violemment de son cœur. Ajoutons, pour être juste, que son idée, loin d'être méconnue ou incomprise, avait été parfaitement accueillie par M. Firmin Didot, qui lui offrit les avances nécessaires. Mais Pierre Leroux, préoccupé d'idées plus politiques qu'industrielles, refusa péremptoirement ces offres.

Il devint vers 184S imprimeur à Boussac (Creuse); trois ans plus tard, la révolution de 1848 l'envoya siéger comme représentant du peuple à la Constituante, et il ne fut plus question de ses inventions typographiques.

D'ailleurs, avant le temps même où Pierre Leroux rêvait la fonderie multiple, Henri Didot réalisait, dès 1818, la fonderie polyamatype ; c'est la même idée appliquée aux caractères ordinaires.

Parmi les améliorations de détail, nous ne pouvons passer sous silence les caractères sténotypes de A. Pinard.

Sous le nom de logotypes^ un ouvrier compositeur nommé Henry Johnson, en 1783, imagina de fondre, par le même procédé que les lettres isolées, les

groupes de lettres les plus usités, tels que le, la, les, qUy et, etc. Cette invention simplifiait le nombre de mouvements à exécuter par le bras et la main du compositeur, puisqu'elle lui permettait de composer d'un seul coup un assez grand nombre de mots monosyllabiques et des finales très usitées, telles que tion, ment, etc. Ce système fut immédiatement adopté par un imprimeur appelé John Walter ; Henri Johnson et John Walter prirent en commun un brevet d'invention dès Tannée 1783, pour l'exploitation des logotypes, lesquels furent employés pour la composition du journal créé, le 13 janvier 1785, sous le litre de Baily imiversal Register, devenu le Times en

Cependant, l'emploi des logotypes ne s'est pas maintenu ou du moins ne s'est pas généralisé ; s'il simplifiait d'un côté la besogne de l'ouvrier, il la compliquait de l'autre : car il fallait augmenter le nombre et la dimension des casse tin s ou réservoirs particuliers de chaque espèce de type, par conséquent bouleverser l'arrangement déjà séculaire de la casse ou réservoir général. C'était une éducation totale à refaire, et les logotypes ne sont plus aujourd'hui connus que des spécialistes.

Plusieurs machines à composer ont été proposées à diverses époques ; entre autres le gérotype, inventé par M. Gaubert ; le clavier compositeur de MM. Young et Delcambre ; la machine suédoise de M. Lager-

man, exposée à la galerie d'Orléans du Palais-Royal en mars 1885, etc.

La composition mécanique, quoique n'ayant pas atteint le degré de perfection du travail à la main et ne s'étant pas généralisée, n'est cependant pas une utopie. Le Times de Londres possède un certain nombre de machines en réserve pour composer ses ^normes et microscopiques comptes rendus des séances du Parlement ; elles économisent beaucoup de temps, chaque machine faisant la besogne de plusieurs compositeurs, et cependant leur emploi est plus coûteux que le travail manuel, à cause du prix élevé de leur fabrication.

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