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DES LIVRES EN GÉNÉRAL

La quantité d'ouvrages imprimés depuis Tinvention est telle que, selon les meilleures autorités, dix mille volumes in-folio suffiraient à peine au simple énoncé du titre de ces livres. Le savant Struve écrivait, il il y a cent cinquante ans, qu'il serait plus facile de transporter le mont Atlas que de faire une bibliographie universelle. Que dirait-il aujourd'hui?

La Bibliothèque historique de la France y édition de 1768-78, S volumes in-folio, présente dans ses quatre premiers volumes quarante -huit mille deux cent vingt-trois articles, et encore n'était-elle pas complète alors.

A l'imprimerie des Orphelins, fondée à Halle par le baron de Canstein pour l'Écriture sainte spécialement, on a imprimé, dans l'espace de vingt-deux ans

(1710 à 1732), la quantité de trois cent vingt-sept mille exemplaires de la Bible, et deux cent soixante mille exemplaires du Nouveau Testament, le tout inoctavo et in-douze. Il existe dans le monde chrétien à peu près vingt-cinq mille éditions de la Bible, qui, tirées à cinq mille exemplaires en moyenne, donnent cent vingt-cinq millions d'exemplaires.

Les collections de Bibles ont été à la mode chez les bibliophiles allemands. La bibliothèque de Stuttgart renferme des trésors en ce genre. On remarque particulièrement deux Bibles manuscrites, ornées de dessins et de miniatures. L'une renferme cinq mille cent cinquante-deux tableaux, avec deux versets par tableau , l'un latin, l'autre français, tous deux décorés d'une capitale alternativement or et azur. En supposant que l'on pût aujourd'hui faire exécuter chaque tableau avec les deux versets pour 12 francs, le livre entier coûterait, avec le vélin, 62,000 francs. Le second manuscrit n'a que quatre sixièmes du nombre des tableaux, mais ce ne sont pas de simples lavis, ce sont de magnifiques peintures. Il a dû coûter 40,000 francs.

Quelle pourrait être la valeur vénale d'un livre tel que l'exemplaire des Cki^oniques de France, imprimé à Paris par Jehan Maurand et par Antoine Verard, 1493 , 3 volumes in-folio sur vélin , orné de près de mille miniatures, sans compter les ornements variés, bordures et initiales en or et en couleur, exécuté pour

le roi Charles VIII, et que la Bibliothèque nationale expose dans la vitrine XXVII, sous le n* 262 ?

Qu'il me suffise de dire qu'un exemplaire de la Bible des quarante-deux lignes imprimée par Gutenberg, s'il s'en présentait un exemplaire en vente publique, trouverait acheteur à 300,000 ou 400,000 francs.

Je ne pourrais donner une liste de livres rares ou précieux sans empiéter sur le domaine de la bibliographie proprement ditCw Je citerai pourtant :

Anastasii Bibliothecarii Historia de Vitis RomanO" mm Pontîficùm a Petro apostolo usque ad Nicolaum /, nunquam hac tenus typis excusa ; deinde Vita Hadriani II et Stephani VI, auctore Gulielmo bibliothecario; exbibliotheca Marci Velseri. Mayence, in-4°, 352 pages. On prétend qu'il n'existe que deux exemplaires de cet ouvrage.

Grammaire latine réduite en jeux de cartes ou de dés, par dom César Joseph Montpié de Négré, religieux de la Congrégation de Saint-Maur; imprimé par Philippe Vincent.

Mschyli tragœdiee sex. Glasguœ, 1795, in-folio avec figures de Flaxman. Il n'en a été tiré que cinquantedeux exemplaires, plus onze sur grand [papier. Le prix de cet ouvrage s'est élevé, dans les ventes publiques^id'Angle terre, depuis 200 jusqu'à 400 livres sterling (de 3,000 à 10,000 francs).

Le Virgile de Didot, 1798, un volume grand infolio, avec des] dessins de Gérard et de Girodet, se

vendait 600. francs et 900 francs avant la lettre. Il ne contient aucune faute typographique, si ce n'est un y dont le point manque.

Diatribe de l'ingénieur Seid Moustapha sur Vétat actuel de l'art militaire, du génie et des sciences. Constantinople ; imprimé dans la nouvelle typographie de Scutari, fondée par le sultan Sélim III; 1803, in-8* de 64 pages. Cet ouvrage singulier fut composé en français par l'auteur, et annoté par le célèbre orientaliste Langlès. Seid Moustapha mourut victime de son admiration trop vive pour la science militaire des Français.

Apothéose et imprécations de Pythagore, publiées par Charles Nodier à Crotone (Besançon, 1808), in4* de 73 pages, grand vélin superflu. Ce livre, imprimé en style lapidaire, a été tiré à dix-sept exemplaires, dont deux sur papier rose.

Nous nous en tenons à ce court échantillon. Nous craindrions de dépasser les bornes du présent travail.

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