‹ Histoire de la typographieChapitre 5 sur 17 · GUTENBERG, FUST, SCHŒFFER · texte numérisé non relu

GUTENBERG, FUST, SCHŒFFER

A partir de 1450, l'histoire de la typographie va réunir, sans les confondre, les noms de Gutenberg, de Faust ou Fust et de Schoiffer ou Schœffer.

Après que le procès de 1439 eut été gagné, Guten-

berg et ses associés Riff et Heilmann continuèrent

vraisemblablement à travailler ensemble; mais on

ignore ce que cette société produisit et comment elle

prit fin. •»

Un fait considérable , et qu'il ne faut pas perdre de vue, car il explique l'obscurité qui règne sur les premières productions de l'art typographique, c'est qu'il n'existe aucune impression signée de Gutenberg, et qu'on ne connaît aucun livre imprimé à Strasbourg avant l'année 1470 au plus tôt, alors que Gutenberg avait depuis longtemps abandonné cette ville.

Dès 1446, il avait loué une maison à Mayence, son pays natal. 11 y travailla obscurément pendant sept années environ. Enfin, le 22 avril 1430, il contracta à Mayence, avec un riche orfèvre nommé Jean Fust, une association pour l'établissement d'une imprimerie ; c'est-à-dire un emprunt de 800 florins à six pour cent, garanti sur tout le matériel. Les 800 florins furent bien vite dévorés ; Fust avança, le 6 décembre 14S2, une seconde somme de 800 florins au même taux de six pour cent.

Enfin le grand œuvre s'acheva. Gutenberg, après cinq ans de labeurs assidus, mit au jour la fameuse Bible dite des quarante-deux lignes. L'art nouveau débutait par un chef-d'œuvre, qu'on peut admirer à la Bibliothèque nationale de Paris (vitrine XXIX, n" 41-42), qui en possède deux exemplaires.

Cette Bible est imprimée sur deux colonnes, de quarante-deux lignes chacune dans les pages qui sont entières, excepté dans les douze premières pages où il s'en trouve qui n'ont que quarante ou quarante et une lignes ; en caractères gothiques hauts de près de deux lignes (4 millimètres et demi), sans chiffres, signatures ni réclames. La hauteur des colonnes est de 10 pouces 8 lignes, et la largeur des deux colonnes ensemble, avec le blanc qui les sépare, est de 7 pouces 4 lignes.

L'ouvrage comprend six cent trente-sept feuil-» lets, que les possesseurs originaires firent relier

en un, deux, trois ou quatre volumes, selon leur goût.

Le premier des deux exemplaires de la Bibliothèque nationale, relié en quatre volumes in-folio sur vélin, est connu sous le nom de Bible Mazarine, parce que ce fut un exemplaire appartenant au cardinal Mazarin , et actuellement conservé à la Bibliothèque mazarine, au palais de Flnstitut, qui, le premier, attira l'attention des bibliographes.

A côté de l'exemplaire sur vélin se trouve exposé un exemplaire sur papier, en deux volumes, portant à la fin de chacun d'eux une souscription latine de l'enlumineur Henri Albcli, autrement dit Cremer, vicaire de l'église Saint-Étienne de Mayence, qui constate avoir achevé d'enluminer, de rubriquer et de relier le premier volume à la Saint-Barthélémy (24 août) 1456, et le second à l'Assomption (15 août) de la même année. Le livre aurait donc été achevé d'imprimer au plus tard en 1455. 11 doit par conséquent être tenu pour le premier et le plus ancien livre exécuté au moye n des procédés dont l'ensemble forme Tart de I'impri-

MERIE.

Un autre document, qui n'est pas un livre, constitue le premier monument avec date certaine de l'imprimerie en caractères mobiles ; c'est une lettre d'indulgences du pape Nicolas V, indiquant en lettres imprimées qu'elles ont été accordées par le pape en 1454, aux fidèles qui aideront de leur bourse la cause du

roi de Chypre menacé par les Turcs. C'est une sorte de cédule ou d'affiche oblongue, d'un seul feuillet de vélin. Le plus ancien des exemplaires qu'en possède la Bibliothèque nationale (vitrine XXIX) a été destiné à Judocus Ott de Mospach, sous la date du 31 décembre 1454. Les caractères sont de même type que ceux de Gutenberg.

On attribue la même date approximative de 1454 ou 55 au Donat (grammaire latine d'^Elius Donatus), dont il n'existe que deux feuillets sur vélin, imprimés avec les caractères de la Bible Mazarine, et provenant certainement de l'atelier de Gutenberg, avant ou après sa rupture avec Fust (vitrine XXIX).

Cette rupture eut précisément pour cause le succès de l'invention, consacré par l'achèvement de la Bible des quarante-deux lignes. Au lieu d'admirer et de vénérer le grand homme qu'il avait eu la bonne fortune d'assister de ses deniers, Fust ne songea qu'à le dépouiller et à s'approprier le fruit de son génie. Il ne put réaliser que la première partie de son plan. Il ruina Gutenberg , sans parvenir à lui arracher la gloire de sa découverte ni la reconnaissance de la postérité. Jean Fust commença par assigner Gutenberg en règlement de comptes, lui réclamant le remboursement de 2,020 florins d'or, comprenant les 1,600 florins qu'il avait avancés et les intérêts à six pour cent. Gutenberg répondit que les 800 premiers florins ne lui avaient point été payés en un seul versement confor-

mément à l'acte d'association, et qu'ils avaient été employés aux préparatifs du travail ; que, quant aux autres sommes, il offrait d'en rendre compte, mais qu'il ne croyait pas être tenu aux intérêts. A défaut par Gutenberg de lui donner pleine satisfaction, Fust demandait à être mis en possession du matériel de l'imprimerie et des exemplaires de la Bible. Cette dernière réclamation fit saigner le cœur de Gutenberg : « J'espère, Fust, écriTait-il, que Je matériel de l'imprimerie vous est une garantie suffisante de vos 800 premiers florins et que vous ne me prendrez pas encore les exemplaires de ma Bible. » Les juges ayant déféré le serment à Fust, et celui-ci l'ayant prêté, Gutenberg fut condamné à payer les intérêts ainsi que la partie du capital que ses comptes prouveraient avoir été employée à son profit particulier ; ce dont Fust demanda et obtint acte devant le notaire Ulric Helmasperger, le 6 novembre 14SS.

En conséquence, Gutenberg dut abandonner tout ce qu'il possédait à son avide associé.

On a compris, par ce qui précède, que Fust n'était jusque-là que le bailleur de fonds de Gutenberg, et qu'il continuait son existence bourgeoise dans son riche logis, tandis que Gutenberg travaillait et prenait de la peine dans l'atelier de la maison qu'il avait louée.

Du jour où l'association fut rompue, il y eut à Mayence trois maisons de rimprimerie :

1* Celle qu'on appelle B<yf zum Jwigen^ que Gutenberg abandonna, et où il avait imprimé la Bible des quarante-deux lignes; elle existe encore à Mayence.

2° Celle qu'on appelle Hof zum Heimbreicht ou Beinerhofy et qu'on nomme aujourd'hui la maison des Trois-Roîs, rue des Cordonniers, dans laquelle Fust installa le matériel de Gutenberg.

3* Celle qu'on appelle encore aujourd'hui la maison de Gutenberg, dans laquelle il fit construire de nouvelles presses, et qui est actuellement occupée par le Casino de la ville de Mayence.

Ne soyons cependant pas trop rigoureux pour la mémoire de Jean Fust, qui prit part autrenient qu'en capitaliste à la création de l'imprimerie typographique. D'après un témoignage de grand poids, car il émane d'un auteur contemporain, l'abbé Trithème, qui tenait ses informations de bonne source, comme on le va voir, Fust, devenu Fassocié de Gutenberg, avait réalisé de concert avec celui-ci un premier perfectionnement de très haute portée, en inventant le s matrices pour fondre les caractères, qui jusque-là, Trithème l'affirme en termes exprès, avaient été sculptés à la main [quospriiis manibus sculpebant). Ces matrices primitives furent obtenues par la fonte ; elles servaient, néanmoins, comme les matrices d'aujourd'hui, à obtenir, également par la fonte, des caractères de cuivre ou d'étain.

Il restait un dernier progrès à accomplir, c'était de

supprimer la fonte des matrices et de la remplacer par un simple bloc de cuivre brut, sur lequel on frapperait Teffigie en creux d'une lettre quelconque, au moyen d'un poinçon d'acier portant cette même lettre gravée en relief. Telle fut l'invention propre de Pierre Schœffer.

Parmi les collaborateurs accessoires que Jean Fust dut s'attacher pour l'exploitation de son imprimerie dans la Heinerhof, se trouvait un jeune homme employé en qualité de copiste , de calligraphe ou peutêtre de correcteur (clericus). Il se passionna pour l'art nouveau, autant que pour la belle Christine , la fille de l'orfèvre : c'était Pierre Schœffer de Gernsheim. C'est lui qui créa le poinçon typographique. Jean Fust comprit l'étendue et la beauté de cette nouvelle invention, qui réalisait intégralement le problème de la typographie proprement dite, puisqu'il rendait la fabrication des types facile, économique et illimitée. Jean Fust lui rendit plus de justice qu'à Gutenberg. Pierre Schœffer devint son gendre (entre 1462 et 1463).

La mémoire de ce fait véridique , quoique d'apparence romanesque , est conservée dans une note finale de Y Histoire abrégée des Francs, par Jean Tri thème , abbé de Spanheim , ainsi conçue :

« Ce présent ouvrage de chronique a été achevé d'imprimer en 1815, en la noble et fameuse ville de Mayence (où l'art de l'imprimerie a été premièrement inventé), par Jean Schœffer, petit-fils d'honnête

homme Jean Fust, citoyen de Mayence, premier auteur de cet art, qui le trouva par son invention, et qu'il commença d'exercer en 1450, indiction treizième, étant empereur Frédéric . III , et archevêque de Mayence Thierry Pincerna de Ehrbach , prince et électeur. En 1432, il perfectionna cet art avec Taide de Dieu et de Pierre Schœffer de Gernsheim, qui trouva plusieurs choses nécessaires pour Taugmentation de cet art, auquel, pour récompense de tous ses travaux et inventions , il donna sa fille Christine Fust en mariage. ».

Cette note fut rédigée par Timprimeur lui-même , Gis de Christiiie.et de' Schœffer; elle renferme cependant sur les origines et la date de.rimprimerie des erreurs qu'on ne peut croire, involontaires j parce quelles ont pour but évident d'éliminer Giitenberg^, qui n'est pas même nommé. En commettisint ce déni de justice, Jean Schœffer oubliait qu'il avait lui-même reconnu les droits et la gloire de Gutenberg dans la dédicacé du Tité-Live en allemand présenlé:par. lui, Jean Schœffer, à l'empereur Maximilien'en 1505.^

Quoi qu'il en soit, la part de Schœffer ne saurait être contestée ; son invention posa réellement les colonnes d'Hercule, de la typographie ; elle frappe surtout par sa simplicité sublime. La forme d'une lettre est gravée en relief au bout d'un poinçon d'acier ; ce poinçon, ayant subi la trempe, frappe une empreinte en creux sur une petite plaque de cuivre rouge

nommée matrice ; celte matrice étant fixée au fond d'un moule spécial, on obtient trës rapidement, en y coulant du métal en fusion, autant de lettres du même type qu'on le désire, dix mille, cent mille,

un million, toutes exactement semblables de modèle et de forme, puistju'elles viennent d'un seul type une fois gravé , et d'une justesse d'alignement parfaite.

Ainsi Gutenberg a créé le type mobile, taillé ou gravé à la main ;

Gutenberg et Fust ont inventé la matrice fondue, sur laquelle se fondaient à leur tour les caractères;

Schœffer a inventé le poinçon dur qui frappe la matrice malléable.

La postérité réunit à bon droit leurs trois figures dans une même médaille couronnée de cet exergue immortel : Gutenberg, Fust, Schœffer.

Par un rapprochement curieux entre le xv® siècle ou le siècle de l'imprimerie et le xix' siècle ou le siècle de la vapeur, c'est également à trois inventeurs successifs que nous devons la locomotive : à Fulton, qui appliqua la vapeur à la locomotion par eau ; à Stephenson, qui construisit la première locomotive terrestre ; à Séguin , qui la fit marcher en inventant la chaudière tubulaire.

Les impressions dues à l'association de Fust et de Schœffer sont nombreuses et de date certaine; je citerai seulement le Psautier latin, 1457, in-folio sur vélin, signé Jean Fust et Pierre Schoiffer, le premier livre imprimé avec date; le Rationale divinorum officiorum, 1459, in-folio; les Constitutiones de Clément V, 1460, iti'loYiOj première édition des Clémentines; le texte est encadré par les commentaires de Jean André ; c'est le premier exemple typographique d'un texte encadré par une glose en petit caractère ; la Bible en latin, 1462, 2 volumes in-folio, première éditioji datée de la Bible; le traité des Devoirs (cfe Officiis) de Cicéron, 1465, in-4°, le premier classique

HISTOIRE DE LA TVPOGRAPHIE Si

latin imprimé, le premier livre régulièrement inlerligné^, etc., etc.

Cependant Gutenberg ne demeurait pas iiiactif.

Fust, Gutenberg, Schœffer.

Grâce aux bons offices de Conrad Hanequis, écheviu deHayence,ilavaitreconstituédèsleleDdemainmëme

1. Ce£ indications descriptivesaont pour ta plupart empruntées au catalogue de la Bibliothèque nationale, rédigé par le saTanI coneervateur M. Thierry.

de sa brouille avec Fust, c'est-à dire dès les premiers jours de 1456, un atelier qu'il dirigea seul. Fidèle à sa résolution vraiment inexplicable , il n'apposa son nom à aucun des livres sortis de ses presses ; mais il est certain qu'il en imprima un certain nombre entre 1435 et 1459, ainsi que l'atteste un acte authentique daté du jour de la Sainte-Marguerite, 20 juillet 14S9. Je le transcris ici comme un des rares documents qui émanent directenient de Gutenberg :

« Nous, Henné Genszfleisch de Sulgelhoc, nommé Gudinberg, et nous, Friele Genszfleich, frères, affirmons et déclarons publiquement par les présentes et savoir faisons à tous que, du conseil et consentement de nos cliers cousins Jean et Friele et Pedirmann Genszfleisch, frères, à Mayence, avons renoncé et renonçons par les présentes, pour nous et nos hoirs simplement, totalement et à la fois, sans fraude ni ruse, à tout le bien qui a passé par notre sœur Hebele au couvent de Sainte-Claire de Mayence, dans lequel elle fut faite religieuse, soit que ledit bien y soit parvenu de la part de notre père Henné Genszfleisch, qui l'a donné lui-même, ou de quelle manière que le bien y soit parvenu, soit en grains, argent comptant, meubles, bijoux, ou quoi que ce soit, que les respectables religieuses l'abbesse et les sœurs dudit couvent ont reçu en commun et en particulier, ou d'autres personnes du couvent (ont reçu) de ladite Hebele, peu ou beaucoup, et avons promis

et promettons par les présentes, de bonne foi , pour nous et nos frères, que ni nous ni personne de notre 'part, etc., ne redemanderons ni réclamerons dudit couvent ledit bien quel qu'il soit, etc. Et quant aux livres que moi. Henné susdit , ai donnés à la bibliothèque du couvent, ils doivent y rester toujours et à perpétuité, et je me propose, moi Benne susdit, de donner aussi sans fraude à l'avenir audit couvent pour sa bibliothèque, à l'usage des religieuses présentes et futures, pour leur religion et culte, soit pour la lecture ou le chant, ou de quelle manière elles voudront s'en servir d'après les règles de* leur ordre, les livres que moi Henné susdit ai déjà imprimés à cette heure, ou que je pourrai imprimer à l'avenir, et tant qu'elles voudront s'en servir,,. Fait et donné Tan de la naissance de J.-C. 1459, le jour de sainte Marguerite. »

Ce dernier passage est très positif; ce n'est cependant qu'à l'année suivante, 1460, que remontent les premiers ouvrages généralement attribués à Gutenberg seul, et dont le principal est un énorme dictionnaire in-folio, intitulé Joannis Balbi de Janua Summa qux vocatur Catholicon, communément appelé le Catholicon tout court.

La tradition veut que Gutenberg, rendant pleine justice aux progrès réalisés par l'invention de Schœffer, se soit approvisionné de caractères fondus par l'associé de Fust. Un passage d'une pièce de vers léonins intitulée Colophon, qui accompagne le Catholicon,

semble confirmer la tradition : « Ce livre, disent-ils, n'est l'œuvre ni du roseau, ni du style, ni de la plume; il résulte de l'accord merveilleux des types et des formes qui, grâce h la justesse et à l'harmonie de leurs dimensions, ont servi à l'imprimer. »

Ces qualifications laudatives s'appliquent exactement aux caractères fondus par les procédés nouveaux : car le défaut irrémédiable des premiers types taillés ou gravés à là main devait être le manque de justesse et d'harmonie.

Jean Balbi de Gênes (Janua) était un écrivain du xm® siècle , et son Catholicon avait été daté par luimême du 7 mars 1286. Souvent multiplié par la calligraphie, le dictionnaire ou plutôt l'encyclopédie de Jean Balbi fut imprimée pour la première fois par Gutenberg. Le Colophon ou chant de triomphe qui termine cette édition princeps est attribué à Gutenberg lui-même, qui fait hommage au Dieu créateur de son invention sublime : « Pour ce bienfait, s'écriet-il, reçois, 6 Père éternel, pour Toi, pour ton Fils, et pour l'Esprit-Saint , nos louanges et nos hommages; reçois-les, 6 Divinité, une et triple à la fois ; et toi, Chrétien, fais hommage de ce livre à notre Sainte Eglise, sans oublier d'honorer la Vierge Marie. » Ces vers ou plutôt cet hymne exprime fidèlement les sentiments d'enthousiasme et d'admiration que l'invention de l'imprimerie excita dans ce siècle religieux, à la veille même de la Réforme, à laquelle

l'imprimerie allait fournir un si redoutable instrument de propagande.

Étant donné, comme on n'en saurait douter, en dépit de quelques contradictions isolées et dénuées de preuves, que le Catholicon soit sorti de l'imprimerie de Gutenberg, c'est encore à lui qu'il faut attribuer, par voie de conséquence, les ouvrages suivants, imprimés avec les mêmes caractères :

La Somme de saint Thomas, in-4**; le Traité de la raison et de la conscience [Tractatiis rationis et conscientiœ) de Mathieu de Cracovie ; le Traité des conciles, en allemand, in-4° ; et le Miroir des prêtres [Spe-^ ciilum sacerdotum)y in-4°.

Quant à la Bible latine in-folio dite des trente-six lignes, qu'on a souvent attribuée à Gutenberg et qu'on prétendait même avoir précédé la Bible des quarante-deux lignes, on paraît d'accord aujourd'hui pour la restituer à un élève de Gutenberg nommé Albert Pfistôr, établi imprimeur à Bamberg dès 1461.

On pense que Gutenberg exerça son art jusqu'en 1465 et qu'il l'abandonna en cette même année, ayant été nommé gentilhomme de la maison de l'électeur Adolphe II, comte de Nassau, archevêque de Mayence, avec une gratification annuelle d'un costume de cour, de vingt mesures de blé et de deux foudres de vin. Vieux et brisé par les secousses de sa vie agitée, Gutenberg accepta cette retraite paisible. Il s'éteignit doucement à Mayence, âgé de

soixante-dix ans au moins ; on fixe généralement la date de sa mort au 24 février 1468. On Finhuma dans Féglise des Franciscains.

Le dernier associé ou bailleur de fonds de Gutenberg, le syndic Conrad Hanequis, demeuré possesseur de rimprimerie Gutenberg, prit l'engagement envers Télecteur-archevêque de ne pas la céder aux étrangers ; et, de fait, il la vendit à Nicolas Bechtermuncze, imprimeur à Eltvil ou Elfeld, lieu de résidence de l'électeur, curieuse ville située sur la rive droite du Rhin, en allant de Mayence à Coblentz.

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