‹ Histoire de la vaccinationChapitre 15 sur 24 · ACADÉMIE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DE MÉDECINE

Séance du 17 novembre 1863. .

M. H. Bouley. — «Depuis près de quatre-vingts ans, une question reste toujours pendante devant le Corps médical ; souvent débattue dans les académies, dans la presse, dans les ouvrages spéciaux auxquels elle ressortit, il n’avait pas encore été possible de lui donner une solution complète, entièrement satisfaisante, devant laquelle toutes les dissidences devaient s’évanouir , à laquelle toutes les opinions devaient se rallier.

» Cette question, c’est celle de l’origine de la vaccine.

» D’où vient, chez la vache, cette maladie que, par exception, on peut appeler bienfaisante ? Est- ce un produit naturel et spontané de son organisation?

» Peut-elle procéder d’une maladie du cheval, comme l’avait pressenti et affirmé Jenner ?

» Et, dans le cas de l’affirmative sur ce dernier point, quelle est la maladie du cheval qui transmise à la vache donne lieu à la manifestation que l’on appelle le cowpox ?

» Tel est le problème complexe, depuis longtemps posé, et dont deux inconnues, longtemps cherchées, peuvent enfin être dégagées aujourd’hui.

» Oui, la vaccine a une origine équine, ou tout au moins peut avoir cette origine,... car la question de son développement spontané sur la vache doit ctre réservée.

» Et la maladie spéciale, je devrais dire spécifique, du cheval, dont l’inoculation est susceptible de faire naître le cowpox, cette maladie est enfin trouvée el connue.»

DE r,A VACCINATION.

«Je vais, Messieurs, vous faire l’exposé des faits authentiques sur lesquels je puis appuyer toutes les assertions, je devrais dire toutes les promesses de ce court préambule. Mais avant, qu’il me soit permis de rappeler par quel concours de circonstances j’ai été conduit à faire les recherches et les expériences cliniques dont le résultat, beaucoup plus rapidement obtenu que je n’osais l’espérer, est la solution que je vous annonce.

«Lorsque M. Bousquet, dans la séance du 31 mars 1863, vint vous lire le rapport si élégamment écrit et si plein d’intérêt ou il vous donnait la relation circonstanciée de l’événement de Toulouse, je veux parler de l’inoculation à la vache d’une maladie du cheval, et du développement du cowpox à la suite de cette inoculation, eh bien ! Messieurs, je l’avoue, après avoir entendu cette lecture, je ne sortis pas de la séance bien convaincu que la vérité fût enfin découverte. Elle l’était cependant, car la maladie de Toulouse est la même, identiquement, que celle qui est venue se montrer à Alfort dans ces derniers mois, sous une foule de faces ; mais je ne me sentis pas suffisamment éclairé. A qui la faute? A moi d’abord, il ne me répugne pas d’en faire l’aveu , mais peut-être aussi à la manière dont le fait de Toulouse s’est d’abord produit , à l’indécision du diagnostic au premier moment de son apparition, à l’erreur un instant commise par M. Lafosse, erreur bien facile à comprendre et à excuser, qui fit confondre avec les eaux aux jambes la maladie équine dont l’inoculation produisait le cowpox.

» G’est qu’en effet. Messieurs, les vieilles croyances, les croyances traditionnelles, prennent sur notre esprit un si puissant empire, que nous avons peine à nous en

dépouiller, et que, lorsque des faits se présentent devant nos yeux avec un caractère nouveau, nous ne les voyons pas toujours tels qu'ils sont ; au contraire, par un singulier phénomène de mirage qui résulte d’une sorte de façonnement antérieur do notre esprit, nous donnons à ce qui est sous nos yeux, non pas ses attributs réels, mais ce que nous croyons être ses attributs, d’après une idée préconçue.

» M. Lafosse n’a pas échappé à cette loi; mais qui donc pourrait se vanter de ne l’avoir jamais subie ?

» Quoi qu’il en soit, Messieurs, je restai dans le doute encore, même après avoir entendu la divulgation que venait de nous faire M. Bousquet, au nom de M. Lafosse; et ce doute ne fit que grandir lorsque, pour les besoins de la cause, je me mis à réétudier les documents publiés sur la matière.

» La lecture de Jenner, que je fis exprès dans l’original, afin de mieux me pénétrer de son esprit, et de me mettre à l’abri des erreurs du traducteur, me laissa la conviction, aujourd’hui plus solide que jamais, que Jenner avait été légitimement conduit, non pas par l’observation, encore moins par l’expérimentation, mais par une faculté intuitive, qui est le don du vrai génie, à reconnaître aucowpox une origine équine.

«Quelle était la maladie du cheval qui était susceptible de faire naître le coxvpox ? Jenner, je le crois, ne la connaissait pas, et j’ajoute que, dans l’état des connaissances vétérinaires, en Angleterre comme ailleurs, il ne pouvait la connaître, ni lui ni personne autre.

» Cette maladie se caractérisant souvent par une éruption sur les parties déclives des membres et par un suin-

temenfc humoral abondant, comme les faits récents viennent de nous le prouver, il était naturel que les maréchaux-ferrants, les palefreniers, les praticiens empiriques, auprès desquels seuls Jenner pouvait prendre des renseignements, répondissent à ses questions que cette maladie était le grease.

» Et, de fait, entre le grease et certaines formes de la maladie équine vaccinogène, l’analogie est si frappante, que la confusion entre elles est très-possible. L’erreur sur ce point a été commise à Toulouse, même de nos jours ; à Alfort, je m’y suis laissé prendre aussi un instant , dans une circonstance que je relaterai tout à l’heure. Quoi d’étonnant que du temps de Jenner les observateurs, des plus primitifs, qui seuls pouvaient être à même de •donner des renseignements sur les maladies des animaux, aient confondu avec le suintement des eaux aux jambes un suintement humoral établi dans le môme lieu, mais provenant de toute autre cause ?

» Du reste, notez-le bien, Messieurs, Jenner n’attache pas une importance aussi grande qu’on Ta cru, faute de l’avoir bien lu, à l’idée que le cowpox procéderait du grease. Le mot grease ne se présente qu’une seule fois sous sa plume, à la première page de son livre. Puis, à ce mot il en substitue un autre, bien plus vague, qu’il emploie sans cesse ensuite : celui de sore-lieels , mal des talons ; en sorte que, pour qui sait bien lire, l’idée principale de Jenner est celle-ci : le cowpox vient d’une maladie du cheval qui a son siège dans le bas des jambes, dans la région des talons.

» Ainsi formulée, cette idée est vraie en ce sens que la maladie équine vaccinogène fait souvent son appari-

tion dans la partie déclive des membres, et il est probable que si, au lieu de s'attacher au mot grease, qui a mis hors de piste la plupart des observateurs postérieurs à Jenner, on eût cherché par l’expérimentation quel était ce sore-heels, ce mal sans nom, mais à siège précis, dont la transmission pouvait donner lieu à la manifestation du cowpox, le problème eût été plus’ tôt résolu.

» Après avoir lu et cherché à comprendre Jenner, j’étudiai Sacco, et je fus frappé de cette singularité, que dans l’auteur italien le grease de Jenner, son sore-heels, s’était transformé, par le fait sans doute d’une inintelligence du traducteur, en une autre maladie que le grease , en une maladie très-nette, très-précise, parfaitement déterminée et très-bien décrite par Sacco lui-même. Cette maladie, c’est le javart, dont la caractéristique essentielle est une nécrose circonscrite au milieu d’une partie vivement enflammée, nécrose, soit du derme, soit d’un cartilage, soit d’une partie tendineuse : d’où les distinctions du javart en cutané, cartilagineux et tendineux, suivant les tissus qui en sont le siège.

» Sacco établit parfaitement ces distinctions ; la description qu’il donne de cette maladie, sous ses différentes formes, prouve que son esprit était fixé, qu’il savait à quoi il avait affaire.

» Ehbien! cette maladie, qui n’est plus le grease, qui est un sore-heels parfaitement déterminé et connu, Sacco l’inocule à la vache, et détermine, par cette inoculation, une éruption vaccinale.

» Qu’est-ce à dire ? Ce serait donc le javart que Jenner aurait confondu avec le grease ? Ce serait donc là ce soreheels, ce mal des talons dont il parle dans son livre ?

» Mais voici venir Hertwig(de Berlin) , qui prétend avoir obtenu le cowpox par l’inoculation d’une maladie inflammatoire gangréneuse survenue à la jambe d’un cheval.

» Puis il y a dans les annales de la science un certain nombre de faits desquels il semblerait ressortir que l’inoculation des eaux aux jambes elles-mêmes,, du grease proprement dit, serait susceptible de donner naissance au cowpox .

» Et après tous ces faits, contradictoires les uns des autres, venait le fait de Toulouse, celui-ci contradictoire de tous les autres, se présentant avec un caractère trèsprobatif en faveur de l’origine équine delà vaccine, mais ne réunissant pas cependant, à mes yeux au moins, toutes les conditions nécessaires pour éclairer le passé, et donner à tous les faits antérieurs leur signification réelle.

» Car ces faits, ils existent; on ne peut accuser d’imposture, ni Sacco, ni Hertwig, ni les différents observateurs qui ont vu se produire la vaccine en inoculant une matière prise sur des chevaux qui paraissaient avoir les eaux aux jambes.

»Nier ces faits, ce serait commode, mais non satisfaisant pour qui aime à se rendre compte de l’histoire du passé.»

« Ne sachant où me prendre dans cette histoire du passé, et à quelle idée positive m’arrêter pour le présent, je résolus de remettre tout en question, et, suivant l’une des maximes de l’auteur du Discours sur la méthode, de ne plus recevoir aucune chose pour vraie, sur le point en discussion, que je ne la connusse évidemment êtro telle.

» Cette règle de conduite arrêtée, je me proposai d’inoculer à la vache toutes les maladies éruptives du cheval

que les chances de la clinique soumettraient à mon observation. Ce pouvait être là un projet d’une exécution difficile et surtout bien lent à produire des résultats concluants.

» Mais, par un concours bien étrange de circonstances des plus heureuses, il s’est trouvé qu’au moment même où, par suite de nos discussions académiques, j’étais préoccupé du but que je me proposais d’atteindre, la première maladie qui devait me tomber sous la main a été justement celle que j’avais l'intention de chercher.

» Aurais-je attaché de l’importance à cette maladie, sans cette préoccupation? Probablement non; certainement non, vaudrait-il mieux dire, car cette maladie n’est pas nouvelle; je l’ai rencontrée maintes fois dans le cours de ma vie clinique, j’en ai même donné la description sous le nom d’herpès phlycténoïde; mais je ne lui avais pas attribué sa véritable signification.

» Chose curieuse, Messieurs, ce n’est pas sous une forme unique, toujours la même, que la maladie s’est montrée ! Au contraire, elle en a affecté plusieurs, trèsdiversifiées, sur une série de sujets:

» Nous avons vu coïncider son éruption caractéristique avec le javart cutané ou cartilagineux;

» Nous avons vu cette éruption si confluente, qu’elle simulait, à s’y méprendre, les eaux aux jambes;

» Nous l’avons vue se compliquer d’angioleucites et d’abcès sur le trajet des lymphatiques, qui auraient pu la faire confondre avec le farcin ;

» Dans certains cas, l’éruption caractéristique était circonscrite très-étroitement à la région du pli d’un paturon;

» Dans un autre, elle avait son siège exclusif dans la bouche ;

» Dans d’autres, elle occupait l’extrémité de la tête et se prolongeait jusque dans les cavités nasales, de manière à avoir quelques analogies avec une éruption morvo-farcineuse ;

» De telle sorte qu’il nous a été possible de voir défiler sous nos yeux :

ï T La variété d’éruption localisée dans la partie déclive d’un ou de plusieurs membres que Jenner a vue sans doute, qu’il a désignée sous le nom de sore-heels, et que ceux auprès desquels il se renseignait confondaient avec le gréa se ;

» 2° Lejavart inoculable de Sacco, ou autrement dit la coïncidence avec l’une des variétés de javart, d’une éruption de pustules vaccinogènes concentrées autour de la lésion constitutive du javart lui-même ;

» 3° Les eaux aux jambes inoculables des expérimentateurs, c’est-à-dire une maladie inflammatoire des jambes du cheval, ayant toutes les apparences des eaux aux jambes, par la forme de l’engorgement, l’abondance du fluide séreux que laissait suinter la peau enflammée , la multitude de petites tumeurs confluentes représentées par les pustules de l’éruption, mais n’ayant avec les eaux que cette analogie tout extérieure et toute superficielle, et en différant essentiellement, et par sa nature, et par sa forme même, lorsque, sans se laisser décevoir par les apparences, on allait au-delà pour se rendre compte de l’état réel des choses ;

» 4° Cette maladie d’un poulain dont parle Jenner dans son livre, laquelle était caractérisée par un engorgement chaud et douloureux d’un membre postérieur, sans suintement humoral en surface, comme dans le grease, et qui

par un bouton fournit une matière dont l’inoculation produisit le cowpox ;

» 5° La maladie de Toulouse, avec tous les caractères qui lui sont assignés dans le Mémoire de M. Lafosse.

» Et il semble, Messieurs, qu’aucun des faits passés ne devait manquer à cette sorte de revue qu’il nous a été donné de pouvoir faire; on eût dit que tous obéissaient à une sorte d’évocation magique, et devaient venir, dans un même temps et dans le môme lieu, se réunir en un faisceau compact, pour nous faire voir, dans le même moment, tout ce que les observateurs disséminés dans l’espace et dans le temps, depuis quatre-vingts ans, ont vu et inscrit dans les annales de la science.

» Ainsi, Jenner a signalé tous les accidents qui peuvent résulter pour l’homme de ses rapports de contact avec les chevaux affectés de la maladie qui est susceptible de faire naître le cowpox. Il parle d’ulcères survenus sur les mains, de lymphangites consécutives, d’un état fébrile général assez grave.

» Eh bien ! Messieurs, ces accidents, nous les avons vus se produire avec tous leurs caractères les plus accusés, sur un élève qui, blessé à un doigt, soignait un cheval affecté de la maladie éruptive dont l’inoculation donne lieu au développement du cowpox. »

« Telle est, Messieurs, l’esquisse rapide des faits qui se sont produits à Alfort, cet été passé, dans la période des grandes chaleurs.

» On voit que rien n’a manqué pour que la lumière se fît , et elle est faite. Et cette lumière, en se reflétant sur le passé, en pénètre tous les recoins et en dissipe toutes les obscurités.

» Nous savons maintenant ce que c’était que ce grease, ce sore-heels dont parle Jenner, car nous l'avons vu; nous avons pu l’étudier et reconnaître par l’expérimentation les propriétés vaccinogènes que Jenner lui avait attribuées, par une merveilleuse intuition.

» Nous savons ce qu’a vu Sacco.

» Nous savons ce qu’ont vu les expérimentateurs qui, à différentes époques, ont pu déterminer le cowpox par l’inoculation de ce qu’ils appelaient les eaux aux jambes.

» Dans tous ces cas, c’est une môme et unique maladie à quoi les observateurs ont eu affaire; c’est la maladie que l’on peut appeler le Horsepox, laquelle a des caractères très-nets, très- déterminés, comme je le ferai voir dans une communication supplémentaire de celle-ci. Mais il a été très-possible de la méconnaître dans le passé, à cause de sa ressemblance, sous quelques-unes de ses formes, avec l’affection spéciale que l’on désigne sous le nom d’eaux aux jambes, à cause de sa coïncidence avec les différentes formes dejavart, à cause, enfin, des complications de lymphangites et d’abcès consécutifs qui peuvent modifier ses apparences et la faire confondre avec des accidents farcineux.

» Cette maladie est celle que M. Lafosse a vue et décrite à Toulouse, d’après un spécimen.

» C’est celle qui s’est montrée à Alfort sous les formes les plus variées, et dont il nous a été possible de faire une étude complète, grâce à la multiplicité des cas qu’il nous a été donné d’observer.

» Les faits dont je viens de vous présenter un abrégé sommaire ont eu pour témoins quelques-uns de nos collègues, entre autres MM. Depaul, Rayer, Roger et Blot...

(( Leur authenticité ne peut donc être mise en doute.»

.» Au début de nos observations, l’accord, je dois l’avouer, ne fut pas immédiatement des plus parfaits entre M. Depaul, M. Rayer et moi. Fidèle au plan que je m’étais imposé, de ne recevoir aucune chose pour vraie que je no la connusse évidemment être telle, j’attendais les faits sans idée préconçue, sans autre parti pris que celui de les voir venir.

» Mon honorable collègue, M. Depaul, n’était pas tout à fait dans les mêmes dispositions d’esprit.

» Lui, il avait une croyance basée sur une doctrine, et, éclairé par le flambeau qu’il portait, il était plutôt disposé à anticiper les faits qu’à les attendre.

» Dans ces conditions, il est probable que nous ne serions jamais parvenus à nous entendre sur la nature de la stomatite du cheval qui m’a fourni la première occasion de produire le cowpox, fait dont j’ai rendu compte à l’Académie au mois de juin dernier. xM. Rayer, en examinant avec moi ce premier sujet, un certain délai passé après l’éruption buccale, que je désignais sous le nom de maladie aphtheuse, voulait trouver sur la peau des traces d’une éruption concomitante qui m'aurait échappé, et moi, je ne les voyais pas; j’ajoute qu’aujourd’kui encore je crois qu’elles n’existaient pas.

» Cette dissidence entre nous, sur un point matériel impossible à vérifier, nous aurait conduits sans doute à discourir longuement à cette tribune, sans parvenir probablement à ébranler nos convictions respectives, sans réussir encore à éclairer nos auditeurs. La question serait donc restée de nouveau pendante, et pour longtemps.

» Heureusement que de nouveaux cas d’éruption buccale du horsepox n’ont pas tardé à se manifester sur d’autres sujets, accompagnés cette fois d’une éruption cutanée très-caractéristique, qui donnait à la stomatite observée la première sa signification réelle.

» En présence de ces faits nouveaux, si bien caractérisés, si expressifs, les doutes ne pouvaient plus se maintenir ; les dissidences devaient disparaître. »

« Et je fus convaincu, en définitive, que la stomatite aphtheuse, susceptible de produire le cowpox, n’était qu’une des formes locales de la maladie générale éruptive du cheval, dont l’inoculation à la vache se traduit par une éruption vaccinale

» Tel est, Messieurs, très en raccourci, le résumé des faits pathologiques que nous avons pu observer à Alfort, et qui jettent sur l’origine de la vaccine une si complète lumière. »

Voilà le fait; voici maintenant les opinions des orateurs inscrits pour soutenir la discussion qu’il a soulevée. Je ne leur emprunte que leurs principaux arguments et leurs conclusions. Cela suffit pour m’éclairer.

M. Depaul, dans divers factums consignés dans le Compterendu des séances de l’Académie, cherche à démontrer « que dans toutes les éruptions observées à Alfort, à Toulouse, à Rieumes et ailleurs, il s’agissait d’une affection pustuleuse généralisée ; et d’autre part, que les pustules étaient identiques à ce qu’on appelle, en médecine humaine, des pustules de variole.

» Il dit avoir eu l’occasion do voir deux chevaux, avec un vétérinaire distingué, M. Pranger ; que ces chevaux offraient des pustules sur la tête, sur le ventre, partout: des pustules de variole.

» Il constate que, chaque fois qu’un cheval atteint de stomatite aphtheuse présente des touffes de poils hérissés, et qu’on a le soin de le raser , on découvre ainsi des pustules qui donnent cette apparence au poil. »

Il en tire la conséquence de l’identité de nature des deux varioles : variole humaine et variole équine.

Il ajoute que les symptômes sont les mêmes chez le cheval, comme chez l’homme, et que si jusqu’à cette heure on s’est trompé sur la nature véritable de l’affection pustuleuse du cheval, c’est qu’elle est presque toujours accompagnée d’autres affections: eaux aux jambes, javart, etc.; que d’ailleurs les choses se passent souvent ainsi dans l’espèce humaine, toute différence gardée entre les maladies des animaux et des hommes.

Que manquerait-il donc, demande alors M. Depaul, pour établir solidement cette identité de la variole chez l’homme et les animaux ? Une seule chose, répond-il : ce serait l’inoculation de la variole de l’homme aux animaux. Or cette inoculation, elle a été faite ; Ceely l’annonce dans son Traité de la variolation de la vache : il dit qu’il a inoculé la variole de l’homme à la vache; il en donne les figures coloriées, au nombre de plus de trente ; les pustules de l’inoculation ressemblent tout à fait au cowpox, et Ceely dit avoir vacciné des enfants avec le pus de ces pustules. En 1846, un auteur italien, Parola. a écrit qu’il avait inoculé la variole humaine sur le pis d’une vache et sur le scrotum d’un jeune taureau. L’ino-

culation réussit, mais la contre-épreuve ne fut pas faite. Jenner déclare aussi que, en 1789, il inocula un de ses enfants, son fils, avec la variole du porc, et que, l’ayant voulu vacciner plus tard, il ne le put pas, ce qui prouvait que la première inoculation était bonne.

Je ne défends donc point des idées nouvelles, ajoute alors M. Depaul ; je n'ai qu’un mérite, c’est de les avoir groupées, et de leur avoir donné un degré de certitude plus grand peut-être que celui qu’elles avaient avant moi. Un très-grand nombre de faits confirmatifs de cette manière de voir existent d’ailleurs dans les auteurs, et un plus grand nombre d’opinions conformes ont été émises, mais sans expériences. Chez le chien, le singe, la chèvre, le porc, la variole inoculée fournit un liquide préservatif de la variole chez l’homme ; c’est donc un fait désormais incontestable.

Sur ces entrefaites, intervient M. Rufz, qui rend compte en quelques mots d’une série d’inoculations vaccinales pratiquées chez des animaux différents, entretenus au Jardin d’acclimatation : c’est encore un cheval atteint de pustules et de maladie aphtheuse de la bouche, dont le produit, inoculé à d’autres chevaux et à des vaches, et de caux-ni à d’autres animaux, a déterminé des pustules de forme vaccinale, et même une éruption analogue à la variole.

Ces faits venant à l’appui des opinions soutenues par M. Depaul, cet honorable académicien remercie M. le Directeur du Jardin d’acclimatation de l’exhibition qu’il a faite des chevaux atteints de la variole. Il pense, après cela, qu’il ne peut plus rester aucun doute dans l’esprit

des médecins qui les ont examinés, et ne veut plus qu’une chose : répondre à quelques objections qu’on ne peut manquer de lui faire. Ainsi, l’on a dit et l'on dira encore que la vaccine et la variole reconnaissent pour causes deux virus absolument distincts : la vaccine reste toujours locale, tandis que la variole est toujours générale. C’est, dit M. Depaul, une loi qu’il faut rayer. Est ce qu’on admet deux virus pour la varioloïde et la variole, à cause de leurs différences de manifestation ? Depuis que je vaccine, j’ai déjà vu cinq à six fois la vaccine devenir générale, et la variole souvent se borne à une ou deux pustules.

En fin de compte, il insinue que l’inoculation de la variole n’est pas chose aussi grave que ce que nous nous l’imaginons, par suite des idées qui nous ont été communiquées dès notre enfance, et cette insinuation est faite de telle sorte que l’on croit voir chez lui une tendance bien marquée à revenir à la variolation.

Et après un résumé succinct, qu’il est inutile de reproduire parce qu’il est contenu in extenso dans ce qui suit, l’orateur dépose sous les yeux de l’Académie les conclusions suivantes, qui résument les diverses communications qu’il a eu l’occasion de lui faire depuis plusieurs années :

1° Il n’existe pas de virus-vaccin, en tant que virus spécial et complètement distinct du virus varioleux, tel qu'on l’admet généralement de nos jours.

2° Le prétendu virus-vaccin, qu’on considère comme l’antagoniste, le neutralisant du virus varioleux, n’est autre que le virus varioleux lui-même.

3° L’homme, la vache, le cheval et plusieurs autres

animaux sont sujets à une maladie éruptive généralisée, qui n'est autre que la variole.

4° Les phénomènes locaux et généraux que présentent les animaux sont les mêmes que ceux observés chez l’homme. Il n’v a de différence, quant aux pustules, que celles qui dépendent de la structure de la peau et de la présence de poils nombreux.

5o Comme dans l’espèce humaine, la variole apparaît sous forme sporadique ou épidémique dans les espèces bovine et chevaline.

6° Du cheval, on l’inocule facilement à la vache, et réciproquement.

7° De la vache, on l’inocule sans peine aux individus de l’espèce humaine, pourvu qu’ils n’aient eu ni la variole spontanée ni la variole inoculée.

8° Du cheval, on l’inoculerait aussi à l’homme, mais la prudence ne permet pas de le tenter, le cheval étant sujet à plusieurs autres maladies graves qui pourraient s’inoculer en même temps.

9° La variole de l’homme s’inocule à la vache, au cheval et à plusieurs autres espèces.

10° Quand une épidémie de variole sévit sur l’espèce humaine, elle peut s’étendre par contagion aux animaux (vaches, bœufs, chevaux, moutons, etc.).

11° Une épidémie de variole peut débuter par les animaux et s’étendre également à l’homme.

12° La variole inoculée produit une réaction générale beaucoup moins grande que la variole développée par contagion. Cela est vrai pour l’espèce humaine, et surtout pour les autres espèces animales.

13o Les pustules qui résultent de la variole inoculée

HISTOIHE

sont souvent limitées aux poiuts mêmes de l’inoculation.

1 4° Quand une éruption secondaire se produit, elle est presque toujours insignifiante et se compose d’un trèspetit nombre de pustules faciles à compter.

15° D’une manière générale, on peut dire que la variole des animaux est plus discrète et moins grave que celle de l'espèce humaine.

16° La variole humaine, en traversant l’organisme animal, perd une partie de sa violence.

17° On a beaucoup exagéré les dangers de l’inoculation de la variole dans l’espèce humaine.

18° Il est probable que les animaux sont, comme l’homme, sujets à des éruptions aphtheuses.

19° Mais la maladie aphtheuse, telle qu’elle est décrite, n’est autre chose que la variole.

20° C’est un chapitre nouveau, qui doit désormais trouver sa place dans les Dictionnaires et dans les Traités de médecine vétérinaire, sous le nom de variole.

Avant de continuer, je demande la permission de faire, en passant, une simple réflexion :

« On a déjà fait remarquer, avec juste raison (M. J. Guérin, dans la Gazette médicale), qu’il manque une conclusion à ces conclusions, la plus importante de toutes, celle précisément qui semble avoir été le but et l’intention du long discours de M. Depaul, c’est-à-dire la proposition formelle du retour à la pratique de l’inoculation variolique. M. Depaul semble n’avoir pas osé se montrer révolutionnaire, ou plutôt réactionnaire à ce point. »

Mais en admettant, comme je les admets, la plupart des propositions de cet honorable académicien, est ce une

raison pour en revenir à la variolation? est-ce une raison pour déclarer qu’il n’y a pas de virus-vaccin ? Je ne le pense pas. Je crois l’avoir fait pressentir dans mon Introduction, et j’espère le démontrer tout à l’heure.

Gela dit, je continue.

Après M. Depaul, M. Bouley rentre en lice et prend part à la discussion.

J’en exclus les aménités aigres-douces échangées par ces deux académiciens pendant le cours de leurs argumentations.

A part cela, celle de M. Bouley roule entièrement sur les faits observés à Alfort, qu'il explique et qu’il commente.

Sa principale explication, la voici : c’est qu’il a démontré, par les inoculations pratiquées à Alfort, les propriétés contagieuses de la maladie éruptive constatée sur le cheval, et que cette maladie inoculée à la vache donnait naissance au cowpox ; c’est que cette maladie est vaccinogène, et non varioleuse.

Et à l’appui de cette explication, il cite l’exemple de l’élève Amyot qui, en soignant un cheval à la fois affecté d’un javart opéré et d’une éruption confluente de pustules vaccinogènes, s’inocula la maladie en se blessant à la main contre le tranchant du sabot de l’animal.

En effet, dit-il, si la maladie pustuleuse vaccinogène du cheval n’est que la variole humaine contractée par le cheval et modifiée par la nature du terrain sur lequel elle a été transplantée, il me semble que cette maladie du cheval, reportée sur l’homme, devrait y récupérer ses caractères primitifs.

Eh bien ! cela n’a pas lieu, autant qu’on peut en juger par les caractères de la maladie contractée par l’élève Amyot.

Les pustules développées sur ses mains et sur son front n’avaient rien qui rappelât la variole. Les pustules des doigts avaient une teinte d’un rouge nuancé de bleu à leur base ; elles étaient surmontées d’une cloche épidermique très-grosse qui, ouverte, laissait suinter un liquide d’une parfaite limpidité, et en telle abondance qu’on en aurait rempli de petites éprouvettes. La pustule du front, un peu bleue aussi à sa circonférence et d’un gris plombé à sa surface, donna écoulement à delà sérosité qui en se concrétant avait une teinte citrine foncée. Sont-ce là les caractères de la variole humaine?

M. Bouley déclare, avec la franchise qui le caractérise, qu’il connaît peu cette maladie, mais il annonce que M. Marchant l’a vue, que M. Auzias-Turenne l’a vue, et qu’ils ont déclaré, l’un et l’autre, qu’entre cela et la variole il y avait, au point de vue objectif, les plus grandes différences. Il ajoute que cette maladie d’Amyot, inoculée à un taureau sur le scrotum, a donné lieu à un superbe cowpox, lequel, inoculé ensuite à un enfant, a été suivi d’une vaccine modèle.

Cette maladie d’Amyot était donc la vaccine, et non pas la variole.

Son principal commentaire, il le résume ainsi:

«Somme toute, je crois pouvoir dire que M. Depaul commet une grave erreur, en concluant de la similitude des choses à leur identité. Une comparaison tirée de la botanique fera comprendre ma pensée, sans que j’aie besoin de lui donner de grands développements.

» Dans la famille des rosacées, par exemple, la ressemblance est bien grande entre les fleurs du pommier, du poirier et du pêcher ; et cependant quelle différence entre les fruits qui en sortent !

» Ne peut-on pas dire qu’il en est de la famille des varioles comme des familles végétales? Les fleurs, ici, ce seraient les pustules, et les fruits, le liquide virulent qu’elles élaborent.

»Mais si la similitude est très-grande entre les fleurspustules, cela n’implique pas plus l’identité de nature du fruit- virus qu’elles produisent, que la similitude des fleurs des rosacées n’implique l’identité de nature de leurs fruits.»

Ici, comme après l’argumentation de M. Depaul, je me permets un temps d’arrêt pour soumettre une légère objection.

N’en déplaise à M. H. Bouley,jene trouve pas sa comparaison très-juste ni très-concluante. Je crois, au contraire, que c’est une arme à deux tranchants dont il a eu tort de se servir, car il a couru le risque de s’y blesser. Quoi de plus facile, en effet, que de la retourner contre lui-même! N’est-il pas évident que dans sa comparaison, M. Bouley a confondu l’enveloppe du fruit végétal avec le fruit qu’elle contient ? Pour que la comparaison soit juste, il faut faire disparaître cette enveloppe caractéristique de l’espèce, pour arriver au fruit, à celui qui porte le germe caractéristique du genre ou delà famille. Quelle différence y trouve-t-il autre qu’une différence de volume, déformé et d’apparence ? Au fond, et dans leurs substances, ces fruits, recouverts d’enveloppes diverses, ne sont-ils pas

semblables? Et alors, que signifie sa comparaison? n’estelle pas, contrairement à sa pensée, favorable à l’identité du fruit- virus engendré par des fleurs-pustules d’apparences diverses ?

Quoi qu’il en soit, voici ses conclusions :

1° Il existe chez le cheval une maladie à caractères bien déterminés, qui, inoculée à la vache, lui donne à coup sûr le cowpox.

2° La maladie vaccinogène du cheval est une maladie très-commune, et quand on voudra régénérer le vaccin, on le pourra maintenant avec une certitude absolue; précieux avantage grâce auquel il sera possible de se mettre à l’abri des transmissions, avec le vaccin, de cette redoutable syphilis, dont on a parlé dans ces derniers temps.

Cette conclusion est précieuse, je me garderai de l’oublier.

3° Grâce à la multiplicité des faits qui se sont produits à Alfort, il n’y a plus rien d’obscur dans l’histoire du passé; tout s’explique aujourd’hui de la manière la plus claire, la plus évidente.

Nous savons tout ce qu’ont vu nos devanciers; nous savons, par la propre expérience de nos erreurs, d’où viennent celles qu’ils ont commises, et sur lesquelles on a tant discuté.

Jenner avait bien vu; sa gloire aujourd'hui est plus grande quejamais.

Je suis à peine arrivé au milieu de cette discussion ardente, interminable.

Cependant je pourrais, à la rigueur, m’arrêter aux dernières paroles de M. Bouley, qui sont, à peu de chose

près et en abrégé, l’expression de la vérité vraie, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le déclarer.

Je n’en dois pas moins continuer jusqu’au bout, afin de remettre sous les yeux de mes lecteurs toutes les pièces justificatives concernant la question en litige.

Mais, comme toutes les argumentations entendues s’appuient sur les mêmes faits, anciens ou nouveaux, rapportés dans ce Mémoire, et que toutes se sont développées, en un camp comme en l’autre, dans le même cercle d’idées, je me borne, à partir de ce moment, à transcrire les conclusions ou déclarations des orateurs qui ont succédé à M. H. Bouley. Je les inscris dans leur ordre de présentation, et telles qu’elles ont été publiées dans les organes de la presse médicale française.

Conclusions de M. Piorry.

1° L’observation, l’expérimentation et le raisonnement se réunissent pour prouver que le virus de la vaccine n'est autre que celui de la petite-vérole, mais que son degré est plus faible dans le premier cas que dans le second.

2° La variole n’est pas une seule maladie, mais les symptômes désignés par ce nom se rattachent à des affections fort différentes entre elles.

3e Le virus qui donne lieu à ces diverses affections est essentiellement de même nature, de même caractère, et l’idée d’unité ne se rapporte pas aux collections phénomènes-varioles, mais au variose, qui en est le principe.

4o II en est ainsi delà plupart des unités morbides admises : c’est le virus qui les cause qui seul est unitaire, et les maladies qu’il détermine sont différentes entre elles, et partant dissemblables.

5° Le très-grand tort de la part des nosologistes est d’avoir confondu les virus qu’ils n’avaient pas nommés avec les collections de symptômes que ces virus produisent.

6° Cette faute n’arrivera plus quand, en se servant de la nomenclature pathologique, on aura donné à chaque virus un nom spécial et propre à le distinguer des phénomènes auxquels il donne lieu.

Conclusions de M. Reynal.

1° La maladie aphtheuse n’est pas la variole del’espèce bovine.

2° La clavelée, qui a une grande ressemblance de forme avec la variole de l’homme, n’est pas de nature identique.

3° L’identité de ces deux maladies avec la variole humaine n’a pas été établie.

4° Il n’est pas démontré que l’exanthème du cheval soit identique à la variole de l’homme.

Déclarations de M. Magne.

M. Magne ne conclut pas, mais j’extrais de son argumentation les déclarations suivantes. Elles en donnent le résumé; elles peuvent servir de conclusions, et je suis heureux de les trouver sous sa plume, car elles ont une importance majeure, incontestable, au point de vue de la préservation vaccinale, aussi bien qu’au point de vue de l’origine de la vaccine :

1° Il ne suffit pas que deux maladies procèdent l'une de l’autre pour qu’elles soient identiques.

2° Si la vaccine communiquée à l’homme diffère de la variole, la différence ne provient pas seulement de ce que

l’affection du cheval a été communiquée à l’espèce bovine et à l’espèce humaine, elle provient aussi de ce que les deux maladies, malgré quelques ressemblances, diffèrent l’une de l’autre.

3° Il existe encore des ressemblances et des différences entre la variole et la vaccine, dans la propriété qu’elles ont de nous préserver de la variole.

Les deux affections sont préservatrices, mais à des degrés bien différents.

La variole nous préserve pour toujours.

La vaccine nous préserve seulement pour un temps.

Une même maladie ne saurait produire une différence aussi grande, aussi générale.

Dans cette circonstance, la vaccine agit comme remède préservatif.

Déclarations de M. Bouillaud.

Cet honorable académicien ne conclut pas plus que celui qui l’a précédé à la tribune, mais il déclare :

1° Qu’il est de l’avis de M. Depaul, en ce sens qu’il pense que le virus vaccinal et le virus varioleux ne font qu’un.

2° Que Jenner semble confondre, lui aussi, la vaccine et la variole.

3» Que ce sont deux aspects différents d’une seule et même affection morbide.

4° Que l’origine de la vaccine a toujours été obscure.

5° Que Jenner n’en a pas moins rendu un immense service à rhumauité, et que la vaccine continue à être un préservatif d’une des plus terribles maladies.

Conclusions de M. Leblanc.

1° Il existe un virus- vaccin propre à la vache.

Ce virus-vaccin, propre à la vache, peut se produire spontanément et se développer parle contact ou par l’inoculation du virus provenant d’une maladie pustuleuse spontanée du cheval. Le cowpox et le horsepox, inoculés à l’homme, ne produisent pas des phénomènes semblables en tout à ceux du virus variolique.

3° La variole de l’espèce humaine n’est pas identique, par sa nature, au cowpox ni au horsepox, puisqu’elle ne peut se transmettre, ni par infection, ni par contact, ni par inoculation, soit au cheval, soit au bœuf.

4« La variole de l’homme ne peut non plus se transmettre aux autres animaux domestiques.

5° Les phénomènes généraux des varioloïdes des animaux sont analogues à ceux de la variole de l’homme, mais ils varient beaucoup d’intensité et de gravité. Ils sont peu manifestes chez la vache et le cheval ; ils sont trèsprononcés chez le mouton, le chien et le cochon.

6° Les varioloïdes apparaissent sous forme sporadique ou épizootique dans toutes les espèces, mais elles ne sont pas toutes contagieuses d’une espèce à une espèce différente.

7° Il n’y a que la varioloïde du cheval qu’on puisse inoculer à la vache ; on ne sait pas si le cowpox spontané de la vache peut se transmettre au cheval.

8° L’homme peut être vacciné et revacciné.

9° Le horsepox se transmet à l’homme ; on ne doit pas l’inoculer à l’homme comme préservatif de la variole, parce qu’il produirait probablement des lésions graves.

10° Non-seulement la variole de l’homme ne se transmet pas aux animaux par infection ni par contagion, mais elle ne peut pas non plus s’inoculer aux animaux.

1 1° Il est extrêmement rare qu’une épidémie de variole coïncide avec une épizootie de horsepox, de cowpox, de clavelée et d’autres maladies éruptives d’animaux. Le cowpox ne règne même pas quand il existe une épizootie de horsepox.

12» Une épizootie de horsepox ou de cowpox peut produire un assez grand nombre de cas de horsepox ou de cowpox chez l’homme, mais pas d’épidémie. Le horsepox spontané est très-fréquent chez le cheval, et est très-rarement communiqué à l’homme ou à la vache.

13° Les varioloïdes des animaux inoculés produisent le plus souvent une réaction générale, beaucoup moins grande que les varioloïdes développées spontanément, ou par simple contagion.

14° Les pustules qui résultent des varioloïdes inoculées sont souvent limitées aux points mêmes de l’inoculation.

15° Les éruptions secondaires aux inoculations sont surtout rares dans la clavelée.

16° La clavelée du mouton, la petite-vérole du chien et celle du cochon sont aussi graves que la variole de l’homme.

17° Les dangers de ces varioloïdes inoculées sont moins grands que ceux de ces mêmes varioloïdes spontanées ou résultant de l’infection.

18° Les animaux, les chiens surtout, sont sujets à des éruptions aphtheuses limitées à la bouche, et très-différentes des varioloïdes.

1 9° La maladie que l’on a dénommée maladie aphtheuse,

et qui n’a aucune gravité, n’appartient pas à la famille nosologique des varioloïdes. C’est une affection bulleuse qui se transmet, par contagion, aux espèces bovine , ovine, caprine et porcine.

En résumé, dit en terminant M. Leblanc, la variole de l’homme est une maladie particulière à l’homme, qui ne se transmet pas aux animaux. Plusieurs espèces de nos animaux domestiques sont sujettes à des maladies analogues à la variole de l’homme, mais non identiques.

La maladie varioloïde du cheval, appelée par M. Bouley horsepox, et par M. Auzias-Turenne grease pustuleux , inoculée sur le pis de la vache, produit une maladie de môme nature, mais non encore complètement identique sous tous les rapports : c’est le cowpox ou vaccine.

Les diverses maladies varioloïdes des animaux autres que le horsepox et le cowpox, ne se transmettent ni à l’homme, ni à des animaux d’une espèce différente de celles chez lesquelles elles se sont développées.

Déclarations faites , et questions posées par M. Bouvier.

1° Les idées soutenues par M. Depaul, touchant l’identité de la vaccine et de la variole, se trouvent explicitement formulées dans un ouvrage anglais, maintenant oublié, et dont l’auteur est le médecin Loy. Cet auteur a vu, d’une part que le point de départ de la vaccine est une maladie équine, et d’autre part il a décrit cette maladie, d’abord locale, et devenant bientôt après générale.

« Les animaux, dit Loy, avaient au commencement de leur maladie des symptômes de fièvre dont ils furent soulagés dès que le mal parut aux talons et qu’ils eurent une éruption sur la peau

» Le cheval dont la matière avait communiqué la maladie par inoculation, fut fort indisposé jusqu’à l’apparition de la maladie des talons, qui fut, ainsi que sur les autres, accompagnée d’une éruption sur la plus grande partie du corps. »

C'est, dit M. Bouvier, l’avis de M. Auzias-Turenne; ce sont ses inspirations qui m’ont guidé dans cette revue rétrospective, où je n’ai eu d’autre prétention que de montrer une fois de plus à quel point l’histoire de l’art et la manière dont elle est faite influent sur les progrès de l’art lui-même.

L’histoire, ici comme toujours, est un enseignement. Mais chaque découverte laisse encore des problèmes à résoudre : témoin la question actuellement en litige :

Peut-on faire du vaccin avec la variole, en la transmettant de Phomme aux animaux?, M. Depaul dit: Oui; M. Bousquet et M. Leblanc, disent : Non. Qui a raison ? Je crois que nous l’ignorons. Il y a des faits pour, il y a des faits contre, comme naguère dans la question des eaux aux jambes. Faudra-t-il encore soixante ans pour savoir ce qu’il en est? Espérons que non. On expérimentera de nouveau; mais on comprendra que, pour expérimenter avec fruit, il faut se pénétrer de toutes les circonstances relatées par les précédents expérimentateurs. On se souviendra que, pour un seul mot, le mot éruption, négligé dans le récit de Loy, la vérité est restée cachée un demi-siècle.

Opinion deM, Bousquet.

Le discours de M. Bousquet est, sans contredit, le mieux pensé, le plus littérairement écrit, le plus substantiel, le plus difficile à réfuter, le moins facile à analyser et à résumer.

J’en extrais, sous forme de conclusions, les arguments que voici :

1° Depuis que Jenner a fait présent au monde de la vaccine, le monde jouit de ses bienfaits sans interruption et sans contestation.

La critique s’est tue devant l’évidence des faits; et cependant ces faits, irréprochables aux sens, se sont toujours présentés à l’esprit entourés d’une sorte de mystère que la science essaie encore une fois de dissiper.

Tel est l’objet principal de cette discussion sur l’origine de la vaccine.

2° Au début, cette discussion n’avait rien de pratique; c’était une simple curiosité de l’esprit, une satisfaction qu’il voulait se donner.

La vaccine elle-même n’avait rien à y gagner; elle n’y gagne rien encore ; elle n’en est ni plus sûre, ni plus préservatrice.

Mais, par un bonheur inouï, il est arrivé qu’en lui cherchant de fausses analogies avec la variole on a trouvé sa source dans le cheval, et par suite un moyen de plus de renouveler le vaccin.

3° Jenner a pris le vaccin au pis de la vache, où le plaçaient les croyances populaires.

Son opinion à lui était que la vache elle-même le tenait du cheval.

Ce que Jenner n’a fait qu’entrevoir, M. Lafosse l’a démontré par voie d’expérimentation, de sorte qu'à l’avenir, l’histoire ne pourra parler de l’origine du cowpox aux pieds du cheval sans rappeler le nom de celui qui l’y a pris , l’a transporté à la vache , et de la vache à l’homme. C’est le premier fait d’inoculation bien clair,

bien authentique; c’est une époque dans l’histoire de l’art et le principe de cette discussion même.

4° Par une dérision du sort, il se trouve que celui qui a le plus vivement et le plus longuement contesté au cheval la faculté d’engendrer le cowpox, est celui-là même que le destin a choisi pour nous faire connaître la maladie du cheval qui la contient. J’ai nommé M. Depaul, mon puissant et vaillant contradicteur.

Seulement, pour M. Depaul, cette maladie, cet exanthème du cheval, n’est autre que la variole.

Pour nous, c’est la vaccine.

5° La variole et la vaccine appartiennent évidemment à la classe des contagions ; elles en ont tous les caractères.

Il existe entre elles d’assez grandes ressemblances; mais il y a également entre elles de nombreuses dissemblances.

Notre adversaire s’appuie sur les ressemblances pour étayer sa conclusion. Nous faisons appel au témoignage des dissemblances pour justifier la nôtre.

6° Il faut convenir qu’à s’arrêter à la surface, il existe entre la variole et la vaccine d’assez grandes ressemblances ; elles ont frappé tous les observateurs, à commencer par Jenner. Écoutez ses paroles; elles sont remarquables : « Entre les pustules de la vaccine et celles de la variole, il n’y a pas, dit-il, une ombre de différence». Et il défie tous les plus habiles inoculateurs de son temps de les distinguer. Ce qu’il dit de l’éruption, il le dit do la fièvre vaccinale ; car il paraît qu’au commencement la fièvre se joignait souvent à la vaccine, fièvre si parfaitement semblable à celle de la variole, qu’il lui est arrivé plus d'une fois de visiter le corps des vaccinés pour voir

s’il n’était pas survenu une éruption générale ; c’est ce qu’il a fait pour William Summer et pour Anna Excell ; mais cet examen ne lui a jamais rien découvert au-delà des boutons d’insertion.

Depuis lors, on a cité quelques exemples de vaccine avec des boutons surnuméraires.

D’un autre côté, on ne manque pas de se prévaloir des exemples de varioles inoculées avec une seule éruption, l’éruption locale.

Voilà les ressemblances.

En résumé, ajouter à la vaccine une éruption générale, la retrancher à la variole : voilà comment on espère rapprocher et confondre les deux éruptions.

7° Le moindre des reproches que l’on puisse faire à ce procédé, c’est de taire des différences qui sont nombreuses :

a. La variole est souvent épidémique;

La vaccine jamais.

b. La variole, modèle de toutes les contagions, se transmet indistinctement par les miasmes quelle exhale dans l’air, et par l’inoculation du virus contenu dans les pustules;

La vaccine ne se transmet que par inoculation.

c. Telle est la gravité de la variole naturelle, qu’on a calculé qu’elle faisait périr la dixième partie du genre humain ;

Telle est la bénignité de la vaccine, qu’il est douteux si elle a jamais fait une seule victime.

d. La variole couve au moins huit jours avant d’éclater ;

La vaccine trois jours seulement.

e. La variole spontanée n’a qu’une éruption répandue sur tout le corps , et principalement au visage et aux mains;

La variole inoculée en a deux : l’une générale, l’autre locale.

La vaccine n’en a qu’une, toujours locale.

f. Rien de plus commun que la variole, puisque ceux-là seuls en sont exempts qui ne vivent pas assez pour l’attendre;

Rien de plus rare que le cowpox, au moins jusqu’ici.

Voilà, certes, d’assez grandes différences ; on en trouverait d’autres, en cherchant bien ; mais celles-là suffisent pour balancer les ressemblances.

D’où l’on voit que, à se régler sur les rapports des deux éruptions, il n’y a pas plus de raisons pour les confondre que pour les séparer.

8° Il est un guide plus sûr, plus fidèle que les symptômes : c’est la cause, l’origine des deux éruptions. La variole et la vaccine procèdent-elles du même virus, elles sont identiques ; viennent-elles de deux virus différents, elles se ressembleraient comme deux œufs, qu’elles constituent deux espèces pathologiques distinctes et irréductibles.

Or, la variole naît de la variole, et n’engendre que la variole;

La vaccine naît de la vaccine, et n’engendre que la vaccine;

Et jamais on ne les a vues, des yeux du corps, naître l’une de l’autre, ou se transformer l’une dans l’autre.

Établir que la vaccine et la variole naissent du même germe , c’est aller contre toutes les règles. Et cependant

il faut qu'elle soit bien naturelle, cette idée, puisqu’elle est venue à tant d’autres que M. Depaul. Jenner l’a eue; Woodville l’a eue; Viborg, Coleman, Ingenhouz, Turner, Hunter, Thielé (deCazan),R. Ceely, Robert (de Marseille), M. Piorry, l’ont eue. Et tous ne se sont pas contentés de jeter un propos en l’air ; il en est plusieurs qui ont essayé de lui donner un corps, et de la fixer par des expériences.

A la vérité, M. Depaul parle de la vaccine comme d'une variole modifiée par la vache; de sorte qu’en réalité il y a deux questions dans une seule question :

1° La variole de l’homme peut-elle se communiquer à la vache ?

2° Dans l’affirmative, est-il vrai qu’elle s’y modifie, qu’elle s’y change en vaccine ?

Voilà, si j’ai bien compris, toute la doctrine de M. Depaul.

3° La première de ces questions domine évidemment la seconde.

Or, l’une et l’autre ne sont ni de fait ni de raisonnement, elles sont d’expérimentation.

Veut-on savoir si la variole se communique à la vache il faut l’inoculer. Si on ne l’inocule pas, on ne le saura jamais.

Veut-on savoir si la variole communiquée à la vache, s’y convertit en vaccine, il faut encore l’inoculer. Si on ne l’inocule pas, on ne le saura jamais.

Je sais, comme M. Depaul, qu’il existe dans la science des faits en apparence favorables à sa doctrine. Je connais, outre les expériences de Coleman, Loy, Viborg et autres,

celles plus récentes deSunderland, de Thielé (de Gazan) et de Robert Geely.

Mais je n’ignore pas non plus que bien des expérimentateurs anciens ont échoué, et parmi les expérimentateurs modernes qui sont dans le même cas, je me place entre MM. Bouley et Camille Leblanc, et je doute.

Que M. Depaul recommence donc les expériences de Sunderland, de Thielé ou d’autres à son choix ; cela fait, qu’il vienne ici dans cette enceinte, et qu’en présence de l’Académie, qui nous écoute etnous juge, il dise ces simples paroles : «Oui, j’ai inoculéla variole à la vache, etla vache m’a rendu la vaccine ». Je n’en demande pas davantage; j’ai foi en son honneur, et sur sa déclaration je me convertis à ses doctrines.

Jusque-là, je veux douter.

10° Non-seulement je doute, mais je ne puis croire,

Parce qu’il est à peu près certain que la variole ne passe ni à la vache, ni au cheval, par inoculation ;

Parce que, de la coïncidence des épidémies de variole chez l’homme et des épizooties d’éruptions vaccinogènes chez le cheval, on ne peut conclure à l’identité des deux maladies ;

Parce qu’il n’y a rien de certain à conclure, à ce sujet, de la ressemblance extérieure des deux éruptions variolique et vaccinogène ;

Parce que l’exanthème du cheval a été inoculé ; qu’il a donné le cowpox, et que, s’il a donné le cowpox, il ne contenait pas la variole, il n’était pas la variole ; à moins que l’on ne prouve par l’inoculation de la variole à la vache, et par la réponse exanthématique de celle-ci, que variole, cowpox et vaccine sont une seule et même chose;

Parce que je ne puis croire à l’identité de deux maladies, qui ont, chacune , leur origine et leur postérité, qui se tiennent toujours à la même distance, et qui, si par hasard elles se rencontrent sur le même sujet, ce qui n’est pas rare, marchent côte à côte avec la même liberté, avec la même indépendance que si elles étaient séparées;

Parce que si l’on mêle ensemble les deux virus, vaccin et varioleux (l’expérience en a été faite par Woodville, par Salmade, par moi-même et par d’autres encore), et que l’on inocule ce mélange, les deux virus lèvent chacun à son heure : l’un produit la variole ; l’autre produit la vaccine, et les deux éruptions accomplissent leur évolution aussi tranquillement que quand elles sont séparées;

Parce que rien ne me prouve que la vaccine soit la variole, pas même la variole modifiée, et qu’en supposant cette modification, rien ne m’explique jusqu’où elle va ; si elle touche à la constitution chimique ou vitale du virus, ou si, cette constitution restant la même, elle se borne aux manifestations extérieures;

Parce qu’il en est des virus à peu près comme des venins et des poisons : ils ne changent ni de manière d’agir, ni de propriétés, dans les différentes espèces. Que les virus suscitent dos réactions un peu différentes, suivant les organisations, c’est dans l'ordre; mais qu’ils se modifient dans leur substance, dans leur constitution, dans leur nature, c’est impossible;

Parce qu’enfîn, en supposant, contre toute vraisemblance, que, par la plus étonnante et la plus heureuse des métamorphoses, la variole se changeât, intus et extra, en vaccine sur la terre étrangère, comment ne voit-on pas que, par une autre métamorphose bien plus naturelle,

quoique moins heureuse, à peine serait-elle rendue à sa patrie, qu’elle devrait y reprendre ses caractères, sa physionomie et toutes ses propriétés? C’est une loi de ce monde, loi conservatrice s’il en fut, que cette tendance des êtres à revenir à leur état naturel, quand ils s’en sont écartés. Ainsi donc, fût-elle aussi réelle qu’elle est vaine, la transformation delà variole ne serait qu’un état de transition, elle ne durerait pas; ce que la vache ou le cheval aurait lié, l’homme le délierait.

1 1° Enfin, autrefois la vaccine passait pour être inviolable. Aujourd’hui, il n’est plus permis de parler de son infaillibilité, et ce changement m’embarrasse.

Cette déchéance, je ne la comprends pas dans l’hypothèse de M. Depaul.

Dans la supposition de deux virus, je puis admettre que l’un des deux s’est affaibli, qu’il a dégénéré; mais s’il n’y en a qu’un pour les deux éruptions, je ne sais plus que penser, et je prie mon obligeant confrère de me venir en aide.

En attendant les lumières que je réclame de sa bonté, je proteste toujours contre la confusion des deux virus.

La vaccine, dites-vous, n’est que la variole mitigée : mitigée en effet, car ce serait la variole, moins l’éruption générale, moins la contagion par infection, moins le danger, moins la mort; la vaccine vient de la variole, excepté que la vaccine conserve et que la variole tue, très-souvent quand on l’attend, très-rarement quand on se la donne: à cela près, tout est égal.

Telle est, en substance et au fond, l’admirable argumentation de M. Bousquet.

Je n’en espère pas moins arriver à prouver : non pas l’identité de la variole humaine et de la vaccine ; non pas l’identité du virus-vaccin et du virus produit par la variole humaine, mais l’identité de principe et d’origine des deux maladies et des deux virus, ce qui n’est pas la même chose.

Conclusions de M. J. Guérin.

Au point de vue scientifique :

1° La vaccine a pour origine la variole des animaux, laquelle, par son passage à travers leur organisme et par sa transplantation chez l’homme, acquiert ses propriétés, et offre les caractères d'un produit nouveau qui doit conserver son titre, comme il conserve son individualité.

2° La vaccine n’est pas plus la variole elle-même qu’elle ne constitue une espèce à part, distincte de la variole; c'est une sorte de 'produit mixte analogue au produit du métissage chez les animaux, caractérisé surtout par la localisation des pustules d’insertion sans éruption secondaire, sans fièvre éruptive, et par conséquent sans le caractère infectieux qui en est la conséquence.

3° Les cas très-rares de pustulation générale et de fièvre d’éruption à la suite de l’inoculation de la vaccine, sont des témoignages de la présence de l’élément varioleux dans la vaccine, et des tendances à la prédominance de cet élément, qui doivent être pris en grande considération dans la pratique de la vaccination.

Au point de vue pratique :

4° La vaccine doit être religieusement conservée comme une précieuse conquête de l’art, et ne peut dans aucun cas être suppléée par l’inoculation de la variole.

5° Il faut avoir égard, dans la prise du vaccin, à l’existence des symptômes de lièvre éruptive et d’éruption secondaire, et n’inoculer que du pus provenant de sujets qui n’ont que des pustules d’insertion vaccinale.

6° Quant au renouvellement du cowpox, il faut avoir égard aux deux circonstances principales : que les animaux n’aient pas contracté la variole épidémique, et qu’ils ne la présentent pas dans son caractère général le plus développé. Il sera préférable d’ailleurs de ne prendre le virus que sur des pustules de variole inoculée.

Telles sont, en abrégé, les pièces justificatives du procès en litige.

Tel est le résumé de cette longue discussion, qui s’est terminée sur ces trois dernières déclarations de M. Bousquet, savoir :

1° Que la vache, regardée jusqu’ici comme l’unique source de la vaccine, partage cet avantage avec le cheval.

2° Que la maladie du cheval où s’élabore le virus-vaccin, n’est ni le javart ni les eaux aux jambes, mais une éruption générale, pustuleuse et fébrile.

3° Et, par une conséquence nécessaire, qu’au lieu d’une source , il en est deux où l’art peut aller puiser pour renouveler le vaccin : trois vérités désormais acquises, et qui composent comme le produit net de cette longue mais utile discussion.

Suivant M. A. Latour, elle n’a prouvé qu’une chose, mais une chose capitale: c’est que l’intuition de Jenner était fondée, et que l’origine équine du vaccin est expérimentalement démontrée.

Voilà donc, sur l'origine de la vaccine, le mot prononcé par la science en 1864.

Est-ce le dernier? Pas encore.

Il faut aller, pour le trouver, jusqu’à l’année suivante.

Or, au fur et à mesure que je m’avance dans cette revue, je devrais dire dans ce dédale de faits rapportés, d’observations faites, d’expériences tentées et d’opinions émises, si diverses et si contradictoires, j’avoue que parfois le découragement s’empare de moi, et que je me surprends à croire que ce cher rédacteur en chef de Y Union médicale avait raison de dire, à propos de l’annonce du concours russe, que la question s’était tellement embrouillée, ou plutôt qu’on l’avait tellement embrouillée, qu’il était aujourd’hui difficile, pour ne pas dire impossible, de s’y reconnaître.

C’est une telle confusion d’idées et de mots, je pourrais presque dire une telle confusion de langues, que c’est à peine si l’on peut se rendre compte de ce que l’on entend par cowpox et par vaccine ; de ce qu’est devenu le virus-vaccin ; de ce que l’on a fait de la vaccine jennérienne, et où l’on veut en venir en cherchant à lui substituer la vaccine animale. On dirait vraiment qu’aller à la recherche de V origine de la vaccine, cest vouloir ériger une nouvelle tour de Babel pour escalader le ciel et y dérober un secret que Dieu tient à garder, et qu’elle doit avoir le sort de la première.

Mais que m’importe ! En ceci, et pour le moment : observateur oie suis ; expérimentateur oie puis ; simple historien suis. Il me suffit donc d’enregistrer ces documents. J’en tirerai plus tard les conséquences.

Or, voici venir M. Chauveau, qui dans une des séances

de l’Académie impériale de médecine, rend compte des principaux résultats obtenus par la Société des sciences médicales de Lyon, dans ses recherches expérimentales sur les relations qui existent entre la variole et la vaccine, à propos de la question des origines de cette dernière, et qui les résume dans les conclusions que voici :

1° La variole humaine s’inocule au bœuf et au cheval avec la môme certitude que la vaccine.

2° Les effets produits par l’inoculation des deux virus diffèrent absolument.

Chez le bœuf, la variole ne produit qu’une éruption de papules si petites, qu’elles passent inaperçues quand on n’est point prévenu de leur existence. La vaccine, au contraire, engendre l’éruption vaceinale-type, dont les pustules sont si larges, si bien caractérisées.

Chez le cheval, c’est aussi une éruption papuleuse, sans sécrétion ni croûtes, qu’engendre la variole; mais quoique cette éruption soit beaucoup plus grosse que celle du bœuf, on ne saurait jamais la confondre avec le horsepox, si remarquable par l’abondance de sa sécrétion, l’épaisseur de ses croûtes.

3° La vaccine inoculée isolément aux animaux des espèces bovine et chevaline, les préserve en général de la variole.

4° La variole inoculée à ces mêmes animaux s’oppose généralement au développement ultérieur de la vaccine.

5° Cultivée méthodiquement sur ces mêmes animaux, c’est-à-dire transmise du bœuf au bœuf et du cheval au cheval, la variole ne se rapproche pas de l’éruption vaccinale : cette variole reste ce qu’elle est, ou s’éteint tout à fait.

6° Transmise à l’homme, elle lui donne la variole.

7° Reprise à l’homme et transportée de nouveau sur le bœuf ou le cheval, elle ne donne pas davantage, à cette seconde invasion, le cowpox ou le horsepox.

Donc, malgré les liens évidents qui, chez les animaux comme chez l’homme, rapprochent la variole de la vaccine, ces deux affections n’en sont pas moins parfaitement indépendantes et ne peuvent se transformer l’une dans l’autre.

Donc, en vaccinant d’après la méthode de Thielé et de Geely, on pratique l’ancienne inoculation variolique , rendue peut-être constamment bénigne par la précaution que l’on prend de n’inoculer que l’accident primitif, mais ayant à coup sûr conservé tous ses dangers au point de vue de la contagion.

Je reviendrai moi-même sur ce sujet, à propos de la vaccination et des vaccines.

Voilà enfin le dernier mot de la science moderne, au sujet de l’origine de la vaccine.

Il a ôté prononcé en 1865.

Est-ce le mol final? Je ne le pense pas.

Je crois, au contraire, qu’il y a encore un pas à faire.

Je vais essayer de le franchir, en m’appuyant sur tous les documents qui précèdent, depuis ceux que j’ai empruntés aux œuvres de Jenner jusqu'à ceux que je viens d’analyser, et qui ont été dévoilés par les expériences de la Commission lyonnaise.

On doit en tirer, je crois, les conclusions suivantes, qui me paraissent indubitablement contenues dans les pré-

misses :

1° Il existe un virus-vaccin.

C’est un virus spécial, mais il n’est pas complètement distinct du virus varioleux, ainsi qu’on l’admet assez généralement de nos jours.

2° Il s’agit de le prendre là où il se trouve en réalité.

Je vais tâcher d’en indiquer l’origine.

Je serai court, quoique partant de loin, de très-loin, puisque je remonterai, pour cela faire, jusqu’à la source de toutes choses :

Dieu fit le monde.

Il voulut y planter l’arbre de la science et du bien et du mal.

Les fruits en sont doux ou amers, bons ou mauvais.

Heureux est l’homme qui sait s’abreuver aux sucs rafraîchissants des meilleurs fruits de cet arbre.

Le bien et le mal existant, Dieu donna à l'homme un sens intime, la conscience, pour les discerner l’un de l’autre, pour opter entre les deux, et assurer ou déterminer par son choix son bonheur ou son malheur.

Bien heureux est celui qui sait choisir et prendre la bonne part !

Conséquemment à ces lois établies, à côté de l’harmonie organique et de la santé se trouvèrent les causes de désorganisation et de maladies.

Mais tout près de la maladie fut placé le remède.

Et Dieu donna à l’homme l’intelligence pour le chercher et le reconnaître.

Heureux encore peut et doit être celui qui, l’ayant découvert, sait l’employer et le mettre en pratique d’une manière efficace, dans l’intérêt des autres comme dans son propre intérêt !

Ainsi furent semés sur la terre les germes des maladies virulentes et contagieuses .

3° Dans cette famille des virus, au nombre de ces ferments virulents, se trouve ce principe général de maladie qui, conséquemment aux aptitudes bien connues de ces sortes d’éléments morbifiques, est naturellement transmissible, et qui donne naissance à ce genre de pyrexies essentielles, aiguës, virulentes et contagieuses, se manifestant à l’extérieur du corps des individus qui en sont affectés par un exanthème particulier auquel on a donné le nom de variole.

Celle-ci est caractérisée par l’éruption de vésico-pustules assez volumineuses et le plus souvent ombiliquées, qui se montrent en nombre plus ou moins considérable sur les diverses parties du corps de ces individus, et qui parcourent, dans l’espace de deux septénaires, les différentes phases de leur évolution.

4° Ce germe, ce ferment, ce principe général, on peut, à l’exemple de M. Piorry, le désigner sous le nom de Variose, qui rappelle celui que l’on a donné à la maladie qu’il engendre.

Je l’adopte pour la commodité de l’argumentation.

5° C’est sous son influence qu’est apparu le premier cas de variole.

C’est sous son impulsion qu’apparaît la variole spontanée.

6° La variole n’est point une maladie uniforme.

L’exanthème qui la caractérise peut varier de forme et d’apparence, suivant certaines circonstances déterminées ou indéterminées.

De là, plusieurs affections morbides varioleuses.

7° « Le principe qui donne lieu à ces affections est essentiellement de même nature, de même caractère, et c’est à lui seul que se rapporte l’idée d’unité qui relie ces affections entre elles.

» Il en est ainsi de la plupart des unités morbides admises: c’est le virus qui les cause, qui seul est unitaire, et les maladies qu’il détermine sont différentes entre elles, et partant dissemblables.

» Le très-grand tort des nosologistes est d’avoir confondu les virus qu’ils n’avaient pas nommés avec les collections de symptômes que ces virus produisent (Piorry).»

8° La variole n’est point une maladie unique.

Ce n’est point une affection morbide spécialement liée à l’espèce humaine.

Il est aujourd’hui reconnu qu’elle attaque un certain nombre d’individus de l’espèce animale.

Delà, deux genres de varioles : la variole humaine et la variole animale, deux sœurs provenant du même père, mais de deux lits différents, et qui doivent, par cela même, présenter des différences et des analogies en rapport avec les liens de parenté qui les unissent.

Elles tirent leurs ressemblances de leur origine paternelle, qui est commune: c’est le principe virulent varioleux; c’est, si l’on veut, le microzyma spécifique du professeur Béchamp, ou l’organite de M. Chauveau; c’est, si on le préfère, le variose de M. Piorry.

Elles puisent leurs dissemblances dans leurs origines maternelles, qui sont différentes : ce sont les enveloppes tégumentaires (Depaul); ce sont les organisations, ce sont les cellules organiques (Bouley), d’espèces dissemblables,

qui servent de matrice et de lieu d’incubation aux germes qui y sont déposés.

Toutes deux peuvent présenter des variétés.

9° La variole humaine est unique dans son genre.

10° La variole animale est nécessairement multiple, mais toutes les espèces du même genre se ressemblent et sont en apparence parfaitement identiques.

11° Par suite de prédispositions ou d’affinités spéciales, naturelles ou acquises, peut-être héréditairement constituées, et tout au moins en rapport, soit avec l’état physiologique de chacun des êtres affectés par le principe varioleux, soit avec la conformation physique de leurs organes, et par suite des lieux d’incubation où le variose se greffe et se développe, la variole se montre bien plus fréquemment chez l’homme que chez les animaux.

Chez le premier, elle se manifeste à son summum d’intensité, tandis que chez les derniers elle ne se développe qu’à son minimum de gravité : presque toujours généralisée, confluente et grave chez l’espèce humaine, elle reste ordinairement locale, discrète et bénigne chez l’espèce animale.

12° Ce qui prouve cette affinité spéciale, cette réceptivité plus grande de l’organisme de l’homme pour la variole, c’est qu’on peut beaucoup plus facilement lui communiquer la variole animale qu’on ne peut faire passer la variole humaine à l’animal.

13° « Les phénomènes locaux et généraux que présentent les animaux atteints de variole sont les mêmes que ceux observés chez l’homme. Il n’y a de différences, quant aux pustules, que celles qui dépendent de la peau et de la présence de poils nombreux» (Depaul).

14° Gomme la variole humaine, la variole animale peut se développer à l’état épidémique, chez les espèces animales agglomérées.

15» Quand une épidémie de variole sévit sur l’espèce humaine, elle peut s’étendre aux animaux, par absorption du principe virulent varioleux, ou varioso.

16° Par la même raison et par le même moyen, une épidémie de variole peut débuter par les animaux, et s’étendre également à l’espèce humaine*.

17° Pour mieux dire, dans ces circonstances et sous l’influence du génie épidémique, le variose peut produire simultanément, dans chaque espèce, la variole particulière à chacune d’elles.

18° L’affection morbide reconnaît alors pour cause le principe infectieux spécifique (variose infectieux) exhalé du corps des malades; la fièvre précède l’éruption, qui le plus habituellement se généralise, et la maladie procède de l'intérieur à l’extérieur, par suite de cette tendance physiologique que possède l’organisme de rejeter au dehors tout ce qui peut lui devenir nuisible.

Il n’en est pas de même quand la variole provient d’une

I J’ai eu l'occasion d’observer un cas de variole pourprée , confluente et mortelle, ainsi communiquée à l’homme, je ne puis en douter, par un troupeau de moutons atteints de la clavelée (variole ovine, Sheep-pox). Le malade lui-même en était convaincu, et ne lui attribuait pas d’autre cause. La variole humaine n'existait ni dans les lieux qu’il habitait, ni dans ceux où il avait acheté ce troupeau de bêtes malades. Mais il avait vécu et couché, pendant plusieurs jours, auprès de ces animaux qu’il était allé cherchera une foire lointaine.

II aurait donc pu être l’occasion d’une épidémie de variole dans son pays, sans la promptitude de son décès, et sans les précautions prescrites à l’occasion de sa maladie et de son inhumation.

inoculation directe, accidentelle ou artificielle, du principe contagieux, virulent (variose contagieux ou virulent). La maladie tend alors à marcher de l’extérieur à l’intérieur; l’éruptioa devance la fièvre, quand elle survient, et cette manifestation reste presque toujours locale, par suite de la résistance vitale de l’organisme aux agents extérieurs et morbifiques.

Je dirai bientôt comment alors elle se comporte dans chaque espèce animale.

19° Il est probable que le variose peut engendrer la variole chez toutes les espèces animales qui appartiennent à la même classe que l’homme, et qui s’en rapprochent le plus, c’est-à-dire chez tous les mammifères.

Il est indubitable aujourd’hui qu’on a pu la rencontrer chez un certain nombre d’entre eux, notamment chez le cheval, chez le bœuf, chez le chien, chez le porc et quel-

ques autres. De là, outre la

Variole do l’espèce humaine Hùman-pox ,

celle — chevaline Horse-pox ;

— — bovine Ox-pox ;

— — canine Dog-pox;

— — porcine Hog-pox , etc.

L’origine anglaise de la vaccine et du mot naturellement employé par Jenner pour la désigner; l’acceptation générale de cette désignation dans le langage scientifique, par suite de cette origine même, et peut-être aussi par suite de ce qu’on a appelé l’anglomanie française ou étrangère, tout cela m'oblige à persister dans ce mode d’indication, afin de me faire mieux comprendre.

20° Ce qui, dominant les esprits,- a jusqu’ici fourvoyé

les auteurs; ce qui les a poussés et égarés dans un dédale de discussions sans fin, c’est que tous, à propos de la préservation par la vaccination, ont voulu, toujours et à toute force, partir de ce principe allopathique traditionnel: Contraria contrariis curantur, vel servantur, alors que, en songeant à la préservation par la variolation, ils auraient dû être engagés à s’appuyer sur ce principe diamétralement opposé, sur ce principe homœopathique rationnel: Similia similibus curantur , aut servantur.

C’est que, dans leurs argumentations, ils n’ont jamais mis en présence que la variole humaine et la vaccine, en les considérant comme deux antagonistes irréconciliables;

C’est qu’il sont partis de cet autre principe, que la vaccine ne pouvait être considérée comme étant de même nature que la variole, qu’à la condition que la variole humaine pût se transformer en vaccine, et vice versâ;

C’est que, partant de ces principes, ils ont voulu voir, toujours et quand même, dans le virus-vaccin et dans la vaccine, un germe et une maladie complètement différents de la variole et du principe virulent varioleux.

Mais, maintenant que l’existence de la variole animale est reconnue, tout peut être expliqué de la manière la plus simple et la plus naturelle.

21° Toutes les varioles sont virulentes, contagieuses, inoculables, exclusives les unes des autres, et mutuellement préservatrices, mais à des degrés divers.

« La variole humaine peut s’inoculer aux animaux, de même que la variole animale peut s’inoculer à l’homme» (Chauveau).

« Et quand un individu de Tune ou de l’autre espèce a été atteint de l’une ou de l’autre variole, Tune ex-

dut l’autre et l’empêche de se produire plus tard sur le même individu, pendant un temps plus ou moins limité » (Chauveau).

22° Les varioles inoculées produisent une réaction générale beaucoup moins grande que les varioles développées spontanément ou par contagion.

23° Les pustules qui résultent des varioles inoculées sont souvent, sont presque toujours limitées aux points mêmes de l’inoculation.

24° Dans leur passage d’une espèce à l’autre, par inoculation directe, naturelle ou artificielle, ces maladies conservent les signes et les caractères particuliers et différentiels qui les caractérisent.

C’est pourquoi la variole animale inoculée à l’homme reste variole animale, de même que la variole humaine communiquée à l’animal reste variole humaine.

L’immutabilité des virus se manifeste jusque dans les symptômes qui sont engendrés par chaque genre de variole.

Elles peuvent donc se produire, marcher côte à côte, accomplir leur évolution séparément, et se manifester avec leurs caractères particuliers et différentiels, sur le même individu, lorsqu’elles lui sont communiquées en même temps; non pas parce que ce sont deux maladies complètement distinctes, mais parce que, dans ces circonstances, elles sont libres encore de leurs actions, libres de se manifester, et par conséquent libres de se produire avec leurs caractères distinctifs, aussi bien que si elles étaient inoculées sur deux individus différents; parce que leur puissance d’exclusion, vis-à-vis l’une de l’autre, n’a pas eu le temps d’agir; parce que l’exclusion n’a pas eu

lieu. Néanmoins, dans ces conjonctures, cette tendance naturelle d’exclusion fait qu’elles s’amoindrissent et se modèrent mutuellement.

25° Toutes les varioles, sans exception, sont très-probablement vaccinogènes.

Ceci demande explication :

Je n’entends pas dire par là que toutes les varioles puissent produire la vaccine chez l’homme, directement et sans passer par le médium mammaire de la vache laitière, comme en a voulu le faire entendre, je crois, en parlant du horsepox.

L’inoculation du horsepox à l’homme n’est pour moi qu’une transmission de la variole animale du cheval à l’homme ; donc, quand je dis que les varioles sont vaccinogènes, je veux dire qu’elles peuvent donner naissance aucowpox, à la variole-vaccine de la vache laitière, et pas autre chose.

Cependant, la variole animale est plus sûrement vaccinogène que la variole humaine. Ceci n’a pas besoin de commentaires, les modifications que la variole doit subir pour devenir variole-vaccine étant bien moins difficiles à opérer dans un cas que dans l’autre.

Parmi les varioles animales, le horsepox est vaccinogène par excellence, peut-être parce qu’il est plus actif, mais surtout parce qu’il est plus commun; parce que les rapports entre les espèces bovine et chevaline sont trèsfréquents, et que d’ailleurs ces deux espèces animales sont organiquement et physiologiquement assez rapprochées l’une de l’autre.

C’est donc à lui que l’on doit s’adresser de préférence pour produire le cowpox.

26° « La variole du cheval, inoculée sur le pis de la vache, produit une maladie de même nature, mais non encore complètement identique sous tous les rapports : c’est le cowpox » (Leblanc).

27° Qu’est-ce donc que le cowpox, que je viens de nommer pour la première fois dans ces conclusions, et que je n’ai pas compris dans la nomenclature des varioles animales?

Le cowpox, variole-vaccine ou vaccine, est une variété du ox-pox;

C’est une espèce de variole animale particulière à la vache, non pas à la génisse, mais à la vache laitière;

C’est le produit du varioseou d’un virus varioleux provenant de quelque espèce de variole que ce soit, mais surtout du horsepox, agissant sur l’organisme de la vache, et se manifestant sur les mamelles de cette dernière;

C’est la variole spontanée naturellement ou artificiellement inoculée, fixée et localisée sur le pis de la vache, d’où la vaccine a tiré son nom ;

C’est le produit du virus varioleux modifié , mais non transformé, dans ce lieu d’incubation.

« Dans mon premier ouvrage sur la vaccine, dit Jenner dans une note ajoutée de sa main au bas delà page 178 de ses Œuvres, j’ai avancé l’opinion que la petite-vérole et le cowpox sont les mêmes maladies sous différentes modifications, et le Dr Woodville l’a adoptée.»

« Il faut, dit-il ailleurs, que la qualité active du virus du sore-heels, pris au talon d’un cheval, s'accroisse de beaucoup après avoir agi sur les mamelles de la vache, puisqu’il arrive rarement que le cheval communique son mal à celui qui le panse, et que d’un autre côté il arrive

encore aussi rarement que les domestiques échappent à l’infection, lorsqu’ils trayent des vaches attaquées du cowpox »

Là, le virus varioleux subit, en se mélangeant avec les liquides lactescents et fermentescibles qui s’y trouvent épanchés, une modification particulière, une élaboration physiologique spéciale, par laquelle il acquiert une puissance d’assimilation et de concentration qui le localise, le fait devenir localisable, si je puis m’exprimer ainsi; qui le rend à la fois et plus fixe et plus sûr.

Il y puise enfin une puissance médicatrice qui en fait un virus plus certainement et plus absolument préservateur.

Voilà le vaccin, tel que Jenner l’a trouvé dans le comté de Glocester :

Le cowpox, ou variole-vaccine du pis des vaches laitières, voilà la seule vaccine vraio.

Le virus qu’elle produit, voilà le seul vaccin véritable, le seul vaccin infaillible.

Et il est infaillible , comme celui de la variole humaine, parce qu’il est lui-même le produit d’une variole, et d’une variole pour le moins aussi active que la variole humaine.

Et il est infaillible, parce que la maladie qu'il engendre, et qui le reproduit, dans les mêmes conditions bien entendu, c’est-à-dire en passant toujours par \emedium mammatum de la vache laitière, provoque chez l’homme, tout en se localisant aussi bien que la vaccine humaine qui en dérive, des symptômes plus caractéristiques, qui indiquent

1 Jenner; loc. cit., pag. 48-49.

qu’elle s’ancre plus profondément dans l’organisme; des signes évidents d’une saturation vaccinale, physiologiquement opérée, savoir :

« Frissons et chaleur accompagnés de lassitude générale; douleurs dans les lombes et dans les membres; maux de tête et vomissements; quelquefois même délire, mais sans gravité; absorption rendue évidente par l’apparition de tumeurs axillaires ou engorgements des ganglions lymphatiques » (Jenner ').

Ce sont ces symptômes qui annoncent la saturation physiologique, et cette saturation seule assure la préservation absolue.

Les principes de cette conclusion ne se trouvent pas seulement dans les documents fournis parles Œuvres de Jenner et par les discussions académiques précédemment citées. Ils se retrouvent encore, et d’une manière plus explicite, dans les réflexions critiques présentées à l’Académie, en 1865, parM. Auzias-Turenne, sur les rapports qui existent entre la variole et la vaccine.

En voici les conclusions principales, telles que je les trouve consignées dans V Union médicale du 7 septembre 1865:

1° Les virus varient de forme, d’intensité et de qualité, en raison de plusieurs circonstances que ne doivent jamais négliger les chercheurs et tous ceux qui s’efforcent de tourner au bénéfice de la santé publique ces redoutables en même temps que précieux agents de la nature.

2° Pour obtenir des virus énergiques, il faut d’abord, entre autres conditions, en semer les germes sur des orga-

' Jenner; loc. cit., pag. 10-11.

nismes qui leur conviennent, et faire ensuite la récolte à propos.

3° Une maladie virulente faible, qualifiée par les mots d’ ébauchée, d’abortive, de fausse , etc., ne met pas à l’abri de son propre virus, si celui-ci est très-énergique. On comprend donc que la vaccine ait pu perdre temporairement une partie de son énergie, que les revaccinations sont destinées à lui rendre.

4° Sous ce rapport, effectivement, une maladie faible, réitérée, peut jusqu’à un certain point remplacer une atteinte plus vigoureuse de cette maladie, la quantité suppléant en quelque sorte à la qualité. C’est là un important secret de la prophylaxie et de la thérapeutique.

5° Toutefois, un organisme ne laisse pas que d’être menacé d’une maladie virulente, pour laquelle il constitue un excellent terrain, quand il n’en a pas subi l’évolution complète.

6° Lorsqu’une maladie virulente éruptive est inoculée, ou contractée par accident, la lésion élémentaire de l’éruption générale ne ressemble pas absolument à celle de l’accident primitif, dont elle n’égale pas d’ordinaire le développement ni la puissance virulente.

Je puis donc dire, après cela, que le virus puisé au vrai cowpox est le seul infaillible, le seul absolument préservateur.

Je puis le dire, puisque, des faits racontés par Jenner et précédemment rapportés, il appert que tous ceux qui en ont été atteints n’ont pas seulement résisté au contage de la petite-vérole pendant quelques années, mais qu’ils ont pu se montrer réfractaires à la contagion variolique pendant leur existence entière. Ceci a été expérimentalement

démontré par Jenner, ainsi que je l’ai prouvé dans le courant de ce mémoire, ainsi que cela résulte de ce passage des Œuvres de cet immortel novateur :

« Il est curieux d’observer que ce virus (celui du soreheels), dont les effets sont indéterminés et incertains avant d’avoir passé du cheval dans le médium de la vache, puisse alors, non-seulement devenir plus actif, mais encore acquérir, complètement et invariablement, ces propriétés spécifiques qui développent, dans la constitution humaine, des symptômes semblables à ceux de la fièvre variolique, et y effectuent de plus un changement si salutaire, qu’elle est, ensuite et pour toujours, à l’abri de la contagion delà petite- vérole*. »

A ce sujet, je trouve encore un puissant auxiliaire dans M. Gallard, et un sérieux appui dans la leçon de clinique médicale professée par lui à l’hôpital de la Pitié, le 15 mars 1870 :

« En tout cas, dit M. Gallard, qu’elle l’emprunte au cheval ou qu’elle le crée d’elle-même, la vache n’est atteinte de cowpox spontané que quand elle est laitière. C’est là un point important que vous devez retenir, et sur lequel on n’a pas, ce me semble, assez réfléchi lorsqu’on a eu la malencontreuse idée de remplacer le vaccin jennérien, dont on se servait depuis plus de soixante et dix ans, par du vaccin pris sur de jeunes animaux de l’espèce bovine. Les exploiteurs de cette idée n’ont même pas eu le mérite de l’invention; ils n’ont fait que renouveler une pratique déjà usitée sans grand succès à Paris, il y a bien longtemps.

1 Jeûner; Loc. cit., pag. 51-52.

» Je me rappelle avoir habité, au début de mes études (c’était en 1846), dans une maison de la rue Saint-Andrédes-Arts, où logeait un certain D1' James, qui avait entrepris de régénérer le vaccin par la génisse. Toutes les semaines on lui amenait une petite génisse qu’il inoculait avec du vaccin pris très-ostensiblement sur le bras d’un enfant, et la semaine suivante il puisait, sur les pustules développées chez le jeune animal, le virus dont il se servait pour vacciner d’autres enfants. Il prétendait ainsi : d’une part, en faisant passer le vaccin à travers l’organisme d’un individu de l’espèce bovine, le régénérer et lui donner une force qu’on l’accusait d’avoir perdue en se perpétuant sur l’espèce humaine seule; d’autre part, en le reportant à chaque nouvelle génération sur l’homme, atténuer l’excès d’énergie qu’il aurait pu acquérir si on l’avait laissé se développer librement sur la vache, où il aurait acquis à la longue toutes les propriétés du cowpox primitif.

» C’était une double erreur dont fît prompte et bonne justice le Directeur de la vaccine d’alors, l’honorable M. Bousquet, qui, examinant les faits sans passion, sans parti-pris, sans aucun intérêt de quelque nature que ce fût, ne s’était préoccupé de rien autre chose que de faire triompher la vérité. Aussi le Dr James ne ût-il pas fortune.

» A sa génisse en a succédé une autre, qui a conquis la vogue, sans valoir davantage. On lui attribue cette supériorité de ne posséder que du cowpox parfaitement pur, lequel lui aurait été transmis religieusement, depuis le jour où il aurait été recueilli sur une pustule développée spontanément au pis d’une vache laitière, et n’aurait jamais été, dans ses transmissions successives, altéré par

son séjour sur un autre organisme que celui de la vache. Je sais bien que la légitimité de cette filiation lui a été contestée, car on a prétendu que, devenu stérile à la longue, ce précieux virus avait, à différentes reprises, été renouvelé par du vaccin humain ; mais c’est une objection à laquelle on ne pourrait s’arrêter qu’à la condition de supposer la mauvaise foi, et je crois devoir l’écarter du débat. C’est donc tout en acceptant que le vaccin de génisse est bien légitimement issu du cowpox naturel et spontané, que je veux examiner avec vous s’il possède réellement les qualités qu’on lui attribue.

» Ces qualités sont de deux sortes:

» 1° Activité plus grande du virus;

» 2° Sécurité parfaite relativement à la transmission d’une maladie contagieuse.

» Si le cowpox naturel est plus actif, plus énergique que le vaccin humain, comme cela a été prouvé par Jenner, puis par tous ceux qui ont eu occasion de s’en servir depuis lui, et notamment par M. Bousquet, on doit reconnaître qu’il n’en est pas ainsi de celui que nous recueillons aujourd’hui sur les jeunes animaux sur lesquels on l’a perpétué par des transmissions successives. Veuillez vous rappeler ce que je vous ai dit de la bénignité relative des varioles inoculées à de jeunes enfants, comparée à la gravité des varioles survenant spontanément chez des individus plus âgés et dont l’organisme se trouve avoir acquis une aptitude, une prédisposition spéciale à contracter la maladie, et vous comprendrez comment le cowpox de la vache, qui, s’il n’est pas la variole, a au moins tant de points de contact avec elle, devra nécessairement aller en

s’affaiblissant, par des inoculations successives, à mesure qu’il s’éloignera de sa source primitive.

» Cette atténuation, que l’on devait prévoir comme une chose nécessaire et forcée, on aurait pu, dans une certaine mesure, l’éviter ou tout au moins la retarder, si l’on avait eu soin de n’inoculer le cowpox qu’à des sujets se trouvant dans les mêmes conditions que ceux sur lesquels il se développe spontanément. Or, ce n’est pas à tout âge ni dans toutes les conditions que le cowpox apparaît chez les individus de la race bovine. On ne Va jamais vu, ni sur les mâles ni sur les jeunes sujets, et parmi les femelles adultes, celles-là seules qui sont en état de lactation en sont atteintes. Dès-lors, le plus simple bon sens commandait à ceux qui entreprenaient la régénération du vaccin par le cowpox, de ne le perpétuer par inoculation qu’au moyen des vaches laitières. Au lieu de cela, qu’a-t-on fait? On a pris de jeunes animaux, non pas seulement des génisses, mais le plus souvent des veaux, et on est venu nous donner pour du vrai cowpox parfaitement pur le liquide sécrété par les pustules dont on leur avait couvert le ventre.

» Vous comprenez à merveille, n’est-il pas vrai ? Messieurs, que ce liquide ne doive pas avoir les mêmes propriétés que le cowpox recueilli sur le pis d’une vache laitière, et, sans vous rendre compte de ce en quoi consistera la différence, vous sentez d’avance, vous prévoyez cette différence. L’expérience est venue confirmer ces prévisions théoriques, et nous montrer que ce vaccin de veau, loin d’avoir reconquis l’activité, l’énergie plus grande du cowpox primitif, est devenu inférieur à celui qui depuis Jenner a été transmis, par des inoculations successives,

sur des individus de l’espèce humaine, et que nous appelons vaccin humain ou jennérien*. »

28° La variole-vaccine, qui est une variole animale, ne descend pas plus directement de la variole humaine que celle-ci de la variole animale.

Mais toutes deux, la variole humaine comme la variolevaccine, pourraient bien être le produit le plus ordinaire de l’une des formes de la variole animale, savoir: delà variole équine, duhorsepox modifié, soit en bien, soit en mal.

D’où l’on pourrait peut-être inférer que le cheval a été le premier être de la création sur lequel s’est développé le germe de la variole.

C’est une idée que l’on peut encore puiser dans les Œuvres de Jenner :

« L’homme, dit- il au début de son Inquiry into the causes and effectsof the variolæ-vaccinæ , en s’éloignant de l’état dans lequel il fut originairement placé par la nature, paraît s’être attiré une foule de maux. L’amour de la magnificence, du luxe et des plaisirs, l’a familiarisé avec un grand nombre d’animaux qui n’avaient pas été destinés à lui être associés. . .

» Depuis que le cheval est réduit à l’état de domesticité, il est fréquemment sujet à une maladie que les maréchaux experts, en Angleterre, appellent le grease. Elle se manifeste par de l’inflammation et du gonflement dans les talons de l’animal, d’où s’écoule une matière qui possède des propriétés d’un genre bien particulier, car elle paraît avoir celle de procréer dans le corps humain une maladie dont la ressemblance est si frappante avec celle de la petite-vérole ,

1 Union médicale, pag. 515, 516, 517. 1870.

que, dans mon opinion, il est extrêmement probable que celle-ci a tiré de là son origine ' . »

<i Ne pourrait-on pas raisonnablement conjecturer, ditil ailleurs, que la source delà petite-vérole est dans cette matière morbifique, d’un genre particulier, procréée par une maladie du cheval que des circonstances accidentelles ont pu aggraver déplus en plus, et qui, en s’éloignant de son origine, a fini par acquérir ces facultés contagieuses et dévastatrices dont nous ressentons tous les jours les funestes effets? Et, en considérant quel changement cette matière infecte éprouve en se modifiant sur les mamelles de la vache, qu’elle affecte d’une maladie particulière, pourquoi ne penserions-nous pas que plusieurs maladies contagieuses qui circulent parmi nous ne doivent leur existence qu’à une origine composée? Par exemple, est-il bien difficile de penser que la rougeole, la fièvre scarlatine, et ces maux de gorge ulcéreux qui sont accompagnés de taches sur la peau; est-il bien difficile dépenser, dis-je, que toutes ces maladies ont une source commune, et que les variétés qui les distinguent ne sont que le résultat de la nature de leurs nouvelles combinaisons? On peut se faire la même "question relativement à l’origine d’un grand nombre de maladies contagieuses qui ont entre elles de fortes analogies 2. »

On peut surtout se l’adresser à propos des varioles. C’est une idée, au reste, qui emprunte un certain degré de probabilité au souvenir des documents fournis au début de ce mémoire : l’un et l’autre, le cheval et la variole,

* Jenner; loc. cit., pag. 7, 8.

3 Ibid.-, pag. 53, 54.

n’ont-ils pas eu originairement une patrie commune, l’Asie, et dans cette contrée, la Tartarie, la Perse et l’Arabie ? Il est vrai que depuis longtemps ils sont devenus cosmopolites l’un et l’autre, l’une suivant l’autre peut-être.

29° C’est ainsi — l’histoire à la main — qu’en assemblant et en comparant les documents anciens et les documents nouveaux; qu’en combinant les faits naturels d’observation, devant lesquels doivent s’incliner les plus habiles expérimentateurs, par cela seul que ces faits apparaissent, par cela seul qu’ils existent, avec les faits artificiels d’expérimentation, qui ne servent qu’à les élucider et à les classer, en les éclairant des lumières progressives de la science expérimentale, on arrive à fixer les vérités scientifiques.

30° Résumé . — Jenner a donc tout vu, tout compris et tout deviné dans cette question de vaccine et de virusvaccin.

Il n’a eu qu’un tort, un seul, mais il est capital : c’est celui de ne pas avoir employé ce dernier directement, et de l’avoir humanisé.

C’est ce que je vais démontrer, en parlant successivement des diverses espèces d’inoculations préventives.

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