DIX- SEPTIÈME FAIT
Première expérience faite par Jenner avec le virus-vaccin pris chez
Sarah Nelmes, en 1796.
« Pour observer, dit-il, avec plus de soin les progrès de l’infection, je choisis un garçon âgé de 8 ans, plein de force et de santé, dans le dessein de l’inoculer avec le virus-vaccin. Je recueillis la matière dans un des ulcères de Sarah Nelmes (Voyez le 16me fait ).
d Le 14 mai 1796, j’en fis l’insertion sur les bras du jeune homme, au moyen de deux incisions superficielles, l’une et l’autre de la longueur d’un demi-pouce.
» Le septième jour, il se plaignit d'une petite douleur aux glandes sub-axillaires, et le neuvième jour il ressentit quelques frissons, perdit l’appétit, et eut un léger mal de tète. Pendant toute la journée, il continua à être visiblement indisposé. Il eut, pendant la nuit, un sommeil agité; mais le lendemain il fut parfaitement bien portant.
» A l’égard des incisions, leurs progrès furent exactement les mêmes que dans la petite-vérole inoculée ; seulement la sérosité contenue dans l’ampoule était d’une couleur plus foncée, et l’efflorescence, autour des inci*
sions, était d’un rouge plus vif que dans l’inoculation de la petite-vérole ordinaire.
» A.u reste, le tout se dissipa promptement, en laissant sur les parties inoculées des gales et des croûtes qui ne causèrent, ni à mon malade ni à moi, la plus petite inquiétude.
» Dans la vue de m’assurer si ce jeune homme, après avoir éprouvé une aussi légère affection dans le système, était à l’abri de la contagion de la petite-vérole, il fut inoculé, le 1er juillet de l’année suivante, avec la matière variolique. Je lui fis plusieurs piqûres et incisions sur les deux bras, et j’y introduisis ce ferment avec tout le soin possible. Il n’en résulta rien de grave. J’observai seulement sur les bras ce que nous avons presque toujours vu quand celui qui a eu, ou le cowpox, ou la petitevérole, est derechef inoculé. Plusieurs mois après cette contre-épreuve, il fut inoculé pour la seconde fois avec le venin variolique. Cette dernière opération ne produisit non plus aucun effet sensible sur sa constitution, et prouva de nouveau l’effet préservateur de la vaccine» ( loc.cit ., pag. 34, 35, 36).
C’est donc là, sur les mains des vachers et des laitières, naturellement atteints du cowpox, que Jenner a puisé le virus-vaccin pour instituer sa méthode de vaccination. Et je ne crois pas me tromper en affirmant avoir lu, dans la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette question, que Jenner n’a jamais pris le vaccin ailleurs que là , qu’il n’a jamais trempé son instrument vaccinateur dans un bouton de cowpox situé sur le pis des vaches. (Voir Bousquet; Éloge de Jenner, ouv. cit., p. 12.)
C’est cependant une erreur.
Une fois, au moins, il a puisé à cette source. C’est un fait attesté dans le dix-neuvième fait, raconté par lui dans son premier travail sur la vaccine.