ANNÉES
NOMBRE
total
des varioleux traités.
VARIOLE
après
vaccine.
PROPORTION des variolés après vaccine à la
totalité des variolés.
Ce tableau renferme tous les cas de variole traités à l’hôpital de Londres, de 1809 à 1822, et voici comment l’apprécie Steinbrenner ( ouv . cit., pag. 93) :
«Il démontre, delà manière la plus frappante, la constante progression du nombre des vaccinés dans le chiffre total de chaque année. De 4 qu’il était en 1809, sur un chiffre total de 146 variolés, il s’est accru successivement et presque régulièrement, jusqu’à l’énorme disproportion de 57 sur 194 variolés, comme cela a eu lieu en 1822. C’est une proportion presque douze fois plus forte. Il est vrai de dire que la proportion des vaccinés doit tout naturellement s’accroître sans cesse, parce qu’il y a, en effet, beaucoup plus de vaccinés actuellement dans le chiffre total de la population qu’il n’y en avait lors des premières années que comprend le tableau. Mais,
abstraction faite de ce revirement des chiffres naturellement amené, il y a toujours lieu de s’étonner de la rapidité avec laquelle le nombre des vaccinés atteints de la variole s’est accru. »
Je crois aussi qu’il y a lieu de s’en étonner, et je le crois avec d’autant plus de raison que je ne puis comprendre le raisonnement qui précède qu’en admettant comme démontrée la préservation temporaire et non absolue par le virus-vaccin.
Et, de fait, c’est absolument comme si l’on disait qu’il doit y avoir d’autant plus de variolés après variole qu’il existe plus de personnes marquées de la petitevérole.
Le contraire ayant lieu, on doit forcément en tirer cette conséquence, que la petite-vérole naturelle ou inoculée est un préservatif bien plus certain que la vaccine actuelle.
Est-ce une raison pour revenir à l’inoculation variolique ? Non, sans doute, car il faudrait alors compter les morts enterrés par la variole inoculée, et l’on changerait bientôt d’avis: le remède étant à peu près aussi dangereux que le mal, autant vaudrait courir la chance de les éviter l’un et l’autre; tandis qu'avec l’inoculation vaccinale, si l’on a à craindre de ne pas être préservé pour toujours, l’on obtient au moins la certitude de l’être pour un temps, sans encourir le risque d’ètre enlevé par la maladie provoquée par le remède.
Qu’on en juge encore en parcourant le tableau des épidémies de la seconde catégorie, dans lequel on peut, du reste, les faire entrer presque toutes, à partir de cette époque.
Je ne terminerai pas néanmoins cet article sans transcrire ici la narration statistique des épidémies de variole, au nombre de quatre, qui se sont successivement manifestées dans l’Inde, et plus particulièrement à Calcutta, de 1830 à 1850, telle qu’elle est rapportée dans l’Union 'médicale du 1er juillet 1851, sous le seing du Dr Achille Chereau, l’un des plus agréables narrateurs et des plus savants rédacteurs de cet estimable journal, d’après un travail commandé par le gouvernement de Sa Majesté britannique, en 1850 \
Je crois utile de la mettre en évidence, bien qu’elle ne contienne l’énumération d’aucun exemple de variole après vaccine :
1° Parce qu’elle semble indiquer que l’Asie , pays d’origine de cet épouvantable fléau qu’on appelle la petitevérole, présente des conditions particulièrementfavorables à son apparition, à son développement et à sa propagation meurtrière ;
2° Parce qu’elle témoigne que les habitants de ces contrées, presque tous idolâtres ou fatalistes, se soucient encore assez peu de se soustraire aux baisers empestés et virulents de cette horrible déesse que leurs pères adoraient, et qu’un grand nombre d’entre eux adorent probablement encore, comme un esprit messager de colère et de vengeance de la Divinité ; parce qu’elle affirme que les Hindous se montrent peu disposés à élever autel contre autel, et à faire de la vaccine une divinité bienfaisante, comme leurs pères avaient fait delà variole une divinité
1 Report of the small-pox commissioncrs appointed bp govcrnmenl . Calcutta, 1er juilet 1850.
terrible : emblème allégorique des tendances générales et naturelles de l’homme à faire naître de ses propres mérites la source de son bonheur, à rejeter et à faire peser sur la Divinité l’origine de son malheur.
Que de supplications, que d’imprécations même n’envoie-t-il pas au Ciel dans son adversité ! combien peu d’actions de grâces dans sa prospérité !
Il est pourtant le seul artisan de ses déboires, en ne se donnant pas la peine de rechercher, en refusant d’accepter, en repoussant même les ressources bienfaisantes que Dieu met en ses mains par l’intermédiaire des chercheurs de bonne volonté, des voyants et des libres-penseurs, vrais pionniers de l’avenir. Car, sans eux, nous en serions encore au point où en sont restés les Hindous, chez lesquels la libre-pensée n’a pu jusqu’ici pénétrer ; nous en serions encore à adorer la déesse Variole, ou toute autre Divinité du même genre : Horresc-o referons'.
3° Parce qu’elle prouve, enfin, combien, l’ignorantisme et le fanatisme entravent et ralentissent, partout et toujours, la marche et les progrès, quand même incessants, de la science.
Je transcris :
« Quelques mots d’abord sur Calcutta, la capitale de l’empire Indien. D’après le recensement du mois de mai 1850, cette ville renferme 413,182 habitants, dont 274,000 Hindous, 1 10,000 Mahométans, 6,233 Européens , et environ le même nombre d’individus appartenant à une population flottante. Dans les dix-huit dernières années qui viennent de s’écouler, Calcutta a été visitée par quatre terribles épidémies varioliques : l’une, de 1832 â 1833, enleva 2,8 14 personnes en seize mois ; la seconde (1837
1838) vit périr 1,548 individus ; 2,949 habitants furent emportés de 1843 à 1844 ; enfin, la dernière apparition du fléau, c’est-à-dire de 1849 à 1850, fit 6,431 victimes. Si l’on en croit les calculs qui ont été faits, et qui portent au cinquième la proportion des morts relativement aux individus frappés de la maladie, il s’ensuivrait que, dans une seule épidémie, 32,155 personnes, ou ci peu près la douzième partie de la population totale , auraient eu la petite-vérole.
» Un point fort intéressant et que met dans toute son évidence le rapport en question, c’est V influence de la saison sur le développement de la variole à Calcutta. On est frappé de l’action qu’exercent les pluies des mois de juin et de juillet, action telle qu’à ces époques le fléau est arrêté dans sa marche, et qu’en septembre et dans les mois suivants il disparaît presque complètement. Le résumé suivant, représentant la mortalité mensuelle par la petite-vérole pendant dix-huit années successives, depuis mai 1832 jusqu’en mai 1850, nous paraît offrir assez d’intérêt pour prendre place dans nos colonnes :
Janvier 1,316
Février 2,373
Mars 3,689
Avril 2,846
Mai 1,419
Juin 761
Juillet 551
Août 189
Septembre 181
Octobre 134
Novembre 120
Décembre 512
c’est-à-dire que le maximum d’intensité porte sur le mois de mars, et le minimum sur le mois de novembre.
« L’ action des saisons sur le vaccin n’est pas moins digne d’intérêt. Les chaleurs extrêmes sont peu favorables à la vaccination, non-seulement à Calcutta, mais encore clans tout le Bengale et dans les provinces septentrionales de l’Inde : la saison des pluies (juin et juillet) est même plus délétère que la chaleur. On a observé dans la partie méridionale du Bengale que la vaccination amène souvent alors de violentes inflammations, avec tendance aux ulcérations gangréneuses . »
Remarquons en passant, et une fois pour toutes, que pareilles observations ont été faites par les vaccinateurs de tous pays. Nulle part, en temps ordinaire, on ne vaccine, ni en hiver pendant les grands froids, ni en été durant les fortes chaleurs. Il est certain que les températures extrêmes ne favorisent pas la vaccination : les chaleurs trop considérables amènent quelquefois des accidents semblables à ceux qui viennent d'être signalés, par suite d’une évolution surexcitée et trop rapide de la vaccine, et les froids trop intenses entravent et arrêtent l’éruption vaccinale, ou la rendent irrégulière.
Cette remarque faite à propos, je le crois, en vue de démontrer, par les faits observés au lieu d’origine de la variole humaine épidémique, que les saisons tempérées sont les plus propices au développement normal et régulier de la variole-vaccine, je reprends ma citation :
« En dépit des trois avertissements que trois terribles épidémies avaient donnés au gouvernement Indien, il ne paraît pas que le système de vaccination nationale mis en
pratique à Calcutta, en 1849, ait été continué. Pour des causes inexplicables, le nombre des individus vaccinés, qui avait été, en 1844, de 19,096, est tombé, en 1849, à 7,088; et il est de notoriété publique que les indigènes payés dans V Inde pour pratiquer la vaccination sont, pour la plupart, indolents et peu dignes de confiance . »
Suivant mes promesses, je clos enfin cette première série par la relation partielle des épidémies que j’ai observées dans mon arrondissement pendant les années 1854, 1865 et 1866.
Je les signale à l’attention de mes lecteurs, à cause de l’importance des faits et des incidents qui les caractérisent, qui viennent à l’appui de certaines propositions avancées au début de ce Mémoire, et qui me serviront plus tard à en étayer les conclusions.