CHAPITRE VIIL
Combats et succès des Chouans de la rive droite et du Maine pendant l'ex- IH'dilion de Quiberon. Mort de Coquereau. — Scepcaux et Dieusic — Combats de la Chêne et du rocher de Piochais. — Défaite des bataillons q^i ont fusillé les émigrés à Auray et à Vannes. — Boisguy et Blandin.
— Cadoudal ramène dans le Morbihan la division de Tinténiac. — Nouvelle organisation de cette division. — Mort de Jambe-d' Argent — Hoche commence à parler de paix. — Retour do Puisaye en Bretagne. — Dissensions entre le conseil du Morbihan ot ce chef. — Puisaye se retire dans le département d'Ille-et-Vilaine. — Assassinat de la Caze. — De Sccpeaux et Boisguy rcconnais.scnt Puisaye pour général. — Bourmontet d'Andigné. — Le général Richard. — Lettre do Bonneau, général en chef des côtes de Cherbourg, sur les crimes commis par ses soldats.
— Succès de Frotté. — Organisation de la Normandie. — Affaires de la forêt do Saint-Jeaii-des-Bois et de Tinchebray. — Mort de la Trcbonniëre.
L'inlrigoe ei la trahison avaient changé eo désastre le * succès à peu près assuré de Quiberon ; elles avaient rendu à la République une force morale qu'elle n'osait plus chercher dans son sein, et, sur les débris de celte expédition, Hoche écrivait au Comité de salut public, le 6 fructidor an lu (23 août 1795) :
tt Tout nous réussit maintenant Le général Lemoine a rigourmisement accompli son devoir de Patriote. Il est à croire que l'Angleterre y regardera à deux fois avant de vomir sur nos côtes celte vilenie d'émigrés, qui cependant ont su mourir bravemeoL 11 était temps que ces justes exécutions finissent! car les esprits se soulevaient; mais aujourd'hui il reste à consolider cette importante victoire. N'eus avons triomphé par les annes ; il faut vaincre les cœurs par l'aménité. Je crois qu'il serait bon de mettre à profit la terreur que nous inspirons dans les campagnes pour pacifier de gré ou de force. Les Chouans sont atterrés; mais , si l'on ne profite pas de cette situation pour les mettre dans l'impossibilité de renouveler la guerre, la République n'aura fait qu'une longue dépense de sang inutile. Le cheva-
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lier de la Vieuville a voulu surprendre Fort-Malo , il a échoué ; inais dans ce peuple à part il y a une force d'entêtement inexplicable, et ils reviendront à la charge si vous ne prenez pas vite de sages résolutions. 11 serait urgent de faire quelque sacrifice. D'ici à quelques mois nous n'avons rien à craindre. Les Chouans qui sont encore sous les armes seront facilement détruits par nos colonnes; mais il en renaîtra, et ce sera toujours à recommencer, et alors ne trouverons-nous peut-être pas autant d^éléments de succès chez les Brigands que la première fois. » '
En annonçant que d'ici à quelques mois il n'avait rien à craindre, Hoche était dans Terreur. Il avait obtenu une victoire décisive; mais cette victoire n'afiaiblissait que relativement la Chouannerie. Répandue , organisée sur le sol , elle n*a pris qu'une part indirecte aux événements de Quiberon. L'agence de Paris l'avait tenue à l'écart, nous avons dit par quels moyens, mais ces corps disséminés ne demandaient pas mieux que de venger leurs frères d'armes égorgés. Hoche prenait pour de l'anéantissement une de ces exaspérations contenues, si terribles avec le caractère breton. Ce . qui s'était passé dans le bas Maine et sur la rive droite de la Loire pendant les combats de Quiberon prêtait encore une . nouvelle ardeur à ces sentiments de vengeance.
Goquereau , le chef redouté de là Mayenne , celui qui savait si bien harceler les Bleus par une activité sans égale, qui les trompait par ses stratagèmes et les effrayait par la multiplicité de ses excursions, s'était enûa vu acculer dans le district de Gbâteau-Gouthier. Depuis sa reprise d'annes, il était incessamment poursuivi par le général Lebley , qui avait des forces nombreuses à opposer à sa petite troupe. Enfin , le 10 messidor an ni (28 juin 1795), le Chouan etBinet, son aide de camp, accompagnés de vingt Royalistes, sont atteints dans une ferme entre Daon et le château de Comblères par un escadron de hussards. Goquereau s'échappe de la maison, et se voit en rase campagne; mais, toujours poursuivi, il ne veut plus fuir devant l'ennemi. Il fait volte-face, et soutient .avec Binet le choc des cavaliers : il est blessé à l'épaule. Binet s'élance pour lui laisser le temps de mettre ses jours
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èn sûreté : K»ei expire percé de coups. Les fitéus courent à ^ CoquerèttU, qui , n'ayant même plus la toYcè de soulever
son sal)re, le jette à la tôte d'un hussard du 11* régiment; ce hussard, nominé François, se précipite sur le Chouan et Tachève. Le général Lebley écrivait le lendemain, 11 messidor, aux administrateurs du département de Maine-et- Loire :
« Fnfm ce scélérat de Coquereau, chef de Chouâns, qui depuis trop longtemps inspire la terreur dans le pays et se prévalait d'y commander souverainement, vient de perdre cette éphémère souveraineté : ses mains criminelles ne seront plus teintes du sang d'aucune victime. Hier, à neuf heures du matin , entre Daon et lechftteau de Gomblères, le bras d'un brave hussard s'est appesanti sur sa tête et a délivré la patrie d'un monstre qui n'a cessé de la poignarder.»»
Gaullier, dit Grand.-Pierre, né àMorannes en 1766, se mit aussitôt à ta tête de cette division, et, plus humain que Coquereau , il sut réparer les pertes éprouvées ; mais Coquereao avait un frère qui, enrôlé dans les armées républicaines, servit tour à tour sous la Fayette, Dumouriez et Moreau. Les chants de triomphe que le Moniteur lit entendre sur* cette tnbrt lui révélèrent que son compagnon d'enfance s'était mêlé à la guerre des Chouans. Le Jour même il désertait le drapeau tricolore et venait se ranger sous celui de la monarchie. '( Mon frère, dit-il aux Blancs, est mort parmi vous : je le vengerai ou je mourrai comme lui. » Le lendefaiain il faisait le ccHip de feu contre les Bleus , que Jambe-* d'Argent , le Chandelier et Thille-Fer ne cessaient de harceler dans leurs cantonnements respectifs.
Mais ce n'était pas une guerre en règle sur tous ces points. Aikisi un nouveau chef de Chouans, nommé Cadet, périssait devatit lé château de Sceaux en poursuivant une colonne d' Aubert-Dubayet ; ainsi au diftteail de Brunet Id 62* demibrigade, commandée pdr l'adjudant général d'Halencourt, était battue d'abord, reprenait ensuite l'avantage et disper- .sait enlin les insurgés. Dieusie, Turpin et le chevalier de Mesnard allaient assaillir la ville d'Angers, devant laquelle* les Vendéi»is échouèrent. La garde nationale et les volon-
tairés d'Évreux tentent une sortie i kùn de prottgèr la cité. llÈ fouillent les boia de Bécon et Fabbaye de Pnntron. Sut* la route (je cette abbaye à Ingrandos, ils tombent dans
une embuscade, et, après quelques heures de combat, ils se retirent en désarroi. Le 13 juillet, Lebley est atteint par les Choifans dans les landes Margueries. La nuit est obscure; raffaire s'engage ^ et les fileus reculent encore.
Le vicbmte de Scepeaux de son côté, avec ses divisions agissant presque toujours isolément afin de fournir moins de prise aux Bleus , n'avait pas cessé de les inquiéter. Comme les autres chefs, trompé par les avis de l'agence au moment mémé oà 11 se tneitâit ên roule pour s'avancer vers Quiberon, de Scepeaulc n'en a pas moins continué eette guèrrè d'escarmouches qui à la longue faisait plus de mal à la Révolution que vingt batailles. Chaque jour amenait une rencontre. De Scepeaux, dont Pallierne, Mourain de l'Herbaudière, Franc-Bernard, Tête-Carrée et le redoutable Frèy, dit Trancbe-Montagne, ses chefs secondaires, servent admirablement les intentions, étendait chaque jour ses progrès. Ancenis était cerné par Pallierne. Une autre colonne tenait en échec Varades. Ingraades et Couëron tombaient entre les mains des Chouans, qui, maîtres de ces villes» affamaient les populations et les troupes républicaines, arrétaietat la navigation sur la Loire et couvraient toutes les routes de leurs bandes années. Mais, le 20 juillet 1795, cette division perdait un de ses plus brillants officiers. Le marquis Anne de fiecdelièvre , son major général » était un jeune homme de vingt et tin ans qui, après avoir guerroyé tous le drapeau de Gondé , avait saisi la première occasion pour rentrer en Bretagne. A l'affaîre d'Oudori, qui fut si meurtrière ët si disputée, Becdelièvre sent qu'il faut payer d'audace pour Suppléer au nombre. Il s'élance sur les Bleus; il est à plus de qiialre- vingts pas de sesjjars, qui n'ont pu égaler seh ërdeur, Ibrsque , chargeant seul une compagnie de tirailleurs, il est mortellement atteint. Une balle lui avait traversé la poitrine.
Lë lëtidemain 21 juillet, Turpin et Dieusie investissaient la Vilifl «te Mgré, Ils àVÀiêîit deux mille insurgés avee èuiL Après
tt^ HtSTOlRE
avoir sommé les habitants et la garnison de se rendre, ils Tattaquèreot de vive force et en plein jour. La résistance fut opiniâtre; enfin la garnison abandonne la ville : elle cherche à se rallier près du Lion-d*Ângers. Quatre cents Chouans embusqués sortent des haies et des l:mdes, fondent sur les Bleus » et n'eu laiî>sent pas un vivant. Pendant ce nouveau combat les assiégeants pénétraient dans Segré; ils fusillaient les Révolutionnaires saisis les armes à la main, et, après s'être emparés des caisses publiques , ils s'avançaient contre le général Bomieau, accouru d'Angers pour délivrer Segre . 1 1 n'était plus temps, Bonneau se replia aûn de ne pas offrir encore aux paysans une Seconde victoire. De Scepeaux avait temporairement sous ses ordres la dividon de la Guerche, qui parfois portait son concours au Maine. Cette division, que son chef, la Haye Saint-Hilaire, était parvenu à soumettre au frein de la discipline, est célèbre par la multiplicité de ses combats. £lle n'avait pour officiers que des Bre* tons. Les principaux étaient les deux Lumeau, BoLsmencé, Horcûlle, Lancelot, Gérard, les deuxBellier, Manoes,.Raceliii , Moreau et Griel.*
Le 10 juillet, Boisguy fondait, entre Mellé et Souvigné, *8ur la garnison de Saint-Geoi^ges, il la mettait en déroute. Le 16, cette même garnison, aidée de plusieurs détache* mentsarrivés de Normandie, marche sur Parigné pour enleverle Chouan, dont la troupe est disséminée dans la campagne. Il est prévenu à temps de ce dessein : il convoque les bandes voisines, celle du Chatelier entre autres; il dresse une embuscade près de Cogé , et au moment où les Bleus se disposaient à cerner sa maison, il les pousse avec tant de vigueur, qu'entraînés par les gardes nationaux ils ne peuvent se rallier que dans leurs retranchements de Saint-Ge(»|;es. Le 22 juillet, le général Ghérin connaît à Rennes les événeiaents de Quiberon; il devine que Hoçhe n'a plus besoin de troupes nouvelles : il envoie du renfort aux cantonnements que Boisguy tient en échec. Le Breton est au village de la Chéneen-Romagné ; il sait l'arrivée de ces nouveaux adversaires. Il marche à leur rencontre. On se battait depuis une heure sans avantages marqués, lorsque Hay de Bonteville, avec sa
divisioo 4e six cents ^ insurgés , arrive au secours de ses compagnons d'armes. B(mleville prend en flanc les Républicains, qui se débandent. Une colonne de huit cents hommes
sortait de Fougères pour les rallier; l'attaque recommence, elle dura jusqu'à la nuit. Les Bleus avaient perdu trois cents des leurs, iis abandonnèrent le champ de bataille.
A quatre jours de là , les du fioisguy sont encore en.ligne. Ils guettent, au rocher de la Piochais, un convoi parti de Fougères pour Louvigné-du-Désert. Ce coavoi est escorté par la légion nantaise et par la garde nationale de Fougères, que commande de Ruam. Les Bleus sont obligés de s'engager dans une route que des marais impraticables rendent étroite et difficile. Guy de Boisguy, fécemment revenu d^migration, dirige la gauche des Blancs ; Aimé est au centre et Bonteville occupe la droite. Les Patriotes marchent sans soupçonner l'embuscade. Chaque jour ils tombaient dans les pi4;es que les Bretons leur tendaient, et, par imprévoyance ou par faux calcul « ils ne s'étaient pas encore habitué à se défier des Chonans. L'arrière-garde républicaine est d^à au milieu des Royalistes. Boisguy s'écrie : Feu! Aussitôt plus de quatrevingts soldats tombent morts. La nature du terrain empêchait les autres de se mettre en bataille. Leurs ofliciers cherchent à les rallier afin de proléger la retraite. Leur courage devient inutile, la mort était partout et les Bleus reçu-* laient. Boisguy l'aîné s'élance à leur poursuite; il a bientôt devancé ses volontaires ; il veut seul couper la retraite à un peloton républicain qui s'avance dans le marais. Ce peloton s'arrête, et, dans son étonnement, il semble attendre ce que ce jeune homme va décider. Guy se jette jusqu'à la ceinture dans la vase. Les Patriotes l'ajustent, et, frappé de trois balles, il meurt deux heures après au village de Charbonneloire en Landean.
Fendant ce temps Aimé poursuivait l'ennemi sur la grande route. Avec deux Chouans, Salmon et le Blond de la Morinais , il faisait mettre bas les armes à une compagnie entière ; mais là il apprend que son frère est blessé à mort. Il court le rejoindre, quand une fusillade plus vive que les précédentes le fait retourner sur ses pas. C'était Bonteville, qu'at*
tsquik ta ginuson de F^ragèrit ioriie d« Ml ville en I^Mnier bnirit du «hoc Aimé met en ddnmte ceité tolonM; el fl
•liait enfin presser une dernière lois la inàio de Guy, lorsqufe sa mort lui est annoncée.
Ici un crime horribie fut compiis, ei ce sont les Chouans qui furent les coupables. Us Bleus, pressés par les Blancs » avaient abandonné le contoi. On l'avait Mi Bler dané Tinlé- ' rieur des terres; mais au milieu de ce convoi il y avait une voilure qui contenait mademoiselle Féselier et mademoiselle Gbobé, sa cousine. La première , qui allait se marier en Normandie, portait avec elle quinse mille fraiics. Les hoikimes qui e*étaieni emparés du convoi découvrent K^tte Sommë. Frouslel, l'un d'eux, dit qu'il a* des ordres, el il renvoie au combat ses camarades. Resté avec cinq insurgés, il fusille ces jeunes ûlles, les dépouille de leurs quinze mille francs et iaiflse, dans an chemin ciremt, la voiturë auprès des deux cadavres. A cette nouvelle ♦ Boisguy, qui vient d'Assister à l'enterrement de son frère, s'indigne et veut qu'au plus tôt on juge les meurtriers. Pierre Froustel et Charles Gostaz étaient en fuite; Ils sont arrêtés, et, le 18 août, traduits devant un conseil de guerre : il fdt démontré qu'ils étaient . les coupables. Boisguy les fit ftasillen ainsi que le portait la sentence.
Dix jours auparavant, le 3 août, Aimé el Hay de Bonteville sont avec deux mille hommes entre Cossé et Gratm. Ils marchent contre le général Oency , qui , à la tête des 65* et 154* demi-brigades, sort de Gh&teau-Gonthier pour s'opposer à cette invasion. Gency a quatre pièces d'artillerie; il espère faire rétrograder les Chouans de Boisguy et de Bonteville. Après cinq heures de fusillade ces derniers vment arriver sur le terrain des renforts qui accourent de Château^ Gonthier, et à la voix de leurs chefs ils s'égaillent. Non loin de Boisguy, et dans le même espace de temps, la Trébonnière occupait les environs de Fougerais et faisait aux Bleus eette guerre de détail qui leur esl si funeste» Chaque Jour il les attaquait , chaque jour il leur enlevait leurs convois ; il leur livrait deux combats entre Plélan et Mordelles, trois autres entre Mordelles et Rennes, et un autre dans les ave-
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Qués de la Mllaudftis. Là, avee cinquante Royalistes, il mettait en déroute cent quatre-vingts faux Chouans ou Cent- Soui, ainsi que les Républicains appelaient ces misérables. Les MOldàts les flélrissaient en leur infligeant, comme nom de gaèrire, Tassigtlat ou eorni^ qu'ils recevaient pour prix des attentats que la Nation mettait au compte des Blancst Le Ô7 juillet 1795, dans la matinée, la Trébonnière les battait à leur sortie du cliàteau de Cicé ; le soir du même jour il les battait encore près du moulin de Bury.
Ces perles et ces succès sur la rive droite de la Loire étaient Un stimulant pdur le courage des Royalistes. Le déustre de O^iberon réveilla dans les cœurs un nouveau sentiment de vengeance. Les paysans et les gentilshommes échappés durant le trajet du fort Penlhièvre à Âuray répandirent dans les divers cantonnements de TOuest la nouvelle de ee fatal échec. Auguste dë Tercier rapportait à de Scepeaux; Alexandre de Souvré, Alexis de Lancreux l'annonçaient à Jambe d'Argent et aux soldats de le Chandelier; elle parvenait à la même heure à la division de Bqjsguy et sur la * ligne de Bretagne. Charette , en Vendée., la reeëvait en rugissant, et du sein de leurs armées il ne s'échappait qu'un cri : c'était un vœu de vengeance; il fut promptement exaucé.
Trois bataillons français, les volontairës de Paris, d'Arras et de la Gironde, n'avaient pas eu l'énergie de refuser
leur concours à des exécutions que la capitulation promise rendait iniques; ils avaient secondé la férocité des Belges. Ce fjut sur eux et sur ces étrangers que l'armée royale dirigea ses coups. On épia leurs marches, on suivit leurs pas. Lorsque les Chouans surent vers quel point ees batail- ' luns s'avançaient, ordre fut inLiihé de les combattre el de les anéantir à tout prix.
Aimé du Boisguy, le premier, fond sur les volontaires de Pdris; le 18 août 1795, il les joint à deux lieues de Fougères. Ge bataillon allait délivrer la ville de Tespècè dé blocus que les Blancs établissaient autour de ses murailles.
t On àppdlait ainsi ces assigaatè, pareo cpie oêlvi qui leé fiitbriqiMdt êt lès itgaiilia BoiiiaMtt Gariét.
Depuis la mort du chevalier Guy-Alexandre Piquet son frère, Boisguy , enseveli dans sa douleur, n*avait cherché qu'une fois à la faire expier aux Bleus; mais en apprenant qu'il a sous la main une partie de ces exécuteurs de Quiberon qui sont voués à la mort, il ue peut contenir sa cclère, et il les attaque.
Les Parisiens n'ignoraient pas la proscription dont ils étaient frappés. Avec une insouciance de la vie qui tient plus à l'éducatioD des rues de Paris qu'au véritable courage, ils se
faisaient gloire d'assumer sur leurs têtes les résultats de la capitulation violée. Aimé ne comptait avec lui que huit cents hommes. Dans sa précipitation il n'a pas eu le temps d'en réunir davantage. Il court sur les volontaires à la baloimette tandis qu'une compagnie de ses chasseurs du Roi les saisit par derrière. Bientôt le désordre se met dans les rangs des Parisiens, peu habitués à se voir assaillis avec une pareille fureur. Le commandant réunit autour de lui l'élite de son bataillon ; il essaye de briser cette phalange serrée ,que Bcnsguy a formée. Le commandant et ses grenadiers expirent sous les baïonnettes. Alors Boisguy s'écrie : " Point de pitié pour ces assassins, tuez partout! Ce sont ' eux qui ont jugé et fusillé à Quiberon I » De telles paroles étaient un arrêt de mort : il ne s'échappa qu'une cinquantaine de fuyards. Tous périrent à peu de jours d'intervalle dans les landes où les paysans bivouaquaient et sous le couteau des femmes et des enfants, qui les mutilaient sans pitié.
Le bataillon d'Arras avait reçu une autre destination; mais il n'eut pas un sort plus heureux. Le 22 août il escortait un riche convoi parti de Nantes pour Gh&teaubriant. Cè convoi renfermait cinquante mille francs en numéraire, onze cent mille en assignats, des armés, des munitions et des denrées de toute espèce. 11 arrivait dans les firebendes, lorsque soudain il est harcelé par des Chouans embusqués à droite et à gauche de la route. La fusillade était faible, indécise même : Blandin , capitaine de la paroisse de Carquefou , l'avait ainsi décidé , et Blandin s'était chargé « de rendre bon compte de ces égorgeurs de Quiberon ». Ce sonuses propres paroles. Malgré l'intensité de la chaleur, le
chef du convoi ne veut pas faire reposer sa troupe ; il en accélère même la marche, et, toujours tenu en haleine par
les tirailleurs des Chouans, toujours inquiété par le fatal cornet à bouquin qui retentit dans les montagnes comme un appel, il parvient à cinq quarts de lieue de Carquefou, au pied de la montagne de la Geriseraye. filandin le guettait là avec l'élite de ses soldats et les camphum ou compagnies du Perrey , de la Hambertière , du Mesnil en Ligné et de Saint-Mars la Jaillè.
ke convoi s'engage dans la montagne. Blandin alors crie : a Feu sur les chevaux ! » Les paysans obéissent à ce paysan coâtime eux. Tous les chevaux des différents attelages chancellent sous la même décharge. Les Bleus abandonnent cet immense convoi ; ils fuient. Mais Blandin n'a accompli que la moitié di son œuvre. 11 se jette à la poursuite des Révolutionnaires et les rejoint au hameau de la Banque, sur le bord de la route. Ils s'étaient ralliés, ils faisaient bonne contenance; pourtant il ne leur fut pas possible de tenir devant l'impétuosité des Royalistes, qui, pour la plupart, armées de longues canardières ou d'espingoles, nourrissaient un feu qui portait coup dans les rangs du bataillon d'Arras. Au commencement de Faction il y avait dix-huit cents Bleus autour du convoi. Deux heures ne s'étaient pas écoulées, et il ne se rencontrait plus de vivant qu'un petit nombre de prisonniers. Ils parlèrent de grâce et de merci. Les Chouans . furent. insensibles à cette prière, a Vous avez fusillé à Quiberon, volis serez fusillés ici, » disaient-ils aux Bleus qui les imploraient, et tous périrent. Trois hommes seulement avaient échappé à ce massacre, la plus juste des victoires. Ils couraient vers le bourg de Nort ; mais, haletants, épuisés de fatigue, ils voulurent étancher leur soif au ruisseau de la Digue. Ils y trouvèrent la. mort. Le commandant avait été découvert parmi les cadavres. Il respirait encore ; ses blessures même n'étaient pas mortelles. Cet oflicier fut convaincu d'avoir un des premiers égorgé les émigrés au fort Penthièvre, et d'avoir siégé comme juge dans les commissions militaires d'Auray. On le fusilla au château de Bourmont. •
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11 restait à détruire le bataillon de la Gironde et ieb compagnies belges qui avaient trempé dans les exécdtionâ d'Auray. La justice de Dieu ne se fit pas attendre. Le 27 août les uns tonibèrent sous les coups des insurgés de Jambed*Argent« les autres périrent quelques jours plus tard dans diflOTentès rencontres aVec lès Vendéens de Gharette ou les soldats de Scepeaux. Un certain nombre fut massacré par les Manceaux au poste de Brée et dans des circonstances analogues à la capitulation de Quiberon. Le bourg de Brée, non loin de Laval , avait une garnison de Belges. Les Manceaux viennent l'assaillir : les Belges èt plusieurs Patriotes du pays se réfugient dans une tour; ils en soutiennent bravement le siège. Les Chouans alors environnent cette tour de feux qu'ils ne cessent d'alimenter. Bientôt les Républicains, suffoqués par la f uniée, offrent de capituler si où lent* accorde la vie sauve. Lit t>romesse en est fàite solènnelletnenL Les Bleus sortent de la tour, mettent bas les armes; mais, au mépris de la parole échangée, tous sont fusillés à 'rinstant même en repré.sailles de Qi^iberon. Et les paysans, implacables justiciers, répondaient à toutes leurs plaintes : « Vous avez Mân(|ué à votre parole de Quiberèn, noai ihanl|tions à la nôtre. Chacun son tour, et le bon Dieu notts . jugera tous. » *
Ce qull y a de remarquable, ce que l'histoire ne doit pas . oiablier, c*est qu'avant la fin du mois il n*ekistâit plus un seul des exécuteurs. Lar correspondance du génSral Lemoine, à laquelle nous empruntons ces détails, ne laisse aucun doute sur« raccomplissement de ce vœu fait par les Royalistes.
« Vous m'aves demandé, écrivàit-il aux tèprésentants du
peuple le 19 fructidor an itt (5 septembre 17Ô5), de vous fournir une liste des bons Patriotes qui m'ont aidé dans les vengeances que j'ai exercées au nom de la Nation. On a eu, malgré moi, le tort de les engagèr, môme avant la fin de Taffaire, au milieu de ce paya sauvage ; et j'ai le regret de vous annoncer que tous ont péri, assassinés par nos lâches ennemis. C'est à peine si les états de situation que je viens de parcourir en présentent quelques-uns sur les cadres.
Lte Brigands avaiëât juré dé tes fàiré tous périlr« et nous ne poiifons plus qu'honorer léuf mémoire républicaine. Jè
viens de proposer à îloche de faire une fête funèbre en l'honneur de ces martyrs de la justice nationale. J'espère qu'il accueillera un vœu qui doit moraliser l'armée, dont les officiers et régiments m'ont donné de graves sujets de plaintes au sujet dé ces éxpéditions. i
Le généifai Hoche était parti de Quibefon imtïiédiâteiAetit après sa victoire. Avec douze bataillons d'élite il s'était mis à la poursuite de la colonne de Tinténiac, dirigée par Pontbellauger. Cette colonne avait été attirée à Saint-Malo dans le but de soutenir le mouveUient que le chevaliei^ de la l^éuvîlle cherchait à faire coïncider avec la descente dés émigrés. La Vieuville avait des intelligences dans' la place ; mais tous ces projets en sens contraire, toutes ces intrigues qui se croisaient, n'aboutirent qu'à faire manquer l'expédition principale , sans aucun résultat même pour la prise dé Saint-Malo. Gouyon de Beaufort, Victor de la Baronnais et Pierre Lemonnier, chefs des divisions de Dinan, du Clos- Poulet et de Dol, espéraient, à la faveur de la nuit, escalader les remparts, dont on devait leur faciliter l'accès. Déjà les frégates anglaises enlevaient les bâtiments de transport et les canonnières de la République sous les batteries mêmes des forts.
Tout était convenu pour la surprise nocturne; la veille du jour où ce complot allait éclater, l'esfïion Prigent en livra le secret aux Bleus. Ces derniers arrêtent à l'instant même léH Royalistes de la ville, investissent et dispersent le camp de la Vieuville et de la Baronnais. Ils interceptent même ime correspondance qui leur dévoile les opérations ultérieures. C'est pour ce complot que Tinténiac avait été éloigné dë sa route. Après la mort du général , Pontbellanger, soh giuccesseur, veut mettre à exécution le plan qu'il connaissait; mais les insurgés ont déjà commencé à désertér le drapeau. Les Morbihannais seuls dé Georges Cadoudal tiennent ferme : le 20 juillet ils passent sur le corps d'un régiment républicain qui veut leur barrer le passage; le 21 ils sont au château de Lorge, puis ils péoètrént avec léur
nouveau général dans les Côles-du-Nord. Ils envahissent QuioUn; la garoison fait résistance. Les Chouans « vainqueurs, s'emparent de la. ville, y lèvent une forte ccmtributioD , tooment Saint-Brieuc , se rendent maîtres de Chà- Uïlaudren » où leur colonne doit se mettre en communicaiiou avec l'escadre anglaise ; mais là on ne trouve ni messages, ni plans, ni trace de la iloite. Les Chouans crient à la trahi- • 80D« Dans le même moment le bruit du désastre de Quiberoo se répand , et Hoche arrive pour repousser la divisibo expéditionnaire. Pontbellanger et son état-major, peu habitués à cette guerre de partisans, ne songent plus qu'à leur salut persomiel. On fait replier les Blancs sur Quintin. A la nuit on évacue la place , on prend la route de Corlay . Mais dans cette même nuit Pontbellanger disparaît, il alrâiDdonne les Morbihannais. Cette désertion en face de Tennemi était sans excuse : elle pousse à son comble l'exaspération des Chouans , qui , éloignés de plus de vingt-cinq lieues de leurs cantonnements, se voyaient, sans ressources, sans munitions, égarés au milieu des armées républicaines.
Dans te moment critique, Cadoudal annonce qu'il se charge du salut de tous. A cette parole d'un jeune homme qui par sa màle fermeté a maintes fois soutenu l'énergie de ses amis, la confiance renaît dans les rangs, et Georges, que le péril a élu général , se prépare à la retraite. H fallait de l'audace pour l'entreprendre, de l'expérience pour la ' mener à bonne lin. Cadoudal et Mercier se mettent à l'œuvre. En trois jours et trois nuits de m^urcbe , à travers mille dangers et malgré des engagements que les ténèbres n'interrompaient pas, ils ramenèrent sur le territoire du Morbihan cette foule qui en était sortie l'espérance au cœur. Ils n'avaient pas perdu un homme en rétrogradanL Quinie jours après Tannée était licenciée : Cadoudal , son nouveaa chef, lui accordait un repos dont il avait besoin lui-même pour l'organiser plus vigoureusement.
De Sol de Grisolles, le chevalier de Silz, Duboys, de Troussier, Guillemot, Léridan, Duchayla, Saint-R^nt, Lantivy, Saint-Bilaire, Jean Jan, BonBls de Saint-Loup, Bruslon et Rohu , frère du pilote , furent ses chefs de divi-
sion. Berlhelot fut mis à la tôle de la cavalerie , de Tréces^^on dirigea Tartillerie. Lepeige, dit Debar^ et Deschamps de Villiers furent chargés de rallier les insurgés de Carbaix. Pic de la Mîrandolle avait une compagnie franche formée des débris échappés à Q^^il^eron. Ces chefs étîuenl indislinclement gentilshommes ou paysans. Cadoudal s'inquiétait ft)rt peu de la naissance. C'était à la bravoure et à la capacité qu'il réservait les honneurs du pouvoir* et jamais choix ne répondirent mieux à Tattente d'un général. Parmi les hommes désignés par lui il en est un qui , par son influence en Bretagne , sort du cercle des généraux secondaires : c'est Pierre Guillemot.
Né à la ferme de Villehelo en fiuléon, il avait commencé ses études au collège de Vannes; la mort de son père le força à y renoncer, et il fit valoir la projjriélé de Kerdell, qui lui appartenait. Guillemot devint Chouan quand la Bretagne leva son drapeau contre la Révolution. Ce fut au bois de Golledo qu'il livra son premier combat. L'abbé Leclerc , vicaire de Saint-Jeaa-Brevelay , était traîné à Josselin par quatre-vingts soldats. Avec trente paysans Guillemot attaque l'escorte, la met en fuite, et arrache de leurs mains le prêtre, qui, blessé à la jambe, mourut peu de jours après. Apartir de cette affaire, Guillemot, secondé par Legall et Priol, ne laisse point passer une semaine sans assaillir et vaincre les Bleus. 11 était le type du Chouan. D'une force prodigieuse et d'une activité que rien ne parvenait à fati* guer, il se montrait pieux et fier, juste et bon, mais de cette bonté qui savait ne pardonner qu'au repentir sincère.
Celle organisation mililaire ne reiiîplissait pas encore les vœux de Cadoudal. H forma un conseil civil ; les principaux propriétaires et les ecclésiastiques les plus influents de Bretagne y prirent place. Ce conseil eut dans ses attributions l'administration et la correspondance de l'armée. C'est à vingt- cinq ans que Georges réunit sous son commandement toutes ces petites divisions éparses qui, pour vaincre les Révolutionnaires, n'avaient que leur courage. Par la persistance de sa volonté, par la confiance qu'il inspirait, il fit plus en quinze jours avec une parole que Puisaye en deux
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années avec la sanction du conseil des princes et l'appui des Anglais; car en guerre civile, et ^surtout paraû les Reya- HsteB, vouloir fermement c'est avoir obtenu. Les partis en armes n'obéissent qu'à l'énergie. Une fois maître des esprits
et assuré de leur libre obéissance , le général attendit les événements.
Georges avait organisé le Nlorbiban. De Scepeaux et Frotté, de leur côté « s'occupaient de donner à leurs troupes une plus forte impulsion. Dieusie , lé compagnon d'armes de 5ce-
peaux, venait d'être surçris près de Châteaii-Gonthier. Il était seul dans une nnaison écartée lorsque les Bleus, auxquels il avait été dénoncé, accoururent pour le faire prisonnier. Dieusie s'évade i mais il tombe dans un poste ennemi. On veut le contraindre à se mettre à genoux et à crier : Vive la H^ublique ! A ce prix on lui olTre la vie. Dieusie n'a pas encore vingt-deux ans, et il refuse. Les Bleus le percent à coups de baïonnette , et ce jeune homme qui a fait si noblement la guerre expire en répétant encore : Vive le Roi I Sa mort laissait de Scepeaux à la tête de l'insurrection de la rive droite de la Loire. Il fut nommé général en chef de l'armée de la haute Bretagne et du bas Anjpu. C'est alors que paraissent en première ligne dans cette armée d'Andigné, Bourmont et Rochecotte , trois jeunes gens qui, en émigration et dans la Chouannerie, ont déjà rendu plus • d'un service à la cause royale. D'autres gentilshommes échappés à Quiberon ne tardèrent pas à rejoindre Scepeaux. Le jeune Botherel, d'Avoisne de Gombrée, de Gheffontaines, de la Briffe , de Margadel , de Macklot , s'offrent comme volontaires. Le comle Godet de Chàtillon , chargé d'ans et de blessures, arrive à son tour avec le baron et le chevalier de la Haye, deux frères dont le sang a déjà coulé sur les champs de bataille de Bretagne* Malgré toutes ses résistances, Chàtillon est nommé président du conseil royfti d'Anjou et de Bretagne.
La Normandie, que Frotté eut tant de peine à soulever, Si mettait aussi en mouvement. Il n*a que quatre cents hommes mal aguerris et qui n'ont jamais vu le feu. Avec ce petit noyau de Chouans, il se lance sur les cantonnements
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dont le pays est couvert ; il les inquiète et les force à se baltre. Dans ces rencontres, que Frotté a l'art de multiplier pour èxereer ^ volontaired èt pour sécouer un pëu TapaiBJê normande, le succès ne couronne pas toujours ses tentatives ; cela devait être. Frotté lui-même l'avait prévu ; mais, toujours actif, il établit entre les princes et lui une correspondance que la République ne put jamais intercepter. Lorsqu'on apprît à Londres ce qu'avec si peu de ressources il était arrivé à faire , on lui envoya un assez bon nombre d*offlciers émigrés, qu*il plaça d'abord au milieu de ses soldats et dont ensuite il tonna une compagnie sous le nom de genlilsliomme.^ de fa couronne. Il avait refusé d'adhérer au traité de la Mabilais, et, tandis que cette paix simulée Ir^aitv ob raivait Vu faire une incursion dans le Maine, s'empiarer de la ville de Mayenne, défendue par une garnison plus considérable que la troupe qui l'assiégeait. Suivant de longue main d'autres aventures aussi scabreuses, il avait partout triompbé.
Pendant cette succession d'engagements. Frotté attacha à son petit corps d'armée Picot, l'un des Ghouaris les plus célèbres par son audace et par les ressources de son esprit. Picot qui, selon le général, valait mille hommes à sa cause. Alors échoua Texpédition de Quiberon , et Frotté rentra en N<Mniiandie. Le château de Flérs, près de la forêt d'Âllouze, * fat son quartier général , le centre d'où s'étendirent les i*amifications du soulèvement. Le comte de Saint-Paul insurgea les paroisses de Domfront et d'Ambrières; du Hosnel organisa les cantons de Villedieu et de Saint-Sever; une légion fut formée près d'Avraaches par de Ruays. A Jallevànde, Latour de Gampagnolle leva quelques cothyghies; MoUlien de la Poterye en fit autant dans les environs de Vassy. Tous ces différents corps obéissaient à rini[)ulsion de Frotté. 11 commençait à inquiéter la RépubUque : on lui lendit des t>iégês. Lé général Mignotte lui-même né craignit pas d'entrei^ àvec Une femme nommée Douanille 4ftns Une eëpècè de guet-apens amoureux pour s'emparer de Frotté âu châtéau de Torchamp. Le Royaliste était sur ses gardes; il se déroba aux inquisiteurs de Mignotte; mais à peu de jours de là, le
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7 octobre 1 795 , près de Méniltove , H attaquait an convoi
sortant de piller le château de Canisy, dispersait les Bleus, courait au corps d'aruiée de Migaotte, le battait deux fois de suite et lui tuait trois cents hommes en expiation de cette perfidie.
A ce combat de Méniltove, auquel succédèrent de bien près les victoires de la Séez et de Briouze', où les Bleus furent constamment défaits, les Blancs avaient perdu quelques volcutaires dont tous honoraient ie^ vertus. On voulut venger leur mort , et on tua les prisonniers faits dans la joamée de Briouze. L'humanité de Frotté eut raison de ces vengeances. On s'était battu pendant cinq heures, et enfin le désordre s'était mis dans les rangs républicains : ils prirent la fuite; mais Frotté, Mandat, la Fruglaie et de Saint-Pol pénètrent avec eux dans la ville. Trois cents Révolutionnaires mettent bas les armes; Frotté leur accorde la liberté, leur distribue de l'argent, et leur fait promettre de ne plus porter les armes contre ceux qui leur conservent la vie. Touchés de cette générosité, plusieurs offrent de s'enrAler sous le drapeau blanc, n Non , leur dit le général : si vous revenez plus tard , j'accepterai vos services au nom du Roi ; mais hier vous étiez Républicains, et je veux vous persuader e( non vous corrompre. »
La plupart revinrent ; ils furent les premiers qui formèrent ces compagnies de déserteurs, dont Frotté était suivi dans ses expéditions. A leur arrivée le général ordonna de leur payer la siplde. Us refusèrent en déclarant que , résolus à partager les dangers et la gloire des Royalistes , ils ne demandaient, comme ces derniers , que la nourriture.
Le comte de la Fruglaie se mêla activement à ces affaires; pour arriver eiï Normandie, il avait choisi une route bien périlleuse. Les communications de l'armée de Normandie avec l'Angleterre étaient dilliciles à établir : de là cependant découlaient les succès et les revers de Frotté. La Fruglaie se décida a mener à bonne fin cette mission , et il partit d* Angleterre avec les pleins pouvoirs de Monsieub. L*escadre de sir Sidney Smith avait causé quelques dommages à des cbajoupes de pécheurs qui réclamaient une indemnité. La
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Fruglaie se fait mettre à terre; puis, sous le nom d'Kvreux, avec le titre de parlementaire britannique et d'aiile de camp désir Sidney Smiih , il se présente aux autorités révolutionnaires de Gaeo. Son langage, sa tenue, rien en loi ne décelait le Français; chacun le prit pour un enhnt de l'Angleterre ; personne ne pouvait lire dans son cœur. Bien accueilli par les uns, mis en suspicion par les autres, la Krup;laie commençait à désespérer du succès, lorsque des clubisles plus soupçonneux déclarent que le parlementaire ne sortira de Caen qu'après avoir été interrogé par le représentant du peuple Porcher, commissaire sur les cotes de Normandie. On rappelle de Lisieux, où il résidait. La Prupjlaie met à proût ce temps pour gagner la confiance de quelques personnes. Par Tune d'elles, il adresse à Frotté les renseignements dont il est chargé , ainsi que les signaux et la manière de s'en servir pour les correspondances. O^^and Porcher arrive, la Fruglaie n'a plus à craindre que pour ses jours; il avait ouvert une vq/e de communication entre l'armée royale et Saint-Marcouf. A la vue de cet Anglais , Bprcher s'indigné, il le menace, il le questionne, et sous le coup de ses réponses toutes justes, toutes pércmptoires, le Conventionnel répond en mettant le parlementaire en arrestation préventive , sauf à en référer à la justice du Comité de salut public. C'était la mort pour la Fruglaie. Ce dernier ne se résigna pas à Tattendre; il s'évada avec une adresse pleine de courage. Après avoir affronté mille danp^ers, il parvint au quartier général de Frotté , où d'abord il fut pris pour \in espion et exposé à être fusillé.
Trente ans plus tard te citoyen Porcher.et la Fruglaie se rencontraient encore une fois, mais sur les bancs de la pairie. La Restauration les avait tous deux faits pairs de France, et Porcher, devenu comte de Richebourg, prétendait, comme tant d'autres, avoir oublié ces souvenirs néfastes.
L'agence de Paris avait compromis les Royalistes qui espéraient triompher par les armes; elle chercha à relever leur cause en s'attachant à des moyens plus politiques que militaires. Un nouveau plan de contre-révolution fut élaboré par Ottveme-Depresle. L'agence créa des réunions qu'elle appela
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Initituls des amis de l'ordre ou des Fidèles; elle voulait qa*on rompît avec les traditions de bataille pour se porter dans les ^ aminblées primaires sur le terrain électoral , et tirer de i . l'uroe des scratins une révolution toute faite. Ëlie s'adreesait spécialement aux généraux de l'Ouest, et, en leur recommandant cette tactique, elle ne renonçait cependant pointa employer les armes lorsque l'heure en aurait sonné selon ^ elle. Ces instituts eurent pour chefs Frotté dans la basse Nor* mandie, Puiaaye en Bretagne, Bochecotte dans le Perche, de Soepeaux dans le Maine, Bonrmont, qui prit le nom de Renardin , dans une partie de l'Anjou , et Mallet dans la haute Normandie. Ce dernier était un ancien oûicier suisse au service de la France, et un des émissaires les plusavancés.dans les secrets du cabinet britannique.
Le nouveau plan de l'agence n'évoqua que des indifférents ; il n'y avait pas plus de liberté d'élection' que de liberté individuelle. Chacun savait que la République ne laisserait pas les communes se choisir leurs mandataires , et qu'aller voter était pour lea Royalistes un temps absolument perdu. On avait déjà sous les yeux plus d'un exemple de ces violations du droit électoral , et pour renoncer au combat les Chouans demandèrent à l'agence certaines garanties plus solides que des théories pacîQques ou des plans impossibles. L'agence n'était pas en mesure d'en offrir d'autres $ elle préparait à Paris son coup d'Ktat contre la Convention ; coup d'État malheureux, qui mit en lumière le général Bonaparte, et aboutit si vite à la bataille du 13 vendémiaire. Elle laissa donc ses intrigues en Bretagne aflu d'en nouer de plus actives il Paris. Les Blancs profitèrent de ce répit pour rouvrir les
hoslililcs.
Mais dans le Maine , où le chevalier de Saint-Gilles, Pontbriaiid et les deux, frères du Boishamon s'étaient jetés par ordre de fioisguy, et ou ils luttaient avec' une iitfatigable persévérance contre des difficultés de toute nature , le parti royaliste avait fait une perte irréparable. Le chef de la Chouannerie était mort; et le trépas de Jambe-d'Argent devenait le coup le plus fimeste qui pût atteindre les insurgés de ces contrées. Le petit mendiant qui a^t su, à force d'énaigie
DE LA VëMDJÉJL NIUIAIRE. Ht
et de e^picité, acquérir si vite un ascendant eitraordioaifeaur
les paysans, avait tontes les qualités et les vertus qui font les grands hommes. Sa parole était sacrée, même pour les Bleus; et, aiin de inaintenir sa réputation, il eut souvent à lutter contre ses propres soldats. Au milieu des attaques perpétuelles dont elle était l'objet, sa divisioo prenait chaque jour un accroissement plus rapide. Vers le commencement d*oclobre 1795, Jambe- d'Argent étendait son autorité sur vingt-neuf paroisses, il avait plus de deux mille hommes sous%ea ordres ; dans son état«major, il réunissait tous les gentUshommes du pays et un grand nombre d'émigrés. Son nom était célèbre chez les Chouans, et les Républicains euxlïïémes avaient appris à le vénérer. De Scepeaux, Chàtillon et Turpin obtinrent pour le petit mendiant la croix de Saint- Louis, et il allait entrer dans une nouvelle ère de succès, lorsque , le lundi 26 octobre 4795, iambe-d'Argent est averti qu'une colonne républicaine doit le lendemain investir la paroisse de Cosme pour enlever les grains. 11 dépêche ses aides de camp Leblond et Va-de-bon-cœur avec mandat de réunir la division de Placenette et de Lecomte« et lui-même se dirige vers les villages de Saint-Sulpioe, d'Houssay et d'Origné, afin de former un rassemblement.
De retour au Haul-des-Prés, son quartier général, il va goûter quelques heures de repos, car il souffrait beaucoup de sa jambe, lorsqu'on lui annonce que Moustache, un de . ses lieutenants , a été surpris et vaincu. A cette nouvelle , « Ce n'est pas, dit-il , le moment de dormir; voilà nos gens qui se battent là-bas, je devrais être avec eux. )> On veut le retenir, il s'échappe, et, suivi d'un jeune Royaliste de Laval , il franchit au pas de course la lieue qui le sépare des Chouans, il est à coté de ses frères d'armes, et de sa voix retentissante : « Voilà Jambe-d'Argent, répète-t-il, en avant les braves! » A ce cri de guerre, les Maaceaux, qui commençaient à plier, s'élancent sur les Bleus. Jambe-d' Argent est à leur tête , les Bleus épouvantés reculent; le cheS des Blancs se jette à leur poursuite. Quelques Républicains cachés derrière une haie font une dernière décharge-; Jambe-d'Argent expire frappé de deux balles dans la poitrine. 11 était enseveli dans sa vic-
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toîre , il ne r^pirait plus ; mais ses amis espéraient encore ; lorsque Moustache, un vieux soldat dur et insensible, s'approche du tas de chaume où a été déposé Jambe-d'Argent. li soulève et laisse retomber ce chaume , et dit en pleuraat: < Tout est ûni ! il ne nous reste plus qu'à prier le bon Diea , non pour notre chef, mais pour nous ; nous n'avons plus que malheur à attendre.
A ces paroles, les sanglots éclatent dans les rangs. La nuit même qui suivit ce jour du 27 octobre, on alla secrètement creuser une fosse dans le cimetière de Quelaines. On f enterra, au milieu des larmes de tous , le jeune homme né daos la pauvreté , inflrroe dès l'enfance, mendiant durant toute sa vie, et qui n'avait dù qu'à lui-même et à sa foi une gloire si rapidement acquise.
La Convention ne régnait plus. Gouvernement gangrené qm« après avoir fait de la violence, tombait devant la répro* bation universelle et au milieu de toutes les flétrissures, cette assemblée était remplacée par le Directoire, nouveau pouvoir issu des turpiUides démagogiques. Un des premiers actes des cinq directeurs fut de nommer Hoche général en chef de la triple armée de TOuest, des côtes de Brest et de Cherbourg. Hoche, au comble de ses vœux, allait enfin et sans contradicteur appliquer son système à cet ennemi « qui, insaisissable et invisible, écrivait-il au Comité de salut public, semblait rentrpr en terre dès qu'on l'approchait ». Son premier ordre du jour portait que, « les Républicains devant toujours vaincre , il était défendu de songer à faire des retraites, l'expérience ayant prouvé qu'elles dégénéraient toujours en déroute », et, s'adressant aux habitants de l'Ouest, il disait :
« Pensez-vous qu'avides de sang nous allions venger des assassinats par des assassinats? Pensez-vous qu'en conduisant les Républicains contre ceux d'entre vous qui sont armés,
j'aille commander le meurtre et le pillage? — Non, les vrais Républicains ne commettent pas de cruautés. Ces mêmes , soldats qui vous font fuir viendraient vous donner le baiser de paix ; ils viennent vous arracher à la tyrannie et non vous égorger. Vieillards, femmes, enfants, si telle est la force du
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crime que vous ayez perdu tout ascendant sur l'espcit des hommes qui nous coinbalteot, si la raison ne peut rien sur leur cœur endurci, ne fuyez plus» nous saurons respecter votre faiblesse. Rétablissez vos chaumières , priez Dieu et labourez vos champs. »
Les capitaines de paroisse et les paysans ne se laissèrent point séduire par ces proclamations; mais Puisaye avait reparu en Bretagne» il y apportait de nouveaux plans, une autre organisation. Le désastre de Quiberon, la mort de Sombreuil et des émigrés, sa fuite, tout lui faisait un devoir de n'y revenir que pour combattre e<i volontaire et mourir sur ce sol ; il essaya de ressaisir lu pouvoir que ses mains trop faibles avaient laissé échapper. Après la tentative du comte d'Artois sur l'Ile Dieu , il se présente an conseil do Morbihan pour se disculper d'abord , pour commander ensuite; il reçoit un accueil plus que sévère. Le conseil se sépare sans vouloir entendre sa justification , et Puisaye se réunit à un petit nombre d'amis qui ne l'ont pas abandonné dans sa mauvaise fortune. Alors les chefs du Morbihan se rassemblent; ils croient avoir tout a craindre de l'ancien généralissime de la Bretagne. Son arrestation, sa mort même sout proposées par les uns ; les autres exigent seulement qu'on loi signifie qu'il a perdu à jamais l'estime des Royalistes. Gadoudal était en tournée vers la Vilaine. Mercier est chargé, • au nom du* conseil , d'aller annoncer à Puisaye l'exclusion dont il est l'objet, de l'arrêter s'il résiste, et même quelques contemporains ajoutent qu'ordre secretfut intimé à la Vendée de le fdire fusiller s'il ne sortait à l'instant même des cantonnements. Mercier part, il pénètre dans la ferme où Puisaye était entouré du vicomte de Chappedelaine, de Seguin , de Péan de Saint- Gilles, du baron de Gourcy», et de trois . autres gentilshommes. Mercier force Puisaye à lui remettre son épée; il lui notifie l'arrêté du conseil du Morbihan; il , loi enjoint de se retirer et de ne plus se montrer au quartier général.
Puisaye connaissait trop le cœur huuiain pour résister de front à un de ces hommes tels que Mercier, dont il savait les ^trainements et la bonté. 11 se soumet d'abord; mais tandis
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que le3 Bretons qui cernent la métairie réclament sa tête à grands cris, Puisaye, impassible et résolu, développe au jeune officier ses plans de Quiberon, qui tous ont été contrecarrés. Son éloquence naturelle et sa position si difficile arrachent des larmes à Mercier. « Fuyez I s'écrie ce dernier, laissez le Morbihan , et je me char^ d'apaiser la fureur de vos ennemis. » Puisaye ne pouvait espérer que cela. 11 met à profit la sensibilité de Mercier; quelques jours après il se retirait dans l'ille-et- Vilaine, où son autorité est mieux atrenme.
Cependant Georges veut répondre à la proclamation do
général Hoche. Le 13 brumaire an iv (/i novembre 1795), il fait publier défense tous Igs agriculteurs d'aller vendre leurs denrées aux marchés des villes; et, pour donner le signal des hostilités, il va attaquer le hourg d'Ëlven, mi tiennent garnison quatre cents grenadiers de VAin aux orém de Cerdon. A l'approche des Blancs, les Bleus se retranchent dans l'église et dans la caserne. L'avant-garde des Chouans envahit le bourg au cri de « £a avant les chasseurs du Roi I a Elle arrive à la porte de la caserne : elle est repoussée k coups de fusil. Georges accourt s il enlève l'église, et, k la téle de deux cents hommes aussi déterminés que lui, il ! marche sur la caserne où les Bleus se barricadent. Les Royalistes sont reioulés. Georges revient à l'assaut, il somme les Républicains de se rendre. Leur feu répond'seul à cette sommation. Un émigré nommé d'AndIar s'avance avec une botte de paille enflammée t il est tué. Cadoudal , qui ne'veat pas introniser son commandement par un échec, enjoint à ses soldats de grimper aux fenêtres ; lui-même en offre l'exemple. Leurs mains saisissent les •fusils dirigés sur eux : leurs mains, blessées par les baïonnettes, les tournent contre ceux * qui tout à l'heure en étaient armés. Un massacre est la conséquence d'un tel choc. Cadoudal, au milieu du feu, est le premier exposé aux coups. Enfln les Républicains font une sortie au nombre de quatre-vingts : ils sont écrasés; mais Georges est contraint de se retirer.
Il forme de nouveaux rassemblements, et investit presqne simultanément les bourgs de Plumergat, de Merriadec et de
Locoal. H est vainqueur dans ces trois escarmouches. Sur le pùùi de Lamsoo, il enveloppe un riche convoi qu'escorUient quinze cents fantassins et soixante cavaliers. On se bat quatorze heures à bout portant. Le jeune Bruslon périt dans la inêlée, et enfin- Georges voit fuir encore les Bleus. Chaque jour éclairait de semblables rencoutres, chaque nuit les cachait dans ses ombres. La guerre devint plus active , plus meurtrière que jamais ; car, selon le désir de Cadoudal , les insurgés ne s'inquiétaient pas de rester maîtres du champ de bataille. La victoire apparlenail de droit à ceux qui avaient perdu le moins de monde : la manière de guerroyer des Chouans leur garantissait toujours cet avantage.
Les généraux Avril et Lemoine sont mis à sa poursuite , Hoche en cë temps*là était en Vendée. Ils se dirigent sur Sarzeau et Muzillac, menacés par les Bretons. Geor^^es a besoin de leur donner le change : il feint de s'avancer sur Lorient et le Fort-Louis. Lemoine et Avril veulent couvrir ces deux places. Le k décembre, une bande de Chouans rencontre la division Lemoine. Ils se replient sur le bourg de Berry ; mais à la hauteur de Muzillac ils repousseiU la ^i;arnison de cette ville. C'est là que pour la première fois paraisbent en ligne quelques soldats de Loyai-Émigrant qui, après 6lre échappés aux mai^cres juridiques de Vannes et d'Auray, ont formé une compagnie. Sans être spécialement attachée à aucune division, cette compagnie se portait partout où le danger était inuninont. Afni d'enseigner aux jeunes gens à se battre régulièrement, elle marchait toujours l'arme au bras à Tennemi. Ces hommes, parmi lesquels Thistoire doit dter Gomez, PériaU Dufou, Siméon, Duval, d'Ancourt, du Jardin, de Bachimont, de Boué, Pépin, Roussel, Thomas, de Maigny, Hubert, Lacouret Dauphin, ces hommes s'étaient déjà couverts de gloire à la célèbre sortie de Menin, et en Bretagne ils offraient l'exemple de la valeur et de la disci- .pltne. La victoire de Muziliacfut leur début dans la Chouannerie.
Tout à coup Georges débouche sur la côte de Penerf. Dans la nuit du 18 au 19 frimaire an iv (du 9 au 10 décembre 1796), il reçoit une caisse de piastres que le chevalier
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Dufou, Philippe Duplessis-Grenaden et rÉpinay avaieDt débarquée; puis il lâche de se mettre en rapport avec le corninodore Warren, qui, après l'expédition de l'île Dieu, côtoyait le Morbihan pour ravitailler les volontaires. Saumarez, capilaice de tOrion^ s'avance vers la terre; mais les généraux Avril , Lemoine et Rey bordent la côte avec toutes leurs forces. Georges, toujours prudent, refuse d'engager ses troupes dans une atlaiie où il ne peut qu'être battu, car il n'a plus de munitions et il est exposé entre trois feux.
Puisaye, retiré dans rille-et-Vilaine, ne s'est pas, à la réflexion , laissé intimider par les menaces du conseil du Morbihan. Il a erré durant dix jours dans le district de Redon ; enfin , parvenu aux environs de Guer vers la minovembre, il se met en sûreté sous la garde de Joseph de la Trébonnièrè, chef de la division de Mordelles. Cette division était remarquable par le nombre de braves qu'elle comptait dans ses rangs. La CrochaisTde Kemene, Viard de Mouillemuse, le chevalier dePinquer, Briand, de la Monneraie, le Gris de Neuville, Roger, Testard et Hâtais en faisaient partie. La Trébonnièreest un officier qui , sur la route de Rennes à Nantes, a eu plus d*une affaire brillante 'avec les Bleus; sa réputation était établie. £n adroit politique, ce fut à ce partisan que le général s'adressa dans l'intention de balancer l'influence de Cadoudal, et de lui opposer un homme aussi entreprenant que lui. Alors Puisaye eut encore autour de sa personne des rassemblements, des soldats et une espèce d'armée. Il plaça son quartier général tantôt à Maure, tantôt à la Chapelle du Bouexic; de là il inonda la Bretagne, la Normandie et le Maine de circulaires pressantes dans lesquelles il invitait tous les divisionnaires à lui envoyer des députés afin de resserrer les liens affaiblis de la confédération bretonne. Il devinait bien que ses dernières espérances de pouvoir n'étaient basées que sur cette réunion, il la provoqua par tous les moyens ; mais cette réunion devait prononcer entre lui et les chefs du Morbihan, que l'aucien généralissime ne cessait d'accuser. Personne ne se présenta.
Le dissentiment qui séparait le Morbiban et Puisaye tenait h beaucoup de causes. La principale était sa conduite à Qui-
Di: LA VENDÉE MILITAIRE. M»
beron : elle avait ulcéré tous les cœurs. Une inimitié profonde divisait Georges et le comte. L'union n'existe que dans les partis heureux : elle disparaît aussitôt que ces mêmes
partis triomphent ou périclitent. C est la condition qui leur est faite, et à laquelle tous ont succombé, dans la victoire ou dans la défaite. Les deux chefs, à la téte de leurs amis, suivaient des systèmes opposés. Gadoudal reprochait à sonantagoniste une lâcheté qui avait tout perdu. Puisaye annonçait avec jaclance dans ses lettres qu'il allait « se mettre en campagne pour réprimer les membres de l'armée divisionnaire de Vannes qui méconnaissaient son autorité ».
Ces dissensions intérieures, auxquelles Charette s'associait en Vendée tandis que Frotté et Aimé du Boisguy s'y mêlaient en Normandie et en Bretagne, auraient dû exercer une fatale influence sur le moral des troupes : il n'en fut rien pourtanL Ces généraux se déliaient des bonnes qualités comme de l'esprit d'intrigue de Puisaye; ils le savaient plus habile diseur que soldat, et ils s'avouaient avec Gadoudal qu'en guerre civile le commandement appartient plutôt à Tépée qu'à la parole. Puisaye n'ignorait pas leurs dispositions; mais fort de l'appui du conseil des princes et du cabinet britannique , plus fort encore de l'espèce de scission qu'il faisait éclater entre les gentilshommes chouannant et les * paysans insurgés, il maintenait son autorité en caressant chaque jour un nouveau rêve de restauration, un nouveau plan de monarchie. Ces rêves et ces plans avivaient chez les émigrés et dans le cœur de quelques Royalistes de chimériques espérances qui affaiblissaient le parti; et une des fautes les plus graves du conseil des princes est d'avoir, malgré toutes les prières, laissé au comte de Puisaye une ombre d'autorité en Bretagne après la campagne de Quiberon.
On sait le mal que prodoisit l'agence de Paris, et pour- . tant elle était au centre des communications ; elle pouvait voir, étudier, juger par elle-même. Le conseil des princes, au contraire, toujours à Londres, sous la main du cabinet britannique, ne devait avoir qu'une notion bien imparfaite des besoins et des vœux de Tarmée royale. Composé de gentilshommes qui avaient sans doute les meilleure : inten*
lions, ce conseil ne sentit pas que les guerres intestines ne ae âMH foioi »¥ec des officiers éir^ogerâ au pays, $m% ^ des bomuies «yaot le langage el le» mœurs de eeux qui se soeièveot. Il ae vodut pas voir cfae la Vendée n'avait -été
grande que parce qu'elle-même avait choisi ses généraux sans acception -de rang, tautôl paraû les vlUageois, laûlôt parmi les gentilshommes.
GeUe oonfusioD d'erdree ei de classée était une calamifeé f&asr le conseil des princes, il Favait mim dans le Boca^et car les Vendéens nommaient leurs chefs el n'auraient pas • souffert qu'on leur en imposât; au fond de la Bretagne ce conseil se flattait d'exercer plus d'empire. Le voisinage des oêèes ei la mniliptieité des eoramunteatieiis offiraieni à ses vetoiités une aetton plus déterminante. Puisaye savait que les princes n'étaient pas plus exempts que leurs favoris de cette pensée de démarcation entre la classe privilégiée et les paysans, qui, eux, ne demandaient d'autre grâce que de mourir sous leur drapeau ei avec les officiers qu'ils éli-' sileili. il devina la haine que les MoAiliannais Im avaient jurée en souvenir de Quibâron. Ausâtôt il chercha à s'entourer de forces amies qui pourraient contre-balancer cette haine. Il écrivit au œnseil des princes le 5 novembre 1795: • « Le Morbihan, que Georges tient dans ses mains, se prononce plus que jamais contre la noblesse et contre les émi* grés : ils font une guerre populaire , disent-ils, et non pas une guerre de restauration. Dans ce corps d'armée les gentilshommes sont sans crédit, parce que Georges a su concentrer tous les pouvoirs et capter toutes les confiances, il faut s'attendre à le voir nous échapper d'un jour à l'autre r non pas pour aller à la République, il en sera toujours le plus implacable ennemi , mais pour combattre à sa manière la Révolution, qu'il déteste. L'opposition à nos projets vien- ' (Ira toujours de ces Royalistes qui veulent établir l'égalité sous le drapeau blanc. Le crédit de la noblesse a beaucoup perdu : dans le Morbihan on aime un gentilhomme qui ae bat en volontaire; mais on ne veut pas que le premier débarqué vienne faire la loi. Ce qui se passe ostensiblement dans cette contrée se fait pressentir secrètement dans
DE LA YWSME MILITATRE
toutes les autres de la firetagoe, et pour parer à cet incoDvéomnt je rais ne voir <Migé de créer une compagoie de gentilshomiMS pour laisser aux paysans leurs andens chef».
Ma position est devenue irès-ditïicile; je m*y maintiendrai cependant : vous pouvez en donner l'assurance aux princes et à M. Pitt. »
Cette éépédie, doot boqs ne devons extraire que ce passage , esl un trait de himière jeté sur l'histoire de la Ghooao-
nerie : elle révèle les sources du mal. A des esprits inteKH gents elle indiquait, malgré les réticences de fuisaye, le remède à employer. Le conseil des princes la lut, et se eonteata d'ebjoindre à son générai de 'gagner l'amitié des lioAihannais. Ce n'était pas diose facile : Puisaye y renonça promplement; mais dévoré du besoin de se mettre en avant, il essaya de ressusciter le comité royal de l'insurrection bretonne. Jl le composa du chevalier de la Crochais, du marquis de Panges, de Cvautbier, de Gollin de la Contrie et d'ÉroDdelle jeune ; puis , avec ces cinq hommes à peu prêt «connus à la Bretagne, il rédigea des circulaires, prit des arrêtés qu'il adressait aux généraux de l'Ouest. La plupart de ces circulaires et de ces arrêtés restèrent sans réponse. Alors Puisaye, qui eongeait à remplacer par* des gentilshommes tous les chefs bretons, s'imagina d^évoquer on successeur à Georges Cadoudal. Pour détruire le système antinobiliaire que, disait-il, le jeune Morbihannais faisait prévaloir par ses succès, il appela le prince de Léon, un héritier de l'iUusire fauniUe des Roban. Le prince repoussa cette offre; il ajouta même que « si le Roi croyait ses services en Bretagne utiles à la cause monarchique, il était prél à s'y rendre; mais que, dans ce cas-là, il se mellrait avec plaisir sooa le commandement du plus brave ou du plus heureux, Mns Caire distinction de rang ou de naissance. »
Ce que le prince de Léon déclarait avec tant de loyale sa* gesse était bien l'expression des sentiments de la majorité. Les émigrés, en effet, ne partageaient pas les répugnances que Puisaye affectait. Dans le Morbihan même , les nobles s'étaient mis avec joie sous les ordres de Cadoudal , dont ils beneraient la rude fermeté, dont ils admiraient le génie. Il
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en était partout ainsi en Bretagne et en Vendée; mais ici, comme en beaucoup d'autres circonstances, ta minorité « plus active* plus remuante que la majorité, fit la Im.
Nous avons expliqué les difficultés que le retour de Puisaye avait soulevées dans l'Ouest après Quiberon. Il commit une faute en persistant à vouloir y rester. Le conseil des princes en commît une plus grave en TautorisanL Puisaye, pour se maintenir, eut r^urs aux divisions et aux flatteries ; il sema la discorde. De toutes ses erreurs cdle4à est la moin,s pardonnable.
Les choses en étaient là lorsque, le 11 novembre 1795, le chevalier de la Gaze, volontaire à l'armée du Morbihan, est enlevé près de Guer par un détachement de la Trébonniëre. La Gaze fut amené devant le général au château de la Roche- Colerel. Après l'avoir accablé de reproches, il le fit juger par défaut, condamner à mort, et partir pour les avant-postes de Cadoudal. A peine Tescorte fournie par le comte de Puisaye au jeune émigré a-t-elle fait une lieue dans les terres, que la Gaze est fusillé sans merci , sans accusation , sans autre motif de culpabilité que de ne pas servir la cause de Puisaye. Cette exécution eut un triste retentissement; mais Gadoudal, dominant les idées de vengeance qui fermentamt à son état-major, ne voulut jamais entendre parler de récriminations. Il déclara en public que la mort de la Gaze était le résultat d'une haine personnelle, fait qui semble démontré par les récits de témoins oculaires. Cette mort cependant affermissait Tautorité de Puisaye ; il en profita pour établir sa compagnie de gentilshommes à cheval, connus souS le
nom de Chevaliers catholiques.
Toujours imbu des prérogatives de l'ancienne monarchie, le comte d'Artois, à l'île Dieu, avait recommandé de créer ce corps noble destiné à serw de garde aux princes, à aller le premier au feu et à faire Farrière-garde pour les retraites. Dans les intentions secrètes de Puisaye, ces jeunes gens étaient réservés à devenir une pépinière de chefs secondaires, à l'aide desquels il lui serait aisé de faire prévaloir ses .pensées de domination et d'établir son unité de pouvoir. Quarante gentilshommes furent choisis par lui
pour le noyau de cette troupe d*élite. Péan de Saint-Gilles et, après sa mort, le vicomte de Chappedelaine en furent nommés les colonels. Elle se composa du chevalier Constant de Cintré» da comte de Hautoy, du chevalier de CrespeU du baron de Gourcy-Montmorin , de Séguin , de Coster Saint- Victor, de Châteauneuf, de Charelle-Colinière, de Roger, du Breil-Houssoux , de la Massue, dë la Sillaudaie, de Ruault, de la Trébonnière, de Rogon, de Ralet, du Rosel, de Magloire Dufrèche, de Lecorgne» de Lichy, de Vinezac, du cbevaKer de Charette, de Sesmaisons, de Sagazan, de la Blayrie, de la Voltais, du chevalier de la Blayrie, de Porcareau, de Brioussoux, de Lemintier, de Tronc- Joly, des deux Farcy, des deux Carcouet, des trois Chabert, de Duchatellièr, de Miniac, d'Àpurii, de Léliac, de Boulay et de la Neuville.
Dès le principe , ces gentilshommes se firent remarquer
par des traits d'une audace inouïe, et, quoique liés avec Puisaye, ils n'eurent aucune part aux démêlés que suscitait son esprit trop enclin à l'inlrigue. Us furent braves sur le champ de bataille, circonspects dans les camps; plusieurs même devinrent les amis et les frères d'armes de Cadoudal et de Boisguy. Leur présence en Bretagne produisit d'abord une impression que l'histoire doit recueillir. La veille de l'affaire du Bas-Courtil, près de Mordelles, où, le 15 octobre 1795, la Trébonnière vainquit le 6* bataillon de la Côte-d'Or, Puisaye passait la revue d'une de ses divisions et , des Chevaliers catholiques. Le jour suivant, ces gentilshommes devaient, pour la première fois, aller au feu avec les Chouans. Au déûlé, les paysans qui formaient la compagnie d'élite de la colonne refusent de laisser prendre le pas sur eux aux nobles, pour lesquels, au dire de la Révolu- ,tion, ils s'étaient armés. En signe de désobéissance raiâohnée, ils ont déjà déposé leurs fusils par terre. Puisaye s'approche d'eux et leur dit : « Vous avez toujours ^u la droite et vous l'aurez toujours; mais ces messieurs sont officiers, ils doivent avoir le pas sur vous. »
Les Bretons, qui aiment l'égalité partout et principalement daus le dauber, s'écrient : « Eh bien ! si ces messieurs
fluuretiflai à noftr» ttte dans les irtviies, il faudra qu'Us mm fréMmi au tm « 0t nous fa6ill€fons le premier qai recalera. » A ces mots, les Chevaliers catholiques quittent leurs rangs, et, comme de loyaux soldaLs, sûrs d'eux-mêmes, ils teûdeot afifectueufieioeot la main aux paysans : <c Va dooc pour dea balles «oolre oelui qui recalera. Nous verrons a j vous aures le peiao de nous en envoyer 1 » réfXMidentHls. i Le lendemain, au bas Courtii, les Chevaliers acquéraient i à force d'intrépidité le droit de préséance que, depuis ce jour, | l'ombrageuse suacepUbiiité des Cbouans ne songea plus à i leur dispuieir.
Puisaye evail organisé de nouvelles forces du côté de
Saint-Brieuc ; il demande au vicomte de Scepeaux el à ses officiers de le reconnaître en qualité de chef suprême. Alin ' de ne pas mêler un autre ferment de discorde aux mésin- . leUifeiices royalistes, le général de la rive droite de la Loire, qui ne savait que Irès-impiarfaiteaient les détails de Quiberon/ satisfit aux exigences de Puisaye; mais il n'eut dans cette armée qu'un pouvoir tout à fait illusoire. Le conseil que présidait Ghàtillon, et qui était composé de BourmODt, de d'Andigoé et de d- Avoisne, n'aurait pas toléré un empiétement plus proaoooé. |
Ce conseil n'avait que des hommes de guerre dans son sein, à l'exception de l'abbé Cadaux, chanoine de Quimper el intendant général de l'armée; il put donc rendre de véritêtÀM services à la cause royaliste. 11 maintint le camp de Betoi, que Meaulne commandait; il en établit pluneure autres, où les insurgés se soumettaient comme des troupes de ligne aux réquisitions et aux appels, puis on décida qu'au signal d'attaque de la part des Bleus , les Royalistes se lèveraient en masse. Cette discipline, qui n'avait jamais régné dans les camps vendéens, était principalement due à CadoudftU La premier il avait eu la pensée de l'appliquer aux Chouans; elle lui avait réussi. Gumbinée avec l'esprit des habitants de la rive droite, elle obtint le même succès. Alors on vit les Angevins et les Bretons s'étendre de Nantes jusqu'à Blois, régner en maîtres sur les rives de la Loire, enlever les détacheinenls qui s'y montraient, et pousser
DE LA VENDÉE MILITAIRE. Hl
jusqu'au Mans des reconnaif^nces, afin de faciliter l'arrivée dw muBitioDft. 11 fallait de racUvité el du bonheur powf échapper à tous les guet-apens que tendaient lee Révelulion^ naires. En Bretagne, ils avaient créé des faux Chouans : les
preuves en ont été largement administrées. Sur la rive droite de la Loire, ou organisa des bataillons de Républieains qui ne craignirent pas de se ftire espions. Un rapp^ très-détaillé de Thierry « commandant de cantonnement de Genneteuil, ne laisse aucun doute sur ces manœuvres et sur leurs sanglants résultats. Ce rapport est daté du 1*' frimaire an IV (22 novembre 1795), certifié conforme par le général Baillot, et approuvé par Hoche.
« J'ai exécuté, citoyens, écrit ce Thierry aux administratetirs de Maine-et-Loire , le projet dont je vous ai fait part il y a six jours, lequel a été au gré par tous les renseignements que j'ai pris sur les aristocrates des environs. Je me suis donc mis en Chouan avec une partie de mon délachemeot, et je suis parti le 16, à environ minuit, pour me porter dans les communes les plus aristocrates, telles que TurbtUier, Vaulandrie, Clef, Fougères et Saint-Quentin. En arrivant à Clef on me dit que les Chouans venaient d'en partir au nombre de cinquante, et qu'ils dirigeaient leur route vers Fougères èt Saint-Quentin. Après ces renseignements je ne tirclai pas à les suivre; chemin fàisant, à peu près à une demi-lieue de Clef, je suis entré dans une métairie, où je demandai après les Chouans. On me répondit qu'il y avait un instant qu'ils étaient passés, et que, pour m'assurer plus sûrement quelle route ils avaient prise, on allait me faire venir quatre de leur bande, qui étaient restés derrière, lesquels arrivèrent, et que je reçus comme des frères, eé qui leur fit croire que nous étions leurs complices; ces messieurs s'offrirent pour être nos guides si nous voulions r^oiudre leur compagnie. J'acceptai leur offre, dont je leur donnai la -récompense au milieu d'un bois où ils nous firent passer. Ce bois était sur uncr hauteur d'où nous erûmes apercevoir des volontaires, et, de peur que les quatre scélérats nous échappassent, je les fis fusiller sur-le-champ. ')
La République faisait ainsi la guerre ; il fallait la com- .
m HISTOIRE
battre tantôt à découvert, tantôt par la ruse. L'homme qui expella dans ce genre d'attaques, et qui bientôt, par sa tactique militaire 'et par les subtilités de sa diplomatie « se raidit redoutable aux Bleus, fut Je comte de Bourmont
Né au château de ce nom en 1773, Louis-Victor de Bourmont était encore bien jeune. La nature lui avait prodigué toutes les qualités qui font les chefs de parti : il était brave de sa personne* mais de cette bravoure qui réfléchit ses témérités et ne se livre jamais. A de grands talents pour la guerre Bourmont joignait une sagacité au-dessus de son âge , une aptitude dans l'esprit qui ne lui permettait même pas d'être dupe des exaltations et des espérances ambitieuses de quelques-uns de ses frères d'armes. Plein de cette affabilité puisée dans les camps du prince de Gondé, auquel il avait été attaché pendant les premières campagnes de Fémigration, il cherchait à plaire à tous. Fertile en ressources, prompt à tout saisir et à tout deviner, la ruse lui paraissait aussi un moyen de succès ; mais, paresseux parce qu'il se sentait ort, on le voyait se livrer aux plaisirs de son âge en attendant l'heure du choc ou du conseil. En Vendée, c'était une nature qui n'avait pas encore figuré dans la guerre civile; il y avait chez lui du la Rochejaquelein et de Tabbé Bernier, Son caractère, composé de tant d'éléments divers, devait souvent le faire mal apprécier et lui susciter des ennemis de , plus d'une sorte.
Ce brillant officier fut, avec le chevalier d'Andigné, le principal appui de Scepeaux. Né comme lui en Anjou, à peu près du même âge que lui, d'Andigné était lieutenant de vaisseau lorsque la Révolution éclata. Il servit à Tannée des princes, puis le 24 décembre 1794 il laissa le continent pour s'enr5ler dans le régiment que le comte d'Hector destinait à l'expédition de Quiberon. Nous l'avons vu débarquer sur la côte de Bretagne avec le chevalier de la Vieuville. A partir de ce jour, d'Andigné fut pour l'armée royale le courrier le plus actif, le négociateur le plus habile. Il va sans cesse du camp breton en Angleterre; quelquefois même il ose traverser la France pour porter à Paris des communications ou pour étudier l'esprit de cette vili& Le premier il pénètre ie
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mystère de Quiberon ; il devine que les Anglais ne veulent pas mettre à terre le comte d'Artois, et le premier encore il propose au duc de Bourbon de le conduire en Bretagae. D'Andigoé était le parlementaire officieux, Thomme de conciliation ; mais c'était aussi sur le champ de bataille le soldat le plus déterminé.
L^armée de la rive droite acquérait donc par ses jeunes chefs une véritable influence. Puisaye croyait en disposer ; et, prenant souvent ses songes pour des réalités, cet homme politique s'empressa . d'adresser une proclamation aux sol- . dats de la République. Comme toutes les proclamations, celle-ci n'amena aucun résultat favorable; mais du Boisguy, qui a dans son état-major d'excellents ofliciers, tels que le comte et le chevalier de Chalus, Hai de Bonteville , Hubert, Carré-Piquet, Boismartel, Saint-Hîlaire, du Breil de Pontbriand, Tullin de la Rouerie, Bourguignon, de Car, Boishamou, Sau^sé-Duval et Loiivières, et qui chaque jour, par lui ou par ses lieutenants, triomphe des Bleus tantôt au bois de Blanche-Lande., à la Pèlerine, au rocher des Bouliers, tantôt à Boucé et dans vingt autres lieux n'ayant pas même gardé le souvenir de ces innombrables succès ; Boisguy ne .tarde pas à suivre l'exemple de Scepeaux. Par amour de la paix intérieure, il admet Puisaye comme généralissime.
C'est de cette époque que datent les plus beaux jours de la Chouannerie. Les paysans étaient aguerris, ét ils voyaient chaque jour s'enrôler parmi eux des gentilshommes échappés à Ouiberon ou qui , pour lutter avec les Bleus, ne craignaient pas d'affronter les périls et les privations. Les divisions de la Bretagne étaient à peu près au complet. Toutes ont des récits de chocs particuliers à faire, toutes ont souffert; niais ces récits iiitlividuels ne se rattachent pas assez au plan ^ine nous nous sommes tracé, ils nous éloigneraient trop de l'unité que nous cherchons à mettre dans les vues et dans les faits, pour que nous puissions les enregistrer. A défaut de ces narrations isolées , nous devons au moins citer les noms de ceux qui ont participé à la guerre et qui, en dehors de Cadoudal, surent cependant faire des actions d'éclat ou des entreprisés utiles à la cause royale. La division de Saint-
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afè msTOiSË
Gilles était commandée par Aubert de Trégomain , vieux nom que l'histoire de Bi-etagne n'a pas oublié. Armand de Cintré, HippolytS de Mahllac, Danglars, Paul de la Bourdonnaye, éè aosnoorduci d'And^iié de Ortnd-Uea, de Tlrogoff, Paul GhnuiD , Amand de It Bourdonna y e , Piel , larnigon et Bigot
avaient été choisis |)ar les paroisses pour devenir leurs capitaines. Le chet de la division de Bécherel était Benjamin de Couë^boiic, fils du compagnon de Boisguy. Paul de Robien, de PoûUiel, de Nieul, fiiliot, firiilut Gbariee de Ciatré« GuMil, Segoei* Gebillart, du Qoé, Noariseei^ PemiclioUi
de la Ruelle, de Saint-Bault, Champaleaume , Beaafireton, . Hardoin» Gému, Herfroy et de May étaient ses ciiefs secondaires. Ceux de Félix de Botherel , iils de l'ancien procureur général au parlemeni de Reonest qui dirigeait la division de Médréac, ae nommaient de Gibon^ Maudet, de Ganisan, Morei^ d'Hërou ville , Udin, Bourdel, le Gervoisier, Bédée du Moulin-Tison, Dalin, Carillet, de Mellon, Chantrel, Tanueguy du Châtel , Juguet« de Wangan , de Boisancour, CouierèiiCi le' Cler, Jouanin^ Fougeray, Haouissé et Lecoq. Le chevalier de la Vieaville, qot occupait Dinaa et Srint-4llalo, avait pour capitaines les deux Lemonnier, PooHndu Chenoi, • Foumier, Sanison, Cadiou, Sorre de la Gontte, le Bestour, Fauvel, Savron, Jean de l'Épinay, Pierre du Breil, Touzé, ' ÉpulieTi BouleuCt la Mort, Macé, Barbé, Hobidou, llaudet Oaane. Une a\itre division s'était formée à Dinaa. GoUas de la Baronnais et ses Mres^ Vidor, Louis et MMirice , se plaçaient h sa lêle. Le Masson, de la Reigneraie, les deux Gouyon, ^ de Lesquen Saint-Lormel , de Brejerac , Stévenot , Briou , Oli- ' vier Roland, Vildé de la Lande, Josselin, les deux de la i Ravdiais, Wilhe d'iUbyville, Rouillé, de la Villedenent, les | denx Bedei, du Vaiirouaalt, .Poill^, Golombel et le Geif : recevaient des la Baronnais l'impulsion qu'ils communiquaient aux paroisses dont l'élection les lit capitaines. ,
Au milieu de ces chefs , chaque jour livranl des combats partieis aiki de se procurer des armes, il apparat pendant six «sois un homme qui, dans les Côles-dn^Nord , essaya de jouer le rôle que, dans le Maine, avait si bien rempli M. Jacques. Cet homme 56 nommait Richard. 11 était ûls d'uD
Dë la YENDÉK MILÎTAIRë. S99
meunier des environs de Reims. Àiin de s'attirer Testiine des gentilshommes et la confiance des paysans « Richard se faisait passer pour un fils naturel de Louis XV. 11 était beau,
mais de cette beauté bourbonnienne si populaire en France. Il avait de l'adresse, de la témérité et un aplomb que rien n'aurait pu intimider. Toujours à l'avant-garde, il allait à rennemi poitrine découverte ; il défiait les phis hardis , les tuait en combat singulier, ou s'élançait parmi les Républicains sans même se donner la peine de tirer son sabre pour protéger sa vie : il prétendait être invulnérable. Le hasard lit que Richard, toujours aux avant-postes pendant l'affaire, toujours à Tarrière-garde dans les retraites, toujoura offrant rexemple d'un inconcevable sang-froid , ne reçut jamais la plus légère blessure. Pour les paysans le générul Riehmré devint promplenient un être surnaturel; les gentilshommes eux-mêmes prirent peu à peu foi en lui, et bientôt il fut la providence de tous. Alors il essaya de lever un corps d'armée particulier, et, du 20 novembre 1795 au mois de mai 1796, il commanda au pays situé sur la rive gauche de la Rance,. entre Dinan et la côte.
A la nouvelle que Richard a une troupe indépendante, Puisaye, qui ne cherche qu'à étendre son cadre, lui écrit sous la date du S décembre 1795 :
« Mon cher général , je charge un de nos amis communs, le chevalier de la Vienville, qui est dans vos parages, de vous voir et de s'entendre avec vous aihi que vous prêtiez votre appui aux grandes mesures que je projette pour la reprise des hostilités. Les vrais gentilshommes sont de notre côté : nous ne nous occupons plus des misérables détails de la petite Chouannerie. Le conseil des princes, l'agence de Paris et le cabinet de Saint-James sont enfin d'accord. Nous pourrons marcher; mais, pour les opérations que j'ai soumises aux princes , il faut de Tunité dans le commandement , et je vous sais trop dévoué à la cause du Roi et de la noblesse pour ne pas compter sur vous à la vie et à la mort. »
Une pareille lettre était faite pour flatter le fils du meunier des environs de Reims. Il vit le chevalier de la Vieuville, dont le quartier générai était au château de la Houssaie près
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de Dinaii. ïous deux se décidèreut à attaquer le poste de LiboD , qui pouvait inquiéter leurs communicatioûs : le posie fut enlevé. Le leodeinain le général républicain Rey est baUu et obligé de rester dans l'inaction , faute de nouvelles troupes
à opposer aux vainqueurs. La Vieuville et Richard mettent à profit ce succès pour lever des contributions et des réquisitions sur les Patholes. A la suite de ces expéditions, Puisaye leur écrivait :
« Multipliez vos attaques. Votre division fait des merveilles
ainsi que du Boisguy et Scepeaux. Il ne faut point donnera nos ennemis un instant de relâche. »
Dans une autre lettre il leur recommandait de s'emparer par force ou par ruse du poste du Clos-Poulet, aGn de déte^ miner là jonction d^ insurgés de la haute Bretagne avec ceux de la basse Normandie. ;
Le vœu de Puisaye ne devait point se réaliser : le comte de Frotté n'était pas homme à adopter les idées de celui qu'il appelait avec une amère ironie le général de Quiberon. Trop éloigné du centre de la Chouannerie bretonne pour se mêler aux sourdes intrigues qui nuisaient à son développement, il se contentait de poursuivre ses opérations isolées et d'occuper le plus de troupes qu'il pouvait. Mais, à coté de lui, quoique ne prenant jamais^ ses ordres, on voyait en • Normandie des hommes qui appelaient guerre civile et la lovée d'une contribution plus ou moins forte sur les acquéreurs de biens nationaux, et l'arrestation des diligences chargées des fonds de l'État, et la délivrance des prison- ' niers qu'on transférait d'une ville à une autre. Frotté ne s'in- \ terdisait pas ces moyens , qui ne sont répréhensibles qu'aux yeux du gouvernement révolutionnaire, dont ils froissent les intérêts. Néanmoins il aurait voulu que ces expéditions ne fussent pas les seules : par malheur sa volonté n'avait pas toujours force de loi.
De pareilles mesures excitèrent la colère des Républicains; les crimes les plus atroces furent commis par eux à cette époque. Des confins de la Bretagne et de l'Anjou jusque dans le voisinage d' Aleoçon , ils égorgèrent sans motif plu- i sieurs familles inoffendves. Le 5 décembre, une colonne de I
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Bleus, aux ordres du commandant Joseph Frère,. se porte ^ sur le village de Bercé; les habitants sont passés au tii de répée« Le 7 du même mois , le général fiaillot permet à ses soldats le pillage des maisons sans distinction. Les soldats mettent tout a feu et à sang sur leur passage. Il faut que la férocité ait été poussée bien loin pour que Bonneau, nouveau général en chef de l'armée des côtes de Cherbourg, en remplacement d' Aubert-Dubayet « noiinné ministre de la guerre , se soit cru obligé d'écrire d'Alençon , le 22 frimaire an ïv (13 décembre 1795), aux administrateurs du département de Maine-et-Loire :
ce Je n'ai reçu que ce matin, citoyens administrateurs, votre lettre du 1& frimaire. J'écris par la même occasion au général Baillot. Je me plains de ce qu'il a attendu que ce soit vous qui m'ayez appris ces horreurs; je lui ordonne de prendre de suite les mesures nécessaires pour découvrir les coupables de tous ces crimes, et, en attendant, de faire mettre au conseil ulilitaire les officiers commandant ces détachements lorsque ces excès se sont commis, que pour sûr ils sont coupables.
)) Plus j'étudie cette guerre, plus je vois combien notre position est critique et désagréable pour ceux qui , comme vous et moi , voudraient en voir la ûn. Le chaos dans lequel nous jettent nos barbares ennemis , qui en ce moment usent d'un extrême vraiment effrayant (sic) pour le sort de ce malheureux pays, ne rend pas leur cause meilleure, bien s'en faut; mais rien ne leur coûte quand ils croient pouvoir parvenir à leurs lins. Faire travailler la troupe en tout sens est un de leurs principaux moyens qu'ils emploient , de manière qu'on ne voit que mauvaise conduite d'un côté, désertion, et de l'autxe pillage et insubordination. Augmenter d'ennemis d'une part et diminution de moyens de l'autre. La guerre des Chouans n'a jamais été si alarmante, et à travers tout cela la République se sauvera. Oui , respectables amis dé la liberté, nous triompherons à travers tous ces obstacles; mais combien il en coûte à des âmes sensibles de voir les maux qui se présentent avant d'arriver au port ! Cette inconduite de la part de nos soldats n'est pas celui le
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moins diRiciie à prévenir et celui qui déchire ie moins moa cceur* »
D« afembiable» Ititres n'étaieDt poîni destinées , on le sent bien, à devenir pobliquet; mais dans leur style incorrect -
elles expliquent avec tant de naturel les causes de la guerre civile et la position adoptée dans les provinces de TOiiest par les armées républicaines, qu'il est bon de les publier. Les ' plaintes qu'elles font entendre snr les pillages et rindiscipline des troupes prouvent enfin qu'il y avait quelque chose de fondé dans les repoches que les Royalistes leur adressaient, reproches qui ne furent jamais écoutés.
Au milieu de ces nouvelles séries de crimes, Frotté, après sa campagne vers le Maine , s'était retiré dans la for^t de Sainl-Jean-des-Bûis. Il n'avait auprès de lui que cent cioqnmie hommes, lorsque le général Mignotte, à la tête de huit cents soldats de la garnison de Domfront, vint l'assaillir le 11 décembre 1795. Les Chouans avaient établi quelques retranchements et s'étaient mis à couvert d'une surprise. Le général Menotte est refoulé; mais il s'appuie sur tes garni* sons de Vire et de Tinchebray, qu'il a évoquées. La fusillade recommence. Malgré ce renfort de douze c^nts hommes, Mignotle est encore repoussé avec perle. Le bruit de la mousqueterie a donné l'éveil aux cantonnements de Mortain, d'Harcourt, de Sourdeval et de Saint-Hilaire. Ils accourent sur le terrain^ ramènent au combat les deux mille Bleus que cent cinquante Royalistes tenaient en échec, et l'affaire se rengage pour la troisième fois. Frotté sort vainqueur de cette lutte désespérée, et proiitant de l'enthousiasme qu'un avantage aussi inattendu fait naître parmi ses soldats, le général se dirige sur le village du Tilleul.
Le 13 décembre, un nouvel engagement a lieu vers ce point. Frotté n'a jamais attaqué de poste ft)rtihé, cependant il s'élance le premier à la redoute. Le feu des Républicains est savamment dirigé ; les Royalistes reculent, puis à la voix de leur chef ils retournent à l'assaut , emportent le retran- ' chement et menacent l'église, où les soldaLs s'étaient retirés. On combat avec acharnement pendant sept heures; du I^ul'^ul, oUicier royaliste, péhl dans ia mêlée. Frotté alors or*
DB LA TSllOtB MIUTAIRB. m
donne de mettre le feu à l'église : la flamme s*<lève, et, forcés ainsi dans leurs derniers retranchements, les Bteua
. tmùi\ ita sont poursuivis tlaos toutes i4 dirsctious. Ce double exploit amàne de nouveaux Chouans au vainqueur i il peut bientôt tenir la campagne, et en se montrant partout occuper une masse d'ennemis. A la nouvelle de ces échecs, Bonneau s'empresse de demander secours à Hoche. Tuncq , Josnet ei le chef de brigade Muscar sont détachés de Taraiée de FOuest avec trois mille homines d'élite; nais Tuncq et Josnet échouent dès le principe dans leur système de colonnes mobiles. Ils sont remplacés par les généraux Drut et Chabot, dont la vieille expérience paraissait au gouveroemfot
. républicain une garantie de succès.
Dans le même moment « Hingant de Saint-Maur livrait aux Bleus un combat près de Nonancourt, à six lieues d'Évreux ; blessé aux deux bras, Hingant néanmoins restait maître du terrain. Mailet, cet officier suisse passé du service de France à la solde de l'Angleterre , ne s'était jamais battu ; cependant, afin de faire augmenter les secours pécuniaires que le cabinet de Saint-James lui avait promis, il ne cessait de fabriquer des contrôles, des cadres, sur lesquels il accusait une armée entière , s'embarrassant peu de l'exactitude de ses calculs, mais faisant espérer ainsi au gouvemevient bri^ tannique qu'à sa voix une diversion puissante s^effectuerait sur le point même d'où pouvait partir une agression de la France contre la Grande-Bretagne. Dans cette incertitude, deg sommes considérables furent mises à sa disposition : et pas une guinée n'a été dépensée avec l'intention réelle d'âme' ner l'événement promis. Mallet même alla plus loin. A la suite d'une escarmouche qui eut lieu à peu de distance de l'embouchure de la Somme pour protéger le débarquement d'un convoi d'angent et de munitions que Pitt lui faisait passât tandis que la Vendée mourait d'inanition • pinsiefuns paysans blessés restèrent au pouvoir des Meus. L'or était sauvé. On réclama pour ces prisonniers, qui venaient d'exposer leur vie, une partie de ce convoi ; c'était le seul moyen de racheter leur liberté. Mallet refusa ; et aûn de satisfaire à dee eogagemenls dont le raspoosabiilité ne piannit pis sur
lui, le chef de rexpédition distribua aux captifs et aux blessés Targent quêteur position exigeait.
Sous Mallet, et agissant avec une intelligente détermination , figuraient des hommes qui ambitionnaient de servir efficacement la Monarchie; mais il fallait mettre à leur disposition de meilleurs éléments. Au milieu de ces hommes se ^ distinguaient les trois frères Gaillard et Devilie, dilTamerlan , qui semblait appelé k recommencer en Normandie le rôle marquant déjà par lui rempli en Bretagne. Tamerlan possédait les avantages extéi leurs qui impressionnent vivement les masses : à des proportions herculéennes il joignait une tète magnifique et une régularité admirable de traits. | Né en Normandie, on avait espéré qu'il exercerait quelque * empire sur les habitants des campagnes» de la classe desquels il était sorti ; pourtant cette prévision ne se réâlisa point tout j de suite. Tamerlan, à force d'instances, de menaces même, entraînait quelques-uns de ses compatriotes à des expéditions sans importance, et qui servaient de prétexte à la déconsi- • dération déversée sur les Blancs; puis abandonné aussitôt par eux, il recrutait ailleurs et sans résultats plus positifs. Bientôt Tamerlan, fatigué de ces excursions qui olïraient beaucoup plus de dangers que de gloire, y renonça pour se faire Chouan politique : il devint Tun des auxiliaires de Frotté.
De Ruays, qui commandait dans le Cotentin, était plus
heureux : il avait eu plus d'une affaire brillante avec les garnisons d'Avranches, de Granville et de Pontorson,. et chaque jour il interceptait les convois républicains. Le 21 décembre 1795, il en attaquait un qu'escortaient douze cents .fantassins; ils furent d'abord victorieux. Mais Frotté arrive au secours de son lieutenant; il saisit les Bleus en flanc, il reste maître du convoi et du champ de bataille. Avec son esprit d'ordre et son entente de la guerre, le général normand avait établi uii système régulier de correspondance pour Jersey. Il avait des intelligences dans les villes, il dominait les campagnes, et, suivi de quelques centaines d'hommes, il se tenait habituellement dans les environs de Fiers , de Tinchebray et de Saint-Jean-des-Bois, pays couvert
de fossés et de forêts, berceau et refuge de l'insurrection normande. L'esprit royaliste y était ardent et fécond en ressources. L*organisation que, de concert avec Bureau de Plascène , officier da génie « il cherchait à imposer à ses troupes, ne lui faisait cependant pas perdre de vue qu'il fallait à chaque heure occuper les Bleus.
La ville de Tinchebray avait refusé d'acquitter une contribution; elle renfermait dans ses murs un grand nombre de Républicains bien décidés à la défendre , et qui avaient fortifié son église et son clocher. Guidés par leur général , les Royalistes sortent le 27 décembre 1 795 de la forêt d'Allouze, qui leur sert de retraite. L'attaque est vive, le combat sanglant. Frotté y déploie de vrais talents militaires et une intrépidité pleine de calme. A quatre reprises différentes il monte h l'assaut. Blessé à la tête et au bras droit, il est toujours au plus fort de la mêlée, intimant des ordres, encourageant les uns , contenant les autres. Laroque-Montsegret, le chevalier d'Alicourt et Godefroy de Bois-Jugan périssent; mais tant d'audace n*eut pas le succès qu'elle faisait présager. Il fallut battre en retraite. Cette retraite, opérée avec ensemble, sous le canon môme dé l'ennemi, ne servit qu'à . témoigner de la puissance de Frotté et des avantages que dans un prochain avenir il avait lieu de s'en promettre.
Mais à ces diverses insurrections il manquait un point d'appui , et Puisaye ne pouvait guère l'offrir dans toute son étendue. Il le pensait lui-même, et le 3 janvier 1796 il adressait au conseil des princes ses plaintes et ses mécomptes.
ti Nous sommes toujours, mandait*-il , dans la môme position. C'est une guerre dé partisans qui tend à s'éterniser, mais qui menace de ne jamais porter de fruits. J'ai réuni sous mon commandement général toutes les forces de l'Anjou et de la Bretagne , à l'exception du Morbihan, que le système antinobiliaire de Cadoudal empêchera toujours d'opérer sa jonction. C'est un malheur que je déplore, mais avec le caractère breton il est irrémédiable. Ces paysans veulent combattre pour nous, mais sans nous. Je sais que je serai débordé ou par la pacification dont l'Angleterre ne peut pas vouloir, ou par une insurrection de Georges contre
mon pouvoir. Avec d'antres idée*?, f roKé âgrt da^ftnlt mÊmt sens ; et je ne sais plus à quel saint me vouer : la posilk» Mnratt êxcellenté s'il y à^ait unité. » I
Ptfsay© ^ît wti. Afin d'étaMif cette oflW qti'U pm* ^lÉiftafît, il aurait dû sé résigner à la retfrflé. En Braiagoe, de même qu'en Vendée, on n'obéira jamais qtfà m dm qui saura toujours avgir l'épée liors du fourreau. •
La paix, dont ce général menaçait le cwseil des princes et le cabinet briiamriqœ , notait eocdfe^eo germe que dans Pespilt dd général Hoche. Il iWeoait m mtÊgm pour aliïnenter sa guerre contre les chefs et podf ofIMf MX paysan» tonte sécurité apparente. I.a pacitication était l'objet de M» VœuX; elle était aussi dans les intentions des olliciers bretcms.qui tous, à l'exception de Puisaye, voyaient au fond d'an noaveau traité tin moyen de créer pltoad'eoaembledans leurs opérations futures. Cependant îea' hostilité» n'avaient point cessé. A la fin de décembre 1795, la ïrébonnière, chef de la division de Mordelles et de Guer, dans laquelle Puisaye a établi son quartier générâl , s'était rendu maître des campagnes entre Vaçnes et Lorient. lûquiélé par les gâmisons de Mordelles et de Guer, il prend le parti d'aller attaquer cette dernière. Le combat s'engagea , il fut sanglant; les Patriotes, retranchés dans l'église , dont ils firent une citadelle, s'obstinaient à continuer le feu. La Trébonnière donne le signal de la retraile. Le jeune Olivier de la filayrie s'y opposé ; il entraîne de nouveau la Trébonnière, et tons deux meurent presque du même coup. Les Royalistes se débandent. A quelques jours de là ils ont leur revanche. A la Ville-du-Bois, Péan de Saint-Gilles faisait essuyer aux Bleus nn échec qui rendit l'espérance à Puisaye. Mais Péan trouvait Une glorieuse mort dans sa victoire. Béjarry à Sullé repoussait les Républicains et le génértil Lemoine, qui de Vannes arrivait à leur secours avec trois bataillons et cinq pièces d'artillerie.
Peu dé jours s'étaient écoulés depuis celte affaire, lors- Ctue , le 6 janvier 1796, là lë^gion de Saint-Méén , qui a pour chef Saint-Régertl et qui est'étabifè dans les Villages avan* cés du Quesnois, est subitement assaillie par une division
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• d'infanterie. Un gentilhomme nommé de Saint-Just esl tué, d'autres officiers expirent à côté de lui ; Saint-Régent luimême est blessé, sti îégion plie. *Ooi}|emot accourt à soa aide; il est précédé de la compagnie de Loyal-Émigrant.
Elle marche en colonne sur la lande du Poublave, où sont retranchés les Républicains que Guillemot , la Goublaye et Saiiit-Régent'réuntst^nt forcés d^évîicuèr le tttillis dti Quesâctis. frtB âè 'front débris de toyàl Émigrtot , lès HlëtÀ ^e peuvent soutenir un^^areil assaut; ils se retirent sur Lodrfiîhé, Les Blancs les poursuivent avec tant de vigueur qu'ils n'oint occuper cette ville.
Au commencement de février 1796 , Charles de Cintré, àVec 'ùn 1)atlif f Idh de Va di vi^idù dè HMMeHès ét dès ^eShcVa- ^Mlr*^ *CàithoKques , attend àBeadmonttin conVoi (<d^escdï*tent six cents Bleus. Courcy, avec une partie des Chouahs, est ërrfbusqué sur la toute de Rennes à Mordelles. 11 ouvre Vtiito(^ue : les Pâftridces se Vi^ivafienft, liûsi qà% toutes cès àffèSi^s , dihfîs TAfie ^^yôsitldh défuvoràlble ; ils réfutent t)oaitàlrit. Cintré fond sur eiix avec sa réserve. Les soldats, h là voi^ "de leurs chefs, forment un carré long autour du convoi , et, protégés par des fossés peu élevés, ils soutiennent intrépi- . itëthërii te féa jùsqu^a imùetk oà te chevaKer dé iSégcrhi*, tilërtndWt , Hangervé , Wrcy ët lifti**rès "pUMémU 4 lès • '(îilftbnteT. Alors la déroute est complète. Lés Républicains ffiy?\îerrt à travers champs ; mais ne connaissant pfà's Te'pâys, ils Arrivèrent à la rivière du Meu, qui était ^ébordé^. Plus àé dent s'y ïioyèrèm. liés ài^fûes, càcliés ^âte tes fMhËi^
IIISTOÏKK