‹ Histoire de la Vendʹee militaireChapitre 9 sur 25 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

préparatifs de l'expédition de Quiberon. — Puisaye et d'Hervilly mis en opposition par l'Angleterre. — ; Bataille navale de Belle-Isle. — Débarquement des émigrés sur la plage de Carnac. — Premiers succès des Royalistes. — Reddition du fort Penthièvre. — Intervention funeste de l'agence royaliste de Paris. — Combat de Georges et de Tinténiac ccmtre les Bleus. — Dispositions de Hoche. — Arrivée de Tallien et de Blad. — Attaque de Sainte-Barbe. — Défaite des émigrés. — Succès et mort de Tinténiac. — Sombreuil et sa division. — Trahison des prisonniers attachés à l'expédition. — Surprise du fort Penthièvre par le général Ménage. — Puisaye abandonne son armée. — Sombreuil au Fort-Neuf. — La capitulation offerte par Jes généraux et les soldats républicains , acceptée par les Royalistes, n'est pas tenue. — Les émisés prisoDiiiers. — Gommisftionft militaires , exécutions.

Le gouveraeineiit anglais, mis en demeure par Puisaye, dontle comte Woronzow, ambassadeur de Russie à Londres,

appuyait chaudement les demandes au nom de Timpératrice Catherine, s'était décidé à tenir la promesse ai souvent laite aux VeodéeQs. Peadant son séjour de huit mois à Londres , cet homme politique avait levé tous les obstacles, aplani toutes les difficultés , eu réponse h toutes les objections. De concert avec Pitt et lord Granville , il avait discuté les chances heureuses ou malheureuses de Texpédilion. Le traité de la Mabilais, signé par les Représentants du peupfe et par un . certain nombre de généraux royalistes seulement, révélait au cabinet br^nnique le secret de la nouvelle attitude des Révolutionnaires. La France , fatiguée de Tanarchie et même de la gloire, n'aspirait plus qu'au repos. La mort de Robespierre avait amené une réaction d'humanité. Les hommes sages de tous les partis commençaient à s'avouer que ce n'était point par les proscriptions, par les échafauds ou par les représailles , que Ton fondait la liberté ou que Ton rétablissait la Monarchie. Les chefs des deux armées s'étaient rencontrés ailleurs que sur les champs de bataille, où d,es deux côtés coulait toujours du sang français. A part les défiances et les méflûmptes qui surgissaient de ces entrevues, défiances et mécomptes nés môme de l'enthousiasme pacifique et du besoin de rapprochement, il était permis d'espérer qu'en cas d'une nouvelle guerre civile les hostilités n'auraient plus ce caractère de cruauté que déploraient les Royalistes , et que les Républicains, mieux avisés^ ne se gênaient pas euxmêmes pour maudire.

Cet état d'atonie, qui suit les crises, était inquiétant pour les Anglais. Il fallait, par un coup hardi, réveiller en Bretagne les ferments de haine et forcer la Convention à devenir encore une fois cruelle par nécessité ou par entraînement. Donner à la France divisée le temps de se réconcilier et d'unir peut-être dans un même enttvousiasme ses. forces, se dévorant sans profit, ne pouvait jamais entrer dans les calculs de l'Angleterre. Tant que la grande armée vendéenne avait pu soutenir le choc de la République et balancer ses revers de la veille par ses victoires du lendemain, le cabinet de Saint-James ne s'était point occupé de faire passer dans le Bocage des secours qui auraient pu décider la. question

tour à tour débattue par les armes à Torfou» à Cholet, à LavaUet sous les murs de Dol.

Mais, lorsqu'on comprit à Londres que la paii avec Texté» rieur allait changer la face des choses et fidre triompher un

parti , on ne permit pas que la querelle fût si promptement vidée. Des secours furent offerts. Pour cette fois Toffre n'avait rien de dérisoire. Ce n'était donc pas à l'aide des Blancs de Vendée et de Bretagne qu'accourait l'Angleterre ; elle avait un autre but. Ce but serait atteint le jour où les Fkançais, maîtrisés par des haines politiques, renouvellm^ent leur pacte de sang et s'affaibliraient dans des luttes sans proût pour ^honneur ou pour l'avantage de la patrie commune.

L'Angleterre sentit que ses intérêts nationaux et matériels étaient compromis si la guerre civile ne se prolongeait pas avec des alternatives à peu près égales. Au début de la Ré*

volution, elle lui avait servi d'auxiliaire. Elle avait favorisé ses développements, payé ses premières insurrections contre le trône , enivré d'éloges les avocats et les tribuns qui mettaient leur éloquence aux gages des principes anarchiques. Par un revirement de politique toujours combiné à son point de vue , elle offrait aux Royalistes les moyens d'attaquer ces mêmes principes dont naguère elle se fit la protectrice. De la part de cette puissance, véritable usurière, trafiquant par tout l'univers des troubles qu'elle fomente, les secours accordés à la Bretagne n'étaient qu'un dernier calcul tenté en désespoir de cause. Les émigrés, dont elle a si longtemps enchaîné la valeur, se laissèrent tromper par ce témoignage d'une subite sympathie. Cette sympathie secondait les plans de Puisaye ; il l'accepta sans vouloir en scruter les causes. Lorsque le cabinet anglais eut tout disposé à son avantage* les préparatifs commencèrent à Portsmouth età Southampton.

Ils furent sérieux et menaçants. Le cabinet anglais appela dans ses ports de mer les gentilshommes français que depuis deux ans il avait réduits à l'humiliation d'entendre gronder le canon vendéen sans pouvoir, sous peine de mort, participer h ces combats où se jouait l'avenir de la monarchie. 0 les assembla de tous les points de r£urôpe. Ils se pré<*

sentèrent-avec loyauté, on les acciidllit avec méfiance. On

enrégimenta aussi les insui^s toulonnaîs qui , lôrs de Vévacuation de celte ville par les troupes britanniques, s'étaient mis sous la protection de l'Angleterre. Comme pour introduire dans leurs rangs un ferment de discorde et plus tard nn levain de trahison , le ministère de Pitt distribua de l'or et des armes aux prisonniers républicains qui consentaient à s'enrôler sous Fétendard de la Royauté.

Renfermés dans des pontons où l'air était vicié, où chaque jour des tortures morales se joignaient aux souffrances physiques, où des maladies pestilenUelles décimaient sans p|tié leurs compagnons d'infortune* ces prisonniers n'hésitèùrent pas à échanger leur doulouregse position contre la liberté acquise même au prix d'une apostasie que payaient quelques pièces d'or. Soldats de la République, ils feignirent de s'armer contre elle pour rentrer en France. On grossissait ainsi Tannée de débarquement; mais de quels secours pouvaient

* ' être aux Émigrés et aux Royalistes de Tintérieur des hommes

qui avaient souffert pour la cause de la Révolution, et qui, chargés de celte espèce de honte s'attachant aux transactions pécuniaires, ne demanderaient pas mieux, même pour se relever aux yeux des Émigrés, que de rejoindre leur drapeau ? L'Angleterre ne fit pas ce raisonnement; elle ne vou* lut pas le saisir, lorsque le maréchal de camp d*Hervilly, avec sa rectitude de jugement militaire, lit passer aux ministres la note suivante :

« Ce n'est qu'avec un sentiment de peine infinie, écrivait^l le 12 mai 1795, que dans le dénombrement des troupes . royales on trouve un grand nombre de prisonniers républicains incorporés dans le régiment de Royal-Louis et dans les légions d'Hector et d6 Dudresnay. Un mélange semblable ne peut être que très- préjudiciable. Ces prisonniers doivent être d'autant plus enracinés dans leurs opinions démocratiques qu'ils ont plus souffert pour leur cause. Ils trouvent un expédient pour revenir sur le sol de France , et ils s'en

• emparent. Mais, rendus à la côte, qui nous garantit leur fidélité? Ils seront en face de leurs ofliciers et de leurs cs^marades, et ne peuvent-ils pas ou nous abandonner, ou tourner

' D£ LÀ Y£NDÉE MlUTAIRC. 277

contre nous les arme? que vous leur donnez? Le catrinei ^veul feire descendre sept où huit mille hommes en Bretagne.

Qu'il patiente un peu, et nous aurons bientôt assez d'émigrés pour compléter le nombre; mais accepter parmi nous des prisonniers dont personne ne connaît la moralité , c'est introduire un ennemi dans nos rangs : et quand M. Pitt aura réfléchi à ce que j'ai 4'honneur de lui soumettre, j'ose penser qu'il donnera des ordres contraires ; car c*est exposer à bien des hasards malheureux toutes les chances de l'expédition et tous les sacrifices que l'Angleterre s'impose. )>

Pitt n'avait sans doute pas besoin de cette note pour s'édifier sur la portée des instructions du cabinet dont.il était le principal ministre; il n'en perâsta pas moins à suivre la ligne tracée. Les prisonniers républicains composèrent avec des émigrés les cinq régiments dont d'Hervilly prenait le commandement. Leur effectif montait au chiffre de trois mille cinq cents hommes, et ils formèrent la première division expéditionnaire.

Ces régiments avaient pour noms : Loyal-Émigrant ou de la Châtre, Royal-Louis ou d'Hervilly, Royal-Marine ou d'Hector, légion Dudresnay et Royal-Artillerie. Loyal-Émigrant était commandé par d'Aii^e, son major; Royal-Louis par le comte d'AtiUy, son lieutenant-colonel; Royal -Marine par le comte d'Hector, ancien chef d*escadre ; la légion Dudiesnay par le comte de Talhooet/ et Royal-Artillerie par son colonel le comte de Rotalier, et son lieutenant -colonel Duportail-Noru.

Dans la seconde il n'entra pas autant d'éléments de discorde. On la tira des débris de plusieurs corps de- gentilshommes, qui, après avoir noblement porté l'épaulette d'officier, se rédui^ient à n'être que de simples soldats volonlaires. Les régiments de Béon, de Damas, de 3alm, de Kohan et de Périgord , décimés dans les dernières campagnes de Tarmée de Condé, en fournirent le glorieux contingent

La plupart de ces émigrés étaient encore au service de la

Hollande ou dispersés en Allemagne. Le colonel anglais Nesbitt se rendit à Brème et à Stade pour les enrôler. Quinze

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ceots à peu près s'offrirent; le comte Charles de Sombreoil

en eut le commandement. 11 était le second fils du maréchaL de camp Vérot de Sombreuil, gouverneur des Invalides. Ainsi que sa famille, Sombreuil était resté fidèle à la monarchie de saint Louis. On n'avait jamais vu un plus beau, un plus loyal jeune homme* Officier plein de distinction, on faisait encore rejaillir sur lui Tintérét dramatique qui s'attachait à la mort de son père et à l'héroïsme filial de sa sœur. On lui dit que son courage et sa capacité sont indispensables pour assurer le succès de l'expédition qui se prépare. Il est sur le point d'épouser mademoiselle de la Blache : 'Sombreuil ajourne ses rêves de bonheur; il se met à la disposition des Princes , et , après s*étre embarqué avec ses quinze omits émigrés, il fait voile vers l'Angleterre.

Le port de Cowes se remplit de munitions et de soldats. On accumule des provisions immenses dans l'île de Jersey, où le prince de Bouillon a établi le si^ de ses correspondances avec la Bretagne. Ce gentilhonmie, d'origine jersiaise, et tout dévoué à la politique de l'Angleterre, avait la prétention de descendre de la grande famille de La tour-d'Auvergne. C'était un ancien capitaine de vaisseau. Paresseux et intempérant, il avait pris, pour le compte secret du mirtistère anglais, la mission d'intermédiaire entre les Émigrés et les Chouans; mais son incapacité fut bientAt divulguée. Alors on plaça auprès de lui , en qualité d'hommes d'action et de discernement, d'excitateurs ou de conseils, le comte de Labesse, le chevalier de Chàteaubriant, Bertin, Gouyon de Vaucouleurs, le chevalier de Péronne , le marquis de la fioêssière , dont le coup d'oeil militaire était déjà si stkt^ et le comte de la Fniglaie , qui , par leur rare activité et par leur Intelligence, surent bientôt fendre d'essentiels services à la cause royale. Lié d'une étroite amitié avec sir Sidney Smith, le comte de la Fruglaie se mit à l'œuvre; ses collègues imitèrent son activité* La correq[X)ndance organisée, administrée par ces jeunes gens, dont la crapuleuse apathie du prince de Bouillon ne gênait que parfois les mouvements, devint un point d'appui et d'union, un véritable entrepôt d'armes, de munitions et d'argent, un centre où les chefs, toujours

isolés, pouvaient se concerter, recevoir les instructions des princes et tracer leurs plans. On établit une station sur les Ilots les plus rapprochés de la France du côté du Havre, et sir Sidney Smith , Toffider le plus brillant de la marine britannique, se chargea, faute d'ennemis à combattre sur mer, d'inquiéter les forts sur la côte de France. Afin de tenir en haleine son équipage» Sidney Smith, qui n'avait pas le patrie- % tisme exclusif de son gouvernement , s'occupa de préparer sérieusement la descente projetée. Pour la faire réussir, il proposa au comte d'Artois, déjà à bprd du Jatofi dans la rade de Spithead , d'envoyer le comte de la Fruglaie chargé de la mission d'étabUr des communications avec la Norman- . die et Frotté. La Fruglaie partit porteur de cet ordre écrit de la main du prince*

« Les Français qui liront le présent billet peuvent prendi« toute confiance en ce qui leur sera dit de. ma part par le comte de la Fruglaie. »

Celte mission rentrait dans le plan général de Puisaye. il comptait sur Tinsurrection et sur l'appui de la Vendée, de . la Bretagne et du Maine ; celui de la Normandie n'était pas encore assuré, pourtant il lui était nécessaire.

Le cabinet de Saint-James se montra prodigue. Il fit embarquer dix-huit mille uniformes d'infanterie, quatre mille cinq cents de cavalerie, trente mille fusils avec des cartouches en proportion, dix pièces de huit et neuf de quatre, six cents barils de poudre et toutes les munitions désirables; L'escadre était composée de huit frégates : la Pomime, sur laquelle sir John Warren, chef de la flottille, avait arboré son pavillon ; le Thunderer, le Robust, le Standard, VAnson, ÏÂrlois, YAréthuie, la Concorde et la Galatée, Six chaloupes canonnières, deux lougrês et deux cutters, achevaient ce formidable ensemme, qu'escortait une flotte de quinza vaisseaux aux ordres de l'amiral Bridport. Mais, par une imprudence que l'Angleterre n'a jamais renouvelée lorsqu'il s'est agi de ses propres affaires, on avait eu le cruel soin de grossir au delà de toute proportion le chiffre des combattants. Dans les armements de ce genre, c'est toujours la marche opposée que l'on suit. Ici la presse 'anglaise annon*

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9iO JII8T01RE

çait à TEiirope que plus de vingt-six mille émigrés allaient participer à celte descente, et au jour du départ le cabinet de Saint*Jaines avait si bien fait que sur les appels d'embarqôeiiient, dont nous avons l'original, on ne compte que cinq mille quatre-vingt-onze volontaires. C'était dire de dresser d'avance toutes ses batteries contre un adversaire dont on exagérait la force.

Le 10 juin 1795, l'expédition mit à la voile. Outre les cinq mille Français qui composaient les deux divisions dont d'Hervilly et Sombreuil avaient le commandement sous la direction de Puisa ye, n'exerçant lui-même l'autorité supérieure que jusqu'à l'arrivée du comte d'Artois, dont le départ était soumis aux premiers résultats de la campagne, — ce qui était déjà une faute des plus graves, — on voyait à bord un état-major des plus beaux noms de la Monarchie et des officiers les plus distingués de la marine française. Le gouvernement britannique avait beaucoup insisté pour obtenir l'active coopération de ces hommes de mer formés à l'école du comte d'Estaing, du bailli de SufTren et de l'amiral de Grasse, u Les Anglais, dit Nappléon dans ses iiémwes, avaient à dessein compris dans l'expédition trois cents 'émigrés de cette arme. Ce moyen infamant de se venger des triomphes du brave Suffren souriait à leur politique, et ils anéantirent ainsi tous les auteurs, tous les témoins de cette belle campagne de l'Inde , qui avait porté si haut la gloire du pavillon français. . )> ^ On remarquait parmi les volontaires le duc de Lévis, le comte Joseph de Broglie, Ravenac, Grammont, Saint-Didier, Beaupoil de Saint-Aulaire, le vicomle de Ghambray, le marquis de Guébriant, de Goulaine, Chàtillon, Chevreuse, Vibraye, fieauvilliers , deux Lamoignon^ Fouquet, Marconnay« le comte le Noir de Pas-de-Loup, Montbron, de Langan» BaiHeuI , Charette la Goliniëre, Rieux, Villeneuve, la Rochefoucauld, d'Avaray, de Kéroulas, de Suzannet, de Pélissier, Bétliune-Sully, de Ghamillard, de la Houssaye, Conflans, de la Marche, Senneville, de Guernisac, les six frères de Jallays, de Botherel et l'un de ses fils, de Jumilhac, de Talhouet, de Font-Bellenger, de la Villéon, de Corday, de^

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DE LA \mUÈlL J^ULU AIBE. )81

Gras, de la Jaille, de Roscofit, de Glosmadeiic, de Boicetier,

de Lantivy, de Poncadeuç, de Villeneuve, les chefs d'escadre de Soulanges, de la Laurencie et de Vaugiraud, d'Âuxion, Froger de rÉgnille, la Peyrouse, Coatades, de Pioger, Suasse, de Bellau, Blondel de Nouainville, de Keroène, de Porquet, de la Frégeolière, d*£stouiliy, de Vaulx, Saint-Georges, Balleroi, marquis d'Espinay Saint-Luc, la Villegourio, Trutié de Vaucresson, du O"ei^o<>. ^îueffier, Joseph de Boishamon, les deux Chabert, la Roche Saint- André, la Corbinière, Lusignan, la Ferté-Meun, d'Anglars, de iBermond, Ghampflour,.Grou88eilles, Féoelon, de Saint- Georges, de Grave « la Roche-Âymon , Salvert, Vassy, Tercier, Lâncreux, Souvré, de Boissieux, la Briffe, Cheffontainès, Margadel, Marcy et JanCre de la Bouchetière. Le conseiller Saint-Morys était intendant général de l'armée expéditionnaire; Brlssou de Montalès, petit -fils du président Bamabé Brissoo , son caissier, et de Selles, son chirurgien-major général. Urbain-René de Hercé, évéque de Dol et vicaire apostolique du Saint-Siège, se crut, par son devoir de pasteur et par son honneur de Bretf)n , engagé à suivre cette escadre, qui pouvait xendre à la France tout ce qu'elle avait perdu. Il était accompagné de trente-deux prêtres, parmi lesquels étaient l'abbé de Hercé , son frère , Tabbé de Rieussec, vicaire général de Luçon, et Tabbé Péricaud, grand vicaire de Séez.

Les deux principaux chefs de l'armée, Puisaye et d'Herviily, s'embarquèrent sur la Pomone. Tout jusqu'au départ s'était réglé entre eux d'un commun accord. A peine en mer, Puisaye annonce que le 6 juin, quatre jours avant de mettre à la voile, l'Amirauté lui a adressé un paquet cacheté'qu'il ne doit ouvrir qu'en plein Océan. Le cachet est brisé. Puisaye donne lecture des instructions, qui sont signées par le secrétaire d'État Henri Dundas et par les brds de l'Amirauté. Leur teneur est bien simple : on se réduit à déclarer que les troupes , si elles effectuent leur débarquement sur la cole de France, sont aux ordres du comte de Puisaye. Il est enjoint à sir John Warren de se porter d'abord sur la baie de Quiberon , et de s'assurer

jusqa'à quel ponH la riiiiatioD des choses ftivorise mi dflierquemeol. Eo cas dé difficultés imprévues, le descente doit

s*opërer à la côle de Bourgneuf, sur la rive gauche la Loire. Enfin il est intimé an comnnodore Warren de se concerler eo tout et pour tout avec Puisaye et de s'aider de ses avis.

D'Harvilly était rancien colonel de Rohan-Soubise que nous avons vu 'figurer à Rennes avec le comte de Thiard

dans les troubles du Parlement. A la journée du 10 août 1792, il avait versé son sang dans les rues de Paris pour la défense du principe monarchique. Soldat depuis son enfance, • il était plein de valeur* de loyauté et d'instruction militaire ; mais* esclave de la discipline et de la subordination, il ne connaissait pas plus les Itommes que les affaires. A la tête d'une expédition aussi décisive, il ne voulait faire la part ni des ambitions individuelles ni des circonstances. Tout, selon lui , devait marcher avec la ponctualité établie dans son régiment

A la lecture des ordres de l'Amirauté, d'Hervilly s'étonne :

il produit à son tour la commission que le ministère lui a donnée en confiant à sa garde .les quatre régiments à la solde anglaise. Celte commission lui enjoignait de ne pas exposer ses troupes régulières au sort de Tarmée d'outre- Loire» en les aventurant dans l'intérieur sans un point assuré de retraite ; puis elle accordait au comte d'Hervilly pleins pouvoirs et voix prépondérante pour faire triompher ses décisions en cas de dissidence.

Ces deux instructions lui paraissaient en désaccord formel. D'Hervilly proteste que, responsable des troupes ^us sa direction, il se regardera toujours comme l'auxiliu're de Puisaye, jamais comme son subordonné. Cette roideirr militaire dérangeait les calculs de ce dernier; mais il avait trop de ressources dans l'esprit pour ne pas essayer de convaincre d'Hervilly. Ses efforts furent inutiles. Le général de la première division se croyait dans la^ limite de son devoir et peut-être de sa consigne ; il tint bon. Ces deux caractères si opposés étaient bien jugés par le ministère britannique.

/Vussi p'psf-p^ pas à toft qu'on ('accusa d'^y^lr W

DE LA VENDÉE MIUTAIRE. Uê

tifs pofir les placer ainsi en hosUfité au inomenl même où

le succès dépendait de l'accord des volontés et des influences.

Plus tard, lorsque les malheurs de Quiberon furent consommés, Windham, minislre de la guerre dans ie cabinet de Pitt, eut des remords, quoiqu'il n'eût ^iemment trempé dans les perfidies de ses (^lègues; et c'est à la correspondance du comte de la Fruglaie que nous en empnm-*

tons le récit :

« La justice et la vérité, nous écrit-il, exigent de moi que j'afllrme qu'envoyé instantanément à Londres près du ministre de la guerre , M. Windham , au moment où l'on venait d*apprendre le désastre de Quiberon , je le trouvai pénétré de douleur des affreux résultats de l'expédition. Persuadé qu'ils étaient dus à la lâcheté de M. de Puisaye, je jetais sur lui tous les torLs. « Non, s'écria M. Windham, c'est à moi, » à moi seul, qu'il faut les imputer; la jalousie des chefs en n est la cause. J'aurais du trancher la Ugne du commande- » ment J'aurais évité les rivalités entre M. de Puisaye et » M. d'Hervilly, qui ont tout perdu. »

L'escadre était en mer. Elle avait besoin de toutes les forces de la Vendée militaire pour assurer son mouvement, et Puisaye avait oublié, avant l'embarquement, de faire aviser Charette. Le nom de Charette avait plus d'une fois retenti dans les conseils qui précédèrent l'expédition. Les gentilshommes du Poitou , de l'Anjou et de la Bretagne ne demandaient pas mieux que de servir sous an compatriote devenu redoutable à la Révolution. Les olliciers de la marine française voyaient en lui un ancien frère d'armes. Tous pensaient que, pour entrer sur le sol de la patrie le fusil à la mïiin, il fallait s'abriter sous cette gloire vendéenne. Mais cette pensée dérangeait les plans de Puisaye : par le fait seul du concours de Charette à la descente, il se sentait voué à un rôle secondaire. Le cabinet anglais et Tamourpropre de Puisaye ne pouvaient pas accepter une pareille combinaison.

Tandis que d'un côté Sidney Smith , toujours infatigable , apparaissait presque au niême instant sur les points les plus

éloignés et tei^^t ^ ^c^^ le^ troupe 4^ ^^f^f^t

2S4 . HISTOIRB

de str Robert Stracham entrait toar à toar dans tes eaox de

Saint-Malo et de Granville. Le but de ces démonstrations était de confirmer la Révolution dans l'idée que le nord de la Bretagne était la partie menacée, et l'amiral Cornwallis, qui venait de disperser sous Belle-Isle une division navale ràpublicaine, poar»iivait sa croisière. Lord Bridport, avec sa flotte, dirigeait Tarmée expéditionnaire vers te sud. La traversée fut pénible; mais enfin le dixième jour le commodore Warren se trouva en vue de Lorient. Un temps brumeux et des vents contraires avaient retardé sa marche. Une tempête l'arrêta encore à la hauteur de File de Groix« sur une mer couverte de rochers.

A peine cette tempête de deux jours et de deux nuits a-t-elle fait place à un ciel serein , que les vigies signalent des navires français. C'était la flotte de Villaret-Joyeuse, qui, sortie de Brest avec quatorze vaisseaux de ligne pour rallier la division dispersée par lord Gomwallis, avait été, eUe aussi « battue par la tempête. £lle se rapprochait de la côte, à la hauteur de Penmark. La position de John Warren était difficile. Villaret-Joyeuse avait des forces supérieures. D'un seul coup il pouvait s'emparer de l'expédition : car le gros temps jéloignait lord Bridport, et l'on n'apercevait sur l'Océan aucune trace de sa marche.

Mais Villaret-Joyeuse avait à son bord, en qualité de délé^ gué de la Convention, le représentant Topsent, un ancien capitaine de navire marchand. Cet homme avait appris à la Convention à ne jamais douter. Sa volonté devait partout faire loi, même contre l'expérience des marins. John Warren, pendant ces trente-deux heures d'incertitude, s'était hâté de dépêcher ses deux cutters à la recherche de l'amiral Bridport; il s'était couvert de ses voiles. Les vaisseaux anglais en faisaient autant. 11 avait place son convoi à distance, et lui donnait l'apparence d'une seconde ligne, prête ainsi que la première à recevoir l'ennemi. C'était la seule manœuvre à tenter pour échapper au péril d'une rencontre. Vilteret- Joyeuse a le pressentiment du stratagème ; il parle d'attaquer.

Topsent, saisi d'un accès de pAdence dont l'histoire des • Conventionnels ne fournit guère d'autre exemple, croit aper-

cevoir toute une flotte dans ces quelques frégates si bien disposées. Il rend Villaret-Joyeuse responsable sur sa tête des désastres dont il craint d*être menacé. Villaroit furieux de voir une proie si belle échapper à son canon « serre le rivage de plus près, et ne cberche plus qu*à gagner le port de Brest Mais les cutters envoyés par sir John ont rejoint l'aniiral Bridport; mais un chasse-marée expédié par Keals, capitaine de la Galatée, qui a eu mission de sonder la baie de QuiberoD , confirme à Bridport les positions respectives de Fescadre de débarquement et de la flotte républicaine. Il n'y avait pas à hésiter. Bridport arrive à toutes vmles. Au jour levant, soutenii par les frégates de John Warren, il se présente en face de Villaret-Joyeuse. On était au 5 messidor an III. (23 juin 1795). L'amiral français, qui n'a pas assez de forces pour égaliser les chances d'une bataillet veut éviter le choc, n cherche à sauver sa flotte compromise par Topsent ; il n'est déjà plus temps. Elle était sous Belle-Isie, en face des escadres anglaises, et il fallut accepter le combat; il fut acharné.

Pendant quatre heures « l'artillerie foudroie les deux flottes ennemies. Bridport, par une savante manœuvre, rompt la ligne française, il s'y introduit. Les vaisseaux qui en forment

le centre prennent la fuite; ils se précipitent avec tant de violence, que, selon la relation oUicielle de Villan t- Joyeuse, ils faillirent aborder sa propre frégate et lui passer sur le corps. Cette défection décida du sort de la journée. La flotte française se dispersa, et se'réfugia dans le port de Lorient sous le canon du fort Louis , abandonnant à l'ennemi trois vaisseaux : V Alexandre, le Tigre elle Formidable, Mais dans cette bataille tout ne fut pas perdu pour l'honneur républicain. Le capitaine Bedout, entouré de plusieurs vaisseaux anglais, lutta longtemps seul contre tous. 11 lutta avec une énergie si désespérée, que, du rivage, les Chouans applaudissaient à sa résistance, et que les Anglais eux-mêmes témoignaient leur admiration, pour une bravoure qui leur coûtait si cher. Cependant Bedout était couvert de blessures, son vaisseau était criblé. 11 n'y avait plus possibilité de rédster. Le pavillon fut amené.

Le brait de ee combat naval avait retenti an loin. La victoire des Anglais était m présage heureux, et sir John Warren . pouvait sans danger se diriger vers la baie de Quiberon. Le capitaine £Uiaon, avec sa frégate U Skmdard et deux chaloupes canomiièras, est envoyé ponr bloqaer on pour ùm capituler Bcdle-Isle. Le 26 juin , Ellison adresse une sommation au général Boucret, qui y commande. Boucret répond qu'il se défendra jusqu'à la mort. Belle-Isle , protégée par plusieurs forts et par une citadelle, n'était prenable qu'après un long siège, ou , pour y pénétrer sans coup férir, il fallait aller en cbercher les deb à LorienL Celles de Lorient n'appartiendraient k Texpéditioii qu'après la prise de Vannes. On résolut d'opérer la descènte de Quiberon et d'arriver par terre à la reddition de ces deux places.

Avant de commencer le récit d'un des plus beaux et des plus funestes épisodes de ces guerres , il reste une lacune à remplir : c'est de dire la situation précaire de Tarmée républicaine , dont la bataille de Belle-lsie affaiblissait Tenthott-

• siasme, et qu'elle laissait aux prises avec le désespoir ou les récriminations. Les représentants Prieur et Jean-Bon Saint- André assemblèrent des tribunaux de guerre pour juger ceux qui avaient porté le désordre et Tinsubordination dans la flotte. Les Conventionnels furent cruellement sévères; mais une lettre de Thirat, commandant d'armes à Brest, justifie leurs sévérités. L'histoire contemporaine nous a souvent entretenus du désintéressement des Patriotes. Cependant le 25 messidor an ni (13 juillet 1795), vingt jours après la bataille de Belle-lsle« voici-la lettre que Thirat adressait au commandant d*armes de Lorient, en lui parlant des événements de cette désastreuse journée :

« Les généraux Vaultier, Bouvet, Nielly et le major général Bruix sont partis ce matin pour le conseil qui doit se tenir

, dans ton port« relativement à l'affaire du 5 de ce mois. Il *est bien urgent que Tignorance, Tineptie et Tinsubordination soient punies, et je répéterai.sans cesse qu'il est absolument nécessaire qu'on fasse des exemples et qu'un élague tous les sujets ignares qui entendent plutôt la partie de l'agiotage que les devoirs de leur état. Tu ne peux te faire une idée

D£ LA V£MOÉE MILITAIRE. 287

comme depuis quelque temps on voit dans cette ville des femmes de militaires, capitaines de vaisseaux et autres,

courir les rues avec des paquets sous le bras, allant chez les uns et chez les autres offrir leurs marchandises (objets provenant des prises). J'ai en vérité le cœur navré de tant de vilenies. »

La République venait d'être vaincue, el.iea djfliBnseurs

s'occupaient plutôt de la partie de t agiotage que des devoirs de leur état. Que pouvaient-ils donc faire lorsque la victoire leur assurait l'impunité ! •

Quiberon , sur la côte méridionale de la Bretagne, avait été désigné pour la place d'armes et le point de départ de Puisaye. C'est une pointe d'inégale largeur qui , sur la cAte du Morbihan , s'allonge du nord-ouest au sud-est et à plus de trois lieues dans l'Océan.

Cette pointe est divisée en deux parties , la falaise et la presqu'île. Une vingtaine de villages couvrent ce sol peu fertile , où l'on ne voit que des murailles, du sable et di l'eau. Quiberon est situé entre Vannes et Lorient , à une distance d'à peu près sept lieues de ces villes. Maîtres de la presqu'île, les émigrés espéraient enlever le fort Penthièvre, qui la ferme du côté de la mer ; en outre il avait été stipulé que sans perdre un moment on marcherait sur Bennes, en chassant devant soi les Républicains surpris dans leurs cantonnements. Après ce succès, que rien ne devait contrarier, on s'emparait d'Auray, de Vannes, d'Hennebon et de tous les points intermédiairés. Là les Royalistes qui s'associaient à ce mouvement combinaient leurs opérations avec Charette, Slofflet, Scepeaux, BOisguy, Frotté et les Chouans du Maine. Dans le même moment, le prince de Gondé, à la tête de son armée, tentait une diversion en Franche-Comté. Monsieur arrivait sur l'escadre de lord Moira, et la Révolution était fmie.

Tel était le plan général de Puisaye. Rien n'en compromit la réussite dans les premiers instAits. La flotte française fut dispersée ; Tinténiac et Bois-Berthelot , qui avaient précédé en Bretagne l'expédition , purent à bord d'un chasse-marée venir, le 25 juin, témoigner des dispositions du pay& Elles

HISTOIRK

étaient des pk» favorables, on Ta déjà pressend : el la vie- • Idre de lord Bridport , qui dégageait de toute crainte^de la

flotte républicaine , avait encore augmenté renlhousiasme. Le littoral était couvert d'une population accourue de toutes les parties du Morbihan. On savait que les villes de Bretagne, Vannes, Rennes, Lorient, Saint-Brieuc, Ploërinel etSaiot- Malo, D'atteodaieDt qu'une heure propice pour se détMurrasser des clubisles qui les avaient trop longtemps domiDées par l'échafaud. Les forces républicaines éparses dans le pays ne pouvaient opposer qu'une faible résistance à ces manifestations armées. Le 25 au s&ir, Puisi'ye décide que les troupes de débarquemeot seront mises à terre le lendemain à la pointe du jour.

D'Hervilly s'y oppose; il craint d'engager sa responsabilité, et, malgré Puisaye, il insiste, ses pleins pouvoirs à la main , pour faire au préalable une reconnaissance du littoral. Ce dissentiment, dont la loyauté de sir John Warren n'approuvait i>as la susceptibilité, retarda de vingt-quatre heures le débarquement. Ce fut une perte irréparable, mais qu'avec les ordres contradictoires signiGés à Puisaye et à d'Hervilly il était impossible d'éviter. Enlin, le 27 juin, le débarquement commença sur la plage de Carnac , entre le golfe du Morbihan et la presqu'île de Quiberon. Les deux premiers régiments qui descendirent sur le sol français furent Loyal-Émigrant et Royal-Louis. La joie ébàii grande dans tous les cœurs et sur tous les fronts.

Au même instant une vive fusillade se fait entendre. Ce ^ sont les Blancs qui , sous la conduite de Tinténiac , de Georges, de Bois-fierlhelot , de Mercier, de d'Allure et de Saint-Bégent, arrivent à la côte. D'Allure coupe les garnisons d'Auray et de Landevan , qui cherchaient à faire leur jonction afin de marcher sur Carnac. Le général Roman veut, d'un autre côté, se porter an rivage et diriger des feux de peloton sur les bateaux de débarquement. IL est menacé tout à la fois par Tintédiac et par Georges,.qui , maîtres des passages entre Vannes el l'Océan , s'avançaient vers la mer. La garnison de Carnac , forte de quatre cents hommés, essaye de résister. Bientôt intimidée par cette masse de Hoyalistes,

DE LA VEiNDÉE iMlLllAmE. 2h9

elle se retire, se joint à la division de Romane qui a rallié les cantonnements voisins et qui, débusquée du monticule

Saint-Michel par Tinténiac, se replie en désordre sur Landevan.

La plage était donc balayée de tous les Républicains; il n'y restait plus que des Royalistes. Ce fut un beau jour pour * eux que celui-là. Les habitants du Morbihan se pressaient

afin d'obtenir des armes. Les uns amenaient à leur suite des bestiaux ou des voitures chargées de provisions; les autres, déjà armés, déjà disciplinés, s'attroupaient sur le rivage pour favoriser Topéralion ou pour saluer de leurs cris de joie les émigrés qui débarquaient* La plupart se prédpitai^t jusqu'aux genoux dans le sable; ils s'attelaient aux canons, ils entouraient tes bateaux. De tous côtés on vovait des vieillards, des hommes, des femmes et des enfants se jeter à la nage et se disputer, par une louable émulation, à qui transporterait les plus lourds fardeaux. C'était une confusion pleine d'enthousiasme, une foule ivre de bonheur qui, sous un brûlant soleil , s'encourageait à travailler aux cris de Vive la Religion ! vive le Roi !

. Ce mélange de soldats et de peuple, ces joies bruyantes, peut-être même l'aspect des Chouans, dont d'Hervilly ne pouvait sans étonnement détailler l'irrégularité militaire, n'étaient pas faits pour lui donner une haute idée de la guerre qu'il allait entreprendre. Son esprit méthodique ne se prêtait pas à regarder comme des soldats ces hommes revêtus de leur rustique costume ou de leurs peaux de chèvres, et qui, mal équipés, encore plus mal disposés à se soumettre à la rigueur de la discipline , ne comprenaient pas tous la langue française, dont les émigrés se servaient. Leurs cris d'allégresse mêmes blessaient sa susceptibilité, et, ne songeant pas que c'est par le peuple et non par la théorie que les révolutions s'opèrent , il veut faire cesser ces démonstrations qui , selon lui , étouffent l'obéissance.

Tinténiac devine les craintes de d'Hervilly. Il le voit in^ quiet et absorbé dans ses id'ées. Pour l'arracher à cet état de surprise, qui peut avoir sur Fespril des Morbihannais une iotluence fatale ea leur prouvant que ces nouveaux auxiliaires

Digitizo

ii*eiiteiidmit rien h lear manière de guerroyer, Tînténiac place son chapeau à la pointe de son épée. Il l'agite, et pousse un long cri de Vive le Roi ! Ce cri , répété par la foule « retentit sur la côte. D'Hervillv saisit le sens de la leçon qui lui est faite; il ea sot gré à Tintëniac : mais il ne pot se plier à ce genre de gnerre» qui rendait le général et le soldat frères et camarades soos le même drapeau.

A peine les armes et les munitions sont-elles débarquées qne , confondus dans le même vœu , les Chouans et les émigrés se réunissent sur la plage de Carnac. Là, après unsertiee en l'honneur du jeune roi Louis XVII, dont la mort imprévue Tenait d'être annoncée k Tannée expéditionnaire , on proclama roi de France et de Navarre le comte de Provence, sons le nom de Louis XVIll. Ce fut une scène bien imposante que celle-là. Un office funèbre pour un roi enfant mort dans les cachots, une prière d'intronisation pour son successeur exilé, et tout cela sur cette vieille terre de Bretagne, en face deCamac , plein de ses souvenirs druidiques, tout cela en présence de la noblesse française proscrite, et des Royalistes de l'intérieur qui, après avoir déjà tant souffert, sacrifiaient leur vie sur les fivages de l'Océan , sous le canon de l'escadre anglaise qui se disait leur alliée I

Ces devoirs remplis, on s'occupa de faire bivouaquer les troupes expéditionnaires et les insurgés. Puisaye place son quartier général au village de la Genèse, à pou de distance de la mer; d'Hervilly établit le sien an bourg de Carnac, qu'entourent les régiments d'Hector et de Dudresnay : Loyal- Émigrant prend position en airant, le bataillon d'artilleurs en arrière, et les Chouans campent sur les deux ailes.

Personne ne discutait sur la nécessité immédiate d'ouvrir les opérations; mais Puisaye demandait à marcher à l'ennemi déconcerté par ce débarquement, à profiter de l'élan général et à s'emparer d'un port de mer : c'était seulement alors qu'il espérait voir se réaliser les promesses de l'Angle* terre. D'Hervilly, de son côté , prétendait ne rien brusquer, et, tout en convenant que la perte d'une minute serait irréparable, il n'osait se soustraire à ses idées de régularité. Il cherchait à mener cette guerre d'audace et d'impétuosité

DE LA V£nDÉ£ MaiT>UA£. 291

cotnme une entreprise où tout est soumis aux calculs de la stratégie. Il voulait attendre le corps d'armée de Sombreuil, afm de ne pas s'exposer seul aux hasards d'une première reocontre avec l'ennemi.

Cependant Puisaye fait décider qu'avant toute opération les généraux Tintéf^iac , Bois-Berthelot et Vauban prendront * trois divisions du Morbihan, et qu'ils iront se poster, le premier à Landevan, le second à la niontagne de Locmariaquer, et le troisième à Mendou. Une autre ligne, égale-* ment formée d'insurgés, couvrira les troupes de délMirque-' ment entre Saint -Michel et Plouhamel. Le lendemain, 28 juin, ces trois divisions d'avant-garde partent de Garnac. Bientôt l'alïluence des Royalistes, accourus des paroisses voisines, fut telle, que, établies à leurs postes respect iFs, ces divisions se trouvèrent plus que doublées. La marche de Tinténiàc, de Bois-dertheiot et dé Vauban électrisait les campagnes , mais elle prodoîsatt au sein ded* villes un effet opposé.

Il y eut dans les cités une de ces paniques qui sont toujours le présage de la défaite. Chacun cherchait à mettre sa vie à l'abri ; chacun fuyait devant cette démonstration , que les bruits populaires grossissaient encore* Depuis les admi*^ nistrateurs des départements jusqu'aux officiers municipaux des plus petites conumines, il ne se rencontra pas un homme qui eût le courage d'attendre cet adversaire qu'à la tribune de leurs clubs ils avaient délié si souvent. Les autorités civiles s'empressaient de donner l'exemple de la lâcheté ; le§ autorités militaires, les gardes nationales surtout, le suivi* renié Une lettre du conseil royaliste du Morbihan , adressée au comte de Puisaye, fait apprécier la stupeur dont les • Patriotes étaient frappés.

(( Nous avons, écrivent les membres de ce conseil à la date du 29 juin , pris toutes les dispositions possibles pour seconder le grand mouvement qui décidera raffaire^ La nouvelle de la bataille de Belle- Isle et du débarquement des armes à Carnac est un coup de partie. Il n'y a pas un Bleu qui ne tremble de la responsabilité qu'il encourrait s'il prenait les armes pour soutenir la Révolution. Personne ne

292 UlSTOllMi;

veut courir cette chance; tous se cachent ou viennent déjà nous demander grâce. Nous ne vous avons envoyé qu^une partie de nos liommes, le resle est occupé utilement; il est réparti sur treize points principaux, où il empêche la jonction des cantonnements de Tenneoii aveo Tefifectif des Bleus, que Ton réunira pour attaquer. Nous avons donné ordre de couper les points de jonction et les routes qui conduisent dans la direction mônacée ; mais il faut marcher vite. Il n'y . a que Hoche à craindre. Les autres généraux sont incapables dans une pareille circonstance; mais Hoche a la confiance du soldat. 11 faut donc le vaincre avant qu'il ait pu réunir beaucoup de monde. Surtout n'oubliez pas de bien recommander aux émigrés de ne pas se faire appuyer par les Anglais. Leur habit rouge est offensif pour l'œil des • paysans. Les Anglais ont accompli leur tâche ; il faut qu'ils nous laissent régler seuls nos comptes avec les Patriotes. Ce ne sera pas long si vous exécutez rapidement le plan que vous nous avez fait Thonneur de nous soumettre. »

Bois-Berthelot devait s'emparer de la ville d'Auray : il s'y porte ; la garnison intimidée se replie sur Lorient. La garde nationale, commandée par Glain, se range sous le drapeau de la Monarchie, et les Blancs pillent sans désordre, sans massacre, la maison du district et les administrations publiques. La ville d'Auray était la clef de l'invasion ; il fallait s'y maintenir, et de là s'élancer sur les autres cités, dont on n'attendait guère plus de résistance. Mais le général Hoche a appris dans sou camp de Menues les événements qui. se sont succédé avec tant de rapidité. 11 faut que par son activité il supplée à ce qu'il lui manque de moyens pour s'opposer avec succès aux opérations dont il est menacé. Hoche ne recule pas devant les difficultés. 11 n'a que peu de troupes à sa disposition ; encore ces troupes sont-elles à moitié vaincues par l'effroi el réduites au déûùment par la cupidité des fournisseurs et par l'incapacité des administrations républicaine^, dont Daru, l'ordonnaleur général de cette armée , a tracé un* tableau si flétrissant Le pays est hostile à la Révolution cl à ses soldais par conséquent. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à ouvrir le Moniteur; le 17 mes-

DE LA YKNDÉË MILIÏAIJIK. 293

sidor an m (5 }uîllet 1795), tm administrateur de Nantes,

Léonard Leblois, écrivait à la feuille oflicielle :

« Les excessivement nombreux Royalistes qui sont dans les déparlements de l'Ouest sont rayonnants d'espérance ; les Républicains, aii contraire, sont réduits à leur courage et presque à Testime d'eux-mêmes. Partout ils sont terriûés, couverts d'outrages et la proie des vengeances de parti ; beaucoup sont incarcérés et même assassinés. Leur avilissement est, comme on le sait, un des principes de l'abominable plan qu'on doit démasquer. »

Hoche sait cela. 11 n'ignore môme pas qu'au lieu de secours en vivres ou en munitions il ne doit espérer de tons les habitants que des coups de fusil et des obstacles de toute nature. Cependant c'est de sang-froid qu'il envisage les périls dont il est environné, de sang-froid qu'il adopte les mesures qui doivent assurer son succès ou atténuer sa défaite. 11 fait évacuer la côte de Lorient à la Vilaine. Les régiments qtie cette évacuation rend disponibles forment, avec les cadres de réserve, le noyau de son armée. 11 écrit au général Chabot de u rassembler le reste de sa division pour secourir Lorienl et couvrir Brest, qu'il défendra jusqu'à la mort ». Jl dit au général Chérin, son chef d'état-major, de lui « envoyer en deux jours six mille hommes et six pièces de canon ». Il enjoint aux généraux Humbert, Mermet, Lemoine, Crublier el Vernot-Dejeu de « réunir en toute hâte tous leurs cantonnements, et se tenir le sac au dos prêts à vaincre ou mourir ». 11 mande à Botta, à Ménage et à Valletaux :

« Surtout faites en sorte de ne m'amener aucune garde

• nationale; leur jactance et leur lâcheté, pour la plupart, nous seraient plus désavantageuses que favorables. Trouvez des prétextes pour n'en pas prendre sous le drapeau. Elles nous fêteront après la victoire, ou pleureront sur nous, si nous succombons. »

A la tête de deux mille hommes , dans l'àme desquels il fait passer sa froide intrépidité, il s'élance sur Vannes. Les Chouans s'en étaient emparés le matin ; il les en chasse le soir, et le 28 juin, au jour tombant, il est devant Auray, que

fio&-B0rai0lQt a abatidooiié« Pimye avait promis à Vauban UD envoi de quatre cenU hoftimeis de troupes réglées et deux

pièces de campagne. Ce secours était nécessaire aux paysans pour se maiiUeiiir dans leur position. Vauban ne le trouva point à Mendoo. De crainte de surprise, fioiâ-Bertbelot s'était retiré sur la montagne de Locmaria ; mais Puisaye lui enjoint de reotrtfr dans la ville. Il obéissait lorsque les Républicains y pénétraient eux-mômes par le point opposé. Les Morbihannais fondent sur la troupe du général Hoche ; ils la dispersent, ils la poursuivent jusqu'à un quart de lieue d'Auray, Là un capitaine de Chouans, le brave Uermely, veut renouveler le combat; Hocbe raccepte, il estBncore vaincu. Ce double échec lui fait naître l'idée de ne plus s'engager dans ces luttes partiellès, dont l'avantage doit toujours rester aux Royalistes. Il attend de nouvelles troupes.

L'inquiétude néanmoins régnait dans la ville d'Auray et parmi les insurgés. Le renfort promis par Puisaye n'était . point arrivé. fiois-Bertbelott dont le bras avait été fracassé par une balle, venait de remettre le commandement à d'Allègre; et les paysans, engagés si subitement dans une guerre dont ils ne savaient pas encore la tactique, commençaient à se plaindre et à formuler des accusations de trahison. Enfin les quatre cents, hommes si impatiemment désirés arrivent; les premiers soupçons s'évanouissent. Tinténiac de son côté avait été aussi heureux que Bois-Bertlielot. 11 avait débusqué les Bleus du poste de Landevan, et la troisième colouue, aux ordres de Vauban, s'était emparée de Mendon. •

C'était rbeure d'agir avec vigueur et de se porter en avant. Puisaye, accompagné do Contades, de la Jaille et de Saint-Pierre, visite ses postes. Il voit partout les émigrés

faisant déjà cause commune avec les Bretons, vivant, dormant comme eux, et entrant par leur alTabilité dans la con*fiance de ces rudes soldats. De tous les bivouacs il ne recueillit qu'un vœu : « Marchons en avant, et vive le Rôil » . criaient les Royalistes. A cet élan , qui lui pré^tgeait la victoire, Puisaye répondait : c Demain nous attaquons l'ennemi. » Les journées des et 29 juin se passèrent ainsi.

Di; LA V£liPiS MILITAIRE. 295

Le 30 on concerta un mouvement par terre et par mer pour s'emparer de la presqu'île de Quiberon et du fort Pentbièvre qui la protège. Cette presqu'île m pouvait avoir qu'âne importance momeotanée. A peine longae de trois lieuos , elle n*ea a que le quart en largeur. Elle est saMon*neuse et n'offre aucun bouquet d'arbres , aucune source d'eau vive. Des pêcheurs seuls l'habitent; cependant sa baie est une rade où les vaisseaux sont en sûreté. Le fort Penlhièvre» défendu par plusieurs bouches à feu et par une garnison de $ept cents hommes du 41* de ligne» débris de l'ancien régiment de la Reine , pouvait faire ré^stance da côté de la mer. Ouvert de l'autre, il était dans l'impossibiliLé de tenir contre les attaques combinées de Puisaye et de d'Uervilly. Au lieu dei)ru8quer l'assaut, on pas^a en pourparlers inutiles, en allées et venues à la flotte « en discussions lit en revues, les journées et les nuits des 1*^ et

2 juillet.

Enfin, le 3, à sept heures du malin, les troupes qui ont été embarquées pendant la nuit sur des chasse-marées arrivèrent à la partie orientale de la presqu'île. £Ues se çompo* saient de deux mille cinq cents Chouans et de deux cent cinquante gentilshommes de Loyal -Émigrant Puisaye les dirigeait sous la protection de deux chaloupes anglaises embossées au sud du port Orange. Il ne rencontra aucun obstacle pour sou débarquement, et il put avec la même bcilité s'emparer de la presqu'île et des fortins qiu proté» \ gent son pourtour. A la môme heure d'Hervilly s'avança par la falaise qui du continent aboutit, en se rétrécissant lou* jours, à la presqu'île dont le fort Penthièvre ferme l'accès. Le commandant Delize et sa garnison capitulèrent sans avoir tirji un coup de fusil. Puisaye leur adressa quelques paroles. Ces sept cents hommes rompirent leurs rangs, et officiers, soldats, caaonniers et pionniers demandèrent à s'enrôler sur-le-champ dans l'armée. La confiance de Puisaye et de d'Hervilly était si incroyable, comme la foi de tous les Royalistes en leurs ennemis, qu'aussitôt après cette prière 00 formait deux compagnies de ces déserteurs, et que môme on laissa à Tune d'elles la garde du fort Penthièvre. Plu-

sieurs historiens ont vu dans ces transactions subites une trahison des deux côtés. On a accusé le commandant Belize de n'avoir pas même songé à se défeftidre ; il ne le pouvait pas, n'ayant ni vivres ni munitions. On a, d'un autre côté « prétendu que Puisaye, en abandonnant aux Républicains si nouvellement convertis à la foi royaliste la garde de Pen- ' thièvre, avait voulu offrir un premier gage aux Anglais. C'eût été de la folie : il ne put y avoir calcul de trahison de la part du 41* de ligne. Si le succès était venu couronner Tentréprise, les Bleus seraient restés fidèles. De la part de Puisaye et de d'Hervilly il n'y eut qu'un aveuglement funeste, qu'une confiance imprévoyante. Cet aveuglement et cette confiance amenèrent tous les malheurs.

Ce n'était pas une victoire gagnée que cette reddition du fort et cette prise de possession de la presqu'île; mais l'armée royale voyait dans ces événements presque décisife une faveur de la fortune, et elle espérait. Cependant il n'en était déjà plus ainsi aux légions d'avant-garde. D'Hervilly n'ignorait pas le mécontentement qu'avait excité , parmi les Chouags de Tinténiac, de Bois-Berthelot et de Vauban, le retard des troupes réglées que Puisaye promit d'envoyer pour les soutenir aux avant- postes; il savait aussi 'avec quelle joie leur retour fut accueilli. Sans tenir compte de ces symptômes d'inquiétude, d'Hervilly rappelle subitement ses troupes régulières sous le prétexte qu'il peut en avoir besoin pour l'assaut de Penthièvre. Ën se voyant en rase campagne sans artillerie, les Chouans crient à la trahison. Ils pressentent dans ce décousu d'ordres et de contre-ordres un système de perfidie dont ils accusent déjà la politique anglaise; puis, en iinimmrant des menaces de vengeance, ils désertent leurs rangs et se retirent. Tinténiac, Vauban, d'Âllègre et Gadoudal essayent de calmer cette irritation. L'empire qu'ils exercent est à peu près méconfiu ; ils promettent que le lendemain des secours plus effectifs d'artillerie et de troupes de ligne seront à leur disposition. Les paysans répondent : (( Alors nous reviendrons demain. »

Demain était trop tard. A la guerre il est des fautes irré-. parables, et la victoire n'attend pas que la bonne harmonie

D£ Là V£NDËË MILITAIRË. 297

soit rétablie parmi des chefs divisés. Sous le coup de ces

lenteurs, Hoche faisait attaquer la ligne des avant-pusies royalistes. C'était le 3 juillet, le jour même où la presqu'ile et Penthièvre tombaient au pouvoir de Puisaye et de d'Hervilly. Le général Josnet-Laviolais cerne Uennebon , Hoche est devant Auray. Les incompréhensibles retards qui para* lysent rexpédilion lui ont laissé le temps de réunir ses troupes et de tracer ses principales dispositions. Les généraux républicains, mettant de côté toutes leurs dissensions intestines, secondaient son activité. Aubert-Dubayet dirigeait sur Vannes la 107* demi-brigade, le bataillon du Mont des Chats, celui d*llle-et-Vilaine, neuf compagnies de grenadiers d'élite et le 10* régiment de hussards. Canclaux, de son côté, faisait partir la ilV demi-brigade avec le général Groochy. Le chef d'état-major Cbérin enjoignait au général Drut de marcher au secours de Hoche à la tête de la 12* demibrigade et de quatre bataillons d'élite tirés des 6'' et 72* régiments d'infanterie. Ces renforts arrivés , Uoche en profite pour prendre sur les Bleus un ascendant moral. La bataille de Belle-Isie et le débarquement ont effrayé leur audace accoutumée ; à force d'énergie il veut dominer ces terreurs. Il sait que dans cette occasion critique il faut agir par les moyens extrêmes. Son premier soin est d'enlever à ses soldats la dernière espérance de fuite ou de retraite, et, à l'heure dite, l'affaire s'engage simultanément sur toute la Hgne.

Le général Mermet s'élance sur la division de Tinléniac; qui, heureux dans plusieurs rencontres d'avant-garde, soutient le choc avec succès. Mais bientôt, assaillis sur leur gauche et à leur ceùtre , les Blancs , qui n'ont que des fusils à opposer une artillerie meurtrière , se débandent. La position de Landevan est abandonnée ; il ne reste plus sur ce champ de bataille que Tinténiac , ses ofliciers et une centaine d'hommes qui n'ont pas lâché pied. Vauban , que le chef des Bretons a appelé à son secours , se présente avec deux mille volontaires au moment môme de la déroute. ' Ses troupes sont entraînées dans le mouvement. Mermet jette ses soldats en tirailleurs; ils enveloppent ainsi les deux

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divisions royalistes. I.e combat recommence en détail. Le marquis de la Moussa ye et le comte de Ijaogan périssent à la tétâ d'une bande de Chouans qu'ils ramenaient pour déU- ' vrer le gros de l'arinée. Saint-Aulaire, qui dirige l'avantgarde de Vaubaii, composée de marins bretons, pasSe sur le corps de rarrière-garde de Josnet-Laviolais. Vauban se précipite dans l'eau, traverse deux criques à la nage, rejoint sa division, qui se formait de nouveau en bataille, et, dans le but de réparer ce premier, échec, il laisse liennet occuper Landevan. Il marche vers la plaine d'Auray, o& campaient les troupes du général Hoche; il iond sur les Bleus, en tue un grand nombre, et, tour à tour vaincu et vainqueur, il se retire en bon ordre sur la gauche de Locmariaquer, où il espérait ravitailler la division de fiois-Berthelot

Elle aussi avait été assaillie ; mais d'Allègre, qui )a diri-« geait, avait senti qu'il ne fallait pas compromettre le sort de l'expédition. Aussi brave que prudent, il a exécuté sa pe-» traite sur le Saint-iMichol , sans se laisser entamer par les Républicains, dont il repousse les tirailleurs.

Un de ces sanglants épisodes, comme m en trouve si souvent dans de pareilles guerres, rendit aux Royalistes toute leur énergie. L'avant-garde de Saint-Aulaire avait pour guide un paysan des environs; les Bleus venaient de quitter son village, et il voulut y revenir pour embrasser sa famille. 11 arrive. Sa mère , sa femme , ses deux petits enfants et sa sœur étaient étendus perciés de coups, morts sous les ba!onnetes des soldats de Hoche. Le Chouan traîne les cadavres sur le seuil de sa duineure, il appelle ses frères d'armes à venger un si cruel attentat.

Pour essayer d'atténuer les crimes de la Révolution fran*çaise , il s'est rencontré de ces esprits qui vivent toujours d'une niaiserie sentimentale ou d'un mot prétentieux* On ne pouvait pas nier les échafauds , les noyades et les divers supplices inventés par la démagogie, on s'arrangea pour proclamer partout que l'honneur français s'était retiré dans les camps. Cette phrase stéréotypée était alors un mensonge comme la liberté , l'égalité et la fraternité. La preuve en existe, surabondante et inattaquable, dans la cornspondanoe

méma du général Hoche, Im 9 juillet il écrivait au Comité de salut public : « J'ai Tàme d^birée des borrturs qui se

sont commises dans les campagnes. Il n'est sorte de crimes que n'aient commis les soldats de l'armée; le viol, l'assasaioat et le pillage, rien n'a été respecté. Uoa pouvoir se borne à fîaire arrêter les délinquants et à les envoyer à un tribunal militaire qui juge Tintention, ce qui ne produit pas un grand effet. Cependant, beaucoup de coupables sont arrêtés. Ce sont principalement les olUciera que je rends responsables, s

Le 11 juillet , Hoche mande au Représentant du peuple Lanjuinais : t On ne vous a pas dit toute la vérité en accusant nos soldats de piller ; il aurait fallu ajouter : Ils assassiaentf ils violent... Les lois sont insuffisantes, et le malheureux général est obligé d'en faire justice le sabre à la main. Les choses reviennent à bien cependant $ mais je ne connais pas de plus horrible métier que de commander à des scélérats qui se jouent avec tous les crimes. »

Pe Taveu même du général en chef républicain, tel était le tableau qu'offrait l'armée révolutionnaire, où Ton veut qu'en désespoir de cause l'honneur français se soit réfugié sous la Terreur. Les Royalistes connaissaient par expérience tous ces attentats; ils voulurent s'en délivrer. 11 n'y avait donc plus à hésiter.

Afin de réparer les échecs successifs de la journée du 3 juillet et de ramener chez les paysans la confiance un moment ébranlée, il fallait courir lès chances d'une affaire générale., détruire Taro^e du général Hocbe« n'ayant plus moyen de s'opposer aux prc^trte des Blancs» ou, en cas d'insuccès, se retirer à Quiberon, qui leur assurait un abri. Ce parti était le plus prudent, mais aussi celui qui laissait le plus d'instabilité dans l'esprit : il fut adopté. On forma un corps de bataille de dix mille insurgés qui ne cachaient pas leur mécontentement. Les régiments d'Uer-> villy et Loyal-Émigrant se plscàrent à l'avant^rde ; Puisaye , avec quatre mille Chouans et les régiments Dudr^s* miy et Royal-Marine, se chargea d'appuyer les derrières.

Ce plsAt tout ssge qu'il était, déplut aux geptilshonmiis

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et ne satisfit pas les insurgés. Déjà de funestes dissenmons avaient éclaté parmi ces alliés si différents de earactère et

de mœurs, quoique gûerroyant pour la même cause. Les Royalistes, qui, durant cinquante années de révolution, ont fait à leur cause beaucoup plus de sacrifices qu'il n'eu aurait fallu pour assurer son triomphe, mais qui ne savent pas se rendre redoutables par la communauté de leurs efforts et par Tunion des volontés; les Royalistes agissaient encore sur cette plage comme ils avaient agi , comme ils agiront partout. On procédait par exclusion. Isolés, divisés, jaloux les uns des autres , se partageant en coteries ou se résumant en vanités individuelles, ils ignoraient que de l'agglomération seule des dévouements peut sortir le succès du principe monarchique. C'est uile situation inhérente à leur nature. £lle ne leur fit pas défaut à Quiberon. Dans la matinée du 5 juillet, Vauban se repKe sur Camac. , Ce bourg, qui n*est pas tenable, devient le centre de la nouvelle ligne d'avant-postes dont la droite s'appuie au Saint-Michel et la gauche au village de Sîiinte-Barbe, à l'eotrée de la falaise. Ces deux ailes sont dirigées par d'Allègre et par Cadoudal. Alors d'Hervilly se met à la tête de sod régiment, et marche pour assurer l'exécution de la combinaison arrêtée. Puisave de son côté court reconnaître la position de l'armée républicaine; mais partout sur son passage il n'aperçoit que des visages mornes , que des esprits préoccupés, non pas du danger que la guerre leur offre, mais d'une inquiétude qu'ils ne dissimulent plus. Puisaye cherche à encourager les uns, à dissiper les craintes das autres , à détruire les pressentiments de tous. Sa voix est sans influence ; ses explications, ses promesses, ne changent ' rien à l'attitude résignée des Morbihannais : « Il y a quelqae trahison sous roche, » répétaient-ils en secouant tristement la tête. Frappé au cœur, 1q général retourne à son qtiarlier. A peine est-il descendu de cheval , qu'il voit d'Hervilly accourir à la tête des troupes régulières et de son régiment D'Hervilly déclare qu'il n'exposera point à une perte certaine les soldats qui lui sont confiés, et que, pour ne pas tenter le sort des armes , il préfère se réfugier sur la pres-

DE Lk \mOÈJÙ MILIXAIAË. 301

qu'Ile, et attendre là de nonvelles instructions du gouvernement britannique. Dans ses Mémoires, Puisaye s'écrie :

« Je ne pus me refusera l'idée que louL ce que j'éprouvais était le résultai d'un plan concerté d'avance, et que d'Herviily agissait en vertu d'oodres secrets. ))

Tout en faisant la part du caractère de d'UerviUy , si oppos^é par sa froideur et par sa spécialité militaire aux entraînements du général , tout en réservant dans ces malheureux conflits la part de culpabilité qui pèse sur le cabinet britannique , il nous reste à dévoiler une des principales causes du désastre de Quiberon.

Au second volume de cette histoire , nous avons démontré par les faits et par les correspondaiices quel empire exerçait à cette époque l'agence royaliste de Paris. On a vu comment elle s'était imposée aux chefs vendéens, par quelles calomnies elle abusait tout à la fois de la crédulité des princes et de la bonne foi de Charette. Nous avons dit à quels subterfuges elle avait recours pour faire triompher ses intrigues en accaparant le pouvoir. L'abbé Brottier, son chef, était un de ces conspirateurs royalistes n'agissant que dans les ténèbres et arrangeant les choses selon le caprice de leur imagination ou Tintérét du quart d'heure. 11 avait peur de tout mouvemeiit armé, car il sentait qu'une monarchie relevée par la victoire devait tôt ou tard oublier ses services secrets.

Par des correspondances mises à la portée de certains émigrés influents, dont il était si aisé de llatler les rêves, l'agence de Paris avait su se rendre nécessaire. Elle avait chaque jour un nouveau thème de restauration pour bercer ces coeurs d'exilés, qui, incapablesdç fraude, n'osaient pas la soupçonner dans les autres. L'agence entrait dans leurs idées ; elle avait l'oreille du nouveau roi Louis XVIII, la confiance du comte d'Artois, et, par des avis dont la fausseté était palpable, elle savait se faire accepter comme indispensable au conseil des princes. L'agence se ût l'ennemie patente de Puisaye , et au moment où il opérait son expédition de Quiberon, elle mit tout en œuvre pour la faire avorter. Était-ce jalousie, prévention ou calcul? Maintenant cela

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reste inexplicable ; meis œ qui ne fait aucun doute, c'est sa

participation aux événements de O^iberon. Cette participation fut une lonj^ue série de perfidies.

Nous ne justifions pas le comte de Puisaye de sa partialité et de son enthousiasme à l'égaM du gouvernement anglais; MUS croyons même que cet enthousiasme fut un malheur et pour les Royalistes et pour la France. Nous n'avons pas à accuser ou à défendre d'Hervilly. Nous laissons aux faits le droit de prononcer sur lés hommes mêlés à cette affaire, et, historien, noua allons les exposer.

Puisaye était plus diplomate que soldat. Afin d'arriver au rétablissement du trône, il marchait dans la même voiecpie Tagence, avec des moyens toutefois moins réprouvés par rhonneur. il- se révélait concurrent dangereux : l'agence fit ^ tous ses efforts pour ébranler son crédit auprès des princes. Le 80 mai 1795, elle écrivait :

(( Si le comte d'Artois veut aller par Puisaye, il est perdu. Puisaye sera fusillé aussitôt qu'il mettra le pied en Bretagne.* »

Le 0 juin , la veille même du départ de l'armée expédi-'

tionnaire pour Qi^ul^eron, Brottier adressait au comte d'Artois une dépêche dans latjuclle on lit :

« Votre Altesse fera sagement de ne pas se livrer à Puisaye. Nous savons de source certaine et par Charette lui-même que la Vendée et la Bretagne ne veulent plus se soumettre à son autorité. Une descente avec lui ferait tout échouer. De tous les côtés il nous revient que ce n'est pas pour le roi, votre neveu, que travaillent les Anglais, mais pour le duc d'York , qui a promis de pr^endre Puisaf e pour son premier ministre. Ce fait est avéré : il' y a même à Paris de vieux débris de lu Constituante et quelques membres de la Convention qui , à défaut du jeune d'Orléans, s'empareraient de ce prince comme d'un encas à opposer à l'auguste fainillede nos rois. »

La haine de l'agence contre Puisaye n'a pas hesoin d'autres preuves. Il nous reste à dire comment elle procéda afin de paralyser ses opérations. Le 29 juin, elle mandait au conseil des princes.

D£ LA VËNOtK MiUXAIR£. Ma '

« Oittrett^â reneuTiléacm traité avec liConviQtifw» Uuat il est coorroacé contre les Anglais, n

Trois jours aupjiravant, le 26, le général vendéen avait repris les hostilités, et ce jour-là même il remportait une . victoire sur les Républicains. Mais Charette , Stofllet, de Scepeaux, Boiigfuy, Frotté et les chefs *du bas Maine avaient promis de seconder le débarquement. Il fallait arracher à Puisaye ce concours , que l'agence sentait décisif ; elle n'épargna rien pour l'anéantir. Elle avait affaire à un parti qui oublie facilement , et qui affaibli par l'exil et s'affaiblis^ sant encore par ses divisions, ne parvient jamais à s'en«tendre. L'agence prit sur elle d'oidonner à tous les généraux dt ne point courir aux armes. Cet ordre est ainsi conçu :

«Paris, 9a juin 1795.

» Au nom du Roi, il vous est enjoint de ne vous soulever que lorsque vous recevrez une nouvelle commission du conseil des princes. Ce serait exposer le pays que vous corn- . mandez et vous-mêmes à de graves inconvénients que

d'ouLre-passer l'ordre ci-joint.

)) Au nom du conseil de Tageace royale ,

I » Signé Brottîer. n

Les divers quartiers généraux ouvrent cette dépêche en

même temps que Tannonce du débarquement des émigrés leur arrivait. L'une était destinée à contre-balancer l'eiïet de l'autre et à faire naître l'hésitation dans les esprits. Le marquis de Talhouët-Bonamours, dont les intrigues du comité ' avaient sur(»is la religion , fut chargé par lui de Jever les dernières incertitudes. 11 vint en Bretagne* et de la part des princes il recommanda aux divisions insurgées de ne faire aucun acte d'hostilité contre les Bleus jusqu'à plus ample informé. L'agence ne s'arrêta pas en aussi beau chemin. Des circulaires à la main furent adressées aux cantonnements de Bretagne et du bas Main^. La signature du comte Joseph de Puisaye y avait été asses fidèlement imitée. Ces eircutaires , intimaient défense de faire des rassemblements et injonction de dissoudre ceux qui déjà seraient en marche. Bonaparte»

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en se plaçant à son point de vue, accuse comme nous ce comité royaliste. « Si, dit-il dans ses Mémoires, les Vendéens et les Chouans du Maine et de Fougères ae firent pas

à temps leur mouvement ; si l'expédition de Quiberon échoua par le défaut de coopération de tous les chefs vendéens, c'est à cette agence qu'il faut l'imputer. )> On avait si mal pris les précautions, que les deux fioisguy ne furent même pas avertis à temps. Ils pouvaient réunir à leur division celles de Vitré, de la Guerche et une partie du bas Maine, où Pontbriand s'était créé une grande influence. Le chiffre de ces forces réunies se serait élevé à plus de six mille hommes déjà aguerris ; on les oublia, et on les laissa guerroyer sans mettre à prolit leur expérience et leur zèle. Boisguy avait été tenu à Técart. Auprès de plusieurs autres officiers, on ne fut pas aussi discrètement coupable.

Le Chandelier, un des chefs de la Chouannerie, se dirigeait vers Quiberon, lorsque cette circulaire lui est remise par la correspondance même des comités. 11 devait obéir : il rentra dans le bas Maine. Le chevalier de Busnel était dans le même cas, lorsque le contre-ordre lui arriva ; Gharette aussi, il était le général sur le concours duquel les émigrés avaient le plus droit de conipLer. Charette représentait presque à lui seul toutes les gloires de la Vendée. Il reçut deux émissaires de brottier et de Duverne de Presles. Ils lui prouvèrent, pièces en main, que le débarquement de Quiberon n'était qu'une feinte pour attirer l'ennemi vers le littoral breton et pour faciliter la descente sur la côte vendéenne. Une pareille idée donnait au général une plus haute importance de sa position : elle dut être tout naturellement accueillie. Lorsque le convoi destiné à son armée fut aperçu en mer, Gharette , craignant de tomber dans une embuscade, ne répondit à aucun des signaux qui lui étaient faits. »

Si l'agence n'eût pas poussé plus loin la stupidité de la haine, il est permis de croire que le désastre de Quiberon ne serait pas arrivé ; mais elle avait si bien dressé ses batteries qu'elle ne laissait rien à faire au gouvernement britannique, dont elle osait se. proclamer l'ennemie la plus irréconciliable. Brottier et ses associés s'étaient fait donner

DE LA VENDÉE MlUTAlBE. 305

la mesure du caractère de d'Hervilly. Ils savaient par Lelïiaitre, un de leurs allidés envoyés à Londres dans le mois de mai 1795, les susceptibilités de cet officier général; ils connaissaient sa loyauté, sa passion pour la discipline, son respect pour un ordre des princes ou de leur conseil. Éclairés par ces renseignements, ils agirent avec la certitude du succès.

A peine débarqué, le comte d'Hervilly est circonvenu par les agents du comité. On TentreUent de soupçons que les Royalistes de Paris et des provinces conçoivent sur la fidélité de Puisaye, « qui a été, répète-t-on sans cesse, chef d'état-major des Girondins ». Il a voulu perdre les Fédéralistes par TAngleterre : pourquoi rie jouerait-il pas le môme rôle dans le camp breton? De confidences en confidences , on va jusqu'à lui parier de lettres écrites dans ce sens au comité de Paris par le conseil des princes; et, le lendemain, on lui fait rémettre cette instruction secrète , qui , datée du 26 juin 1795, ne permet plus le doute sur la cause encore ij^norée et pourtant déterminante de ces événements :

(( Au nom de Sa Majesté Louis XYIH , roi de France et de Navarre, de présent à Vérone, et en celui de S. A. R. Monsieur, comte d'Artois, lieutenant général du royaume, le comité royal de Paris, d'accord avec le conseil des princes, croit devoir, dans les circonstances actuelles, donner à M. le comte d'Hervilly, commandant les troupes de débarquement à bord de Tescadre de Sa Majesté firitannique, les instructions suivantes, auxquelles il se conformera :

» 1* M. le comte d'Hervilly, qui connaît beaucoup mieux que M. de Puisaye les intentions des émigrés, s'attachera à ne pas compromettre la vie de ces gentilshommes dans des marches à travers le pays insurgé.

a 2* .La commission que le gouvernement anglais lui a donnée n'étant peut-être pas assez explicite , le cdnseil des princes nous autorise à la développer en tant que besoin serait. M. le comte d'Hervilly ne doit agir que sous sa responsabilité personnelle , veiller à ce qu'aucune trahison ne vienne le surprendre, et ne s'avancer dans l'intérieur que lorsqu'il sera bien certain du concours de tous.

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doe AisxoiBi!;

» 3* Pour laisser à M. de Puisaye le temps de démasquer ses plans, que tout porte à croire hostiles au rétablissement de la branche aiûée des Bourbons, M. d'tierviliy se tiendra sur une réserve prudente ,^et pe risquera rien sans avoif mûrement réfléchi.

» 4* Le succès de ses démarches dépend du plus profond secret.

» Au nom du conseil de l'agence royale ,

» Signé Brottier. »

Adressées à un officier tel que d'Hervilly, pour qui la con-

gigne était un oracle, de pareilles instructions devaient recevoir leur entière exécution. D'Hervilly s'en pénétra; il les étudia, il en compara le texte avec ses propres sentiments. Lorsqu'il fut bien convaincu de leur justesse, il se roidit encore davantage dans son obstination toujours honorable. Alors il ne se prêta qu'à contre-cœur aux projets enfantés par Puisaye. Au milieu de ces discussions, qui étaient un arrêt de mort pour la monarchie, un homme se montra vraiment grand. Le vénérable de Hercé, évéque de Dol» fit tous ses efforts pour ramener la paix entre les cbe&; VÂhé Péricaud et l'abbé de Rieussec, qui avaient sa confiance, s'employèrent aussi très-activement ilatis cette pacification intérieure. Leurs correspondances avec Puisaye et d'Hervilly sont des chefs-d'œuvre de raison , de noblesse et de dévoue^ ment. Puisaye avait ses idées arrêtées : il soupçonnait des ennemis secrets. D'Hervilly, lui, était sous l'obsession de comploteurs obscurs ; il se mohtra acerbe quelquetbis , parce qu'il n'osait point se laisser deviner. C'est sous ces inspira^ lions qu'il se l'éaigna à des retards qui perdirent tout.

Hoche n'a pas dans son armée de tels déchirements. Afin d*agir en maître et de n'avoir personne autour-de lui pour contrôler ses volontés, il a conseillé aux quatre délégués de la Convention de se retirer à Lorient, d'où ils pourront plus à leur aise lancer sur le pays le despotisme bavard de leurs proclamations ou de leurs arrêtés préventifs, et « à la tête de ses troupes, dont il règle chaque mouvement, il attend des renforts. Ces renforts accouraient. Le Morbihan seul avait

ouvert des tranchées sur les routes, avait rompu les ponts et intercapté les passages. Le raste de la Bretagne était plongé dans l'incertitude par les émissaires des comités. Déjà Hoche avec sept mille cinq cents hommes pressait Camac ; il allait bientôt bloquer la presqu'île oh d'Hervilly s'était reUré sons le canon du fort Penthiôvre et de l'escadre anglaise.

A cette nouvelle les Morbihannais campés sur la plage sont consternés. En quelques minutes la campagne est couverte d'une foule prodigieuse. Cette foule échappait par la fuite à rimminence d'un danger que son intrépidité, devenue inutile, ne pouvait plus paralyser, faute d'olficiers pour la diriger. Cependant d'Allègre, Vauban, Cadoudal et Mercier ne perdent pas courage. Le 5 juillet au matin, Vauban, nous l'avons dit, fait repUer la ligne d'avant-poste qui, occupant plus de ûmx lieues de terrain , n'offrait aucun moyen de résistance , et avec ses trois corps de Chouans il s'avance vers Sainte- Barbe. Tinténiac s'empresse d'annoncer ce mouvement rétrograde au quartier général. Puisaye exige que d'Hervilly fasse soutenir par le régiment de Dudresnay et par l'artillerie les insurgés, auxquels il ènjoint de rentrer h Camac; mais les Chouans, furieux du peu d'accord qui règne entre les deux chefs, refusent de marcher contre le général Hoche, dont les progrès sont de plus en plus menaçants,

11 fallut se résigner à protéger une retraite au lieu de préparer une attaque. La retraite était difficile. Les trois colonnes d'insurgés étaient rompues ici par des feaimes, là par des entants, à chaque pas des familles entières, cherchant au milieu de cette falaise de deux lieues un point de sortie pour se mettre en sûreté avec leurs bestiaux et leurs meubles. Les Bleus harcelaient ces masses inertes ; ils livraient leurs maisons aux tlammes, coupaient en morceaux les mères et les enfants, ne faisaient aucun quartier à ceux que le hasard ou les affections de parti aggloméraient sur ce point. Parfois môme leurs tirailleurs perçaient les colonnes ; ils égorgeaient ce qui leur tombait sous la main*

Tout à coup Georges Cadoudal, d'Allègre et Mercier adoptent une grande- résolution. Georges avec sa voix impératife s'écrie i a Apprenons aux troupes de ligne qu'au

m HISTOlAfi

besoin les Chouans savent combattre aussi régulièremwit qu'elles. » Ils réunissent les hommes les plus déterminés de leur arrière-garde. Sous le feu de l'ennemi , ils font halte , laissent ûler, l'arme au bras, les trois colonnes de Vauban, se placent en bataillon carré devant les fileus, attaquent, repoussent tout à la fois, défendent pied à pied le terrain, et durant trois mortelles heures de chaleur ils soutiennent la retraite jusqu'au pied du fort Penthièvre.

Il était midi. Cette foule de plus de dix mille âmes, que Gadoudal , d'Allègre et Mercier ont enfin sauvée à force de courage , touche au parapet du chemin couvert On refuse d'ouvrir les portes du fort à son désespoir. Quelques Blancs, qui, de concert avec la troupe soldée, gardent l'intérieur de Penthièvre, aperçoivent du haut des remparts leurs familles et leurs amis éplorés. ils se jettent aux palissades , déchargent en l'air leurs fusils, et livrent un passage à ces malheureux. Les Républicains étaient a une demi-portée de canon ; ils menaçaient toujours. Le régiment de Dudresnay, avec ses deux pièces d'artillerie, arrive enfin. D'ilervilly le suit. Le * fort fait feu de ses batteries. Les Bleus se replient et Hoche va camper sur les hauteurs de Sainte*Barbe, qui font face à Oiïiheron. Sa seconde colonne , à'à peu près trois raille hommes, ainsi que la première, s'étend de Lentel à Locmariaquer, et pointe ses canons ou fait des travaux de retranchement dans différentes positions.

Les Royalistes avaient senti trop tard de quelle nécessité était pour eux la conservation de Sainte-Barbe. Dans un de ces moments où la méfiance, la colère et l'amerttnne d'une défaite rendent injustes même les hommes équitables, de tristes récriminations furent échangées. Les émigrés et les Chouans s'accusèrent tour à tour de lâcheté ou de trahison. * Des deux côtés c'était une calomnie ; mais la calomnie née dans son propre camp exaspère ou fait douter de soi-même ; elle rend injustes les esprits les plus droits. Ces désordres dans les têtes ne présageaient rien d'heureux. Les gentilshommes ne pouvaient s'habituer au genre de vie et de guerre des insurgés ; quelques-uns même , mais, il faut l'avouer, le plus petit nombre, se plaisaient à tourner en ridicule la sim-

D£ LA YEND££ MIUTAIKIS. 309

plicité des mœurs, la grossièreté des coslumes. l'âpreté du langage de ceux dont ils étaient venus seconder les elTorts. 11 y eut de ces plaisanteries de boa Ion qui glissèrent sur le jogement si droit des Bretons : ils n'en comprenaient pas le sel ; mais plusieurs émigrés , jeunes et étourdis , se permirent des démonstrations plus intelligibles que des sarcasmes, et les paysans, déjà indignés de se voir soumis à une nouvelle tactique, nourrirent dans leur cœur de funestes ressentiments. L'anarchie régnait parmi les chefs royalistes : elle régnait encore parmi les soldats. Chacun commandait, et, par un bizarre contraste , c'était dans les rangs de la Révolution que l'on retrouvait le pouvoir absolu d'un général, la subordination et la discipline qui constituent les armées et ^ préparent les succès. La Révolution donnait encore ce jour-là ' aux Royalistes une puissante leçon d'union, leçon aussi promptement oubliée que reçue, comme tant d'autres.

Au milieu des scènes d'intérieur que nous offre Tbistoire secrète des partis, Puisaye prend une sage résolution. D'un côté , il s'adresse à Cadoudal , cet homme de la plus noble nouveauté , vtr noMiSiimœ novUatis, selon l'expression de Paterculus. Il le tente, il le séduit par sa gloire de Cbouan, par son enthousiasme vendéen; de l'autre il pique d'honneur le courage des émigrés. Avec des paroles qu'il savait faire descendre au fond des cœurs, il prouve que leur inaction n'a pas été sans effet sur cette malencontreuse retraite. Lorsqu'il a bien excité l'émula lion entre ces deux forces rivales, dont pourtant l'accord était indispensable, Puisaye les entraîne à l'assaut des hauteurs de Sainte-Barbe , qu'au lieu d'attaquer il aurait fallu se borner à défendre. L'ordre de la bataille avait retenti. D'Hervilly, en proie à tant de sentiments contraires, se laisse lui-même gagner par cette ardeur que manifestent ses soldats. .

Le 6 juillet, à dix heures du soir, les meilleures troupes de débarquement et l'élite des Chouans formant un corps d'à peu près quatre mille bommes marcbenU résolument à l'ennemi. L'avant-garde, composée de Loyal-Émigrant et d'une division bretonne aux ordres de Tinléniac et de Georges, se place sous la direction de Puisaye. 7, à deux heures du

ilO BlSTOlBft

matin, elle est sous le feu des Républicains, et n'a pas été signalée. Tinléniac et Georges s éiancent au cri de Vive le Roi! Les Bleus, surpris dans leur sommailt courent mirâmes ; mais déjà les Blancs sont dans le camp. Leurs décharges incessantes augmentent le désordre inséparable d'une surprise nocturne. Hoche s'est entouré à la hâte de deux bataillons; il se met à leur tête. Les Chouans tiennent ferme; mais il faut qu'on les secoure. Puisaye, dont le cheval est blessé, vient veni la falaise, afin de presser le r^^ment d'Hervilly.

A la première décharge, une compagnie de ce régiment^ formée de prisonniers républicains arrachés aux pontons afaglaiSr s'est mal ébranlée ; elle a faibli. Les gr^adiers ont voulu réparer cette faute ; ils ont instamment demandé le combat ; d llorvilly leur a répondu : « Non , messiems, je ne suis pas assez content de vous aujourd'hui pour vous faire ce plaisir; i> et il a enjoint de se replier. Quand Puisaye arrive, le r^iment était en pleine retraite; ses efforts pour l'arrêter sont inutiles. Dans ce moment, la générale retenti»^ sait sur les lignes républicaines. Leur front se couvrait de feux de bivouac; la lueur projetée par ces feux ne permettait plus de croire à une surprise. Les régiments se rangeaient en bataille, et TartiUerie commençait à vomir la mitraille sur les Royalistes. Les Chouans et les émigrés engagés dans le camp se retirent ; ils n'avaient perdu que peu de soldais. De Carneville, lieutenant do vaisseau et officier dans Royal-Marine, resta parmi les morts. Les marquis de Jumi*- Ibac et de Chanouillot furent blessés , ainsi qu'un grand nombre de gentilshommes qui avaient partagé les périls et la gloire des insurgés.

Hoche était déjà maître des Royalistes; il les considérait comme sa proie, et, proûtant de tous les accidents de terrain, il essayait encore de rendre sa position plus formidable en attendant de nouveaux secours. L'escadre du commodore Warren avait, deux jours auparavant, capturé quelques petits navires qui apportaient des munitions et des vivres aux Républicains. Ses canonnières et une frégate barraient l'entrée du golfe du Morbihan; Hoche fl'«viît plut besoin

LA VMDftE MlUTAIRE. Sil

de cette voie de communicalion. Le général Chérin à Rennes, le général Canclaux à Nantes, le général Aubert-Dubayet à AteDçoQ, faisaient filer à marches forcées des troupes, des convois et de rarliilerie. Hoche avait envoyé à Lorieot les délégués de la Convention, qui répandaient partout la promesse de cent louis en or à quiconque découvrirait la retraite du marquis de hoquefeuiile et celle de l'évêque de Léon, débarqués, disaieot<-ils , en Bretagne depuis peu de jours, dans Fintention présumée de soulever le pays ; mais cette assemblée, qui se montrait jalouse d'exercer le pouvoir souverain, avait appris, dans la nuit du :>0 juin, la descente des émigrés, ne suivant que de peu de jours la bataille de fielle-lsle. On connaissait à Paris Tenthousiame ' avec lequel cette descente était accndllie ; on savait ses premiers succès. Des mesures énergiques étaient nécessaires autant pour refroidir cet enthousiasme que pour paralyser les dispositions de ( intérieur. Le Comité de salut public s'empressa de diriger des troupes sur Rennes, et, afin de faire tète k l'orage , il investit Tallien et Blad de pouvoirs illimités. Ces deux hommes partent à l'instant même. Tallien, qui croit avoir la journée du 9 thermidor à faire oublier, les massacres de septembre 1792 et les exécutions de Bor- . deaux à recomm^cer, se rend à Vannes accompagné de Rouget de Tlsle , Fauteur de la MàneUlaUe.

Tallien était un de ces êtres comme les révolutions en produisent beaucq^p. Impétueux et facile, entraîné par la fougue de Tâge et des passions, impatient de son.obscarité native , il avait tout à la fois des sentiments de générosité et des fureurs de cannibale. La possession d'un pouvoir conquis sur la borne l'avait enivré. Poussant tout à l'extrême, sans modération dans le mai, sans discernement dans* le bien, car, nous devons le dire, il fut souvent humain mômf contre ses intérêts, Tallien était nne«de ces natures populaires, dangereuses même par leur exaltation. Blad, au contraire, n'avait ni vices ni vertus. 11 représentait parfaitement la médiocrité bourgeoise au gouvernement des affaires, tâtonnant sans cesse, parce que tout lui semblait impossible.

Arrivés à Vannés , après avoir sur leur route exagéré les

312 HiSÏOlAK

frayeurs de la République afin de réveiller les haines de parti commençant à s'assoupir, les deux Conventionnels

adressent une pi oclaiiiation aux soldats et au peuple.

(( Les émigrés , y lit-on , sont vomis sur nos côtes par le gouvernement anglais pour opérer la contre-révolution, assassiner les Républicains fidèles et ravager leurs propriétés. Ils ont osé mettre le pied.sur la terre natale; la terre natale les dévorera. »

lallien se chargea lui-même de réaliser la prophétie qu'il avait signée.

Le même jour son collègue et lui sont au camp de Sainte- Barbe, ils annoncent à Hoche la prochaine venue des r^ments qu'il demande; puis Tallien se met au travail, et

aplanit les obstacles matériels surgissant autour du général. ' Les travaux de construction se poursuivent avec cet entrain révolutionnaire que Ton est forcé d'admirer malgré soi. jamais en effet un autre parti ne saura aussi bien discipliner ses masses et en tirer, par renthou.siasme, par la crédulité ou par la terreur, les miracles que la République sait faire enlanter aux passions de ses fidèles. Des lignes retranchées, des épaulements, des fourneaux destinés à chaulTer à boulets rouges la flotte britannique inquiétant Tarmée de la Convention, tout cela est improvisé, établi par le général Lemoine. Le général Josnet-Lavioiais flanque la gauche de cetle ariné(^ depuis Carnac jusqu'à Saint-Clément. Le général Meunier, à Plouharnel , soutient i'arrière-garde , et ferme la communication du Morbihan avec la côte. On le voit , il y avait dans ce camp unité d'action. Il n'en était pas ainsi parmi les Royalistes.

Cependant, le 7 juillet au soir, Tinténiac et Cadoudal opèrent un rapprochement entre Puisaye et d'Herviily. Les inclinations guerrières du dernier l'emportent sur la politique dont il est , par obéis^nce et par devoir, l'aveugle soutien. Ce rapprochement obtenu, on décide que, le 10, Tinténiac, avec trois mille cinq cents insurgés et une compagnie de Loyal-Émigrant, débar(juera pendant la nuit à Saint-Jacques. Le même nombre de Morbihannais, conduits par Jean Jan et par le comte de Lantiyy, seront jetés sur la côte nord de

DE LA VENDÉE MlUTAIBE. 119

Lorient. Quatre jours étaient nécessaires pour opérer leur jonction dans l'intérieur. Le H juillet, réunis au village de Baud, Tinténiac et Jean ian occuperont les forêts de Lavaux et de Gamors; le f5 ils passeront la nuit à une lieue du camp républicain, et le 16, au point du jour, ils prendront l'ennemi par derrière, tandis que Puisaye et d'Hervilly attaqueront de front. Le commodore Warren approuva ce plan, et prit ses dispositionspour le seconder. Tinténiac partit. L'heure du daoger sonnait. Georges , d'Allègre et Mercier ne Tabandonn'ent pas. Le comte.de la Marche, Glosroadeuc, Pont- Bellanger, Busnel, la Houssaie, de Guérin et Kéroulas demandent à le suivre en qualité de volontaires.

La descente se fit sans obstacle à Saint-Jacques. Les Bleus, qui occupaient les hauteurs, se replièrent sur Sarzeau; mais, soutenus par les garnisons voisines, ils reviennent avec quatre pièces de canon. Ils.sont encore battus , et Tinténiac occupe Sarzeau.

La division de Jean Jan ne fut pas aussi heureuse; les chasse- marées manquèrent à Theure dite, et elle éprouva qoçlque retard. Enfin elle débarqua à l'entrée de la rivière d'Intel. Puisaye et d'Hervilly, pendant ce temps , sortaient à minuit de Penthièvre avec une force imposante. Le commodore-Warreil , le capitaine Keats et le comte de Vaugiraud, ancien chef d'escadre français, appuyaient cette diversion dans leurs chaloupes canonnières. Une affaire d'avant-postes s'engagea. Les Bleus, repoussés avec perte, furent immédiatement secourus par le ^^éiiéral Hoche, qui oflVit le combat. 11 ne pouvait être accepté ([uc le 16. Le comte de Rotalier, * colonel de Boyal-Ârùiierie , se plaça à Tarrière-garde avec deux pièces de campagne, et, s'arrétant de position en position, il protégea la retraite, qui s'effectua avec régularité.

Mais cette attaque soudaine, n'ayant produit que des engagements d'avant-garde , devait inspirer des soupçons à Hoche. Un avis que trois prisonniers des pontons anglais lui transmirent confirma ces inquiétudes. 11 vit que ce mouvement n'était qu'une diversion , et il se hâta de détacher des troupes pour observer Tinténiac dans l'île de Rhuis. Le gér néral Grouchy reçoit ordre de prendre la 12' demi-brigade,

M flistonuB

et de marcher, lui aussi , contre les Chouans de Tinténiac; mais le gentilhomme breton avait passé sur le corps des cantonnemeQts, et déjà il touchait à la forêt de Molac.

Les trois jours suivants s'écoulèrent sans autre événemjSDt que des pourpériers établis en forme d'amicale conversation entre les émigrés des avant-postes et les officiers du général Humbert, qui y prenait Ini-nif^me part. Le 15 juillet, Charles de Sombreuil arrive dans la baie de Quiberon , amenant la seconde division, forte seulement de quinze, cents hommes. Parla bravoure, cette petite division valait une armée. Ce corps d'élite était connu sous le nom de régiments à cocarde noire. Le plan de Puisaye était tracé; il comptait sur le^ diversions de Jean Jan et de Tinténiac. 11 ne voulut donc pas attendre le débarquement du renfort; Sombreuil et Bozon de TaIleyrand*Périgord« que dans les campagnes d'Améri^ que sa bravoure fit surnommer i^a'^e-bothcmr, se font immédiatement conduire à bord de la Pu moue. Sombreuil est initié au plan du lendemain; il voit qu'il est impossible que sa troupe débarque assez- à temps pour se mêler à la bataille; il demande à y assister comme volontaire. L'arrivée de ce jeune homme fut accueilhe par les émigrés avec enthousiasme; elle releva même la confiance des Blancs, car, avec son attitude chevaleresque et sa noble Hgure, il sut bientôt se populariser. «

On travaillait sans relâche aux fortifications et aut prépa* ratifs de l'attaque générale. L'évéque de Dol et Sombreuil employaient leur intluence à maintenir l'accord entre Puisaye etd'Hervilly; ils furent assez heureux pour réussir. Dans la soirée du 15 juillet, chacun fit ses dernières dispositions pour la bataille du lendemain ; elle devait être livrée selon les bases précédemment posées. Vanban se chargea, avec deux mille Chouans et un bataillon de troupes soldées, de descendre à la baie de Carnac, de tomber sur le poste de Saint-Clément, d'enlever la batterie entre ce poste et Piouhamel , et de venir, après ce succès hypothétique , assaillir la gauche du camp de Sainte-Barbe. Des signaux furent con* venus entre Pifisaye et lui pour indiquer la victoire ou l'échec.

Le 16 juillet, à deux heures du matin, l'armée royale,

DE LA VEIIDÉI MILITAIRE. tf5

torte de deux mille six cents soldats,, de quatorze ceûU Chouans, et soutenue par huit j)ièces d'artîUerie , se met en ligue. Deux compagnies de Loyal-Émigraot éclairent la *

marche. D'Hervilly dirige les trou[)es: le chevalier de Saint- Pierre est à la lêle du régiment auquel le général a donné fiOû nom. Lia$ régiments de Royal-Marine et. de Dudresnay sont aux ordres du duc de Lévis. Les paysans ont les mAmes chefs, ils se placent dans les mêmes rangs et sous le même drapeau. A trois heures et demie la fusée qui doit signaler le * succès de Vauban frappe tous les yeux; une seconde devait être lancée à un quart d'heure de distance si la descente n'avait pas réussi : le quart d'heure s'écoule i la seconde fusée ne paraît pas. Vauban a triomphé des obstacles. Le camp républicain s'agite cgmme surpris par une attaque imprévue. Cette agitation coniirme les HoyalisLes dans leurs espérances. L'artillerie ouvre le feu.

Hoché était absent de son quartier de Lannayhe. Il avait voulu lui-même prendre ses précautions contre Tinténiac et Jean Jan. Le général Lenioine, qui le nMiipiace à Sainte- Barbe, a fait avertir le général Meunier, qui commande la • réserve à Plouharnel. Josnet-Laviolais est avec sa brigade . campé au petit port du Pô. Mermet et Valletaux , à la téte des . divisions qui forment la droite de l arinée républicaine, occupeiil le bourg d'Erdeven et la Lourde Keravion. Lemoine a pris toutes ses mesures; il sait d'avance, par le rapport des Bleus incorporés parmi les Royalistes, quel est le plan de bataille. Il a masqué ses batteries , tactique habile , mais dont Puisaye aurait dù se méfier, — et il enjoint au général d'avant-garde Ilumbert de modérer son impétuosité, de simuler une certaine résistance, et de se replier sur la ligue. Cette précaution militaire est une espèce de fuite pour les Royalistes, qui attaquent de front. Une fusillade lointaine se fait entendre. D'Hervilly et Puisaye s'écrienl : a Voilà Tinténiac, en avant I » Les quatre colonnes s'élancent; leur contenance est hardie , et , en admirant cette martiale attitude, Ifes Bleus se disaient dans les rangs : «A la bonne* heure, on voit que ce sont des Français ! » * Les Blancs, qui ne firent jamais mentir cette parole répu-

blicaine conservée par Rouget de i'isle, sont à portée de pistolet des retraochements. Lçs ttraiUeitrs de Loyal-Éinigrant s'efforcent roême d'en gravir le talos. Un feu soutenu retentit d*un bout à l'autre du camp. Il saisit en face les émigrés, qui , foudroyés par l'artillerie masquée, essayent de se reformer du côté opposé. Les batteries du second épauiement les couvrent d'une mer de feu. Chaque décharge enlève des compagnies entières à Royal-Marine. Le r^;iment de Dudresnay perd ses ofBcters et sa compagnie d'élite; Tathoaët , son colonel en second, est tué. Un boulet emporte le cheval du duc de Lévis et le blesse lui-même. La Jaille et de Gras tombent dans la mêlée à côté de Philibeaucourt , qui a la poitrine traversée d'une balle. De Méloize, de Mervé, dé la Voltais , Saret et BélizaI survivent à peine quelques minutes à leurs blessures. Le comte de Soulanges s'approche pour soutenir ce dernier; il est frappé lui-même. Le commandeur la Laurencie, un noble et beau vieillard, est renversé, les deux cuisses coupées par un boulet : il va expirer. Ses dernières paroles sont encore un acte de patriotisme, c Vive le Roi! murmure-t-11, et toujours en avant contre la Révolution! » C'était un testament d'honnête homme.

La droite des Royalistes est rompue sans combat. Tous ces volontaires n'avaient qu'à mourir; ils mouraient brave- . ment Des fautes multipliéiss avaient été commises en leur nom. Ils les sentaient, ils aspiraient à les réparer sur le champ de bataille , et ils se faisaient tuer : c'est sur le champ de bataille principalement que noblesse oblige. La noblesse en ce jour se montra digne de ses aïeux et des paysans qui marchaient à ses côtés. D'UerviUy se met à ia tête de la colonne de gauche. Il s'élance au pas de course , tandis que son artillerie foudroie à son Lour le camp républicain. Cette dernière colonne est encore écrasée par la mitraille. Trois capitaines de vaisseau, le comte Mébérenc de Saint-Pierre» de Concise et de Trécessan, expirent en chargeant l'ennoni. Cillard a le même sort. De Rossel , un maréchal de camp 'Octogénaire, a formé une compagnie. Elle s'est recrutée d'anciens ofliciers de terre et de mer blanchis dans les combats. Âu nombre de cent, ils marchent sous le feu : deux .

D£ LA V£I!IDÉK MlUTAli&E. Sl7

heures après il n'en restait pas un. On cite encore parmi ces vétérans de riiorineur d'Orvilliers, Menou, de Cliampclos, de Kerouartz, de Caux, de Kerguan, de Viart, du Queogo et de Kerever. Le chevalier de la Peyrouse» le frère du^navigateur ; les chevaliers de liaarville, da Jay, d'Espagne et presque tous les officiers de Loyal-Émigrant montrèrent le même courage et subirent le même destin. Le duc de Lévis est de nouveau blessé près du jeune Féletz et à côté de Missy , officier du génie ; de Paul de la Ferrière et du chevalier de MontbroD. Le marquis de Kergariou , deux des Lantivy, la Gorbinière, du Ruel , Barentin , la Huche-Saint-André, les deux frères Huet, fils d'un négociant d'Angoulême; Montbel, de Cheux, la Rochefoucauld et Moutcœur sont frappés au milieu des Chouans, qui dans ce massacre glthrieux se firent une large part.

Ces paysans de Bretagne ne savent rien de la stratégie des assauts. Jusqu'alors ils n'ont combattu que derrière leurs haies ou en rase campagoe, mais cette ignorauce oe les empêche pas de mourir aussi héroïquement que les gentilshommes. Lanlivv de Kerveno, chef de canton dans la division de Moustoir-Lominé, est blessé à la tête : il laisse le commandement à son cousin Lantivy du Reste. D'Hervilly, toujours magnifique au milieu du carnage « tente encore d'aborder l'ennemi. Puisaye, déçu dans les espérances que la fusée de Vauban , que les promesses de Tinténiac lui ont fait concevoir, envoie à d'Hervilly l'ordre de la retraite, ('elui-ci le reçoit sur des monceaux de cadavres et de mourants. 11 charge Fougeret de Saint-Crend, anden major de Royal-Picardie et son officter d'ordonnance , d'aller le transmettre à la colonne de droite. Dans le trajet, Saint-Crend est tué pir une bombe. A la même minute un biscaïen atteint d'Hervilly dans la poitrine; et tandis que la gauche battait en retraite, à droite les émigrés et les Chouans affrontaient une dernière fois Tartillerie républicaine. Là il y eut des traits d'une incompréhensible audace. Le vicomte Levaillant de Glatigny, capitaine de Loyal-fimigrant, a la cuisse traversée d'un coup de feu; un grenadier de son régiment, Louis Ferrier, l'emporte sur ses^ules au milieu de la mitraille. Cinq gentilshommes

Oigitized

M msxoiu •

4a mime nom de Levailltol de Glatigny pérmemà la mftme

heure el avec le même courage. Puisaye, qui se multiplie à * travers les dangers, rencontre d'Hervilly étendu sur un brancard et précisant des iastracUooa comme s'il n'était pas blessé mortelleuaent. Il prie Soinbreuiî de le remplacer : Sombreuil part et fait donner le «gual de la retraite.

Alors les Bleus sortent en masse de leurs relranchements. Ils se précipitent pour augmenter la confusion. Les Blancs n'ont pas de cavalerie à leur opposer. Humbert lance sur eux le 9*^ de hussards et le de chasseurs; mais Som-* hreail et le lieutenant général comte de Boieaieux, qui a abdiqué son titre pour se faire capitaine de grenadiers au régiment d'Hervilly, leur tiennent tète. Le jeune frère de Charlotte de Corday est entouré par quatre hussards. Seul contre eux, il lutte pendant longtemps» les tue ou les met hors de combat; et, couvert de son sang, qui coule de plusieurs blessures, il va tomber sous le fer des Bleus» quand le général Humbert, témoin de cette résistance héroïque, s'écrie : « N'achevez pas ce jeune homme; sa bravoure me charme» Laisse^-ie vivre. » Froger de l'Ji^uille est tué en s'élaocant sur le général Vernot-Dejeu « qui , à la tôte de la cavalerie républicaine, charge les émigrés. Vernot-Dejeu périt au même instant. Le comte de Rotalier, avec ses artilleurs , démonte trois des batteries pointées contre les Royalistes; il repousse l'ennemi, dont la poursuite est incessaule. Le fils de ce brave officier est renversé à ses côtés ; un miracle conserva ce jeune homme. Mais sous Timpression de sa douleur : u 11 n'y a pas de père aujourd'hui! s'écrie Rotalier en pleurant ; on ne doit chercher ici que des Royalistes au, des Révolutionnaires. » 11 continue de protéger la retraite, que le feu de quatre pièces d*artillerie , dirigé par de Chièvre, de la Tullaye , de la Garrigue etBanrès^Uumolard, rend «ofin moins impossible.

Jamais peut-être, depuis que les hommes se font la guerrç, autant de courage n'avait été dépensé en pure perte. Après ces sublimes funérailles de la noblesse française, les Blancs rentrèrent tlans leur forteresse; et les Bleus, matUrés 4e le campagne , se mirent à dépouiller les morts. Imr avidité

DE LA YENDtE MILITAIIIE. S19

fut si déplorable qu'ils se disputèrent jusqu'aux derniers v^meDts de leurs caaiarades eipirants, jusqu'aux éptur - Icttes, jusqu'à l'épée du général Vemol-Dejeo , et que, tout

en avançant, ils éf^or^'ùieiU sans distinction de parti. Le général Lemoine espérait ^pousser plus loin sa victoire; mais up hasard fortuné « produit par une cause maUieureuse, Tarréta.

Vaubaii n'aVait pu débarquer qu'en plein jour sur une

plage nue : la surprise projetée fut donc impraticable. Il avait lancé les deux fusées du signal : c'était annoncer son échec. Le soleil levant et l'éclat du jour interceptèrent la lueur de la seconde, et ainsi trompèrent Puisaye. L'adjudant général Roman , avec des colonnes mobiles de la 171* demi* brigade, se porte au point de débarquement; mais déjà l'affaire était décidée à Sainte-Barbe. Le bruit du canon , se rapprochant de plus en plus du fort Penthièvre , fait comprendre à Vauban et au commodore Warren que les Bieus serrent de près les Blancs. Vauban se jette au rivage; il range ses troupes en bataille. Le commodore, avec ses chaloupes, forme une batterie qui enûle la falaise , et qui balaye la cavalerie et ies grenadiers républicains. Son feu , savamment ' dirigé, seconde les efforts des insurgés, qui permettant âiiiâ à Sombreuil et à Rotalier d'effectuer leur retraite presque sans coup férir. Penthièvre était encombré de blessés ; d'Hervilly se trouvait parmi eux. Les chirurgiens firent avec

succès l'extraction du biscaïen ; mais le général était cun^ damoé : il mourut à Loodres peu de mois après. La diversion de Tinténiac et de Jean Jan devait favoriser

cette attaque, que les Bretons appellent encore la Journée de l'arme au bras, parce que de Quiberon ils étaient arrivés sans brûler une seule amorce sous les batteries masquéea- de Sainti^Barbe. 11 faut dire par quelle série d'événements ces deux colonnes ne purent se présenter au rendez-vous assigné.

L'armée républicaine, ainsi que l'écrivait Hoche au Comité de salut public, « avait affaire à un peuple entier». Elle pouvait être prise de trois côtés a la fois, et il ne lui re^it que la mort ou la capitulation; maif Tinténiac, que nous avons laissé d^ns la forêt de Molac, vainqueur des cantonne-

ttO HISTOIIIE

ments sur son passage, allait rencontrer des ennemis encore «plus dilliciles à battre que les Révolutionnaires. Puisaye avait écrit dans le Morbihan pour annoncer la marche de cette colonne et pour faire réunir aux Chouans de l'expédition tous ceux qui seraient disponibles. L'abbé de Boutonnillic connut cette dépêche ; il était le correspondant de l'agence de Paris, il osa tromper la loyauté de ïintéoiac.

Ce n'était point par calcul, on par perfidie' que ce prêtre agissait ainsi ; il croyait servir à sa manière la cause royale. En révolution il y a des prêtres qui sont comme les avocats, et qui se disent prédestinés à tout rénover par état ou par conscience. Dans l'esprit de quelques ecclésiastiques, les partis ne sont qu'un moyen qu'ils mettent en jeu. L'abbé Brottier, à Paris, l'abbé Bernier, au camp vendéen, offraient ce coupable exemple. Il évoqua des imitateurs dans l'Ouest, en très-petit nombre , il est vrai ; mais ces ecclésiastiques, envoyant de gaieté de cœur les hommes d'action à la mort et se ménageant de longue main pour des trahisons, exercèrent une influence aussi funeste que celte des avocats.

L*abbé de Boutonnillic fut une de ces rares exceptions sacerdotales. L'histoire doit la signaler. Ses avis et ses démarches amenèrent la perte de la colonne expéditionnaire de Tinténiac, et, par conséquent, sapèrent dans sa base Tentreprise elle-même.

A Sarzeau le général trouve des instructions au nom du Roi qui lui enjoignent de se rendre à Elven. Ce n'était pas la roule tracée par les chefs, de l'armée. Georges s'oppose à ce changement de direction. 11 déclare que le Roi n'a pu ainsi et à heure dite tout prévoir de Vérone. Mais les émigrés insinuent à Tinténiac de se conformer à ces ordres. Ils l'assurent même que sa troupe ne peut qu'y gagner, puisqu'elle se renforcera de celle du chevalier de Silz. Tinténiac marche sur Elven ; il taille en pièces la garnison , et là il r^it du chevsdier de la Vieuville et de l'abbé de Boutonnillic un billet où il lui est annoncé qu'au château de Coêtlogon il est attendu par des dames chargées de lui remettre d'importantes dépêches.

On était au 13 juillet, et, malgré la distance des vingt*

DE LA TENDÉE MILIXAIIIE. 331

quatre lieues bretonnes qui le séparent de Baud, où il doit être le 15, selon sa promesse engagée à Puisaye, Tinténiac, • sûr de Tinfatigable activité de ses volontaires, accepte le rendez-vous.* La route de Josselin est la plus directe : il la suit, s'empare du faubourg de la ville et somme le château et la garnison de se rendre. Sur le refus du général Crublier, Tinténiac, peu mailre de son humeur belliqueuse, perd cinq heures à faire, sans artillerie, le siège de ce château.. Il se retire ; la garnison essaye une sortie , il la repousse. A la Trinité-en-Porhoët l'avant-garde de Tinténiac aperçoit sur la route un détachement de cavalerie qui s'avance. Le général fait signe d'arrêter; il se dirige vers ce détachement avec cinq ou six officiers. Lorsqu'il est à cinquante pas de distance, il agite un mouchoir blanc ; et, s'improvisant parlementaire : « Voici, dit-il aux Bléus, les Chouans que je commande. Vous n'êtes pas en force, rendez-vous. - — En me rendant, répond le clief répubhcain, je perdrais votre estime et la mienne. Je vois les troupes qui vous suivent, mais je ne vous cache pas que je ne fais que précéder un corps aussi considérable que le vôtre. » Tinténiac prit la main de rolîicier, et il dit : « C'est bien, dans peu d'instants nous nous rejoindrons. »

La division des Bleus arriva ; elle voulut barrer le passage aux Blancs, elle fut anéantie. Le lendemain 15 juillet les Chouans campèrent à Coëtlogon. Lqs messagères annoncées de par le Koi à Tinténiac , dont la galanterie est aussi renommée que le courage , n'avaient à lui communiquer que des plans sans valeur. Selon d'autres contemporains et d'apiès le témoignage du comte de la Fruglaie, dont la parafe a tant de poids, cet épisode romanesque serait une invention révolutionnaire. Jamais, affirment-ils, Tinténiac n'a été aussi indignement abusé. Les raisons qu'ils allèguent ne sont pas sans fondement; mais ces raisons n'expliquent • point assez clairement le motif qui le força à s'éloigner de la route qu'il devait suivre. Jusqu'au jour où il sera démontré qu'il ne pouvait faire autrement, l'histoire se croira dans la nécessité d'accepter une version erronée peut-être, mais • qui eniin fournit la clef d'un mouvement militaire qui sans

333 lUSTOIW

rela serait inexplicable. Nous sommes obligé de la suivre, même dans ses hypothèses.

TiûtéQiâc est à Coëtlogon : il a vu les dames doat Boutoopillic et la Vieuville lui ont parlé ; il aeoi alors qoHl est tombé dans un piège. Le général fait prendre à ses Chouans quelques moments de repos; il se met à table et hàle tout pour le départ, lorsque le cri : Aux armes! retentit jusque dans la cour du cbàleau. C'étaient les troupes du général Gbampeaux mises par Uocbe à la poursuite de la colqpne» et qui Gberchaient à la surprendre. Georges, d'Allègre et Me^ cier sont par bonheur restés au camp; ils courent sus aux Républicains. Le combat s'engage; le général arrive, il tient t^ à Champeaux, il le force à'reculer, mais la victoire doit coûter bien cber aux RoyaUstes. Tinténiac s'est jeté le sabre à la main sur un tirailleur qui le couche en joue à bout por* tant : Tinténiac est frappé dans les bras de Julien Cadjudal, . l'un des frères de Georges, qui, en soutenant le général mort, ajuste et tue celui qui enlevait 4 la Bretagne un de ses plus illustres enfants.

a Ainsi, écrit Rouget de Tlsle, le Tyrtée révolutionnaire, périt à la lleur de l'âge le chevalier de Tinténiac, ofticier de la valeur la plus brillante, d'une audace et d'un sang-froid que rien n'étonnait, modeste , loyal, généreux, plein de ce dévouement à sa cause et de cette franchise d'exaltation qu'on respecte et qu'on aime dans quelque parti qu'ils se rencontrent. Temps déplorable I malheureuse France qui voyait armés pour se déchirer et &'égorger entre eux ses entants les plus dignes de la servir et de mourir pour elle I »

Cet éloge est mérité ; mais à' combien de Brigands et de

Cliouans l'auteur de la Marseillaise aurait-il pu l'appliquer! et cependant ces Brigands étaient proscrits par la Révolurton, et çbaque jour on les chargeait d'un nouvel attentat contre ' la société. Tinténiac lui*-mâme ne fut pas à l'abri de ces calomnies. Nous lisons dans la correspondance de Tallien une lettre au Comité do salul public qui fait un cruel contraste avec ces paroles de Uouget, datées et publiées, il est vrai, . en iS3A.

« Le général Lemoioe, mande le Conventionnel à la date

du 20 juillet (2 thermidor an m), vous a fait part de sos succès; mais j'ai aussi une bonne nouvelle à vous apprendre : rinfàme Tioténiac a trouvé une mort digne de ses crimes. Après avoir porté la désolation dans tout le Morbihan, il s'est fait tuer comme un IftcHe par un soldat de la division Champeaux que les Chouans ont assassiné pour venger leur exchevalier. »

Tiniéniao, le la Rocbejaquelein de la Bretagne, périt à GoéUogon , entre les villes de Josselin et de Pioêrmel , près de la célèbre Mi-Voix , où , au combat des Trente , le siré

de Tinténiac, le inicux faisant de la journée, et Alain de Tinléniac, ses aïeux, avaient vaincu les Anglais de Brerabro.

Cette mort était un deuil pour les Morbihannais; un deuil surtout pour Georges, dont le général se montrait Tami et le fidèle compagnon. Pontbellanger, que Ton accuse d'avoir trempé dans le complot de l'agence de Paris , se chargea de le remplacer. Pour seconder les intentions ultérieures de celte agence, il pénètre dans la forêt de Lorge, y passe la nuit, et le lendemain se dirige sur la ville de Quintin.

La division de Jean Jan n'eut pas un sort plus heureux. Elle marchait vers Concarneau afin d'entraîner sur ses pas un rassemblement royaliste, lorsque Bonfils de Saint-Loup remet à Lantivy et à Jean Jan un ordre du Roi pour se porter sur Saint-Brieuc. Tous les projets de l'armée de Quiberon étaient anéantis par cette intrigue, qui soufflait partout Jean Jan communique à ses officiers ce message inconcevable: les officiers en parlent aux soldats. Ces derniers pressentent une perûdie. Pour ne pas se compromettre, ils reprennent sans mot dire la route de leurs villages. La protestation avait son éloquence ; maïs elle exposait les émigrés , et un parti ne doit pas agir ainsi. Il faut qu'il oublie les erreurs ou qu'il les répare, tout en faùanL sévère et prompte justice des traîtres et des lâches.

Le désastre du 16 juillet est expliqué : nous allons en voir les suites. Puîsaye reçut le 17 juillet une dépêche du conseil du Morbihan qui lui annonçait la marche triomphale de Tinténlac, et qui lui affirmait que le 15 au soir il serait à Baud. Ne ppuvanl soupçonner les intrigues de l'agence et la mort

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du général , le chef royaliste vent prouver aux Blancs et aux Bleus qu'il n'est point découragé. S'exagérant à lui-même rimportance du secours amené par Sombreuil, et qui doit, selon loi, offirir k Tarniée l'occasion d'une revanche éclatante* il expédie un chasse-marée à Tinténiac pour lui enjoindre d'attaquer le 18 au jour levant.

Puisaye se présente à heure dite sur la falaise; il est si persuadé du concours des Chouans qu'il range ses troupes en bataille, et semble délier Hoche revenu à son camp. Mais il ne voit aucun mouvement sur les hauteurs de Sainte- Baite, il n'entend aucui; bruit, il ne reçoit aucun avis de la division bretonne. Il rentre dans la presqu'île, et, tourmenté d'inquiétude, il ne sait à quel parti se résigner. Il avait déjà écrit une tettre* le 17 juillet, au ministère anglais. Nous n'en transcrivons un passage qu'avec une répugnance qui sera comprise de tous les coeurs français ; mais ce passage, Texpression seulement de l'opinion de Puisaye, est indispensable au récit des événements. ,11 faut donc le citer.

« L'intervention de vos troupes devient nécessaire, disait-il à Pitt; cette vue est aussi politique que militaire, et je préférerais maintenant deux mille Anglais à six mille Firançais. Songez que tout délai dans l'état actuel des choses peut devenir funeste. )>

Lévis, Sombreuil, l'évêque de Dol et plusieurs autres gentilshommes influents ont connaissance de cette lettre. Après l'avoir lue, Sombreuil s'écrie : c Si elle part, je brise mon épée. » Le duc de Lévis et René de Hercé, plus calmes, déclarent à Puisaye que ces paroles sont une insulte pour la France, et qu'ils n'y adhéreront jamais. Le général promet qu'il en changera la rédaction et qu'il ne la confiera pas telle qu'elle est au capitaine du vaisseau k Thunderer, qui l'attend pour mettre à la voile; et néanmoins elle se trouve au dépôt des archives de l'Amirauté anglaise. Ce secours si humblement mendié ne put arriver à temps. La réponse de Pitt à cette lettre est' du 2â juillet ; Puisaye ne la reçut donc qu'après la défaite. Les vents contraires, qui jouent un si grand rôle dans les alliances de l'Angleterre, repoussèrent

DE LA V£NDÉC MILITAIRE. 32à

mdme des cfttes l'escadrille du major général Grabam et des trois mille hommes qui devaient débarquer dans la presqu'île. Ainsi tout échappait à la fois au coinLe de Puisaye.

Dans la soirée du 18, il visitait ses avant-postes, il inspectait les travaux récemment faits à Penthièvre, et, s'avançant sur la falaise,, il les comparait à ceux que les Républicains achevaient à Sainte-Barbe, quand, à une portée de fusil, il se voit avec son état-major en face de celui du général Humbert, qu'escortaient des tirailleurs armés de carabines. Ces derniers se glissent derrière das amas de sable formés par la mer. Déjà ils se disposent à ajusiisr les gentilshommes, lorsque Humbert et ses officiers font un^ signe: les tirailleurs se retirent. Un capitaine de dragons nommé Lebreton agite au-dessus de sa tête un mouchoir blanc, Humbert le suit. Le comte de Marconnay se détaclie du groupe royaliste, ^ la conversation s'établit entre les Républicains et Témigré. On parie d'accommodement et de la possibilité de s'entendre. Tout à coup Puisaye rappelle le comte de Marconnay, que d'autres volontaires ont rejoint. Cet entretien fut divulgué : il lit naître l'espoir d'une conciliation prochaine, et il affaiblit d'autant l'énergie de tous*

Ce jour-là même Tallien était à Vannes avec Hoche « rece* vant du général Lemoine trente-neuf transfuges qui , la nuit précédente , s'étaient enfuis de la presqu'île. L'exemple de la désertion avait été donné par deux sergents de. l'ancien régiment de Bretagne : ils se nommaient Antoine Mauvage et Nicolas Litté. C'étaient deux prisonniers faits par les émigrés à la reddition du fort Penthièvre, et que, par une impardonnable négligence, on avait incorporés dans les cadres des régiments. Mauvage et Litté, pressentant que les choses tourneraient mal pour la royauté , s'étaient souvenus qu'ils ' * avaient été Républicains. Ils ne désiraient pas se voir mêlés dans une déroute qui ne leur paraissait plus douteuse ; ils profitèrent de la basse marée pour s'échapper du fort. Pendant la nuit ils se laissèrent couler dans la mer par le rempart de l'Est. Plongés dans l'eau jusqu'à mi-corps, ils firent ainsi trois quarts de lietie; gagnèrent la falaise et vinrent demander des armes au général Humbert Le bruit de cette

TOM. ni. 19

éVâsidn 8ê réi^aodii parmi tes priBonnierd qttft TAnglêtêfrë avait tontrailit Pnisate el d'Hervilly A placer Aafls les cadfes

des régiments expéditionnaires. Des espérances furent conçues, des promesses leur furent faites. Humbertet Lemoine jugèrent bien vite que la trahison valait autant pour la République qu'une bataille sanglante s ils se mirent en rapport aveo ées priaonniers. Chaque tiuit il en partait un certain

nombre par la nuMTie voie. Puisa ye n'ignorait pas ces désertions. Elles engendraient des complots; elles pouvaient donner l'éveil aux Bleus. Il prescrivit plus de vigilance, il adopta eertaines mesures de précaution du côté de rocéan» Sombreuil fit bivouaquer trois Compagnies de sa division sur l'esplanade de Penthièvre, et Ton crut ainsi avoir pourvu à tout. Puisaye oublia que la garnison était presque entièrement composée de Républicains devenus subitement volontaires royalistes, et qu'il n'y avait rien de plus urgent que dè la remplacer. '

Lorsque les déserteurs du 61* de ligne qui , au 3 juillet, ! formaient la garnison de Penthièvre sont eti présence de Tallien et de Hoche, l'un d'entre eux^ qui s'appelait David Goujon , natif de Dieppe, propose au général de lui livrer le fort en traversant la mer de VOuest, la mer sauvage, ainsi que l'ont surnommée les vieux Bretons. On lui fournit uit uniforme de Royaliste et des épaulettes de lieutenant; on le confronte avec Mauvage et Liitté. Comme lui ils ont des relations dans le fort, comme lui ils savent très-bien qu'ils y seront appuyé». Alors Hocbe publie Tordre du Jour suivant, qui d'un c6té reporte sur la trahison , et de l'autre sur regorgement. C'est une triste page dans l'hisloire d'un général.

« Vannes, 1^' Ulcimiiior an m (19 juillet 4795).

» La presqu'île de Quiberon sera attaquée ëujpurd'bui { l*' thermidor, à onxe heures du soir.

)) Le général Humbert, à la tête de cinq cents hommes d'élite de son avant-garde^ et conduit par un guide que je lui enverrai, se portera sur le village de Kerostin, en passant par lâ laisse de la basse mer, laissant le fort dé PenUiMvre à droite at la flotte anglaise h gauche. Il féirft mârcber sur

DE LA VEMDlÙg; MlUTAIRË. 337

deux files , avec le moins de bruit et à la moindre dislance

possibles. Arrivé près du village, il lourneia brusquement à droite et fera courir jusqu'au fort, dont il s'emparera eu frauchissant la palissade ; il égorgera tout ce qui s'y trouvera, à moins que les fusiliers ne viennent se joindre è bii troupe. Les officiers, sergents d'infanterie et canonniers n'auront point de grâce.

» Le général de brigade Botta suivra Humberl dans le même ordre avec le reste de Tavant-garde* 11 s'emparera de Kerostin , et fera fusiller tous les individus armés qui voudraient sortir des maisons. Les soldats sans armes qui viendront le joindre seront accueillis; les oiliciers et sous-olDciers seront fusillés sur-le-champ. •

» En arrivant dans la presqu'île , ces deux oflBciers géné* raux feront crier par leur troupe x « Bas les armes I à nous les Patriotes I »

)) L'adjudant général Ménage favorisera l'attaque d'Humbert en attaquant lui-même les grand'gardes ennemies; il tes culbutera, leur passera sur le corps et les poussera jus- ' qu'au fort. La palissade fraiichie, il suivra par sa gauche le fossé jusqu'à la gorge. -

)) Ménage ne fera pas tirer un coup de fusil ; il fera passer à la baïonnette tout ce qu'il trouvera d'ennemis. La troupe qui doit faire cette attaque sera l'élite dû génàral Vallétaux.

j> Valletaux sgu tiendra l attaque de Ménage avec le reste' de sa brigade; il fera en sorte de se précipiter au fort en s'en rapprochant le plus possible pour éviter son feu»

» Humbert se mettra en marche par la gauche à minuit

précis; Ménage par la droite un quart d'heure après. Les deux colonnes suivront la marée, dussent-elles marcher un peu dans la mer.

» Le général Lemoine portera sa Inigade à la hauteur do l'avant-garde* Il y laissera un bataillon avec deux pîèc^ de

quatre et marchera en bataille à la hauteur de la colonne Valletaux , qu'il doit soutenir.

» Garde du camp : deux bataillons de la réserve et le troisième de la demi-^brigade « comnandés par le général Drut,

qui fera tirer à boulets rouges sur les bàtimeDts qui voudront nous inquiéter.

I) Signé L. Hocae. »

David Goujon avait promis de livrer le root d'ordre le 19

au soir, il ne put l'obtenir que le lendemain de ses anciens compagnons de captivité laissés dans le fort pour tiavailler plus sûrement au plan des transfuges et des généraux. Ce retard explique la différence des dates qu'oa remarque entre l'ordre du jour de Hoche et le moment de l'attaque.

Le 20 juillet donc, à onze heures du soir, les troupes républicaines s'ébranlent. A peine en marche, elles sont assaillies 0ar un orage tel que de mémoire d'homme on u'eo avait pas vu sur ces côtes , où les tempêtes sont si fréquentes. Une pluie glacée qui se mêle au sable soulevé par le vent, bat les troupes, tantôt plongées dans d'épaisses ténèbres, tantôt éblouies par la sinistre lueur des éclairs. Les colonnes se heurtent, se brisent, se confondent; l'armée n'est plos qu'un chaos. Le générai et les deux représentants laissent leurs soldats à la merci de la tempête; tous trois se retirent dans la tente d'Humbert, la seule qui suit restée debout aux avant-postes. Rouget de i'Isle y pénètre avec eux. « Peu de choses dans ma vie , raconte-t-ii , m'ont surpris aiutant que ce qui se passa dans cette petite réunion. Rien de plus enjoué, de plus frivole, de moins analogue à la circonstance que la conversation qui s'y tint, et dont H|)che lit les frais en grande partie. Au bout d'une heure, quoiqu'il plût encore à verse, il se lève brusquement, comme par inspiration, et sort en s'écriant : « C'est assez de folies , il est temps de faire le général. »

L'ouragan était un peu apaisé. Hoche réunit autour de lui plusieurs ofliciers, il les rassure par son cahne ; il range de nouveau son armée en bataille, et continue sa marche. Le comte de Marconnay, colonel de hussards, venait de rentrer dans la prcsqu ile. 11 avait poussé une patrouille jusqu'aux avant-postes républicains, et n'avait rien pu découvrir de ce mouvement; car c'était à dix heures et demie qu'il avait fait sa grande patrouille. Sombreuil sortait à la

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DK LA TmimtE lUUTAlllE.

même heure de Penlhièvre, qu'il avait laissé sans inquiétude. PuisayCt à soû quartier général de Kervady, se repose sur ces renseigoeraente alors exacts « ei à trois quarts de lieue de Penthièvre il règle tranquillement, avec Sombreuil, les dispositions nécessaires pour le jour suivant. Dans cette même nuit le vicomte de Chambray, l'un des deux aides maréchaux géoéraux de Tannée expéditionnaire, est saisi d'un triste pressentiment, il court auprès de Puisaye; il lui démohtre avec quelle facilité Penthièvre peut être enlevé à la basse marée et du côté de la mer. A ces paroles Puisaye répond qu'il n'a plus d'autorité que sur les insurgés. Chambray communique ces craintes au major général Contades. On les jugea fondées, mais personne ne donna des instructions pour les faire cesser : Ton se résignait à attendre ainsi un événement qui était prévu.

Hoche est au pied du fort, et. sa marche n'a pas même été soupçonnée; mais avant d*agir, il veut être certain du con« cours d'Humbert, et Savoir le résultat de la tentative que le général Ménage a dû faire. Rouget de i'Isie est envoyé eu découverte par le général.

Cependant Ménage, guidé par Mauvage, Litté, David Goujon et un autre républicain , marchait à la téte de trois cents grenadiers. Ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, ils longent la gîiuche de la forteresse, luttent contre la tempête, échangent le mot d'ordre avec les sentinelles avancées, et franchissent les premiers postes sans pouvoir être entendus. Leur marche dans la mer se confondait avec le br(ut des vagues battant le rivage. Les voilà au pied du rocher. Les transfuges le gravissent; ils donnent un signal , on y répond. Ménage les suit, ses grenadiers en font autant; puis une centaine de conjurés des régiments d'flervilly et de Dudresnay accourent pour le recevoir sur la plate-forme restée sans garde , parce qu'on la croyait inabordable par l'Océan.

De Folmont, ancien officier du génie, a été investi du commandement de Penthièvre. Le hasard l'amène sur la plate-forme; il voit les Républicains, il tire son épée : « Aux armes i » s'écrie-^t-il ; et il expire sous les baïonnettes. Ménage lance ses grenadiers et les conjurés sur lep sentinelles

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et les corps de garde. \.o, massacre fut horrible. Hoche avait recommandé de ne tuer qu'à l'arme blanche , afin de ne pas éveiller raLtentioo. Des coups de fusil se fout entendre pourtant; ils répandent l'alarme. Il était deux heures du matin. Une compagnie de Loyal-fimigrant, quatre cents insurges et les canonniers de Toulon occupaient le camp retranché; tous se précipitent aux palissades. Les artilleurs de service se jettent à leurs pièces; ils distinguent Tarmée républicaine campée près de Penthièvre; ils font feu. !

Hoche, surpris de ces détonations inattendues qui vont lui attirer sur les bras les Royalistes occupant la presqu'île, veut brusquer l'ailaire; mais il n'a pas d'artillerie, il a cru que la trahison pourrait Ten dispenser, l^s fusils des Bleus, encore tout hUmides de la pluie , sont une arme inutile entre leurs mains. Il enjoint au général Valletaux de se précipiter à la baïonnette dans les ouvrages avancés. Une décharge de Tartillerie du fort ne lui en laisse pas le temps. Cette décharge est si meurtrière qu'elle produit confusion dans tous les rangs. La brigade d'Uumbert se ^lisperse. Tallien et filad prennent la fuite. Le général Botta reçoit un biscaîen qui lui . fracasse le pied gauche. Hoche craint d'être tombé dans un piège; il désespère du succès, et, après quelques. momeuts d'anxiété, il commande de battre en arrière.

Dans ce même moment les grenadiers de Ménage et les transfuges surprennen t par derrière les canonniers ; ils les égorgent sur leurs pièces, qu'en mourant ces derniers tiennent encore embrassées. Après avoir massacré sans distinction tout ce qui s'est présenté, Ménage. fait arborer le drapeau tricolore par David Goujon ; ensuite il dépêche cet homme vers le général pour l'arrêter dans la retraite qu'il a déjà commencée. Aux cris de Goujon Hoche se retourne. La joie la plus vive succède à l'abaUemeiit sur son* visage. 11 a levé les yeux' et vu flotter l'étendard de la Révolution à la place de celui de la Monarchie. Il rétrograde, fait traverser à sa colonne les ouvrages avancés, et arrive sans avoir besoin de tirer un coup de fusil à la porte de Penthièvre, où Ménage, tout souillé de sang, le reçoit sur des monceaux de cadavres. Hoche l'embrasse, le nomme général de brigade, fait capi«

DE LA TVMDtE MILITAIRE. SU

taines Mauvage et Litté , accorde les épauleltes de lieutenant à 6«ivi4« et preod sas noeaures pour lurw parti ^ la trahison.

Les détonations que Puisaye entend de Kerdavy ne lui

laissent plus de doute sur une tentative nocturne. La générale bâti il s'élance à la tète du régiment d'Hervilly, et détache vers Penthièvre Contades et plusieurs ûfaciera. Hoche, qui a rétabli un peu d'ordre dans cette confusion, marche à l'assaut du retranchement , que les premiers transfuges n'ont encore pu lui livrer. Un bataillon d'émigrés, cautQûûés à Kerostin, s'y portait au pas de course. Ses grenadiers se précipitent sur les palissades : ils sont écrasé. Une compagnie les remplace ; elle est guidée par le comte de Grammont, son capitaine, et par Saint-Didier, son lieutenant. A peine en vue des Républicains, qui les appellent par leurs noQis, les prisonniers des pontons anglais lâchent pied. Grammont et Saint-Didier, sous le feu de Hoche, se retirent avec leur cadre affaibli par la désertion , et se joignent au comte d'Atilly, lieutenant-colonel du régiment, qui dirigeait les deux dernières compagnies de ce bataillon. D'Atilly les eicike; les prisonniers qui les composaient en grande partie tournent leurs aripes contre lui. 11 parle d'honneur et de loyauté; les prisonniers le massacrent, et, changeant 49 drapeau, ils marchent contre les fortifications dont Hoche û'est pas encore maître. Un nouveau carnage signale cette ^ nouvelle victoire. Contades engage les Chouans et les débris de Loyal-Émigrant , qui résistent encore, à éviter une mort certaine, placés qu'ils sont entre deux feux; il fait replier cette troupe exaspérée sur la presqu'île. Vauban, Bois-Bertbelut^et d'Haize abandonnent leurs positions, qui ne sont plus tenables, et précédés de la multitude, qui pousse des cris de vengeance , ils arrivent auprès de Puisaye.

C'est ainsi que s'opéra la prise du fort Penthièvre. Hoche, dans ses rapports consignés au Moniteur, et les écrivains de la Révolution dans leurs récits en font une bataille où U valeur est à jour des deux côtés. 11 n-en fut rien. Les bulletins du général Hoche sont ici en contradiction avec les faits @t Ul^me fivec sa correspondance. Les journaux révolution*

sas HISTOIBB

naires ennemis du général prétendaient, ses rapports à la inaio, que si la victoire avait été aussi longtemps disputée, la République devait avoir fait des pertes immeoses devant ce fort. Le 5 thermidor an m, deux jours seulement après avoir écrit ses bulletins triomphateurs, dans lesquels il n'est question que de batailles et nullement des trahisons sur lesquelles il s*est appuyé, Hdche écrivait :

t Les malveillants répandront sans doute,que j*ai sacrifié beaucoup d'hommes pour m'emparer du fort Penthièvre ; je répondrai à leurs clabaudages par des faits, et en faisant imprimerie résultat des appels. Quelle doit être votre rage, vils ennemis de la République! Depuis le l'' messidor (19 juin 1795), la République n'a pas perdu deux cents de ses défenseurs, et vos amis sont terrassés. »

Cependant Puisaye avait envoyé à Somhreuil Tavis de le rejoindre avec les régiments de Royal-Marine et de Dudresnay. Les neuf cents insurgés et les débris de Loyal-Émigrant essayent de suspendre la marche d'Humbert La Villegoorio, avec un petit nombre d'émigrés, va enlever aux tirailleurs républicains une conlevrine qui portait la mort dans les rangs royalistes. La Villegourio débusque les tirailleurs et s'empare de leur position ainsi que de la coulevrine. Le comte de Kemen , aide de camp de Sombreuil , court vers le village de Kermorvan pour inquiéter l'artillerie qu'Humbert a fait placer sur une petite pointe à l'entrée du havre. Pui- . saye tente de former une première ligne 'de défense. Mais la multitude qui se poussait vers le rivage entraîne le général, et plus forte par la terreur que tous ces courages de soldats voulant mourir à leur poste, la multitude brise les rangs, elle roule sur le bord de la mer. On espérait que , prévenue par le bruit, du canon, l'escadre aurait envoyé des embarcations à la côte. Les vaisseaux anglais ne faisaient aucun mou- ' vement. Ainsi , d'un côté les baïonnettes et le canon de la République , de Tautre TOcéan , qui n'est ouvert que pour recevoir des cadavres. La position devenait affreuse ; elle fut comprise des Républicains.

Ils avaient recueilli par des transfuges qu'en cas de surprise du fort le commandant devait faire élever un feu au

màt de pavillon , aûn d'avertir le commodore Warren d'envoyer de suite des chaloupes d'embarquement. Dans la confusion qui suivit l'assassinat de Folinont, celle précaution fut oubliée. Les Républicains, qui en avaient connaissance, proposèrent au général Hoche de donner à l'escadre le signal convenu. Hoche approuve ce sentiment d'humanité ; pourtant il n'ose pas en accepter la responsabilité. « Démarrez à TalHen, » s'écrie-t-il d'un ton brusque.

Demander à Taliien, c'était se vouer à la mort. Le ConventionneU honteux d'avoir été pris en flagrant délit de fuite^ se vengeait sur les Royalistes de ses frayeurs de la matinée. La proposition fut rejetée. Mais Hoche, qui avait craint de se compromettre en y souscrivant, essaya de faire de la pitié en secret. Afin de poursuivre les émigrés il n'envoya que le général Humbert avec une colonne de huit cents hommes. On assure qu'il lui recommanda verbalement d'aller le moins vite possible, et de ne pas troubler l'embarquement si les chaloupes anglaises étaient à la côte. Pour la gloire du général Hoche nous acceptons cette explication.

11 restait une dernière ^pérance à Puisaye. L'escadre pouvait et devait distinguer le drapeau tricolore flottant audessus de Penthièvre. Il n'en fut rien, et, abandonnés 5 leui-s propres ressources, les Blancs, affaiblis, découragés, n'ont sous les yeux que des images de désolation « n'entendent autour d'eux que des cris d'agonie ou des prières de salut que la bravoqre elle-même était impuissante à exaucer, ifs se dirigent vers Saint-Julien.

C'est là que Sombreuil a établi son quartier général. Un spectacle désespérant y frappe tous les regards. La mer est grosse, les vents contraires ; et pourtant des malheureux qui voulaient éviter le suprême désastre se pressaient au Port-; Orange dans de frêles bateaux. D'autres, malgré la basse marée, faisaient d'inutiles efforts pour les mettre à flot. Un grand nombre périrent en voulant gagner à la nage les premières lignes de l'escadre. Des embarcations furent submergées. Personne n'osait exposer sa vie à l'imminence du danger; après tant d'exemples, personne n'osait affronter l'Océan.

Un homme seul s'approchè de Puiseye : c'69i Robtt« le i plus intrépide des Chouans, le plus habile des pilotes. Robe

est eslimé de sir John Warron. 11 oiïre au général de porter ses instructions. Celui-ci écrit à la hàle au coinmodore de (aire avancer ses canonnières, et d'envoyer tous les vaisseaux , toutes les chaloupes , tous les transports dont il pourra disposer. Rohu part, et, marchant au milieu de ces populations qui le suivent comme leur sauveur, Puisaye gagne les cantonnements de Saint-Julien. Les régiments de Béon et de Damas, commandés par d'Aossau et le comte Charles de Rouhaut; la légion de Robao, qui avait la Villéon pour chef, et celle de Boson de Talieyrand-Périgord, composaient la division de Sonibreuil. Serrés en bataille depuis longtemps, ces gentilshommes, à la vue du drapeau tricolore arboré sur le fort, s'écrièrent : < Il faut reprendre Penthièvre ou mourir 1 » Et ils avaient mis la baïonnette au bout de leurs fusils, et ils marchaient à la mort, lorsque Sombreuil, qui les précède, voit le fatal cortège qui suit Puisaye. « Tout est perdu, dit*il aux siens. Conservons-nous pour protéger rembarquement. » Il arrive k Kernaveste un quart d'heure avant ce cortège.

Leur entrevue fuL pleine de tristesse; Puisaye fait part de la mission conhée à Rohu et des craintes qu'il nourrit. Dans cette cruelle alternative, les deux généraux essayent d'introduire une certaine régularité au milieu de la confusion. Mais n^scadre anglaise ne fait aucun mouvement; cependant Rohu doit l'avoir prévenue. Des soupçons se glissent dans les cœurs. L'inquiétude domine toutes les âmes; chacun s'avoue que Tabsence des canonnières peut enhardir l'ennemi et le fsire se précipiter en masse sur cette foule d'hommes et de femmes sans défense, qui, du haut des rochers ou sur les bords de l'Océan, appellent à grands cris les chaloupes anglaises. Le marquis de la Jaille est dépêché à bord de. Tamirah Une beui*e s'écoule, la flotte ne s'ébranle pas. Alors Puisaye , cédant k un sentiment d'inconcevable terreur oo à h pensée que lui seul peut décider le conimodore à adopter des mesures de salut , charge Sombreuil de tenir le plus longtemps possible, de n'entendre à aucun arrangement* de

DK LA YBHBÉE MILITAIRE. SS&

n'accepter aucune capitulation , puis il s'ouvre un passage à travers la multitude désolée , et se jette dans un caool.

Ce départ /qui a été si sévèrement jugé par Tepinion publique, et qui sera toujours désavoué par Phonneur, poussa jusqu'au délire l'épouvante des Royalistes. Les paysans se roulent dans le sable. Les femmes rugissent. Les soldats brisent leurs armes en s'écriant que tout le monde les trahit Les ebefs eux-mêmes s'indignent, et Sombreuil, atterré par ce désespoir, ne sait à quel parti s'arrêter. Il fellait marcher sur la colonne d'Humbert, 1 assaillir avec vigueur, et offrir ainsi à Puisaye le temps' de faire approcher les chaloupes canonnières. Sombreuil , au contraire , se replie préoipitam* ment sur le Port-Aliguen. Une escarmouehe asseï vive s'en* gage au-dessus de Kerbournel entre ses tirailleurs et ceux d'Humbert, qui perdent une cinquantaine d'hommes. Mais Sombreuil, dont le cheval vient d'être tué, se voit sur le point d'être débordé par deux colonnes latérales du générai Hoahe avançant lui-;nôme au pas de charge.

Le Port-AIiguen n*était plus tenable. Il restait un seul abri aux insurgés : ils s'y précipitent en désordre, et battus en tlanc par l'arLillerie républicaine établie à Kernescop. Deux bataillons d'Humbert s'avancent pour troubler cette retraite. Sombreuil se retoMme ; il attaque à la baiennettOf culbute les soldats, et parvient enBn à l'asile qui lui reste. Cet asile, c'est le Fort-Neuf i redoute éloignée d'un quart de lieue du Port-Alig-uen. Elle défend le rivage, mais elle est ouverte du côté de la terre. Cinq à six mille femmes ou enfants s'y réfpgient avec la division de Sombreuil. A pdae enfermé sur ce rocher, le dernier au bord de TOcéao , les Royalistes voient deux vaisseaux se détacher de l'escadre. Le pilote Rohu n'avait pu qu'à grand'peine faire sentir aux Anglais la nécessité de préserver l'armée. L'arrivée de Puisaye expliqua tout; les ordres les plus formels furent dictés et exécutés avec une admirable précision. LiàcoTy^ttàiheLwek{VAhuêii$) ouvre son feu sur le flanc des Républicains; la Pomonê les saisit en tête. Les canonnières, sous la direction du capitaine Keats et du comte de Vaugiraud, s'embossent près du

rivage. Elles sauvent 90us leur feu l'artillerie « le epmie de

3JG IflSTOlRE

Roialier, les hommes qu'il cooamaiulait un grand nombre de blessés. '

Dans ce moment il y eut de la part des officiers de la marine britannique un assaut de générosité; ils luttèrent de zèle avec le comte de Vaugiraud, qui se multipliait pour arracher au fer républicain ses amis d'émigration ou ses compatriotes. La présence et le feu des vaisseaux ralentissaient . la marche des Bleus; ce retard permettait à cette population ivre d*e(Troi de chercher un refuge à bord des chaloupes. Sous une grêle de balles et de mitraille, ces chaloupes venaient jusqu'au rivage disputer à la fureur de la mer et aux baïonnettes la vie des Blancs. Le capitaine Keats surtout se montra plus empressé et encore plus humain que les autres ofliciers de Tescadre. ^

Ce n'était plus pour eux une aiïaire de politique, mais une question d'humanité. L'Anglais lit place à l'homme*

Saînt-Morys, Vauban, Gontades, Ghambray, Bois-Berthelot, de Gras, l'état-major de Puisaye, d'Hervilly blessé à mort, la Nougarède et plus de dix-huit cents Chouans ou émigrés furent ainsi recueillis à bord de l'escadre.

Les chaloupes ne manœuvraient pas assez vite au gré de l'impatience générale. On se jetait avec trop d'empressement sur les barques , la foule en fit chavirer plusieurs. Tous voulaient être mis à bord, tous à la nage se cramponnaient • aux bateaux déjà trop pleiqs. Pour leur faire lâcher prise, on les menaça , on les écarta à coups de rame , on dit même que le sabre des Anglais coupa souvent les poignets de ceux qui s'attachaient avec trop de persévérance à cette unique planche de saluL Cruelle extrémité à laquelle l'amour de la vie doit à peine servir d'excuse. Ghambray arrive à bord; sa chaloupe est surchargée, un homme de plus et elle coule. . Un vieux chevalier de Saint-Louis la côtoyait à la nage, suppliant qu'on accordât une minute de repos à sa faiblesse. Cbambray l'aperçoit» le saisit aux cheveux , le traîne ainsi derrière Tembarcation, et le conduit, après de longs efforts, jusqu'à la corvette VAlmutte; mais les émigrés, au milieu de l'Océan, avaient encore le feu à redouter. Un grand nombre périrent sous les balles des Républicains, qui visaient

D£ LA VENDÉE MIUTAIRK. 3a7

à la téte les malheureux se déballant contre les vagues.

Au milieu de ces scènes d'horreur un spectacle plus doux vint consoler rhumanité. Ferrier, le grenadier de Loyal-Émigrant qui avait enlevé du champ de bataille Levaillant de Glatigny» apparaît sur le rivage; il est toujours chargé de son précieux fardeau. Il n'y a pas de navire en vue; le grenadier se jette à Teau , il nage emportant avec lui son capi- • taine; il arrive à la première corvette, y dépose le mourant et retourne à terre pour combattre. Ferrier périt les armes à la main.

Le duc de Lévis, blessé, se traînait au rivage; deux firetons le soutenaient. 11 n*y a plus qu'un canot au large, encore il est plein. Un de ces hommes le hèle : « Approchez,

s'écrie-t-il , nous ne monterons pas, nous, mais embarquez notre brave commandant ! » Le capitaine Keats n'hésite poirjt ; il avance. A la vue du canot, le porte-drapeau du régiment d'Hervilly se jette à la mer; il agite Tétendard au-dessus de sa téte , et dit : « Sauvez mon drapeau , je mourrai content. » On hisse le duc de Lévis le long du drapeau, et par la résignation la plus héroïque les trois Royalistes restent sur le rivage. L'évêque de Dol , son frère Tabbé de Uercé et dix-' huit ecclé^astiques erraient ainsi, attendant une barque. Une colonne républicaine fond sur eux : l'abbé de Hercé dit à son frère : u Le moment de faire à Dieu le sacrifice de notre vie est venu. — Ce sacrilice est consommé, » réplique le saint évéque. Et entouré de ses prêtres il se laisse faire prisonnier sans résistance.

Le baron de Damas , resté sur la grève , bande les yeux de son cheval pour lui cacher le gouffre; il lui enfonce les éperons dans le flanc et le pousse à la mer. On le voit longtemps lutter contre les vagues; mais peu à peu ses forces s'affaiblirent , et avant d'avoir gagné une embarcation il avait disparu sous les flots. Ce fut en ce moment que Charles de Lamoignon parut au rivage. 11 portait sur ses épaules son frère Christian, qui était blessé. Une chaloupe s'approche, Charles de Lamoignon y dépose le malade, il Tembrasse, puis, s'arracbant aux bras qui cherchent à le retenir : « Mon régiment doit encore se battre, s'écrie-t-il, je vais le re-

joindre. » Trois cinooDiêra déjà à bord éotoodent ce langage. Ils débarquent ayeo le neveo de Halesberbes : ils moanirent

avec lui.

Témoins des ciïorlsde la marine, les soldats de Sombreuil recouvrent leur audace première. C'était pour la plupart d'anciens officiers qui avaient fait les guerres de Flandre et de Hollande. Ils tÂehent de profiter de la diversion des vaisseaux pour sortir de ce rocher sur lequel ils sont acculés. Ils implorent la victoire ou la mort. Le moment était venu de ' • charger à la baïonnette. Sombreuil en ût le commandement; déjà les bombes anglaises dirigées sur les Bleus s'égarai^t jusque sur le Fort-Neuf. On a dit que Teseadre britannique avait fait feu sur les Blancs; c'est une de ces calomnies que les haines nationales ne doivent point accréditer sans preuve ; ici il ne s'en offre aucune.

. Pour perdre les émigrés réunis sur eette htale redoute, il

n'était pas besoin de celte déloyauté, à laquelle, du reste, le Commodore, homme d'honneur, ne se serait pas prêté. Par cela même cependant se réalisait le vœu du cabinet de Saint-James , qui , dans ses instructions secrètes à sir Warren, avait écrit, en parlant des officiers de la marine firançaise : «Nous vous autorisons et nous vous ordonnons de les débarquer si M. de Puisaye vous ordonne de le faire , et quand bien même il aurait été décidé de ne pas tenter le débarquement des forces sous votre escorte. »

Ainsi , dans tous les cas et de l'aveu même du ministère anglais, les débris de notre marine devaient être sacrifiés, et peut-être, en vue de ce sacrifice si heureux pour elle, la Orande-Bretagne s'était-elle imposé tant de dépenses qui devaient plus tard lui profiter avec usure.

On combattit pendant quelques minutes avec un courage admirable; enfin les cartouches commencèrent à manquer : car, avant cette heure suprême , personne n'avait supposé que l'expédition serait réduite à défendre pied à pied le Fort* Neuf.

Mais une voix se fait entendre; c'est celle de Sombreuil. Son pied foule la terre de Bretagne ; un souvenir breton lui rend une nouvelle énergie. « Messieurs, s'écrie*Ul, fl0U§

n'avons plus d« ballit: rapp«lons-noii$ qui dtns um po-^ sition semblable Oroal de 8aint<* Georges, un vaillant cbef

d'escadre', faisait charger les canons de son vaisseau avec son argenterie, et qu'en guise de projectiles il l'envoyait aux ennemis de la France, t

k cette parole » invoquant un de ces dévouements cheva* leresques dont on pourrait trouver tant d'exemples dans chaque famille de Bi tiaf^aie , ces gentilshommes éprouvent un sentiment d'orgueil; mais, moins heureux que (iront de Saiûl-Georges , ils n'ont môme pas d'argenterie à tranaCormer eo mitraille. Cependant, presque «ans munitions,' ils savent si bien diriger leurs coups que dans le camp opposé on ne s'aperçoit pas de leur détresse. Sombreuil n'avait pas huit cents hommes eu état de se défendre, et les Républicains étaient au nombre de plus de quinze mille.

La résistance élait si vive qu'Humbert, mal engagé, et sous le double feu des Royalistes et de la flotte anglaise , place sa colonne à distance du Fort-Neuf, puis s'avançant et faisant des signes de paix , il demande à conférer avec les chefs. Ses grenadiers, au nombre desquels on compte Cambronne, qui nous a souvint fait ce récit; ses grenadiers, effrayés de leur propre danger, peut-être aussi touchés de celui que courent des concitoyens, s'écrient sur toute U ligne : u Bas les armes I vous serez épargnés. ^ Hoche luimême envoie Rouget de Tlale pour parlementer. On en était là, lorsque le général Ménage accourt le sabre à la main et la tête couverte d'un mouchoir blanc; « N'y a-t-il donc, s'écrie-t-il en s'adressant aux assiégés, que des nobles dans le fort? M A cet appel les prisonniers des pontons anglais répondent : a Non , non; il y a des Patriotes I vive la RépubU*- ^el s et ils sortaient de leurs rangs, et ils meurtrissaient les émigrés, et ils s'élançaient sur la roche, d'où, à corps perdu, on les voyait se précipiter dans la plaine.

Humbert revient à la charge. Hoche s'engage verbalement à respecter la vie des émigrés; mais la «corvette $k$ larci, aux ordres du capitaine Ogi|vy , continue son feu, et, avant 4e rien stipuler, Humbert déclare à Sombreuil qu'il est

urgant. de mature un terme à ces décbargût^ mç#a$aA(#3 qui

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a^O HISTOIRE

répandent la mort dans les rangs r^[)ublicams. a C'est, ditil , le meilleor moyen d'enlever toute défiance ao général

iioche. )) .

Un genlHhomme breton, Gesril du Papeu, va se jeter à la nage pour accomplir cette périlleuse mission. 11 s'élauçailà la mer lorsque le général des Bleus s'écrie : « Mais revien- 'drez-vous? — Je .vous en donne ma parole, réplique Témigré. — Eh bien! allez, » continue Humbert; et Gesril rejoint la corvette. 11 aborde le navire anglais; il fait pari de la capitulation proposée. On suspend le feu de Tartillerie; et le capitaine Keats veut retenir Gesril. « Mon , répond celui-ci, je me regarde comme déjà prisonnier de guerre; ma parole est engagée, et je manquerais à l'honneur si j'acceptais votre offre. » Gesril retourne à la nage vers le Fort- Neuf. Sa foi en la parole républicaine loi coûta la vie.

Les promesses du général Humbert avaient produit un moment d'hésitation. Hoche en profite pour braquer deux canons chargés à mitraille sur la hauteur qui domine le Pont- Orange. A l'aide de celle artillerie, *il balaye la jetée , massacre la population qui s'y trouve > et empêche ainsi les embarcations d'approcher. Sombreuil , qui n'a plus même la chance d'une belle mort, prêle encore une fois l'oreille aux • conseils d'Hunibert, aux paroles de Hoche , aux cris des officiers et des soldats patriotes. 11 prend la résolution de se fier à la capitulation que semblait lui offrir Tannée ennemie.

Alors, par unmouvemeul que l'histoire voudrait qualifier de malentendu , sept cents grenadiers fondent à la baïonnette sur ces infortunés qui n'ont plus la force de se défendre, et qui devaient ajouter foi aux propositions faites. Les uns parlent encore de résistance, car, ainsi que le dit Montaigne, « il est des pertes triomphantes à l'envi des victoires » ; les autres, et c'est le plus grand noinbre , mettent bas les armes. Sombreuil n'est pas parmi eux. Un aide de camp de Hoche, qui a pénétré jusqu'au bout du rocher, retourne vers son général, et lui annonce qu'il a découvert un jeune homnie seul, d'une taille héroïque, d'une beauté merveilleuse, et qui, sans lui permettre de l'interroger. Ta abordé et lui a

DK LA VENOtE MILITAIBR. 341

dit : « Monsieur, je suis le comte de Sombreuil; je demande au général Uoche un moment d'entretien. » Trois minutes après Hoche et Sombreuil se pporoenaient paisiblement. Tua à côté de l'autre , sur le parapet. Hoche était le plus près du bord , de sorte que d'un coup de coude le général royaliste pouvait précipiter dans la mer le guiiéral républicain. C'était presque le duc de Guise, après la bataille de Dreux, parlagéant son lit avec le prince de Gondé* qu'il avait battu et frit prisoniiier.

Pendant cet entretien qui roula sur la capitulation promise, mais non signée, sur la prière déjà faite par le chef des émigrés de périr seul pour le salut de tous, prière que les Bleus acceptent comme une expiation , Blad et Tallien arrivèrent. Hoche et Sombreuil s'avancent à leur rencontre* « Citoyens, dit le premier aux Conventionnels, je vous présente le comte Charles de Sombreuil. — Le comte de Sombreuil ! interrompt Blad. Monsieur, j'ai été en présence avec mademoiselle votre sœur. — Les malheurs de ma famille sont connus, s'écrie le noble jeune homme, j'ai voulu la venger. » A ces mots Sombreuil , qui s'est dévoué pour tous, émet le vœu de rejoindre sur un esquif l'escadre anglaise.

Peu d'heures lui suffisent 11 eogage sa foi de gentilhomme qu'il reviendra à l'instant fixé. Les représentants n'osent accorder l'autorisation que sollicite le général royaliste; mais Hoche croit à la parole de ce soldat qui lui paraît si grand. Sombreuil parL 11 est sur la Pomone. Ses amis et les officiers de l'escadre cherchent à le retenir. On lui dit le sort qui l'attend ; on le menace de le garder à bord de vive force. « Je ne survivrais pas à la honte, réplique-t-il. J'ai donné ma parole, je dois aller la dégager, » Il la dégage en effet. De retour au Fort-Neuf, il se rend auprès du général Uoche, qui lui dit : <i Monsieur, il m'en coûte de vous rappeler que vous êtes prisonnier. » Sombreuil tire de sa ceinture ses deux pistolets; il les remet aux ofliciers de service. Avec une émotion pleine de dignité il détache son sabre, en sort la lame à demi, la baise respectueusement, et dépose cette arme entre les mains de Tallien.

Pendant ce temps on faisait l'évaluation du butin. Le

nombre des prisonniers s'élevait à près de quatre mille. Le rivage était couvert de tonneaux de vin de Bordeaux, de barriques d'eau-de-vie et de rhum, de biscuits et de comea-' . Ubles de toute espèce « des armes, des approvisiouDemeots, des malles et de la caisse de l'armée expéditionnaire. Tout cela était offert à l'intempérance et à la cupidité des Bleus.

' Ils s'enivrèrent, ils se chargèrent de butin; puis à cinq heures du soir de ce jour-là même, 21 juillet, le [général Lemoioe fait placer en rang les gentilshommes^t les Chouans.

On les divise en plusieurs colonnes, et on les met eo marche pour Auray. De là ils doivent être conduits à Vannes. A la tête de la première on voyait Sombreuil , l'évêque de j Dol et ses prêtres ; Soulanges , Broglie , Senneville , Rieux , et | le reste des émigrés, au nombre de mille. Vieux chevaliers de Saint-Louis pour la plupart, ils montraient une tristesse l virile qui attestait leurs souffrances et leur valeur. On leur laisse une faible escorte dont les soldats et les ofliciers sont ' ivres, et qui, pendant une étape de nuit, ne peut apporter aucun obstacle à la fuite des captifs.

Toutes les chaumières leur étaient ouvertes. Ils le savaient | Pourtant bien peu de ces geiililshommes consentirent à î renoncer à la capitulation que leur garantissait l'honneur des , généraux ennemis. Tous oublièrent ce qu'avait répondu

, Lantivy de Kerveno à Sombreuil, qui, après avoir parle*monté avec Hoche et Hnmbert , disait aux émigrés doutant de la sincérité républicaine : <( Eh ! messieurs, croyons au moins à la foi des Français. — La foi des Révolutionnaires m'est si connue, avait répliqué Kerveno, que je vous jure ' que nous serons tous sacrifiés. ))^Ce chevalier de Lantivy, qui était blessé, marchait appuyé sur le bras de son frère. Le général Humbert l'aperçoit, il lui offre»son cheval; mais, quoique moiuaiit, Lantivy répond : « Merci, général, je ne puis l'accepter, mes camarades sont à pied. » Il avait été officier dans le régiment de Languedoc. Deux fantassins qui avaient servi sous lui le Iwonnaissent , le soutienoent et lui prodiguent leurs soins. Les émigrés arrivèrent k Auray, recevant sur la rpute de nombreux témoignages d'intérêt ; quelques-uns furent suppliés par leur escorte de se sauver

DE hk VBNlUtB MILITAIRE. S43

à travers champs. Dans celle foule de soldats enivrés de sang et d'eau-de-vie il y eut beaucoup de cœurs généreux.

Le Sâ juillet, à six heures du soir, les trois mille royalistes ou insurgés que l'on avait renfermés au fort Penthièvre se mirent en marche pour Auray. Sans distinction d'âge, de nom ou de grade, on les entassa tous dans l'église des Cordeliers. Pendant le trajet ces trois mille prisonniers, qui n'étaient gardés que par âix cents Républicains, ne cher* obèrent même pas à s'échapper. Ils croyaient à la capitulation ; mais plusieurs Bleus les désabusèrent. Depuis vingt- . quatre heures ils vivaient avec eux dans le fort; ils les plaignaient; ils admiraient leur constance ; ils partageaient avec eux leurs rations, et de temps à autre ils ouvraient leurs rangs pour laisser pasGser ceux qui désiraient recouvrer la liberté.

Les vaincus sont dans les fers, et avant de dire ce que la Révolution fit de celle victoire, achetée par une valeur poussée jusqu'à l'héroïsme et par un contact avec la trahison qui môle son cynisme à ces hauts faits, il faut, comme préambule des événements qui vont se dérouler, produire la lettre adressée par Sombreuil à Hoche. Elle est datée d'Auray, 22 juillet 1795 ; une phrase eu a été effacée dans l'original par une main étrangère.

u Monsieur,

» J'écris à M. Tallien et je lui parle du sort de ceux dont

les circonstances m'ont fait hier le chef. Dans le calme, comme dans l'orage des combats, j'emploierai toujours les moyens que me^ permettent les lois militaires pour veiller à ce qui les intéresse. Toutes vos troupes se sont engagées envers le petit nombre qui me restait, qui aurait nécessairement succombé ; mais, monsieur, la parole de tous ceux qui sont venus jusque dans les rangs la leur donner doit être * cbose sacrée pour vous. Je m'adresse à vous pour la faire valoir : s'ils ne doivent point y compter , moiisieur, veuilles m'aqQoncer leur sort.

» Jq suis, monsieur, votre Irès-humble serviteur,

» Le comte GuAstES ns SoMBasiia. »

Le général Hoche n'était pas cruel de sa nature. Dans des prévisions que la mort a déjouées au profit de Bonaparte, il ne désirait pas attacher son nom à des actes de cruauté. Il avait une froide ambition, et, parvena si vite au faite des honneurs , il pouvait aspirer à tout. Malgré ses formes tranchantes et la mfKlération dont par malheur sa correspondance ou ses ordres trahissent les calculs, le général tenait à ménager les diiïérents partis. Il était du nombre de ces Républicains spéculant sur Tavenir, et, à travers leur vie, « encore si courte et pourtant si remplie, ne craignant pas de mesurer la distance qui les séparait de rautorilé dictatoriale, lin égorgement en masse des captifs ne devait aller ni à ses goûts ni à ses espérances. Sous prétexte de poursuivre la colonne de Tinténiac , qui , guidée par Pontbellanger, avait envahi les Gôtes-du-Nord , et qui, de concert avec la floue anglaise, menaçait ce pays, Hoche remit le commandemrat du Morbihan au général Lemoine.

Révolutionnaire exalté, féroce par principe ou par besoin, Lemoine se vit chargé d§ tout l'odieux des jugements et des exécutions militaires ; et, avec douze bataillons d'éKte, Hoche prit la route de Saint-Malo. Le même jour, 22 juillet, il rec^ait la lettre de Sombreuil, et n'osait y répondre. Il partait. Tallien, lui aussi, se rendait à Paris; il y arriva le 27, veille de l'anniversaire du 9 thermidor, sa journée de gloire.

S'il faut en croire Rouget de Tlsle, qui l'accompagna dans ce voyage, le représentant fut durant la route dans les dispositions les plus favorables. Son imagination mobile et son caractère impressionnable étaient émus de la grandeur du désastre auquel il avait assisté. Son cd ur s'attendrissait au souvenir de ces Français qui. Royalistes par conviction, s'étaient battus avec tant d'éclat contre la République, leur implacable ennemie. Dans sa tête il arrangeait déjà le discours par lequel il tâcherait de persuader à la Convention d*être modérée et généreuse. Quelques heures de séjour à Paris ûrent évanouir ces belles espérances.

Lanjoinais était un proscrit girondin, et à ce titre Vm des apôtres les plus fervents de la guerre civile qui, après le 31 mai 1793, aurait rendu le pouvoir à sa faction. 11 voyait

DE Là VKNDÊE militaire. 345

souvent madame Tallien : il lui faisait part des déiioncialions vraies ou supposées dont son mari était la victime. On l'accusail d'èlre vendu à TEspagne et au\ émigrés; on anaoaçait même daos les comités que l'événement de Quiberon en ferait foi. La nj ni nais paria à madame Tallien de Tarrestation probable de son mari; et, député breton, ayant des haines de parti à satisfaire, il lui lit entendre que c'était seulement par la sévérité que Tallien rentrerait en grâce avec la Convention. Tallien descend de voiture. Sa femme lui coimmunique les craintes calculées de Lanjuinais. Alors, cédant à ses préjugés révolutionnaires, le représentant de Owiberon se montre cruel par lâcheté. Le lendemain» 28 juillet, il parait à la tribune. La salle entière retentit d'applaudissements.

« Les émigrés, s'écrie-t-il après un tableau des différents combats dans lequel il a le soin véritablement patriotique de passer sous silence les secours offerts par la traliison et acceptés par la République, les émigrés, ce vil ramas de complices , de stipendiés de Pitt , ces exécrables auteurs de ' tous les désastres et de tous les forfaits contre lesquels la France lutte depuis cinq ans, ont été poursuivis au sein des Ilots par nos braves, que guidaient la vengeance et l'enthousiasme de la République, et les flots les ont rejetés sous le glaive de la loi. En vain ont-ils cherché à retarder les coups qui devaient les frapper ; en vain ont-ils envoyé plu* sieurs parlementaires pour obtenir quelques conditions. Quelle relation pouvait-il exister entre nous et ces rebelles? Qu'y avait-il de commun entre nous, si ce n'est la vengeance et la mort? La inort des héros eût été trop douce pour des traîtres. La Providence leur réservait un châtiment qu'ils ne tarderont point à subir, et dont la rigueur et l'opprobre doivent être proportionnés à leurs crimes. » ' " A ce tissu de calomnies, auxquelles les bulletins de Hoche lui-même, d'accord en cela avec la vérité, fournissent le démenti le plus formel , Tallien ajoute encore. Il a peur d'être accusé de pitié. Pour flatter l'instinct sauvage et la crédulité des Révolutionnaires qui entendent ou qui liront ces paroles, il ajoute : * *

a46 HISTOIRE

€ Je tiens à la main uo des poignards dont ces c^valieni étaient armés, qalls destinaient à percer le sein des .

triotés, et dont ils iront pas fait usage pour eux-mêmes, parce qu'ils connaissaient le viniu que cette arme recelait. (Le rapporteur présente un poignard.) 11 faut apprendre à toutes les nations qu'tm ànimal en ayant été frappé, il a été VériQé que la blessure était empoisonnée. »

Tallien plus tard a eu honte de son mensonge. 11 s'en est repenti; mais les émigrés étaient morts : morts peut-être sous le coup de celte accusation , si bien appropriée aux idées démagogiques. Le repentir de Tallien est non aTetia pour les Patriotes* Le Manittur constate encore que les émigrés de Ouiberon se servaient de poignards empoisonnés, La Révolution n'en demande pas davantage; elle est toujours et partout la même.

Le sort des Blancs était décidé. Moche, pour l'acquit de sa conscience, avait timidement glissé dans une dépêche su Comité de salut pul)lic ces deux lignes, qui ne pouvaient le mettre en péril, et qui plus tard devaient servir ses projets :

u il serait cruel et 4mpolitique, mandait-il, de songer à détruire six ou sept mille familles qui ont été entraînées à Quiberon par la terreur ou le prestige, n

}\ s'en était tenu là. Tallien, dont les passions étaient moins voilées, allait plus loin : il avait menti sciemment à la face de l'Europe; il avait calomnié des prisonniers sons défense, calomnié leur courage, calomnié même Thumanité. La Convention applaudit, et les Royalistes furent sacrifiés. Il ne restait plus pour les faire mourir qu'à leur trouver des juges, (lelte dérisoire manière d'exécuter révolutionnaircr ment des vaincus avait déjà lieu dans le Morbihan, taudis que Tallien recevait à Paris les ovations de l'Assemblée.

La paix de Bâle, cette grande victoire du principe démo» . cratique sur les Rois et sur les cabinets de l'Europe , était signée. La République traitait en même temps avec chaque puissance prise séparément. A la nouvelle des dernières calaoMtés qui fondaient à Quiberon sur les déienseurs de la Monarchie, Frédéric*Guiliaume de Prusse, ce souverain qui, avec de loyales intentions, avait fait et laissé conûnettre

tant de faute-s, se sentit ému de |»tié. Nouvel allié de la'

France, il pense qu'après tant d'affronts à sa dignité royale il est bien en droit de demander une grâce à la Convention. Il écrit au comte d'tiardenberg, son négociateur à Bàle. Le roi de Prusse dans cette lettre exprimait le « désir de voir la nation française s'abstenir de répandre le sang des émigrés faits prisonniers à Quiberon, et notamment du malheureux comte de Sombreuil , qui était particulièrement connu de Sa Majesté Prussienne ». •

A cette oommunicatioD , toute d'iiumanité, Barthélémy, rUlibile diplomate qui , au nom de la République française « Ixavaillait encore à négocier et à conclure la paix de Bàle, dépêche en toute hâte un courrier pour Paris. 11 joint ses vœux et ses avis au désir de Frédéric -Guillaume. Mais la Révolution n'avait pas laissé le temps à ces bonnes volontés de mettre ob^ole à^l'effusion du sang royaliste:

Les captifs avaient été entassés pèle-mêle à Auray, dans les églises du Saint-Esprit et des Cordeliers. Ils n'avaient pas de paille pour se coucher^ pas de pain pour se nourrir, pas d'eau même pour étancher leur soif au milieu des chaleurs de Tété. L'administration municipale se montra hu-^ maine^ elle ouvrit à un grand nombre de détenus la porte de ces églises transformées en cachots infects; la charité des habitants fit le reste. Sombreuil, qui attirait tous les regards, qui excitait toutes les sympathies, sortit de prison et fut confié k la garde d'un officier « qui, à l'exemple des étatsmajors de l'armée, eut pour lui les égards dus à un tel courage. Mais le 7 thermidor (25 juillet) l'administration départementale du Morbihap, sur les conclusions de Boullé, son procureur général syndic, prit un arrêté qui mettait en suspidon l'humanité. On y lisait :

« Le directoire, informé par divers rapports des faits suivants :

» Que, dans la translation de Quiberon à Auray des pri^ sonniers faibt lors de la prise de cette presqu'île, environ trois cents Oiouans ont échappé et se sont répandus dans

les terres ;

)) Que, depuis cette translation, lesdits prisonniers nu

sont pas soumis à une siirveillance aussi exacte que la sûreté publique l'exige ; que plusieurs même ne sont pour aiiv^i I

dire pas détenus, puisqu'ils communiqnenL librement avec les personnes du dehors; qu'on en voit journellement se répandre daos les rues d'Auray , sans aulre garde que quelques factionnaires gj^cés isolément à l'entrée de chaque roe;

» Que Sombreuil , Tun des principaux chefs des émigrés débarqués à Quiberon , est mênne pour ainsi dire sur parole logé à l'auberge du Pavîllon-d' en-Haut , à Auray;

» Qu'il parait que la classification des prisonniers n'a pas é^ faite, ou que, si on s*en est occupé , on a mis dans cette opération importante la plus grande inexactitude ;

n Que tous les Patriotes témoins du peu de surveillance qui s'exerce dans les lieux où sont détenus leurs ennemis, ou que le bruit public en a informés, craignant les suites | funestes qui peuvent en résulter dans les circonstances critiques où se trouve encore le département, réclament la plas prompte exécution de la loi, dont aucune puissance ne peut, dans un État libre, paralyser l'action; ' ' » Qu'il n'existe encore à Aurav en activité aucun tribunal i ni commission militaire chargés de juger les émigrés et leurs complices; que de cette inactivité, sur les motifs de laqudie on laisse errer l'opinion publique, il résulterait Irâitôt que les suites (.e la victoire remportée à Quiberon, qui devaient, en recréant l'esprit public, intimider pour jamais les ennemis de la patrie, auraient un elTet tout contraire âi la sodélé, blessée si cruellement, n'était promptemeht vengée ;

n Vu un écrit remis au directmre et souscrit individuellement par pluiiieurs citoyens de Vannes, lesquels dénoncent les mêmes faits , et demandent qu'en attendant Tapplicalion de la loi contre ceux que le glaive doit frapper, il soit pris des mesures pour empêcher leur évasion et leur interdire les correspondances et communications extérieures;

» Considérant que les faits ci-dessus énoncés sont de la plus haute importance et de nature à exciter toute la soili-' citude de l'administration;

» Considérant que l'existence prolongée des émigrés et de leurs complices sur le territoire français; qu'ils ont osé sooiUer

DE LA YENDÉB MlUTAIRE. 349

par leur présence et par leurs crimes, est un outrage à la loi , arrête, n etc.

Ce que le directoire du Morbihan arrêtait était ce que le surlendemain Tallien devaif solliciter de la Convention : la mort des émigrés. Le général Lemoine savait le fond de la pensée de Hoche; il connaissait sa ietljedu 6 thermidor aux représentants Guezuo et Guermeur, sa lettre dans laquelle il avait lu ces paroles, qui donnèrent naissance à l'arrêté du directoire morbihannais :

« Vos collègues Blad et Tallien, écrivait Hoche, ont fait plusieurs arrêtés relatifs aux prisonniers faits dans cette journée, et bieutol la commissiou militaire , qui sera demain en activité, fera justice des conspirateurs qui se trouvent parmi eux. n

Lemoine agissait en conséquence.

Tout s'apprête donc pour raccornplissementdu drame qui va se dérouler. LeU thermidor (27 juillet), Sombreuil, l'évêque de Dol, Soulanges, Lalandelle, Hieux, Petit -Guyot, douze prêtres et d'autres captifs sont amenés devant une commission militaire créée à Auray. Sombreuil est interrogé le premier. « J'ai vécu, s'écrie-t-il, et je mourrai royaliste. Prêt à paraître en face de Dieu, je jure sur l'honneur qu'il y a eu capitulation, et qu'on s'est engagé à traiter les émigrés comme des prisonniers de guerre. J'en appelle au témoignage des soldats qui m'entourent. » Plusieurs Républicains affirment que la capitulation a été proposée par llumbert et i^eçue par Sombreuil, qui s'en est excepté. D'autres disent^ qu'ils ont crié aux émigrés de mettre bas les armes et qu'ils ' auraient la vie sauve, il n'était pas question de justice ; il ne s'agissait que d'obéir aux exigences révolutionnaires. La /commission rendit ce jugement :

((LIBERTÉ, HUMANITÉ, ÉGALITÉ, JLSilCE.

» Cejourd'hui 9 thermidor an m de la République française une et indivisible, nous, Barbarou, chef du bataillon de la Gironde; Ducarpe, capitaine autlil bataillon ; Moisset, lieutenant au f bataillon duS*" régiment d'infanterie; Bouvet, sergent-major au 1*' bataillon des 83 déparlements, et P. Gu- Ton. m. SO

nit, caporal au même bataillon , membres de la oomnis^OR

militaire établie à Auray, noniniés parle général Lemoine, commandant la 5\divisioD, eo vertu de la loi du 25 brumaire 3* année républicaine^^ et Tarrêté du représentant du peuple Blad en date du 3 courant , pour juger les prisonniers faits ledit jour 3, dans la presqu*île de Q^iberon, par Tarmée républicaine, étant réunis en la salle d'audience du tribnnnl civil, avons fait extraire des prisons pour comparaître devant nous les dénommés ci-après, savoir :

» Urbain René de Hercé , âgé de soixante ans , ci-devant évèquede Dol, natif de. .., fils de..., domicilié à... — Charles de Sombreuil, a^^é de vingl-cinq ans, natif de Limoges, domicilié à Paris, capitaine au régiment d'Esterhazy-hussards, fils de François Sombreuil et de Marie Lechoisier, etc. ;

» Lesquels, après avoir' subi interrogatoire, ayant été trouvés convaincus d'émigration et d'avoir porté les armes contre la République , et tous de s'être trouvés dans le rassemblement d'émigrés et autres ennemis de la France descendus sur son territoire; la c6mmissi(»i miKtaire, vu l'art. 7 du litre V de la loi du 25 brumaire an m de la République une et indivisible, dont la teneur suit :

» Tous les Français émigrés qui seront pris faisant partie de rassemblements, armés ou non armés , seront jugés dans les vin^4 ciuatre heures, etc.;

w Condamne les dénommés ci-dessus à la peine de morl; ordonne qu'ils seront conduits ce jour à Vannes, chef-lieu du département, pour y subir leur jugement dans les vingt-quatre heures , conformément à l'article 8 du titre V de la toi précitée; déclare leurs biens acquis et confisqués au profit de la Hépubliciue. — Fait et prononcé a Auray en séance publique, lesdils jour et an (|ue devant, et ont signé. »

On transféra sur-le-champ à Vannes ces premières victimes. Elles y arrivèrent è minuit, et trouvèrent les Patriotes de la ville occupés h célébrer l'anniversaire do Jour qui avait délivré la Franco de Robespierre et de ses séides. Le Journal de V administrât ion déparUmcntale du Morbikaû,

qoi rend compte de cette fête , parle des discours prononcés par les clubisles, des hy^nnes chantés en chœur par te cî-

DE hK YEIIDÉA MIUTAIRE. tSl

loyennes de Vannes; discours et hymnes qui, ajoule-l-il, « ont été suivis d'un solo de v iolon exécuté par iioyer, qui a vivemeqt applaudi ». Oo dansa longtenips, on dansait encore, lorsque le lendemain ces gentilshommes, Sombreuil elle vénérable René de Hercé en tète , inarcliaieut à la mort. Un bataillon de Paris leur servait d'escorte. -

On lisait à chacun d'eux» pendant le trajet, sa condam* ' nation. Le gâiéral Lemoine, pour ne pas perdre de temps, avait écrit aux oflicicrs chargés de les faire fusiller :

« Vous n'ignorez pas que les jugements militaires doivent être lus publiquement au lieu de Texécution. Nous pensons que cette formalité pourra être remplie pendant que les condamnés seront conduits au supplice , aOn que leur exécution

ne soit pas retardée, n /

On les fait ranger sur une seule ligne, autour de la promenade publique nommée la Gai:enne. Un bandeau est offert à Sombreuil ; il le refuse. On le somme de se mettre à genoux, • il s'écrie : « Je fléchis le genou devant Dieu , dont j'adore la justice! Je me relève devant vous, qui, comme moi, n'êtes que des hommes. » Et il expue à l'âge de vingt-six ans. La même décharge tue en même temps tous ses compagnons, qui, dans une nuit de prières, avaient appris de Tévêque de D'ol à mourir chrétiennement , sans regret et sans ostentation.

Ce jour-là, à la prison de la ville, il se passait une de ces ipille scènes d'intérieur qui déchiraient le coeur des émigrés, deux femmes se présentaient à la geôle et demandaient

le jeune Talhouët, dont le père avait trouvé une mort glorieuse à l'alTaire du 16 juillet. Talhouët sort; mais tout à coup m cri perçant, un cri de mère retentit : « Ah! mon lilsl » s'écriait la comtesse de Talhouët, et elle tombait presque sans vie sur le pavé de la geôle. Les émigrés accourent ; ils voient cette veuve évanonie dans les bras de son enfant, et uue jeune lille, une orpheline, une sœur qui, en couvrant &aa frère de larmes , cherche à rappeler sa mère à Fexistonce et à la douleur. Ce tableau rappelait à chaque prisonnier trop de souffrances intimes pour ne pas exciter leur im^^rêt. Ils pjodiguçnlt à la veuve , à lu mère de leur com-

361 BISTOIRC

pagnon d'armes les soins les plus affectueux. Lorsqu'elle eut repris ses sens : » Mon ûls, disait-elle à travers ses sanglots, mon pauvre fils, c'eât moi qui dois mourir, moi qui t*ai laissé partir ; » et , convulsivement serrés dans les bras l'un de l'autre, ces deux femmes et ce jeune homme n'osaient plus se séparer. 11 fallut que les geôliers arrachassent la mère et l|i ûlle de ce lieu de désolation.

Les paroles adressées parSombreuil à la commission militaire d'Auray avaient du retentissement. La capitulation était un fait avéré par tous ces gentilshommes qui portaient si loin le prestige de l'honuetir, et qui n'auraient pas daigné sauver leur vie au prix du plus léger mensonge. Elle était attestée par les Républicains honnêtes. Le représentant Blad et Hoche sentirent la nécessité de publier une déclaration quelconque démentant la parole de Sombreuil , de ses compagnons, et même des soldats ou oûiciers de l'armée révolu-, * lionnaire. Hoche écrivit :

« J étais à la tête de sept cents grenadiers qui prirent M. de Sombreuil et sa division; aucun soldat n'a crié que les émigrés seraient traités comme prisonniers de guerre : ce que j'aurais démenti sur-le-champ. »

Blad s'exprima en ces termes :

«Les représentants du peuple, membres du Comité de salut public, envoyés extraordinairement dans les départements de l'Ouest, déclarent que, quoiqu'ils fussent sur les lieux et accompagnassent partout les colonnes républicaines, ils n'oDt eu connaissance d'aucune capitulation, ni même d'aucune condition convenue avec les émigrés et les Chouans pris à Quiberon; déclarent que le général en chef et les autres généraux leur ont assuré que non-^ulement ils n'avaieirt rieo promis, mais qu'ils avaient dit hautement à Sombreuil, en présence de quelques autres chefs du parti, qu'ils ne pou- Taient ni ne voulaient rien promettre; déclarent enfin que, si quelques olliciers ont invité les Patriotes, les Républicaias qui étaient dans le fort (et il y en avait plusieurs), à mettre bas les armes, ils n'ont adressé la parole qu'aux prisonniers I français enrôlés de force, aux cultivateurs arrachés de leuis

DE I4A VENDÉE MILIXAIAE. ' 3da

foyers par la violence, et' non k des traîtres avec lesquels • aucune loi ne permettait de traiter. »

Et ce Conventionnel, qui avait fui devant l'artillerie du fort • Penthièvre, avait le courage d'ajouter :

« Tous ces scélérats ont mis lâchement bas les armes , suivant leur louable coutume , quand ils se sont vus serrés de près, et que le général leur a déclaré qu'il n'entendrait à aucune proposition de la part des rebelles. »

Nier la capitulation était une affaire si bien arrêtée entre ceux qui l'avaient proposée, que le jour où Sombreuil était fusillé « d'autres Royalistes comparaissaient devant la même commission qui l'avait jugé la veille. Parmi eux, on remar- ' quait Joseph de Broglie, la Rochefoucauld, de Botherel, Conen de Saint-Luc et Lantivy-Trédion. Joseph de Broglie, en face de ce tribunal, s'écria : « Les généraux et les Représentants républicains sont des lâches; ils ont trompé des * Français qui se fiaient loyalement à leur parole : et vous, qui vous dites nos juges, vous êtes des cœurs sans énergie, car pas un de vous ne doute de la capitulation. » Le général Lemoine força le tribunal à insérer dans le jugement rendu le 10 thermidor la déclaration suivante , qui voudrait expliquer le cri : « fias les armes ! » que les soldats déclaraient avoir fait retentir sous l'inspiration de leurs chefs et de leur humanité individuelle :

« Considérant que la capitulation dont arguent les accusés ne peut -exister, qile les lois n'en adniettent aucune avec les émigrés ; — Considérant- que la vérité est qu'il n'en a pas existé , et que c'est une défense vague alléguée par eux; que les mots : « Bas les armes! » qui ont été entendus, ne re- ^ gardaient que les Patriotes mêlés forcément avec les émigrés (il fut établi que plusieurs avaient été liés pour être embarqués); que la déclaration dont la teneur suit en est une preuve convaincante :

» Je soussigné, général de brigade, atteste qu'il n'y a point eu de capitulation avec les troupes qui ont été vomies sur DOS cfttes dans la presqu'île de Quiberon; qu'on a seulement crié : Bas les armes I à tous les Patriotes; que le Représentant TalUen a constitué prisonnier le parlementaire

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des nHbeltes. — fin conséquence, la cooivlissiOD 'lûltlaffe

s'occupera sans délai du jugement des prisonniers faits dans la presqulle de Quiberon , en se conformaut surtout aux lois et arrêtés des représentants du peuple.

» Signé Lemoine. »^

Mais en regard de ces documents , qui , aux yeux de la Révolution, peuvent avoir une ombre de créance, il faut mettre les récits contemporains, les écrits d'Antrechaux, de Villeneuve, de l'abbé Péricaad« de Chaumareix , delà Villegocirio et de Saint-Georges , tous témoins de auiUik de te capitiilafion promise, tous aflirmant qu'elle a existé, tous en fournissant mille preuves. Il faut ajouter foi à des hommes qui, à rexemple de Kei^riou-Locmaria , ancien capitaine de vaisseau, marchaient par bomilité pieds nos au supplice, et priaient pour leurs bourreaux , tout en proclamant qu'il y avait eu capitulation. 11 faut ajouter foi au marquis de Senneville, qui disait au négociant Renaud lui proposant de le faire sauver d'Auray : « Merci , monsieur, de votre humanité; je suis prisonnier sur Thonneur et il y a capitulation* Je me croirais déshonoré si je doutais de la parole d'an Français. » Il faut ajouter foi à la Villéon , lieutenant-colonel de Rohan, qui, averti par des soldats de son ancien régiment d'Anjou , et pressé par eux d'échapper à la mort qui le menace , leur répond : « Je ne puis croire que des officiers français manquent è leur parole : il y a eu capitulation. »

De pareils hommes étaient incapables de mentir au moment de paraître devant Dieu et en invoquant l'honneur français, qu'ils comprenaient si bien. 11 s'en rencontra même qui, pour ne pas blesser la vérité, refusèrent, comme les jeunes Volude de Lage, Lassénie et Hector Boguais, d'accepter le sursis que Ton offrait à ceux qui déclareraient avoir émigré avant Tâ^e de seize ans. Plusieurs ne voulurent pas faire cette déclaration , innocent subterfuge que les commissions militaires acceptaient avec empressement et sans examen. Ils refusèrent parce que c'était mentir à leor conscience ; mais ils en appelaient à la capitulation; et, comme Voltaire, taoi, j'en crois des témoins qui se font égorger. Il faut sur*

DE. LA TEHDÉB MiUTAIIIE. 9&5

tout que la Révolution accepte le démenti donné par l'empereur Napoléon à ceux qui nièrent ce que les Royalistes affirmaient. Or^ à la page 267 du miàoie voIiuda dô Sâ& Mémoires, fiontparte dit :

« Les émigrés qui ce parent s'enbtrquer furent pris avec le brave Sombreuil, au nombre de douze cents. Ce chef s'était rendu par une sortk de capitllation verbalp: faite AU MILIEU DE l' ACTION, à laquelle le géûéfal en chef, iioche, était tout à fait étranger, li le prouva , puisqu'il ne voulut point la reconnaître; et, de fait, il ne le pouvait pas. C'était Tallien, représentant du peuple à Vannes, qui seul avait ce pouvoir. Mais le général Hoche fit tout ce qu'il pouvait faire: ce fut de ne pas faire garder les prisouniers, qui eureol toute la nuit pour gagner la fcurét et se sauver. La plupart de ces malheureux ne voulurent point en ^mûter. »

Le 2 août 1795, le général Leuioine crée à Auray deux nouvelles commissions. Les officiers désignés- pour les composer refusent d'accepter de pareilles fonctions. Ln d'eux même , le chef de bataillon Douillard, écrit k Lemoine :

« Citoyen général , j'aime bien la République. Je déteste les ex-nobles et les Chouans, je les combattrai jusqu'à la mort; mais sur le champ de bataille j'ai voulu les épargner. J'ai prononcé avec tous mes camarades les mots de capitulation honorable. La R^ublique ne croit pas devoir reconnaître le vœu de ses soldats, ie ne puis pas juger ceux que j'ai absous le sabre à la main. »

Lorsque dans une armée française on fait appel à des sentiments généreux, ou est sur d'être eoteadu. L'honneur imposait le devoir de se récuser. Tous se récusèrent ou se déclarèrent incompétents. Le général Lemoine se vit forcé de s'adresser à des Belges et à d'autres étrangers enrôlés sous le drapeau tricolore. Les Blancs furent condamnés. On les exécutait jour par jour au nombre de cinquante à soixante-dix. Les malades et les blessés n'étaient pas exempts du supplice. Lantivy-Kerveno n'a plus que peu d'heures à vivre. On a la cruauté de le placer sur un brancard, et il est fusillé le 30 juillet. Les officiers français avaient refusé d'être juges, les soldats n'osèrent pas être bourrem*

• Digilizeo by

3M HISTOIBE

Un batailloD de voioDtaires parisiens et ceux d'Ams et de

la Gironde furent les seuls qui ne reculèrent pas devant cette mission : ce fut à eux et à des étrangers que le représentant Blad eut recours afin d'accorder, comme il le disait, satisfaction à la vengeance nationale. Les soixanle-dix premiers Royalistes que l'on mena au supplice arrivèrent sur • le lieu de l'exécution ; ils avaient prié en commun pendant le trajet. A la vue des soldats belges chargés de verser leur sang, ils se jettent à genoux, élèvent les mains et les yeux vers le ciel; puis, à haute voix, ils prient encore pour le bonheur et pour la gloire de la patrie commune. Immobiles d'élonnement, les troupes républicaines partagent bientoi , cet élan religieux. Des sanglota mêlés à des cris de grâce se Cpnt entendre. Une déchai^ à bout portant g^ce tous les cœurs. La justice révolutionnaire avait son cours.

Les exécutions continuèrent avec une elTrovable réeularité. On avait vu les soldats s'eflbrcer de diminuer le nombre des victimes, et transgresser, même au péril de leur vie, les ordres barbares que Lemoine leur Intimait. Il y eut de la part de l'armée et des populations un assaut de générosité qui honore le caractère national, des actes de dévouement et de charité qui reposent l'âme de ces scènes de carnage; mais les transfuges des régiments de Dudresnay et d'Hervilly se firent encore une fois délateurs. La mort de tous les captifs était résolue, et quelques-uns de ces gentilshommes, dont personne ne voulait constater l'identité , cachaient leurs noms et leur rang. Les transfuges signalent aux commissions militaires ceux avec lesquels ils croient être revenus d'Angleterre. C'était une prime accordée à la délation : ces misérables eu proûtèrent. Alors on fusilla avec plus d'acharnement.

Le sol de la Garenne, de l'£rmitage et de l'Armor était couvert de flots de sang que les chiens ne pouvaient t^, quoiqu'on les menât à chaque heure du jour et de la nuit se

gorger auprès des cadavres, que Ton abandonnait nus à la vue du peuple. Les charretiers de l'armée étaient chargés des inhumations ; ils s'acquittaient de ce devoir avec une brutale grossièreté que les plaisanteries du général Lemoine

DE lA V£ND£E MILITAIRK. 3&7

exdtaient encore. Immédiatement après l'exécution, ces charretiers s'emparaient des morts, les dépouillaient de leurs vêtements, puis, les saisissant par les cheveux, par un bras ou par une jambe, ils les traînaient à la fosse commune et les y précipitaient. On a vu plusieurs de ces martyrs, qui n'avaient point été tués du premier coup, se ranimer sous la violence des secousses, pousser des cris lamentables, • et essayer de se soulever de la tombe. Les fossoyeurs les abattaient d'un coup de bêche, et en ricanant ils leur jetaient des^pelletées de terre. Un jour on fusilla avec si peu de soin que le lendemain des bras^ des jambes d'hommes furent aperçus sur cette terre, que les émigrés ensevelis dans leur agonie avaient entr'ouverte. Ces bras et ces jambes étaient tordus dans d'épouvantables crispations.

Un tel spectacle ne suffît plus bientôt à la barbarie. On manquait de soldats de bonne volonté pour fusiller : ordre fut signifié de choisir des enfants de dix à quinze ans et de les façonner au meurtre. Cet ordre s'exécuta. Alors on fusilla sans distinction; il n'y eut plus de jugements en forme, plus d'interrogatoires. Les bourreaux prirent au hasard, et, malgré la loi qui ne reconnaissait comme émigrés que les Français sortis du territoire après seize ans révolus, on passa par les armes des enfants qui n'avaient pas atteint leur quatorzième année. Le fils du comte de Talhouët, le Métayer, Chérière de la Ghérière et beaucoup d'autres moururent ainsi. Personne ne songea à leur appliquer la loi; ces enfants l'ignoraient, leurs juges l'avaient oubliée.

A la nouvelle que le comte de Rieux, le dernier rejeton de cette grande famille dont un des chefs fut le tuteur de la reine Anne de Bretagne , sa nièce , est prisonnier et va subir la mort, les paysans de Rieux et des paroisses voisines courent aux armes pour délivrer l'héritier de tant de gloires. Ils se mettent en marche; mais sur la route on leur annonce son exécution, et ils se dispersent pleins de tristesse.

D'autres Chouans s'approchent de la ville; ils excitent secrètement les prisonniers à la révolte. Dans la nuit du 16 aoAt , un rassemblement nombreux marche pour les soutenir : deux transfuges du régiment d'Hervilly dévoilent

3âS HISTOIRE

encore ce complot. Le général Lemoioe fait oottrir la gar- . nison aux armes, deux pièces de canon à mitraille sont braquées devant les prisonniers; Lemoine menace de faire feu. Rien désonnais ne pouvait arracher à la mort les derniers débris de Quiberon; la plupart périrent dans une prairie au pied d'une colline, maintenant en vénération, et. que le peuple appelle le Champ des Martyrs. C'est THaceldama de la Révolution. Quatre ceni trente et un ans auparavant, cette • même prairie de Tréauray avait vu , dans une bataille, renverser Bertrand Duguesclin et mourir (Charles dê Blois.

Les mères bretonnes dont les enfants sont maladifs ou trop faibles y viennent en pèlerinage. Elles se mettent k genoux, et, au milieu des plus ferventes prières, elles traînent leurs enfants sur cette terre qui fut arrosée d'un san^ si français. C'est chercher la force dans le souvenir de la force; c'est invoquer le dévoueinent à sa cause le martyre même pour elle, il la place où tant d'hommes intrépides furent frappés. Il y a peut-être de la superstition dans cette idée, mais à coup sur il y fermente un germe d'héroïsme, et c'est un hommage qu^, dans pus temps de révolution, le peuple ne doit pas perdre de voe.

En 181& le maréchal Soult eut cette môme pensée : il proposa d'ériger un monument à la mémoire des victimes de Otiiheron, et il réclama l'honneur d'inscrire son nom à la tête des souscripteurs. Le monument a été élevée les Um- \ tons seuls ne l'ont pas oublié. 11 est l'unique en France pour constater le passage de la Révolution. Partout ailleurs, à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Marseille, à Nantes, à Lille, à Toulouse, à Strasbourg et à Arras, on danse, on se livre à toutes sortes de négoces ou de plaisirs sur les places et dans les lieux publics où s'engloutit la génération qui nous précéda sur la terre. L'oubli du passé et TinsouoianGe de l'avenir ont étouffé dans les cœurs les lâchetés ou les turpi? tudes (le la Terreur. Nous foulons sans respect , sans repentir, sans eflVoi pour nous-mêmes, le sol où se dressèrent les guillotines, où reteaiireiU les fosillades; et afin d écariw tant de lugi^hres souvenirs, nous en appelons à unç impossible conciliation ou h m silence plus impossible mccr» La

OK LA V£NDÉE MILITAIBE. S19

Bretagne, en élevant sa colonne des Martyrs, a été plus nationale que toutes ces autres provinces faisant de leurs , caiaiâilés révolutionnaires un livre fermé k toujours , et que personbe ne doit plus feuilleter pour ne pas troubler la folle quiétude des uns et les criminelles espérances que les autres ne prerruent même pas la peine de déguiser sous un remords imposteur.

Le 28 tberiDidor (15 août 1795) Lemoiue écrivait aux présentants et h Hoche :

« Je ne trouve plus dans la ^rnison aucun officier pour remplacer les juges-commissaires que j'ai été forcé de destituer. » •

Et lorsque sa ccnipable misfinon fut flccompliei il écrivit encore à Hoche, le 86 nivAse an rv (16 janvier 1796), en lui adressant la liste des victimes :

« Les malveillants diront peut-être que le nombre des fusillés est trop ou n'est pas assez grand. Peu importe aux amis de la loi. Les noms de ceux qui ont été tués dans les différentes affaires que nous avons eues avec ces messieurs , ainsi que ceux qui se sont bravement jetés dans la mer lors de notre entrée dans la presqu'île de Quiberon^ n'y sont pas portés. Il serait à désirer que tous nos ennemis fussent aussi bien détruits que les émigrés qui ont échoué à Quiberon.

» Salut et fraternité.

» Lemoine. »

Cette liste fait monter à sept cent onze le nombre dés ' Royalistes tués au mépris de la capitulation et k quatre cents

celui des morts dans les prisons. Mais ces chiffres, quelque élevés qu'ils soient, n'ont jamais paru exacts à ceux des habitants de Vannes et d'Auray qui, dans les ardeurs de leur charité, prodiguèrent aux prisonniers les secours, les consolations et les moyens d'évasion dont ils disposaient. Les récits contempurains les élèvent beaucoup plus haut. Nous avons entre les mains la preuve que cinq frères du nom de Jallays, gentilshommes du bas Poitou et soldats dans le r^ ment de Béon, périrent à Vannes, et pourtant sur cette liste il oe s en rencontre qu'un désigné comme ayant subi le mai-

a60 HiSiOiRE

tyre , que la valeor' de ces nobles frères avait si bien conquis. Mais, dans l'ignorance forcée de rhisloire, il faut bien accepter la liste des martyrs telle que le général Lemoine la dressa ; il faut bien siirUua tendre à ces noms glorieux ou pbscurs Vboininage qui leur est dû.

Dans ce vaste répertoire de la mort , où les plus illustres familles de la vieille monarchie donnent la main, par l'égalité du supplice, aux plus modestes exislences, il y a des Broglie, des d'Avaray, des Beaucorps, des Gaqueray, des Bellegarde, des Gbevreuse, des DuporUil, des Rieux, des de Corday, des Duboicelier, des Goulaine, des Garadec, des Guerry de Beauregard, des la Uoussaye, des Coui*son, des Kermoisan, des Coëtlosquet, des Lambertye, des LamoigQon, des Soulauges , des Monroi, des la Villéon , des d'Arbouville, des la Rochefoucauld, des la Rocbe-Ay mon « des Royrand, des Gesril do Papeu, des Savatte de GeDouillé, des Fénelon, des Ker^^ariou, des Lusignan, des Viart, des Béarn, des Villeneuve, des Beaufort, des LabarLe, des Maarville, des Beaumont, des Labarre, des Glinchamp, des Urvoy, des Boislandry, des GafTarelli, des Carcaradec, desBrumauld, des Champsavoye, des Chastaignier, des de Gotle, des Damas, des la Ferlé-Meun, des Gimel, des Kervasdoué, des la Lande, des Saint-Luc, des Montesquiou, des la Moussaye, des Na vailles, des d'Orvilliers, des Percy, des PhéJyppeaux, des Robecq, des Sainte-Suzanne, des Savignac, des Vauquelein, des Malherbe, des Montlezun, des Villavicencio, • des Pélissier , des Penferet, des Rossel et des Talhouët. Tous ces noms sont coufondus pêle-mêie avec ceux d'une foule d'ouvriers, d'artisans, de laboureurs, d'étudiants, de bourgeois, de prêtres, de matelots, de commerçants qui, èux aussi, avaient voulu combattre et mourir pour la Monarchie.

Gomme pour les gentilshommes, nous citerons au hasard quelques-unes de ces gloires du martyre; humbles gloires qui ne devraient jamais périr : Aloy, Andrein, Bachelot, Bans, Bénard, Boussineau, Briche, Gazeaux, Ghenu, Gotel, Gurnier, Dano, Draju, Essanol, Elec, Févenot, Flattiu, Fournier, Gimel, Guicheteau, Hébert, Hervec, Jallet, Jouan, Kerbelet, Landu, Leclerc, Légo, Leiièvre, Malherbe, Alarlin,

D£ LA V£M1>É£ MiLiXAlA£. S61

Mosel, Norman, Olier, Paris, Pédît, Pécon, Pesel, Priez,

Rafrère, Rec4iin, Renissac, Rio, Robert, Sico, Tassène, Tisse, Vendeune, Vaudin, Vir et Yot, forment avec les illustrations déjà citées un de ces contrastes que l'histoire ne doit pas perdre.

Mais à côté de ces fidélités mourant pour leur cause il y a d'autres noms qui se sont sacrifiés pour ThumaniLé, d'autres dévouements qui , au péril de leur vie, se jetèrent dans cette sanglante arène pour disputer des victimes aux bourreaux, ou du moins pour adoucir les suprêmes moments de ceux qui allaient périr. F.a comtesse de Gouvello, mademoiselle du Parc, madame Marqnet et sa fille oiïrirent aux femmes d'Auray et de Vannes un exemple que toutes s'empressèrent de suivre. Elles vinrent dans les prisons encombrées, apportant des paroles de consolation ou des secours. Elles t^herchèrcnl à faire évader ceux qui tenaient encore à rexîslence. Pelles réussirent plus d'une fois, et souvent des olliciers républicains, parmi lesquels l'histoire doit citer Ulysse, Moriancour, Pradal , Saint-Clair et Fayard , secondèrent ces pieuses intentions.

Il restait encore un grand nombre de prisonniers à juger; mais ce massacre, qui durait depuis un mois, fatiguait les tribuna V militaires , les Belges qui exécutaient les sentences , le peuple, triste spectateur de tant de supplices, et la Convention elle-même. Le Comité de salut public savait toutes les difficultés que le général Lemoine éprouva pour former ces commissions. Les émigrés n'existaient plus; il n'y avait à sévir que contre les Royalistes de Tintérienr, encore au nombre de plus de trois mille dans les cachots. Le Conventionnel Mathieu, envoyé en mission avec Guezno et Godin auprès des armées de l'Ouest, des côtes de Brest et de Cherbourg, s'occupa activement d'intéresser tout à la fois les paroisses- et les citoyens à la mise en liberté de ces trois mille détenus, dont la République ne savait que faSre. Il arrêta que les communes <« avaient la faculté de racheter la détention de leurs habitants compromis à Quiberon , moyennant le dépôt des armes et des munitions qu'elles pouvaient . avoir; et à condition qu^elles s'engageraient à solder, au nom TOM. m* 24

363 HISlOiRI^

4tl pn^QHQÎtrs» uae contributioii en grains égil» au tien 4i) fVf%m 4e eeui de leurs habitants dont eUia YoudiiieBi

e^lenir la liberté».

Ea quatre jours plus de deux mille de ces malheureux furent ramenés dans leurs familles. On acquitta ou inème on ne jugea pas le reate; et aOn de donner une idée des eaptationii dont cea fiUuica étaient l'objet, rappek»ns un passage du rapport des administrateurs du Morbihan dans lequel ib énumèrenl aux délégués de la Convention leurs démarches , et les résultats qu'ils croient avoir obtenus : !

« Déjà« 4i^^^ ^ admiûisUaieurs, des communes conà- | dérables se sont soumises complètement. Riantec et Ploubiooê ont retiré dans le même jour quatre cent trente-sept prisonniers après avoir déposé leurs armes avec quatorze cents quintaux de froment.

» Troii» oQmuii^ireâ de notre sein allèrent dans le parc qui . rep^rme cea malheureux au nombre 4e plus de deux mille porter des paroles de paix et de conaolation et les éclairar sur leurs vrais intérêts.

» Des groupes se formèrent autour d'eux , écoutèrent en silence, et laissèrent apercevoir un repentir touchant.

» t^s habitants de àîantec et de P(ouUinec offraient d'un | autre côté on tfibleau attendrissant, lorsque d'une^aain en leur présenta la loi du M prairial, qui les cendamnait, et i de l'autre l'acte de clémence qui les y arrache. Des larmes de reconnaissance coulèrent de tous les yeux ; les cris de ï^ive la RépuUij[ml Vm la Cot^n^ionl furent mille fois rép^éa, et, si nous les laissâmes passer une dernière nuit I dans Tenceinte qui leur avait servi de prison , nous aimons k croire qu'elle n'a pas été perdue pour la République.

)) Déjà les communes de Landevan et Bels ont déposé des armes en asse£ grand nombre; celles de Kervignac, Theix, Marzan, Plœren, Saint*Avé, déclarent n'en pas avoir, at réclament à grands cris leurs pri^ionniers. Nous insistons sur la remise complète des armes; nous tiendrons rigoureuse* ment à cette mesure salutaire aussi longtemps que les dis- * triçts ne nous affirm^ont pas qu'il n'en existe point. Au * surplus, pénétrés comme nous le sommes de Tesprit qui a

t>fi LA V£N|)I&£ MILITAIRE. lét

dirigé votre arrêté, nous profiterons de la latitude que vous nous avez laissée pour opérer le plus grand bien, pour ramener au giron de la République des bommes trop faciles à égarer. Puisse la clémence nationale épargner l'effusion du sang en pacifiant nos malheureuses contrées I »

Telle fut la catastrophe de Quiberon. l/histoire des guerres civiles n'en a pas encore oflert de plus épouvanlable. Nous ne retiendrons ni sur les faits, ni sur les accusations, ni sur les discordes cpie d'Angleterre ou de Paris on chercha à bire éclater dans cette armée, dont la valeur fut si brillante, dont la fin fut si tragique. Nous avons raconté les intrigues des comités dirigeants: c'est les avoir tlétries. Nous avons indiqué les erreurs , les contre-temps et les désastres qu'entraînèrent les dissensions que le cabinet de Saint-James avait cru devoir fomenter. Nous avons dit les cruautés révolutionnaires, les courageuses résignations royalistes, Tastucc des uns , la confiance trompée des autres, la sainte pitié des soldBts républicains, rbumanité de la marine anglaise et la politique du gouvernement britannique.

Cette bataille de vingt-trois jours, s'achevant dans les supplices , peut donc être aujourd'hui appréciée et jugée. Sous le coup mémo des exécutions d'Auray et de Vannes, elle le fut par la France entière , qui accusa Tallien de barbarie et Hoche de pusillanimité. A Londres, dans la chambre des communes, l'éloquent Sheridan prononça sur cet ensemble de faits un jugement que l'histoire a ratifié.

Des explicitions avaient été demandées à Pitt. Ce ministre en fournit de peu e9oeluantes; et , pour donner le change aux interpellations, il ajouta : c Du moins, et c'est une consolation pour nous, il n'a coulé aucune goutte de sang anglaiii sur le rivage de Quiberon. »

—C'est vrai, interrompt Sheridan, le sang anglais n'y a pas été versé « nais l'bonneur anglais y a coulé par tous les pores*

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