CHAPITRE IX
Guyon de Rochecotte dans le Maine. — Se3 plans d'iiisurreclion. — Mor de Saint-Paul. — Proclamation pacifique de Hoche après la mort de Charette. — La vengeance do Taupin. — La paix est oITerte. — Puisaye s'y oppose. — Mort du < omte de Sérent. — Succès de d'Andigné. — Boisguy et Bontevillc battent les Bleus à Saint-Sauveur des Landes. — Scepeaux et Cadoudal acceptent la paix. — Mort do la Vieuville. — Frotté, Rochecotte et les Chouans font leur soumission. — Lettres de Hoche et d'Hédouville.
A peu près à la même époque, Fortuné Guyon de Rochecotte sortait de la ligne de ces volontaires qui savaient vaincre ou nioarir avec taot de courage dans les bois de la Bretagne et du Maine. 11 était né en 1769, au milieu de cette année si féconde en hommes extraordinaires qui, à des titres divers, remplirent le monde du bruit de leur p:Ioire. Sa famille habitait le château de Rochecotte en ïouraine. Otticier en 1784 au régiment du Roi, il émigra et servit avec distinction dans Tarmée de Gondé. Poussé par le désir de combattre de plus près la Révolution , il arriva dans les cantonnements de Scepeaux et vint parmi les Chouans du Maine pour remplacer Jambe-d' Argent. Rochecotle était un royaliste exalté, mais prudent; un homme robuste comme tous les cbe£s de parti , «t qui joignait à de profondes connaissances dans l'art militaire un rare esprit de suite. Le 18 décembre 1795 il est chez les Manceauxmuni d'un brevet provisoire de Charette, qui le commissionne pour « diriger les mouvements des fidèles sujets du Roi dans le Maine ». Le 2 janvier 1796 il investit la ville de Mayenne, et est repoussé. Mais Taillefer, Carpar et quelques autres officiers de la Chouannerie ayant perdu la vie dans différentes rencontres, Rochecotte est nommé général par les insurgés. Alors il s'attache comme chef d'état-major Renault, simple . capitaine de paroisse , qu'une circonstance extraordinaire a placé en évidence. Renault avait été fait prisonnier dans un engagement. Condamné a être fusillé , il avait reçu dans la
itHe et dans le corps louLes les balles du piquet qui lirall swr lui à dix pas; il fut laissé pour mort. Rappelé miraculeusement à la vie, il reparut dans les coinbaLs. En quelques jours il tua Se sa maia les douze Bleus qui ravalent fusillé.
Avec ce Renault que les Chouans surnommèrent Trompe' la-mort, Hocliecotte ouvre la campagne par la surprise du bourg de Saint-Mars-d'Oulillé. Malgré la vigotu'euse résis- . tance des solct^ts et des habitants, le bourg est enlevé , ses défenseurs passés au ùl de Tépée, et Rochecotte poursuit sans interruption le cours de ses succès.
Deux Vendéens, Châtelain dit Tranquille, Richard Duplessis, officier sous Lescure, Lambert et Poirier, sont ses prin» cipaux lieutenants. AVec eux il parcourt la province en tout sens, et à la tête seulement de cinq ceuts hommes il occupe pins de quatre mille Républicains. Dans la forêt de Bercé,, entre Château-du-Loir et Écommoy, il bat le général Rey. A Saligaé, près de Vallon, il reçoit une balle dans les reins, et se retire avec sa troupe vers Sillé-le-Guillaume.
Il avait été puissamment secondé par Louis Gourtillé dit Saint-Paul ; mais, comme tous les hommes exceptionnels dont la Révolution a cherché à étouffer dans le sang ou par la calomnie les vertus guerrières, le pauvre enfant auquel les Manceaux vouent encore un respect presque superstitieux , et qu'ils appellent M. Saint-Paul, devait périr par excès de courage.
Ainsi que la plupart de ces chefs que le peuple des campagne se donnait, Saint-Paul, le capitaine de la bande de la Vache-Noire, se distinguait par une bravoure surhumaine et par ses pieuses austérités. Les Chouans, façonnés à son exemple, passaient de la prière au feu.- Ce bâtard, en qui se révélaientjes qualités. du général , avait le commandement rapide. 11 dictait ses instructions d'un ton froid et calme comme s'il eût été habitué à dominer; mais il exigeait une obéissance passive. Il pubissait sans pitié la faute la plus légère et n'accorda jamais de pardon aux Bleus, Au moment de faire fusiller les prisonniers, il disait, avec des paroFes qui auraient été admirées dans le jeune conventionnel Saint- Just, cet épileptique de la guillotine, passé grand homme
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m\ yeux desWî^turipns de la déniagopfie : <( Il n'y a que Dieu seul qui ait raison de faire grâce. Dieu seul lit dÈiûs 1^ cœur
40 coopabte «et wniotU le yttà repentir. »
%einl4^el 4ta}t aussinjriRifxiblë pour teâ àieos'qoe polir tes Révolutionnaires. I n jour il déclara que fe premier qùi juirerait en vain le nom de Dieu serait sur-le-champ fusillé. C'était la loi de saint L.ouis remise en vigueur aa moment où
41 n'y avait plus en France de religioii et âè mdnardhie. Ub ^Obofiaf) estoya âe porter an déiî 4ia 'Miard ; li priindnça fe
jurement défendu. Saint-Paul le bâtard le fit mourir àlinstani même. Cette inflexibilité, avec des traits si dôux elun mr si oandide, Tavait rendu relTroi des habitants et de ses gars. Jamais détendant ils n'osèMnt rëbaflâ<ttitlë^, Son méfAis de la moA ^ ^ bravoare , qui , ^km <ëiix^ leiiaicMtè .des causes divines, lui assuraient leur vénération et leur fidélité.
Quarante-huit 4ieures après le combat de SaHgné , Saint- • Paul a su ^n'un convoi i^bMcain èst {Marti dé Oiasaillé; i l'afttend aa Mont-Livois. Les Bleas arrivent. Be cëisfeè daii-
ïience Satnt-Paol a swivi lent s mimvemenls; il a di^osé sa division de façon à cerner 1 ennemi et à le jeter dans la Vègre, ^i coule au pied du coteau voisin. Pour se préparer au cMBfcat il a eMonué le (^sanme 4es joéfÉ^ tieiMfdx, fffmmt CXLiH KpÊe David iiiipro^ s«r le cadavre de Oe-
liath. C'est le chant qu'à chaque rencontre cet enfant faisait vibrer comme un appel à Dieu : « Benedictm Dommus Deus Isrmifl qui dacet tMtnm meas mdprtdium et digUos méat
mi Mhm, » lQr84a*line décharge réMitit. Saiel-MU, sèils OMêr de dianter, engage TaffiiiVe , ett vfdofAax ;
mais alors, coinme toujours, il se place en avant des Républicains afin d'attirer leurs coups par son costume extraordinàire. Une balle liû fracasse l'épaule ; il tombe ; ses ChoiMuiis , êlllrayéaM débandent ; OoiirtiUé Meaaé sa relèvi^. n Mtpear la demièm fois résonner son cri de guerre : « En étant! , victoire au nom de Saint-Paul !» et au passage de la rivière il détruit la colonne républicaine. Peu de semaines après il mourut dans les impatiences d'une convaleseeMe se pm* tongiMit trop au gt^ de aea martiales ardenH».
DB LA VeNMK MIUTAIRE. 411
La mort d'un pareil homme produisit une vive impression sur les Blancs et sur les Bleus. Les uqs et les autres tremblaient devant Saint-Paul, qui avait commandé à plus de dnquante affaires et auquel amis ou ennemis, dans leurs supmtitieuses croyances, attribuaieftt un pouvoir -surnaturel. Les Révolutionnaires répandirent le bruit que vers le soir l'on voyait une flamme bleue planer au-dessus de sa tombe. C'était, ajoutaient-ils, la preuve que le capitaine de la Vache- Noire était damné. Les Chouans passèrent plusieurs nuits auprès de ce sépulcre pour vérifier le fait. La flamme bleue ne parut point, et ils sont encore persuadés que Saint-Paul était un envoyé du ciel.
Cette perte dérangeait une partie des plans de Rochecotte. 11 n'en est que plus ardent à délivrer le pays qui pl^ce èû lui sa confiance. Au bac de Moraine, le 8 janvier 1795, il met en déroule le général Wattjer. Momentanément réuni à la division du chevalier de Tercier, il fond sur plusieurs can- ' tonnemeiUs dont le général Rey allait passer la revue à Ba- Kougers. Les Patriotes sont vaincus. Le colonel Lallemand, à la tête de sa demi-brigade, accourt pour le soutenir; il est repoussé à son tour. Le 11 janvier, GauHier, Tercier et le Chandelier se présentent avec Rochecotte aux Républicains campés entre Bouère et Grez. Ce fut une des rencontres les plus meurtrières de cette campagne. Après cinq heures de ' combat les deux corps militants opèrent leur retraite sans savoir à qui la victoire est restée.
Le 17 mars de la même année, GauUier, qui a succédé à Coquereau, est plus favorisé par la victoire. Il se porte sur la commune d'Auvers (Sarthe), d'oij une vive fusillade se lUsait entendre. C'est Taillefer, ohef divisionnaire d'Évroni qui se trouve aux prises avec les Bleus. Gaulifer aborde
l'ennemi si résolûment qu'au premier choc il le met en pleine déroute. Attirée, elle aussi, comme Grand- Pierre , par le bruit incessant de la mousqueterie, une seconde colonne fépublicaine débouche sur le terrain; elle mhii le même soft. Les Chouans se dirigent aussitôt sur le bourg de Va*^ rannes , où ils espèrent goûter quelque repos. La garnison de Laval les arrête dans leur marche. Une nouvelle mêlée
4r{ HISTOIRË
prépare une nouvelle victoire à Gaullier. Au milieu de Taffaire, Menant, dît Franeœur, du' village de Ruillé, et Gui-
noiseau , surnommé Joli-Cœur, deux Royalistes que les plus ! braves étaient fiers d'imiter, mais dont il ne fut jamais pos- j sible de surpasser Taudace, combattaient ce jour-là à cheval et toujours au premier i^g. l^es Républicains traversaient en déroute une grande prairie. Joli-Cœur s'élance contre eux. a A vous les soldats, à moi les chefs! » s'écrie-t-il en s*adressant à ses Blancs. Au même instant, le sabre à la main , il chargeait un officier supérieur de la cavalerie républicaine. Du premier coup il lui fend la tète.
Lorsq u e les vieux Chouans parlent encore dece fait d*armes, on dirait, à les entendre, que dans leur style, si approprié par sa naïve concision à ces récits de vai Hantise, ils ressuscitent les chroniques anciennes qui nous apprennent comment les sires de Joinville ou de Chàtillon pourfendaient les mécréants en Palestine.
Trois affaires dans la même journée ne suffisaient point à Timpéluosilé des Royalistes. La garnison de Sablé marche à leur rencontre dans les landes de Poisbel, sur la paroisse d' Anvers. La garnison de Sablé n'est pas plus heureuse. Soixante Bleus se barricadent dans la ferme d'Épaulfort. Les Chouans se décident à y mettre le feu. Jolly, le fils même du propwétaire de cette ferme, dispose tout pour brider son patrimoine; mais Gaullier ne cède pas à cet entraînement. (( Quatre chocs dans un jour, et contre des troupes toujours fraîches, c'est assez, dit-il à ses soldats; couronnons notre victoire en nous montrant humains. »
On obéil à l'ordre du chef et les (Ihouans rejoignirent leur corps d'armée; mais Rochecotte , qui ne veut pas laisser Charette dans la position où le général vendéen se voit engagé, médite en sa faveur la possibilité d'une éclatante diversion.
Il espère soulever en même temps le Sancerrois, le Vendômois, la Touraine et l'Orléanais. C'était étendre à l'infini le cercle de la Vendée militaire, qui s'allâiblissail chaque jour, et forcer Hoche à renoncer aux poursuites jncessamment dirigées contre le dernier général du Bocage. Roche-
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colle accourt à Paris; il élecLrise Tagence royaliste. Le comte de fiésignan promet qu'il se rendra maître de la citadelle de Besançon. De Juglac doit avoir le commandement*
(lu Blaisois et de l'Orléanais, et le Xencur de la Touraine. Une insurrection aussi gigantesque, conçue en désespoir de cause, pouvait cependant réussir, nitMiie par les impossibilités matérielles dentelle était hérissée. La précipitation d'un émigré nommé Dupin , qui au mois de mars 1706 leva l'élendard et se mit à la tète des paysans de Chàteauroux avant l'heure fixée, fit échouer ce vaste plan. Dupin est battu. Le comte de MaroUes et plusieurs gentilshommes du pays faits pri.sonniers dans cette affaire furent jugés militairement et fusillés. Ils avaient accepté l'insurrection tentée par lefî paysans, on les accusa d'en être les instigateurs. Le chevalier Phélypeaux, camarade d'école de Bonaparte, qui n rassemblé deux mille Royalistes, envahitSancerre, dégarni de troupes ; mais les administrateurs de la Nièvre , de concert iivec les généraux Canuel et Desenfants , créent en peu de jours une résistance. Phélypeaux, que son ami Lusignan avait secondé, fut obligé de dissoudre ses rassemblements. 11 partit pour l'Egypte, où l'armée républicaine de Bonaparte le retrouva si malheureusement pour elle au ^iége de Saint- Jean d'Acre.
Celte diversion manquait donc au moment même où elle allait changer la face des choses. Stolllet et Charette étaient morts. 11 n'y avait plus de Vendée; Hoche voulut en dire autant de la Bretagne et du Maine. 11 reparut sur le théâtre de la Chouannerie. Dans un ordre du jour daté de Rennes , il annonçait aux nouvelles troupes que la paix avec les puissances étrangères ramenait des Pyrénées et du Nord au centre des pays insurgés :
<c Accourez , venez embrasser des frères dignes de vous , venez triompher avec eux; qti'une charge générale soit battue de r(3rnc au Finistère, de Nantes à (Iranville; que partout ces ignobles satellites du royalisme soudoyés par l'Angleterre, qui leur prodigue la fausse monnaie, disparaissent du sol de la République ou déposent leurs armes à vos pieds. »
Ensuite, s'adressanl aux Bretons, il leur faisait en ces termes l'éloge de la Vendée et de ses généraux : •
« 11 était aguerri aussi , ce peuple redoutable qui
vous donna Texempie de la révolte ; ses exploits étaient sans nombre; ses chefs, fameux dans l'Europe entière, sennblaient n'avoir qu*à ordonner la victoire; leurs armes, trempées mille fois dans le sang par la rage et le fanatisme , devaient relever le trône I Quelle a été Tissue de ces projets insensés « criminels? La mort, le désarmement, et en dernière analyse la soumission. La République organisée a jeté un regard sur cette partie de son territoire, le gouvernement a dit un mot: quatre mois d'hiver ont sutli pour terminer cette guerre. 0 habitants de ces contrées malheureuses I vous croyez-vous plus braves que ces Vendéens, dont le passage de la Loire seul aurait fait trembler tous autres qu'eux? Quels sont vos chefs? possèdent-ils les talents de d'£lbée, l'héroïsme de la Rochejaquelein , l'aménité de Bonchamps, le courage de^tolllet, Tactivité, les ruses et les connaissances locales de Gharette 7 Vous n'ôtes pas à moitié armés. Eh bien, en admettant que vous ayez des armes, des munitions, que vos chefs ne soient pas d'ignorants flibustiers, en admettant que votre valeur égale celle des Vendéens, pourquoi ne seriez -vous pas vaincus, désarmés comme eux? Prenez-y garde, mes légions approchent! hâtez l'instant du repentir. Propriétaires qui, par votre influence sur les campagnes, pouvez hâter le retour à l'ordre, quelle que soit d'ailleurs votre opinion politique, vous devez, ne fût-ce que par intérêt personnel, contribuer h arrêter le mal dans sa source. Et vous, jeunes citoyens, ([ue la nature destinait à être heureux par la simplicité, dont ragricullure devait être ja seule occupation, pourquoi vous ètes-vous armés contre nous? Sommes-nous vos ennemis, nous qui n'aspirons qu'à la paix ? Retournes à vos travaux champêtres, fuyez les combats où vous guident Tinexpérience et le fanatisme.... Vos frères de la Vendée sont maintenant tranquilles dans leurs foyers; après des combats sans nombre ils n'ont pas rougi de déposer leurs armes : ils s'en louent « puisque les lois^ contre lesqueUei^ Us éteieot «rmés
leur assurent paix , protection et liberté de culte. Voilà vos modèles : vous les avez suivis dans leurs erreurs , imitez-les dans leur repentir. »
Hoche a dicté des consèils à ses soldats et aux insurgés , le voilà qui ne les épargne pas au Directoire :
(( Je fais faire en ce moment, lui écrit-il de Vannes, une fouille générale dans le Morbihan, où de gros rassemblements ont eu lieu , et sur les cAtes duquel les Aillais ont fait des versements d*armes et de munitions. Je disais dernièrement au ministre de la guerre : On ne peut se dissimuler que la guerre des Chouans prend dans le Morbihan un caractère inquiétant. Nous la ferons; jenepuisdire nous la finirons... On guillotine des prêtres à Vannes tous les jours. Tous les j ours aussi les vieilles femmes et les jeunes garçons viennent tremper leurs mouchoirs dans le sang de ces malheureux, et bientôt ces monumenls d'horreur servent de drapeaux aux fanatiques habitants des campagnes, qui se font égorger alin craller plus vite en paradis. »
L'impression qui restait au général de ces boucheries était bien profonde pour qu'il s'exprimât ainsi; par un seul fait nous allons l'expliquer.
Taupin, valet de chambre d'Auguste Lemintier, évêque de Tréguier, fut un des modèles de fidélité domestique qui honorèrent cette classe' de serviteurs dont la Révolution seule put révéler avec éclat l'attachement sans bornes pour leurs maîtres. Afin de suivre le sien dans les misères de l'exil, Taupin laissait en France une femme jeune, belle, et plusieurs enfants en bas âge. Cbacua d'eux comprit sa mission. Le mari adoucissait par ses soins les malheurs de l'émigration, et servait les nombreuses correspondances de l'évêque avec son clergé. L'humble maison de madame Taupin devint le dépôt des communications du pasteur avec son troupeau , l'asile de tous les émigrés partant de France ou y revenant, le refuge des ecclésiastiques honorés du nom réfractaires:
Deux de ces infortunés, poursuivis comme criminels à cause de leurs vertus, se cachaient chez elle. Ils sont dénoncés par un Patriote de Guinganip nommé Chef-du-Bois .
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un de ces niveleurs de bas étage qui ne clemandeul que du sang, que de l'or, pour être plus tard libres et riches à leur manière. Chef-du-Bois s'est épris d'une violente passion pour la femme de Taupin, qui a résisté à ses séductions et à ses menaces. Dédaigné dans ses vœux , le Révolutionnaire a fait un effroyable calcul ; il guide lui-même un détachement de soldais et le citoyen vengeur du peuple, afin de vaincre la pudeur de madame Taupin. Une fouille fait découvrir chez elle les deux prêtres. Martyrs de la foi , leur charité leur inspire un subterfuge. Ils sont vélus en laïques , ils conseillent à madame Taupin de se mettre por un mensonge à l'abri des lois qui la punissent comme offrant asile à des prêtres catholiques. «Dites, lui répètent-ils, dites que vous nous avez pris pour des séculiers, dites-le pour conserver •une mère h vos enfants. Notre habit, en effet, aurait pu vous tromper, si vous ne nous aviez pas connus.
— A Dieu ne plaise, répond madame Taupin, que je conserve à mes enfants une mère qui donnerait l'exemple du mensonge! Citoyens, poursuit-elle en s'adressant aux Bleus , je connaissais ces messieurs pour de saints ecclésiastiques, et ma maison leur était ouverte comme à tous ceux qui leur ressemblent. »
Cette déclaration suflit pour affirmer son crime ; elle est menée au district de Lannion avec ses pieux complices. i( N'ai-je pas ma récompense en ce monde? disait-elle; plus heureuse que tant d'autres, je pourrai me confesser avant de mourir ! »
Les abbés Legall et Lugeat sont jugés à mort comme prêtres réfractaires, et exécutés à Lannion. Pour madame
Taupin, le martyre doit être pltis long; c'est à Tréguier qu'elle a osé se révolter contre les lois de la République, c'est là qu'elle doit être punie révolutionnairement.
Attachée sur un cheval au milieu du détachement, ma* dame Taupin suit la guillotine couverte du sang des deux, prêtres. Bientôt le funèbre cortège s'arrête. A une petite distance de Tréguier, une modeste auberge, tenue par le père de l'abbé Lugeat, suggère aux Républicains l'idée de ce qu'ils appellent une halte patriotique. La guillotine, fu-
D£ LA Y£r«0££ MiLlTAlR£. 4 17
manie encore du sang de son (Ils « e5t déposée à la porte du
malheureux vieillard. Il faut qu'il serve à boire au bourreau, à Ghef-du-Hois et à ses satellites; il faut qu'il soit témoin de leur orgie, qu'il entende leurs cris de Vive la République I donl le supplice de son enfant a été accompagné. 03 n'est pas le seul que le vieillard aura à pleurer. Un autre de ses lils devient fou à ce spectacle.
Pendant celte scène d'horreur madame Taupin est toujours garrottée sur son cheval , seule et en face de la guillotine qui l'attend ; celte agonie dure plus d'une heure. Ses épreuves ne s'arrêtent point là. Une tardive compassion émeut ses bourreaux : « Songez à vos enfants, lui disent-ils, jurez fidélité à la Hépublique, et vous êtes sauvée. — Jamais! répond-elle. — Vous éles donc une mère dénaturée I Vos . enfants mourront de faim; ils seront orphelins, puisque leur père émigré ne peut rentrer en France. — Mes enfants, riposte-t-elle , ont un père dans le ciel , à qui je les recommande. Je meurs pour la Religion : Dieu ne les abandonnera pas 1 »
Elle est au pied de Téchafaud, et il faut encore lutter. Des Patriotes ont placé ses enfants à une fenêtre; on les lui
montre en répétant : « Criez Vive la République! et vous ne mourrez pas. — Vive le Roi ! » coniinue l'héroïque victime. Sa tête tombe en présence de ses orphelins.
Taupin apprend au delà des mers cette mort, dont la Bretagne célèbre encore la sainteté; il jure de la venger. Taupin n'avait jamais failli à un serment; il revient dans les Côtes-du-Nord et se fait Chouan. Quelques semaines après il avait pris toutes ses précautions, et, par une nuit obscure, il pénétrait dans le château que Cbef-du-Bois avait accordé à son amour de Tégaltté. L'assassin dormait sur le lit d'une de ses dernières victimes, lorsque le bras d'un homme écarte violemment les rideaux de soie qui protègent son sommeil. Chef-du-Bois se réveille en sursaut.
— Me reconnais- tu? dit le Chouan. Je suis Taupin. Tu as fait périr ma femme ; mais l'heure de la vengeance a sonné !
Chef-du-Bois veut saisir ses pistolets. Us ont disparu , et