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TaupîD , appuyant soq bras de fer sar cette poitrine haie* tante, agite un poignard.
^ Grâce, pitié, au iioin du ciel ! s'écrie le Rcvolulionnaire.
— rsion , réplique Taupio , tu n'as pas eu pilié d'une pauvre femme.
— Grftcel reprenait encore Chef-du-Bois, j'ai deé en- . fants ; ils sont innocents dn mal que je t'ai fait
— Non, disait le Chouan ; j'avais des enfants aussi, moi, tu les a vus, et ils n'oiu pu t'empécher d'égorger leur mère.
— Grâce I répétait l'un; ce château, les terres qui en dépendent « tout est à toi.
— Non , s'écriait l'autre , je ne dois'pas entrer en possession des biens que tu as volés. Être riche /pour toi, c'est un opprobre ; je ne veux pas le partager. Je n'exige qu'uoe chose, et tu es libre.
— Quoi donc? balbutie Ghef-du-Boîs étouffé sous le poignard de Taupin.
— Ma femme! répond le Chouan.
— C'est mou arrêt de mort que tu prononces, s'écrie Je Révolutionnaire. - .
Au même instant il expirait sans convulsion, sans agonie; Taupin lui avait percé le cœur.
Cet épisode, un des mille remplis de saisissant intérêt que Ton pourrait extraire des annales ignorées de la Chouannerie, révèle une situation exceptionnelle, et qui n'avait échappé ni à la sagacité plumitive du général Hoche, ni aux calculs militaires du général Cadoudal. C'était de la guerre civile individuelle, de la vengeance transformée en acte de vertu, de la justice suppléant au mutisme de la loi et se faisant loi elle-même. Dans l'esprit de Hoche, il fallait comprimer cette exaltation d'équité qui a le droit de frapper partout ; car le nf)mbre des coupables est infini. Le général avait k sa disposition mille moyens avoués ou réprouvés par la morale ; il se. jeta dans une espèce de juste milieu.
« Six cent mille Français, écrivait-il au Directoire le l*' germinal an iv (21 mars 1706) , n'ont-ils pas déjà péri dans la Vendée ? Veut-on encore du sang ? Il est temps de fermer cette plaie profonde. Je déclare que je saurai iuar-
cher eotre les rigueurs extrêmes et la faiblesse pemiciease,
que je soumettrai les insurgés en les désarmant, et qa<i
j'épargnerai le sang humain en poursuivant ieurs chefs à outrance. »
Cette dernière menaoe, que Hoche a réalisée, avait pour but de persuader à la France que la Vendée et la Bretagne
ne s'étaient soulevées que dans l'intérêt et à la voix des genlilshomnies. La Hévulution croyait utile à sa cause d'expliquer ainsi le mouvement national de l'Ouest et de dépopulariser à Tavanoe celte manifestation de tout un peuple se levant pour conserver son Dieu, son Roi, et les lois qui avaient pendant des siècles assuré le bonheur et la gloire de la patrie commune. On oflrit aux habitants des campagnes tout ce qu'ils pouvaient désirer; on n'accorda aux gentilshommes que la mort ou Texil. Dans cette inégalité de conditions, les nobles (tarent les mieux partagés. La plupart n'avaient pris les armes que lorsqu'ils y furent contraints par les pavsans. Peu, très-peu cédèrent à ce mou- ' veinent par calcul ou par ambition; ils ne commandèrent que lorsque les insurgés sentirent le besoin d'avoir à leur tête des officiers instruits : il était donc du devoir de Thistorien impartial de relever cette erreur volontaire, que le général républicain a tant contribué k accréditer alin de flatter les préjugés ou les haines populaires.
Poisaye saisissait bien dans leur ensemble les difficultés momentanées qui s'élevaient contre l'idée de perpétuer la guerre en Bretagne. Il sentait que les propositions de paix faites par Hoche étaient un pis-aller qu'il serait impossible de refuser raisonnablement. Il s'avouait tout cela; mais« fourvoyé dans le labyrinthe de la politique anglaise, il tor- ' lurait la vérité pour servir les calculs du cabinet de Sainttemes. Les troupes royales n'avaient ni argent, ni munitions, ni vivres même; à la longue le pay3 s'était épuisé. Ce n'était plus comme au temps où Charles de Bois-Uardy , dans ses cantonnements de Lamballe , arrêtait un trooj^u de bœufs destiné à la marine de Brest, remettait un nufcooduit aux soldats chargés d'escorter ce convoi, et leur (Usait : t Passez, messieurs, passez sans crainte ; la Répu-
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blique est pauvre , elle a plus besoin de ces bœufs que les Chouans. » D'un c6té les Anglais déclaraient, dans le message de Sa Majesté Britannique au Parlement, que le Directoire leur paraissait assez stable pour qu'on pût traiter avec lui, et de l'autre ils ne voulaient pas laisser à la France le droit de cicatriser ses plaies.
Ils n'étaient point les adversaires de la République ou les amis de la Vendée ; ils étaient les ennemis de la France. La France pour eux devenait une rivale qu'ils occupaient et étouffaient au milieu des angoisses de la guerre civile. Puisaye, dans les intérêts mal entendus de la Monarchie, et n'osant pa^ céder par amour-propre à Tentraînement instinctif de haine que les hommes de l'Ouest ne se donnaient pas la peine de cacher pour l'Anglais, eut le malheur de se prêter à cette politique. Dès qu'il vit Hoçhc parler de paix, et Cadoudal disposé par nécessité à en accepter les clauses, il adressa au cabinet de Londres plusieurs dépêches, aGn de hâter les subsides toujours promis, et toujours retardés sous les plus frivoles prétextes ; Botherel fut son envoyé. Bourmont accepta la même mission de la part de Scepeadx, et il s'adjoignit, en qualité d'auxiliaires, le marquis de la Féronnière, de la Garde, et les chevaliers de Verdun et de Payen. Cette ambassade partit de Bretagne le 31 décembre 1795.
Le ministère anglais devait quelque reconnaissance au comte de Puisaye. 11 paya ses services en promesses, et par des subsides il acquitta ceux qu'il pouvait encore attendre
du général. Trent(^. mille livres sterling par mois furent mises à sa disposition afin d'exécuter le plan d'insurreclion auquel Pitt et Windham avaient adhéré. Ce plan, dans la pensée de Puisaye ^ consistait à tenir sôus les armes cinq cents hommes de chaque division , à réunir en commun et sous une même direction toutes leS actions séparées, à occuper sans cesse l'ennemi et h être prêt à marcher au secours des armées menacées par des forces trop. supérieures. Les envoyés avaient rempli leur mission auprès des ministres anglais : le lendemain ils prirent la route d'Édimbourg ; ils allaient expliquer leur mission au comte d'Artois.
DK IiA VENDÉE MILITAIRE. M
Le prince les accueillit avec graliUido; il proposa d'interposer son autoriié enlre Cadoudal et Puisaye. De nouvelles dépêches de la part do ce dernier, plus pressantes qae les .précédentes , forcèrent Botherel à retourner a Londres. Il avait au moins le droit d'espérer qu'après ses déclarations les trente mille livres sterliiii^ que rAnglelcrre s'obligeait à payer à l'armée de Bretagne avaient été adressées à Puisaye. Ces subsides n'étaient point partis de Londres. Le ministère hésitait ; par Prigent et par ses autres espions il savait la position des Royalistes, et il désirait ne leur prêter qu'à usure. Il laissa cependant nommer le comte de Moustier commissaire général du Roi dans les départements in- . surgés; mais, pensant que ce choix pouvait déjouer ses projets et irriter Tamour-propre de Puisaye, il retint Moustier à Londres sous différents prétextes, et mit à la mer pour la côte de Bretagne deux frégates chargées de munitions. Des lenteurs interminables paralysèrent encore cette apparence de bonne volonté. AlorSt pour faire patienter la détresse des Royalistes, le comte Armand de Sérent, adjudant général de Monsieur, s'embarqua à Southampton, le 15 mars 1796, avec son frère Bernardin et le comte fidonard de iMoustier, fils du nouveau commissaire générai. Bourmonl, Briqueville, Botherel, la Féronnière, Suzannet, d'Argens, Hippolyte de Piré, Bellegarde, Henri de la Rocbe-Saint-André, Verdun, Armand de Beauniont, Kersabiec, de Saint-Pern, de Mesnard, de Mouillebert, Payen, de Rochemur, de Melon, de Montalembert et d'autres gentilshommes, prennent passage sur le lougre la Daphné et sur quatre embarcations qui se partagent en deux convois. Le 16 mars, à deux heures du matin , Armand de Sérent touchait terre à la baie de Gancale.
Il avait trente-trois ans et donnait de hautes espérances à son parti. La mission apparente dont il s'était chargé en cachait une autre plus décisive et qui ne devait pas plaire au
cabinet anglais. En passant à Jersey, où la Fruglaie ne se / rencontrait point par malheur, le prétendu prince de Bouillon lui imposa Prigent comme guide et comme Mentor. D'autres relations inédites que nous avons sous les yeux, et TOM. m. 24
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principalement celle du général de la Boëssière, disent que c était un nommé Gouin qui fut chargé d'accompagner Sérent. A peine débarqués, ces gentilshommes se voient entourés d'ennemis : ils font fausse route dans les environs de Saint* Melloire. Cependant ils se dirigeaient déjà vers Lillemer lors(|u'iLs sont assaillis parplusieursdétachements républicain^ cachés dans les marais de Dol. ils échappent à cette première colonne. Tout à coup ils se voient débordés à droite , enveloppés à gauche par deux autres encore plds nombreuses. Les Révolutionnaires font feu. l.es Royalistes se défendent. TuHin de la Rouerie et Pinto meurent au premier rang. Tous vont périr; mais la rivière de Biais-Jong, entre Bonnaban et la Fresnaye, s'offre à leurs regards. Botherel, Bourmont, Susannet, Piré, Montalembert et treize officiers la traversent h la nage. D'autres échappent à la mort en se jetant dans des sentiers étroits et coupés de fossés; ils vont être cernés, lorsque Saussé-Duval, ancien domestique de la Rouerie, se place à la tête du pont que les Bleus s'apprêtent à franchir. Cet homme , dont le nom et la valeur sont célèbres dans les arrondissements de Fougères et de Saint-Malo, et que le comte d'Artois, à Édimbourg, reçut chevalier de Saint-Louis , ne se laisse point intimider par le feu de l'eonemL Armé d'une carabine à trois charges de poudre, et secondé par son frère, aussi habile tireur que lui, il met hors de romhal dix Républicains. A cette adresse, à ce sanj;froid que les balles patriotes ne peuvent pas troubler, les autres rétrogradent peu à peu , et au nombre de plus de trois cents, ils n'osent affronter qu'à une respectueuse distance le feu incessant qui les décime. Quand les Duval virent leurs amis en sûreté et le passage libre , ils se retirèreiiL à leur tour.
Méanmoins Prigent ne s'est point séparé de Sérent, qui a sur lui les dépêches secrètes. L'émissaire du cabinet anglais
et de la Révolution voit ce gentilhomme épuisé de fatigue el dans rim|)ossibililé de suivre ses compagnons ; il l'entraîne piès du moulin de Blanc-Énai. Sérent est entouré par les Bleus. Couvert de blessures et sentant approcher sa dernière heure « il fait un effort et avale les dépêches dont il est por-
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leur. La Féronnièra , Madec et le chirorgien Langloîi périssent le même jour.
Le lougre Sea-Floor, qui élait le second convoi, fut jeté au Clos-Poulet. Le chevalier Pioger Saint-Preux, l'un des blessés de Qaiberon, commandait les émigrés à bord. On voyait parmi ei^ de la Tullaîe, Grand-ioiiCf Mafeontiay et la Coudraie, qui furent pris et fasillés par les Bleus en mettant le pied sur la rive droite de la Loire; trois frères du nom de Margadel, Grellier du Fougeroux, de Rangot, Bucbel, de Vareilles, de Kermartin, Regnon de Cbaligoyf Poulain de b Vincendiàre« des RochetteSt le jeonè Ddpaty^ Golbert de Maatevrier, le chevalier de Vérins, Bedeau de rÉcorchère, Prosper et Kdouard de ^apinaud, qui apportaient au général leur frère de magnifiques armes offertes par le roi d'Angleterre. Ce convoi n'avait pas de traîtres à sa enite, il arriva presque sans péril aoi avaat-posies des divisions de Boisguy, de la Vieuvilteel de la Baronnais. Botherel les rejoignait en même lemp». Il Jit pai l à Puisaye des projets et des promesses de l'Anglelerre, il lui remit quatre mille cinq cents livres sterling en billets de banque; puis, à l'aide de ces subsides insiiffisnnt»4 et dont où ne trouvait le change qu'en lee renvoyant à Londres « le général espéra faire recommencer les hostilités.
Les expéditions de Q^ib^ron et de l'île Dieu venaient d'échoner : il en rêva une troisième qui devait s'emparer de SaintrMalOf de Cbàteaoneuf et de ChàteaiHRicher. tt in-> voqua le concem du comte de Staremh!$rgy ceM éa aaari|w» de SpÎDola, ambassadeurs de Vienne ël de Gène» la cour de Londres , et il leur écrivit :
« Malgré des malheurs partiels, l'insurrection s'accroît mx extrémités de l'Empire. Paris est agité, et la France, en Mojvirilé Foyalisie, verra changer la scène de Révol^^ » 10 avril 1796, Gollin de laContrie, membre és conseil ée Bretagne , part du «château de la Feltière muni des pleins pwivoirs du général pour le cabinet de J^ondres. Après avoir assuré ses commuoications avec le gowesnement britannicpw, Fuisaye enjetnt » ses divisions de fr&v^qp&r ^fêtuàtàjtéq»ei|t.!es Bleue.