‹ Histoire de la Vendʹee militaireChapitre 13 sur 25 · H1ST01R · texte numérisé non relu

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D'Andigoé, sans attendre ces iostructions, avait, deux semaines auparavant, obtenu de réels succès en Anjou. La

colunne républicaine de Segré voulait s'emparer du village de Sainte-Gemme. D'Andigné ose défendre le passage de la Versée : il se mainlient pendant trente-six heures à ce poste. Une autre troupe républicaine passe T Argos. Turpin , Sans- Peur, Mesnard et d*Avoisne accourent avec neuf cents Royalistes pour protéger leurs amis. Au premier feu ces insurgés lâchent pied. Resté avec cent hommes, d'Andigné tient ferme. Peu de jours après avoir formé deux compagnies de chasseurs d'élite, il s'embusquait sur le passage du général Henry, qui, nommé de la veille à ce grade, allait s'établir à Segré. Il escortait un convoi de munitions avec deux cents soldats. Pris de front par les Chasseurs et en tlanc par les Chouans, les Bleus se débandent. Henry met pied à terre à l'entrée du bourg d'Andigné, il rallie les siens, il leur offre l'exemple du courage , mais inutilement; il est blessé à mort, et le convoi reste au pouvoir des Blancs. A quatre jours d'intervalle, le château de la Perrière, près de Genné, était témoin d'une autre rencontre. Huit cents Républicains, comniandés par le générai Baillot, cernent le château : ils sont encore défaits. Leur frayeur est si profonde que d'Andigné, entré seul dans la cour d'une métairie où ils se trouvaient au nombre de deux cents,. les met en déroute en donnant des ordres à une colonne qui ne le suivait pas , et qu'une ruse de guerre lui fait improviser. Dans la lande de la Croix-Couverte, sur la route du Tremblay à Candé, un • bataillon de Belges armés de carabines à deux coups est • écrasé par les Chouans, qui le lendemain» toujours avec d'Andig^,. attaquaient quinze' cents hommes du général d'Halencourt Cette suite non interrompue de succès servait à entretenir les espérances de Puisaye et à lui en faire rêver de plus décisifs.

La division de la Guerche, dirigée pat la Haie Saint-Hilaire, et celle de Vitré, qui voit à sa téte le vieux Couesbouc, préludent par des escarmouches heureuses à cette campagne impossible. D'autres engagements avaient lieu le 21 et le 22 avril près d'Ernée et de Savigné, entre les Chouans et le général '

D£ LA YëXDÊË M1L;ïA1R£. 425

Walrin. Da côté de Savenay, dans la Loire-Inférieure, les

mêmes symptômes d'insurrection se manifestaient. Guillaume de FranGheville, ancien officier de la marine royale, avait, d'accord avec de Silz et la Bourdonnaie-Coëtcandec, arboré, dès le mois de mars 1793, le drapeau blanc dans les cam- * pagnes du Morbihan. Le général Beysser les a battus près de •sselin, et Francheville s'est retiré vers Savenay. Là il parvint à former une petite division qui en 1796 acquérait une véritable importance, lorsqu'il fui tué dans une rencontre, en se dévouant pour sauver ses compagnons.

Cependant Hoche avait fait envahir par des troupes nombreuses le territoire.de Scepeaux. Le général de la rive droite était dans le Maine : il arrive avec le comte de Châlillon. Tous deux marchent h l'attaque du bourg d'Auvernet, où un corps républicain a établi un camp afm d'intercepter les communications des insurgés. Le 26 avril Scepeaux enlève ce ^amp à la baïonnette. Son aide de camp Lamoricière poursuit l'ennemi. Chàtillon triomphe des Bleus au château de Beauchene, où Siochan de Kersabiec fut grièvement blessé; puis à la tète d'une forte colonne de Chouans, il s'avance vers quatre mille Patriotes sortis d'Angers pour battre le pays. Chàtillon est en face de troupes réglée^; il. est midi : tous les désavantages sont de son côté. Il attaque néanmoins, et jusqu'à la nuit il sait si bien manœuvrer et se tenir en ligne que les Patriotes se replient sur Angers. A Saint-Sulpice, non loin d'Ancenis, un nouveau choc a Heu. Les Blancs, qui ne se voient pas en nombre, commencent à . s'égailler. Ils ont dans leurs rangs vingt-deux officiers débarqués du Sea-Floor au Clos-Poulet. Ces émigrés se forment en carré, et ils marchent si Gravement à l'ennemi qu'ils le forcent de reculer. Des Rocbettes et Buchet périssent dans la mêlée ; des Touches , Rangot , Vareille et quelques autres sont bleî^s ; mais leur intrépidité avait prés^é d'un échec la division à laquelle ils appartenaient.

Les débarquements successifs, qui facilitaient les bonnes dispositions prises sur la côte de Normandie par le général Louis de Frotté, lui avaient fourni des soldats, des officiers et des munitions. Il fut bientôt entouré de son père ,

q^if ven^Mjl sf^y.wk la Clause royale. ^i,guali^ vj^lpalaire ,

diîwGh^^bray, Toades mieux faisants .dê,Quiberon,' du bàroo'

de Goniarque, de Lamberviile, de Williamson, de laNoë» de Duhafnel, deCarville, de Girard, de laPotherie, deBreil, 4es deux Marguerie. de.Labesse^ d'Uugop-, de BriquevUle, dfii^pÎQis-Taquet, de Mafjpa dç Nauvriç, ^ biaiidat ef de Qrudacd,, tQUs,aus^ intrépides et ^.presque , aussi bdljan^^ que ces deux derniers gentilshQinmes, modèles aes partisans pleios d'honneur etdei^aieLé. Ce fut après plusieurs engageinenl^s sans impprtai^c^. q^e , ,pressé pai' Mandat et Bruslard , FroUé se d^da à cul>)uter ,uax9fps républicain aux ordres du g^éral Larue» qui de finc^pray allait 9 Oomfrbnii . Lc^ 91iaqc3 étaient ^i^j nom|)r^ de deux mille, les tteqs ausî^i,., Frotté s'embusque à Perriaux, tandis que son autre c<)l<)noe va par un détour couper la retraite aux Patriotes. li^A$.«a^i 1 7,96 ,rac)^n s'j^gage à SaiiiJ^-Cormier. Marguerie, le Grif^Dt lippousse^l/avapt-garde f^évQlutiôo- Qalre» .UrM^ vçui la soutenir : Frotté sort de son embuscade, tait une première décliarge et fond sur rennemi baïonnette en avant. Les Bleus sont rotnpus : ils se dispersent, et laissent quatre cents. morts sur le terrain. , . „ / , . r fieflSfde f)fiUQivicU>ii:e , f r5tt4,et sçs pffiçjçrs« cbajqt^ûs joiir ^n.JkiU4e à délations, livrept aiux oi^mmissiops mi|îtaires plup (}e soijfantei faux Royalistes qui dénonçaient au profitdê la République. Ils sont mis à mort, et Mandat, qui a encore battu les Natipnaux près dç Vire, se trouve le 26 mai 1796 eu face de ^ix <^Qtdi9reoddiers de la garpison d'Ayr^nches. Us çfipèrait Je- surprendre eotrê; Tallçveqder. èt Brécey. fi' Tmi mieupc, s*écrie Mandat Qu'ils viennent, nous leur ft^c>ns voir qui nous sommes! » Les grenadiers avancent bravement. Mandat Iqs charge à la baïonnette dans le champ de Tracy. Son second, l'intrépide Moulin^ les attaque par prière. Leur chef de bataillon périt d^s la mêlée;, et, {Iprès avoir perdu plus de la moitié des leurs , les Nationaux prennent la fuite. A Saint-Sever, Duhamel met en déroute les Bleus, au. nombre de plus de mille. La Potherie est tué* aux environs de Vire ; mais il ineurt au milieu de sa victoire

DE LA YENbÉE BfâlTAIRE. W

sdfMe g^feràl Mignotle. Trois jours après, Girard, avec sa colonne royaliste, passait sur le corps une division républicain^ ; et Hingant de Saint-Maur; en poussant des reçois nalsâàAices jùsqâli Pdissy , inqtiiétaitsérietmekttentlés aj^piroC vyfoiiTiéménts de Paris.

A ces iioLivellos, Hoche fait partir pour la basse Norman^ die des troupes plus heureuses ou mieux aguerries; et il mandé au général Uumesnil d'entrer en pourparlers avèe F^rotté. DuDolésnil lai écrivait da château de Goaterne; son; quartier général :

« Votre vœu, votre opinion et votre reddition ne seront point gônés, car je vous olîre l'avantage de la paix sur votreparole d'honneur. )>

Ces potirparlers étalent sans résttltats déterminants; chacun) • cofiiiidtlait encore; liièis, ainM ((iie les*Vë/idéeris, il y avÀiU. beaucoup de Chouans qui, se livrant à une sécurité trompeuse, négli,2^eaient de placer des sentinelles pour veiller au salut commun. Les fileus profitaient de cette incurie, et changeaient prompteiUent' eh revers^ des surprises quë lë^ (^récautibiis les plu^ simples aiiiraief^t épat^nées. FiH>tté était) parvenu à leur fairé saisir la nécessité des gardes avancées; c'était même un de ses moyens de succès. Cependant vers la fm de mai 1796 cette brillante campagne se termine par un échec. Lé cointé d*Albas arrivait avec trois centàChboatis sut petilte cônimûi^te dé Buais, èt 9 éëiblissait sott camp atf rtibulin de Gilaux. tés itisurgés^ répandent dans les haàieaux voisins pour revoir leurs parents et leurs amis. En Bretagne, ainsi que dans le Maine, cette habitude de se ré-

iVartir dans lés Vitlagès èt dans les ferthes et de s'isoler aa M dë tàitë cèïïtfe foùmcisisdcit thàqvtë jôur xm strjef dé rencontres tah^ftt fâftales Blâtncs , tarrtôt fcrnesfes aux Bleds. Des traits d'une audace inouïè se passaient ainsi en dehors des deux armées. Quelques heures après les colonnes mobiles patriotes de Gorron, de Fougerolles et de Landivy, avëhies i)ar deë èspions ; discouraient vers ce cainp où ne se ifouvjiënt (juedës btatiei*S iàtà ^vûè. t^colbhneseemetit le tîîOullH. D'Albas se décide a vendre chèrement sa vie. Ses coiii^àgnôhs, restés autour dé lui, partagent sa résolu-

lion :*ils marchent bravement à Tennemi. Le combat dura longtemps ; mais , accablés par le nombre , les Blancs meurent sans songer à se rendre. D'Albas est tué à leur tête.

Pour couronner leur victoire, les Bleus massacrent le meunier de Gilaux et jettent son corps en lambeaux sous la meule du moulin.

Au bruit de la mousqueterie, les Chouans dispersés se sont ralliés sur un coteau voisin. L'ennemi n'osa les en débusquer : l'ennemi avait fait son coup, et il refusait la bataille.

Vers les premiers jours de juin la division de Boisguy, qui avait encore eu plusieurs heureuses rencontres avec les Bleus à Valennes, à Saint- James, à Piré, à Toucheneau et à Vitré, et qui dans ces engagements avait vu se distinguer Boishamon» Pontbriand, les deux Chabert, gentilshommes ^ du Languedoc ; Couesbouc , les deux Lépinais , Cintré, Piquet- * Carré, Genoaeil, Halrand, Allaire, Blondiau et Verron, était témoin d*un trait de mœurs qui peint la loyauté des Chouans. Hubert venait, au milieu d'une affaire, de se porter sur le Bois-Trudan. Un sergent républicain est fait prisonnier. 11 commandait le poste de garde à l'entrée du bourg, et il l'avait abandonné pour courir les aventures. Ce sergent veut sauver sa vie : il offre à Hubert de lui livrer le mot d'ordre; il lui conseille de laisser en arrière la moitié de son détachement et d'avancer avec le reste tambour en tête. Au quivive de la sentinelle , Hubert répond : « Garde nationale d'Amandis, » et il passe. Un des soldats aperçoit la cocarde blanche des Bretons et s'écrie : a Le sergent nous a trahis. » 11 fait feu. Le poste est massacré. Les Royalistes avaient promis la vie sauve au Révolutionnaire, ils tinrent parole; mais lorsque cet homme voulut s'incorporer dans use de leurs ' divisions, toutes le repoussèrent avec mépris : c'était un traître.

Le 18 juin 1796, débarrassé du brave commandant républicain Joré, qui, après lui avoir longtemps tenu tête, vient de périr à l'affaire du Rocher de Malnoê, Boisguy couronnait dignement sa campagne. Ce jour-là il bivouaquait à Romagné, attendant des nouvelles d'un convoi de cent barils

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de poudre que Saussé-Duval était allé reconnaître sur les frontières de la Bretagne. Il fallait le faire entrer dans le pays insurgé pour le distribuer aux capitaines de paroisse. Boisguy part. Il sait bientôt que les Bretons ont eux-mêmes transporté ces munitions sur les différents points où elles étaient nécessaires : le but de sa marche était rempli. Alors le général se dirige sur Saint-Christophe et laisse Bonteville au village de Vendelles. A peine arrive-t-il à une demi-lieue en avant de Saint-Christophe qu'il aperçoit un corps de huit cents Républicains. Saint-Gilles et Danguet, à la tête des Normands, tournent l'ennemi. Son centre est assailli par Boisguy, qu'entoure la colonne royaliste si connue dans la Chouannerie sous le nom de la Brutale. Les Nationaux étaient * les plus nombreux. Us font bonne contenance ; mais Saint- Gilles, qui a exécuté son mouvement, menace de leur couper la retraite. Il les prend en flanc et décide le chef des . Bleus à se replier. Le désordre se met dans leurs rangs. Ils sont poursuivis par Saint-Gilles jusqu'au bourgade Saint- Hilaire, qui était assez bien fortiûé. Puisaye avait rejoint pondant l'action la colonne normande et il s'était mis à. la poursuite des ennemis, qui voiexït rentrer avec eux dans Saint-Uilaire les Royalistes vainqueurs. L'attaque de ce bourg n*est pas dans les plans de Boisguy ; mais , en apprenant que déjà la moitié était* au pouvoir des siens , le général prdonne d'enlever l'autre partie. Les Bleus défendirent le terrain pied à pied. Tout à coup une nouvelle troupe , forte de douze cents hommes et guidée par le général Labarolière, arrive sur ce champ de bataille improvisé. La colonne normande plie. Puisaye fuit en l'entraînant sur ses pas. Saint- Gilles blesse à la tête le général Labarolière. Au même instant une balle casse.le bras du Chouan. Boisguy dëscend de cheval, il y place son compagnon d'armes ; et, n'ayant plus que huit ou neuf cents hommes, il cherche a mettre quelque régularité dans sa retraite. Toujours à pied, toujours impas' sible, toujours tenant en respect les patriotes, il touche à la lande de Landeumont, où il a enjoint à Bonteville de s'embusquer dès le commencement de Taffaire. Bonteville était la providence des arrière-gardes décidant du sort de la

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journée. Il a obéi. A ceUe nouvelle Boisguy envoie bouvières se reformer derrière la division de Bonteville et rallier les

Normands, r.ouvières traverse au pas de course la lande de Laïuioumont, il suit à la lettre les insiructions qu'il a reçues; et, tandis que daoâ son embuscade Boaleville alleud les Bleus, que Boisguy, en égaillant ses gars, s*est chargé de lui amener, ce dernier, ^vec trois compagnies de la BrutaU^ manœuvre si habilement que tantôt il fait téte aux Républi* cains, tantôt il fuit devant eux, et qu'ainsi il (init par les attirer dans le piège. Quand Bonteville les voit à portée de pistolet, il ordonne une déchai^ générale. Ses douze cents Chouans font feu. Aussitôt Ghalus s'élance à la baîoonetie sur les Républicains. Boisguy reparaît avec les Blancs de Lou\ières, et attaque la gauche dos Bleus. Celait le troisième combat de la journée. Les insurgés veulent en faire une éclatante victoire, labaroiiàre sent qu'il lui est iinpo&sQ>le de tenir. Son sang ooule, et cependant au milieu du feu il ne se déconceite point. Il n'en est pas ainsi de set soldats : ils avaif^it perdu plus de six cent cinquante hommes; et, dé( (nra!;us et atterrés, ils se débandaient. Au bout (Y une tieure de résistance, LAbarolière se vil forcé d'aller cherciier «n refuge dans le tKMirg de Saiai-Hitaîre.

A la mfim époc)ue k peu près Georges Gadoodal était assailli par une coloona républicaine au mon>ent oo il conférait avec quelques-uns de ses chefs de division. Un prêtre IkuyuMné l^ooieiiaclk veut donner au générai te temps de se smW; il sait que la mort est le prix d'ooi paieil dévouemeut, n se laisse aiféler poartaHaL On te mène d'Auray à Lodeet, m il doit êlfe guillotiné. Maïs Georges a sotipconné la sçénéreuse conduite du Brelan : il ne tant pas qu'il en soit vicliiiie ; et, à La tête d'un détachement^ le général marche tes seUbb qfà escortaient LûneMseh. ^rges les met M déffouàe, teur eolèverte prisonnier; puis, à peine déb- Xfé : « Veia& êtes. Mes haa, noasiew CadAuéil, d'avoir son*îé au pauvre vicaire, disait Lomenech. Je ne faisais que mon, d^voii\ et \Quty liinuc'ie^ pas dû e^^pioser vqtire vie pour

Ces coiiitolBparUds.ui'efloayaieQtpoi^ tegiMfai iiodie::

DIS LA VtKDËE MlUTAlRE. t5l

Il avait plus de cinquante mille hommes d'excellentes troupes sous son drapeau, et il no se dissimulait plus que dans un temps prochain il serait vainqueur. La paix était dans ses vues ; mais les Révolutionnaires de l'Ouest ne partageaient pas ses ambitieuses pensées d'indulgence. Plusieurs officiers même le secondaient peu activement, et il est curieux de l'entendre reprocher au général Colle, commandant du Morbihan , d'anéantir ses circulaires piicificatrices :

<i La proclamation d'amnistie, lui écrivait-il, n'est pas plus connue dans le Morbihan que Tavis que J'ai publié « que Tordre imprimé du 13 ventôse, que celui du 16 germinal.

Je vous invite h me dire le mot de cette énignie. Si la République paye des frais d'impression, c'est sans doute pour faire connaître les intentions du gouvernement. Je crois que vos bureaux ne sont pas trop de cet avis. Je vous prie d'exa* . miner si on n'alljime pas le feu des cheminées permanentes de rétat-major avec les impressions qui devaient être répandues dans les campagnes; au demeurant, celle division est dans le plus grand désordre. »

Dans le but de percer ce mystère, il arrive lui-même au centre de l'insurrection ; et, avec le général Auguste Mermet, il marche vers les landes de Loudéac et de Locminé. 11 a cinq cents hommes d'escorte; mais, à l'extrémité d'un village, le 3 mai 1796, il est pourchassé par quelques Chouans que commande Lantivy <lu Reste. Dans la mêlée, un Royaliste s'approche du général républicain; il l'ajuste, il va frapper, lorsque Mermet détourne le coup. Lantivy est cerné dans un champ garni de fossés ; toute retraite est impossible. Ce dernier, qui n'a autour de lui que cinq ou six hommes, se défend en désespéré ; il étend mort à ses pieds un chasseur qui s'avance pour le saisir. Un autre, nommé ChoUeau , le prend par derrière , le terrasse, le tue, et Hoche continue sa route. 11 n'ignorait point que l'Angleterre n'enverrait pas de subsides aux Royalistes, et, par des lettres interceptées, il savait à quoi s'en tenir sur leur position. Une seule de ces lettres suffira pour la faire apprécier :

< L'armée <te Scepeaux va assez bien, écrivait k sa femme le comte de Marconnay quelques jours avant de tomber au

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pouvoir des Bleus; mais, de toi à moi, il y a bien loio de l'état où elle est à celui où j'espérais la trouver. U ne faudrait que de l'argent pour la mettre sur un pied très-respectable; mais Targent manque, et cela est i^énéral chez tout le munde. Pour mon compte, je n'ai pas un sou; je suis tout nu; mais j'aurais des monts d'or, que je ne voudrais que ce que j*ai sur moi : car lorsqu'il est impossible de s'endormir sans crainte d'être pris la nuit, et que, lorsqu'il * y a un combat, ce qui arrive fréquemment, on ne sait jamais où on ira , il est impossible d'avoir des bagages. »

Une année auparavant, Hoche avait eu recours à la vicomtesse de Turpin pour traiter de la paciûcation avec les Blancs; une seconde fois il en appela à la vertu de cette Vendéenne. Le k mai 1796, elle avait une entrevue avec le général Baillot; elle voyait Hoche lui-même, qui, sous la promesse des chefs insurgés de mettre bas leurs armes, offrait des conditions tolérabjes. Puisaye ne voulait pas entendre parler de paix , ou tout au moins il espérait en discuter les clauses, ainsi que Charette l'avait fait à la Jaunais, et il écrivait à Chàtillon, président du conseil de l'Anjou :

« Je sens, mon cher ami , (iuelle est votre position. Votre âme et celle de votre général me sont trop connues pour ne pas deviner tous les détails et toutes les circonstances qui vous pressent en ce moment. Votre seule ressource est dé chercher à gagner du temps. Encore une fois, gagnez du temps; le parti royaliste est un, comme le Roi pour lequel il combat; une portion ne peut pas traiter sans l'autre. Qulls vous prouvent qu'ils sont de bonne foi en facilitant entre nous les communications qu'ils ont si grand soin de couper. Vous avez mille moyens de différer ; un mois encore, et la France est sauvée. Qui mieux que vous, mon cher ami, sait qu'une mort glorieuse est préférable à une paix déshonorante ? »

Pressés par les événements, et surtout par les exécutions que les généraux républicains avaient autorisées , de

Scepeaux et Châlillon prirent l'initiative. Ils firent leur soumission, et, le 31 mai 1796 (12 prairial au iv). Hoche l'annonça par l'ordre du jour suivant :

DE hA VENDÉE MlUTAIRE. 438

« L'année des côtes de rOcéan est instruite que le chef de Chouans Scepeaux et le parti nombreux qu'il commandait dans les départements de la Mayenne, de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, ont rendu les armes à la République , en promettant de vivre sous ses lois.

» Les officiers généraux et les commandants d'arrondissemenl veilleront, sous leur responsabilité, à ce que chaque commune remette exactement ses armes. Ils accueilleront avec la dignité et Taménité qui conviennent à des Républicains les hommes qui se soumettront, et ils marcheront avec autant de vigueur contre les paroisses ou contre les particuliers qui rccalcilreraicnt encore. »

A cette pièce ollicielle est jointe ua bulletin décadaire qui forme un contraste tout révolutiomiaire avec elle. On v lit:

« Entre les soixante ou soixante-dix émigrés ou chefs de Chouans qui ont été fusillés dans cette période (du 20 au' oO floréal an iv), on distingue particulièrement les nommés Marconnay, la Jaille, Vasselot,. Vaugiraud, Montmuron, Duhautois, Roilly, Courageux. Le nommé la Garde, envoyé par Bernier en Angleterre , poursuivi de très-près sur les côtes du Morbihan, s'est défait d'une correspondance remarquable par l'impudence de ses auteurs et les mensonges qu'ils font pour se procurer de Tor des trop crédules Anglais. Nous n'avons pas été peu émerveillé de la gracieuse manière dont un nommé d'Auticfiamp rend compte des opérations de son armée, qui a battu ces coquins de Bleus, et des besoins qu'il éprouve. Bernier, le cafard liernier, part euUa; plus adroit que d'autres, il emporte la santé, pour deux cent mille livres de lettres de change et le reste des fonds de l'armée catholique. Bon voyage ! »

C'était une cruelle ironie mêlée au sang des infortunés qui tombaient dans les pièges tendus sous leurs pas et à des calomnies que le général Hoche aurait dû interdire à sa probité. Le général Travot , dont le camp était alors à Lohéac en Bretagne, donnait, le 16 juin 1796, exemple bien différent. Apuril avait rëçu commission pour traiter de la paix avec l'adversaire des Vendéens, et, d'après le rapport

TOH. 111. 25

de Tofficier breton, Travot se montra plein de courtoisie et de bienveillance. Autant qu'il était en son pouvoir, il étendit

les clauses favorables aux Royalistes, et il ne sortit jamais de sa boucbe que des éloges pour la bravoure des Blancs. Il rendit même plus d'un service aux émigrés , dont la position était toujours plus difficile que celle des Chouans. Après avoir obtenu la soumission de Tannée de Scepeaux, il ne restait plus à la République qu'à se concerter avec Cadoudal. Les généraux Quentin et Mermet entrèrent en pourparlers avec lui ; mais Georges , accompagné de d'Allègre et de Sol de Grisolles, discutait les propositions. Les Républicains Unirent par demander à leur général des instructions dcûnilives. I loche répondit :

u Le retour de la tranquillité dans le Morbihan aura lieu de deux manières : la première à employer afin d'éviter reffusion du sang est la persuasion ; la seconde est la force. Au moyen de la première , en profitant de la clémence na-tionale, les chefs du parti chouan qui n'ont point émigré peuvent rentrer dans le sein de la République et de leurs propriétés :

» 1"*' En se soumettant aux lois de la R^ublique , en déposant leurs armes et en remettant les munitions qu'ils peuvent avoir ;

D 2'' £n faisant déposer les mêmes armes et munitions par chacune de leurs divisions ou par les paroisses qui les composent ;

» 3" En rendant les déserteurs désarmés. (Ceux-ci sont tenus de servir; les jeunes gens de la réquisition resteront chez eux pour la culture des terres).

' » Si Ton est contraint, d'employer la force, comme dans . la Vendée de Charette, les chefs périront, ou au moins aucun d'eux ne sera mis on liberté, bien ({iril se soumette. Le sort de Scepeaux, de d'Autichamp, atlejid ceux qui, de bonne foi, viendront se rallier aux Français, leurs frères.

» Les émigrés sortiront sur-le-champ du territoire de là République ; on leur en fournira les moyens. Le gouvernement, rip;ido observateur de ses pt'omesses, laisse partir Bernidt, Bourmonl et quatre de ses compagnons, alors que

iMontjean , Grand-Jonc et antres sont mis eu jugement après avoir été pris par nos troupes.

» La cwsUtution tolère les cultes et leurs ministres lorsque ceux-ci n'ont pas quitté le sol de la République et qu'ils prêchent la paix et le respect pour les lois et le gouverne- • aient. » ,

La paix fut signée, et, le 3 messidor an iv (21 juin 17%), • le général Uocbe adressait au IMrecloire exécutif cette dépêche :

« Je vous annonce que les chefs des Chouans du déparleinent du Morbihan ont fait leur soumission aux lois de la République , et qu'à leur exemple les habitants des campagnes déposent les armes qu'ils avaient reçues du gouvernemenl ennemi. »

Les divisions de la Cuerche, de Vitré, de Fougères, de Rennes, de Montfort et de H:\in suivent l'exemple de Cadoudal, et, comme lui, ne livrent que des canons dont il est impossible de se servir, que trûje mille neuf cents fusils de chasse «1 mauvais état, des barils de poudre et de cartouches avariées. Ces divisions conservent par devers elles leur artillerie et leurs munitions, bien déterminées^ à ks employer à la première circonstance favorable.

L'armée royale retourne dans ses foyers, mais Georges a dit un mot ; chaque soldat emporte avec lui son fusil , il le garde même en labourant son champ, floche fait publier « que trente francs seront remis à ceux qui livreront une arme. L'appât du gain ne lui réussit pas mieux que la menace : il ne put jamais trouver un paysan qui se laissât tenter. Cependant, afin d'éviter les embûches dont il savait être environné , Georges eut soin dans le traité de se soustraire à toute surveillance ; il lit même garantir par un article la sécurité de ses réfractaires.

. Cette force morale , qu'il exerçait avec un si souverain empire, lui donna sur les familles un ascendant dont il sut prohler pour inlerdire les mariages, afin d'avoir à sa disposition la jeunesse bretonne. Son inûuencesur le pays insurgé tenait du prodige, et, chose plus extraordinaire encore! le temps , les revers et l'absence ne l'ont jamais aCfoiUie. Après

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cette pacilicalion , qui no fuL pas même une suspension d'armes. Georj^es, toujours occupé de ressusciter la guerre, se relire à Locoal, presqu'île située sur la rivière d'Ftel, entre LorieDt« Quiberon et Auray. De ce lieu coupé par différents bras de mer, il veille à ce qui se passe, il est en garde contre les surprises. Ces précautions étaient si nécessaires, que, malgré la foi des traités, Locoal, que les Bretons avaient surnommé l'île Fortunée, parce qu'ils n'y avaient jamais éprouvé de malheurs, est cerné par trois détachements arrivés de trois points difiérents. Georges les aperçoit, Georges en est aperçu ; il s'échappe sor des bateaux qu'il a su se réserver en cas de besoin.

Cadoudal avait refusé de prêter l'oreille aux arrangements particuliers que les Républicains semblaient lui oiïnr pour lui et pour ses officiers. Frotté en lit autant; il laissa le vicomte de Chambray continuer et signer les négociations; puis il passa secrètement en Angleterre, en établissant toutefois deux points de correspondance, l'un par Gran ville, l'autre par les îles Saint-Marcouf.

Chambray était alors le personnage le plus en vue dans ces contrées; il jouissait d'une légitime influence. Pourtant, malgré son grade de colonel avant la Révolution , il avait refusé toute espèce de commandement. Par une abnégation que l'histoire ne doit pas oublier, il s'était même enrôlé comme simple soldat dans la compagnie de Chapelle-Biche, et chaque jour il était exposé aux mêmes périls que ses camarades. C'était un homme de quarante ans à peu près, d'une santé délicate, d'un courage calme et froid, et qui

« avait dans le pays insurgé sa femme, ses quatre enfants et toute sa fortune. Aucune de ces . considérations n'avait pu l'empêcher d'accomplir ses devoirs de gentilhomme, il n'ac-

' cepla point de grades militaires ; cependant l'armée entière ne voulut pas se priver de son expérience, et il fut choisi, par elle comme président du conseil de Normandie. Les chefs royalistes signèrent la paix avec le général Dumesnil ; cette paix ne garantissait la vie et la liberté qu'aux insurgés de l'intérieur. Chambray et les autres énâigrés qui la faisaient comme Chouans en étaient exçlus en leur qua-

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lité d'émigrés. Ils furent obligés de se cacher, et de mener

(l'asile en asile, de forêt en forêL, une existence féconde en périls et en privations.

RocUecotie traita à son tour, mais à contre-cœur; et au lieu de s'expatrier, il préféra sa vie de Chouan, remplie d'agitations et de dangers, à un exil offrant au moins une entière sécurité. Les anciens soldais de Jean Gottereau et de Jambe-d'Argent avaient perdu la plupart de leurs chefs. Lecomte, chef de la division de Graoa, avait été trahi, fait • prisonnier et fusillé. Delière , successeur de Jean Chouan , était mort dans une escarmouche. Jean le Dauphin , qui , pour venger sa famille cruellement assassinée par les Bleus au château de la Hutonnière, avait déserté l'armée républicaine, Jeau le Dauphin quittait ses cantonoements aiin de ne pas être un obstacle au traité. Les Manceaux subirent donc la paix, qui n'était ni dans leurs vœux ni dans leur caractère.

L'Ille-et- Vilaine et les Côtes-du-Nord , où Puisaye exerçait une autorité moins contestée que dans le reste de la Bretagne , reculèrent plus longtemps l'heure de la pacitication. Le chevalier de la Vieuville en commandait la division la plus importante. Par Dinan et le Clos-Poulet , cette division tenait la clef des communications avec l'Angleterre. Puisaye ne prétendait renoncer| qu'en désespoir de cause à cette alliance, qui Tavait si souvent trompé , et à laquelle il croyait encore. La Vieuville battait la côte en tout sens, aûn de couvrir des débarquements que le cabinet de Londres envoyait comme une aumône, tandis que Largentois et Plancouet, ses lieutenants, occupaient les Bleus dans l'intérieur des terres. Mais Hoche, débarrassé des armées de la rive droite et du Morbihan, ne devait pas laisser la Vieuville et le comte de Puisaye triompher de leur obstination sans résultat.

ICe dernier, toujours souple, toujours insidieux, jamais en défaut, éludait, par des propositions adroitement calculées, la nécessité qui le pressait. Hoche est témoin de ces réticences captieuses ; il prescrit à Hédouville, son chef d'écatmajort de mettre à Tordre un avis tendant à prévenir l'année et les Chouans « des ténébreuses manœuvres de Puisaye. Le général en chef, ajoutait Hédouville, connaît, suit et

4lt HISTOIRE

déjoae depuis longtemps les afflneax projetas de œt âgrat

de TAngleterre ; il recommande à ses frères d'armes l'exécution littérale de l'arrêté du Directoire relatif ati désarmemeat »

Les menaces n'avaient pas plus fait que les prières pour décider Puisaye et la Vieuville. Injonction est adressée au

général Rey de marcher à ia rencontre de ces deux chefs. Rey se met en campagne; le 4 juillut 1796, il bat la Vieuville au pont de Becherel. 11 le poursuit et le force près d'Évr<Hi« au château de Tourdelain ; il l'attaque le lendemain dans le château de la Uoussaie , que la Vieuville est encore forcé d'évacuer ; puis, accompagné de Bernardin de Sérent, l'ancien capitaine des gardes-françaises essaye de retourner vers la côte de Saint-Malo. Tous deux traversaient la forêt de Villequartier lorsqu'ils tombent dans une embuscade. Ils n'avaient avec eux que vingt-trois hommes. Ils se défendirent avec un entrain digne de leur nom ; mais , frappé d'une balle dans la poitrine, la Vieuville meurt. fiernarcÙn d,e Sérent est massacré à ses côtés.

Les contemporains ont souvent adressé des reproches à la mémoire du premier de ces gentilshommes, beau, brave, mais présomptueux, disent-ils, et passant presque toutes les nuits à jouer. La conliauce que Puisaye avait en lui a élé parfois aussi contre la Vieuville un sujet d'amères incriminations. Il est mort avec coqrage. Nous croyons qu'il faut beaucoup pardonner à ceux qui se font ainsi tuer.

Pour servir les projets de résistance de Puisaye il ne restait plus que du Boisguy et Chalus, l'un remarquable par son audace, l'autre par une prudence qui n'excluail jamais l'intrépidité. Le général (iencil se met à leur poursuite. Le 7 juillet 1796, à Saint-Ouen-de-la-Rouërie, il atteint du Boisguy , qui , se retournant comme un lion forcé dans son antre, contraint les Bleus à reculer ; mais à quatre jours de là, le 11 juillet, du Boisguy s'égare au milieu du régiment des chasseurs de la Montagne , près du village de Mdnlouren-Coglais. Il n'a autour de lui que smxante Chouans. Les Républicains les cernent ; ils font feu. Boisguy et François Poirier, (\{xe les Royalistes ont surnommé le capitaine Sans-

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Chagrin, rompent, le sabre à la main, les rangs ennemis.

Un large fossé les arrête. Le cheval de Boisgny hésite. Poirier met pied à terre, et tandis que Boisguy s'élançait au gatôp dans une autre direction, Pdfirier était entouré de Républicains. « Qui es-tu ? lui demande-t-^on. — Le général Aimé Piquet du Boisguy , répondit-il ; cet homme qui . s'échappe est mon domesLi([ue. » Ce sublime artihce sauve la vie du général; mais Poirier est trahié au bourg de Goglais, où les Bleus le fusilièrent. Des fêles patriotiques sont ordonnées à Fougères pour célébrer la mort du hardi partisan. Boisguy, délivré par le dévouement du capitaine Sans-Cliai;nn, signa neuf jours après la paix avec Gencil, et il reparut à Fouc^èros lorsque dans le temple de la Raison de cette ville les Patriotes achevaient de se réjouir de son trépas.

Chalus fut le dernier à déposer les armes. Il ne se résigna

à entendre parler de traité de paix avec la République que si on assurait à sa division les honneurs de la guerre. Il les obtint, et, malgré les prières de Gencil, il ne spéciûa que cela, se bornant à suivre en tout et pour tout l'exemple de fidélité et de désintéressement que Gadoudal, Frotté, Boisguy et Scepeaux lui avaient légué.

Cette paix, tant désirée par le Directoire et par le général Hoche, était enfin signée. Les provinces de l'Ouest l'avaient acceptée. Ëlles s'y soumettaient ; mais le général Hédouville, chef d'état-major de Hoche, va nous révéler comment les nationaux entendaient celte pacification et de quelle manière ils l'appliquaient :

« J'ai lu avec bien de l'intérêt, écrit-il le 26 messidor an iv (14 juillet 1796), à Bancelin, président du directoire de Segré , vos réflexions sur l'esprit des habitants des campa* gnes : je les vois comme vous vaincus et non persuadés. Ce n'est qu'avec la plus active surveillance, de la sévérité mêlée à propos d'indulgence, et par une conduite égale, qui ne tienne rien de l'arbitraire, que les autorités civiles et militaires parviendront à leur inspirer de la confiance dans le gouvernement, et à leur faire chérir un ordre de choses qu'ils trouveraient le seul convenable s'ils pouvaient rai-

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sonner. Au surplus, la tranquillité presque miraculeuse qui - se rétablit partout doit leur faire oqvrir les yeux , et les

convaincre qu'ils ne peuvent éviter les maux dont tous ont été si longtemps victimes qu'en se soumettant aux lois. ))

Le 29 messidor an iv» Uédouville adressait à Baaceiia cette seconde lettre :

« Je pense avec vous qu'un des grands moyens de contenir les habitants de vos plus mauvaises communes est de les réduire à leur strict nécessaire, pour qu'elles ne puissent pas protéger les Chouans et favoriser leurs rassemblements. Je sens toutefois qu'un moyen qui serait infaillible, si nous pouvions le joindre aux autres, est la discipline de nos troupes; mais quelques exemples sévères que l'on fasse, quelque fermes et même inflexibles que soient les chefs, nous ne pouvons venir à bout d'arrêter le pillage. J'en gémis plus que je ne puis vous le rendre. Puisse le meilleur traitement des officiers et des soldats rendre les premiers plus surveillants, plus fermes, et les autres moins pillards. ))

C'est à ce vœu qu'en est réduit sous le coup même de la paix le chef d'état-major du général qui a promis sécurité et tranquillité aux paysans. N'y a-t-il pas dans ces épanchements d'Hédouville on nouveau texte de guerre civile, et

les Révolutionnaires oseront-ils encore, dans des allégations menteuses, dénaturer la vérité et forcer Thistoire à la caiomnie ?

Le Directoire résolut de témoigner sa satisfaction ao général Hoche : il prit, le 15 juillet i796, un arrêté par lequel

il décernait au pacificateur de l'Ouest, h titre de récompense nationale, deux des plus beaux chevaux des dépôts de la guerre, avec leurs harnais, et une paire de pistolets de la manufacture de Versailles. Ces dons , tout militaires qu'ils étaient, ne valaient pas la simple couronne de cbéne des Romains.

Les armées de l'Ouest, des côtes de Brest et de Cherbourg furent déclarées avoir bien mérité de la patrie. Mais, pour entrer jusqu'au fond de l'esprit et du caractère de- Hoche, il nous reste à publier un fragment du compte rendu

de ses opérations que dans le rnâme . temps il adressait au Directoire :

« Puisaye , y lit-on, n'est pas parti et ne veut pas partir ; mais ses projets me sont connus ainsi que ceux de tous les chefs chouanesques. J'ai établi autour d'eux tous des espions dont ils ne peuvent se méiier : ce sont des femmes, des enfants, et principalement des mendiants. Salus patrim suprema Ux. Je suis leurs traces à la piste, et d'un moment à l'autre je suis ^n mesure de frapper. Les généraux de l'armée et les chefs cantonnés dans les endroits les plus suspects ont de leur côté établi des troupes de conlre-Ckouans qui parcourent les bouigs et les villages en foulant des cocardes blanches à leurs pieds et en criant : Vive la République! Leur leçon est faite; ils ont ordre de paralyser toute reprise d'armes, et surtout, par cette comédie patriotique, d'amener des défections, il y en a môme qui vont plus loin. Aux endurcis qui ne veulent pour Roi que le ci-devant comte de Provence, on propose le fils du duc d'Orléans -Égalité comme moyen de transaction entre la République et le trône. Ce dernier moyen me répugne, quoique je le juge bon k semer la zizanie parmi ces hommes féroces, qui ont par leurs brigandages fait Unt de mal à la patrie. »

Quelques années plus tard, un enfant de la Révolution comme Hoche, un général comme lui , mais plus grand que lui, se trouvait en contact avec les Royalistes de la Vendée, de la Bretagne et de TAnjou. C'était Napoléon Bonaparte devenu empereur; Napoléon, qui en 1796, rappelé de Tarmée des Alpes pour passer à celle de l'Ouest , avait refusé ce commandement. Plus prévoyant que Hoche, et ne voulant point mêler son nom à des attentats contre les Français, il avait déclaré en recevant cet ordre « qu'il donnerait sa démission plutôt que de faire un service dans lequel, d'après les impulsions du temps, il n'aurait pu concourir qu'à du mal sans pouvoir personnellement prétendre à laucun bien » .

Et dans un de ses bulletins consignés au Moniteur dQ 1809, on lit encore :

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« L'Empei-eur a ifeiiebbiré dàns sà Itiaréhe lés gardes nationales de l'Ouest; il les a passées en revue.. « Montrezt » leura-t-il dit, de qin)i sont capables les hommes de l'Ouest. ♦) Ils furent de tout temps les défenseurs de leur pays et les h plus fermes appuis de la Monarchie. »

La vie privée des personnages historiques n'appartient et ne peut appartenir à l'histoire que dans le cas seulement où il est impossible d'expliquer certains actes publics autre- . ment qu'en pénélranl dans ce sanctuaire inviolable. Ne jamais soulever le voile des scandales intimes est un devoir de riionnéle homme ; quand ces scandales pour ainsi dire officiels exercent une influence quelconque sur les événements politiques, .l'historien est ibrcé de les rappeler. Dans la vie du t^^énéral Hoche, nous découvrons une explication toute naturelle de celte déplorable lettre.

Hoche, jeune homme de vingt-sept à vingt -huit ans, élevé subitemeut au sommet des grandeurs , beau , victorieux et envié, avait d'ardentes passions qu'un mariage d'amonr n'avait pu calmer. Dans sa position de proconsul militaire, il n'abusa jamais de son autorité pour se créer un ..sérail ; mais peu à peu il forma autour de lui un cercle de jeunes fémmes Qui, passant sans transition des mœurs voluptueuses de Versailles aux orgies du Directoire , exercèrent sur son cœur un ascendant funeste. Leurs entretiens, leur éducation, la noblesse de leur origine et de leurs manières , leur amour surtout flattaient sa vauité plébéienne. ' Au milieu de ces trois OU quatre courtisanes, que la peilr de réchafaud d'abord, que le plaisir ensuite, que l'intrigue toujours attachaient à son étal-major, se distinguait la vicomtesse de... Son mari, émigré et proscrit à ce titre, commandait une des colonnes royalistes de Quiberon; il échappa au désastre, mais il ne put échapper aux dénonciations de sa misérable épouse, qui le livra au tribunal révolutionnaire et le fit périr. «

Grande dame par la naissance et par l'esprit, elle avait pris sur le général Hoche un empire si absolu, qu'il ne voyait que par ses yeux, et qu'elle seule gouvernait l'armée, ^n inconduite la déshonorait dans sa famille et dans son

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ancieii parti ; elle ch(nx:ba k se venger de sa honte en accablant la Bretagne de ses colères; et plus d'une fois, au # milieu de l'ivresse des fêtes que le Marc-Antoine républicain oiïrait a une de ses Cléopâtres, elle sut arracher des ordres barbares* souvent môme des condamnations à mort

A cette époque d'immoralités conventionnelles et directoriales, où la soif du sarig avait fait place à une ardente convoitise du plaisir, Hoche, en proie à des passions trop vives, ne sut pas résister assez énergiquement aux séductions dont )a vicomtesse de... l'entourait. 11 se laissa aller pour elle à bien des excès; il commit de grandes fautes politiques, et la dépêche citée plus haut en sera la preuve. C'est à ses instigations qu'il l'écrivit, c'est à sa prière qu'il donna force de loi à l'espionnage et à la délation. Q^ielque indulgents que soient les hommes dans un certain cercle de vices , faut-il bien pourtant les amener à flétrir les cruautés nées de la faiblesse des sens! Elles sont les plus blâmables, car elles ne peuvent jamais avoir l'excuse de l'exaltation politique.

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