‹ Histoire de la Vendʹee militaireChapitre 2 sur 25 · H1ST01I · texte numérisé non relu

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deux courtines qui font face à la ville soient démolies , en rappelant qu'une fois déjà, en 1590 , un gouverneur nommé DesfoDtaines, avec deux cent cinquante hommes de garnison, essaya de rançonner les habitants; ce qu'il eût fait si cinquante Malouins audacieux n'étaient parvenus à escalader la tour de la générale. C'est d'ailleurs dans l enceinte de cette bastille que se dressa l'échafaud de la Chalotais et de ses compagnons. >i

Le grand procès dont ces pages révèlent l'origine se vidait à l'Assemblée nationale. La no])lesse avait dans une seule nuit abdiqué ses privilèges. Elle avait cédé à l'entraînement, lorsqu'elle aurait dû ne faire que de la politique ; ^ et le Parlement de BreUgne, si rétif aux vœux du Roi, si acerbe dans ses remontrances, allait , lui aussi , expirer sous un décret législatif.

Par lettres patentes du 3 novembre 1789, il fut enjoint aux Parlements du Royaume d'avoir à enregistrer les lois votées par l'Assemblée nationale. Celui de Rennes était en vacances ; le président de la Houssaie siégeait seul avec une chambre de vacations. Sous le prétexte que ses pouvoirs n'existaient plus parce que le Parlement aurait dû faire sa^ rentrée le 17 octobre, il refusa d'enregistrer ces lettres patentes. On blessait au cœur la Révolution. La Révolution, par la bouche des Patriotes de toutes les villes de Bretagne, dénonça le Parlement h l'Assemblée nationale elle-même. Le 15 décembre 1789, l'affaire y fut évoquée; et le 8 jan- . vier 1790 la Houssaie et dix conseillers comparurent devant les Constituants. Ce fut une discussion solennelle. Alors on savait élargir les questions, et d'une affaire presque individuelle faire un attentat contre la Nation. Le Chapelier^ Defermon et Lanjuinais, avocats bretons; Mirabeau, Robespierre, Camus, Barnave et Barère, se prononcèrent avec une véhémente logique contre les Parlements, que d'Esprémesnil , Cazalès et l'abbé Maury défendirent avec énergie. Le Parlement se vit condamné à l'Assemblée nationale. A

Rennes, sa mémoire fut vouée à l'exécration publique par le

comité des jeunes Patriotes qui naguère étaient les séides enthousiastes de ce Parlement. Victor Moreau les inspirait.

Ce vétéran des écoles, qui, depuis sept ans, n*a pas encore eu le temps de se faire recevoir avocat, mais qui, par l'aménité de ses manières, par son courage et par sa^errfiet**, a su se créer une clientèle de tous ses compagnons d'étude, se lève de son fauteuil de président, et, au milieu des malédictions qui retentissent, il s'écrie: « Puisse le Parlement ne jamais oublier que la volonté diî peuple est iniprescriptible. Qu'ils soient citoyens, et nous leur panlonnerons! »

Le pardon de ces jeunes gens constitués en tribunal sans appel, et jouant à la dignité tribunitienne, fut le coup de grâce de cette cour souveraine*

La Noblesse et le Parlement s'effaçaient de la lutte comme ^ands corps de l'État; ils pouvaient y rentrer avec l'influence personnelle accordée à chacun de leurs membres; mais ils ne devaient plus prétendre à une action dirigeante. Restait le Clergé, qui, dans les derniers conflits précurseurs de la tempête, avait gardé une sage neutralité. Sa position en Bretagne était plus indépendante que dans les autres provinces de France. Il était pieux , riche et aimé. Il avait à sa tête des prélats qui ne s'effrayaient point du bruit, et qui, quoique dévoués à la France , n'étaient nullement disposés à se prêter à une parodie de sacrifices dont, en résultat, les principes révolutionnaires seuls profitaient.

Les vœux monastiques étaient su])primés; on avait autorisé la vente des biens ecclésiastiques déclarés propriétés nationales par une loi qui sanclionnait le vol. Pourtant le . clergé s'était tenu dans une réserve pleine de convenance. On ne s'en prenait qu'à sa fortune; il n'a pas cherché à faire de cette spoliation un sujet de révolte. Le patriotisme des avocats et des tribuns ambitieux insultait chaque jour la noblesse et le clergé. Mille écrits incendiaires circulaient dans les campagnes ; l'évéque de Tréguier, ceux de Saint- Pol , de Rennes , de Vannes et de Quimper y répondirent avec modération. Pour se décider, tous attendaient la promulgation de la Constitution civile du clergé. Le 24 août 1790, le Roi, après une longue opposition, fut forcé de signer des lettres patentes qui accordaient force de loi au décret rendu le 12 juillet. Le Clergé, fidèle à ses devoirs et à ses

serments, était malgré lui mis en hostilité avec TAssemblée nationale. On voulait vaincre les répugnances fort légitimes qu'if éprouvait à accepter des mains de l'impiété ou de rindifférence une nouvelle loi brisant les liens de l'ancienne hiérarchie et de la subordination cléricale. Afin d*apaiser ses scrupufes , on menaçait le Clergé de Texil ou de la mort ; on le dépouillait de ses biens , lui propriétaire ♦ au moins au même titre que le reste des Français ; on le con- ' traigaait par toutes les tortures morales à s'enfoncer dans la voie d^innovations et de réformes qu'ouvraient les Jansénistes et les philosophes de TAssemblée constituante. Ces promoteurs de la firatemité humaine inauguraient le bavardage légal ; quatre années plus tard la Révolution remplaça la tribune par l'échafaud.

Dans certaines provinces , les prêtres se laissèrent imposer le martyre : en Bretagne ils ne reculèrent pas devant .la persécution, ils la bravèrent même; mais ils surent, et c'était un devoir, prémunir leurs troupeaux contre l'épidémie. Ce fut l'évêqae de Quimper, Conen de Saint-Luc, qui offrit l'exemple de la résistance. Il gisait sur un lit, dans les souffrances de l'agonie. Le débat engagé entre la pensée religieuse et la légalité brutale lui rendit sa vieille énergie. Malgré la notification qui lui fut faite, le 26 septembre, de la Constilution civile du clergé, il nomma à la cure vacante de Kerfeantun, et devant son chapitre réuni autour de lui, il pressa ses vicaires généraux de protester. La protestation fut rédigée et adressée à l'Assemblée nationale ; en voici quelques extraits :

(( La sévârité de vos ordres, y lit-on, suffit pour justifier les réclamations que faisaienl, il y a près de deux ans, les prélats et les chapitres de la province de Bretagne ; ils semblaient prévoir dès lors les malheurs qu'allait entraîner une convocation faite d'après les principes républicains d'un ministre protestant, et précédé de cris populaires et tumultueux qui appelaient l'anarchie sous le nom séducteur de la liberté.

» En cédant à la force, à ce pouvoir, — disent-ils plus loin, -7 qui brise tout et ne respecte rien, nous protestons

DE LA VKM0£E militaire. S7

baotement contra rinpoasibiUté absolue où vouai nous mettes

de satisfaire k nos obligations les plus indispensables; nous déclarons* que nous n'y renoncions pas, et que nous ne faisons que les suspendre jusqu'à ce que des temps plus heureux nous en permettent le libre exercice.

» Noos vous le déclarons donc, messieurs , les décrets de rassemblée nationale ne peuvent rien innover dans l'exercice de la juridiction ecclésiastique; elfe ne peut ni ôter ni donner le pouvoir spirituel. Les nouveaux vicaires que vous voulez instituer ne pourraient sans crime s'ingérer dans le gouvernement du diocèse, n'ayant pas une institution canonique spéciale pour cette importante administration. »

Conen de Saint«Luc mourut quatre jours après, le SO septembre 1790. Les scellés furent immédiatement apposés sur les titres de Févêché; puis les autorités locales, aux termes de la nouvelle constitution , convoquèrent les électeurs pour nommer un autre évôque. Le chapitre demanda des prières en faveur du prélat mort, et dans ce mandement U traça aux fidèles la conduite qu'ils devaient tenir. Cet écrit fut censuré par la liberté. La libei Lc lit défendre de le lire et de le laisser circuler. C'était ainsi qu^ Uéjù elle entepdait l'égalité des droits.

La persécution est en vigueur dans l'ancien diocèse de Coraouailles; elle ne tardera pas à s'étendre plus loin. Un décret de TAssemblée nationale a supprimé révêché de Saint-Pol de Léon. Son titulaire était le comte de la Marche, qui avant de se consacrer à Dieu avait servi la France dans les années. La Marche est un Breton selon toute Tacception du mot. Il refuse d'ot)éir aux injonctions du district de Morlaix, qui lui notifie la constitution civile du*clergé. Le chapitre se prononce dans le même sens. On enjoint d'apposer les scellés sur les archives du diocèse. Les autorités civiles de Saint-Pol de Léon refusent se charger de cette misiHon, qui, disent-elles, blesse leurs principes religieux. Les clubs des villes voisines annoncent que les Patriotes; sont prêts à se mettre en route pour faire le siège de Saint-Pol. Sur divers poinLs la résistance du clergé s'organisait on môme temps; mais sur tous les points aussi l'action des

clubs se faisait sentir, ôi elle était la plus forte, car partout elle procédait, au nom de la liberté, par la menace et par la violence.

Les hommes modérés que leur position, oa des rêves d'amélioration sociale avaient mêlés au mouvement révolu- . tionnaire ne désiraient pas voir la force trancher ces graves

questions de conscience. On allait procéder à l'élection des nouveaux évôques. D'honorables citoyens, de sages administrateurs pressent les anciens titulaires de conserver leurs fonctions en se soumettant à la formule du serment exigé par le décret du 2& août 1790. Tous les prélats refusent. Les nominations se font au milieu des invectives les plus ridiculement scandaleuses. A Quimper, le curé Expilly succède à Conen de Saint-Luc. A Nantes, Minée, curé de Saint- Denis, est élu à la place de la Laurencie; et, transmettant ce choix à l'Assemblée nationale, le citoyen Goustard, président de l'élection, écrivait : « Nous avons élu pour évêque du département de la Loire- Inférieure Julien Minée, ce curé citoyen qui a signalé son patriotisme dès l'aurore de notre liberté. Le premier curé qui s'est montré patriote était destiné sans doute à être le pasteur, du département qui le premièr a réclamé les droits de l'homme. »

Trois ans ne s'écouleront pas, et cet évêque, que la Révo- ' lution ofTre comme un Vincent de Paul constitutionnel, abdiquera entre les mains de CSarrier ses fonctions sacerdotales,

et il se placera à la tête des noyeurs de la Loire pour montrer au peuple de quoi est capable un mauvais prêtre.

L'abbé Lecoz , nationalement appelé à révêché d'Ule-et- Vilaine, était un homme plus instruit, plus modéré et plus digne de Tépiscopat que la plupart de ces misérables nommés sous l'influence des clubs. Une correspondance s'établit entre lui et l'évôque de Rennes, Bareau de Girac, resté fidùle à l'Église. Cette correspondance, qui prenait la question à son véritable point de vue, et qui posait nettement les deux principes, jproduisit en Bretagne un effet électrique. Les populations des campagnes se prononcèrent avec entraînement pour leur véritable pasteur. L'abbé Lecoz , à son grand re-

gret, n'eut pour lui que ceux qui se servaient de sa science pour arriver à la destruction de tout culte.

On le voit , les esprits étaient divisés , les passons surexcitées. La crise, préparée de longoe main par d'ambitieuses cupidités, par le désir de niveler ce qui était nu-dessus de soi, et par cette impatience de tout frein qui, à des époques indéterminées, s'empare des volontés humaines, la crise était venue. Nous avons expliqué succinctement de quelle * manière les partis entendaient l'application des mots de liberté, d'ordre et d'égalité dont ils se faisaient un palladium afm d'attirer dans leur mouvement les populations que ces mots magiques devaient soulever. 11, reste à faire connaître l'impression qu'ils produisirent en Bretagne lorsque la Révolution lui apprit avec quelle partialité elle entendait les commenter.

Sur cette vieille terre d'Armorique si souvent arrosée du san^ de ses enfants, et où, à diverses époques, les guerres civiles eurent un retentissement si fatal, il existait, en dehors de la noblesse et de la bourgeoisie acharnées l'une contre l'autre, une classe plus nombreuse, plus active, et fidèle,, par sa nature même et par la simplicité de ses mœurs , aux principes que la Révolution sapait jusqu'en leurs fondements. Cette classe n'avait aucun privilège à défendre. Dans la lutte engagée, elle pouvait même rencontrer des avantages matériels; n'était-elle pas la plus redoutée par le • nombre? N'avait-elle pas des souffrances beaucoup plus réelles à jeter dans la balance que la bourgeoisie? Néanmoins , lorsque la Révolution, les mains pleines de bienfaits suborneurs, s'offrit au peuple des campagnes, elle le trouva calme et résigné , sans autre désir que celui de cultiver en paix ses champs , sans autce ambition que celle d'avoir des prêtres selon son cœur.

Ce peuple, il faut l'avouer, ignorait bien des choses de la terre. Par ses mœurs, par son langage, par son costume, par sop opiniâtreté proverbiale, par ses traditions surtout , il différait de la plèbe des villes, que le luxe et de vagues désirs de propriété avaient commencé à corrompre. Ces Bretons, aux longs cheveux plats, au vêtement sauvage, étaient .

endurcis aux fotigins et k riptempérie des saisons. Au fond de leurs habitations malsaines , mais qu'il est impossible de

leur faire quitter, ils ne vivaient que de laitage, que de fruits cuits et d'une bouillie épaisse de sarrasin. Engourdis sous * m ciel humide, ils cherchaient parfois daos des excès d'eaude-vie les sensations d'au plaisir grossier; mais ils q'entendaient rien à tons les dmits dont les cités payaient si cter rinvestitnre. Qu'était-ce en effet pour eux que la faculté de publier leurs pensées ou de nommer leurs représentants? Ils ne savaient pas lire, et de temps immémorial ils procédaient eux-mêmes à l'élection des collecteurs chargés de recueillir l'impôt. Ces collecteurs s'acquittaient de leurs fonctions 9vec une prudence qui leur attirait la confiance générale.

On appelait les paysans de Bretagne à briser le joug des gentilshommes; mais pour eux, ainsi que pour les Vendéens, la noblesse était plutôt un protecteur ou un ami qu'un adversaire. Ils n'avaient rien à gagner à l'abolition des droits féodaux et beaucoup à perdre dans le m(Hx:ellement des propriétés, car ils étalent trop probes pour accorder à la Nation le droit de vendre ce qui appartenait légitimement à des particuliers. Afin de vivre heureux, il ne leur fallait que leurs prêU:es et la paix, que la religion avec les supersti*tieuses croyances, avec les traditions du moyen ^ dont ils Fentouraient, que leurs vieux usages, que leurs antiques coutumes, dont ils n'étaient pas jaloux de se séparer pour se mêler au mouvement démocratique opéré par de jeunes ambitions.

Tant que la guerre ne fut déclarée qu'entre la noblesse et la bourgeoisie « le peuple des campagnes reftasa d'intervenir dans ce duel qui ne troublait ni sa sûreté ni se^

croyances; il se contenta de se renfermer dans la neutralité. Néanmoins ses vœux devaient être et ils étaient en effet pour les gentilshommes; mais lorsque la constitution civile du clergé lui arracha les pasteurs qu'il vénérait, et lui offrit à leur place des prêtres la plupart sans moralité ou qoi ne eomprenaient rien à son idiome et à ses usages , ce peuple ne vit et ne put voir que le fait matériel. Il ne demanda point par quelle, série d'événements de semblables modilicatious

avaieot lieu. Oa peraécotaii aeg recteura, on altérait son . culte, on menaçait sa foi ; sous prétexte de. le rendre plus '

libre, on attentait à sa liberté. Le peuple se tint en défiance ; mais de Tindifférence pleine de réserve qu'il avait d'abord témoignée aux premiers actes de la Révolution, il passa bientôt à une de ces haines sourdes qui« avec le caractère breton , mènent très-loin les bonunes et les choses. £o preuve de cette hostilité, qui s'amassait dans le silence, citons la lettre que les officiers municipaux de Saint-Pol adressaient, le 26 janvier 1791, aux membres du di&trict de Brest ;

a La séquelle de la bigoterie s'accroît; mais, pourvu que les campagnes ne s'en mêlent pas, on pourra en venir à bout. Le bruit aujourd'hui répandu dans le peuple est que , passé

dimanche, curés ni vicaires ne, diront plus la messe. S'il avait été possible de prendre un milieu à cela, les murmures n'auraient pas été si grands; mai» noua sommes trop loin de l'Assemblée nationale pour nous entendre sur les rem* placements instantanés. Au surplus, Ik comme là, et au bout du fossé la culbute. »

La Révolution avait bien pu, par un simulacre d'élection, instituer constitutionnelloment des évêques et des pnHres; ' il restait à leur recruter des fidèles. En Bretagne , ainsi qu'en Vendée* personne ne répondait k leur appel. L'iomimise majorité dn clergé ne s'était pas soumise à la formule do serment, et c'était aux seuls prêtres réfractaires que la foule s'adressait, à eux seuls qu'elle témoignait respect, confiance et amour.

Des intrus qui ont d'abord invoqué la liberté des cultes veulent confisquer au profit de leur apostasie les églises ou s'assjBmblent les Chrétfens sous la houlette de leurs prêtres ; ces intrus obtiennent iiue les éj^lises seront fermées. Le peuple se porte dans les landes ou sur les grèves solitaires. Là il écoute avec encore plus de ferveur la parole de Dieu que lui distribuent ses anciens curés. Il y a même des municipalités et des districts qui refusent de recevoir dans leurs murs la force armée et les clubistes envoyés pour soutenir les empiéteweais de^ iatru§. Les garde3 i;iationale3 marchent

It ' HlSTOiRii;

' dans rintention avouée de s'emparer des prêtres insermentés. Il en part de Brest, de Landerneau et de chaque ville

de la Bretagne; mais le directoire de Morlaix, mieux avisé, proteste contre cette violaLion de tous les droits, et il signe la délibération qu'on va lire :

« Considérant que toute loi pénale qui s'appesantit ou doit s'appesantir sur tous les sujets de l'empire ne peut être que l'expression de la volonté générale d'un peuple libre ou celle de ses représentants;

» Considérant que l'arrêté du département n'est pas l'application d'une loi du corps législatif, et que son exécution pourrait produire un effet contraire à ses vues pacifiques;

» Considérant que nul ne doit être iiiquiété pour ses opinions, même religieuses;

» Considérant qu'il serait cruel de bannir et de livrer à la merci publique des citoyens dénués de toutes ressources, qui« pour céder au cri de leur conscience, «ont sacrifié leur fortune et l'aisance dont ils jouissaient ;

» Le Directoire de Morlaix exprime le désir qu'il soit sursis à rexéculion de l'arrêté du département : parce que l'exécuter serait porter atteinte à la tranquillité publique, et que le temps seuj peut opérer une révolution que les persécutions ne sauraient déterminer. »

A Saint-Pol de Léon l'autorité avait emprisonné l'évéque, qui, avec un bonheur plein d'habileté, après être parvenu à s'échapper des mains de ses geôliers , s'était réfugié en Angleterre. A Vannes, dans ce Morbihan si soumis à là foi, Amelot, évêque du diocèse, tenait courageusement tête aux difficultés. L'administration départementale ét les électeurs avaient témoigné le désir de le garder comme pasteur; mais il fallait prêter le serment. Amelot ne put se résoudre à trahir son devoir ; cependant il resta dans son palais épiscppal , d'où la Révolution n'osait pas le chasser : car elle ne se sentait point assez maltresse du terrain pour braver impunément les colères catholiques.

Le 13 février 1791 voit éclater dans la paroisse de Sarzeau le premier mouvement insurrectionnel. Ce mouvement, qui est dirigé contre la ville de Vannes et auquel s'asso-

clfTent de pauvres cultivateurs, fui comprimé parles gardes nnlionales, que soutenaient plusieurs compagnies du réginieal de Walsh. Une cinquantaioe de paysans restèreat sur le champ de bataille. Ce qui se passait sur un point se renouvelait à la même heure sur tous les autres. L'exaspération était à son comble. Un décret de l'Assemblée nationale charge Daniel de Co!oë, Deléoji et Bertello de partir pour le Morbihan et d'y assurer l'exécution df» la loi. Ils arrivent d'abord à Pluneret. Ils ont des paroles de paix sur les lèvres afin d'apaiser la population. Les habitants répondent qu'ils ne veulent pas changer de religion ; Tun d'eux s'écrie dans son idiome breton : « Mon àme est à Dieu et mon corps au Roi. » A ces paroles, qui résument si lidèlement tant de grandes choses encore ignorées , succède un cri d'approbation: Les femmes s'arment de pierres, les hommes agitent au-dessus de leurs têtes le noueux pen-bas , espèce de bâton que les traditions du pays appellent ca^nc-tête. Ce mouvement va peut-être coûter la vie aux délègues de l'Assemblée nationale, lorsque Beysscr, major des dragons volontaires de Lorient, pénètre avec la force armée dans cette enceinte. La vue des troupes intimide les paysans.

De semblables démonstrations avaient lieu dans toute la Bretagne, on les contint par la menace; mais la Révolution ne changea point leur esprit, ne modifia point les répugnances. Des Côtes-du-Nord aux limites de la Loire-Inférieure, de Brest à Redon, les mêmes symptômes d'effçryescence se manifestèrent. La plupart des prêtres démagogues ne surent point se concilier par des inesures prudentes ce peuple sur lequel ils venaient, disaient-ils, répandre les lumières de la raison. Ils furent plus despotes que ceux dont ils usurpaient la place. Un fait seul suffira pour donner un exemple é& leur intolérance.

Le recteur de Plancoët allait mourir. Son successeur de par la loi, qui s'est fait escorter de cinq soldats sous

les armes, envahit la chambre du curé agonisant. On garrotte les personnes qui l'entourent, et l'intrus se dispose à lui administrer les derniers sacrements. D'une main déjà glacée par la mort le vieillard repousse les onctions, il mur-

mure que c'est un odieux sacrilège, et cependaut le prêtre constitutionnel poursuit jusqu'au bout la mission qu'il s'est imposée.

De pareils scandales sè renouvellent à chaque instant. La Révolution devait y mettre un terme; mais au contraire elle les approuvait, tantôt par ses éloges, tantôt par son silence. Forte de l'élan qu'elle imprimait dans les clubs, elle poussait le peuple des campagn^ aux dernières extrémités. La Démagogie était tracassière et intolérante parce qu'elle ne savait pas, parce qu'elle ne pouvait pas être juste, et elle avait des malédictions, l'exil ou la mort à offrir à ceux qui ne se prêtaient pas docilement aux exigences de son patriotisme* La fameuse maxime de « l'Église libre en l'État libre» opérait déjà des prodiges de persécution.

Sur ces entrefaites le Roi, prisonnier aux Tuileries, crut par la fuite se mettre à l'abri des outrages dont il était l'objet; il partit. 11 fut arrêté à Varennes. L'insurrection triom- • pbait des calamités que la fortune faisait peser sur la royauté : les clubs et les sociétés révolutionnaires allaient en tirer parti contre Louis XVf . Pour exciter l'Assemblée nationale à partager leurs espérances, voici en quels termes s'adressaient à elle les amis de la constitution de Vannes, Bachelot, ex-président, Bernard, Albin « Malherbe aîné, et Grignon fils, délégués de ce club :

c Le courage des Français est inépuisable, mais leurs ressources pécuniaires ne le sont pas. Si nos ennemis n'ont plus l'espoir de délrtiire notre liberté, ils conservent encore celui de ruiner nos fortunes, et bientôt peut-être nous verrions ces ennemis vaincus insulter à notre misère par leur faste et leur opulence , si votre justice ne se portait pas à rejeter sur eux tous les frais des préparatifs de guerre que leur perfidie a rendus indispensables.

» Nous vous prions en conséquence, Messieurs, d'ordonner à tous les ministres et corps administratifs de dresser un état exact de toutes les dépenses extraordinaires, d^adations et dévastations occasionnées par la fuite du Roi, pour que le montant du tout soit repris tant sur la liste civile que sur les revenus des émigrants quels qu'ils soient, ci-devant

DE LA TEflDÉB MlLlTAlRË. Il

nobles, ecclésiastiques ou autres; et pour mieux caractériser cet impôt, ûous demaocLoos qu'il soit appelé V impôt de tm^ ctvûnw» Il

A Lorienl, les Patriotes montraient encore plus d'ardenrt

et, dans la séance du club du 19 juillet 1791 , voici la modon qui était accueillie aux acclamations de la foule :

« Deux cent quatre-vingt-dix députés de l'Assemblée nationale ont protesté contre un déo^eiqui suspend les4)ou- Yoirs d'un Roi qui vient de fausser ses serments en rompalDl ose des«principtles conventions qin constituent ses poavon*s; d'un Roi qui vient, par une lâcheté sans exemple, d'exposer un peuple immense à toutes les horreurs d'une guerre injuste et cruelle.

» Le crime de ce monarque hypocrite n'est que trop avéré. Toute la France sait, à n'en pas douter, que Louis XVI est m ennemi capital ; qu'il avait sourdement réfléchi et médité l'assassinat d'une partie de la nation, et qu'il voulait effectuer ce noir complot au mépris des engagements solennels qu'il avait contractés en présence du ciel et des hommes. On «01 est bien convaincu , si l'cm suit te fil des événements, des droonstances et surtout des informations recoeQlies h cet égard.

)) Eh bien , ces deux cent quatre-vingt-dix membres putréfiés osent aujourd'hui se placer entre un Roi parjure et un peuple iidèle ; ils osent servir d'égide à un ingrat qui abandonnait sa: patrie après en avoir tramé la mine totale, qui voulait se ressaisir du sceptre de fer dont ses.aleux écra* salent nos pareils, et enfin qui avait pu former le projet perfide de rétablir le despotisme à quelque prix que ce fût. Eh bien ! ce sont ces ^eux cent quatre-vingt-dix royalistes qui frondent aujourd'hui tout un peufrte, en se déclarant ouwt^nent les d^snseurs de l'égal des tyrans qui ont dévasté le globe dans des siècles d'ignorance ^ et qui sont morts chargés de l'exécration du genre humain ; ce sont ces deux cent quatre-vingt-dix qui applaudissent aux intentions hostiles et homicides de celui qui , secondé de son conseil ténébieux, machinait l'aviUssem^t et la mort de la nation française* Mil Loms XVI) net cadavres palpitants eusseat été les

degrés que tu aurais foulés avàot de parvenir à ce sommet

d'iniquités.

)) Je demande par addition qu'on ait à ouvrir une souscriplioa quelconque, et qu'on ait à inviter les autres sociétés à suivre notre exemple, pour, d'après la levée d'une somme proportionnée à la grandeur de l'emploi , mettre à prix la tête du premier potentat qui fera la moindre tentative contre la France ou (\m osera porter atteinte à la liberté consacrée par notre sainte constitution.

» 11 faut faire trembler les despotes, puisqu'on veut nous enchaîner; le temps des proscriptions est arrivé. .

w Dans une guerre réglée , j'aurais eu en horreur une pareille proposition ; aujourd'hui un faux point d'honneur, une générosité déplacée deviendrait un fanatisme blâmable. ISous devons combattre nos ennemis à armes égales. Au surplus, quand cet arrêté n'aurait que le mérite de jeter l'épouvante dans le cœur de nos ennemis, ne serait-ce pas d'un assez grand poids pour y avoir égard? Les tyrans sont toujours lâches et soupc;onneux; ils se méfieront donc d'im cuisinier, d'un valet de chambre, d'un secrétaire, d'un aide de camp môme : la cupidité est la passion des hommes. Tout le monde sait que la crainte fait naître la réflexion et que la réflexion engendre les remords; les rois frémiront donc bientôt de leur injustice; ils abandonneront nos réfugiés, et leurs projets s'évaporeront en fumée. »

Ces paroles sont horribles sans doute , mais en ce tem^slà elles étaient regardées comme l'expression du patriotisme ; la violence savait bientôt leur prêter force de loi. Sous le coup de la fuite et de l'arrestation du Roi, la Hévolution prit des mesures arbitraires en Bretagne. C'est en parcourant les actes encore ignorés des clubs de cette province que l'on apprend jusqu'à satiété avec quelle audace de despotisme agit la démocratie qui aspire à régnen. A Nantes des visites domiciliaires sont organisées; on emprisonne ceux qui, par leur probité, inspirent des inquiétudes h la Révolution, ceux qui, par leur fortune, peuvent tenter la cupidité nationale. Les prêtres insermentés sont de droit englobés dans cette proscription! A Landemeau la société des amis de la consti-

D£ LA VEHDÉIS MlUÏAiRË. 37

tution arrête ce qu'il sera fait main basse sur les prêtres

insoumis et les citoyens entachés d'incivisme ».

Carrier, dans l'ardenr de ses noyades fraternelles et civiques, Carrier n'aurait pas mieux dit.

Les plus illustres familles de Bretagne sont soumises à cette inquisition patriotique: on épie leurs mouvements, on dénature leurs actes, on entoure d'espions et de j^ardes nalionaux leurs paisibles demeures. Le château de Quimerch, appartenant aux Tinténiac, est mis, ainsi que ses propriétaires, sous la surveillance des clubs. Ce qui s'est fait pour les Tinténiac se renouvelle pour tous les gentilshommes. On descend, au nom de ta liberté Individuelle, dans l'intérieur des familles; on les tourmente, on les harcèle par les persécutions les plus minutieuses. Ces vexations sont poussées si loin que Tadministration du Finistère sent la nécessité de mettre IQn à de pareils attentats; elle écrit au district de Landemeau : c Observez que ces rigueurs sont peu propres à augmenter le nombre des amis de la constitution , et que trop souvent ces actes procèdent de vengeances et de haines particulières. »

La Révolution faisait un crime aux prêtres et aux gentilshommes de préférer l'exil à ses nouvelles lois, et à chaque heure elle cherchait à leur rendre insupportable le séjour de France ; à chaque heure elle avait pour eux de nouveaux affronts, de nouveaux actes arbitraires. La tvrannie devint si insultante qu'un arrêté fut publié le 2 juillet 1791. Cet arrêté enjoint « que les églises soient fermées dans les vingtquatre heures, que tous les prêtres insermentés se rendent à Brest pour y demeurer en état d'arrestation , et que ceux qui troublent plus particulièrement Tordre soient détenus au château; enfm que tout citoyen qui, nu lieu de faire baptiser ses enfants par le prêtre constitutionnel, recourrait aux insoumis, soit déféré à l'accusateur public. »

Ce fut en face de cet arbitraire, qui ne prenait même plus la peine de se déguiser, que les. Bretons conçurent la possibilité d'une insurrection. Aujourd'hui la France reconnaissante, la France qui, à tout prix, veut être libre, doit féliciter ces glorieux paysans du parti qu'ils adoptèrent. 11 ne s'agit

TOM. Itl. ^

point en effet ici d'une opinion plus ou moins sensée, d*une révolte à main aripée contre un gouvernement établi : c'est une iosurrection qui se déclare contre l'anarchie; c'est un principe religieux et monarchique se dressant pour repousser la licence, et, par malheur, ne trouvant de force morale que dans sa propre énergie. Le peuple de Bretagne ainsi que celui du Bocage se voyait en majorité; il avait le droit d'imposer sa volonté, de faire ses conditions» puisqu^on lui reconnaissait la souveraine puissance. Il usa de ce droit, et ce ne sera jamais la Révolution qui osera sérieusement le lui disputer. Les nations faibles, trompées ou indifférentes au mal comme au bien, peuvent courber la tôle sous le joug d'une minorité parlant, agissant en leur nom; mais elles n'engagent , elles ne doivent engager personne. Des pouvoirs irrégulièrement constitués n'affaiblissent pas le principe de goi^vernement. Lorsque, à force d'intrigue ou de corruption, ils sont arrivés à ce point, il resle au peuple une formidable vengeance à tirer : le peuple se soulève contre les tyrans populaires, et sa révolte est 'sainte.

La Bretagne était dans ce cas comme le Poitou et TAnjou ; elle refusa d'obéir à des lois auxquelles elle ne participait pas. Ces lois renversaient les systèmes de hiérarchie dont elle respectait le fondement; ejie prit fait et cause pour eux, et quand l'heure des luttes sonna, elle combattit. Nous n'avons encore qu'à énumérer ses souffrances et les déceptions de la liberté à son aurore.

Des scènes dignes des premiers siècles chrétiens se renouvelèrent alors dans tous les districts de Bretagne. Les couvents de femmes furent témoins de ces actes de fermeté qu'inspire la foi , et il n'y a pas encore un Breton qui ne parle avec attendrissement de la manière dont les Calvairiennes de Carhaix reçurent l'autorité départementale et les grenadiers coloniaux du Port-au-Prince.

Ils accouraient les chasser de la maisoij que leur charité et leurs vertus avaient mise en vénération .dans la contrée. Au milieu d'une foule d'indigents et de feinmes qui appelaient sur la téte des oflBciers municipaux toute la colère des hommes, toutes les malédictions du ciel, la troupe envahit

le monastère. Elle signifie aux Calvairienoes l'arrêlé du d&strict et l'ordre de faire évacuer le couvent. — « Vous en êtes les maîtres, répond la supérieure, car nous sommes de

pauvres brebis-, mais, messieurs, nous avons fait vc^u de rester consacrées an Seigneur : lui seul peut nous délier de nos serments. Que sa volonté soit faite, b Au même instant les officiers municipaux et les soldats brisent la grille qui les sépare des Calvairiehnes; ils vont saisir ces saintes filles, qui, se rangeant tout à coup autour de leur supérieure, se prosternent avec elle la face contre terre et psalmodient les versets du Miserere inei, Deus. On veut les contraindre à se relever; elles ne répondent ni aux invitations ni aux menaces. £Ues ne cessèrent de prier que lors^ que ,' après avoir asfflsté au sac de leur monastère, on les eut chassées sans merci d'une maison qui leur appartenait.

On persécutait en France des PYançais qui n'interprétaient pas Tégalité des droits ainsi qu'il convenait à la Révolution de l'appliquer. Dans le môme temps les Patriotes, qui accusaient les Royalistes de s'appuyer sur l'étranger, allaient mendier, au nom des sociétés populaines, l'appui et les éloges intéressés des Anglais. Les clubs de Bretagne s'étaient affiliés au club des Jacobins ; ils en recevaient le mot d'ordre. Ce ne fut pas assez pour eux : les citoyens Rougon et Français (de Nantes) se rendirent à Londres afin de fraterniser avec les clubistes de l'Angleterre. A peine débarqués sur les bords de la Tamise, ces patriotes écrivent au club nantais :

ce Nous avons vu des Anglais qui nous ont bien accueillis. Nous n'avons pas encore distribué nos brochures; nous voulons en donner ,les premiers exemplaires à milord Stanhope et à la Société dont il est président. Tous ceux que nous

avons vus nous promettent l'accueil le plus flatteur; mais ils ne nous cachent pas que le ministère nous verra avec inquiétude* Comme nous ne sommes pas venus ici pour flatter ou solliciter les ministres, il nous importe fort peu de quelle manière ils nous verront »

Dans une seconde lettre, toujours adressée au club de Aantes» nous lisons 4es détails qui prouvent la candeur des

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Révolutionnaires français après boire , et l'adresse de l'Angleterre qui les enivrait de flalteries et de gin, d'ale et de boursoullures maçonniques :

(( Nous nous sommes mis à table sur les neu( .heures , et nous en sommes sortis le lendemain d'assez bonne beurc. Chacun des toasts a été porté par M. le président et répété par tous les membres; il serait diflBcile de nous les rappeler tous, surtout les derniers. En voici cependant quelques-uns :

A rAssembine nationale de France; 2° à la Société des Amis de la Constitution de Nantes; 3* à la mémorable Révolution de France; k la cause de la liberté politique et religieuse dans tout le monde; 5*^ à une paix étemelle entre nos deux nations; sur quoi l'un de iious a fait cet amendement : « que si, contre l'évident intérêt des deux nations, cette paix venait à être troublée, la fraternité entre les deux Sociétés continuerait de subsister, afin de prouver que de simples citoyens de ces deux pays veulent être frères « alors que les ministres ne se montreraient même pas hommes. » La Société nous a invités à dîner dans la môme taverne pour le 4 octobre, et M. le président nous a invités à dîner hier chez lui. 11 avait rassemblé les hommes de lettres les plus distingués de Londres, dont nous vous porterons les ouvrages. Ils sont tous convenus que l'Assemblée nationale avait établi et proclamé plus de vrais principes que tous les législateurs depuis le commencement du monde; que c'était une chose prodigieuse que, dès les premiers moments de la liberté, la France se soit trouvée plus éclairée, mieux pourvue de philosophes et d'orateurs que ne l'est actuellemènt l'Angleterre ; que c'est désormais de nous qu'elle doit recevoir des exemples ; que notre constitution doit devenir le modèle, et notre langue la langue de tous les peuples de l'Europe; que l'Angleterre a, à la vérité, secoué le joug du papisme, mais qu'elle porte celui du presbytérianisme et du ministérialisme, et que les plus grands ennemis des peuples sont souvent ceux qui les gouvernent. Il serait difficile de vous peindre la force d'àme et d'expression que ces excellents Patriotes mettent dans leurs discours. En les entendant, on croit se trouver avec les Brutes et les Scévoles, Les principes de celte Société Sont

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fondés sur les droits de l'homme les plus incoiUeslabies. Nous attendons de jour en jour M. Voxi »

Pour les émigrés, correspondre au nom des principes monarchiques avec les rois de l'Europe, était un crime irrémissible. On ne devait que des coups de canon et des insultes à l'étranger. Dans l'intimité de leurs clubs, les Patriotes, on en voit la preuve, savaient s'humaniser; et ils se prêtaient à ces déceptions avec d'autant plus de niaise conliance, qu'ils trouvaient dans les Whigs une apparente similitude d'enthousiasme. Ainsi, les mêmes révolutionnaires nantais écrivent encore de Chevening-House (comté de Kent) à leurs frères de la Société des Amis de la Constitution : « Depuis deux jours nous sommes chez le lord Stanhope; il nous a reçus comme des frères, et il ne veut plus nous laisser partir. La première chose que nous avons vue chez lui, c'est une pierre de la Bastille et des cocardes nationales. »

Lord Stanhope, dont il est si souvent question dans cetle correspondance des Patriotes nantais, était le beau-frère de Pilt. 11 avait sans doute accepté la mission de faire honneur à des pensées de bouleversement qui pouvaient amener la ruine de la France. Ce ne sera pas la dernière fois que le triomphe des idées constitutionnelles sera fêté en Angleterre, comme la pierre d'achoppement des autres pays et une bonne fortune pour son industrie; car lord Chalham, le grand Ghatham , pérc de Pitt, n'avait-il pas dit à la tribune : « Que deviendrait l'Angleterre si elle était toujours juste envers la France? »

Tandis que la Révolution allait à Londres quêter des éloges que le cabinet de Saint-James avait inlérèt à prodiguer à ses mesures désorganisatrices , l'exaltation démocratique gagnait du terrain en Bretagne. On persécutait avec acharnement les hommes paisibles; mais quelquefois Todieux faisait place au ridicule. Afin de bien faire saisir jusqu'à quel point était poussée la fièvre du patriotisme, citons un seul fait.

Les citoyennes de Brest, exaltées, elles aussi, par cet amour de l'égalité qui faisait sortir la France des bornes de la raison, se rendent un jour à la Société des Amis de la Constitution, et elles prêtent le senneot que nous transcri-

vons : « Mous, citoyennes de Brest, jurons de chasser d'auprès de nous ces petits-mattres, orgueilleux ennemis des nouvelles lois, êtres sans talents et sans énergie , absolument

nuls pour la société : nous jurons que nous ne reconnaîtrons désormais pour parents, amis, amants ou époux, que les vrais amis de la liberté. »

Au milieu de ces effervescences , qui appellent le sourire sur les lèvres , les campagnes dii Morbihan , d*IIle-et-ViIaine, du Finistère, des Côtes-du-Nord et le bas Maine s'agitaient à la voix de leurs pasteurs. Un acte d'amnistie avait été publié le 14 septembre 1791. C'était peut-être le seul moyen de conciliation possible. Lie 29 novembre de la même année, les administrations départementales de Bretagne révoquent cette amnistie. Voici en quels termes elles expliquent au Roi et à l'Assemblée nationale les motifs qui leur ont fait adopter une détermination aussi illégale :

« Des prêtres coupables, mais impunis, portent la contagion dans l'esprit de la multitude aliénée par le fanatisme. Les désordres s'accroissent, les malheurs se succèdent, le sang a coulé. Le sieur Latnarche , ci-duvant évêque de Léon , profitant de l'instant où se recouvre l'impôt, vient de jeter au sein des campagnes le brandon de la discorde civile ; sa lettre, soi-disant pastorale (datée de Londres, 20 août), appelle le crime, et de cultivateurs paisibles peut faire un peuple d'assassins. Déjà le patriote Fagon, électeur du bourg de Guipavas, expire victime de son civisme : il a été assassiné dans la nuit du 27 de ce mois; déjà des curés placés par la Constitution ont été contraints à renoncer par écrit à l'exercice de leurs fonctions curiales; des prêtres non assermentés prêchent ouvertement la révolte contre la loi, trompant les citoyens en leur faisant comparer leur quotité d'impôts avec la nouvelle fixation : ils ont soin, les perfides, de passer sous silence Ténormité des impositions indirectes qu'on percevait autrefois.

» Les campagnes agitées, soulevées par ces ennemis de la chose publique, font naître les inquiétudes les plus vives. Les unes demandent une diminution d'impôts; les autres veulent avoir leurs anciens curés , et réunissent femmes et

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filles pour accabler d6 leurs pétitions multipliées les districts dont elles dépendent Pour mettre un frein à ce délire, le conseil général du Finistère a fait arrêter et arrête que :

» !• Tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers qui par leurs manœuvres, leurs discours, leurs suggestions et leur conduite, se sont rendus suspects d'incivisme, seront sur-lechàmp saisis pat la force publique et conduits dans la ville de Brest pour y être mis en état d'arrestation jusqu'à nouvel ordre.

» 2» Les ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, qui ont déjà été détenus dans cette -ville, ou qui ont été désignés pour l'être et ne s'y sont pas rendus, seront, par le seul fait de cette détention et de cette désignation , regardés comme suspects de favoriser les troubles, et saisis partout où ils se trouveront pour être pareillement conduits à Brest, et y demeurer en état d'arrestation. »

Ainsi la Révolution, non satisfaite de braver le Roi, ce qui pour elle était une habitude, incriminait aussi l'Assemblée nationalè lorsque cette assemblée ne favorisait pas ses préjugés. De leur autorité privée , des administrations départementales brisaient les lois qui gênaient leur arbitraire, et, par la crainte des troubles que cette assemblée fometilait, on les voyait se poser en censeurs de la puissaoce législative. Un pareil état de choses devait amener de graves conflits. Le caractère si indépendant des Bretons n'était pas disposé à plier* devant eux. Des bruits de guerre se répandent : on annonce que l'Europe va prendre parti pour l'ordre menacé. A ce cri d'alarme, les Patriotes répondent par un enthousiasme digne de la France. On eût dit que, dans la pensée des cœurs honnêtes, le sang versé aux frontières laverait les turpitudes civiques que le drapeau national avait abritées sous ses trois couleurs. Alin de marcher contre l'étranger, il n'y eut qu'une seule voix parmi les révolutionnaires ; mais les paysans avaient été trop froissés dans leurs affections ou dans leurs espérances pour se mêler à on enthousiasme qu'ils comprenaient, et que cependant la raison leur défendait de partager. Aller défendre aux frontières le territoire menacé et coopérer à la victoire, c'était

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se préparer des chaînes plus pesantes. Les Blancs agirent en hommes politiques ; ils refusèrent leur concours. Après avoir étudié avec impartialité la tactique des Patriotes et celle des Bretons , après nous être reporté à ces époques de tourmente et d'entraînement /nous sommes forcé de proclamer que ces derniers étaient dans leur droit. En révolution, il y a des partis qu*il ne faut pas aider, même lorsqu'ils s'arment pour une cause qui devrait être celle de tous, car le lendemain de la victoire ces partis tourneront contre vous le succès que votre sai\g aura cimenté.

La Bretagne va devenir un champ clos où les opinions se livreront des combats acharnés ; tout le fait présumer, tout le rend inévitable. L'intolérance des Patriotes pousse à la guerre civile. L'hostilité permanente des campagnes, encouragée par la résistance des gentilshommes et des prêtres, contribue encore au développement des diss^sions intestines; mais à ces mécontentements il fallait une organisation : le marquis TuûHn de la Rouerie se présenta.

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