CHAPITRE ni
Insurrection bretonne. — Bésistance au décret qui prescrit la levée de 300,000 hommes. — Attaque de Vannes. — Prise de la Boche-Bernard par les Royalistes. — Mort de Sauveur. — Prise d'armes générale. — Ganclaux à SatnlF^l de Léon. — Les paysans en ftoe des Républicains. — Mission des conventionnels Billaud-*Varennes et Sevestre. —Lettre de Ganclaux aux représentants. — Conseil pour pacifier la Bretagne. — Le . bas Maine s'insurge. — Les quatre frères Cottereau dits Chouans. — Jean Chouan . — Le comte de Puisaye et les Girondins proscrits. — ProctanuH tion de Barbaroux. — Puisaye en Bretagne. — Ses projets d'insurrection générale. — Son influence. — La cathédrale de Quimper mise à sac par les Révolutionnaires. — Arrestations en masse de tout sospeot.
Ce fut une pensée de conservation individuelle qui arma si subitement les populations rurales de la Bretagne ; mais à cette pensée il fallait un drapeau. Les paysans se rangèrent
D£ LA V£NDÉt MlLirAiRlU. R9
90US celui de la vieille moDarchie, protestant ainsn et tout à
ia fois contre la réquisition et contre la République. Agglomérés au hasard, ne reconnaissant pas d^odiciers,. ne songeant même pas à eu élire, ils marchaient contre leurs persécuteurs, et ne se prteccupaieut guère de la victoire ou de la défaite. Ils aspiraient à tirer vengeance des maux soufferts, depuis quatre ans. Leur soulèvement était une réaction , il agit à la fois sur l'universalité de la province.
Ils n'avaient qu'un cri de ralliement, mais ce cri est un manifeste : on les entendait répéter de tous côtés : « Point de Boi, point de lois ! » La Révolution avait détrôné , avait tué le souverain : les laboureurs s'arment au nom de la Monarchie contre la Révolution; ils rejettent ses lois parce qu'elle a brisé le lien qui attachait la France aux Bourbons. Leur intelligence agreste ne pouvait se faire à l'idée de recevoir des lois de tous ceux qui voudraient leur eu imposer. Le souverain disparu, ils se croient aussi bien en droit que les Patriotes de raisonner leur obéissance ; ils protestent donc les armes à la main.
La première tentative sérieuse fut l'attaque de Vannes. Des engagements avaient déjà eu lieu dans les campagnes entre la multitude insui^^ et les gardes nationaux soutenus par la troupe de ligne; mais ces engagements n'avaient partout amené qu'une effusion inutile de sang. Les Bretons n'ignoraient pas que, pour propager leur révolte, il fallait s'emparer de quelques cités. Vannes, chef-lieu du Morbihan, était naturellement désigné à leurs cnups.
Le mars 1793, jour fixé pour le recrutement, ils se dirigent sur cette ville. A la nouvelle de leur marche, la générale bat; les gardes nationaux, les bataillons de Maine-et- Loire et du lOO* de ligne se rassemblent; mais chaque heure voit grossir les rangs royalistes , chaque minute leur fournit de nouveaux renforts. Le colonel Félix n'ose pas engager les forces qu'il commande contre ces populations exaspérées. Au milieu du trouble qui règne dans les esprits, on se décide à parlementer avec les paysans. Malherbe, maire de la ville, et le Goaësbe, officier municipal, protégés par de nombreux détachement^, s'avancent sur la roule
d'Auray. Ils veulent faire entendre des paroles de paix; ils . ne sont pas écoutés. D'autres ofliciers municipaux marchent du côté de Redoa pour dissiper par le raisonnement une troupe de révoltés courant encore vers Vannes; les officiera municipaux ne sont pas plus heureux sur ce point que sur les autres.
Ces bandes, qui n'ont aucun chef, aucune direction, se réunissent pourtant; elles pénètrent dans la ville par les rues Saint-ïves et de la Boucherie. Du côté de Saint-Paterne, les insurgés ont (àit des progrès plus rapides : ils sont maîtres de l'église ; leur masse compacte a forcé les commissaires et les soldats à se replier. Le colonel Félix crie alors de faire feu. Après plusieurs décharges meurtrières, les insurgés fuient en laissant beaucoup de prisonniers. On les interrogea; leur réponse fat partout la môme : a Vous nous avM enlevé nos prêtres, vous avez tué nôtre roi : nous voulons compter avec la Nation et savoir de quelle autorité elle nous enrôle sous son drapeau. »
Ils s^étaient retirés devant une démonstration militaire; mais à l'exaspération de tous il était facile de prévoir qu'ils ne tarderaient pas à retourner à la charge. Le même }our on publiait à Vannes que les districts du Faouët, de Pontivy, d'Auray, d'Hennebon et de Ploërmel avaient pris les armes. A Plouray, à Pluraéliau, à Langouëlan, la maison où habitaient les préposés au recrutement avait été forcée; les jeunes gens avaient brûlé les contrôles, dispersé les autorités, et, dans l'ivresse d'un premier succès, ils parlaient de se diriger sur Lorient ou sur Vannes. Le cri d'alarme retentissait jusqu*aux murs de Nantes. Avant même l'insurrection, le citoyen Antoine Crucy a été envoyé à Paris pour réclamer de prompts secours de la Convention nationale. Grucy ne put pas dépasser Ancenis. Alorç, le 11 mars 1793, les administrations réuniès de la ville de Nantes adressent la dépêche suivante aux généraux Bourdonnais et de Marcé :
«Citoyens,
» La sédition et l'insurrection ont éclaté dans les campagnes; à Couëron, Doulon, Mauves, à la porte de Nantes ^ à
Saint-Philbert , district de Machecoul ; à la Haie, district de Clisson; au Cellier, dans celui d'Ancenis, à Blain, à Savenay, sur tous les points de notre territoire, des ultroupemeots se sont formés; on a forcé les maisoos des boqs citoyens, on a enlevé leurs armes, on a dévasté les maisons communes, arraché les fusils qui y étaient en dépôt; on a mis en fuite et maltraité des ofliciers niunicipaux ; les commissaires des districts ont été repoussés; le citoyen de Lorme, l'un d'eux, a été assassiné et mis &à pièces. Nous appreqons à chaque instant des nouvelles plus alarmantes les unes que les autres. Point de Rai, point de Me! est le mot de ralliement des Brigands, et le fanatisme et la fureur les guident.
)) Dans cet état de crise et d'insurrection générale, quelles sont nos ressources? — Nous avons plus de vingt mille séditieux à réprimer, plus de cent mille hommes encore chancelants à contenir, et nous n'avons pour opposer à tant d'ennemis coalisés, que la seule garde nationale de la ville de Nantes. Oue serait-ce, citoyens, si l'ennemi de l'exlérieur venait joindre ses forces à ces brigands, et effectuait en cq moment une descente ? »
Le même jour, les Patriotes nantais sont a9sailUs \ Mauves et à Ancenis. Ils se replient devant ces masses d'insurgés qui ont adopté le plus monarchique cri de g\ierre. Point de Roi, point de lois ! répètent-ils spontanément sur toute la rive droite de la Loire. Au même instant la Vendée courait aux armes , elle tràduivdt en actioq le mot de ralliement que les Bretons se communiquaient. Ils se trouvent à Blain en face des gardes nationaux; ces derniers prennent la fuite. A Couëron, à Saint-Philbert, d'autres engagements ont lieu, et Beaufranchet, président du département de la Loire-lufé- . rieure, transmet au copité du Morbihan Texpresaon de se9 terreurs républicaines; il écrit :
« Naiitet, Ift man 4YM.
» Frères, un courrier vous a déjà été expédié ; nous ignorons s'il a pu vous parvenir. Nos maux sont extrêmes; demain sans doute Nfintes sera livrée au pillage. Une troupe immense de*Brigands nous enveloppe ; Ils sont maîtres de la
M niSTOIRK
rivière depuis Paimbœui jusqu'à logrande. Tous les ch^ins sont fermés; aucun courrier n'arrive jusqu'à nous; nos subsistances spnt pillées , la famine est au moment de nous assaillir. Adieu , frères ; peut-être que cet adieu est le dernier
que nous vous donnerons. )>
De la Roche-Bernard, on recevait des nouvelles aussi alarmantes; les membres de ce district écrivent aux administrateurs du Morbihan, à la date du 14 mars 1793 :
a Citoyens, dix à douze paroisses des districts de Savenay et de Guérande sont en pleine insurrection. L'attroupement est, dit-on, de cinq à six mille hommes. Ils ont assassiné le trésorier du district de Savenay, cinq gendarmes , le curé constitutionnel et plusieurs autres citoyens. Cette insurrection se propage et s'étend déjà à Pont-Château, Nous craignons une pareille insurrection dans notre district. La commune de Férel a refusé son contingent. Les habitants ont répondu ironiquement qu'ils veulent tous marcher. Les commissaires ont pensé être égorgés, ej; n'ont pu rien faire, A Péaule les choses se sont passées de la même manière. Nous n'avons pas de nouvelles de Rieux , mais sûrement le même esprit y est répandu. La voiture de la poste est arrêtée à Pont-Ghàteau, la diligence au Temple. Les séditieux brûlent tous les papiers qu'ils trouvent, forcent les habitants à les suivre, et, sur leur refus, brûlent leurs maisons. »
A part les exagérations de cette lettre , on voit quelle force imposante se dressait contre la Révi^utîon , et combien , si elle eût été maniée avec habileté, cette force aurait suscité d'embarras au pouvoir exécutif. La ville de Vannes, toujours menacée, fait demander du secours à la ville de Lorient , qui en réclame pour elle-même. Dufeigna , administrateur du département, est chargé par le comité central de diriger sur Vannes les troupes de Lorient et de se porter avec trois bataillons sur Pontivy. Des mesures de salut public sont décrétées. On arrête, on massacre sans distinction des femmes et des vieillards. On a de grossières insultes et des menaces ridiculement civiques à prodiguer aux victimes de ces premiers troubles et aux villageois qui , dans la simplicité de leurs cœurs , parlent de tirer veftgeance du
DE LA VEflDÉB MILITAIRE.
sang inutilement versé. Ce fut un moment d'anxiété à passer. On se réunit par bandes, on s'exagère Ie.s dangers, puis on s'ingénie à croire dans chaque chaumière qu'il vaut mieux mourir sur un champ de bataille qu'au milieu des tourments.
Mais déjà les Blancs avaient deviné qu'il fallait s'emparer des passages de communication , afin d'empêcher l'agglomération des Patriotes, ils marchent donc vers la Roche- Bernard , poste pour eux d'une haute nécessité ; c'est le point de jonction du Comté Nantais et du Morbihan. La Rocbe^ Bernard avait pour sa défense une garnison composée de forts détachements du 109" de ligne, sa garde nationalt* et les douaniers des cantons voisins. Le vendredi 15 mars 1793, les j^ysans, armés de sabres, de pistolets, de faux et de bâtons, débouchent sur Itf ville ; ils la comment de capituler;* elle obéit. Les insurgés et les habitants fraternisaient ensemble lorsque Bodinet , qui a fait soulever les districts de Pont-Château et de la Roche-Bernard, expire au milieu des siens, frappé à la tête par une balle.
A cette vu,e la scène chànge ; les esprits s'exaltent; le feu commence sur les citoyens. Une horrible mêlée s'engage ; mais bientôt vainqueurs, les paysans pénètrent en désordre dans la ville. On s'égorge au milieu des rues , on pille les maisons, on brijle les papiers du directoire, les registres de la municipalité et les dossiers do greffe. Au milieu de ce sac d'une ville enlevée sans assaut et livrée à la fureur d'une multitude dont le chef a succombé dans un guet-apens, on commit des excès de plus d'un genre. Nous n'avons point à les pallier ; mais il en est un qui eut un profond retentissement en Bretagne ; celui-là peut servir à expliquer tous les autres.
Joseph Sauveur présidait le district de la Roche-Bernard ;
c'était un homme de vingt-sept ans. Ardent démocrate , il a plus d'une fois à Rennes ou à la Roche-Bernard excité par • ses discours le peuple des villes contre la. population des campagnes; il s'est fait le persécuteur des ecclésiastiques, pius d'une fois même on l'a vu poursuivre avec une rare intempérance de zèle les laboureurs que ses paroles n'ont
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pas convaincus. Joseph Sauveur, bon, aimable dans les relations ordinaires de la vie, portait dans ses inimitiés politiques cette exaspération que nos troubles civils ont
presque naturalisée. A peine maîtres du Directoire, les Blancs déclarent prisonniers de guerre Joseph Sauveur et le Floch, procureur-syndic. La rumeur publique les accuse d|avoir4iré le coup de fusil qui a tué Bodinet ; Sauveur et le Floch protestent de leur innocence. Leur protestation méritait foi. Sauveur et le Floch, au dire des Patriotes, avaient trop d'honneur pour racheter leur vie par un mensonge; mais il fallait des victimes à ce peuple si longtemps opprimé par la liberté.
Le lendemain 16 mars, le président et le procureur-syndic sont traînés par la ville aux cris de « Vive la bonne -Reli-
•gioni vive le Roil » retentissant autour d'eux. Le Floch veut haranguer la foule, un coup de feu le renverse. 11 se relève, un second coup de feu l'étend mort. Sauveur, dans ce moment, ne perd rien de son énergie. On le frappe, on le mutile, on lui ordonne de crier : Vive le Roi t Le cri de Vive- la République I meurt sur ses lèvres ; et après avoir été ainsi honni, ainsi déchiré, il succombe sous les coups qui lui sont assénés de tous les côtés à la fois.
Cet assassinat, commis avec tant d'horribles circonstances, répand Teifroi dans l'âme des Patriotes, lis s'avouent enfin que la Révolution a eu tort de se livrer la première à Teflervescence de ses passions mauvaises, et que tôt ou tard le sang doit être expié par le sang; mais la tempête éclatait, il n'était plus temps d'avoir recours aux voies de la persua- ^ sion. Le même jour, 16 mars au matin 5 les bandes se grossissent de nouveaux insurgés; elles se dirigent vers Rochefort, Redon et Guérande. Le tocsin sonne dans toutes les paroisses; il appeUe aux armes les villageois. Le chevalier de Silz les guide ; ils campent devant Rochefort.
Ce gentilhomme, ayant sous ses ordres Krancheville, Mont- M^an, Cbevalier, la Rivière, Laroque et le gendarme Guérin, fait couronner par ses volontaires les hauteurs de Saint- Fiacre. La générale bat dans les rues de Rochefort; tes Républicains sont sourds à ses appels, ils refusent de mar-
DE LA VENDEE MILITAIRE. Ud
chtr aa secours de la pairiô en danger. Us n'avaient point de soldats pour les soutenir, et ils n'étaient pas jaloux de
s'exposer seuls en rase campagne contre des agrictilteurA armés de fusils de chasse, de bàlons et de haches. Témoins de celte lâcheté, le procureur-syndic Duperron et les administrateurs du district Dénouai et Duquero se présentent aux Royalistes, qui« sous le drapeau blanc, bivouaquaient déjà aux portes de la ville. Ces administratears proposent de rendre Rochefort, de hvrer les armes el les munitions à condition qu'aucun excès ne sera commis. Les paysans acceptent: ils sont maîtres de ftochefort. De nouveaux insurgés que l'on a "persécutés sur un point opposé pénètrent au même instant dans la ville. Sans tenir compte de la capitulation , ils massacrent trois administrateurs du district qu'ils accusent d'être les auteurs de leurs maux. Le chevalier de Silz proscrit ces réactions individuelles, et il sauve les habitantSi qui treoablent devant cette justice sommaire.
Le comte de Francheville, de Silz et les autres chefs royalistes agissaient avec une pareille mansuétude ; dans le même temps les révolutionnaires qu'ils avaient épargnés ou qu'ils allaient épargner multipliaient contre eux les décrets de mort. On mettait leur tête à prix , on les traquait comme des bétés fauves, et partout on suivait l'exemple que donnait le directoire du district de Rochefort Dans la séance du 24 nivôse, ce directoire, où siégaienL les citoyens Taslé, Jouan, Pierrot, Loyer, Lasnier et Geslin, adoptait la délibération suivante, qui s'imprima à Vannes chez J. M. Galles, et qu'approuva le conventionnel Prieur (de la Marne).
c Le dîrècloire du district de Rochiefort, instruit que les trois scélérats qui ont allumé en différents temps dans son territoire les torches de la guerre civile, qui ont versé le sang des bons citoyens que la République a j)erdus dans cette contrée, et qui ont conduit à la boucherie de malheureux cultivateurs égarés par leurs promesses et leurs menaces t que les de Silz enfin et Francheville respirent encore ; qu'ils cherchent même à exciter de nouveaux désordres dans les districts de Rochefort, Roche-Sauveur et Vannes;
» Considérant que l'existence de pareils monstres est une
calamité publique; que, pour parvenir à s'assurer de leurs personnes, il est indii^nsable d'employer les moyens extraordinaires;
)) Que le citoyen qui leur donne asile se rend coupable d'attentat à la liberté et à la sécurité publique;
» Que les comités de surveillance et les municipalités qui ne dénoncent pas à la force armée leur retraite doivent être
punis ;
» Ouï l'agent national; aircte ce qui suit, pour être exécuté d'après l'autorisation du représentant du peuple dans le Morbihan :
» Art. l<^ Tout citoyen qui aura connaissance de lalretraite des frères de Silz et de Francbeville sera tenu de les faire
arrêter et conduire dans la maison d'arrêt la plus voisine.
Il aura six cents livres de récompense pour chacun de ces trois chefs de brigands; s'il ne peut parvenir à les saisir vivants, il est autorisé à les mettre à «nort II recevra la même somme.
» Art. 2. Quiconque sera convaincu d'avoir recélé ces soé-
lérals sera livré à toute la rigueur des lois révolutionnaires.
» Art. 3. Que la. commune contre laquelle il sera prouvé que les frères de Silz et Francbeville ont séjourné depuis la publication du présent sans que leur retraite ait été dénoncée, les comités de surveillance, et, s'il n'en existe pas encore , le conseil général de la commune sera condamné à une amende solidaire de trois mille livres.
» Art. i. D'après l'approbation du représentant du peuple, que le directoire se flatte d'obtenir, le présent arrêté sera imprimé avec ladite approbation, et envoyé à toutes les communes* du ressort et aux huit districts du département, avec invitation de lui donner la plus grande publicité. »
Telles furent les mesures employées par la Révolution. Elles étaient odieuses et impoliliqucs. Au lieu de comprimer le mouvement, elles le développèrent Le 16 mars encore Pldërmel est menacé ; des rassemblements se -formaient à Plaudren. Pelegrin, commissaire des classes, qui parcourt le littoral pour effectuer la levée extraordinaire des marins, se voit assailli par plus de quatre mille paysans qui lui
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disent : « Nous ne connaissons pas voire République, nous ne voulons pas ia servir. » El témoin impartial de ces armements, il écrivit te 16. mars au pouvoir exécutif :
« Ma mission est terminée avant même d'avoir pu être commencée. Il n'y a pas un homme de* bonne volonté à prendre dans ces campagnes ; je regarde comme bien difficile de les contraindre à l'obéissance. 11 y a quelques années, c'était une fête pour tous les habitants du littoral que la levée des marins; les jeunes gens partaient heureux du choix .que l'on faisait d'eux. Aujourd'hui ils refusent tous le service; ils ne sent pas encore armés, mais pour anéantir le peu de troupes que la Nation peut leur opposer ils n'ont qu'à vouloir. Dieu fasse qu'ils ne le veuillent pas de sitôt ! car il ne resterail pas uû Patriote de la ci-devant province de Bretagne. La Nation a perdu là d'intrépides marins et de bons soldats; je ne sais comment les remplacer. »
Ces insurrections locales éclataient les 15 et 16 mars 1793. A la même date, du Bernard, gentilhomme qui s'est mis à la tête des nouvelles bandes , s'empare de Port-Navalo , d'Auibon et de Penerf. Dans la paroisse de Pluméhau , la garde nationale de Pontivy, envoyée pour protéger le recrutement, traîne à sa suite une pièce de campagne. Les Blancs courent à sa rencontre ; ils culbutent les gardes nationaux, qui n'ont pas môme le temps de se reconnaître. Un grand nombre expirent dans cet engagement; puis , en chassant devant eux les citoyens de Pontivy , ils arrivent jusque sous les murs de la ville. Us l'investissent de tous les côtés ; ils en ouvrent le siège.
Pendant cinq heures les assaillants soutinrent le feu dirigé contre eux; pendant cinq heures ils se battirent avec un acharnement inouL On voyait des masses, jusqu'alors sans ioteiligence de la guerre, adopter d'elles-mêmes les positions les plus avantageiÈes, se distribuer en corps de réserve, ou marcher en ligne avec une exaltation qui n'excluait pas la prudence. Les insurgés furent d'aboi'd repoussés ; mais ils revinrent à la charge, et, sans tenir compte des morts et des blessés qui tombaient autour d'eux , ils allaient s'emparer de la ville f lorsque de nombreux bataillons détachés
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de Jos8eIin , de Londéac et de Guémené , placèrent les assi4* géants entre deux feux. Ceux-ci se retirèrent en bon ordre, et se réuûireal aussitôt pour tenter de nouvelles expéditions.
Le Disses t commissaire du département des Côtes-du- Nord «^explique en ces termes cette journée. Sa version prouve de quel côté se rangeait la majorité du pays.
« Pontivy, écrit-il de Loudéac, le 17 mars, a été investi par une foule immense; toutes ses avenues se sont trouvées fermées par divers corps de plusieurs milliers de paysans : les rebelles ont d'abord voulu parlementer; ils avaient saisi, deux voyageurs ; ils en envoyk^nt mi à Pontivy demander, de leur part, que les habitants livrassent leurs armes. Cette proposition fut rejetée avec indignation , et aussitôt l'attaque commença. La fusillade a duré près de cinq beiures; les assaillants revenaient àja charge avec une sorte de rage» et sans s'étonner des pertes qu'ils éprouvaient; enfin, la ville eût infailliblement succombé , malgré l'héroïque r^istance de ses habitants, si elle n'avait été secourue par les détachements survenus à la bâte de Loudéac, Josselin et Guémeué, Ces renforts ont mis les paysans entre deux feux, et les ont dispersés après une très-vigoureuse attaque, daoa laquelle trois gardes nationaux ont été tués.
» L'investissement de Pontivy a été dirigé avec une intelligence au-dessus de la portée des assaillants, et qui prouve évidemment qu'ils étaient conduits. L'attaque a été faite de trois côtés à la fois» et des corps de réserve .avaient été distribués de distance en distance pour soutenir la troupe» 'en cas d'échec.
w On assure qu'un ex-curé était parmi ces Brigands; qu'il les exhortait au carnage, et qu'il promettait le ciel à ceux d'entre eux qui viendraient à périr. Un fait très-sùr, c'est que tous avaient le nom du ci-devant Roi à la bouche, et ' reprochaient aux habitants de Pontivy d'avoir conooum à
détruire la religion.
)) Un curé patriote a éprouvé les traitements les plus barbares* On l'a conduit jusqu'à Pontivy, en voulant le forcer de prendre part à l'attaque : sur son refus, on l'a assomméé En route, on l'avait forcé à se mettre à genoux devant une
croix, d'y demander pardon de ce que l'on appelait son apostasie, et de crier l/ive le Roi! Ces circooslaucett iuciiqueol assez quels sont les auteurs de la sédition.
Cependant les aotorités constituées s'avouaient, dans le secret de léurs terreurs, que, pour triomplier de tant de révoltes, il leur fallait d'autres défenseurs que des Patriotes ou des gardes natimiaux. Elles implorèrent l'appui des troupes et des généraux cantonnés dans les départements voishis. On t^onfessait ainsi la faiblesse numérique et morale de la Révolution ; ces autorités la proclamèrent.
Immédiatement trois mille soldats , aux ordres de Mans^ sion et de Varrin, partent de Ghàteaubriant le 17 mars* Les généraux Beysser et Bourdonnais sont le 18 à Hennés avec des troupes. Le général Cbevigné, qui commande le département d'IUe-et- Vilaine , appelle autour de lui les garnisons de la Manche; et Beysser, Bourdonnais, du "Petit-Bois et Canclaux se mettent en marche. Kn ce mouieui, la Révolution voyait des traîtres dans chaque gentilhomme resté au service. Le bruit se répandit que des Dorides, colonel du 10* régiment de ligne , avait voulu livrer aux Anglais la place de Belle-Isle , dont il était le gouverneur. On assurait qu'un complot semblable existait à Saint-Malo. Ce n*était qu'une tactique pour chasser des régiments les officiers dont on enviait la position et le grade. Elle réussit ici comme ailleurs : des Dorides fut mis aux (ers; on lui accola plusieurs complices, à Brest et à Lorient, qui furent arrêtés eux aussi. Après ces incarcérations, on attendit bien paisiblement les Anglais qui ne devaient pas venir, et qui alurs, ainsi que nous l'avons vu pour la Rouerie, aimaient mieux dans leur intérêt servir la cause de la Révolution que celle de la Monarchie. La Révolution n'aiïaiblissait^lle pas la France en la divisant?
Le mouvement a vite gagné les campagnes. Sur la rive gauche de la Vilaine, et jusqu'aux portes de ÎNanies, elles sont eà pleine insurrection. Le drapeau blanc Hotte partout; partout les voyageurs se voient contraints d'arborer les cou- , leurs monarchiques. Tandis que certaines bandes inquiètent la ville de Rennes , d'autres se portent sur Pougèrà , Tua
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des foyers de la Révolution ; Aimé Piquet du Boisguy les
dirige. A Saint-Aiibin d'Aubigné, à Saint-Aubin du.Cormîer, trois combats sanglants ont lieu coup sur coup. Les Bretons, malheureux dans leurs premières affaires, ont à peu près réussi dans celle-ci ; ils ont résisté avec une opiniâtreté de courage qui a fait reculer les troupes et la garde nationale. La ville de Montfort est, le 17 mars 1793, le théâtre d'un autre choc que du Boberil soutient.
A Bain, à Redon, à Vitré , la guerre est déclarée entre les 'partis; guerre affreuse , où l'on ne fait grâce d'aucun côté. Le Finistère retentit, lui aussi, de ce cri d'alarme qui se répand partout. Il agite Lesneven et Morlaix ; il va frapper jusqu'aux tlots qui baignent les remparts de Brest Les deux Kerbalanec, père et fils, gentilshommes soldats, chasseurs infatigables, se placent au milieu des Royalistes. Dinan et * Lamballe, dans les Côtes-du-Nord, ne peuvent arrêter l'élan qui est imprimé par le chevalier de Bois-Hardy. Yves Helloco , laboureur d'Alineuc , dans le même département , le type du Vendéen en Bretagne, homme vénéré pour ses simples vertus, abandonne ses travaux agricoles, et, avec dix'de ses parents du même .nom que lui, il se lève pour la Monarchie. Il combattra jusqu'à la paix. Le 17 mars, une lutte des plus vives s'engage à Pacé entre les paysans et la garde nationale ; le 19, la lande de Pierre-Droite, près de Plélan, est témoin d'une autre rencontre aussi meurtrière. * Les 19 et 20 du même mois de mars, les paroisses de Fleurigné et de Parcé opèrent leur soulèvement; le i3 , c'est le district de Bécherel qui suit cet exemple , et , par un étrange intervertissement de rôles , partout on voit les curés jureurs se mettre à la tête des gardes nationaux; ils les excitent à écraser les insurgés.
Les jureurs n'ont pour ces hommes religieux, sacrifiant leur vie avec tant de dévouement, que des paroles de malédiction ; ces paroles ne tombent pas sur une terre stérile. La Révolution fait un crime aux prêtres insermentés de pousser sous main les populations à la guerre, et cette même révolution accepte et glorilie l'appui que lui prêtent les intrus. Avec le caractère breton , celle comparaison, faisant si tris- .'
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tement ressortir l'injustice des Patriotes « ne devait pas être perdue : ils la gardèrent dans leurs souvenirs comme
témoignage de Tinégalité des conditions que la République prétendait leur faire.
Les prêtres eux-mêmes, qui jusqu'à cette heure étaient restés spectateurs àfi toutes les i^voltes, se crurent obligés d'y participer plus ostensiblement/ afin de contre-balancer l'influence du clergé constitutionnel. Leur iiuinixtion dans les troubles est ainsi juslifiée.
Le 19 mars 1793, les opérations du recrutement* avaient lieu dans les districts de Brest et de Lesneven. Les jeunes gens de Plabennec se décident à ne pas concourir au tirage. On les menace; ils se pVécipitent sur les préposés au recrutement et sur les troupes dont ces derniers se sont entourés. Les jeunes gens tuent Corbet de Lambezellec, qui commande le détachement , et mettent en fuite les soldats. Les Patriotes et la garnison de Lannilis ne peuvent étouffer TinsurrectioD. Dans les environs de Landemeau le tocsin sonnait; il réveillait les Bretons, qui sans but encore arrêté, s'attroupaient pour repousser la garde nationale. En apprenant ce nouveau soulèvement, le général Canclaux rassemble les volontaires de Brest, un bataillon du Calvados et plusieurs pièces d'artillerie; puis, dans l'espérance que ce déploiement inattendu de forces effrayera les rebelles, il s'avance vers le pays de Léon, que les mandements de l'évêque ont agité dès les premiers jours de 1790. Canclaux, afin de frapper d'uitimi- , dation les esprits, vient bivouaquer au milieu de la ville même de Saint-PoL
De nombreuses patroqjlles circulent à chaque instant dans les rues, des canons sont braqués sur le front de la vieille cathédrale : toutes ces démonstrations militaires restent . sans effet. Les mères des jeunes réquisitionnaires s'attachent aux pas de leurs enfants , une sombre inquiétude se peint sur leurs traits. On voit beaucoup de ces pauvres femmes qui pleurent D'autres, l'œil en feu, expriment des sentiments d'indignation; elles adjurent leurs fils de mourir plutôt que de se laisser enrôler sous le drapeau de la République. Dans toutes les maisons on aperçoit des hommes armés
qui, pâles t ntis résolus, épient avec impatience le signal qui doit les lancer sur les Révolutionnaires.
liCs soldats de Canclaux se plaignaient de n'avoir pas assez de munitions; ils vont en solliciter k l'hôtel de ville. Prud'homme-Langon, maire de Saint-Pol et ancien uiembre de rAssemblée constituante, n'en avait point à leur fournir. Sur son refus les Bleus lé poursuivent jusqu'à la plaœ, (à ils régorgent sans pitié. Prud*homme-Langon n'était pas roya-» liste, mais ses opinions consciencieuses et l'aménité de ses mœurs le faisaient chérir de ses administrés : ils accourent pour le venger. Les abords de la cathédrale sont envahis par les paysans, qui après s'être emparés de Tarlillerie dont ils ne savaient pas mèukt manier les pièces , se ruent sur les soldats. Ces derniers se déploient en bataille devant la cathédrale; de toutes les croisées il pleut sur eux une grêle de balles qui décime le bataillon du Calvados* Caoclaux a vu de sang^-froid cet échec ; il espère le réparer en mettant à profit la confusion qui règne parmi les insurgés vainqueurs* n les fait charger à la baïonnette , il les disperse et les pousse hors de la ville. Ainsi rejetés, les Bretons s'embusquent dans les fossés et derrière les taillis qui bordent la route , et, par un dernier effort,. ils s'essayent à cette guerre de buissons que leur adresse dans le maniement du lùsii rendra plus tard si funeste aux Républicains.
Toujours poursuivis, mais toujours luttant, les Bretons arrivent au pont de Kerguidu , à deux lieues de Saint- PoL La nouvelle du combat s'était déjà répandue dans les paroisses de Plougat, de fireven, de Plouf évédé, et dans les environs. Les Blancs étaient accoonis k Kerguidu pour défendre le pont ou marcher au secours de leurs iVères, dont les Kerbalanec sont les chefs. Ce renfort offre un point d'appui à ceux qui bataillent depuis le matin. En un . insunt le pont est coupé, lis se remettent en ligne, ils . s'avancent bravement à Tennemi. Canclaux veut choisir une position plus avantsgeuse, il est tourné; il va être complètement défait. Tout à coup une colonne de dix-huit cents hoiiunes, commandée par Prat, administrateur du district de Lesneven, se montre sur ce terrain improvisé.
Les paysans tinrent bon en face des six mille hommes de Canclaux : mais la discipline et la tactique devaient encore à Kerguidu remporter sur le désespoir. Cependant la résistance avait été si terrible qae Ganciaui n'oaa pas profiler de sa victoire. Les deax partis évacuèrent en même temps le champ de bataille.
La ville de Roscofl fut enlevée sept jours après par les Bretons, puis reprise par Canclaux, qui enjoignait d'occuper militairement les paroisses de Cléder, de Plougoulm, de Sibiril, de Ploagoemeau, de Guisseny, de Ploonéventer* de Kerlonan et de Ploodamel. Cette occupation ruinait les projets d'insurrection tracés par la Rouerie; de semblables mouvements n'étaient jamais entrés dans les prévisions de ce chef. Ses conûdeots ne voulurent pas abandonner aux persécutions des gamisaires les paroisses oui vepaient si inopportunément de leur oflMr une preuve de leur ardeur. On décida les habitants de ces pays à traiter avec Canclaux, ' et une contribution de guerre fut frappée sur eux.
Mais la paix obtenue sur im point ne décidait pas les autres à se soumettre.
Les troupes cantonnées à Vannes sortent de cette ville dans la matinée du 26 mars 4705, an moment où toutes les paroisses sont en insurrection. Le général Dupetit-Bois el le colonel Félix les dirigenL Elles s'emparniit de Horhelbrt, dont , depuis cinq jours , les Bretons s'étaient rendus maîtres. Les Républicains délivrent plusieurs de leurs prisonniers, Legall, Goblin, Lucas, Taslé, quarante^-cinq soldats et un capitaine du 109% que les Royalistes avaient épargnés ; alors les mesures révolutionnaires sont mises en vigueur. Dubois (d'Angers), lieuteiiant-colonei du 3« bataillon de Maine-eU» Loire , et chargé, après le succès* du commandement de la ville de Roohefort, raconte en ces termes de quelle manière la liberté sMmplantalt dans les populations. Nous ne citons qu'un extrait de ce rapport : ,
(( Nos soldats, dit le citoyen Dubois (d* Angers), entrent dans la ville, et les chefs se donnent bien de garde de prendre aucune mesure pour empêcher le pillage. On Tavait au contraire permis expressément quelques Jours avant l'at-
taque. Le soldat , qu'aucun frein ne retient plus, s'abandonne librement à toute sa fureur et à sa cupidité. Les portes sont
brisées, les domiciles violés, les propriétés pillées, les meubles fracassés. Rochefort offre de toutes parts une scène dégoûtante de meurtre, de pillage et de débauche. »
Les Royalistes avaient fait grâce aux prisonniers. La Révolution, elle, n'épargnait même pas les habitants inoffensifs, et le procès-verbal des commissaires civils à la suite de cette colonne ne laisse aucun doute sur ces cruautés. On y lit :
« Quelques paysans portant au chapeau un morceau de papier ou de toile blanche, ayant été saisis comme nous faisions route vers Rochefort, et ce signe de rébellion ayant excité l'indignation du soldat, nous avons appris que ces paysans avaient été fusillés. »
Ce rapport, que les exagérations du fanatisme n'excuseront jamais, fut publié, fut lu dans les villes et dans les campagnes. 11 produisit son effet; ne révélait-il pas aux populations ce qu'elles pouvaient attendre du régime révolution- • naire?
Les représentants Billaud-Varennes et Sevestre étaient partis de Paris avec mission de faire tous les sacrifices afin de gagner au moins la neutralité de la Bretagne : la Convention ne se croyait pas assez puissante pour soutenir en même temps la guerre sur les frontières et à Tintérieiir. Billaud-Varennes et Sevestre se chargeaient de séduire ou d'endormir avec des promesses secrètes les gentilshommes et les -insurgés. Le 22 mars 1793^ ils écrivirent de Rennes à la Convention :
<( 11 y a eu déjà plusieurs combats .qui ont coûté la vie à plusieurs citoyens. On a fait beaucoup de prisonniers qui ont été amenés à Rennes. Les prisons en regorgent; ce qui a déterminé le département à mettre le tribunal criminel en permanence, et la demande d'un tribunal extraordinaire établi dans les chefs-lieux des départements en proie à ces hordes de Brigands* »
Billaud-Varennes et Sevestre jouaient ainsi double jeu. Le 26 mars les deux Conventionnels, entraînant eux-mêmes les troupes de Beysser, attaquaient les Bretons qui, abrités dans
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les postes d'ADcqaefert et de Saint-Péreux, allaient s'emparer dè Redon. On les somme de se rendre sous trois heures. Au lieu de répondre à la sommation, les volonlaires, qui étaient commandés par Pierre de Karadeuc, sont les premiers à ouvrir le feu. Beysser se précipite dans les retranchements, que son artillerie bat en brèche d'un autre côté. Les assiégés se défendent avec vigueur ; mais bientôt ils n'ont plus de munitions. Ils renoncent à ces postes, et ne laissent à l'ennemi que deux cadavres. C'est de là que , le 27 mars 1793, Biliaud-Yarennes et Sevestre adressent aux amis de l'égalité composant le club de Rennes une lettre dans laquelle on lit :
« Sans doute, frères et amis , il est douloureux de porter le fer et le feu sur le territoire de sa pairie ; mais quand il s'agit de la sauver elle-même, quand les circonstances sont telles qu'il faut vaincre promptement ou tout perdre; quand le drapeau blanc flotte partout autour de nous; quand la malveillance a mis tout en jeu pour faire manquer cette expédition si instante et si nécessaire; quand enfin, au moment même de partir, des êtres pusillanimes sont venus répandre la défiance et la crainte parmi les soldats de la liberté, eu nous réprochant de condqire infailliblement vos concitoyens à la boucherie; certes, vous concevrez que ce n'est pas le moment de mollir, et qu'il faut à la fois rassurer Tes faibles par des actes de vigueur et épouvanter les contre-révolutionnaires par des exemples éclatants. »
Billaud-Varennes et la Convention peut-être elle-même n'étaient pas encore arrivés au paroxysme de sanglante fureur qui plus tard épouvanta la France. Ils calculaient leurs chances plus ou moins favorables, et, dans la crainte de la double guerre éclatant simultanément sur les provinces de l'Ouest, ils sentaient qu'il fallait par-dessus tout se montrer indulgents d'un côté afm de pouvoir sévir impunément de l'autre. Les événements de la Vendée étaient connus. En douze jours la Vendée s'était improvisé une armée et des généraux; elle avait triomphé partout où elle avait combattu. 11 n'était donc plus possible de suspendre son mou- .vement; mais la Bretagne n'avait pas procédé avec autant de
Diyilizea by
régalarité. Ses insurrections partielles n'avaient encore prodoit aucun homme exceptionnel , aucun de ces chefs dont le
nom, les talents, le courage et les vertus sont un drapeau. Canclaux , ce général qui , par son humanité politique , contraste d'une manière si tranchée avec les cruautés natio* nales, fut le premier qui eut la pensée de pacifier momentanément la Bretagne , afin de lancer les armées de la . République sur l'Anjou et sur le Poitou. La lettre que, le 3 avril 1793 , il adressa aux représentants du peuple Sevestre etBillaud-Varennes, explique parfaitement la conduite qu'ils vont tenir.
«Vous savez, citoyens, leur dit-il, quelle est ma façon d'envisager les malheurs dont nous sommes enloorés. Vous
l'avez vu par vos yeux vous-mêmes : la partie n'est pas lenable. Plus de deux cent mille hommes se sont levés en Bretagne dans la dernière quinzaine de mars. Leur rébellion contre la loi Dait de beaucoup de causes souvent indépen* dantes les unes des autres , mais qui se rattachent toutes à deux principes : la Religion et la Royauté. De l'autre côlé de la Loire les mêmes principes ont mis en jeu d'autres populations. Elles ont pris toutes pour prétexte la loi du 2k février aur le recrutement. Cette loi était nécessaire sans doute , mais elle a été mal appliquée. Les peuples que nous avons à combattre ne sont pas aussi faciles à gouverner que les habitants du centre de la France. 11 y a ici une individualité et un amour du chez soi que la liberté n'a pu vaincre, car la liberté a trouvé des leviers opposés aux miracles qu'elle enfante ailleurs ; mais la Vendée se présente plus menaçante : elle a déjà livré des batailles en règle , mis en fuite des généraux, et elle a trouvé des olliciers habiles. Il faut donc que la nation accepte la gageure que soutiennent les rebelles ; c'est mon opinion; mais tout en l'acceptant, il faut calculer qu'avec la guerre à l'étranger, qu'avec nos divisions intestines , il est impossible de fournir à toutes ces provinces. La Vendée a eu des sùccès r elle est en avant; nous devons nous occuper d'elle jusqu'à la morL Par bonheur, en Bretagne les choses n'ont pas tourné si mal. Le caractère des insurgés n'est pas aussi docile dans les campagnes bretonnes que dans
DE LA V£NOÉE MlLIXAlKE. 107
le Bocage de TAnjou et du haut Poitou. Ici ils n'obéissent point aussi facilement, et ils n'ont peut-être pas aussi le même entrfiûuQemeul que leurs associés d'au delà de la Loire.
» Je crois donc que des mesures instantes doivent être prises pour ne pas mettre sur les bras de la République deux
embarras à la fois. J'ai parcouru toutes les campagnes insurgées; j'ai vu leurs prêtres et leurs hommes d'action. Ce n'est pas d'après le plan de la conspiration de la Houërie qu'ils se sont soulevés. Le plan de la Rouerie tendait à faire de la Bretagne ce que le basard.a fait de la Vendée* Après la mort de ce conspirateur, M. de Malseigoe , qui devait suivre ses projets, n'a pu se rendre dans la province : ils sont abandonnés. La révolte qui vient d'éclater tient à deux causes : à la persécution contre les prêtres et au refus des paysans de prendre fait et cause pour la Républiqpie; ils veulent rester catholiques et ne pas servir. C'est à vous de voir maintenant si vous pouvez leur accorder en silepce et presque en cachette l'objet de leurs vœux. Ces insurrections n'ont entre elles aucun accord. Il est facile de s'en tenf Ire avec les prêtres, de leur dire de retourner dans leurs paroisses où 38 ne seront plus persécutés, et de persuader aux jeunes geos qu'ils ne partiront pour la frontière que lorsqu'ils m témoigneront le désir. Les Patriotes exaltés se plaindront peut-être de cette tolérance; ils sont dangereux et làciies pour la plupart, n'allant jamais au combat qu'à contre-coaur ' ets'enivrant autant de sang que d'eau-de-vie. Les clubs noos traiteront de républicains tièdes ; mais soyes bien convaincus que tout cela s'en ira en fumée. Proposes-leur de marcher seuls en Vendée ou contre les rebelles de ce pays : ils reculeront, je les connais. Par leur manière d'agir, ils ont compromis la cause nationale. Si on n'eût pas laissé tous ces hurleurs de patriotisme faire de la liberté en vexant les consciences et en persécutant les nobles et les hommes paisibles^ la nation ne serait pad obligée de songer è une guerre civile, toujours affreuse, quels qu'en soient les résultats. Il n'y a plus à revenir là-dessus. 11 faut triompher de l'insurrection ou périr ; mais pour assurer ce triomphe « vous devez faire
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en sorte d'isoler ces deux provinces Tune de Tautre. Empêchez les communicalions par terre et par mer. Étouffez l'une par la douceur aûn de pouvoir étouffer l'autre par les armes. Si vous leur laissez le temps de combiner leurs tentatives, si UD homme comme la Rouerie apparaît, il y a danger pour la République.
» Je ne vous cache pas mon sentiment : c'est celui des généraux Verteuil , Marcé et Bourdonnais. Beysser est trop jeune et n'a pas assez d'expérience pour comprendre ces choses; il ne demande qu'à se battre. Domiez-lui un commandement dans le haut Poitou , et, par des détours de conciliation auxquels la Bretagne sera reconnaissante , faites-lui tomber les armes des mains. »
La dépêche de Canclaux s'accordait parfaitement avec les idées des Patriotes les plus éclairés. £lle fut pour les représentants un trait de lumière ; ils en saisirent la portée et se mirent secrètement à l'œuvre. Les Bretons s'étaient révoltés pour ne point obéir à la loi qui les faisait soldats de la République; ils tenaient aussi à conserver dans leurs paroisses les prêtres qui avaient refusé le serment à la constitution civile du clergé. Biilaud-Varennes et Sevestre, qu'effrayaient les succès toujours croissants des Vendéens, se décidèrent à suivre l'avis du général Ganclaux. Alors, tout en affichant dans les sociétés populaires l'exaltation la plus démagogique, ils surent si à propos user d'indulgence ou fermer les yeux sur certaines infractions aux lois des cltbs, que bientôt le calme commença à renaître dans les esprits.
Par des marches et des contre-marches habiles, ils dirigèrent les gardes nationales sur les lignes où il était à peu près impossible de se voir en face d'une bande; ils les fatiguèrent sans proûL pour leur soif de persécution. Peu à peu, en faisant annoncer sous main dux ecclésiastiques insermentés qu'ils pouvaient sans crainte rentrer dans leurs paroisses , ils amenèrent un certain nombre de femmes à ne plus se montrer si hostiles à la Révolution. Les jeunes gens, qui ne trouvaient pas d'ennemis à combattre, et qui, pour assurer leur liberté , n'avaient plus besoin de fuir ou de se cacher sans cesse, proiitèrent à leur tour de la tolérance
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èccordée. Ils ne songèrent pas à servir la cause démocratique; mais on les vit les uns après les autres déposer les armes , et ajourner leurs projets de révolte jusqu'au inomeol où Ton viendrait encore troubler leur repos.
Pour la Convention cet ajournement fut un coup de parti; pour la Vendée ce devait être une source de désastres plus ou moins rapprochés. Mais la Bretagne ne connaissait que Irès-indireclement les événements qui s'accomplissaient sur l'autre rive de la Loire; elle n'avait reçu iuiciine communication des espérances et des succès de ses frères du* Bocage. Elle crut que la paix tacite qu'on lui laissait n'était due qu'à ses démonstrations armées : elle en resta là. Billaud-Varennes et Sevestre, auxquels la Convention adjoignit les représentants Guermeur et Maillard, ne mettaient pas dans le secret • de leur politique les enthousiastes de la guillotine, qui, à la tribune de leurs clubs, demandaient sans cesse de nouvelles mesures d'oppression. Pourtant il fallait accorder satisfaction à leurs désirs, qui souvent étaient des ordres.'
Le 23 mars, Beysser, après avoir repris la Roche-Bernard, venait de faire saisir dans les environs un paysan que les Républicains soupçonnaient d'être le meurtrier de Joseph Sauveur. Beysser l'avait condamné à mort, et, sous ses yeux , il lui faisait trancher la' tète sur ta place des halles, en présence des habitants, que, malgré la nuit, il avait fait rassembler à son de trompe. Des tribunaux et des commissions militaires jugeaient sans désemparer. En vertu d'un arrêté pris à Vannes le l*' avril 1793 par Maillard et Guermeur, on devait, sans autre forme de procès, procéder à l'emprisonnement des pères, mères, frères, sœurs et enfants d'émigrés , ainsi qu'à l'arrestation des religieuses non sorties volontairement du monastère, et des domestiques ayant servi les prêtres insermentés.
Il faut le dire, ces mesures ne s'appliquaient en Bretagne qu'avec réserve et presque à contre-cceur. Le système de Canclaux réussissait, et, pour satisfaire des haines particulières ou servir par le sang des vengeances locales, les Conventionnels n'étaient pas jaloux de s'en départir. Des exécutions néanmoins eurent lieu dans certaines villes, mais
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HO mSTOTRC
on eut soin de resserrer le plus possible le cadre dans lequel elles s'étendirent. Oo jeta an peuple des Saos-Culottes deux 00 trois têtes des gentilshommes qui, comme ies du Beroard et Caradeuc, avaient pris une part trop prononcée àTinsurrection. A l'égard des prêtres et des cultivateurs, on amortit peu à peu le zèle de la visite domiciliaire et de l'arrestation préventive. On vendit au nom de la Nation certaines propriétés particulières; on en confisqua d'autres. L'incendie révolutionnaire dévora plusieurs châteaux, mais on épargna les chaumières. Les paysans, abusés par cette espèce d'amnistie tacite, se laissèrent prendre aux sentiments de fraternité qu'on se montrait heureux de leur témoigner.
Les choses durèrent ainsi jusqu'au moment où la Convention put envoyer des troupes en Bretagne pour étouffer au besoin les ferments d'une nouvelle guerre. Lorsque les autorités républicaines se virent appuyées par 'de nombreux bataillons, elles oublièrent leurs terreurs du mois de mars, et, convaincues que la jeunesse de Bretagne ne préparerait plus d'autres soulèvements, elles se laissèrent aller à la passion qui les dominait : elles persécutèrent. On rechercha ceux que l'on jugeait compromis par suite des troubles précédents, on inquiéta les recteurs rentrés dans leurs paroisses : on iotroduisit ies assignats de la Nation dans ce pays qui refusait même de se servir de la monnaie d'or et d'argent frappée au coin de la République; on essaya surtout de faire partir pour les armées les innombrables réfractaires qui n'avaient pas obéi à la loi du recrutement.
Les Bretons ne se plaignirent pas des vexations auxquelles ils étaient de nouveau en butte; mais dès la fin de mai 1793 ils commencèrent k se grouper dans chaque localité. La République s'opposa k ces rassemblements; elle tenta de rompre par la violence ces petits corps disséminés qui protégeaient leurs prêtres, et qui , sans le savoir, se plaçaient en état de révolte, tout en n'ayant d'abord d'autre but que de résister aux agressions individuelles dont ils étaient l'objet.
Entreprenants et rusés, les Blancs savaient se soustraire à la poursuite des forces supérieures envoyées contre eux ; ils s'informaient de leurs mouvements militaires; ils les tour-
naient avec adresse. Go voyait ces noyaux de bandes s'atta- ' quer aux brigades de gendarmerie , quelquefois même aux gardes natîonates , qui ont toujours été pour les paysarts des
ennemis très-peu redoutables. Lorsqu'i-ls avaient à mener une expédition de quelque importance, ils se réunissaient éventuellement; et /avec la science du pays, depuis longtemps acquise , ils apprenaient dans ces expéditions à mettre de l'ensemble et surtout à se discipliner.
Cette guerre sourde qu'inauguraient de simples villageois sans chefs ne mérita dans son origine aucune attention; les regards, les vœux et les espérances se portaient ailleurs. Relégués au fond de leurs forêts , ces laboureurs n'attaquaient que des détachements isolés et des convois. Quand les voi-^ tares publiques étaient chargées des fonds du gouvernement; ils s'en emparaient. Mais la Révolution ne savait au juste ni leur nombre ni leurs intentions poliliques; elle ignorait le nom de leurs officiers, les retraites qu'ils se choisissaient, et. dans Timpossibililé de leur attribuer un signalement, elle les laissa aioi^i pendant un certaia laps de temps s'organiser sous le voile de Panonyme. Le hasanl leur donna le nom de Chouans.
Dans la paroisse de Saint-Ouen des Toits , à deux lieues de Laval, département de la Mayenne, vivaient sur la close^ rie des Poiriers quatre frères, fils de Pierre Gottereaui bùdieron , et de Jeanne Moyné. Cette femille était connue dans le pays sous le nom de Chouan , qui avait été donné k son aïeul, parce que, dans toutes les réunions de village, il se tenait à l'écart. On l'accusait d'imiter l'isolement duchatbuant, et, par corruption de langage, ses voisins étaient arrivés à le surnommer ainsi. Jean Cottereau, ou plutôt Jean Chouan, le second des fils de Pierre Cottereau , naquit dans la paroisse de Saint-Berthévln, le 80 octobre 1757. 11 fut faux-saunier dès son enfance, c'est-à-dire à la limite de la Bretagne , terre de franchise non sujette à l'impôt de la gabelle ; il ne put jamais s'expliquer pourquoi le paysan breton ne payait- qu'un son la livre de sel, tandis que le paysan du bas Maine devait la payer treize. Les Manceaux avaient fait de la contrebande un état; Jean Chouan les*
lis HISTOIRE
imita : il guerroya contre les gabeleurs. On le vit longtemps faire avec eux assaut de ruse et de bravoure ; mais un jour il tomba dans le piège qu'ils lui avaient teodu. Après en avoir blessé plusieura, il fut obligé de se rendre; il n'y avait pas de merci à espérer. '
Sa mère , qui était veuve, laisse à la garde de Dieu ses cinq . autres orphelins, et seule, à pied, sans argent, elle prend le chemin de Versailles. Elle fait soixante-dix lieues en cinq jours , et arrive à la grillé dorée du château. Un genlilhoaime, touché de sa douleur, la place sur le passage du Roi, et lui indique de quelle manière il faudra remettre le placet qu'il a rédigé pour elle. Jeanne Chguan aperçoit le Roi, sa leçon est oubliée ; la pauvre veuve embrasse les genoux de Louis XVI : «Grâce 1 s'écrie-t-elle, Sire,, grâce pour mon enfant! il est faux-saunier« mais c'est pour donner un peu de pain à sa mère et à ses frères. i> Le Roi fut attendri et la grâce immédiatement accordée. Le Roi sauva ce jeune homme; ce jeune homme plus tard défendit la cause du Roi, et le 15 août 1792 Jean Chouan le preoiier dans le bas Maine poussait son cri d'insurrection contre le principe révolutionnaire.
Ce jour-là les administrateurs du département de la Mayenne, entourés de gendarmes et de gardes nationaux, étaient ^ Saint-Ouen; ils menaçaient de la prison et.de la mort les jeunes gens qui ne se laisseraient pas improviser volontaires. La plupart des Mauceaux tremblaient sous ces menaces. Tout à coup une voix s*élève; c'est celle du fauxsaunier auquel Louis XVI a fait grâce : « Non, non , point de volontaires! crie-t-eile. Si c'est le Roi qui nous appelle, nos bras, nos cœurs sont à lui ; nous marcherons tous, je réponds pour tous ; mais s'il faut partir pour protéger ce que vous dites être la liberté et l'égalité, partez vous-mêmes. Nous, nous sommes tous au Roi et rien qu'au Roi. » A ces paroles électriques de Jean Chouan la foule répond : a Oui, tous au Roi et rien qu'au Roi. » Jean Chouan s'élance sur les autorités. Dix minutes après, magistrats, gendarmes, gardes nationaux fuyaient devant ces laboureurs qui tout à l'heure pâlissaient d'effrcM,
Oe ce jour-là Jean Chouan fut leur chef. Personne ne le choisit ; on regarda comme chose toute naturelle de lui obéir. Lui prit le commandement comme s'il eût su cer qu*il allait entreprendre.
Ses premières expéditions , où il y a tant de bravoure et d'humanité perdue même dans la mémoire de ses compatriotes, furent destinées à sauver ou à affranchir les prêtres et les gentilshommes du joug qui pesait sur eux. Les compagnons de cet homme qui se levait contre la Révolution furent tout à la fois des soldats chrétiens et des Royalistes exaltés. Jean Chouan avait servi pendant six années dans le régiment de Turenne ; il appréciait les avantages de la discipline et ceux d'une guerre régulière; mais il ne songea pas à y astreindre les insurgés, qui, comme leurs frères de Bretagne , gardèrent le costume traditionnel.
Leur aspect eut toujours quelque chose de sauvage ; ils n'avaient pour arme qu'un fusil ou qu'un bâton, que dans le pays on appelle une ferte. On s'en sert habituellement pour franchir les l^aies. Les faux-sauniers en avaient fait depuis longtemps une arme redoutable : dans la main des insurgés elle ne dégénéra pas. Ils étaient coiffés d'un bonnet de laine brune ou d*un chapeau à larges bords , ayant peine à couvrir les longs cheveux plats qui roulaient en désordre sur leurs épaules. Les Manceaux de nos jours, les vieux AuUrci Cenomani, sont encore comme du temps de César promisse capiUo. Des culottes courtes et qui ne serraient pas le genou laissaient au jarret nu toute sa liberté. Dans le Maine, ainsi qu'en basse Bretagne , ces larges culottes s'appellent braies, et le poëte Martial les a dépeintes eu ces vers :
Tarn taxa est
Quam Teteres brac® Britonis pauperis.
Afin de se protéger contre la pluie ou le froid , ils avaient,
à l'exemple de tous les Bretons, une casaque de peau de chèvre garnie de ses longs poils. Pour signe de ralliement, les uns arboraient sur la poitrine un scapulaire et un chapelet» les autres un cœur de Jésus, marque distinctive d'une confrérie qui s'astreignait chaque jour à une prière commune.
De son ancien mélier Jean Chouan avait retenu fidèlement un mot Quand celui que les contrebandiers surnommaient en riant le Grand-Menteur, parce que pour son courage
tout seiiiblaiL facile, avait dit : « Il n'y a pas de danger! » ils se lançaient au milieu des périls , et rien ne pouvait les arrêter. Ces paysans croyaient à la parole de leur dbmpagnoo ; ils le voyaient si rapide au feu , si habite dans la retraite , si ardent pour &es amis, qu'ils avaient en lui une folT aveugle. Jean Chouan était fait pour inspirer la confiance. D'une beauté mâle, d'une force prodigieuse, d'une infatigable aclivilé, il grandissait avec le péril. « C'était un gars ferieux, disent encore ceux qui l'ont connu, et quand il se fâchait il allumait du vermillon dans sa Ggure. »
Le premier combat qu'il livra fut contre les gardes nationales de la Brulatle , de Saint-Germain-d'Andouillé el de la Baconnière, qui, après avoir dévasté les paroisses de Launey-Villiers et du Bourgneuf , allaient mettre le feu au cbâleau de Frénay. Jean Chouan les assaillit ; ses soldats n'avaient encore pour armes que des fourches ou des fertes ; pourtant ■ les patriotes reculèrent. On les poussa plus vivement; on en tua une vingtaine, on en blessa beaucoup plus : ils prirent la fuite. Leur panique fut si grande qu'ils oublièrent sur le terrain le butin dont le vol les avait enrichis. Le nom de Jean Chouan retentissait aux oreilles des autorités. Il fut décrété de prise de corps et comdamné à mort; mais après avoir essuyé un échec sur la chaussée de l'étang de la Chaîne, il voulut laissera ses blessés le temps de se guérir : il passa en Bretagne , et se mit à la disposition des Royalistes.
La guerre éclata partout. Jean Chouan, qui avait suivi le prince de Talmont dans ses courses aventureuses, lorsque ce dernier, en 1792, cherchait h insurger le Maine et le Poitou, Jean Chouan revint à son village, où il savait bien qu'il trouverait des soldats. Avec son frère François et deux autres paysans, ils se retirèrent, vers le milieu du mois d'avril i 793, dans le bois de Misdon » non loin de la forêt du Pertre, c'est dé cette époque que date la Chouannerie. Les Patriotes, frappés de la singularité de celte dénomination, qui laissait dans les esprits un vague sentiment de supersti-
Di: LA VENDÉE MIUTAIBC. Ilj
tion oa de crainte, rétendireDt an insorgls twelOQS : ils furent Chouans comme les Vendéens étaient Brigands.
L'élan était imprimé ; il n'y eut pas une piroisse qui refusât son concourâ; elles vinrent protester, les armes à la main, contre raoarcbie et contre le système républicain. La Saribe et la Mayenne n'eurent plus bientôt dans leurs fertiles campagnes que des insoumis. Ce fut la guerre avec toutes seà horreurs, que cette fatale année de 1793 apporta dans ces provinces, mais une guerre qui grandit les hommes et donûa aux Royalistes la mesure de ce qu'ils pouvaient ^tenter. La liépubiique se glorifiait de ses enfants qu'elle jetait demi-nus, sans chaussures, presque sans armes, sur les puissances de l'Europe. Les gars de l'Ouest offrirsot le spectacle d'un pareil enthousiasme; et ceux-là n'allaient pas attaquer des ennemis inconnus, des étrangers dont ils ' ignoraient les mcsurs et le langage. lU s'adressaient à leurs compatriotes, qui, après leur avoir mis le pied sur la gorge, les forçaient à se dire libres. Ils ouvraient la guerre du foyer domestique et de la famille. Cette génération de Blancs la fit avec une de ces audaces que l'histoire doit populariser, car jamais plus noble pensée d'indépendance nationale ne germera dans des têtes françaises. H y eut des villages qui marchèrent jusqu'au dernier enfant à l'assaut de la Révolution. Celui d'Anvers-le-^Hamon , à une demi-liene de SabM, offrit l'exemple, et il resta comme les autres jusqu'à la fin sur la brèche qu'il avait pratiquée.
Mais la forêt du Pertre n'abritait pas seule des mécontents; celle de Lorge servait de retraite à Bernard de Villeneuve , un des conjurés de la Rouërie. Il avait autour de lui deux ou trois cents paysans, dont le nombre grossissait ordinairement selon les besoins du moment m en raison des vexations dont les habitants des Gôtes-du-Nord étaient les victimes. La forêt de Fougères était, dans le département d'IUe-et- Vilaine, le refuge d'Aimé du Boisguy, qui, jeune, téméraire et plejn de bravoure , avait su mériter la confiance des insurgés de ces cantons. Un autre ami de la Rouérie, Charles de Bois-Hardy, ancien officier au régiment de Royal-Marine, avait, entre Lamballe et Moncoatour, fortoé
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des bandes redoutables. L'assurance qu'il inspirait était telle, . qua tous , avec leur crédulité native , le nommaient le Sorcier; mais c*était encore dans le Morbihan que l'insurrection trouvait les cœurs les plus chauds et les soldats les plus déterminés. Issus de cette race de Venètes qui , comme les gara du pays des Mauges, surent toujours résister à César et sauvegarder leur vieille liberté , les Morbihannais ont plus d'un point de contact avec les Vendéens.
Doux et hospitaliers comme ^eux, ils sont encore, ainsi qu'eux, braves el infatigables. C'est dans leurs bois ou dans leurs villages qu'on vit les premiers mouvements s'orga niser. Les prêtres purent y exercer sans interruption leur saint ministère, et plus d'une fois pendant les offices on entendit les jeunes gens, qui s'étaient constitués les gardiens des ecclésiastiques, faire le coup de feu à la porte des églises qu'ils défendaient, tandis que leurs mères, à genoux, sur les larges dalles du sanctuaire, priaient pour eux et pour la France. La Rouërie avait fait du Morbihan le centre de ses opérations; ce fut un honneur dont ce département ne consentit pas à déchoir. Il était le privilégié de l'oppression civique; mais cette oppression même n'avait servi gu'à développer son énergie. Le premier il courut aux armes lors des soulèvements du mois de mars; il y renonça le dernier, encore ne fut-ce que pour mettre plus d'ensemble dans ses mouvements. Le Morbihan, toujours prêt à se révolter contre la Révolution , avait déjà des chefs plus influents que les autres parties de la Bretagne. Le comte de la fiourdonnaye- Coëtcandec« le chevalier de Siiz et le comte de Boulain- . villiers étaient en évidence: mais la Rouërie lui avait imposé une organisation par cantons, et, en réalité, c'étaient les ofliciers de ces divers cantons qui exerçaient la plus juste influence. Parmi eux on comptait déjà l'intrépide Guillemot, les deux Lanlivy, Francheville , Jean-J^n, de Troussier et plusieurs autres noms que la suite des événements ramènera sous notre phime.
Entre ces diverses fractions de l'unité bretonne, il n'y avait encore aucun accord patent. Tous agissaient d'après leur propre impulsion ; mais, dans le principe, cette division
DK LA VENDÉE MILITAIKE. 117
de forces permit à chaque .bande d'opérer sur une petite échelle; en même temps elle écarta une surveillance trop
active qui aurait nui à leurs progrès. La République, qui chaque jour rencontrait en Vendée une armée à combattre, méprisa d'abord ces Chouans, qu'il lui était impossible d'amener en rase campagne , et qu'elle n'apprenait à connaître que par le mal qu'ils lui faisaient dans le fond de leurs bois. Ils vivaient donc à peu près paisibles, attendant un général qui pût tous les réunir sous sa main. Les plus audacieux avaient suivi l'exemple de Georges Cadoudal; ils s'étaient rendus en Vendée pour s'initier aux fatigues et aux dangers de la guerre ; mais les masses n'avaient pas osé quitter leur patrie. Elles se contentèrent de pousser des volontaires sur les routes fréquentées, d'inquiéter tour à tour Rennes, Vitré, Vannes, Lorient, Qiiin^per, Pioërmel, les villes les plus républicaines et le littoral ; ensuite on les vit assister sans s'y mêler à la grande lutte des Montagnards et des Girondins, qui, après s'être décidée à Paris, se renouvela en Bretagne et en Normandié.
Il était d'un minime intérêt pour les Royalistes bretons de savoir à laquelle des deux factions conventionnelles le pouvoir devait rester. Que l'éloquent et faible Vergniaud triomphât de VineorruptibU Robespierre , ou que les doctrines de Marat vinssent écraser les théories de Gondorcet, peu importait en effet à la Bretagne monarchique: les Girondins ne montraient pas plus de justice à son égard que les exaltés de la Montagne. Elle laissa passer sur sa tête les orages que suscita autour d'elle cette guerre intestine entre les régicides; elle entendit les Bleus, qui chaque jour maudissaient les troubles civils fomentés par les Blancs, s'appeler euxmêmes aux armes; elle les vit se réonir dans deux camps opposés , et se tuer avec acharnement.
Quand cette expérience lui fut acquise, la Bretagne , bien persuadée, même par l'exemple des Républicains, que la guerre civile n'est une mauvaise action que pour les partis dont elle froisse les intérêts ou dérange les plans d'asservissement général , la Bretagne s'apprêta à mettre en pratique la leçon que ses principales cités avaient recueillie.
lis HfSTOIlB
Les unes s'élaient dévouées à. la cause de la Gironde, les autres avaient marché pour la Montagne. La Gironde, vaincue k la tribune de la Convention et dans les rues de Paris* en appela de sa défaite aux provinces fédéralistes. Elle avait encore succombé; mais le principe était posé. La guerre civile fut, par les Patriotes eux-mêmes, reconnue légitime et de droit naturel; il ne restait aux Aoyalistes qu'à en tirer les conséquences.
Et afin qu'on ne paisse pas nous acouser de torturer les faits pour ou contre un parti quel qu'il soit, nous allons « sans aborder l'histoire des dissensions intestines de la Montagne et de la Gironde, c'est-à-dire des exaltés et des modérés de la Révolution, publier un manifeste qui a reçu l'approbation de tous les Conventionnels proscrits au 31 mai 1703. C'est Barbaronx, député de Marseille à la Convention nationale, et, ainsi qu'il signe lui-même, « expulsé par la force du poste où l'avait placé la volonté du peuple » , qui s'adresse ainsi à ses compatriotes et à ses concitoyens :
• c Au milieu de nouvelles persécutions dont je m'honore d'être victime, je n'ai pu répondre aux témoignages d'eàtime
que vous m'avez donnés. Ma réponse est dans mes actions. C'est en combattant la nouvelle tyrannie qui s'est élevée dans Paris; c'est en portant dans les départements où j'ai pu pénétrer la statue brisée de la liberté ; c'est en ralliant les Français autour d'elle pour la relever; c'est en la couvrant de mon corps , et en mourant pour elle, que je suis, que je serai digne de vous.
')) Mais pour qui donc les trahisons des dominateurs de Paris sont-elles encore un doute? Pour qui leurs calomnies envers nous ne sontrolles pas usées? Accapareurs de toutes les places, pour eux et pour leurs parents, ils nous appelaient intrigants, nous qui avions fait décréter que les représentants du peuple seraient exclus de toutes les places pendant six ans! Gorgés d'or, et dans leurs superbes voitures, ils nous accusent de corruption, nous qui vivions du pain des pauvres et parcourions les riies en vrais apôtres de la liberté I Fabre d'Églantine, doot le frère, vendeur
DE LA VENDÉE MILITAIRE. Il*)
d*orviétan à Commercy, est aujourd'hui colonel à Commercy ; Fabre d'Eglantioe avouait à Marai, dans le Comité de salut public, douze mille livres de rente acquises dans une seule annéô, et Brissot restait trente-six heures à Paris sous le couteau des assassins, faute d'argent pour son voyage. Danton se mariait, et constituait à sa femme quatorze cent mille livres de dot« le jour où je recevais pour sortir de Paris un secours d'argent, au aom de Marseille et de la main de ses commissaires. — Marseillais, voudriez-vous coïirber votre tête sous la verge de ces vils dominateurs? César, Cromwell, furent des tyrans exécrables; mais ceux-là sont mille fois plus exécrables encore qui n'ont d'autres victoires à citer que les assassinats du 2 septembre* d'autres trophées que les dépouilles des naalheureux Belges* et d'autre$ titres à la reconnaissance des peuples que des crimes , et puis encore des crimes.
» Français, levez- vous, et marchez à Paris!
» Marchez à Paris, non pour combattre les Parisiens, qui vous tendent les bras , mais pour fraterniser avec eux ; mais pour les délivrer de Top pression de leurs tyrans; mais pout jurer avec eux , avec les hommes du Nord, Tunîté et Tindivisibilité de la République. Bretons, Marseillais, vous avez le 10 août, sur la place du Carrousel, vaincu la tyrannie des Rois t c'est là que le rendez-vous est donné pour vainci^e encore la tyrannie des dictateurs.
» Marchez à Paris, non pour soustraire les députés proscrits au glaive de la loi, mais pour èxiger au contraire qu'ils soient jugés par un tribunal national ; mais pour faire juger aussi tous les représentants du peuple , tous les ministres , tous les administrateurs de Paris. Il faut que tous les hommes dont la fortune s'est accrue dans les fonctions publiques restituent ce qu'ils ont volé. 11 faut que les assassins soient punis, et les dictateurs précipités de la roche Tarpéienne.
)) Pardon pour les hommes égarés; justice contre les brigands^
* Dans la pensée de Barbaroux et de ses amis de la Gironde^ Tépilhète
de brigands ne s'adresse point aux Vendéens, mais^ à tout les représen—
tanti du peuple, à loue les minUtru, à loue lee adminiilrateur» de Parie
130 liisroiRË
» On m'accusera de vouloir vous. soulever! oui , je vous
soulève; je soulèverai la France entière contre des brigands. Rappelez-vous les jours mémorables de notre première insurrection en 1 789 , quatre mois avant la prise de la Bastille. Tel que je fus alors, tel vous me verrez encore au poste de Thoonepr. Décrets d'accusàtion , poignards, échafauds, je braverai tout; deux sentiments seuls embrasent et consument mon cœur : c'est l'amour de la liberté et la haine de la tyrannie. »
A la même date, l'assemblée centrale de résistance à l'oppression des départements réunis, séant à Gaen, adressait aux citoyens^ frèrei et amit^ administrateurs du département de la Seine-Inférieure, un appel encore plus explicite. Les Rouennais raisonnaient leur fédéralisme; ils paraissaient peu soucieux de se jeter dans les hasards d'une guerre civile pour rendre aux Girondins la puissance que leur éloquente faiblesse avait compromise. Cette assemblée centrale, que présidait L. J. Roujoux, et dont le Graverend était le secrétaire, s'éxprimait ainsi pour relever les courages abattus :
« Vous craignez la guerre civile, dites- vous! et ne voyezvous pas que ce sont vos indécisions qui nous la donneraient, s'il était possible qu'une cause aussi sainte pût trouver assez de contradicteurs pour engager un combat? Que tout républicain sente comme nous l'injure faite au peuple; qu'il marche, et les Brigands disparaîtront c;)mme l'ombre. Non, la vertu n'est pas en minorité sur la terre. Ce n'est pas un acte de guerre civile que le coup qui frappe un assassin sur i'échafaud. Celui qui demande que force reste à la loi ne proclame pas la guerre; ceux-là seuls peuvent l'occasionner qui, au lieu de secourir de leurs armes celui qui fait entendre ce cri respectable, le laisseraient aux prises avec les Brigands.
» Vous craignez la guerre civile ! Eh bien , c'est pour cela même, citoyens, qu'il faut vous joindre à nous; car« ne vous y trompez pas, rien ne peut nous détourner de notre
dont la proclamatioa ginNidiDe trace un portrait ansii fidèle qu'époq^vuttable.
Digitizod by Gû*..wtL
DR LA VKNDÉB MILITAIEE. 131
objet. La résistance à Toppression est le plus saint des devoirs. Vainement une poignée d'esclaves, une majorité même, égarée ou lâche, voudrait ratifier les violences exercées contre nos représentants, c'est-à-dire contre nous. Dans ce cas, la résistance d'un seul citoyen serait légitime; rien ne peut légaliser la tyrannie. Si des Français nous combattent, c'est qu'ils ne seront pas dignes d'être libres; ils ne seront plus nos frères. Si nous succombons, nous mourrons ; nous avons juré de ne pas survivre à la perte de la liberté. ^
> Nous ne voulons point de transactions; on ne transige point avec les principes. I^a liberté n'est point susceptible de plus ou de moins. Nous voulons des lois faites par l'intégrité du corps représentatif; nous voulons la punition éclatante des coupables , quels qu'ils soient; nous voulons que les trésors volés à la nation soient restitués; nous voulons que la vertu seule préside à la délibération d'une constitution qui doit, par l'exercice de toutes les vertus, assurer le bonheur aux Français ; nous voulons que le crime dis-
* paraisse du milieu de nous; nous l'obtiendrons ou nous inqurrons.
n Nous ne voulons point de médiation : pour des Républicains, il n*y a de médiateur que la loi. Ainsi que vous, nous
craignons de verser le sang de nos frères ; mais les conspirateurs du 2 septembre, du 10 mars, du 2 juin, mais les Brigands du 25 février et du 1*' juillet, ne sont pas nos frères ; les triumvirs , les centumvirs , les dictateurs sont les ennemis des Français; les attaquer, les vaincre, les envoyer à l'échafaud , c'est ôter à Pitt et Gobourg leurs plus fidèles auxiliaires.
> Vous craignez la guerre civile I et que ferez-vous si elle éclate ? Resterez-vous neutres, ou marcherez- vous contre nous 7 Dans l'un et l'autre cas vous ne seriez plus nos frères, car notre cause est juste; elle est celle de la liberté , qui ne sait se plier à aucune considération, qui veut le règne des lois avant tout. Ralliez-vous donc aux principes dès à présent, puisqu'il vous est impossible de vous en écarter jamais.
' Prévenez tout événement funeste, en présentant avec noua
i%2 histoire;
line oMSse de Républicains inflexîbto qui veulent la liberté ou la mort
D Citoyens, le mouvement spontané que vous attendez de
vos administrés est impossible ; ne pas le provoquer c'est l'empêcher. Et qui donc peut les éclairer, si ce n'est vous ? qui peut les inierroger, si ca n'est vous? qui peut porter dans les cœurs ce brûlant amour de la liberté » cette indignation profonde pour le crime et la tyrannie? Qui peut peindre avec énergie celte flétrissure que des dominateurs scélérats viennent d'imprimer au nom français, si ce n'est vous? Brutus attendait-il que le peuple romain lui commandât de poignarder le tyran ? La Suisse serait-elle libre aujourd'hui , si Guillaume Tell n'eût provoqué Tinsurreciion sainte de ses concitoyens? Frères et amis, comme Brutus encore on peut succomber dans une si belle cause ; mais il est beau de mourir pour son pays. »
Tel était le langage des Girondins et de leurs adhérents. Si Barbaroux, par le fait de ses opinions mises hors la loi, avait le droit d'en appeler à la guerre civile ; si les Républicains pouvaient, quand l'étranger menaçait nos frontières, faire de leurs persécutions individuelles une cause de soulèvement contre un pouvoir qu'ils avaient servi à élever et dont ils avaient partagé les sanglantes orgies « est>ce que les Vendéens et les Bretons, n'ayant jamais accepté la République, jamais reconnu ses lois, n'étaient pas dans une condition plus favorable , plus nationale pour s'insurger?
Le 3 juillet 1793, la Gironde publiait ces manifestes qui, à certains termes révolutionnaires prùs, ont tous les caractères d'une déclaration royaliste de cette même époque. Quarante jours après, un cbef s'offrait pour réunir sous son commandement les bandes dispersées de la Bretagne. Ce chef était le comte Joseph de Puisaye, né à Mortagne, dans la province du Perche , le 26 mars 1755.
Avant la Révolution, il avait porté les armes comme tous les gentilshommes, en qualité de sous-lieutenant au régiment de Conti, de capitaine dans les dragons, et enfin d'officier dans la compagnie des Cent-^Suisses. Membre de l'Assemblée constiluanle , il vota avec celte fraction cgnslilu- ,
tioonelle dontLally-TolteodaK Mounter et QernuuiVTonDerrB étaient les plus éloquents interprètes. Trompé dans ses vues
par les passions des avocats du tiers qui essayaient de créer une république à leur ambition , aûn dç revenir à la monarchie lorsqu'ils se seraieot élevés seuls sur les ruines qu'ils amoncelaieol autour d*eux, Puisaye sentit qu'il ne lui restait plus à opter qu'entre l'insurrectioD ou TémigratioQ* C'était UD homme d'une stature colossale; riche par sou alliance avec la fille du marquis de Menilles, il devait être prodigue au besoin. Doué de rares facultés intellectuelles, d*une activité merveilleuse « beau, éloquent, persuasif, il réunissait tout ce qui est nécessaire pour en iaq)08er aux partis et pour les diriger. Jamais on n'avait vu un type plus heureux d'ambassadeur ou de ministre d'une monarchie constitutionnelle; mais la nature ne lui avait pas accordé ce qui consacre par la victoire la suprématie des chefs d'une révolte militaire.
Diplomate partout, Puisaye ne pouvait point aspirer au rôle de grand capitaine. Ayec des populations aussi belUqneuses que celles dont il va guider l'essor, , sa haute instruo tion, son affabilité et ses projets qui ont toujours un côté politique, même lorsqu'on les croit nés de l'entraînement des circonstances, ne peuvent donc le mettre hors ligne en Bretagne comme la Rocbejaquelein , Bonchamps et Charette se sont placés en Vendée. Par le fait seul de ce manque de talents militaires auquel le courage ne peut jamais suppléer, Puisaye, ambitieux et plein d'énergie, se voyait toujours rejeté au second plan, sans cesse dominé par les hommes d'action. Sa manière de comprendre et de faire la guerre civile fut dès lors arrêtée dans* sa tête. 11 la tenta, il Tentretint j usqu'au bout par les négociations ; il fut l' Ulysse d'une insurrection où Ton ne demandait que des Achilles*
Puisaye avait des principes sincèrement monarchiques; mais il savait en faire fléchir la rigueur devant les exigences de l'époqûe. Ce n'était pas un de ces soldats de fer que la plus légère concession au parti opposé doit effrayer, et qui, a&n de mourir toujours et partout fidèles , n'aspirent à se rencontrer avec la Révolution que sur les champs de ba* taille. Dans sa politique à lui, touâ les chemins menaient au
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but ; et il estimait qu'une capitulation de conscience faite à propos valait mieux que la plus belle des victoires. Ce système, qui tient au tempérament, aux études et aux mœurs de rhoinme, ne constitue pas les traîtres ou les lâches; il développe une autre nature, il place la politique sur un autre terrain ; mais souvent il raisonne au lieu d'agir.
Les Royalistes sont, avant tout, des gens d'entraînement; ils cèdent plutôt à une surexcitation de sensibilité chevaleresque qu'à des pensées de tortueuse diplomatie ou d'alliance dont chaque mot sorti de leur bouche flétrit Timmoralité. Ils s'isolent dans leur dévouement* et, incapables de trahir ' leur parti, ils se laissent quelquefois tromper par d'habiles ennemis ou par des spéculateurs avides qui savent saisir leur côté faible et les bercer d'espérances. Puisaye n'en serait jamais venu là ; mais il a été souvent en hutte aux déûances des siens. Ces défiances ont pu paralyser les savantes choses que son imagination enfantait, et que son adresse parvenait souvent à mener k bien.
A peine la République eut-elle été proclamée en France, que Puisaye, retiré à Évreux, dont le commandement de la garde nationale lui avait été déféré, cherche à tirer parti des divisions qui éclatent entre les Girondins et les Montagnards. Les Girondins exerçaient une influence déterminante sur les Fédérés de Normandie et de Bretagne; en cas de défaite, c'était dans ces provinces qu'ils devaient se réfugier. Puisaye se met à la tête des Patriotes effrayés par l'exaltation des Jacobins. Une armée est levée dans les départements de l'Eure, du Calvados, de la Manche et de l'Orne. Il en fait réserver la direction au général Félix de Wimpfen, qui, par sa belle défense de Thionville, a su s'attirer l'estime des Républicains ; on le désigne lui-môme comme chef d'étatmajor de cette armée.
Quand la journée du SI mai eut assuré la victoire aux Montagnards, Puisaye, pour détrôner l'anarchie, se lance à corps perdu dans le fédéralisme et dans le parti de la Gironde. Les combats de Vernon et de Lisieiix, où le nouveau chef d'état-major révéla son incapacité militaire, anéantirent les dernières espérances des Girondins, et ils méri-
D£ LA VëNDËE MILlTAlKfi. 115
taient bien ce sort. Lorsque les populations s'armaient pour
eux, ils dépensaient à Caen , dans l'hôtel d'Harcourt, en belles théories, en érudition de boudoir, en petits vers, en souvenirs galants ou philosophiques, les heures suprêmes qui leur étaient accordées pour vaincre ou pour mourir ctignemenL
Poursuivi comme fédéraliste par la Convention , Puisaye, qui depuis longtemps entretenait une correspondance active avec le gouvernement anglais, n'abandonne pas ainsi la partie qu'il a liée. Vers la On de juillet 1793, il pénètre en Bretagne, accompagné de Focard, son médecin, et du colonel fédéraliste Leroy. Gazet du Chatellier, ancien officier « de marine qui s'attacha plus tard à l'armée de Charette, s'était joint à Puisaye. Tantôt demandant l'hospitalité à un château, tantôt heurtant à la porte des chaumières toujours ouvertes aux proscrits, ce dernier erre au milieu'd'un peuple dont il ignore l'idiome, dont il n'a jamais été à même d'apprécier le caractère. Caché sous le grossier costume de toile des Bretons, il s'identifie peu à peu avec leurs passions; il se conforme à leur vie, il entre dans leur intimité, il étudie leur instinct. Au milieu de tous les dangers et de toutes les misères dont il est assailli, il congoit le projet d'organiser la -guerre civile et de réunir sous une même direction les bandes dont le sol est couvert.
La haute intelligence de celui que les paysans appelaient dans leurs landes M. le comte Joseph , son respect pour les prêtres, qu'il allait consulter dans les antres où ils cachaient leur vie, sa parole toujours facile « toujours prévenante, les ' qualités dqnt il était doué lui attribuèrent bientôt un immense pouvoir sur ces populations, dont il partageait la frugalité et qu'il soutenait de ses conseils, Puisaye était pour ces Bretons un oracle dont ils acceptaient les décisions avec une obéissance d'entraînement. Ce fut alors qu'il choisit le village de Princé pour centre de ses opérations. Étranger à la province, il avait plus fait à lui seul par Ténergie de sa volonté que tous les chefs partiels qui dirigeaient la Bretagne. Il était parvenu à convaincre les habitants de la nécessité d'une coaUtion de forces, il s'était entendu avec les *
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insurgés qui vivaient dans les forêts du Pertre et de Fougères ; il allait même avec eux commencer une guerre en règle, lorsqu'il apprit que la grande armée vendéenne, après avoir passé la Loire, se dirigeait sur Mayenne. Ces opérations inattendues changeaient la nature de ses phns, et, selon le succès ou la défaite, devaient modifier ce qu'il avait préparé dans le secret de sa retraite. En cette occasion, Puisaye se montra un véritable homme de parti : on le vit renoncer à ses idées ét devancer le mouvement d'enthousiasme que produisait en Bretagne l'apparition de la grande armée. Il se mit à la disposition de la Rochejaquelein, généralissime de ces troupes, et il lui écrivit même pour l'en- ' gager a se porter sur Rennes au lieu de s'enfoncer dans FAvranchin.
Les chefs de la Vendée venaient de triompher à Laval
Ils ne connaissaient la Bretagne que par des rapports inexacts ou par des récits inûdèlcs ; ils croyaient bien sans doute à quelques révoltes partielles; mais, ignorant jusqu'au nom du comte Joseph de Puisaye, ils ne crurent pas devoir céder à des *avis dont l'exagération leur paraissait démontrée. Malgré ce refus, Puisaye n'abdique pas son idée de jonction : la Vendée ne croit pas pouvoir venir à lui, il se décide à se joindre à elle. Aussitôt il se met en route avec, deux frères du nom de la Massue et le Mélorel de la Haichois, ancien oflSder de la marine royale, qui lui sert d'éclaireur et de guide. A travers mille dangers, ils arrivent à une demi-lieue de Laval. L'armée en partait se dirigeant sur Granville, et les Bleus occupaient toutes les routes pour l'accabler à cette langue de terre. Puisaye , obligé de rétrograder, rentre dana la forêt du Pertre. Là, de concert avec les deux frères Legge, Tun prêtre et l'autre capitaine d'infanterie, dont la RouSrie fit ses émissaires les plus actifs, il fonde, dans un souterrain devenu leur refuge, le conseil des Royalistes de Bretagne. C'est dans ce souterrain que Prigent, tout à la fois le courrier des princes, le conûdeot du cabinet anglais, l'espion du Comité de salut public, et la nouvelliste des Vendéens, l'initie aux projets de la Grande* BreUgae.
D£ LA Y£MDEii; MILITAIRE:. 127
Poisaye professait pour le gouvernement de ce royaume une admiration peu raiaonnée, mais que l'engouement de
l'époque doit expliquer. Il pensait que sans le concours actif du cabinet de Saint -James il était impossible à la Vendée et aux autres provinces soulevées ou prêtes à se soulever de vaincre la Révolution. Celte idée , que Prigent encouragea et que le comte Joseph avait développée aux Girondins, qui la repoussèrent, l'engagea à se mettre en communication directe avec les Anglais. Au nom des royalistes
^de l'Ouest, il promit, il fit ce qu'il n'avait jamais été dans leur intention de promettre ou de faire. Lorsqu'il eut ainsi lié les mains de tous les insurgés pour lesquels il se portait caution, il essaya de réunir autour de lui les débris de la grande armée, les bandes qui l'avaient suivie, et celles qui, pendant cette campagne, étaient restées dans le pays.
Atin d'amener des résultats qui affermissaient son autorité et lui créaient la puissance qu'il avait longtemps ambir tionnée, Puîsaye ne recula devant aucun sacrifice. Il répandit Tor à profusion ; il se ruina, il alTronta les périls qui l'entouraient. Il passa à Jersey, oili bivouaquaient un certain
•nombre d'émigrés Loujours prêts à se jeter en Vendée ou en Bretagne ; il se rendit à Londres pour recueillir les instructions des princes et faire sanctionner les pouvoirs
^ qu'il s'était conférés. Après avoir obtenu l'assentiment des Bourbons et les promesses de l'Angleterre, il retourna dans la forêt du Pertre , son quartier général.
La Convention savait par ses délégués que le Morbihan et les départements voisins s'étaient émus des grandes batailles de Laval et de Dol livrées aux Bleus par les Vendéens. On lui annonçait qu'aûn de^se montrer dignes de leurs frères du Bocage, les Bretons, sous la conduite de Puisaye, allaient tenter de vastes opérations et s'emparer des principales villes de la province. Le général Beaufort, qui commandait l'armée des côtes de Cherbourg , reçut ordre de quitter son camp baraqué de Mortain.
Avec 9ix mille hommes et dix pièces d'artillerie, il se mit le 10 décembre 1793 à la disposition de Jean-Bon Saint^ André, qui l'alteadoit à Fougères. lean-Bon Saint-André
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avait décrété des moyens de répression tout révolutionnaires. Les paroisses de Parigné, de Dompierre, d'Hulré, de la Chapelle, de Parcé, de Laignet, de Janson et de Landéan étaient soupçonnées d'accorder asile aux Royalistes et à des prêtres qui, par leurs prédications, par leur exemple surtout, les maintenaient dans la révolte. Ces paroisses sont livrées à des exécutions militaires. On arrête chaque voyageur. Les chasseurs de Rouen et d'Évreux battent en tous sens les campagnes. L'adjudant général Fontaine inquiète le cantonnement de la Guerche. Les Chouans de Vitré et du Pertre sont encore plus sérieusement menacés; un espion même révèle àfieaufort les souterraiosouPuisaye, cac)ié à tous les yeux, combine ses plans et prépare une insurrection générale.
A la pointe du jour, le 28 décembre 1793, huit cents Républicains du 6« bataillon de la Manche et des gardes nationaux d'iile-et- Vilaine, dirigés ^ar Tadjudant général Coutard, sont en vue de ce lieu inaccessible. L'avant-garde ' fait feu ; la Haichois et les deux la Massue s'élancent du souterrain : on les cerne, on les attaque. Puisaye, Leroy et Focard sortent à leur tour : « En avant! » s'écrie Focard d'une voix retentissante. Puisaye et ses compagnons se font jour à travers l'avant-garde, qui, surprise de voir ainsi quelques hommes s'engciger dans une lutte inégale, se croit cernée à son tour, et se disperse en faisant feu de loin. La Haichois et le jeune la Massue périssent criblés de balles , Focard est renversé, mais le général n'a pas été atteint. Avec un petit nombre des siens, il se retire en protégeant les blessés et en refoulant Tennemi, qui, de peur de tomber dans une embuscade, n'ose pénétrer au milieu de la forêt.
Cette expédition avait livré aux Révolutionnaires la clef des projets de Puisaye. Ses correspondances et ses règle- . ments avaient été saisis; mais cette perte et les souffrances qu'il endura dans les bois n'ébranlèrent point sa résolution. On envelop(>a par une chaîne de postes militaires la forêt du Pertre. De nombreux détachements, soutenus par des escadrons de cavalerie, la parcoururent en tous sens, la fouillèrent dans ses taillis les plus épais, et ils ne purent
jamais découvrir Fasile où se tenaient cachés les Chouans.
L'adjudant général Goutard sort du poste de Gossé, où il devait rester en cantonnement. Les insurgés en sont avertis, ils se précipiteat à travers les colonaes qui battent la forêt, gagnent ce village déserté, et se retirent dans une autre direction.
Chaque jour de pareilles surprises se renouvelaient; à
chaque heure un engagement avait lieu sur un point ou sur un autre, et, en étudiant cet ensemble de combats presque corps à corps, où il n'y avait de grâce à espérer d'aucun côté 9 on ne sait ce que l'on doit le plus admirer de l'opiniâtreté bretonne ou de la ténacité républicaine. Les Révolutionnaires ne faisaient pas de prisonniers. Dès le commencenient des hostilités, les conventionnels avaient enjoint de tout mettre à feu el à sang ; jamais injonction n'avait été aussi bien comprise, aussi bien exécutée. Les Bretons avaient des armes ; mais, comme en Vendée, ils ne voulurent pas les premiers s'en servir contre lés vaincus, ils se contentèrent de les tondre. Cette humanité leur faisait de nouveaux ennemis ; le lendemain ils les voyaient dans les rangs républicains. Alors ils se veiigèrent par des excès de tous les excès par lesquéls on cherchait à désoler leur patience. Dans cette lutte où la mort se multipliait, mais une mort sans gloire, une mort aussi obscure que les souffrances et les périls, on découvre à chaque pas des traits de courage, des sublimités de dévouement et des forfaits encore inconnus dans l'histoire.
La Révolution croyait avoir dompté la Vendée ; elle cherchait à exaspérer la Bretagne, pour faire d'elle, ainsi que du Bocage, un grand cimetière national. En Bretagne, les Jacobins avaient plus d'une sorte d'ennemis qu'ils égorgeaient sans pitié, les Royalistes d'abord, ensuite les Patriotes enragés de modération , pour nous servir du terme nationalement adopté : ces derniers eurent aussi leurs mauvais jours. La soif du sang fut si ardente parmi les anarchistes, que le représentant Bréard lui-même fut accusé d'être trop ban. Aûn de se disculper auprès du Gomité de salut public, il écrivait de Brest :
« Cependant j'ai organisé trois commissions ambulantes qui parcourent actuellement tous les districts; les membres de ce!) commissioDS m'ont été fournis par la société populaire de Brest ; mais je ne suis pas peu embarrassé de trouver dans cette ville des citoyens propres à former un tribunal, car dans ce pays les têtes vraiment révolutionnaires sont malheureusement rares. »
Dans les clubs il y avait parti pris de pousser à bout les Bretons; on leur faisait depuis quatre ans subir toutes les tortures. Le jour vint oà l'on traça un cercle infranchissable entre les Ctiouans et les principes républicains; ce jour-là fut le 12 décembre 1793. C'est à Quimper une fête populaire que les j^ysans de la Cornouailles célèbrent avec une de ces affections superstitieuses qui touchent de si pr^ aux mystères de la foi. La Saint-CorenUn est pour eux et pour la Bretagne entière une solennité. On voulait braver une population encore paisible. Ce fut ce jour-là même qui fut choisi par la Révolution pour éclairer le sac de la cathédrale. Dagorn et Hérault, l'un, inspecteur de l'enregistrement, et l'autre, secrétaire du convenlionnd Bréard, sont chargés, au nom de la Nation , de procéder à cet attentat. Les croyances du peuple étaient comptées pour si peu par ces hommes qui se disaient appelés à le régénérer, que, sans s'arrêter aux observations qu'on lui soumet, Bréard réunit à Theure des offices la garde nationale et le bataillon de Loir-et-Cher en garnison à Quimper. Des artilleurs entourent, mèches allumées, leurs canons qu'ils avaient traînés sur la place où les jeunes gens, domestiques de la veille, sont rangés une baguette blanche à la main, en signe d'affranchissement, et où ils se proposent pour être engagés dans une nouvelle condition. Dagorn et Hérault pénètrent dans le temple dont la nef retentissait de chants pieux; ils sont accompagnés de soldats, et, le bonnet rouge sur la tôle, ils se présentent à l'entrée du sanctuaire. Hérault écarte brutalement les prêtres; Dagorn escalade l'autel, et fait un signe. Aussitôt les crosses de fusil des volontaires battent en brèche ce marbre, • vénéré depuis des siècles. Dagorn porte en même temps la main sur le tabernacle ; il l'ébranlé , il le brise« Après en
avoir tiré le saint ciboire, il remplit d'urine le vase de vermeil plein d'hosties consacrées , et le peuple frémissant voit répandre sur les degrés de Tautel le corps de son Dieu , que Dagorn a couvert d*ordures. Un quart d'heure après il ne restait plus de cette antique cathédrale que les murailles souillées de boue.
Cette orgie de profanations, véritable fête des fous, eut on triste retentissement. Elle arma contre la Révolution tous les honmies qui ne voulaient pas laisser déshonorer ainsi les objets de leor culte ; elle coûta plus de sang aux Révolutionnaires qu'une bataille rangée. C'était ainsi pourtant que la République procédait. A quelques jours de là, elle apprit, par les cadavres épars des soldats du bataillon de Loir-et-Cher, que les Bretons savaient venger une injure. D^s diverses rencontres ils massacrèrent ces volontaires qui s'étaient si complaisaiTiment prêtés à la violation de la basilique et qui osaient en faire trophée.
On était loin déjà de la tolérance secrète dont, à la fin de mars 1793, Billaud-Varennes croyait devoir user envers la Bretagne. Carrier, Poc^ole, Jean-Bon Saint-André, Prieur (delà Marne), Bréard, Lecarpentîer et d'autres montagnards avaient été envoyés en mission dans cette province. Jhllien (de Paris), l'agent intime de Robespierre, y avait paru à son tour. Chaque délégué de la Convention, par des motions incendiaires, avait tâché de réveiller dans les cœurs l'amour du pillage et la soif du sang; mais il s'était glissé dans les clid>s un petit nombre de patriotes honnêtes qui , au péril de leur vie, se faisaient un devoir d'opposer une raison toujours froide aux entraînements des Jacobins. Les Conventionnels, à peine arrivés dans ces cités sans cesse menacées de la guerre civile , s'efforcent de .réorganiser les sociétés populaires, d'épurer les clubs et de créer de nouveaux comités de surveillance. On arrête d'abord les citoyens soupçonnés de modérantisme ; pour terrifier les masses, ainsi que le disait Carrier, on forme de nouvelles administrations qui , secondées par les hommes les plus pervers de chaque localité, se mettent à l'œuvre de régénération. Régénérer c'est pour eux dénoncer, plonger dans les cachots,
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livrer aux tribunaux révolulionnaires et à la mort sur Téchafaud ceux qu'ils déclarent suspects.
Ce système s'étend à tous les départements de la Bretagne ; il frappe dans le sein des villes comme au fond des demeures les plus agrestes, et les registres des administrations témoignent encore avec quelle persévérance il fut suivi. On emr prisonne sous les plus futiles prétextes; on tue même sans avoir besoin d'en invoquer. L'arbitraire ressort dans toute sa crudité , l'arbitraire appliqué de main de maître par des hommes qui se disent libres et frères. C'est dans leurs registres qu'il £aut étudier la Révolution; c'est là qu'elle apparaît belle de son despotisme, et, pour s'en convaincre, il n'y a qu'à citer textuellement
Ainsi dans les Côtes-du-Nord, Marie-Anne Saliou, femme de Cresolles, est <« prévenue de n'avoir jamais manifesté en public aucune opinion sur les événements de la Révolution » ; Gabrielle de Kergist, » d'avoir décidé l'émigration de son mari, et d'être aussi spirituelle qu'il est simple »; Joseph Jeban, « d'avoir prêté le serment civique avec des restrictions mentales » ; la femme de Henri Hingaiit, « d'être en correspondance avec son man\ émigré » ? Rabiou de Tréguindy, « d'être ambitieux de gloire et de distinction ».
Il y a des écrous encore plus laconiques, encore moins explicatifs que les précédents. Vingt-trois citoyens sont incarcérés, jugés et exécutés comme « coupables de montrer parfois une indifférente froideur pour la liberté, l'égalité et la Révolution » . Un laboureur de Ploubazlanec , nommé René Nouel « est u accusé d'avoir préféré la perte de son bien à l'observance des lois révolutionnaires » ; ioseph Sillard est m convaincu d'être égoïste et ennemi du nouvel ordre de choses, parce qu'on le soupçonne d'avor voulu tromper la surveillance des autorités constituées, en leur déclarant une route opposée à celle qu'avait prise un émigré » ; Roland Tremelin est <( ennemi de la liberté et de l'égalité, au point qu'il hait sa femme , parce qu'elle a donné des marques de • patriotisme».
Dans le déparlement d'Ille-et- Vilaine, les uns sont condamnés <( pour leurs relations avec les riches et les nobles » ;
DE LA V£NDÉË MIUTAIRE. 133
les autres, a pour Tabsepce d'un fils ou d'un neveu supposés émigrés ». En voici qui meurent « pour être de caractère et de relations inconnus » ; en voilà qui languissent dans les cachots « pour n'avoir pas affiché leurs opinions présumées secrètes ». Ici on est accusé « pour avoir vécu avec des parents qui ne sont pas dans les bons principes » ; là <c pour avoir montré de l'incivisme et du goût pour les rebelles ».
Dans le Morbihan, les Comités et les tribunaux révolutionnaires ont encore quelque chose de plus tyrannique. La loi du 17 septembre 1793 proscrivait les prêtres et les nobles; elle enjoignait même de rechercher leurs amis. On refuse aujourd'hui aux notoires un certificat de civisme; au nom de la loi on les arrête le lendemain sous prétexte qu'ils n'en . ont pas. Hervieux, notaire de Vannes, a sa carte civique; mais il peut être agent des émigrés ; il est incarcéré. On prouve au citoyen Léridan,- vieillard de soixante-douze ans, qu'il ce a pu s'occuper des affaires de quelques familles suspectes »; il l'est devenu seulement par «ce soupçon. Françoise et Anne Symon, deux jeunes filles, sont mises en détention parce que leur grand'mère, âgée de quatre-vingtcinq ans, a été femme de charge d'une maison noble, et que « plus tard ces jeunes filles pourraient contmuer les soins que la vieille a donnés autrefois à. cette famille ». Désirée I^pscouble est condamnée à Ploêrmel « parce, que sa mère est supposée émigrée. » Cette mère a perdu son mari lorsque Désirée n'avait que six mois; elle a laissé sa lille en Bretagne, puis elle est passée à l'île Bourbon, où elle a contracté mariage. Le Comité de Josselin, ayant à sa têle Pierre Dano et François le Bot, se présente avec la force armée chez le citoyen Voissey. « Nous déclarons, disent-ils dans leur procès-verbal , avoir trouvé dans un grenier un fusil dont Voissey n'a pas fait la déclaration; plus, dans une armoire, différentes pièces très-aristocratiques dans lesquelles on injurie le club, les municipalités, Tévêque constitutionnel de Vannes et les dragons nationaux de Lorient; différents autres ouvrages aristo-fanatiques , tels qu'une exhortation aux vrais catholiques, un extrait des registres
TOk. III. S
(le rassemblée du Manège el de celle des Jacobins, le Pourquoi du peuple et de ses représenlants, etc. » Voissey démontre qae le fusil est hors d'état de servir, que la liberté de la presse et les droits de Thoinine lui accordent la faculté d'avoir en sa possession les anciens Journaux ; qu'importe tout cela au Comité? Voissey est suspect; en conséquence on le livre à l'accusateur public. Un cultivateur, nommé Garaudière, a du blé dans les greniers de sa ferme : on l'écroue, « parce que, dit Taccusation, il les emmagasine» et les distribue pour des écus à des geojs pensant et agissant comme lui »•
L'inquisition révolutionnaire ne s'arrête pas en si beau chemin. Elle est plus soupçonneuse que le Saint-Office d'Espagne et de Rome, dont l'école philosophique a tracé tant d'épouvantables tableaux/
Les Bleus parcourent la paroisse de PleugriCTett canton de Josseltn. Fis frappent à la Ville-Tual , où habite un propriétaire nommé Ollivo. Ollivo sort de table, mais cinq couverts sont mis ; cinq assiettes contiennent des pelures de marrons. Le crime était flagrant à des yeux républicains, Ollivo accordait asile k des Chouans, il appelle sa femme et ses trois enfants qui, devant une pareille visite, ont pris frayeur et se sont cachés. Jamais preuve de conviction ne fut plus décisive. Les Nationaux néanmoins résistent à Tévidence: à coups de crosse, à coups de sabre, ils poussent le malheureux Ollivo jusqu'à Pontivy, où cet homme libre arrive dans an état lamentable. On le jette en prison : il va passer devant le tribunal révolutionnaire; mais Fautorité municipale et les Patriotes de Pleugriffet interviennent en sa faveur. Ollivo n'est plus un propriétaire pour eux qui veulent le sauver. C'est un laboureur qui, dit leur réclamation, « a une petite fortune de quinze cents livres de rente, et a toujours été dans l'habitude de manger du dessert et même de mettre • quelque chose k la broche » .
Par cet exposé si naïf des habitants de Pleugriffet, il est facile de voir que la Révolution était bien loin de la poule au pot de lienri IV.
Sur ces tables de proscription où se confondent dans une
DE LA V£MDÉB MILITAIRE. m
égalité de soufifirance ou de mort tant de noms obscurs, il eo
esl un qui devait inspirer même aux Patriotes un sentiment de respect. C'est celui de du Couëdic, dont la Bretagne n'a jamais oublié rillustration. Toute cette famille, qu'entonialt encore l'auréole de gloire de la SwmUlanU, fui déclarée suspecte, depuis les vieillards jusqu'aux enfants Agés de cinq ans. 1^ Nation les fit arrêter, la Nation cunlisqua leurs biens, et dans les cachots de ta République la Natioules lai&>a vivre des aumônes que les pauvres leur offraient.
La probité, la richesse, l'indigence, la gloire, Tenfance elle-même,' tout était mis en suspicion : de la suspicion à la mort il n'y avait qu'un pas. Les rangs des insurgés se grossirent de toutes les terreurs et de tous les mécontentements qu'une pareille situation faisait naître, et la tin de 17dS fut marquée, en Bretagne, par une multitude de petits ' engagements auxquels donnaient lieu les excès commis par les soldats de la Révolution. On pille les villages, on dévaste les fermes et les maisons, on en massacre les habitants. Le Morbihan en particulier est le théâtre de bien des crimes; n'en citons qu'un seul entre mille. Un paysan, nommé Collier, avait acheté nationalement la maison presbytériale du bourg de Melrand, et il en faisait sa demeure. Les Chouans s'emparent de ce village, qui est bientôt repris par les Bleus. Le procèvS-verbal des officiers municipaux constate que les insurgés respectèrent les propriétés et la vie des citoyens; mais après la défaite des Royalistes que la Nation appelait les rebellés, il n'en fut plus ainsi. Le deuxième bataillon du Jura pénètre dans Melrand. Les portes des maisons sont brisées; on viole les lemmes, on massacre les enfants, et, enfin, les soldats envahissent le presbytère. Trois vieillards de plus de soixante-dix ans s'y étaient réfugiés; on les égorge sous les yeux mômes des officiers du bataillon, qui enfoncent les armoires, qui volent l'argent et le linge dont elles étaient remplies.
La Convention voulait évoquer une guerre à outrance : cette guerre arriva.
Dans les villes, les représentants en mission réclamaient chaque jour leur part de sang. La guillotine frappait «ans
relâche ; souvent on en voyait trois ou quatre dressées sur la même place, et, pour donner encore plus d'élan aux commissions militaires, Pochole, Témule de Carrier, leur écrivait de Rennes , le 2& frimaire an ii (15 décembre 179S) : ^
€ Aucune considération politique ne peut vous empêcher d'exécuter la loi du 19 mars 1793. Des Républicains révolutionnaires ne doivent pas connaître Je pardon. Les traîtres ont trop souvent abusé de v(}tre indulgences L'armée vous observe, et sans doute elle n'attend pas que le glaive de la loi épargne ceux qu'elle n'eût pas épargnés sur le champ de bataille. Ces décisions, citoyens, qui coûtent à l'humanité, sont dictées par l'intérêt de la patrie, qui doit l'emporter sur tout autre sentiment. »
, Pochole annonçait donc des massacres. C'était partout la même sanglante émulation. Carrier était dans l'ardeur de
ses noyades, et le Conventionnel Bréard écrivait de Brest, à Jean-Bon Saint-André, ces horribles mots, qui étaient . pour les uns une récompense, et pour les autres un encouragement :
a Jullien va bien , Carrier est un brave b ; mais Rennes
ne va pas ; j'espère que Prieur va les pousser. »
La Révolution prétendait rénover l'espèce humaine par l'échafaud; en dehors de cette pensée, elle cherchait, en bouleversant les idées premières, à changer même la face des choses. En Bretagne il y a, comme dans les provinces qui tiennent fortement à leur vieilFe nationalité .et à leurs mœurs antiques, un idiome que les indigènes seuls sont aptes à saisir. En Bretagne .cet idiome, dans sa rudesse native, a quelque chose de si doux aux oreilles des enfants de l'Armorique , que pour eux c'est une langue pleine de poésie et de channes , la langue de leurs pères , lorsque leurs pères s'armaient contre César ou qu'ils défiaient l'Anglais. Aux yeux de la Convention, dont Barère était Tinterprète, le bas breton fut « un commencement de conspiration fédéraliste ». et Barère fit une carmagnole oratoire pour en provoquer Tabolilion légale.
L'orateur conventionnel déduisait ainsi ses motifs : « Les conséquences de cet idiome , trop longtemps per-
pétuë et trop généralement parlé dans les cinq déparlements de l'Ouest, sont si sensibles, que les paysans (au rapport des gens qui ont été envoyés sur les lieux) confondent le ,mot M et celui de religion, k un tel point que, lorsque les fonctionnaires publics leur parlent do^ lois de la République et des décrets de la Convention, ils demandent, dans leur langage vulgaire, si on veut sans cesse les faire changer de religion. »
Dans le oiôine temps, on infligeait aux villes et aux citoyens
des nomfe nouveaux. Le calendrier avait subi sa révolution. Nefallail-il pas que les noms eux-mêmes passassent au creuset des transformations démagogiques? Il y eut des Brutus, des Scévola et des Fabricius par milliers. Bientôt toutes les cités de la Bretagne furent nunUagnardisées , selon le vœu de la Convention. Ghàteaulin devint Ville-sur-Aulne ; Qu imper, Montagne-sur-Odet ; Saint-Malo, Saint-Servan , Pont-l'Abbé, Pont-Croix, Saînt-Brieuc et Saint-Aubin, dont Torigine^a/otinocratique, pour nous servir de l'expression des clubs, se perdait dans la nuit des temps, reçurent les sobriquets de Port-Malo, de Port-Solidor, de Pont-Marat, de Pont-Libre, de Port-Brienc et de Montagne-la-Forét. C'était la parade . constitutionnelle après la tragédie révolutionnaire.
En sachant mettre à profit ces scènes de carnage et ces ' utopies ridicules, qui poussaient les hommes les plus inoffensifs à courir aux armes, Puisaye, qui devait plutôt tabler sur les malheurs et le dévouement du pays que sur les promesses de TAngleterre, aurait pu prêter une grande force * • morale à ces résistances isolées; il avait sous les yeux l'exemple de la Vendée, et il ne sut pas en profiter. Avant de frapper un coup décisif, il espérait concentrer en ses mains seules la direction des affiures et négocier avec le cabinet de Saint-James, dônt Tinterventioa lui paraissait plus indispensable que jamais. Ce fut une erreur ; elle sert (le base aux fautes politiques qui seront commises plus tard. Une province qui se soulève contre l'oppression a le droit toujours acquis, toujours incontestable, de s'appuyer sur les étrangers qui servent sa cause; mais elle ne doit pas bire de ces étrangers Tarc-boutant de son insurrection. Pui-
saye n'interpréla point ainsi ce préjugé de susceptibilité nationale, plus vivace en France que partout ailleurs. Il se laissa aller à sa confiance en la loyauté du cabinet britannique; puis, tandis qu'il dressait des plans de campagne et tâchait de les faire coïncider avec les desseins de T Angleterre, Ja plus belle occasion de réunir en armée les bandes ôparses àQ la Bretagne et da bas Maine lui échappa.