‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 103 sur 236 · MADAME MARIE PREVOST · texte numérisé non relu

MADAME MARIE PREVOST

personne de plus apte à cette œuvre qu'un jeune novice d'un grand mérite, dont la carrière religieuse si pleine, si admirable, méritait de débuter sous de meilleurs auspices. Marie-Elisabeth Prévost, — c'était son nom, — avait passé sa première enfance à l'île de Saint-Domingue, où, témoin de la sanglante insurrection des noirs, elle-même n'avait échappé à la mort que par une sorte de miracle. La France, où elle revint en 1792, nageait pareillement dans le sang; la première chose que l'enfant vit en entrant à Paris fut la tète de l'infortunée princesse de Lamballe portée au bout d'une pique. Son père courait les mers. Une sœur nommée Madeleine, ancienne religieuse ursuline, la recueillit près d'elle à Clermont-sur-Oise, et lui donna l'exemple des plus saintes vertus durant la persécution. Une amie du Sacré-Cœur que nous connaissons déjà, Mmo de Kumigny, la prépara solidement à sa première communion, qu'elle fit, dans une pauvre chambre, le jour de ia Toussaint 1795 : « Je me croyais au paradis, » disait-elie ensuite. Une autre grande chrétienne, Mmc de Sainte -Berthe, la forma à la douceur et à la charité, si jamais il fut besoin d'apprendre la charité à la mère Prévost. Plus tard, M. de Lamarche posa en elle les bases de la vie religieuse par l'amour et l'exercice de l'abnégation. Cependant la jeune fille ne songeait qu'à se bien établir dans le monde; sa sœur Madeleine, au contraire, s'apprêtait à entrer au Sacré-Cœur d'Amiens. Sur ces entrefaites cette sœur mourut. La nuit qui suivit sa précieuse mort, elle se montra à Marie si belle, si rayonnante, que celle-ci, enflammée de l'amour de Jésus-Christ et du désir du ciel, n'eut plus de pensée que pour le Sacré-Cœur. Elle y alla prendre la place que sa sœur avait souhaitée. En mettant le pied sur le seuil de la maison de l'Oratoire,

sa première parole fut celle-ci : a Volonté propre, reste dehors ! » C'était le dernier jour de mai 1808. Mmo Prévost avait une âme grande, forte, surtout très large et toute débordante pour les pauvres et les petits. C'était encore là une de ces pierres carrées, comme s'exprime l'Ecriture, qui, posées dans les assises de la Société, devaient pendant un demi-siècle aider Mme Barat à en porter le poids ■•

Elle fut installée supérieure de l'orphelinat des sœurs de Notre-Dame, le 3 mars 1809. Trois autres religieuses lui furent prêtées ensuite, et un acte authentique d'affiliation unit les deux Sociétés. On y mit cette condition, qu'une fois l'établissement de Notre-Dame pourvu de maîtresses, Mme Prévost et ses sœurs rentreraient au Sacré-Cœur. Mrcô Baudemont signa le traité, avec le titre de supérieure des Lames de l'instruction chrétienne. Une lettre jointe à cet acte donnait à M. l'abbé de Saint-Estève la qualification de fondateur. Quant à Mma Barat, son nom ne figure nulle part dans les pièces de cette affaire. On ne pouvait montrer d'une manière plus authentique qu'elle ne comptait plus pour rien.

C'était un nouveau pas que Dieu lui demandait de faire dans l'oubli d'elle-même. Elle préludait à la croix par le manteau dérisoire et le sceptre de roseau.

Ces douloureuses affaires étaient à peine terminées, lorsque Mma Barat se mit en route pour Gand, où elle arriva vers le milieu de mars. C'était sa première visite à cette fondation. L'abbaye de Dooresele, son église, son cloître carré, ses cours, ses deux jardins baignés par le canal, tout cet ensemble grandiose réjouit bien moins sa vue que la pauvreté religieuse qui régnait au dedans, a Je

1 Notice Tvéciolofiftie sur fa mèrv Prévost, circulaire de 1870.

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