‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 105 sur 236 · ELLE ASSISTE SON PÈRE MOURANT · texte numérisé non relu

ELLE ASSISTE SON PÈRE MOURANT

ayant été appelée auprès de lui, elle le trouva fort malade. Elle n'eut pas toutefois la consolation de lui fermer les yeux : on la réclamait ailleurs. Mais à peine se fut- elle éloignée de Joigny, qu'elle apprit que le vieillard venait de mourir en fidèle chrétien comme ses pères, le 25 juin 1809, fortifié et consolé par le dernier adieu de sa chère Sophie.

Ainsi frappée de tous côtés, dans sa famille spirituelle et sa famille naturelle, Mmo Barat sentait se faire en elle ce désert dont Bossuet a écrit : « C'est dans une solitude affreuse, désolée, qu'il faut porter le poids écrasant de l'amour de Jésus-Christ. Il brise jusqu'aux os, afin que l'Époux règne seul. »

La supérieure, poursuivant le cours de ses visites, passa le reste de Tété dans ses deux maisons de Poitiers et de Niort, qui lui donnèrent une grande édification. « Ces bonnes filles, écrivait-elle, ont beaucoup avancé dans toutes les vertus, et particulièrement dans le saint détachement et l'oubli de soi-même1. »

Cependant Grenoble ne cessait de la rappeler. Les trois mères Duchesne, Deshayes et Maillucheau avaient fait de la montagne de Sainte- Marie un Thabor. « Vos sœurs de Grenoble sont dans la ferveur de leur second noviciat sous leur bonne mère Thérèse, écrivait la supérieure à Mmo Emilie Giraud. Toutes, et spécialement votre chère maîtresse Duchesne, apprécient le don qu'on leur a fait : tout ira de mieux en mieux2. » A ces grâces venait de s'en joindre une autre d'un ordre éminent. Le 20 juillet, le pape Pie Vil, traîné en captivité, avait béni, pendant son passage à Grenoble, la supérieure, les maîtresses, les

1 A la mère Adrienne Michel, Poitiers, 1809.

2 Amiens, 21 décembre 1808.

enfants de Sainte -Marie, et donné au Sacré-Cœur des marques particulières de sa prédilection. Un renouvellement de ferveur dans le pensionnat et dans le noviciat avait été la suite de cette faveur insigne, Heureuse de ces fruits, Mme Barat avait hâte d'aller en jouir auprès de la mère Thérèse et de Mme Duchesne, à qui elle écrivait : « Avec quel plaisir je serrerai sur mon cœur et le vôtre et le sien , qui désormais n'en feront qu'un seul consacré à Jésus -Christ, et brûlé de son amour1. »

C'était une joie trop complète pour que Jésus n'en reçût pas le sacrifice. Mm0 Barat arriva, en effet, à la montagna le 2 décembre 1809; mais à cette date la mère Thérèse n'y était plus : la supérieure générale venait de l'envoyer à Poitiers, puis à Gand, où nous la retrouverons. A peine la mère et la fille avaient-elles eu le temps de se revoir à Paris dans une rencontre rapide. « Ma chère fille , écrivait alors Mm0 Barat à l'une de ses religieuses, si vous avez de l'ambition pour votre mère, et si vous désirez pour elle une place près du trône de l'Agneau, demandez sans miséricorde que Dieu lui donne des souffrances, des humiliations, le détachement de toute chose, la privation enfin de toute satisfaction , afin qu'une bonne fois je prenne le chemin par où les saints ont marché5. »

L'arrivée de Mme Barat à Sainte-Maried'en-Haut fut un véritable triomphe. On la reçut à la chapelle au chant d'un Magnificat « enlevé et enlevant », raconte une des pensionnaires. Là tout était contentement pour la mère générale. Les écoles gratuites, particulièrement chères à Mme Duchesne, regorgeaient d'enfants. Chaque matin, en

1 Poitiers, 6 août 1809. — 2 A Mm- du Chastaignier, Grenoble, 29 janvier 1810.

Page 1