‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 110 sur 236 · SES ASPIRATIONS AU CIEL · texte numérisé non relu

SES ASPIRATIONS AU CIEL

à ses transports. « Il était certaines strophes qu'elle nous faisait dire de préférence, rapporte le même témoignage; telle était celle-ci :

Tu vas remplir le vœu de ma tendresse;

ou encore cette autre :

0 toi qui me donnas la vie

Pour te connaître et pour t'aimer !

Quand nous avions chanté, elle reprenait chaque strophe pour la commenter, et alors des torrents d'amour et d'espérance débordaient de son cœur et inondaient les nôtres. »

Toutes sortes de chants n'avaient pas le don de lui plaire ; elle n'était sensible qu'à ceux qui la portaient à Dieu. Sitôt qu'elle fut rétablie, les élèves voulurent célébrer sa guérison par un concert composé de morceaux de musique sur différents motifs. On vit qu'elle n'y prêtait qu'une oreille distraite; elle dit ensuite aux religieuses : « Ne me donnez plus de musique profane, mais un concert spirituel; j'aime tout ce qui est simple, et je dirais volontiers avec saint François de Sales : « Si je « devais renaître, je demanderais à revenir au monde « sans esprit. »

Mme Barat goûta de grandes consolations dans la maison de Dooresele. i Cette famille est si aimable, écrivaitelle, qu'on ne peut se résoudre à la séparation. Si vous la connaissiez, vous la chéririez comme nous. » Il fallut bien pourtant qu'au mois de mai 1811 elle fît ses adieux à cette communauté. Sa fille Thérèse fut, cette fois encore, d'une généreuse magnanimité : « Thérèse a encore déployé son courage, disait la même lettre; car, à l'heure des adieux, c'est elle qui a consolé et ranimé ses com-

pagnes, comme si elle n'eût eu rien à souffrir elle-même. Ma santé l'occupe trop. Sans cloute, elle est mauvaise; mais enfin il n'arrivera que ce qu'il plaira au Seigneur; voilà de quoi se tranquilliser. Puisque tout passe en ce monde, les jouissances comme les peines, gardons-nous donc de nous attacher aux premières, et aimons les secondes, qui doivent nous valoir un grand poids de gloire dans le ciel1. »

Voilà le dernier mot de Mme Barat. Nous venons de la voir commencer de remplir son rôle de victime par le renoncement et le don d'elle-même à Jésus-Christ, sans mesure, sans partage. Pendant ces trois années que n'a-t-elle pas vu tomber autour d'elle! Autorité, amitié, parenté, repos, santé, félicité, il a fallu tout jeter dans le brasier divin. Toutefois ce n'était là qu'une préparation. Le dépouillement n'est que le prélude du crucifiement, suivant cette belle doctrine de saint François de Sales : « Il a fallu, cher Théotime, que Jésus-Christ fust dévestu de tous ses habits, l'un après l'autre, avant d'être mis à mort; de mesme il faut que nous nous dévestions de toutes nos affections terrestres, afin de mourir en croix, dépouillés comme Luy, pour après ressusciter en un nouvel homme avec Luy. L'amour est fort comme la mort pour nous faire tout quitter; il est magnifique comme la résurrection pour nous parer de gloire et d'honneur2. »

De Gand, la mère Barat se rendit à Amiens. Elle allait y aborder les questions épineuses. Mais c'était sur ces épines arrosées, pour ainsi dire, de ses larmes et de son sang, que devaient fleurir bientôt les Constitutions.

1 Amiens, 7 juin 1811.

2 Traité de l'amour de Dieu, liv. IX, chap. xvr.

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