‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 114 sur 236 · PÉRIL DD SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

PÉRIL DD SACRÉ-CŒUR

la proscription des Pères de la foi , ouvrait aussi la prison de M. de Saint-Estève. Déchu de la confiance de l'évoque d'Amiens, mais grandi dans l'opinion par sa captivité, il obtint du nouveau gouvernement l'emploi de secrétaire de M*1" de Pressigoy, ambassadeur du roi près du Saint-Siège, et il partit pour Home le 7 juillet 1814.

Un mois après, 7 août, le Pape publia sa bulle du rétablissement de la Compagnie de Jésus. Le Père Varia entra immédiatement dans cette Société avec le plus grand nombre des Pères de la foi. Il commença aussitôt son noviciat à Paris; et, tout entier à ce grand travail de son âme, il attendit, pour reprendre celui des constitutions du Sacré-Cœur, que ses supérieurs lui en lissent un devoir.

M. de Saint-Estève avait donc désormais le champ libre devant lui. A peine arrivé à Rome, il annonça son dessein de faire prévaloir et approuver par le Pape son ouvrage personnel. « Les Constitutions de la Société de ces Dames, mandait-il de là, vont être soumises maintenant à l'examen de qui de droit. Le nom de Dames du Sacré-Cœur ne sera point goûté, sinon comme nom secondaire. On préfère le nom d' Apostolincs comme premier nom et nom ostensible. Le vœu du Saint-Père à ce sujet doit nous servir de règle et faire loi, surtout si on veut s'étendre et avoir son agrément. » Il ajoutait encore : « Dites à ces Dames que j'espère leur obtenir une maison à Rome. J'ai déjà négocié celte affaire, et je ne désespère pas d'y réussir..., etc. etc. » Celui qui avait déjà fait tant de choses à Rome n'y était arrivé que depuis trois semaines !

La supérieure s'étonna, puis s'effraya de tant de précipitation. L'humilité, la sagesse, la modération lui dictèrent cette réponse : « Nous pouvons donc espérer, mon Père, que, par votre moyen, le Souverain Pontife connaîtra les

petites servantes du Seigneur et qu'il approuvera un jour leur Institut. Quand ce bonheur nous sera donné, je dirai de bon cœur mon Nunc dimittis, et le jour où nous recevrons notre Bulle d'approbation sera, sans contredit, le plus beau de notre vie religieuse. »

Mais ici Mme Barat proposait respectueusement quelques observations : a Avant de présenter les règles à l'approbation, ne serait-il pas sage d'attendre qu'on en eût fait la dernière révision, et qu'elle ait été acceptée par le conseil réuni de la Société? » Puis « toutes les maisons, excepté celle d'Amiens, ayant voulu se conformer à l'Institut de la Compagnie de Jésus, adapté à des femmes autant qu'il pourra l'être, ne devait -on pas, d'après cette intention bien connue, se rapprocher davantage de l'ordre que saint Ignace avait suivi dans ses admirables Constitutions? » — Enfin, « le nom de Sacré-Cœur ayant été agréé de toute la Société, avec une sorte d'enthousiasme, ne serait -il pas difficile d'en faire recevoir un autre? Et d'ailleurs, de même que c'est à la Société de présenter au Saint-Père ses Constitutions, de même n'est-ce pas à elle de se choisir un nom quelle soumettra ensuite au Souverain Pontife? »

Cette sage et noble lettre se terminait par ce vœu : « Que je serais heureuse si, à votre retour, la famille étant réunie dans un même esprit, nous pouvions, aidées par vous, notre ancien et fidèle ami , travailler à la perfectionner et à l'étendre pour la gloire de Dieu ! »

Mme Barat se trompait de temps. Des hauteurs du Vatican où il se voyait porté, le secrétaire d'ambassade ne proposait plus sa manière de voir, il l'imposait, a II attendait, écrivait-il, une réponse des Tuileries qui lui dicterait la marche vis-à-vis du Saint-Père; il avait vu le Pape, les cardinaux, les princes; son travail avait été trouvé suffi-

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