PÉRIL DU SACRÉ-CŒUR
sant, bon, excellent; on lui avait déjà offert plusieurs maisons à Home et en Italie, ainsi que des sujets français et Italiens! Aussi les contradictions ne feraient qu'accroître son zèle; absent comme présent, il voulait toujours être utile à la Société. Après quatorze ans d'attente, il était temps de lui donner une direction sûre, et de faire enfin cesser cette instabilité désolante qui faisait dire que ces Dames avaient une bien mauvaise supérieure ou un mauvais conseil *. » Ces lettres et d'autres semblables faisaient souffrir Mme Barat dans son autorité; mais elles faisaient la joie secrète de son humilité. « Du moins, en voilà un qui me traite comme je mérite! » écrivait-elle à Mme Duchesne. En même temps, désireux de se faire accréditer par les protecteurs les plus influents de la Société, M. de Saint- Estève écrivit, le 7 novembre 1814, au Père de Clorivière, vieillard octogénaire, que l'on venait de nommer supérieur des Jésuites de France. Accusant ouvertement le Père Varia d'inertie, Mme Barat à'impéritie, il se disait chargé d'organiser lui seul la congrégation, delà faire approuver, et de lui procurer à Rome, en Italie, en Pologne, en Russie même, plusieurs établissements. « C'est pourquoi, concluait-il, il faut absolument que M. Varin ne s'en mêle pas. M. Varin n'a qu'à dire à ces Dames de remettre tout pouvoir entre mes mains; autrement il y aura schisme. Le Saint-Père et nos amis ne reconnaîtront que les religieuses d'ici. Or, ils savent qu'un seul mot de M. Varin, nettement prononcé, suffit pour déterminer celles de France. Qu'il se garde donc bien de se mettre en compromis avec le Saint-Père, les cardinaux, la cour de France, Son Excellence le ministre plénipotentiaire, persuadés, comme ils le
1 Rome, il septembre 1S14.
sont, que lui seul sera la cause du schisme, s'il y en a. » Le Père de Clorivière était un ancien officier de la marine de Louis XV. Il venait de subir, pour la cause de l'Eglise, une captivité de cinq ans dans la prison du Temple : il ne connaissait ni faiblesse ni peur. Démêlant la vérité, il se contenta pour toute réponse d'ordonner au Père Varin de se remettre activement au travail des Constitutions, avec l'aide du Père Druilhet, l'esprit le plus capable de bien faire cet ouvrage, et le caractère le plus propre à le faire agréer. Il donna en même temps à l'ancien supérieur des Pères de la foi l'ordre de reprendre la direction de Mme Barat; puis de sa main tremblante le vieillard traça lui-même à la servante de Dieu toute sa ligne de conduite dans ces quatre paroles : Priez, souffrez, patientez , espérez /
Tel fut aussi le texte des instructions que désormais nous entendrons le Père Varin adresser, comme jadis, à sa fille spirituelle.
Son ardeur d'autrefois se retrouve déjà dans cette première lettre : « Pax Christi! Voilà, ma fille, l'explosion de l'orage que je voyais depuis longtemps se former sur votre tète, et aussi sur la mienne. Courage donc et confiance! Quiconque demande la croix, quiconque pense, comme vous, ne pouvoir vivre sans elle, doit savoir qu'elle s'étend vers les quatre parties du monde. Plaçons -nous- y de bonne grâce, étendons les bras pour en mesurer et pour en aimer toutes les dimensions. Disons, écrions- nous : Vivent Jésus et sa croix! Je la reçois comme vous, je la porte comme vous, je la porte avec vous. Que notre bon maître en soit éternellement béni 1 ! »
i 23 novembre 1814