‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 116 sur 236 · SÉPARATION DE GAND · texte numérisé non relu

SÉPARATION DE GAND

Si prête que fût Mmc Barat pour la crucifixion qui lui était dénoncée, elle ne prévoyait pas quelle croix, plus lourde que les autres, allait tomber sur elle, ébranler la Société, et provoquer enfin l'éclat qu'elle redoutait.

Depuis le malheureux concile de Paris, en 1811, depuis surtout les violences exercées contre l'évêque et l'Eglise de Gand par Napoléon, la France était odieuse aux catholiques belges, et son clergé suspect de gallicanisme. La supérieure de Dooresele, Mme de Penaranda, originaire du pays, et fortement excitée par ses compatriotes, n'était pas éloignée de partager ces préventions. Nous avons vu, en outre, quel accueil avaient reçu dans sa maison les statuts de M. de Saint-Estève, apportés à Gand par la mère Ducis. Ce fut une seconde cause de dissentiment. Cette étrange Constitution, d'où on avait exclu l'esprit de saint Ignace et celui du Sacré-Cœur, c'était, — on le disait du moins , — du gallicanisme encore.

En vain le Père Varin, rendu à la liberté, était allé à Gand pour essayer de dissiper ces ombrages. L'annonce que la Société allait prendre hautement le nom de Sacré- Cœur y avait été reçue avec enthousiasme : mais là s'était borné le succès de sa visite. Les lettres de Mme Barat à cette communauté ne portèrent pas plus de fruits. A la fin, la mère générale se sentit impuissante : « Je respecte vos motifs, écrivit-elle à la mère de Penaranda, mais souvenez-vous bien que la branche séparée du tronc ne peut prendre racine, et ne tardera pas à se dessécher. » La rupture se consomma. Par décision épiscopale, Dooresele se sépara de la Société établie en France. Mme de Penaranda y fut maintenue comme supérieure des religieuses belges. Quant aux religieuses françaises, partagées un moment entre les instances de Mme Barat qui les rappelait , et leur

affection pour leur supérieure locale, elles eurent enfin le courage de se séparer de celle-ci, et eiles revinrent à Amiens.

Ce fut au cœur de l'hiver, le 21 décembre 1814, que deux voitures portant six religieuses et une enfant, la jeune Sophie Dusaussoy, déposèrent les voyageuses à la maison de l'Oratoire. Il était alors minuit; Mmo Barat les attendait; elle reçut dans ses bras la mère Victoire Paranque assistante de Gand, la mère Adrienne Michel maîtresse des études, sa propre nièce Sophie, toutes les autres sœurs; puis s'asseyant, elle pleura, sans pouvoir parler. Elle les fit ensuite se chauffer et souper un peu, les bénit et se retira, toujours sans rien dire.

Le lendemain matin, la première chose qu'on apprit, fut que la mère générale était malade. La lutte de la nuit avait laissé en elle la volonté maîtresse, mais elle avait brisé le corps. Une fièvre muqueuse se déclara. Pendant vingt et un jours le péril fut mortel. On en avertit le Père Barat, alors résidant à Bordeaux. Avec ce bizarre mélange d'austérité et de tendresse que nous lui connaissons, il répondit « qu'au cas où sa sœur succomberait, on se contentât de lui adresser une feuille blanche avec un cachet noir : il ne se sentait pas la force d'en lire davantage ».

La nouvelle de cette épreuve remplit de tristesse l'âme du Père Varin; mais elle ne lui ôta rien de son invincible confiance. Loin de là : il en tira un nouveau sujet d'espoir; et il n'écrivit à Mmo Barat que pour la féliciter d'être ainsi crucifiée sur un lit de douleur. Nous lisons à la date du 13 janvier 1815: «Maladies, souffrances, contradictions, abandon et trahison de la part des créatures, et de celles qui étaient les plus chères, délaissements du côté de Dieu, obstacles de tous les côtés et privation de tout secours sen-

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