CRISE DU SACRÉ-CŒUR
sible, tout cela convient et appartient à quiconque se dévoue et se consacre au Cœur de Jésus pour établir son règne sur la terre. Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Jésus-Christ a passé par toutes ces épreuves, et, près du terme, il n'en disait pas moins à ses disciples : Ego vici mundum ! Mettons donc notre confiance et notre espérance en lui : l'œuvre de Jésus-Christ ne saurait périr.»
Mm6 Barat ne devait se remettre que lentement. Cependant à peine eut-elle retrouvé quelques forces qu'elle voulut revoir la communauté. Hélas ! l'état des esprits n'y était plus le même. On y avait reçu et divulgué de nouvelles lettres de M. de Saint-Estève. « Il venait d'ouvrir à Rome un établissement, sous le nom de couvent de Saint-Denis, pour être la maison mère de la Société. Un journal romain, le Diario, en racontait pompeusement l'installation. Le fondateur triomphait: sa maison était la seule reconnue par le Pape; ses règles étaient les seules qu'on voulût approuver, lui-même était le seul homme reconnu comme directeur et organisateur de l'Ordre tout entier. Le Père Varin ne comptait plus; et, pour Mm0 Barat, on avait déjà pourvu à sa déposition pour l'année prochaine, en limitant à dix ans l'exercice des fonctions de la supérieure générale. »
Quelle confusion ces lettres jetèrent au sein de cette famille : on le devine assez. Le trouble s'accrut encore de tout ce que les sœurs, nouvellement revenues de Gand, révélèrent sur ce fantôme de gallicanisme, dont les Belges les avaient effrayées tant de fois. « Le gallicanisme était du grec pour nous, » écrit ingénument une des novices de cette époque. Mais leur foi y voyait une atteinte portée à cette union parfaite avec le Saint-Siège dont, en tout temps, le Sacré-Cœur s'est montré si jaloux. Un jour, une de leurs maîtresses leur avait jeté, en passant, cette
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phrase terrifiante : « Ah! mes chères enfants, n'oubliez jamais que quiconque n'est pas dans la barque de Pierre est dans l'eau! »
Dans cette appréhension générale du naufrage, c'en fut fait de la paix extérieure et intérieure. « Les doux moments de réunion, rapporte une contemporaine, où l'on avait coutume de s'entretenir de la vertu et des moyens de l'acquérir, avaient fui de nos murs, avec l'aimable simplicité et l'heureux abandon qui avaient fait jusqu'alors le charme de notre existence. Nos yeux mêmes évitaient de de se rencontrer, de peur de provoquer une explication1. » Délicates alarmes, qu'il faut plaindre, mais respecter, car elles procèdent de la pudeur la plus noble de toutes : celle de la pureté immaculée de la foi et de la fidélité à l'Église notre mère !
Des partis se formaient, des sœurs se détachaient de la Société. Mme de Sambucy et Mme Copina se disposèrent à partir pour la maison de Rome, où elles se rendirent, en effet, vers la fin de l'été. Mœe Baudemont, qu'on avait prudemment éloignée d'Amiens en l'envoyant à Poitiers, ne tarda pas à aller rejoindre à Rome ses compagnes. Une autre religieuse d'un plus solide mérite, Mme Eugénie ôe Gramont, était près de faire de même. Elle en fut empêchée par la sage énergie de Mme de Gramont d'Aster, qui, reprenant sur elle ses droits de mère, lui dit : « Allez-y si vous voulez; mais vous n'irez pas seule. j'y serai auprès de vous pour vous ouvrir les yeux. »
Au sein d'une dislocation dont elle ressentait tous les déchirements, l'àme la plus sereine et la plus confiante était M"1C Barat. Voici ce qu'au plus fort de ces agitations,
1 Voir Notes manuscrites de Mme Marie de la Croix.