‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 119 sur 236 · ALARME DU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

ALARME DU SACRÉ-CŒUR

Une autre fondation, un autre fondateur, d'autres règles, un nouveau nom, un esprit différent, un autre supérieur, en un mot, une autre Société se substituait frauduleusement, mais officiellement, à celle que Dieu semblait avoir enfantée par tant de labeurs, soutenue par tant de grâces, éclairée par tant de lumières, consacrée par tant de merveilles!

En présence d'un pareil acte, les amis de la Société se consultèrent entre eux, et leur avis unanime fut qu'il fallait se soumettre. « Nous nous sommes entretenus avec M. Montaigne, de vous, de votre famille, de votre trkte position, écrivit le Père Varin, le 15 septembre 1815, à Mmo Barat. Je n'ai pas besoin de vous parler de l'intérêt que lui et moi nous vous portons. Je ne crois pas qu'après Notre -Seigneur, le premier de tous vos amis, vous en puissiez trouver deux plus dévoués, plus disposés à ressentir vos peines et à les adoucir autant qu'il est en eux. L'avis de M. Montaigne est que vous devez retourner à Amiens et déclarer à vos filles que vous ne mettez pas d'opposition à leur adhésion à l'Institut de M. de Saint- Estève. » Il en donnait les raisons, toutes de piété et de charité : éviter un éclat qui ne serait pas sans scandale, chercher uniquement Dieu et son bon plaisir, ne suivre que son esprit. — « Vous comprenez, ma chère sœur, combien il m'en coûte d'enfoncer moi-môme les clous qui vous attachent à la croix. Mais courage ! quand on agit selon le cœur de Notre-Seigneur, on se console de tout1. »

Mmo Barat fut alors ce que nous la verrons toute sa vie : une grande chrétienne. Elle se soumit d'abord. Si Rome avait parlé, la cause était jugée ; et cet Institut du

' Lettre autogr. Paris, 16 septembre 1815. Dossier n. 25.

Sacré-Cœur, ce fils de tant de promesses, devait être immolé sur un signe d'en haut.

Mais Dieu voulait- il détruire définitivement l'ouvrage de sa droite? elle ne pouvait le croire; et seule, espérant contre toute espérance, elle écrivit ainsi à Mme Giraud : a Que le démon se déchaîne contre nous, cela doit être, mais je garde la confiance que la Société du Sacré-Cœur renaîtra de ses cendres, parce que toute œuvre doit, comme le grain de sénevé, pourrir en terre avant de produire son fruit*, »

Toujours dans le même espoir, elle écrivit peu après au Père Fontana, supérieur des Barnabites. Non seulement elle revendiquait pour sa Société ce titre du Sacré-Cœur qu'on allait lui ravir ; mais, s'élevant plus haut que jamais, elle faisait entrevoir, dans le culte de ce Cœur adorable, le salut de la France : « Notre désir le plus cher est que notre petite Société soit dévouée et consacrée au divin Cœur de Jésus. Nous voyons de plus en plus combien cette dévotion a d'attraits pour les fidèles. Nous savons combien elle est favorisée par le Saint-Siège et par les évêques d'un très grand nombre de diocèses. Enfin il y a lieu d'espérer que Sa Majesté Louis XVIII cédera au désir de ses plus fidèles sujets, et qu'accomplissant le vœu de Louis XVI , il mettra son royaume sous la protection spéciale du sacré Cœur1. »

Louis XVIII ne le fit pas : d'autres le feront -ils? Et ce dernier souhait de la servante de Dieu, qui, à l'heure présente, est encore celui de tous les vrais catholiques, n'est-il pas un appel auquel il faut répondre?

1 Paris, 26 septembre 1815.

* Au Père Fontana, octobre 1815. Dossier n. 30.

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