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ce siècle mauvais , on considère, par groupes, les diverses milices d'apôtres, de pontifes, de soldats, d'hommes de prière , de vierges et de femmes chrétiennes , qui se sont succédé au service de Jésus -Christ , quelle sève de sainteté on sera forcé de reconnaître dans l'arbre capable de donner de tels fruits! Quelle édification, quel étonnement parfois nous apporte la révélation de la vie de nos justes, de nos vierges, de nos martyrs, dans les histoires intimes où ces âmes contemporaines se montrent au niveau des plus belles âmes antiques! Héroïsme de foi, héroïsme de pureté, héroïsme de charité, héroïsme de pénitence et d'immolation : je constate que notre âge les aura tous connus. Et alors , me rappelant que la sainteté , pour mériter d'être portée sur les autels , doit être la vertu poussée à ce degré sublime, je me crois fondé à dire que , par la miséricorde infinie de Jésus, la page du livre de vie réservée à notre époque ne restera pas vide, et que des noms, aujourd'hui bien ignorés du monde , sont peut-être destinés à enrichir les diptyques de l'Église future.
Or, les saints de notre siècle ont deux traits particuliers qui formeront, dans l'histoire, leur caractère propre. Le premier est un amour plus dévoué et plus tendre pour le centre de la vérité , qui est le Saint-Siège; le second est un amour plus ardent , plus généreux pour le centre de la charité, qui est le Cœur de Jésus. Tous portent écrit sur leurs fronts, comme s'exprime saint Jean, le nom de la Cité sainte, Rome, dont ils sont les fils, les apôtres, les soldats , et dont , au besoin , ils sauraient être les martyrs. Tous portent aussi écrit, en caractères de flamme, le nouveau nom de Dieu %, comme dit le même apôtre, le nom du Dieu de l'amour; et ce qui donne à leur piété son
1 « Scribam snper eum nom en Dei mei, et nomen civitatis Dei mei, novae Jérusalem, et nomen meum novum. » (Apoc. ni, 12.)
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cachet spécial de douceur et de force, est une religion profonde envers le sacré Cœur.
Je dis que c'est une religion profonde que celle-là : elle est le christianisme dans son essence même. Qui ne voit, en effet, que chez nous l'amour de Dieu, dont le Cœur est le symbole , est la loi qui régit tout , la formule universelle qui rend compte de tout? Pour nous, Dieu n'est pas seulement cet Être nécessaire , cette Cause première , cette Raison par excellence qu'attestent le bon sens et la philosophie. Dieu n'est pas seulement non plus ce premier Législateur et ce Juge inévitable, dans lequel résident le principe et la sanction de la loi. Dieu, — et c'est là le sujet de notre ravissement, — Dieu, c'est le Cœur Éternel, qui vit . qui pense, qui aime, et qui, se suffisant à lui-même , n'en a pas moins , par la libre détermination de sa bonté, produit les indéfinies générations des êtres ; Cœur inépuisable , immense , d'où sortent tous les cœurs et où tous les cœurs sont conviés par la libre attraction de l'amour, comme dans les deux astronomiques, les soleils sans nombre sont, pour ainsi dire, conviés par la gravitation universelle vers un soleil central.
Mais ce Cœur, qui attire l'homme à lui, fait mieux encore : il cherche l'homme, il descend vers l'homme comme vers un fils chéri. Il est venu l'éclairer, se livrer à lui sous une forme mortelle, souffrir, se dévouer, s'immoler pour lui. Enfin le Cœur de Dieu entre dans le cœur de l'homme par un secret qui seul répond à l'immense aspiration de nos âmes. Or c'est là tout le fond de la religion chrétienne.
Au fond, il n'y a qu'un dogme, c'est que Dieu nous a aimés. Quant à nous, écrit saint Jean, nous croyons à l amour que Dieu a eu pour nous. Tous les mystères de la
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foi : création, révélation, incarnation, rédemption, eucharistie, communion, découlent de ce principe; il est la clei' de tout. De même , dans la morale , il n'y a qu'un devoir, qui consiste à aimer Dieu et tout aimer pour Dieu. Amour de Dieu pour l'homme , amour de l'homme pour Dieu, voilà la foi et la loi; et le christianisme est, en définitive, une relation de cœur entre le Créateur et son ouvrage. C'est pourquoi lorsque, dans ces derniers temps , le Seigneur voulut ramener la foi à son foyer et la vertu à sa source , il se contenta de montrer son Cœur tout de flammes pour l'homme , et de dire au cœur de l'homme : « Voilà comment je t'ai aimé, voilà comment tu dois aimer. » Tout était résumé dans ce symbole auguste que les simples comprirent , que les sages admirèrent, que les saints adorèrent; car, ce qu'on avait osé nommer une superstition , c'était le culte en esprit et en vérité; ce qu'on avait osé taxer de nouveauté, c'était simplement l Évangile éternel, ainsi que s'exprime saint Jean.
Cependant, depuis le jour où le Cœur de Jésus s'était manifesté à la bienheureuse Marguerite -Marie , les progrès de son culte , pour être toujours continus , n'en étaient pas moins lents. Il fallait que ce feu sacré , pour faire explosion dans l'universalité des familles chrétiennes , y fût allumé par l'éducation. Le Seigneur y pourvut. Coïncidence lumineuse! c'est le lendemain du jour où , du pied de l'échafaud, Louis XVI prisonnier jetait le royaume très chrétien dans le sacré Cœur de Jésus , que Jésus , acceptant le legs , mit dans l'âme d'un saint prêtre l'inspiration et le zèle de prendre possession de ce domaine spirituel par l'institution de la femme chrétienne , et de lever dès lors une virginale armée chargée d'en faire la conquête. Un ordre contemplatif, la Visitation , avait reçu la confi-
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dence du mystère d'amour : cela devait être. Un autre ordre, un ordre enseignant, sembla destiné, dans les desseins du Ciel , à en être le propagateur et l'apôtre au milieu du monde.
Là est la raison d'être de la vocation et de la mission de Mme Barat. Vouée au Cœur de Jésus , cette âme généreuse ne s'appartient pas, elle appartient tout à Lui. Dans sa vie intérieure elle en est disciple , voilà toute sa sainteté ; dans sa vie extérieure elle en est Y apôtre, voilà toute son oeuvre : telle est, en deux mots , l'histoire de la servante de Dieu.
La première chose qu'on y voit est la merveille d'une âme déifiée , pour ainsi dire , par l'action de l'amour, selon cette parole de saint Jean de la Croix : « Aimer, c'est être transformé en ce qu'on aime; aimer Dieu, c'est donc être transformé en Dieu. » On assiste à ce miracle de transformation divine chez Mme Barat. Jésus est certainement l'être le plus présent, le plus vivant dans cette âme; et voilà pourquoi il sera l'être le plus agissant dans ce livre qui, pour être digne d'elle, doit être tout plein de Lui. Elle ne pense qu'à Lui, elle ne parle que de Lui, elle n'agit que par Lui, elle ne se plaît qu'avec Lui. Ce n'est pas elle qui vit, c'est Jésus qui vit en elle; non pas, certes , pour l'éteindre, mais pour l'animer; non pas pour l'abaisser, mais pour l'exalter. L'âme des saints, qu'on le sache, n'est pas cette mer Morte que ne soulève aucun souffle, et où rien de vivant ne se meut, sous la pesante épaisseur des eaux. C'est bien plutôt cette mer de Génésareth , qui a parfois ses agitations et ses tempêtes , mais où Jésus est maitre, et qui se calme sous la main de Celui à qui les flots et les vents obéissent.
Ainsi perpétuellement gouvernée par Dieu , Mme Barat reflète dans ses facultés limpides et tranquilles , les plus