‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 13 sur 236 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

pures beautés du ciel et de la terre. L'intelligence éclairée de la lumière d'en haut n'en voit que plus nettement, n'en embrasse que plus largement les choses d'ici-bas. Elle pénètre le fond des âmes, elle entre dans le secret des cœurs. Même les affaires du siècle ne lui échappent pas; elle en effleure les sommets, comme du bout de l'aile, et avec quelle justesse, quelle délicatesse! Combien de ses jugements si modestes , mais si nets , sur les événements de notre temps , resteront , en définitive , le dernier mot de l'histoire! Du sein de cette lumière, elle ne descend jamais, même aux plus petites choses, sans y porter, pour ainsi dire, quelque rayon de soleil. La gaieté, l'esprit , la bonne grâce animent et vivifient sa parole nourrie de foi et de sagesse , où l'on retrouve tour à tour la raison de sainte Chantai , l'onction de Fénelon et la grâce spirituelle de saint François de Sales. Plus grande encore par le cœur que par l'intelligence, elle est douce sans faiblesse, elle est forte sans raideur; l'humilité tempère l'éclat de ses plus riches dons; et, sur un fond de vertus et de qualités viriles , s'épanouit une candeur qui est son charme le plus pur, et qui donne à ses traits l'inaltérable jeunesse des enfants de l'Évangile. Son cœur rempli de Dieu aime tout ce que Dieu fit grand : l'Église, l'homme, les âmes; mais elle a, en même temps, des tendresses ineffables pour les plus petits êtres de la création. « Sa conversation est avec les simples; » les enfants sont sa passion , et les pauvres son culte. Elle aime la campagne , les animaux , les plantes ; elle s'intéresse à l'herbe qui fleurit aujourd'hui et que l'on jettera demain au feu , au passereau qui tombe à terre, au lis des champs et au grain de sénevé : l'abondance de ce cœur déborde sur tout ce qui respire. Quelque chose de l'Évangile se place sur ses lèvres et coule de sa plume; elle porte la joie du ciel

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dans son regard, et la miséricorde repose dans ses mains. On dirait . en vérité , que le Cœur de l'Époux a passé dans celui de l'épouse. Harmonieux composé d'amabilités divines et humaines, elle donne l'envie d'être sainte, et tous ceux qui la voient sont portés à dire d'elle ce que la sœur de saint François de Borgia , religieuse à Madrid , disait de sainte Thérèse : « Dieu soit loué de nous avoir fait connaître une sainte que nous pouvons tous imiter 1 Sa conduite n'a rien d'extraordinaire; elle mange, elle dort . elle parle et rit comme toutes les autres , sans affectation, sans façon, sans cérémonie, et Ton voit pourtant bien qu'elle est pleine de l'esprit de Dieu. »

Mais Mme Barat n'est pas seulement le disciple du Cœur sacré de Jésus, elle en est encore Yapôtre. Son zèle apostolique a un double rayonnement : un rayonnement intérieur, la direction de s^s filles : un rayonnement extérieur, l'éducation des enfants. Mais le foyer de l'un et de l'autre est toujours le sacré Cœur, son culte, son amour, ce feu que Jésus est venu allumer en ce monde, avec l'unique et ardent désir qu'il embrase tout.

D'abord l'œuvre intérieure, celle de la formation religieuse de ses filles , n'est pour Mme Barat que la refonte des âmes dans ce moule divin. Tel est le sujet de ses entretiens et de ses lettres, formant ensemble un corps de doctrine spirituelle, où se cachent, sous la forme la plus familière, les plus hautes leçons. Le sacrifice en fait le fond; car qu'est-ce que le Christianisme, sinon le sacrifice? Mais l'amour allège tout. « Il prête, comme dit saint Bernard , son onction à la croix . et il mêle à l'amertume une douceur surhumaine 1. » Ministre du Cœur de Jésus , dans sa Société, la supérieure ne gouverne qu'avec

1 « Ecce scitis quia rere crux nostra inuncta est; sel, utitadicam, amaritudo nostra dulcissima. » (S. Bern. Serm. I. de Dedicat. Eccl. )

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