‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 132 sur 236 · FONDATION A BEAUVAIS · texte numérisé non relu

FONDATION A BEAUVAIS

des anges; quatre cents petites pauvres, dont plusieurs apprennent des étals; le dimanche, quatre à cinq cents personnes aux instructions de nos sœurs : on ne saurait assez en remercier le bon Dieu «. »

Les mêmes consolations attendaient Mmo Barat dans ses deux maisons de Poitiers et de Niort, qu'elle visita dans le cours de la même saison.

A Niort, le Sacré-Cœur, quittant l'impasse Saint-Jean, venait de se transférer dans l'hôtel Morans. Cette nouvelle demeure semblait lui être promise par la Providence depuis plusieurs années. En effet, le jour même où, en 1808, les pauvres fondatrices parcouraient la ville pour y chercher une maison, M. l'abbé de Moissac, qui les conduisait, apercevant sur son passage les deux hôtels contigus de Morans et de Bremond, avait dit aux religieuses : « Voici bien ce qu'il nous faudrait pour placer notre fondation; » à quoi la mère Geoffroy lui avait répondu : « vous seriez donc bien étonné, Monsieur, si nous les avions un jour?... » La moitié de cette espérance venait de se réaliser, elle devait plus tard s'accomplir tout entière.

Un orphelinat avait été établi près de Niort, à Sainte- Pezenne, par la charité de la mère Geoffroy. Cet orphelinat était une surcharge si lourde pour la maison principale que Mmo Barat arrivait décidée à le supprimer. Elle s'y rendit donc dans cette intention; mais on l'attendait de pied ferme et sous les armes. Aussitôt qu'elle paraît, les orphelines l'entourent; l'une d'elles lui récite d'un ton fort pénétré une allégorie de la composition de Mrae Geoffroy. L'allégorie pastorale était, paraît-il, un genre très goûté de cette digne supérieure. Sa pièce, fort transpa-

1 Paris, 28 avril 1818.

rente, conjurait la grande bergère de ne pas arracher les agneaux orphelins à leurs mères adoptives. Une petite tille récita une fable dans le même sens. Ce fut irrésistible. iAimo Barat, qui, de sa nature, était peu aguerrie contre les larmes des enfants, se laissa prendre au piège, et Sainte-Pezenne vécut encore quelques années.

En somme, ia maison de Niort était bien selon le Cœur de Jésus crucilié. Lu mère Geoffroy avançait à grands pas dans la sainteté par le sacrifice. « Le bon Dieu la sanctifie par tous les moyens, et surtout pai les souffrances, disait Mme Barat à la mère Giraud. Aimons donc bien notre croix, ma chère Emilie. Cette passion a été celle de tous les saints, et vous voyez vous-même que votre mère Geoffroy marche sur leurs traces. »

A la mère Emilie, Mme Barat prêchait la force, l'humilité, l'amour de la souffrance : % Sans cela, disait-elle, nous ne sommes que des gagne -petit. Souffrons avec joie, ma fille, comme le soldat qui monte à l'assaut, bouillant de faire éclater sa valeur, et déjà joyeux de l'espérance de la victoire. Quand aimerons-nous la croix? Est-ce en vain que nous portons cette devise : Spcs unica? » Elle lui parlait aussi de ses devoirs de maîtresse des âmes, surtout du premier de tous : l'union à Jésus-Christ : % Ma chère fille, au milieu de tant de tracas divers, prenez soin de votre intérieur, c'est l'âme de l'action. Elle sera vide et sans vie si l'âme est desséchée. Que tirer d'un jardin qui a des conduits qui n'amènent pas d'eau? » Comme toujours, elle concluait par l'amour de Jésus : a Soyez fervente, Dieu le veut. Il ne règne pas dans un cœur où souffle le vent du nord. »

Docile à ses leçons, la mère Emilie demanda à sa supérieure de faire entre ses maios le vœu du plus parfait

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