‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 133 sur 236 · SA VISITE A NIORT · texte numérisé non relu

SA VISITE A NIORT

engagement sublime qui épouvante la nature, tant il suppose de courage toujours prêt et d'indéfectible générosité! La pruiientc mère Barat le lui permit seulement pour un temps limité, qu'elle prolongerait ensuite, si elle la trouvait fidèle1.

Le 30 juin, la supérieure était de retour à Paris. La maison de la rue des Postes, disposée par le travail de Mmo Duchesne et de Mm? Bigeu, était, depuis te 15 avril, habitée par les deux mères et quelques religieuses. Rien d'ailleurs de plus modeste que cette habitation retirée, exiguë, avec une petite cour dont un sureau taisait le plus bel ornement. On est heureux de voir la même simplicité que nous avons signalée dans chaque fondation, présider également aux commencements de l'importante fondation de Paris.

Plusieurs novices y avaient devancé l'appel de la supérieure. L'une d'elles, nommée Octavie Berthold , était venue de Grenoble rejoindre Mrac Duchesne, par une prédestination au même apostolat, dont alors le Seigneur possédait seul le secret. On venait aussi de recevoir deux postulantes, Mme Frédérique Thévenin, qui, sortie d'une société de sœurs hospitalières de la Franche-Comté, avait déjà beaucoup travaillé en Portugal; et Mll° Aglaé Fontaine, de laquelle Mme Duchesne portait ce témoignage : « C'est une jeune personne de Paris, riche, modeste, bien élevée, qui dit un généreux adieu au monde. Elle était dans la paroisse qui est dans l'île Saint-Louis; île favorisée de Dieu, qui semble être comme une ville sainte au milieu d'une ville corrompue. Notre prétendante y était

i Voir lettres du 14 janvier 1815, 22 octobre 1316, 27 janvier 1817.

remarquée et renommée par sa vertu : tout le monde la regrette. »

Le pensionnat, de son côté, avait reçu deux élèves. C'étaient les enfants d'un chevalier de Saint-Louis qui, ayant émigré dans le Canada, avait subi la perte de presque tous ses biens. Mrae Barat adopta géuéreusement ses filles, de sorte que la charité eut les prémices de ce pensionnat de Paris où devaient affluer tant de brillantes fortunes.

Le temps était arrivé de consacrer et de remplir la petite maison. Le 16 juillet 1816, fête du Mont-Carmel, M. l'abbé d'Astros, nommé supérieur ecclésiastique, et M. l'abbé Perreau bénirent la chapelle et y célébrèrent la messe. Les religieuses y communièrent. Les deux élèves, vêtues de blanc, et placées en avant de la communauté, représentaient le pensionnat. Pendant toute la journée un grand nombre de personnes y vinrent adorer. Le soir, une colonie de postulantes et de novices arriva de Grenoble; le lendemain, une seconde fut amenée d'Amiens. A partir de ce jour, la clôture fut observée, le règlement mis en vigueur, l'adoration perpétuelle établie pendant le jour, en attendant qu'on pût la continuer durant la nuit \ Ainsi le Cœur de Jésus commençait à voir de modestes sanctuaires se consacrer à son culte, dans la ville qui aujourd'hui s'apprête à lui élever un magnifique temple.

Cette chapelle devint chère à la piété catholique. Parmi les hommes qu'y attirait la dévotion au Coeur adorable d'1 Jésus, on remarqua bientôt un jeune gentilhomme, récemment brisé par une grande douleur, le prince de Léon, duc de Rohan-Chabot, qui, inconsolable de la mort tra-

; Journal de la maison de Pans, par Mme Duchesne, p. 24.

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