‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 136 sur 236 · FONDATION A QUIMPER · texte numérisé non relu

FONDATION A QUIMPER

l'horizon : « Ne craignez rien, mes sœurs, car un soleil encore plus beau que celui-là éclaire notre route dans le ciel! » Un refrain répondait à toutes les tristesses : « Oh! qu'il est bon le Dieu que nous servons! » C'est ainsi qu'elles étaient arrivées à Quimper. Dès le lendemain 1 eveque vint les encourager. La maison qu'il leur confiait et que venaient de quitter lesVisitandines était un ancien couvent de Capucins. H n'était ni beau ni propre; et les dix petites Bretonnes fort simples et fort rustiques composant le pensionnat n'étaient pas faites non plus pour séduire les sœurs au premier aspect. Mais elles apprenaient grandement la foi de ce pays, où les mœurs étaient encore incultes comme les terres, mais où les caractères sont de granit comme le sol. Si, d'ailleurs, quelque religieuse s'agitait, s'inquiétait pour elle-même ou pour son œuvre, M- Bigeu, la calmant du geste, lui disait: « Ma fille, reposez- vous sur le sein de Jésus. Vous n'êtes rien, vous ne lui pèserez donc pas beaucoup. »

La donatrice de la maison était une pieuse personne, M"« de Saint-Pern, très bonne, très dévouée à l'Église et aux pauvres, qui depuis plus de trente ans aspirait au bonheur de l'état religieux. Elle se mit sous la conduite de H- Bigeu, qui, au bout de deux mois, l'amena à Pans. Là sa vertu croissante fit l'admiration de M™ Barat « Elle a plus de cinquante ans, écrivait cette mère; mais quelle humilité! quelle obéissance! vraiment, elle nous edihe. C'est ainsi que le Maître de la vigne appelle à toutes les heures, et la bonne demoiselle a bien l'air de mériter son denier, autant et plus que celles qui, comme votre mère, ont porté le poids du jour et de la chaleur ■ »

1 A la mère Thérèse, 9 août 1817.

Ce prix ne se fit pas attendre. Un peu plus d'un an après, le soir de l'Epiphanie 1819, la mère de Saint-Pern, revenue, en qualité de simple religieuse, dans la maison de Quimper, rendit à Dieu une âme qu'elle venait de lui consacrer par sa profession.

Mm6 de Gramont d'Aster fut nommée supérieure de cette nouvelle famille. L'ancien couvent des Capucins fut renouvelé, corps et âme, sous son gouvernement. Le pensionnat se remplit; mais la prédilection de la supérieure était pour les classes pauvres. Trois à quatre cents enfants y furent admises pour rien. Leurs haillons disparurent, leurs familles furent secourues, tout le pays fut édifié. Le plus grand bonheur de Mme de Gramont était de faire du bien en se privant de tout ».

Nous venons de voir quel fut le noviciat de Paris, sa naissance, son accroissement, sa première mission. Une autre sollicitude de la mère générale était le pensionnat. Lui aussi grandissait, se recrutant principalement parmi les classes élevées, et faisant ainsi déjà pressentir quelle serait la physionomie propre% de cette maison de Paris. Voulant mettre à sa tête une maîtresse qui répondît pleinement à la confiance des plus grandes familles, elle fit venir d'Amiens Mmo Eugénie de Gramont, qui, dès lors, entra dans cette brillante carrière où, déployant pendant trente ans les dons les plus heureux de l'esprit et du caractère, elle attira et conquit l'élite de la jeunesse en France et à l'étranger.

Néanmoins ce qui se fit le plus remarquer en elle dès les commencements fut une simplicité dont Mmo Duchesne racontait ainsi son édification : « Mme Eugénie de Gramont

1 Voir sa notice biographique, in -8°, Paris, 1836.

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