MONSEIGNEUR DUBOURG
des sœurs de la Charité. Mais c'était par-dessus tout un missionnaire. Après des travaux considérables dans le Sud, il venait d'être nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-Orléans, Iorsqu'en 1815 la fin de la guerre entre l'Amérique et l'Angleterre lui permit de revoir l'Europe. Il y reçut, à Rome même, la consécration épiscopale, et de là il rentra en France.
Cependant il avait enrôlé en Italie plusieurs prêtres et jeunes clercs, qui devaient partir avec lui. A Lyon, où il vint ensuite, il n'avait pas seulement suscité chez plusieurs la même vocation , mais il avait fait germer une des plus grandes œuvres de l'Eglise en ce siècle : ses discours enflammèrent la charité catholique, et c'est sous le feu de sa parole que naquit à Lyon l'Association de la propagation de la foi. Maintenant il parcourait le Nord et les Pays-Bas, recrutant des compagnons, recueillant des aumônes, se procurant non seulement les vases de l'autel et les objets du culte, mais des instruments de travail et de culture, car il avait résolu de défricher les terres en même temps que les âmes. Ainsi enrôlés par lui, quarante missionnaires de diverses nations étaient prêts à s'embarquer, pour porter au Nouveau Monde une nouvelle effusion de l'Esprit de la Pentecôte.
Le printemps s'achevait, et Mme Duchesne souhaitait impatiemment le retour de l'homme de Dieu. Une nuit, elle le vit en songe, lui disant d'être tranquille. Elle en conclut qu'il devait arriver ce jour-là. Il arriva seulement deux ou trois jours après, le vendredi 16 mai, lendemain de l'Ascension.
L'évêque revenait décidé à obtenir de la supérieure générale une parole définitive. Elle ne put la lui donner. Depuis plusieurs mois, les amis de la Société ne cessaient
de lui présenter de spécieuses objections : « L'entreprise était-elle sage? L'heure était-elle opportune? Ne fallait-il pas commencer par répondre aux nombreuses demandes de fondations faites dans le pays même, au lieu de songer à disperser ses forces en se jetant dans une aventure lointaine? » Mme Barat demanda un nouveau délai. L'on put croire que, cette fois encore, c'en était fait des longues espérances de Mme Duchesne.
Après de vaines Instances , le missionnaire attristé se retira donc lentement et silencieusement. Il allait franchir la porte; la mère Barat le reconduisait, également désolée et pleine de pensées qu'elle ne confiait qu'à Dieu. Tout à coup MmQ Duchesne apparaît et se présente à eux , sur le passage. Elle les avait suivis avec anxiété; elle avait tout deviné, et se jetant tremblante aux pieds de sa supérieure: « Votre consentement, ma mère; de grâce, votre consentement! » lui dit-elle à mains jointes. Mme Barat se recueille; un éclair traverse son âme; c'était la lumière de Dieu: elle n'hésite plus. « Eh bien! je vous l'accorde ma chère Philippine, dit-elle en la relevant : dès ce moment, je vais m'occuper à vous chercher des compagnes. »
La mission d'Amérique venait d'être enlevée d'assaut. On convint avec l'évêque qu'au printemps prochain une colonie du Sacré-Cœur s'embarquerait pour la Louisiane, où lui-même, pressé de partir, allait la précéder et lui préparer une place.
On n'eut pas besoin de chercher des compagnes à Mme Duchesne; plusieurs s'étaient offertes.
La première fut Mme Octavie Berthold, alors âgée de trente ans. Elle venait de faire ses vœux au noviciat de Paris, le 5 février 1817, a en la fête des saints martyrs