LES PREMIÈRES MISSIONNAIRES
du Japon, » observe le journal de Mmo Duchesne. Fille d'un père philosophe, qui avait été le secrétaire de Voltaire, élevée dans le calvinisme, où elle était restée jusqu'à plus de vingt ans, convertie et reçue ensuite au noviciat de Sainte-Marie-d'en-Haut, Octavie Berthold était une de ces belles âmes de néophyte qui, une fois entrées dans la vérité, y marchent sans relâche, jusqu'aux dernières conséquences de leur foi et aux derniers sommets du sacrifice. Ce qui la poussait aux missions étrangères, c'était le sentiment d'une juste reconnaissance envers Jésus-Christ, et le besoin d'immoler le reste de sa vie au service de ce Dieu qu'elle avait connu trop tard et trop tard aimé. Caractère sympathique, cœur profondément dévoué, intelligence ornée, Mmo Octavie était fort aimée au pensionnat de Paris. Elle demanda et obtint de tout quitter pour Dieu et de partir.
La seconde était à Quimper; c'était Eugénie Aude. Nous avons vu ses timidités et ses défaillances; mais les leçons et les exemples de Mroe de Gramont d'Aster avaient achevé sa transformation. Aussi, malgré sa jeunesse, — elle n'avait que vingt- quatre ans, — elle fit savoir à Mmo Barat qu'elle serait heureuse de s'embarquer. Elle revint à Paris, où elle fut admise à prononcer ses grands vœux, le matin même du jour fixé pour le départ.
Deux sœurs coadjutrices, Catherine Lamarre, de l'ancienne maison de Cuignières, et Marguerite Manteau, de la maison de Niort, toutes deux d'un âge mûr et d'une vertu éprouvée, devaient compléter le personnel de l'expédition.
La veille du départ, il y eut une réunion de toute la communauté, dans laquelle Mme Barat donna à ses filles ses derniers avis et sa bénédiction. Cet adieu de la supé-
Heure fut d'une élévation extraordinaire. Après avoir excité ses chères missionnaires à la fidélité aux Constitutions, à l'union persévérante avec la Société, à la charité entre elles, Mme Barat ne considéra plus que leur bonheur d'être appelées les premières à porter l'amour du sacré Cœur dans des contrées nouvelles : a Ah ! leur dit-elle avec un accent enflammé, quand vous n'iriez si loin que pour y établir un tabernacle de plus, et faire prononcer à un pauvre sauvage un seul acte d'amour, ne serait-ce pas assez pour le bonheur de votre vie et pour le mérite de votre éternité1 !... »
A la fin, elle appela à elle les partantes : « Venez, vous qui nous serez toujours chères dans le coeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ; » puis elle remit à chacune son obédience. Celle de Mme Duchesne la nommait supérieure de la mission d'Amérique, avec des pouvoirs exceptionnels. En recevant cette charge qu'elle avait redoutée, l'humble mère se prosterna devant Mme Barat, et lui baisa les pieds.
Le lendemain 8 février, le saint Sacrement fut exposé tout le jour: ce devait être le grand jour. M. l'abbé Perreau reçut les vœux de Mme Eugénie Aude , et lui adressa un discours sur ce texte : Mon Bien- Aimé est à moi, et je suis à Lui. Pendant la matinée, les Pères Varin, Roger, Druilhet et quelques autres apportèrent aussi à la petite colonie des paroles d'édification et d'encouragement. Mme Barat voyait approcher l'heure du départ avec un mélange . de tristesse, d'envie et d'admiration. « Oh! que ce moment a été pénible! rappelait -elle ensuite à Mrae Duchesne. Si,
i Lettre de Mme Octavie Berthold à la mère Thérèse. Autogr. Bordeaux. 1818.