‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 148 sur 236 · LE SACRÉ-COEOR EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LE SACRÉ-COEOR EN AMÉRIQUE

missionnaires. Mme Duchesne annonçait que, le 25 mai, 7a Rebecca était enfin entrée dans les eaux du Mississipi. a Gomment, ma chère Philippine, vous dire le plaisir que vos lettres nous ont causé? lui répondit aussitôt i\Ime Barat. La consolation de vous voir toutes échappées aux dangers de la mer a fait couler des larmes de joie, mêlée de quelque tristesse de vous savoir séparées de nous par cette énorme distance. Mais une vue de foi est venue les essuyer, et nos coeurs, unis aux vôtres, se sont ouverts à l'espérance de vous revoir un jour *. »

Le débarquement eut lieu le soir du 29 mai. Par une coïncidence où il était impossible de ne pas reconnaître un dessein du Ciel, ce jour du 29 mai était, cette année-là, le jour même de la fête du Sacré-Cœur de Jésus! « Le matin, sur le navire, nous renouvelâmes à Jésus-Christ nos saints engagements, raconte MmG Duchesne; et le soir, à huit heures, je mis le pied sur la terre ferme, que je n'avais pas touchée depuis le jeudi saint. Je baisai respectueusement, à la faveur des ténèbres, ce sol, objet de vœux dont la vivacité se réveillait en approchant *. » Ses compagnes ajoutent que « ses yeux étaient pleins de larmes, et que le feu de son visage reflétait les sentiments que Jésus peut allumer dans un cœur brûlant de procurer sa gloire 3. »

Dans la même nuit, une voiture, côtoyant le large fleuve sous un ciel étoile, conduisit les religieuses chez les Dames Ursulines de la Nouvelle -Orléans, où les attendait une lettre de Mm0 Barat. « Cette lettre a été portée au pied de l'autel avant d'être lue , raconte Mme Du-

1 Grenoble, 21 août 1818. — 2 Lettre à Mme Bigeu, 30 mai 1818. — 3 Journal de Mm^ Aude, 23 juin 1818.

chesne : il fallait bien Remercier Dieu de cette grande faveur • . »

Il n'est plus de notre sujet de raconter le séjour de la petite colonie chez les Ursulines, la maladie qui faillit emporter Mme Duchesne sur le seuil de la terre promise, ses beaux sentiments en présence de la mort, « qui n'avait fait, disait-elle, que lui montrer ses charmes »; ses rêves héroïques à la vue de ces Grandes Indes, où elle n'ambitionnait rien moins que le martyre; ensuite la navigation pittoresque, accidentée, sur le Mississipi, qui dura plus de cinq semaines; les souffrances des sœurs, leur naïf étonnement à vue de ces forêts vierges, de cette grande nature, de ces villes naissantes, et des familles de sauvages errantes sur la rive; enfin, leur arrivée à Saint- Louis-du- Missouri, le 22 août 1818.

Cette arrivée fut solennelle. Avant de quitter le steamboat, Mme Duchesne prit sa Bible, et l'ouvrit à ces paroles du Deutéronome : Écoute, Israël : C'est aujourd'hui que tu passeras le Jourdain. Ne dis pas dans ton cœur : C'est à cause de ma justice que le Seigneur m'a introduit dans cette terre , afin que j'en prenne possession. Observe bien et prends garde de n'oublier jamais le Seigneur ton Dieu et de négliger sa loi, ainsi que les prescriptions que je te fais en ce jour. Ayant lu ce texte, Mme Duchesne se rappela que c'étaient les mêmes paroles qu'autrefois, à Sainte-Marie, dans un de ses jours d'épreuve, elle était allée lire auprès du puits perdu de son monastère; et elle leur trouva un sens prophétique, qu'elle se réjouit de voir réalisé en ce jour2.

Les lettres des deux compagnes de Mme Duchesne, bien

1 Nouvelle -Orléans, 24 juin 1818.

2 Mémoire cité, f° 3, p. 2, et lettre de Saint- Louis, 22 août.

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