‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 149 sur 236 · LE SACRÉ -CŒUR AU MISSOURI · texte numérisé non relu

LE SACRÉ -CŒUR AU MISSOURI

que d'un style moins grand, témoignaient du même courage et du même attachement pour Mme Barat et la Société. Mme Aude lui disait « que jamais elle ne s'était autant sentie sa petite fiile, que c'était sur ce titre que reposait sa paix, que la société du Sacré-Cœur de Jésus avait été pour elle la source de la vraie vie, et qu'elle était résolue de ne s'en éloigner jamais ». Mme Octavie Berthold faisait ces protestations : « Ma digne mère, tous les jours je vois que vous avez fait la volouté de Dieu en me laissant venir ici. A mesure que j'approchais du terme du voyage, mon cœur s'épanouissait. Plus il s'éloignait de ce qui lui était cher sur la terre, plus il devenait grand. » Et quelques lignes après : a Je vous assure, ma mère, que je préférerais m'en retourner sans pain et sans argent, que de jamais consentir à changer un iota dans notre manière de voir sur la Société , et de faire un seul pas en dehors du sentier que vous nous avez tracé ». »

On comprend quelle impression devaient produire ces lettres à Grenoble, à Paris, dans toutes les maisons: on s'en disputait les pages. Le jour même où Mme Duchesne débarquait à Saint-Louis, Mme Barat lui écrivait de la sainte Montagne : « Mon frère se dessèche de ne pouvoir partager votre sort. Ma sœur Lucile Mathevon brûle du désir d'aller vous rejoindre. Nous vous enverrons quelques-unes de nos novices. 11 me tarde de savoir le lieu de votre destination. »

Déjà, par les lettres de Mme Duchesne, la mère Barat pouvait se rendre compte du labeur qui attendait sa petite colonie dans l'immense diocèse de Mer Dubourg. Il s'étendait depuis la Nouvelle-Orléans, qui en était le chef-lieu,

1 Saint -Louis, 29 août 1818.

jusqu'au-dessus de Saint-Louis, comprenant la Louisiane et le iMissouri, sur une étendue d'au moins douze cents lieues. C'était une terre d'espérance, mais encore inculte et hérissée d'épines. Les prêtres que M&r Dubourg venait de recruter le secondaient maintenant dans l'apostolat de cette vaste Eglise ; mais si le courage des ouvriers était grand, leur nombre était bien petit. Puis, dans quelle misère profonde MIUC Duchesne trouvait les disciples et le maître! Pour palais, une grange; pour couchette, quatre planches; pour cathédrale, une baraque en bois, où l'évêque remplissait alternativement l'office de pontife et de chantre au lutrin : voilà ce qui faisait dire à Mme Duchesne : « Nous sommes bien au centre de la pauvreté : il y a grande apparence que nous sèmerons dans les larmes. Heureux notre sort, s'il procure à d'autres de moissonner dans la joie, et de voir un jour les enfants de nos prières les environner avec empressement K »

La supérieure et ses filles avaient espéré d'être fixées à Saint- Louis, sous la protection de Mer Dubourg, et au centre des secours nécessaires à leurs âmes. Mais l'évêque leur annonça qu'il les destinait, provisoirement du moins, à la petite ville de Saint-Charles, à douze lieues au-dessus. Ce fut un cruel mécompte pour Mme Duchesne. D'un coup d'oeil elle embrassa l'étendue du sacrifice, comme elle le faisait savoir dans la lettre suivante : a J'ai été devant l'évêque comme un rocher qui reçoit des coups de poinçon. J'avais les yeux fermés : la Providence ouvrira la voie, s'il lui plaît... Mes sœurs sont courageuses, et plus ferventes que moi : elles voient la croix et l'embrassent'.»

i Au Père Baial et à la mère Thérèse. Saint - Louis , 29 et 31 août. 2 Saint-Louis. 26 août

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