‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 15 sur 236 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Autre est le spectacle que présente l'apostolat extérieur de Mme Barat dans la diffusion de son Ordre et la propagation de son œuvre dans l'univers. Appelée à cet ouvrage par une miséricorde qu'elle ne s'explique pas, l'humble fondatrice s'est dit à elle-même : « Il faut que je ne sois rien, afin que Dieu soit tout. » Elle laisse donc faire Dieu, attentive seulement à s'inspirer de son esprit et à suivre ses ordres. Ainsi la Société se forme, avance, se dilate. Des âmes appelées de divers points se rencontrent et s'unissent, des fondations s'élèvent, des maisons s'établissent , des règles se formulent , la famille s' accroît : une providence visible , parfois même éclatante, dirige l'entreprise. Arrive cependant l'heure nécessaire de l'épreuve. A deux reprises différentes, tout semble désespéré ; mais Mme Barat sait que les heures désespérées sont les heures de Dieu. « Quand tout nous abandonne , abandonnons tout à Dieu , » telle est une de ses maximes. Ni les contradictions, ni les révolutions, ni les persécutions ne 1 ébranleront point : « Ne voyons que Dieu, écrit- elle, ne nous attachons qu'à lui, et ensuite que le monde s'écroule, si Dieu le veut. Nous demeurerons en paix, ensevelis dans le sentiment d'une confiance profonde. » A la fin , cette confiance triomphe magnifiquement. Le Sacré-Cœur sort plus fort de chaque nouvelle crise; et les deux continents peuplés par sa Société attestent cette puissance de la confiance en Dieu qui fait la grandeur propre et divine des saints, selon cette belle doctrine de saint Bernard : « Ils osent de grandes choses parce qu'ils ont de grands cœurs. Ce qu'ils entreprennent, ils en viennent à bout, car c'est la grande foi qui attire les grandes grâces; et chaque pas dans la confiance est un pas vers les biens promis par le Seigneur. L'Époux divin , voyant ces âmes généreuses ,

INTRODUCTION NX1T1

vient à elles, s'unit à elles, et fait éclater en elles ses magnificences 1 . »

J'ai dit le but et l'esprit de l'histoire qu'on va lire. Je ne l'eusse pas entreprise s'il ne se fût agi que de mettre en honneur une société religieuse , si respectable qu'elle pût être. Ajoutons que cette société elle-même n'eût pas laissé sortir ses premières origines d'une obscurité qui lui était chère , si elle n'avait eu en vue la glorification du nom de Jésus-Christ; et je me souviendrai toujours de quel accent pénétré sa supérieure générale, la révérende mère Gœtz, de précieuse mémoire, me dit en me confiant le travail qu'elle n'a pas eu la consolation de voir terminé : « Il faut qu'on sache que dans tout cela nous ne sommes absolument rien ; c'est le divin Cœur qui a tout fait. Laissez-nous donc bien petites ; il ne faut exalter que le seul nom de Jésus. »

D'ailleurs peu d'histoires ont eu de plus précieuses ressources à leur disposition. La piété filiale avait commencé de bonne heure à recueillir les paroles et les traits de la vie de Mma Barat dans des Journaux rédigés soit à la maison mère, soit au noviciat. Plusieurs essais d'histoire ont même été tentés avant et après sa mort. Tls ont guidé nos recherches , en jalonnant notre route , et nous reconnaissons leur être redevables. La seconde source de documents où nous avons puisé , sont les récits , souvenirs et actes de fondations, ainsi que les circulaires, notices biographiques , lettres annuelles, dans lesquelles nous a été révélée la vie des principales compagnes, sœurs

i « Magna andent, quoniam magni sunt; et qnae audent obtinent, magna si quidem fides magna meretur. Et quatenus in bonis Domini fiduciaepedemporrexeris,eatenus possidebis.Istmsmodimagnis spiritibus magnus occurret Sponsus, et magnificabit facere cum eis. » (S. Bernard. Sermo 32 in Cantic.)

XXTV INTRODUCTION

et filles de la fondatrice, autour de qui elles forment une si belle couronne. Les nombreux témoignages, lettres et récits relatifs à Mme Barat sont une troisième série de documents, complétés et contrôlés par les souvenirs de celles qui l'ont le plus connue , et qui nous ont aussi le mieux appris à la connaître. Mais, de tous ces trésors, le plus inestimable est sans contredit la ricbe collection de sept à huit mille lettres qui, pendant soixante- cinq ans, de 1800 à 1865, nous donnent, presque jour par jour, la raison de ses actes, l'esprit de sa conduite, le secret de ses grâces , la lumière de ses pensées , le progrès de sa sainteté , nous la livrant toute vive , et nous permettant, pour ainsi dire, de surprendre chaque battement de son cœur.

Ainsi composée, l'histoire de Mme Barat sera presque sa vie écrite par elle-même. Sans doute entre tant de faits il a fallu choisir ; car comment tout raconter dans une existence si pleine? a J'ai regret à ce que je laisse, » comme disait Montaigne. Au moins n'ai -je rien négligé pour que tout fût vrai dans ce livre, l'ayant fidèlement soumis à la plus minutieuse comme à la plus obligeante vérification. Que si, malgré tant de soins, une erreur, lût- elle légère, s'était glissée dans ces pages, je prierais le lecteur de m' éclairer, de me corriger, tant me plaît cette parole de sainte Madeleine de Pazzi, qui devrait être la règle de tout historien : « La vérité est si pure, que pour peu qu'on la mêle à quelque autre chose, elle ne s'appelle plus vérité. »

La fidélité historique m'imposait un dernier devoir : celui de visiter les principaux séjours où s'est écoulée la vie de Mme Barat. J'ai donc suivi sa trace, autant que je l'ai pu , soit en France , soit en Italie. J'ai voulu revoir Rome, mais non pas uniquement pour y interroger un

Page 1